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REVUE CELTIQUE
TOME III
Digitized by the Internet Archive
in 2010 witii funding from
University of Ottawa
http://www.archive.org/details/revueceltique03pari
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A ^ PUBLIÉE V"^ V"
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^J^ AVEC LE CONCOURS DES PRINCIPAUX SAVANTS V^^
***'DES ILES BRITANNIQUES ET DU CONTINENT
DIRIGEE PAR
H. GAIDOZ
Directeur-Adjoint à VÉcole des Hautes Études, Professeur à l'École des Sciences Politiques,
Secrétaire correspondant de la Cambrian Archceological Association, Membre de h
Royal Archdcological Association of Ireland, etc.
Tome III
af Or, Th.BAAOÊR
4, /f/f(?
F. VIEWEG, LIBRAIRE-ÉDITEUR
67, rue de Richelieu, PARIS
TRUBNER AND C"
57 and 59, Ludgate Hili, LONDON
1876-1878
581459
TABLE DES MATIÈRES
Pages
Liste des collaborateurs xi
Liste des souscripteurs xiii
L'orographie de la Gaule à l'époque romaine, par M. Ern. Desjardins . i
On theCeltic Comparisons in Bopp's Comparative Grammar, by Whitley
Stokes, Esq 31
Le Celtique et l'Ombrien, par M. H. d'Arbois de Jubainville . ... 40
Le dialecte vannetais de Sarzeau, par M. Emile Ernault. . . . 47 et 232
Proverbes et dictons de la Basse-Bretagne, recueillis et traduits par
M. L.-F. Sauvé (suite et fin) 60 et 192
Liste des noms supposés gaulois, tirés des inscriptions, par M. le
général Creuly, vice-président de la Commission de la topographie des
Gaules '55 et 297
Une Énigme d'onomastique fluviale, par M. H. d'Arbois de Jubainville . 168
Cuchulainn's Death, abridged from the book of Leinster, by Whitley
Stokes, Esq • 175
On the Gaelic Names in the Landnamabok and Runic Inscriptions, by
the same 186
Chaden, chaîne, par M. H. d'Arbois de Jubainville 223
Le dialecte breton du bourg de Batz (Loire-Inférieure), par M. Léon
Bureau 230
Vases sigillés et épigraphiques de fabrique gallo-romaine, par M. Anatole
de Barthélémy 313
Les finales irlandaises, d'après M. Windisch, par M. H. d'Arbois de
Jubainville, correspondant de l'Institut 321
Formules initiales et finales des conteurs en Basse-Bretagne, par
M. F.-M. Luzel 336
VI Table des Matières.
Two Irish Taies, by D' Eduard Muller 342
L'achat de la femme dans la loi irlandaise, par M. H. d'Arbois de Ju-
bainvilie 5^'
Rashin Coatie. — Nicht, Nought, Nothing; Scotch Taies, by A. Lang,
Esq 365 et 374
Observations de M. Reinhold Kœhler sur ces contes 567 et 376
Contes populaires des Bretons-Armoricains. — V. L'homme juste, par
M. F. -M. Luzel 379
Une représentation de sainte Tryphine, par M. F.-M. Luzel. ... 386
Mots bretons dans les chartes de l'abbaye de Beauport (Côtes-du-Nord),
par M. H. d'Arbois de Jubainville 59^
Extraits des dictons du sage Cadoc, traduits du gallois par M. W.-G.
Jones 419
MÉLANGES.
Cornica, by Whitley Stokes, Esq 85
Corrigenda et Addenda, by John Rhys, Esq 87
Les derniers échos de la langue comique, par M. W.-S. Lach-Szyrma. 239
Recherches sur l'origine des ornements connus sous le nom d'entre-lacs,
par M. Eug. Mùntz 243
Tableaux exposés dans les églises bretonnes, par M. L.-F'. Sauvé . . 246
La place du verbe dans les langues celtiques, par M. H. d'A. de J. . . 248
Nouvelles légendes de monnaies gauloises, par M. A. de B 249
A Parallel, by W. S 443
Un Conte populaire dans l'Évangile, par H. G 444
Owen de Galles, par Siméon Luce 445 et 512
Le Songe de Marie, prière populaire galloise, par H. G 447
Quelques Noms de saints bretons dans un texte du XI« siècle, par H.
d'A. de J 449
L' Arc-en-ciel, par F.-M. Luzel 450
La Lune, par F.-M. Luzel 451
The Killeen Cormac Stone again, by the Rev. J.-F. Shearman, with an
introduction by H. G 453
BIBLIOGRAPHIE.
Andrée, Ethnographische Parallelen und Vergleiche (H. G.) . . . . 501
D'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de l'Europe (H. G.). 458
A. de Barthélémy, Les temps antiques de la Gaule (H. G.) .... 467
Beauvois, La découverte du Nouveau Monde par les Irlandais (H. G.) . 101
Becker, Die rœmischen Inschriften der Stadt Mainz (H. G.) . . . . 117
Bertrand, Archéologie celtique et gauloise (H. d'A. de J.) .... 251
Blackie, The Language and Literature of the Scottish Highlands (H. G.). 484
Table des Matières. vu
Bourke, The Aryan Origin of the Gaelic Race and Language (H. G.). 288
Brandan, Les voyages merveilleux de saint Brandan, publiés par Fr.
Michel (H. G.) 480
Brenner, Nord- und Mittel Europa in den Schriflen des Alten (H. d'A.
de J.) 465
Brueyre, Contes populaires de la Grande-Bretagne (H. G.) ... . 12 j
Buhot de Kersers, Épigraphie romaine dans le département du Cher
(H. G.) 264
Bulliot et de Fontenay, L'Art de l'Emaillerie chez les Eduens ; le temple
du Mont de Sene 118
Cartailhac, L'âge de pierre dans les souvenirs et superstitions popu-
laires (H. G.) 466
Congrès archéologique de France 291 et 506
Desjardins, Géographie historique et administrative de la Gaule ro-
maine, T. I (R. Mowat) 2S7
T. II (H. d'A. de J.) 469
Lord Dunraven and Miss Stokes: Notes on Irish Architecture (H. G.) ici et 478
Ernault, De l'urgence d'une exploration philologique en Bretagne (Loth) . 49 1
The book of Fenagh, éd. by Hennessy and Kelly (H, G.) 1 10
Ferguson (Samuell, Congal (H. G.) 482
Fergusson, Les monuments mégalithiques de tous pays (H. G.) . . . 465
Ferk, Ueber Druidismus in Noricum (H. G,) 475
Transactions of the Gaelic Society of Inverness (H. G.) . . . 1 1 1 et 487
Galy, Le portique du temple de Vesunna (R. Mowat) 265
Geslin de Bourgogne et A. de Barthélémy, Anciens évêchés de Bretagne
(H. d'A. de J.) 289
J. Graves, The Church and Shrine of St. Manchan 109
Gregor, An Echo of the olden Time from the North of Scotland (H. G.). 488
Guyot-Jomard, Étude de géographie celtique (H. G.) 250
Haug, Die rœmischen Denksteine des Antiquariums in Mannheim (H. G.) 476
Hùbner, Inscriptiones Britanniae latinas et christiana? (H. d'A. de J.) . 267
Keller, Archaeologische Karte der Ostschweiz (H. G.) 263
Kerslake, The Celt and the Teuton at Exeter ; Saint-Ewen, etc. 1 26, 29 1 et 506
Koschwitz, Chanson du voyage de Charlemagne CJ. Rhys) 287
Lach-Szyrma, A short history of Penzance (H. G.) ^04
Leabhar Breac (W. S.) 274
Le Bos, Causeries bretonnes (Ernault) 494
Le Men, Etudes historiques sur le Finistère (H. G.) 119
Le Men, Monographie de la cathédrale de Quimper (A. de B.) . . . 489
Lemière, Examen critique des expéditions gauloises en Italie; études sur
' les Celtes et les Gaulois (H. d'A. de J.) 254
Longnon, Géographie de la Gaule au VI' siècle (H. d'A. de J.) . . . 472
Luchaire, Les origines linguistiques de l'Aquitaine (H. G.) . . . . 468
Mannhardt, Wald- und Feldkulte, T. I et II (H. G.) .... 120 et 502
VIII Table des Matières.
Martigny, Dictionnaire des Antiquités chrétiennes (H. G.) 505
Mehiis, Der Rhein (H. d'A. de J.) 47J
Mêlusine, publ. par Gaidoz et Rolland (P. Regnaud) 497
Franc. Michel, voir Brandan.
Miin, Fouilles faites à Carnac (H. G.) 495
O'Curry, On the Manners and Customs of the ancient Irish (Whitley
Stokes) 91
O'Grady, History of Ireland (Ed. Mùller) 476
O'Hanlon, Lives of the Irish Saints (H. G.) 279
G. Perrot, Mémoires d'Archéologie (H. G.) 115
Rambaud, La Russie épique (H. G.) 124
Rhys, Lectures on Welsh Philology (H. d'A. de J.) 280
Ch. Robert, Numismatique de la province de Languedoc (H. d'A.
deJ.) 260
Sauvé, Proverbes et dictons de la Basse-Bretagne (H. G.) 496
Simpson, Archasological Essays (H. G.) 272
Stephens, The Literature of the Kymry (H. G.) 112
Miss Stokes, voir Lord Dunraven.
Stokes (Whitley), Middie-Breton Hours (H. d'A. de J.) 285
Stokes (Whitley), Three Middie-Irish Homilies (H. G.) 481
Thuriet, Traditions populaires de l'arrondissement de Poligny. ... 126
Werner, Bonifacius (H. G.) 504
Ouvrages divers 126, 291 et 506
REVUE DES PÉRIODIQUES.
Archœologia Cambrensis 127
Beitrxge zur vergleichenden Sprachforschung 130
Bulletin Monumental 135
Bulletin de la Société d'Anthropologie de Paris 137
The Celtic Magazine 129
Mémoires de la Société des Antiquaires de France 131
Revue Archéologique 133
Revue de Bretagne et de Vendée 293
Revue de l'Instruction publique en Belgique 137
Revue des Sociétés Savantes 132
Romania 131
Zeitschrift fur vergleichende Sprachforschung 130
NÉCROLOGIE.
MM. Evander W. Evans; — O'Beirne Crowe ; — Ebel ; — Lester;
— Adolphe Pictet ; — Brash ; — Sir William Wilde 147
MM. John Peter et John Johnes. 295
Table des Matières. ix
MM. Morin; — Geldart; — Stuart; — Geslin de Bourgogne; — Tho-
mas Wright; — D"" Stokes; — Levot; — De la Saussaye; — Mas-
siat; — Ropartz 510
CHRONIQUE.
M. Renan sur Tréguier. — M. Whitley Stokes et l'Académie d'Irlande.
— M. Eug. Mùntz sur l'origine de l'entre-lacs irlandais. — Projet de
recueil sur la Numismatique gauloise. — Cours de philologie celtique
dans les Universités allemandes. — La chaire de philologie galloise à
l'Université d'Aberystwyth. — La philologie celtique à Oxford et à
Edimbourg. — Les revenants et les gendarmes à Lanmeur. — Un
académicien français sur l'île de Man. — Un projet de revue de mytho-
logie française. — La bibliographie de la Gaule de M. Ruelle. . . 138
The Congress of the British Archaeological Association in Cornwall
(1876) 292
Création de chaires de philologie celtique 296
Les auteurs des Dictionnaires vannetais d'après M. l'abbé Luco. —
M. Le Men et le musée ethnographique de Quimper. — Le premier
centenaire de la langue comique. — M. Ascoli et les gloses irlandaises
de Milan. — La Bibliographie générale de la Gaule de M. Ruelle. . ^10
Nouveaux errata du t. II m 2
Errata du présent t. III 152 et ^12
LISTE DES COLLABORATEURS
AU PRÉSENT VOLUME ET AUX PRÉCÉDENTS.
MM.
H. d'Arbois DE JuBAiNviLLE, Correspondant de l'Institut, à Troyes
(Aube).
Anatole de Barthélémy, membre de la Société des Antiquaires de
France, à Paris.
J. G. BuLLiOT, président de la Société Eduenne, à Autun (Saône-et-
Loire) .
J. F. Campbell, Esq. (of Islay), London.
Général Creuly, vice-président de la Commission de la topographie des
Gaules, à Paris.
Ernest Desjardins, membre de l'Institut, à Paris,
-j- H. Ebel, professeur à l'Université de Berlin.
Emile Ernault, professeur à l'École Saint-Charles, à Saint-Brieuc
(Côtes-du-Nord).
The Rev. D. Silvan Evans, B. D. Lalnwrin, Machynlleth, North
Wales.
Henri Gaidoz, à Paris.
Charles de Gaulle, à Paris.
Louis Havet, répétiteur à l'École des Hautes Études, à Paris.
W. M. Hennessy, Esq., Member of the Royal Irish Academy, Dublin.
Eugène Hucher, au Mans (Sarthe).
W. G. Jones, à Birkenhead (Angleterre).
H. Kern, professeur à l'Université de Leyde, à Leyde.
XII Liste des Collaborateurs.
Reinhold Rœhler, conservateur de la Bibliothèque Grand-Ducale, à
Weimar.
A. Lang, Esq., Londres.
Louis LEGER, docteur ès-lettres, à Paris,
f Guillaume Lejean.
R. F. Le Men, archiviste du Finistère, à Quimper (Finistère).
-J- P. Levot, bibliothécaire de la Marine, à Brest (Finistère).
F. LiEBRECHT, professeur à l'Athénée, à Liège ^Belgique).
LOTH, agrégé de l'Université, à Paris.
-j- D"" G. LOTTNER, à Dublin.
Siméon Luge, archiviste aux Archives nationales, à Paris.
F. M. LuzEL, à Morlaix (Finistère).
R. MowAT, membre de la Société des Antiquaires, à Paris.
D"" Eduard Mùller, Colombo, Ceylan.
Max MûLLER, associé étranger de l'institut de France, professer of
Comparative Philology at Oxford.
James A. H. Murray, LL. D. Member of the [London] Philological
Society, London.
C. NiGRA, ministre d'Italie à Saint-Pétersbourg.
Gaston Paris, membre de l'Institut, à Paris.
G. Perrot, membre de l'Institut, à Paris.
f The Rev. John Peter, Bala, North Wales.
j Adolphe PiCTET, à Genève iSuisse).
Ernest Renan, membre de l'Institut, à Paris.
Albert Réville.
John Rhys, Esq., professor of Celîic Philology at the University of
Oxford.
L. Sauvé, à Audierne (Finistère).
The Rev. J. F. Shearman, C. C, member of the Royal Irish Academy,
Howth, near Dublin, Ireland.
Whitley Stokes, Esq., member of the Governor-General's Council,
Calcutta.
Charles Thurot, membre de l'Institut, à Paris.
F. W. Unger, professeur à l'Université de Gœttingue.
W. Wattenbach, professeur à l'Université de Berlin.
LISTE DES SOUSCRIPTEURS
AU PRÉSENT VOLUME '.
ÉDITION SUR PAPIER DE HOLLANDE.
M.
Nigra, ministre d'Italie à Saint-Pétersbourg.
ÉDITION ORDINAIRE.
MM.
Mme veuve Aillaud, Guillard et Cie, libraires, à Paris.
D'Arbois de Jubainville, archiviste à Troyes (Aube).
Asher et C", libraires à Berlin (Prusse) (3 ex.).
Asher et C", libraires à Londres.
Audran, notaire à Quimperié (Finistère).
J. Baer et Cie, libraires, à Paris (2 ex.).
Bardonnet, à la Crèche (Deux-Sèvres).
A. de Barthélémy, à Paris.
Barthés et Lowell, libraires à Londres (3 ex.).
Beauvois, à Corberon (Côte-d'Or).
E. Benoist, à Paris.
Benrath et Vogelgesang, libraires, à Aix-la-Chapelle (Allemagne).
Bibliothèque de l'Institut de France.
I. We regret that we cannot print the names of our British subscribers : the English
booksellers dedined to communicate them, so that we can mention only those whose
subscription is sent directly to the Paris publisher.
XIV Liste des Souscripteurs.
Bibliothèque de l'Université de France.
Bibliothèque de la ville de Moulins (Allier),
Bibliothèque de la ville de Francfort-sur-le-Mein (Allemagne).
Bibliothèque de l'État-Major général au Ministère de la guerre, à Paris.
Bibliothèque Vittorio Emmanuele, à Rome (Italie).
Bocca frères, libraires à Turin (Italie).
Bonneau du Martray, ingénieur, à Nevers (Nièvre). '
Borrani, libraire, à Paris.
Bossange et Cie, libraires, à Paris (8 ex.).
Boucherie, professeur au Lycée, à Montpellier.
H. Bradshaw, Esq., King's Collège, Cambridge.
Bréal, membre de l'Institut, à Paris.
J.-G. Bulliot, Président de la Société Éduenne, à Autun.
L. Bureau, à Nantes.
P. du Casse!, au château de la Grivellière, près de Lassay (Mayenne),
Le comte de Chaban, à Rouen.
H. de Charencey, à Paris.
A. Chassaing, juge au tribunal civil, secrétaire de !a Société académique du Puy.
Le comte Arthur de Circourt, à Fontainebleau.
C. Claverie, négociant, à Tarbes.
F. -A. Coelho, à Porto (Portugal).
Cohen et fils, libraires, à Bonn (Allemagne).
G. Comont, curé, à Saint-Pierre-le-Viger (Seine-Inférieure).
A. Constantin, à Annecy.
Contet, libraire, à Paris (2 ex.).
H. Courel-Groult, à Lisieux (Calvados).
Mgr David, évêque de Saint-Brieuc.
L. Deglatigny. au Havre.
Drucker et Tedeschi, libraires, à Vérone (Italie).
G. Stirling Home Drummond, Esq., à Ardoch (Ecosse).
Dybwad, libraire, à Christiania (Norvège).
Ernault, professeur à l'École Saint-Charles, à Saint-Brieuc.
Flagelle, expert agronome, à Landernau.
Gariel, conservateur de la Bibliothèque, à Grenoble.
Charles de Gaulle, à Paris.
Gautier, libraire à Moscou (Russie) (2 ex.).
La librairie H. Georg, à Genève (Suisse) (2 ex.).
Geslin de Bourgogne, Président de la Société d'Émulation, à Saint-Brieuc
Grosjean, libraire, à Nancy.
Le D"" Halléguen, à Chàteaulin (Finistère).
Hauvette-Besnault, à Paris.
W. G. Jones, à Birkenhead (Angleterre).
Le vicomte Hersart de la Villemarqué, membre libre de l'Institut, au château
de Keransker, près Quimperlé (Finistère).
Liste des Souscripteurs. xv
Jourdain, à Paris.
Klincksieck, libraire, à Paris.
Kramers, libraire, à Rotterdam (Pays-Bas).
-{- De La Saussaye, à Paris.
Lecoz, ingénieur civil, à Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord).
L. Léger, à Paris.
Le Men, archiviste du département, à Quimper (Finistère).
Lemoigne^ libraire, à Paris (3 ex.).
Leroux, libraire, à Paris.
A, de Longpérier, membre de l'Institut, à Paris.
Lorenz, libraire, à Paris.
Luzel, à Morlaix.
Henri Martin, membre de l'Institut, à Paris.
Gabriel Monod, à Paris.
f L.-A. de Montluc, à Paris.
Mme veuve More, libraire, à Porto (Portugal).
Le Rev. D' Moriarty, Bishop of Kerry, Killarney (Irlande).
R. Mowat, à Paris.
E. Mùntz, bibliothécaire de l'École nationale des beaux-arts, à Paris.
Librairie Muquardt, à Bruxelles (Belgique).
L. Naville, à Genève.
Nigra, ministre d'Italie à Saint-Pétersbourg.
Noiriel, libraire, à Strasbourg.
D. Nutt, libraire, à Londres (3 ex.).
Odobesco, Conseiller d'État, à Bukarest (Roumanie).
G. Paris, membre de l'Institut, à Paris.
A.-J. Patterson, à Londres.
Penlou, libraire.
A. Peyrot, professeur au Lycée, au Mans.
C.-E.-A. Plicot, médecin, à Fère-Champenoise.
G. Ploix, à Paris.
G. Reinwald et Gie, libraires, à Paris (4 ex. ).
Renan, membre de l'Institut, à Paris.
Ronarc'h, à Redon (Ille-et-Vilaine).
Saint-Jorre, libraire, à Paris,
Samson et Wallin, libraires, à Stockholm.
Francis Martin Moraes Sarminto, à Guimaraes.
Sauvé, receveur des douanes, à Audierne (Finistère.)
Sayvé, à Versailles.
Le comte de Tertu, à Tertu (Orne).
Thonnelier, à Paris.
E. Thomas, à Marseille.
Le baron de Tourtoulon, à Valergues (Hérault).
Treuttel et Wurtz, libraires, à Strasbourg.
XVI Liste des Souscripteurs.
Trûbner et Cie, libraires, à Londres (31 ex.).
K.-J. Triibner, libraire, à Strasbourg (2 ex.).
G. Turrini, professeur à l'Université, à Bologne (Italie).
Van der Kindere, à Uccle (Belgique).
Williams et Norgate, libraires, à Londres (4 ex.).
E. Windisch, professeur à l'Université, à Leipzig.
W. Weber, libraire, à Berlin.
Le général Wolff, commandant la province, à Alger.
L'OROGRAPHIE DE LA GAULE
A L'ÉPOQUE ROMAINE '.
Ce n'est pas une des moindres faveurs de la nature, si prodigue pour
notre pays, que ce soulèvement imposant du sol qu'elle semble avoir
dressé à dessein comme une barrière entre nous et l'Italie. La ligne prin-
cipale de la chaîne des Alpes présente en effet une courbe dont la con-
vexité engendre, avec ses puissants contreforts, des vallées divergentes
de notre côté et convergentes sur le versant opposé, ce qui rend et a
rendu dans tous les temps les invasions sur notre sol difficiles et presque
toujours stériles, parce que les armées d'attaque s'éparpillent à de
grandes distances, — tandis que les expéditions sur le sol ennemi ont
toujours été promptes et souvent glorieuses par la facilité des ralliements
et des concentrations dans les vallées du Pô et de ses affluents supé-
rieurs.
L'inégalité qui résulte pour les deux pays de cette disposition de la
chaîne Italo-Gallique n'avait pas échappé aux Romains, qui ont mis une
sage lenteur à soumettre d'abord la Cisalpine, à s'assurer ensuite les
principaux passages alpestres, et à ne s'avancer que par des progrès me-
surés et certains dans la vallée du Rhône, jusqu'au jour où cette région
bien soumise et presque assimilée à l'Italie permit à César de frapper les
grands coups qui ont mis la Gaule entière sous la main de Rome. Aussi
peut-on dire que cette attaque prudente de notre pays par les armées
romaines venues d'outre-monts est la seule qui ait réussi : toutes les
autres ont échoué, depuis celle des Lombards et des Saxons avec Amo,
Zaban et Rhodane^, au temps d'Ennius Mummolus, en 570, jusqu'à celle
I. Cet article est extrait d'un grand ouvrage aujourd'hui sous presse, intitulé Géogra-
phie historique et administrative de la Gaule Romaine, qui comprendra 2 vol. in-8", avec
cartes, planches, inscriptions en fac-similé, etc. et de nombreuses notes justificatives, dont
la plupart sont supprimées ici. Comme le premier vol. ne sera pas terminé avant l'an
prochain, nous avons pensé pouvoir offrir à nos lecteurs le chapitre relatif à l'Orographie
de la Gaule, chapitre inédit, bien entendu, et qui rentre par plus d'un côté dans le cadre
spécial de notre Revue.
Rev. CelU lU i
2 L'Orographie de la Gaule
de Charles-Quint en 1 556 ; tandis que toutes les invasions en Italie par
les Alpes gauloises ont réussi d'abord, depuis le temps d'Hannibal jus-
qu'à celui de Charlemagne, depuis les expéditions des Valois jusqu'à
celles de Louis Xlil, de Catinat et de Bonaparte, et, plus récemment,
des trop chevaleresques alliés de Victor-Emmanuel.
Le Saint-Gothard forme, comme on sait, le nœud du système alpin.
C'est de ce point que partent à la fois les cinq chaînes : des Alpes Poe-
ninae (Alpes Pennines , au sud-ouest ; des Alpes Raeticae et Lepontiae
(dénomination générale qui s'applique à plusieurs contreforts, les Alpes
Grises, Lépontiennes ou Centrales, et les Alpes d'Uri, à l'est et au nord-
est ; des Alpes Bernoises, ou nord-ouest, et enfin des monts de l'Ober-
wald vers le nord (deux chaînes auxquelles les anciens ne paraissent pas
avoir donné de noms particuliers'. Ces puissants contreforts resserrent
étroitement les cinq vallées du Rhodanus Rhône), du Rhenus Rhin), du
r/cj/îui (Ticino ou Tésin), de VArula [kâvj et de la Reuss. Négligeant
les Alpes Centrales, qui sont en dehors de notre cadre, nous nous atta-
cherons d'abord aux Alpes Poeninae, qui renferment, comme on sait, les
plus hauts sommets de la chaîne.
Le Saint-Gothard lui-même est le mons Adulas, où le Rhin prend sa
source, peu éloignée, à l'est, comme on sait, de celle du Rhône.
La section des Alpes comprise entre le Saint-Gothard, ou mieux le
col de la Furca, et le col de la Seigne, situé au nord du petit Saint-
Bernard, porte aujourd'hui, comme autrefois, le nom d'Alpes Pennines,
Penninae ou Poeninae Alpes, mentionnées par Ptolémée, par l'auteur
anonyme d'une cosmographie (Strabon ne distingue pas les sections des
Alpes), par plusieurs historiens, enfin, par l'Itinéraire d'Antonin. Le
Summus Poeninus iGrand Saint-Bernard) est cité dans de nombreux
textes. Ce serait un des plus anciens passages des Alpes, s'il fallait en
croire Tite-Live, qui fait venir par cette route les Boii et les Lingones,
lorsque ces peuples émigrèrent, vers le v« siècle avant notre ère, de
Gaule en Italie '. Au temps de Strabon, cette route n'était pas même
accessible aux bêtes de somme (Strabon IV, vi, 7). Trompé par une
fausse analogie, Tite-Live se demande si le nom de Poeninus ne rappel-
lerait pas le passage des Carthaginois, Poeni, commandés par Hannibal ;
mais nous connaissons aujourd'hui l'origine de ce nom ; elle est due à
une divinité topique, gauloise, le dieu Pcnn ^^ dont les Romains ont fait
1. « Poeninon... Boii Lingonesque transgressi ». V, 3J.
2. Voy. Zeuss, Die Deutschen und die fiachbarstsmme. Mûnchen, iSjy, p. s et note.
— fLe thème gaulois pdnno- signifie « tête, sommet » si on l'identifie, ce qui est philo-
logiquement légitime, à l'irlandais cenn, au gallois et breton penn « tête j. H. G.]
à l'époque Romaine. j
Jupiter Poeninus ; l'historien latin paraît lui-même accorder plus de
créance à cette seconde hypothèse, et il ajoute que la tradition, chez
ces peuples, n'a conservé aucun souvenir du passage d'Hannibal, mais
qu'ils connaissent le sommet sacré appelé par les montagnards de ces
régions Poe«//7ii5 ou, suivant d'autres documems, Penninus '. De nom-
breux monuments épigraphiques, rappelant la dévotion païenne à Jupiter
Poeninus ou au dieu Poeninus (car on trouve ce dernier nom seul), ont
été réunis à l'hospice du Grand Saint-Bernard ; on en connaît trente-et-
un ; ces ex-voto, gravés sur des tablettes de bronze ou d'argent, avaient
dû être cloués sur les murs du temple de Penn ou Jupiter Poeninus, dont
l'emplacement a été reconnu entre l'hospice et le petit lac. Toutes ces
tablettes, sans exceptions, donnent l'orthographe Poeninus, Puoeninus.
Ce sommet est encore mentionné par Strabon ^, et le col l'est par Pline
l'Ancien?. Le Grand Saint-Bernard a porté certainement aussi, dès les
temps anciens, les noms de Mons Jovis, comme l'attestent les appella-
tions de Mont-Joux et de Plan-dc-doux, qu'ont conservées jusqu'à nos
jours le sommet et l'esplanade voisine de l'hôpital, et comme le prouvent
divers textes des ix«, x'^ et xii'= siècles. Nous verrons bientôt que ce n'est
pas ce passage qui est désigné comme une des grandes routes pratiquées
au temps de Polybe à travers les Alpes; mais c'est bien celui que durent
suivre L. Cassius Longinus en 107, Servius Galba en 57 avant notre
ère, et que mentionne Strabon vers l'an 20 de J.-C. (voy. plus bas). Le
petit lac qui est auprès de l'hôpital est nommé, dans la table de Peutin-
ger, Menus lacus, pour Penus, Poenus, Penninus^^ Poeninus lacus.
Deux inscriptions sont les seuls documents qui nous fassent connaître
les Alpes Atrectianae ou Atractianae 4, et l'une d'elles associe ce nom à
celui des Alpes Poeninae dans l'énoncé officiel du gouvernement d'une
seule et même province impériale procuratorienne. Aucun passage des
textes classiques, aucun nom moderne ne nous permettent d'identifier
avec certitude ces montagnes, soit avec une section, soit avec un ou
plusieurs contreforts de la chaîne alpestre ; or, nous ne pouvons les
confondre avec les Alpes Poeninae, puisque ces dernières sont nommées
spécialement dans une des deux inscriptions ; d'autre part, les Alpes
Graiae le sont avec les Alpes Poeninae, pour le gouvernement de la pro-
vince procuratorienne, qui figure sur les documents des iv^ etv'' siècles;
les Alpes Atractianae pourraient donc être, à la rigueur, les mêmes que
1. Table Peut.,l, B. I; Itin. Anton., p. 351 ; Noîit. prov. Gall., Guérard, p. 2j.
2. IV, VI, 7 et II.
3. « Fores Poeninae », III, xxi (xvii), i.
4. Wilmanns, Exempta inscriptionum latinarum n"» 690 et 1 266.
4 L'Orographie de la Gaule
les Alpes Graiae (voy. plus bas). Si l'on n'admet pas cette assimilation, il
faut se rappeler que la province des Alpes Poeninae s'étendait sur le ver-
sant gaulois de la chaîne, et devait être limitée à l'ouest par le territoire
de la cité de Vienne, qui comprenait les vici de Cularo (Grenoble] et de
Genava (Genève) ; il semble donc que le nom d'Alpes Atractianae ait pu,
dans cette seconde hypothèse, s'appliquer aux contreforts septentrio-
naux et occidentaux compris entre le lac de Genève, le canton du même
nom, la vallée de l'Arve, sauf sa partie supérieure, et la crête des Pen-
nines, c'est-à-dire aux Alpes du Valais, du Faucigny, et aux monts
Voirons.
Entre le Saint-Gothard et le col de la Seigne, où nous croyons que
les Romains limitaient la désignation d'Alpes Poeninae (nous en donnerons
plus bas la raison), se trouvent, comme on sait, les sommets les plus
élevés de l'Europe. Mais les anciens, qui n'avaient pas de procédés
exacts pour mesurer les altitudes, ne paraissent avoir nommé ni le mont
Rosa, ni le Cervin, ni même le mont Blanc ; le Simplon ne l'a pas été
davantage, et, bien que la voie romaine du Valais ait laissé des vestiges
reconnaissables jusqu'à la hauteur de Brieg ', il est certain qu'aucune
issue carrossable n'a été pratiquée dans cette direction pour faire com-
muniquer la vallée supérieure du Rhône avec celle du Tésin,
Si nous bornons les Alpes Poeninae au col de la Seigne, c'est qu'im-
médiatement au sud de ce col est celui du Petit Saint-Bernard, où se
trouvait la station In Alpe Graia^. Ce passage appartient donc à la sec-
tion des Alpes Graiae (Alpes Grées). L'ancien historien Caelius Antipater,
dont le témoignage est cité par Tite-Live, dit qu'Hannibal avait passé les
Alpes par le Jugum Crcmonis'-', qu'il faut certainement identifier avec le
mont Cramont ou Gramont, entre la Thuile au sud et Entrèves au nord,
sur le versant italien, vers la source la plus occidentale de la Dora Bal-
tea, en face du mont Blanc. Ainsi, d'après Caelius, les anciens auraient
connu la route du col de la Seigne, dont le Cramont forme le contrefort
méridional, et qui conduit du point extrême de l'Allée-Blanche à la por-
tion la plus septentrionale de la Tarentaise, au nord de Saint-Maurice. Il
est toutefois plus probable qu'ils n'ont pratiqué qu'un seul passage dans
les Alpes Graiae, celui que Strabon nous indique en ces termes : « ceux
qui, partant d'Italie, veulent franchir les Alpes [au nord-ouest] doivent
prendre leur route par la vallée des Salassi (val d'Aoste) ; ce chemin
1. Voy. la carte qui accompagne l'ouvrage de M. de Haller, Helvetien unter den
Roemern, t. 11.
2. Table de Peutinger, Segment, II, B. i p. 57, col. i, n° 9 de l'édit. in-fol. ; Gaule,
d'après la Table de Peutingcr, p. 396, in-8 ; — Anon. Ravenn, IV, 50 ; Guido, 12.
3. « [Hannibalem Caeliura per Cremonis Jugum dicere transisse », XXI, 38.
à l'époque Romaine. 5
bifurque : une des deux routes, âpre et inaccessible aux bêtes de somme,
gravit le Poeninus ; l'autre, plus à l'occident, gagne le pays des Ceutrones
(Tàrentaise, vallée de l'Isèrel ' «. Le même géographe ajoute plus bas
que, pour se rendre à Lyon, cette dernière route était carrossable, mais
plus longue que l'autre ^ L'un des deux passages, — soit celui du
Petit Saint-Bernard, soit celui du Grand Saint-Bernard, — ne parait
pas avoir été frayé au temps de Polybe ', qui cite seulement quatre
routes pour sortir d'Italie : 1° celle de la Corniche, « sur le rivage de la
mer Tyrrhénienne », 2" celle qui traverse le pays des Taurini, 5° celle
du pays des Sabss'i (val d'Aoste), 4° celle de la Rétie. Un passage de
Varron (qui écrivait après Polybe et qui était contemporain de César),
nous a été conservé par Servius '^ et nous en fait connaître cinq pour la
seule frontière physique de la Gaule, sans y comprendre même les Alpes
Poeninae : 1° celle de la Corniche ; 2° 5° et 4° celles que suivirent Han-
nibal, Pompée lorsqu'il se rendit en Espagne, et Hasdrubal lorsqu'il vint
rejoindre son frère en Italie ; ^° celle des Alpes Graiae. Nous réservons,
quant à présent, le texte de Varron pour nous en occuper plus bas. Pour
ce qui regarde le fragment de Polybe, qui écrivait vers l'an 1 30 avant
notre ère, on ne peut dire lequel des deux cols du Grand ou du Petit
Saint-Bernard il entend désigner comme donnant issue au pays des
Salassi ; car, à une époque fort ancienne, comme nous le montrerons
bientôt, l'un et l'autre étaient connus, et tous deux donnaient accès à
deux routes partant du pays occupé par ce peuple. Ce qui est incontes-
table, c'est que ces deux passages, ainsi qu'on l'a vu plus haut, étaient
pratiqués au temps de Strabon, c'est-à-dire vers l'an 20 de notre ère.
Or, César lui-même nous apprend qu' « il avait envoyé Servius Galba,
avec la douzième légion et une partie de la cavalerie, chez les Nantuates,
les Veragri et les Seduni, qui s'étendent depuis les frontières des Allo-
broges, le lacus Lemannus et le Rhodanus, jusqu'au sommet des Alpes,
parce qu'il voulait assurer une route commode s à travers ces montagnes,
que les marchands ne pouvaient traverser qu'en s'exposant à de grands
dangers et à de fortes rançons"^ ». Donc le passage du Grand Saint-
1. IV, VI, 7.
2. IV, VI, II.
}. Fragment cité par Strabon, IV, vi, 12.
4. Ad Aeneid, X, 13 : « sane omnes altitudines montium, licet a Gallis Alpes vocen-
tur, proprie tamen montium Gallicorum sunt, quas quinque viis Varro dicit transiri
posse : una quae est juxta mare per Ligures ; altéra qua Hannibai transiit ; tertia qua
Pompeius ad Hispaniense bellum profectus est, quarta qua Hasdrubal de Gallia in Italiam
venit; quinta, quae quondam a Graecis possessa est, quae exinde Alpes Graccae appd-
lantur. »
5. « iter... patefieri volebat. »
6. B. G. m, I.
6 L'Orographie de la Gaule
Bernard était praticable avant l'an 57 ; César le rendit seulement plus
facile et plus sûr. Nous savons que c'est par les Alpes Graiae^ c'est-à-
dire par le Petit Saint-Bernard, que César effectua son dernier passage
delà Gaule en Italie avant la guerre civile de 49'. La facilité et la
promptitude avec lesquelles il se rend d'Italie dans la Gaule Transalpine
font supposer que les passages du Grand et du Petit Saint-Bernard lui
étaient familiers aussi bien que celui du mont Genèvre, qu'il franchit lors
de sa première campagne (voy. plus bas). Le sommet du Petit Saint-
Bernard (Mons Graius était, comme le Summiis Poeninus, consacré à
Jupiter : la célèbre colonne de gneiss porphyroide placée au sommet de
la route même, s'est appelée columna Jovis, colonne de Joux, et l'hôpital
portait encore, en 1 177, le nom de Domus paupcrummontis Jovis ^ ; ainsi,
de même que le nom du dieu topique Penn a dû précéder celui de Jupi-
ter Poeninus an Grand Saint-Bernard, de même le nom de Grau, Crau
ou Craig a pu engendrer le latin Graiae j ; on voit en effet, sur l'espla-
nade qui domine la route, à 2500 mètres d'altitude, un cromlech composé
de 54 pierres brutes cubant environ un demi-mètre chacune, distantes
les unes des autres de 5 mètres, et disposées en un cercle de 72 mètres
de diamètre 4. A tous ces indices d'une haute antiquité il faut ajouter la
vraisemblance du passage des légions romaines par ce défilé des Alpes
au temps de la guerre contre les Allobroges (120 av. J.-C), aucun
obstacle du côté de l'Italie ne s'opposant à leur marche depuis la sou-
mission des Salassi par Appius Claudius Pulcher(i45 avant J.-C); il
faut rappeler encore la facilité et la fréquence des voyages de César se
rendant dans la Gaule Celtique, à laquelle le col du Petit Saint-Bernard
conduisait bien plus directement que le défilé du Summus Poeninus ou
que le mont Genèvre. Toutes ces circonstances nous donnent à penser
que c'est bien plutôt le Petit Saint-Bernard, Graius Mons, que Polybe a
désigné au 11' siècle avant notre ère, que le Grand Saint-Bernard, qui ne
fut rendu viable que par César, comme nous l'avons vu plus haut, et
1. Petron. Satyric. Utrecht, 1654,53. 178 :
« Alpibus aereis ubi Graio nomine, vulsae
Descendunt rupes, nec se patientur adiri,
Haec ubi calcavit Caesar juga »
2. Elle est aussi appelée Domus Sancti Bernardi Montis Jovis, et, dans une charte de
II9Î, Hospitak Moniis Jovis (Carlo Promis, Le Antichità di Aosta, in-4. Torino, 1862,
p. 119). Le sommet lui-même est appelé Mons Columnae Jovis, et au xiv' siècle, Mont-
Jouvet.
j. Voy. Carlo Promis, id., ibid. Daus le dialecte savoisien, Crau signifie encore
aujourd'hui rochers.
4. Id., ibid., tav. II, fig. K. — Voy. surtout le récent travail de M. Borrel, Etude
ur le s monuments de l'antiquité dans la Tarentaise {Lectures de la Sorbonne, séance du
avril 1875, section d'archéologie. Journal officiel àa 5 avril 1875, p. 2428).
à r époque Romaine. 7
qui n'était pas carrossable encore au temps de Strabon. Il faut rappeler
toutefois que le consul L. Cassius Longinus fut tué sur les confins du
pays des Allobroges, l'an 107, dans une guerre qu'il fit aux Tigurini,
Gaulois Helveti qui avaient quitté leur canton ' situé vers Zurich, et que
la route qu'ont pu suivre les légions pour marcher contre ce peuple devait
être plutôt celle du Pocninus que celle du Graius Mons.
On remarquera que Strabon ne mentionne pas par leur nom les Alpes
Graiae : mais elles le sont dans Ptolémée- et dans Tacite ' qui désigne
clairement les trois passages, des Alpes Pennines, Cottiennes et Grées,
comme étant tous trois accessibles à des armées, et qui nomme pour ce
dernier col, non la chaîne, mais le Graius Mons (Petit Saint-Bernard) 4.
Pline et Ammien Marcellin, sans la discuter, rapportent la légende
d'Hercule, qui aurait valu à ces montagnes le nom d'Alpes Grecques,
Graiae Alpes 5. Ce n'est donc pas à la crête du partage des eaux du
Rhône et du Pô qu'il convient d'appliquer le nom de Ceutronicae Alpes
que le premier de ces deux écrivains donne aux sommets dont les pâtu-
rages produisaient les fromages, renommés encore aujourd'hui, ancien-
nement appelés Vatusiques, et dont les mines de cuivre étaient célèbres,
mais bien aux contreforts appelés les Bauges, au nord, et les monts de
la Vanoise au sud, qui entourent la Tarentaise et la vallée supérieure de
l'Isère. Nous savons, en effet, par les inscriptions trouvées à la Forclaz
du Prarion et à Aîme ou Aixme, l'ancienne Axima de Ptolémée et de la
Table de Peutinger, que les Ceutrones, dont cette localité était une des
deux villes principales, habitaient cette vallée. Mais ils s'étendaient aussi
au temps de César sur le versant italien (voy. plus basl.
Les Alpes Graiae, ou même Graecae Alpes^ sont encore nommées dans
un certain nombre de textes/. Elles formaient une section convention-
nelle de la chaîne entre le col de la Seigne et le Mont Cenis [Cenisius
Mons, au moyen-âge), où l'on fait commencer d'ordinaire les Alpes
Cottiae.
1. Epitomel. Liv. lxv. — Cf. Caes. B. g. I, 7. ••
2. 111,1, 57.
3. Hist. II, 66.
4. « Legiones... Penninis Cottianis que Alpibus, pars Monte Graio traducuntur. »
Hiit., IV, 68.
5. Pline : « ejusdem exercitus iHerculis] et Graios fuisse Graiarum Alpium incolas »
III, XXIV (xx), 2 ; — Amm. Marcell., XV, x, 9.
6. Varro ap. Servium ad Virg. Aen., X, 13; — Patron., Sat., 122.
7. Itin. Anton., p. 344 et 346; — Notit. Dignit., Boecking, II, p. 7, 13, 71, 72 ; —
Notit prov. Gall., Guérard, p. 23; — Liste de Vérone de 297, Mommsen, Verzeichniss,
dans \ts Abhandlungen de l'Ac. de Berlin, 1862, p. 492 et 5 1 1 et trad. fr. par E. Picot,
Rev. arch. déc. 1866, t. XIV, nouv. sér., p. 371 et 389, ou p. 2761 45 du tir. à part;
Liste de Polemius Silvius, même trad., Rev. arch., juin 1866, t. XIII de la nouv. série,
p. 386, ou p. 10 du tir. à part.
8 L'Orographie de la Gaule
Les Alpes Coitiae ou Cottianae ' formaient dans la chaîne un angle
droit dont le sommet est le Tabor, et dont les côtés se terminent au
Cenis, vers le nord ; au Vcsulus mons 'Monte Viso), vers le sud, et qui
embrassent, par conséquent, la vallée de Bardonnèche et le val d'Oulx,
sur le versant italien. « Elles doivent leur nom, comme on sait, à Cottius
ou Cottus, qui, caché dans ses étroits défilés, confiant dans l'impraticable
âpreté de cette région, résista seul dans toutes les Gaules soumises, mais
consentit cependant à adoucir sa sauvage humeur et à devenir l'ami
d'Octave. Pour prix de cette amitié, il construisit, au milieu des Alpes,
des routes plus courtes et d'un plus facile accès... Le tombeau du petit
roi auquel nous devons ces chemins est près des murs de Suse ^. » A
l'ouest.de cette ville s'élève encore aujourd'hui, à peu près intact, un
arc honoraire dont l'architrave porte une inscription de quatre lignes, et
dont la frise représente, par un relief animé, les apprêts du sacrifice
solennel appelé suovetjurile ^ .
L'inscription qui est gravée sur cet arc (Orelli, n° 626) nous apprend
que ce monument a été élevé en l'honneur d'Auguste, l'an 8 avant notre
ère : 1° par M. Julius Cottius, qui se qualifie de préfet des cités, dontla liste
comprend quatorze noms de peuples, et 2" par ces cités elles-mêmes 4. Ce
Cottius nous est connu par d'autres témoignages. Son père le xo\Donnus,
l'est également grâce à Strabon iIV, iv, 6; et aux médailles s. On remar-
quera que, sur l'arc de Suse, Cottius ne prend pas le titre de roi, mais
celui de préfet, et qu'il adopte le nom de famille des Jules, Julius, corViVCït
s'il eût été fait citoyen romain par Auguste. Il faudrait supposer qu'après
l'achèvement de la route du mont Genèvre et la cérémonie religieuse
dont cet arc semble consacrer le souvenir, il eût vécu longtemps dans
1 . Cette appellation ne fut donnée à cette section des Alpes que quelque temps après
la mort du roi Cottius, qui arriva sous Néron (Suét., AVro, 18), car elle ne figure, ni
dans Strabon, ni dans Mêla, ni même dans Pline. Elle se rencontre pour la première fois
dans Tacite : Vitellius ordonna à Fabius Valens « de faire irruption en Italie par les
Alpes Cottiennes, Cottianis Alpibus, » Hist., 1, 61 ; cf. 87 et IV, 68 (passage pour
lequel on trouve dans un manuscrit Cocitanis) ; — elles le furent ensuite : par Ptolémée :
èv KoTTÎaiç 'A^Tieaiv (var., KouTtai;), 111, 1, 38; — par Dio Cassius, parlant de
Cottius (IX, 24) ; — dans une ancienne description anonyme (voy. Dom Bouquet,!,
p. 102 c) : « Alpes Cotîiae ». — Les inscriptions donnent les deux formes, Cottiae et
Cottianae.
2. Amm. Marcell, XV, x, 2 et 7.
3. Sacrifice dans lequel on immolait un porc, un mouton et un taureau.
4. « A l'empereur César Auguste, fils du divin César, grand pontife, revêtu de la puis-
sance tribunicienne pour la quinzième fois (la première étant de l'an 23, ce monument est
daté par conséquent de l'an 8 avant J. C), ayant reçu treize salutations impériales (par
suite de ses victoires) ; M. Julius Cottius, — préfet des cités dont Us noms suivent:
Segovii, Segusini, Bclaci, Caturiges, Medulli, Tebavii, Adanates, Savincatii, Egdinii, Vea-
minii, Venisani, lemerii. Vcsubiani, Quadiates, — et les cités qui furent sous le gouverne-
ment de ce préfet {ont élevé ce monument). »
5. Une monnaie gauloise porte au droit: DVRNACVS, tête casquée; R. DONNVS,
cavalier.
à l'époque Romaine. 9
une sorte d'indépendance, ou tout au moins que ses peuples eussent
conservé leur autonomie, puisque l'empereur Claude accrut son domaine
et lui donna le titre de roi^ qu'il prit alors pour la première fois. Ce
ne fut qu'à sa mort, arrivée sous Néron, que son royaume fut réduit en
provincç romaine (Sueton, New, iS<. Ce fut vers cette époque, c'est-à-
dire dans la dernière moitié du i«'- siècle seulement que l'usage s'établit
de désigner par son nom cette région des Alpes ; on dut même continuer
à l'appeler, dans le langage usuel, Royaume de Cottius. Nous trouvons,
dans la table de Peulinger, en gros caractères, CoîtiRegnum, et dans une
inscription provenant dAvigliana, entre Suse et Turin, FINIE | COTTI.
Nous en connaissons les peuples, nous en pouvons déterminer les
limites. Du côté de la Gaule, il s'étendait jusqu'au pays des Vocontii, et
les territoires d'Ebrodunum (Embrun) et des Caturiges (Chorges) en for-
maient les points extrêmes à l'ouest. Sur l'autre versant des Alpes, il
s'étendait jusqu'à VOcelum de César ' et de Strabon, Ocelum qu'on a
longtemps cherché et dont la vraie position a été déterminée récemment
à Drubiaglio, en face d'Avigliana, sur la rive gauche de la Dora Riparia,
à XX milles de Suse ^. La délimitation du royaume de Cottius avait dû
être à peu près celle que reçut plus tard la province des Alpes Cottiae ou
Coîtianae, créée sous Néron, et le nom d'Alpes Cottiae dut s'appliquer
non-seulement à la chaîne principale, mais à toutes les montagnes com-
prises dans le périmètre de cette province. Nous savons, par Ammien
Marcellin, que, sur le versant italien, cette dénomination ne s'étendait
pas, à l'est, au delà de Segusio 3.
Dans la section des Alpes Cottiae, nous connaissons un grand nombre
de sommets remarquables, mais les anciens n'ont nommé ni le Cenis4,
dont le col parait être demeuré inaccessible pour eux, ni le Tabor, nœud
entre la crête principale, les Alpes du Dauphinéet cellede la Maurienne;
quant au mont Genèvre, s'il n'avait pas de nom particulier avant le
moyen-âge, il faut reconnaître tout au moins le massif auquel il appar-
tient dans le Mons Matrona d'Ammien Marcellin, et de l'Itinéraire de
1. » Ocelum quod est Citerioris Provinciae extremum. » Caes., B. g. I, 10.
2. Carlo Promis, Storia dell' antica Torino, p. 288 ; — cf. Rev. archéol., nouv. sér.,
t. XXII, p. 125 et suiv.
5. u In his Alpibus Cottiis, quarum initium a Segusione est oppido », XV, x, 3.
4. La première mention du mont Cenis date du commencement du viii' siècle : il
figure dans un acte de donation, faite au monastère de Novalèse, des » Alpes in Cinisio »,
(voy. Durandi Notizia dell' antico Piemonte Traspadano, in-4. Torino, 1803, p. 71).
C'est par le col du mont Cenis que passèrent Pépin en 755, et Charlemagne en 774 :
« Pipinus cum exercitu suo Monte Cinisio transacto », Fredeg. (Duchesne, Script Fr.,
I, p. 774 et suiv.); « perrexit ipse [Carolus Magnus] per Montem Cinisium » [Annal.
Fr., ad ann. 773). Il est aussi mentionné dans le capitulaire de 806. U est fort
douteux pour nous que ce soit le lac du mont Cenis qui se trouve cité dans Strabon (IV,
vil, 5).
10 L'Orographie de la Gaule
Bordeaux à Jérusalem. Enfin le Monte Viso, où le Pô prend sa source,
est incontestablement le Vesiiliis Mons, très-élevé, couvert de pins et
peuplé de sangliers.
Mais les passages ouverts ou pratiqués par les anciens dans les Alpes
Cottiae présentent un tout autre intérêt. Pour aborder cette étude, il
faut d'abord s'entendre sur le nom que devait prendre cette section de
la chaîne alpestre avant Cottius. Il parait probable qu'avant César, la
dénomination d'Alpes Graiae lui était appliquée, ce qui nous obligerait à
étendre par conséquent cette dernière du col de la Seigne au Monte
Viso. On peut remarquer, en effet, que Ptolémée, près d'un siècle après
la mort de Cottius, place encore Ebrodunum (Embrun), ville des Catu-
riges, dans les Alpes Graiae, et l'on sait qu'Embrun est sur la même lati-
tude que le Monte Viso. Mais, à partir du passage de César, en 59 avant
notre ère, elles s'appelèrent Juliae Alpes : c'est le nom que leur donne
Tite-Live (V, 341 (voy. plus bas).
Le plus ancien passage pratiqué dans la section des Alpes Graiae qui
reçut plus tard le nom d'Alpes Cottiae fut très-probablement celui du
mont Genèvre ou du mons Matrona. Ce col dut être franchi, vers le com-
mencement du vie siècle, au temps de Tarquin l'Ancien, par les Gaulois,
que l'ancienne tradition, recueillie par Tite-Live, fait arriver en Italie
sous le commandement de Bellovèse, car l'historien nous les montre
quittant le pays des Tricastini, dans la vallée du Rhône, et gagnant les
Alpes sur un point qui n'aurait pas encore été gravi, et il ajoute qu'ils
refoulèrent les Saluvii, et qu'ayant passé les Alpes, qui s'appelaient, —
non pas au temps, bien entendu, où cette migration s'accomplit, mais
au temps de l'historien qui la raconte, — Juliae Alpes, ils arrivèrent chez
les Taurini [Id., ibid.]. Or, toutes ces circonstances démontrent que ces
peuples avaient remonté le bassin de la Durance, et avaient dû franchir
les Alpes vers le mont Genèvre ; que, du moins, telle était la tradition
adoptée au i^' siècle de notre ère. Sans être alors très-facile, ce passage
était évidemment celui qui s'offrait le plus naturellement aux émigrants
de la vallée du Rhône. César l'estime le plus court, c'est-à-dire le plus
prompt '. Il dit, en effet, dans le même chapitre, qu'il « se rendit, en
six jours, d'Ocelum, qui était sur la limite de la Province Citérieure
(c'est-à-dire de la Cisalpine), au pays des Vocontii, situés dans la Pro-
vince Ultérieure « ; il ajoute que les Ceutrones, les Graioceli et les Catu-
I. B. g., 1, 10 : qua proximum iter in Ulteriorem Galliam in Alpes erat » ; Ulterior
sigïiifie ici, non la Gaule Celtique, qui était encore à soumettre, mais la Gaule Transal-
pine tout entière, y compris la Province, par opposition à Gallia Citerior qui était pour
César la Cisalpine.
à répo(]ue Romaine. 1 1
riges lui disputèrent le passage, mais qu'il les repoussa dans plusieurs
combats, et qu'il gagna le pays des Allobroges. Or, les Graioceli, dont le
nom indique, selon nous, la position, — et l'on peut s'étonner que per-
sonne jusqu'à ce jour ne l'ait remarqué, — devaient s'étendre sur le
versant oriental des Alpes Graiae, et comprendre le territoire à'Ocelum,
sans doute leur ville principale (Graiorum Ocelunï). Nous savons qu'elle
était située sur la rive gauche de la Duria (Riparia), entre Turin et
Suse, à XX milles de cette dernière '. Les Cenirones, dont le siège prin-
cipal était la Maurienne et la Tarentaise (voy. plus haut), devaient
aussi s'étendre sur le versant italien, dans la vallée de Suse ; quant
aux Caiuriges, on sait que leur centre était Ebrodunum au temps de
Ptolémée (III, i, 59), et que la ville de Chorges a retenu leur nom;
mais il est certain qu'antérieurement, ils s'étendaient aussi sur le ver-
sant oriental des Alpes, dans la vallée supérieure de la Duria [Riparia),
et Pline nous apprend même que les Vagienni lau sud de Turin)
étaient issus de ces peuples ^. Il est donc assuré que, lors de sa pre-
mière campagne. César suivit la vallée de la Duria (Riparia), passa les*
Alpes au mont Genèvre, gagna le pays des Voconîii, par la vallée de la
Druentia, et celui des Allobroges par la rive gauche du Rhône. Les obs-
tacles naturels et plus encore les combats qu'il eut à livrer contre les
peuples des Alpes durent retarder sa marche, car il employa six jours à
effectuer un passage qu'il dut faire beaucoup plus rapidement dans la
suite, d'abord parce qu'il l'avait frayé une première fois, ensuite parce
que, dans les voyages multipliés qu'il accomplit deux fois au moins
chaque année (de 58 à s i avant J. C), il était souvent seul, ou n'avait
avec lui que des forces moindres, composées de quelques recrues ; il dut
même passer tantôt par le mont Genèvre, tantôt par le Grand ou par le
Petit Saint-Bernard, plus naturellement indiqués pour se rendre sur le
théâtre de la guerre ou pour en revenir, tantôt enfin par le mont
Genèvre. Mais le vrai passage des Alpes par César, celui qu'il a effectué
avec le gros de son armée au début de la guerre, celui qui a valu à
cette section de la chaîne le nom d'Alpes Juliac que lui donne Tite-Live,
— appellation éphémère d'ailleurs et remplacée peu après par celle de
Cottiae Alpes, — se fit au mont Genèvre 5. Cette route fut incontestable-
ment la plus fréquentée, et elle devint le grand chemin de la Gaule en
1. Vases Apollinaires, Garrucci, I, p. 163.
2. « Caturigibus orti Vagienni », III, vu (v), i.
3. C'est ainsi que l'a compris l'auteur de la Vie de César, voy. t. II, p. jo et pi. 3 ;
mais Ocelum est mal placé par lui à Usseau, les Graioceli de même. — On a peine à
comprendre pourquoi M. Carlo Promis conduit César par le Petit Saint-Bernard pour
cette première campagne (Le Antichità di Aosta, p. 86), sans tenir aucun compte du
texte même des Commentaires.
12 L'Orographie de la Gaule
Italie à travers les Alpes, après que CoUius y eut accompli les grands
travaux dont parle Ammien Marcellin. C'est par le mont Genèvre
(Matrona) que passent les itinéraires anciens : celui d'Antonin, la Table
de Peutinger, le Hiérosolymitain, et trois sur les quatre que nous font
connaître les Vases Apollinaires ', enfin l'Anonyme de Ravenne. Mais
entre l'époque de l'émigration de Bellovèse, qui a dû suivre cette route,
ainsi que nous l'avons vu plus haut, et la première campagne de César
(59 av. J. C), ne l'avait-elle pas été par quelqu'autre armée, en cer-
taine circonstance mémorable ?
Nous n'avons garde de nous engager témérairement ici dans l'étemelle
discussion du passage d'Hannibal ; rappelons-nous d'ailleurs que les
écrivains anciens eux-mêmes n'étaient pas parvenus à se mettre d'accord
sur ce point, et qu'au temps de Sénèque l'inutilité de leurs efforts était
devenue proverbiale 2. La géographie des guerres puniques n'est pas de
notre sujet; mais, en faisant l'historique des moyens de viabilité connus
des Romains et en recherchant l'origine des passages frayés avant eux,
nous rencontrons incidemment cette question ; on peut même dire que
la géographie historique doit prendre ici la place de la géographie phy-
sique ; car, de cols naturels dans cette portion des Alpes, il n'y en a
Jamais eu et tout chemin accessible, au milieu de cette nature tourmen-
tée, est une conquête de l'homme. Or, la plus mémorable de toutes les
entreprises de ce genre fut sans contredit celle d'Hannibal, — et encore
ne la connaissons-nous que par les récits de ses ennemis. Sans prétendre
donner la solution défmitive du problème, nous chercherons seulement
s'il est possible ou même probable qu'il ait franchi les Alpes Graiae et si
le col du mont Genèvre répugne aux données de la question ou y satis-
fait dans une certaine mesure. On a proposé tour à tour > le Simplon,
le Grand Saint-Bernard, le Petit Saint-Bernard, le Cenis, le mont
Genèvre, le mont Viso, le col de Largentière et m.ême le Saint-Gothard.
La méthode la plus élémentaire oblige celui qui aborde cette étude à
classer d'abord les sources par ordre d'ancienneté : Polybe, Varron,
Tite-Live, Pline, Appien, sauf à discuter leur autorité relative. Quant
aux textes du moyen âge et des temps modernes, ils ne sauraient avoir
1 . Voyez le tableau comparatif que nous avons dressé de ces itinéraires, Table de Peu-
tinger, édit. in-fol., p. 149.
2. Qujest. Nûtur., 111, praef. — Si la divergence d'opinions que nous signalons ici
n'existait pas encore au temps de Polybe, les récits qui avaient été faits du passage des
Alpes avant le sien ne laissaient pas d'être obscurs et embarrassés (voy. liv. III,
ch. xLvin).
]. M. A. Bouché-Ledercq, dans un excellent article {Revue critique d\i 19 sep-
tembre 1874), sur l'ouvrage de M. Maissiat, intitulé Annibal en Gaule, a rappelé ces
diverses opinions.
à l'époque Romaine. i ^
la même importance. Nous sommes tenté d'en dire autant des traditions
locales, car le nom d'Hannibal se rencontre partout en Italie, et son
incomparable éclat a rayonné dans un cercle beaucoup plus vaste que
celui de sa réelle et victorieuse empreinte. L'audace et la grandeur d'une
telle tentative a laissé dans l'esprit des hommes d'ineffaçables souvenirs
que l'imagination populaire a étendus et transformés en les propageant.
En Italie, la légende d'Hannibal dure encore '. Mais on ne saurait attri-
buer une valeur sérieuse aux mille traditions locales que l'on peut
recueillir encore aujourd'hui dans les diverses issues des Alpes et dans
les vallées qui en descendent. Toute roche taillée plus ou moins ancien-
nement devient la Roche d'Hannibal ; tout passage où se conservent
quelques antiquités, le Pas d'Hannibal; de même que la Provence nous
offre partout, autour d'Aix, le nom et les légendes de Marius. Mais le
géographe ne doit pas oublier que la légende est l'ennemie et non l'auxi-
liaire de ['histoire, que, partant d'une donnée exacte, et courant au loin
le pays, elle laisse en route la précision, se dérobe à la vérité et mécon-
naît les traces authentiques des plus grands souvenirs.
Du récit de Polybe se dégagent les données suivantes : les historiens
qui l'ont précédé ont exagéré, dit-il, les dilficultés que présente le pas-
sage des Alpes; « ils ne savaient donc pas que les Gaulois des rives du
Rhône, mainte et mainte fois avant l'arrivée d'Hannibal, et tout récem-
ment encore, avaient franchi les Alpes avec des forces immenses afin de
combattre les Romains et de secourir leurs compatriotes dans les plaines
du Pô... En résumé Hannibal, loin d'agir comme ils le rapportent, mon-
tra dans toute sa conduite la plus grande prudence. Il s'était soigneuse-
ment informé de la fertilité du pays qu'il devait traverser 2, des sentiments
de haine qui animaient ces populations à l'égard des Romains, etc.; dans
les passages difficiles, il prenait pour guides les gens du pays appelés à
partager sa fortune. Si je parle avec cette assurance, c'est que je tiens
les faits dont il est question de la bouche même de témoins oculaires,
et que, pour ce qui regarde les lieux, je les ai parcourus dans un voyage
que je fis autrefois aux Alpes afin d'en prendre par moi-même une con-
naissance exacte ^III, 481. » Il est donc hors de doute qu'aucun témoi-
1. Il y a quelques années, un pêcheur de Passignano, sur les bords du lac de Trasi-
mène, improvisait des récits colorés, mais quelque peu altérés, de la bataille. Hannibal,
victime d'une légère confusion avec Masséna, y était devenu un général français vain-
queur des Allemands et des Russes. Il est vrai que les traces authentiques du véritable
Hannibal sont inscrites à chaque feuillet des registres du cadastre pour toute cette région
de Trasiméne et qu'elles nous rappellent jusqu'aux moindres circonstances de la lutte
de 217, par les noms des champs qui en ont été les témoins.
2. Appien dit même qu'étant encore en Espagne, il avait envoyé des émissaires chez
les Gaulois pour explorer les passages des Alpes {De reb. Hisp., 15).
14 L' Oroij,raphie de la Gaule
gnage ne peut être mis en comparaison avec celui de Polybe ; or il nous
montre Hannibal, après une marche de quatre jours depuis le point où
il avait passé le Rhône, parvenu en un pays très-peuplé et fertile en blé,
qu'on appelle Ile, et qui tire ce nom de sa situation, le Rhône l'arrosant
d'un côté, l'Isère d'un autre, ces deux fleuves donnant à cette /7e la forme
d'une pointe vers leur confluent; quant au troisième côté, il est formé
par des montagnes de difficile accès dont les gorges étroites sont presque
impénétrables '. Hannibal suit la rive du fleuve (il ne dit pas lequel,
mais c'est évidemment l'Isère) et franchit l'espace de 800 stades
(148 kilomètres) qui le sépare des Alpes. Il a à lutter pendant ce trajet
contre les Allobroges qui l'attaquent dès qu'il a quitté les pays de plaines
pour s'engager dans des régions plus escarpées (III, l, en entier).
Tout ce qui suit ne nous fournit aucune indication topographique assez
caractérisée pour qu'on en puisse tirer une appropriation précise à tel ou
tel point de la chaîne. On peut induire seulement du récit de Polybe
{Ibid., Lx, en entier), que les difficultés que rencontra le général car-
thaginois furent telles qu'il semble avoir frayé sa route dans des lieux
presque inexplorés avant lui ; mais on doit tenir grand compte ici de la
saison peu avancée à laquelle le passage des Alpes fut effectué. Polybe
nous apprend aussi qu'Hannibal campa sur la crête des montagnes, et
qu'il ne mit pas moins de quinze jours à accomplir son ascension et sa
descente; enfin qu'il entra dans les plaines du Pô sur les terres des
Insubres [Ul, lvi, 5) : mais cependant il ajoute plus bas qu'il avait établi
son camp au pied même des Alpes (III, lx, 21, et qu'après avoir vaine-
ment recherché l'alliance des Taurini, peuple situé au pied de ces mêmes
montagnes, et pour lors en guerre avec les Insubres, il attaqua et prit
leur place principale. Puis nous ne le retrouvons plus que sur les bords
du Tésin. Il faut remarquer que le fragment de Polybe cité par Strabon
dit en propres termes qu'Hannibal passa les Alpes au pays des Taurini
(Strab., IV, vi, 12).
Vient ensuite, dans l'ordre des temps, le texte de Varron, rapporté
plus haut et qui nous apprend seulement que, sur les cinq passages des
I. 'Hz£ Ttpô; Tr;v xa)ou[j.£vr|V Nr;<jov, /wpav TTo)\io-/_),ov xai (îiTOçôpov, lyourrav oè
TTJv TTpoariYopiav an' aÙToy toù (juiXTVTWjxaTo;- T:^ {làv vàp 6 'Pooavô:, 'f, 6É 6 'Icipa;
•7rpo<7aYopîuô(i£vo;, psovTc; Trap' èxaTSpav Tr;v 7t).£'jpàv, x. r. À. (III. 491. Le mot
'Icàpa; est contesté ; il l'a été récemment par M. Maissiat, auteur d'un ouvrage cité plus
haut, qui lit, pour les besoins de sa thèse, 'Apapo: « de la Saône ». Or les manuscrits
portent ïxotpa:, Sxopa;, Ixtôpa; ; le général Melville assure avoir même lu sur le ma-
nuscrit du Vatican 'laipa;. En tout cas, comme le remarque judicieusement M. A. Bou-
ché-Ledercq (Re\'ue crit., 19 septembre 1874, p. 189), on comprend mieux l'altération,
par les copistes, du nom 'Ifjâpa; en Ixâpix^ que celle d'Iaàpa; en 'Apapo;. En outre,
tous les détails du contexte et l'ensemble du récit justifient pleinement la correction
généralement admise.
à l'époque Romaine. 1 5
Alpes existant de son temps du côté de la Transalpine, celui qu'Hannibal
avait franchi était distinct de ceux que suivit Hasdrubal, son frère, lors-
qu'il vint à son secours en l'an 207, et Pompée lorsqu'il se rendit en
Espagne pour la guerre de Sertorius en 75, et distinct encore de celui
des Alpes Graiae qui ne peut correspondre qu'au Petit Saint-Bernard).
Tite-Live rapporte, à peu près comme Polybe, la marche d'Hannibal
sur la rive gauche du Rhône, en le faisant remonter vers le nord et il en
donne les motifs : « il prit cette route non pas, dit-il, qu'elle fût plus
directe pour gagner les Alpes, mais parce que, plus il s'éloignait de la
mer, moins il était exposé à rencontrer l'armée romaine avec laquelle il
n'entrait pas dans son plan d'en venir pour lors aux mains. » En quatre
jours il gagna Vile formée par le Rhône, les montagnes et l'Isère ', Près
de ce point (c'est-à-dire du confluent) habitent les Allobroges. De là, il
gagne les Alpes par des chemins détournés ^, se replie vers la gauche
(c'est-à-dire vers la rive gauche du Rhône, car c'est évidemment la
droite d'Hannibal qu'il faut entendre), comme s'il eût voulu marcher vers
les Tricastini. Tite-Live nous le montre ensuite côtoyant l'extrémité
septentrionale du pays des Vocontii et gagnant le pays des Tricorii, sans
rencontrer d'obstacle jusqu'à la Druentia (Durance) ; rien de plus vrai
que la description qu'il donne de cette rivière, qui ne peut porter de
bateaux, dont les rives sont mal encaissées, qui se divise en plusieurs
bras, présente des bas-fonds et des gouffres, roule des rochers et gonfle
subitement, à la suite des grandes pluies, ses eaux tumultueuses. C'est à
partir de là que commencent l'ascension et avec elle les luttes du vain-
queur de Sagonte contre les hommes et la nature. Le neuvième jour,
arrivé sur la crête de la chaîne, Hannibal fait reposer son armée pendant
deux jours. Les difficultés de la descente donnent lieu d'après ce récit
aux mêmes observations que d'après celui de Polybe ; enfm quinze jours
ayant été employés au passage des Alpes, il arriva chez les Taurini. Il
faut se rappeler que Tite-Live a connu les récits de L. Cincius Alimentus
qui avait été prisonnier d'Hannibal et s'était même entretenu avec lui;
on doit remarquer en outre que l'historien Padouan dit expressément
que, si le Carthaginois eût passé par les Alpes Graiae, il fût descendu
chez les Salassi et non chez les Taurini (XXI, 31-58).
La phrase dans laquelle Pline dit que les Alpes franchies par Hannibal
1. XX I, 31. Les manuscrits présentent la même incertitude que ceux de Polybe sur le
mot Isara. On y trouve Bisarar, Ibisara que la plupart des savants et des commen-
tateurs, notamment Cluvier, Gronovius, Crévier, Drakenborch, Weissenborn et Madvig
ont lu avec beaucoup de vraisemblance « ibi Isara ». Casaubon propose Arar, mais sans
en donner la raison.
2. « Non recta regione iter instituit », id., ibid.
1 6 L'Orographie de la Gaule
le furent aussi par les Cimbres (XXXI, i, 2) n'offre pas un sens assez
précis pour qu'on s'y arrête, le texte ne signifie même pas que les Car-
thaginois et les Cimbres aient dû passerau même endroit, mais seulement
que tous deux ont franchi la chaîne des Alpes, ce que tout le monde sait.
Le texte d'Appien a une tout autre valeur et on ne l'a pas assez
remarqué, car il nous montre Hannibal comme ayant frayé une voie dans
les Alpes, et « c'est cette voie, ajoute-t-il, qui est fréquentée aujourd'hui
et qui porte le nom de Pas d' Hannibal '. »
Quelle est donc cette route fréquentée au temps d'Appien, c'est-à-dire
sous Hadrien ? Ne serait-ce pas celle que Cottius avait rendue si com-
mode ? le nom de Pas d'Hannibal, que l'historien Alexandrin attribue au
col lui-même, n'est contredit par aucun texte; car, en admettant que le
mont Genèvre, qui s'est appelé Matrona Mons au ive siècle de J.-C.
(Amm. Marcell., XV, x, 6', eût déjà porté ce nom au 11% cela n'a nul-
lement dû empêcher le col de recevoir ou de conserver un nom différent.
Si la table de Peutinger donne sous le nom à'In Alpe Coitia ^ la station
placée au sommet de la route du mont Genèvre, il ne faut y voir que le
nom d'un relai postal ou d'une auberge, et cela n'aurait nullement fait
obstacle à ce que le col se fût appelé différemment, d'autant que In. Alpe
Coitia est à peine un nom géographique, c'est le mot qui indique simple-
ment le point culminant d'une route quelconque dans les Alpes Cottiae;en
effet nous le trouvons employé par le IV'-' vase Appollinaire iGarrucci, I,
p. 163) pour désigner un autre point du faîte dans une section diffé-
rente de la chaîne, ainsi que nous le verrons plus bas, tandis que le
troisième vase nous donne comme équivalent aux mots In Alpe Cottia de
la Table, ceux de SVMMAS ALPES [Id., ihid.\.
En rapprochant maintenant les diverses données fournies par les textes
classiques que nous venons de passer en revue, nous voyons que tous
s'accordent; ou, du moins, qu'aucun d'eux ne s'oppose aux conclusions
suivantes :
1° Hannibal, après son passage du Rhône, a suivi pendant quatre
jours la rive gauche de ce fleuve en la remontant vers le nord jusqu'à
son confluent avec VJsara ilsère) ;
2" Il a suivi la rive gauche de ce fleuve jusqu'au point où il cesse
d'arroser la plaine ;
3"^ Il a ensuite changé de direction pour s'engager dans des défilés de
1. 'OooTTOKîiv, r, y.aî vùv è^jTw iirt -ôJv ôpwv Èv-ptêf,; xal xaÀîÎTat SioSo: 'Awiêoy
(Hannib., 4).
2. Segment, II, B. i et 2, p. 58, col. 1, n' 9 de l'édit. in-folio., et Caule d'après
Table de Peutinger, p. 403.
à répoque Romaine. 17
montagnes et c'est en se repliant vers le sud, comme s'il voulait gagner
le pays des Tricastini (vers le sud-ouest du département de la Drôme),
qu'il a marché vers les Alpes. Pour y parvenir, il a côtoyé l'extrémité
septentrionale du territoire des Vocontii ,c'est-à-dire la lisière de l'ancien
diocèse de Die, Dca, aujourd'hui le nord du département de la Drôme)
et en traversant celui des Tricorii (qui par conséquent, comme le remarque
judicieusement d'Anville, devaient se trouver sur les bords du Drac,
affluent de gauche de l'Isère) ;
4° Il a atteint le cours supérieur de la Durance ;
$° Il a gravi les Alpes et est parvenu sur un point du faîte qui présen-
tait une sorte de plateau capable de contenir le campement d'une armée
de 25 à 50 mille hommes;
6° Il a opéré une descente dans le pays des Taiirini, car le nom des
lusubres et celui des plaines du Pô qui figurent dans Polybe, visent évi-
demment, non le point où s'arrête la descente sur le versant oriental des
Alpes, mais l'objectif du général carthaginois, c'est-à-dire la vallée du
Pô et les bords du Tésin, qui coulait en effet chez les Insubres. Il ne
peut y avoir d'hésitation sur ce point, attendu que, d'une part, en des-
cendant des Alpes Graiae, Poeninae ou Cottiae, on rencontre les Doires
et qu'on ne trouve le Pô qu'à Turin ; que, d'autre part, les lusubres ne
se sont jamais étendus, jusqu'au pied des Alpes de ce côté et que les trois
grands peuples qui touchaient la base orientale de la chaîne étaient :
1° les Salassi, au nord, dans la vallée de la Dora Baltea ou d'Aoste et
chez lesquels on arrivait par les cols du Grand et du Petit Saint-Ber-
nard; 2° les Taurini, au milieu, vallée de la Dora Riparia, et chez les-
quels conduisait le col du mont Genèvre (le Cenis n'ayant pas été franchi
dans l'antiquitéi ; 3° les Vagienni, vallée du Pô supérieur et de la Stura.
D'ailleurs le sens trop précis qu'on a attribué à ce passage de Polybe est
infirmé par la suite du récit de cet écrivain qui parle d'une place des
Taurini enlevée par Hannibal au sortir du campement qu'il avait fait au
bas de la descente du versant oriental, et par le fragment du même auteur
rapporté dans Strabon, fragment qui fait descendre le général cartha-
ginois chez ces mêmes Taurini.
Aussi, sans conclure de ce qui précède qu'Hannibal a dû franchir les
Alpes au mont Genèvre, nous croyons pouvoir affirmer du moins qu'au-
cun des textes faisant autorité n'y contredit. D'après les seuls témoi-
gnages qui soient vraiment anciens et authentiques, il aurait quitté la
rive gauche de l'Isère pour s'engager dans la vallée du Drac, puis
dans celle de la Romanche jusqu'au col de Lautaret; traversant
ensuite sur ce point les Alpes du Dauphiné, par un passage où l'on
Rev. Celt. Ill 2
1 8 L'Orographie de la Gaule
fit plus tard la voie romaine de Cularo (Grenoble) à Brigantio
(Briançon], il a dû se trouver dans celle de la Durance aux pieds du
rocher qui supporte Briançon ; puis il a pu gravir le mont Genèvre au
sommet duquel est une vaste esplanade ; de là enfin, il a sans doute
opéré sa descente dans la vallée de la Dora Riparia, chez les Taurini. Il
est bon de rappeler toutefois que les anciens ont connu un autre pas-
sage dans les Alpes Cottiae, entre le mont Tabor et le mont Genèvre et
que nous en possédons un témoignage irrécusable qui date de l'époque
de Trajan. C'est le quatrième des Vases Apollinaire publiés par le Père
Garrucci. D'après le parcours indiqué sur ce vase, la route en quittant
Brigantio 'Briançon , au lieu de gravir, à l'est, le mont Genèvre, suit,
au nord, la vallée de la Clairée, que les anciens ont dû considérer comme
la vraie Durance [Druentia] ' , et franchir la chaîne au sud du Tabor, par le
col des Muandes qui conduit à Suse à travers la vallée de Bardonnèche.
Entre le mont Genèvre et lemontViso, cette section des Alpes Cottiae
présente aujourd'hui, il est vrai, d'autres passages; mais ils sont d'un
accès difficile et ne paraissent pas avoir été pratiqués par les anciens.
C'est donc au sud du mont Viso, c'est-à-dire dans les Alpes maritimae
qu'il faut chercher les deux passages d'Hasdrubal et de Pompée men-
tionnés par Varron.
Les Alpes Maritimae^ avec le sommet du Cerna ''mont Lerres), où le
Varus iVar) prend sa source, correspondaient autrefois, comme aujour-
d'hui, à la section de la chaîne principale comprise entre le Vcsulus Mons
et le col de Cadibone, par lequel passe la route moderne de Cairo à
Savone. Parmi les nombreux passages que présentent les Alpes Maritimes,
les plus connus sont : i° le col d'Agnello qui fait communiquer, par un
chemin difficile, le val Queyras, arrosé par le Guil, avec la vallée de la
Vraita à Castel-Delfino ; 2° le col de l'Argentière (2031 mètresl, entre
la vallée de l'Ubayette et celle de la Stura ; 5° le col de Tende (1795
mètres), entre Tende et Coni. Il est possible que le premier ait été
connu des Romains, mais aucune voie n'y a été pratiquée. Il n'en est
pas de même du second : bien que les itinéraires anciens ne mention-
1 . Le cours de la Clairée, affluent de cette rivière, est en effet plus long que celui que
les modernes ont appelé du nom de Durance (voy. la Carte de l' Etat-major français,
n. 189). C'est au mont Genèvre qu'on place aujourd'hui la source de cette dernière.
2. Pline, Vlll, Lix (xxxix), 2; XIV, iv (m), 17, passage où il parle du mauvais vin
qu'on y récolte ; XXI, lxix(xviii), 3, passage oià il vante les joncs énormes qu'ony coupe.
— Ptolém. : èv napa/.îoi; 'Aàitesiv, III, i, 41, 42, 4}. — Table de Pcutinger : » In Atpe
Maritima, Segm., 11, B. 2, col. 2, n" 6. — Itin. Anton., p. 289. — Anon. Ravenn.,
IV, 32, V, 2 el 3. — Guido, 35, 79, 82. — Tacit., Ann., XV, 32. — Dio Casius : al
''A).7t£i; al Ua.r.abxli'jrnoi, LIV, 24. Zosim. : lAXTrEi; Mapi-ijxai, VI. — Vopiscus,
Aurelianus, 47. — Notifia dignit.^ Boecking, II, p. 13,71. — Notit. Prov. Galliae, édit.
Guérard, p. 32. — Agathémère, II, 4, etc.
à l'époque Romaine. 19
nent pas la voie romaine qui devait partir de Vapincum (Gap) et s'engager
dans la vallée de Barcelonnette pour gagner le col de l'Argentière,
suivre la vallée de la Stura, en Italie, et atteindre Pollenîia (Polenza) et
Alba Pompeia Alba* , les vestiges qu'elle a laissés et les inscriptions
qu'on y a trouvées, témoignent de son existence, sur le versant italien
du moins. Quant au versant français, la vallée de l'Ubaye et celle de
rubayette qui conduisent au col de l'Argentière, renferment, il est vrai,
des ruines, des monuments romains et quelques inscriptions ; elles ont
surtout donné un très-grand nombre d'objets de bronze de l'époque
celtique; mais on ne trouve pas dans les ouvrages des antiquaires qui
les ont parcourues et décrites qu'il y soit parlé de traces certaines de
voies romaines.
Pour le col de Tende qui fait communiquer le bassin de la Stura avec
celui du Var, il ne renferme pas non plus d'indices de voies romaines.
Or, comme ces deux passages de l'Argentière et de Tende sont les plus
accessibles des Alpes Maritimae pour les communications militaires entre
les deux Gaules Cisalpine et Transalpine, et que le premier a certaine-
ment été fréquenté à l'époque romaine, nous inclinons à y voir les points
signalés par Varron comme ayant été franchis par Hasdrubal et par
Pompée, sans pouvoir toutefois dire lequel des deux a été le lieu de
passage de l'un et de l'autre de ces chefs.
Contreforts des Alpes. — Sauf pour ce qui regarde les Ceuîroni-
cae Alpes (voy. plus haut), les anciens ne nous ont laissé aucune
désignation applicable aux contreforts du versant occidental des Alpes.
Les monts de l'Esterel, qui séparent les bassins du Verdon, puis de
la Durance de ceux du Var et de l'Argens, et engendrent les Alpines
vers l'ouest, et la montagne des Maures, vers le sud, parallèlement à la
mer, ne nous rappellent aucun nom ancien. On en peut dire autant des
Alpes de Provence qui s'élèvent entre l'Ubaye, la Durance et le Verdon;
des Alpes du Dauphiné, qui, en s'éloignant du Tabor, s'abaissent pour
laisser passer, au col de Lautaret, la voie romaine de Cularo (Grenoble)
à Brigantio (Briançon;, et se relèvent aussitôt en hérissant leurs flancs
de glaciers aux abords du grand Pelvoux (5030 mètres), puis se rami-
fient en sens divers, entre le système fluvial de la Durance et celui de
l'Isère et de la Drôme, en isolant le Ventoux au sud (191 2 mètres) et en
jetant sur les deux rives du Buech, affluent de droite de la Durance, le
Gaura ' (les Aspresi et le Mons Seleucus^ (vers Monsaleon). C'est sous le
1. Itin. Hierosolym., p. 555 : « Inde ascenditur Cauramons », sur la route de Dea (Die)
à Vapincum (Gap).
2. Itin. Anton., 357 P- ; — Hierosolym., p. jn, sur la route plus près de Gap.
20 L'Orographie de la Gaule
nom de Ceutronicae Alpes, nous l'avons vu, que les anciens désignaient
les hauts contreforts de la Vanoise, qui, dans la presqu'île agreste et
tourmentée formée par l'Arc et l'Isère supérieure, séparent la Tarentaise
de la Maurienne ; il faut croire aussi qu'ils étendaient l'appellation de
Poeninae Alpes à ces ramifications célèbres des Alpes de Savoie et à ces
reliefs pittoresques qui s'étagent au sud du lac de Genève et du Rhône
supérieur pour s'élever jusqu'aux faites éclatants des monts Blanc, Cer-
vin, Rose et Simplon ; à moins qu'on ne préfère y voir les Alpes
Atractianae. On peut s'étonner que le temps ne nous ait transmis
les noms anciens d'aucun de ces sommets, non plus que des différents
rameaux des Alpes Helvétiques.
Si du Saint-Gothard, nœud d'où nous sommes parti en commençant
cette étude, nous nous dirigeons vers l'orient, la grande ceinture de la
péninsule italique se continue au sud du Rhin supérieur sous les noms
d'Alpes Raelicae et Lepontiae; mais, de ce côté, nous nous écarterions du
cadre que nous nous sommes tracé, qui est celui de la Gaule. Des con-
treforts, qui, à partir du Mons Adulas, forment, par leur épanouissement,
le gigantesque éventail des Pennines, des Lépontiennes, des Rétiques,
du Titlis et des Alpes Bernoises, distribuant dans des vallées divergentes
qu'elles animent ou fertilisent, les eaux limpides du Rhône, de l'Aar, de
la Reuss, du Rhin et du Tésin, pas un seul n'est nommé. Ce sont des
géographes modernes qui ont baptisé les Bernoises du nom de Summae
Alpes ', mais les Romains ne paraissent avoir distingué par des appella-
tions particulières aucun de ces sommets célèbres, Finster-Aar-Horn,
Jung-Frau, Faul-Horn, etc., qui dominent l'Oberland Bernois ; ils ne
semblent y avoir frayé aucun passage, et le Grimsel leur a été sans
doute aussi inconnu que la Gemmie. Ce n'est qu'au point où ces mon-
tagnes s'abaissent sensiblement et disparaissent presque tout-à-fait au
nord de Vevai qu'on rencontre la première route romaine de ce côté ;
mais c'est là même que finissent les Alpes.
Le panorama, pris dans l'ensemble de cette chaîne, qui forme le prin-
cipal relief de l'Europe, et l'aspect des vallées supérieures qui en sont
comme les verdoyantes avenues, sont, pour ainsi parler, les mêmes
qu'autrefois. Partout où l'homme a peu de prise sur la nature, et ne
peut, ni la plier à ses désirs, ni la soumettre à ses besoins, c'est lui qui
subit son influence : il devient immuable comme elle; aussi les peuples
montagnards se transforment-ils peu et très lentement. On peut dire
que tout est constant dans les Alpes : climat, paysage, produits et habi-
I. Voy. Haller, Helvetien unter den Rœmern, II, p. 34.
à l'époque Romaine. 2 1
tants ; sur leurs escarpements inhospitaliers, la faune comme la flore ont
peu varié pendant les âges historiques. Les quelques rares données que
nous ont laissées à cet égard Strabon (L. IV, ch. VI) et Pline (voy. plus
haut), sont encore vraies de nos jours. Les petits chevaux, le miel,
les joncs, le maigre champ d'orge, s'y rencontrent encore ; les riches
pâturages, les troupeaux de chèvres, de vaches et de moutons y
donnent, comme jadis, les produits variés de cette industrie laitière,
vieille comme le monde, et plus d'un trait de ces mœurs étranges, con-
servées dans les cantons les moins accessibles des Alpes ' , a sans doute
son origine dans les usages des sujets de Donnus et de Cottius.
Au nord du Léman, les Dents de Jaman et de Jorat n'ont pas de noms
anciens ; il nous faut gagner, pour retrouver les souvenirs de l'antiquité
dans cette onomastique des montagnes, le rempart du Jura (Jurassus),
qui séparait la Sequanux de VHelvetia^. Le Jura dont les pins sont vantés
par Pline ?, l'altitude remarquée par César 4, n'ofirait, au 1" siècle, qu'un
seul passage accessible à une armée, pour se rendre en Séquanie : le
défilé étroit de la rive droite du Rhône, appelé \e Pas-de-P Ecluse 'i. Ainsi
le Jura, aujourd'hui sillonné de routes, ne présentait pas de cols natu-
rels et aucun artificiel, avant la conquête de César. Celui que fraya plus
tard la voie romaine de Vesonîio ^Besançon) à Avenîicum (Avenches], par
ArioUca iPontarlier) et Ehurodunum lYverdun) ^ fut donc dû à la main de
l'homme. Il y avait toutefois une communication facile entre le pays des
Helvetii et la Gaule, par la rive gauche du Rhin et la trouée de Belfort.
Mais César n'en parle pas, sans doute parce qu'il était trop au nord et
devait exposer les Helvetii aux attaques d'Arioviste et des Suevi qu'ils se
proposaient surtout d'éviter. Quant au défilé de la Pierre-Pertuis, au-
dessus de Biel, passage qui fut pratiqué par les Romains à la suite de
travaux accomplis sur ce point, bien qu'il paraisse à M. de Saussure
1. Voyez les premières pages de l'ouvrage d'Henry. Recherches sur les antiquités du
département des Basses-Alpes 2' éd. Digne, 1842.
2. Strabo : IV, m, 4 ; cf. ibid., vi, 11. — Pline : « Jura », III, v (iv), i : cf. IV,
XXXI (xvii), I ; Juia est ici un pluriel neutre, voy. la note suivante. — Ptolém. : II,
IX, 5 ; cf. 20.
3. « [AbietesJ laudatissimae, in Gallia, Juribus »,X\l, lxxxxvi (xxxviii), 2; voy. édit.
Detlefsen, III, p. 46.
4. « Monte Jura alfissimo, qui est inter Sequanos et Helvetios », B. g., I, 2.
5. « Unum per Sequanos, angustum et difficile inter montem Juram et flumen Rho-
danum. vix qua singuli carri ducerentur, mons autein altissiinus impendebat, ut facile
perpauci prohibere possent », id., ibid., 6, cf. 8 ; — voyez, pour toute cette topogra-
phie du commencement de la première campagne, VHistoire de Jules César, par l'em-
pereur Napoléon 111, t. 11, p. 41-52 et pi. Il et III. Cette partie y est remarquablement
traitée.
6. Table de Peutinger, Segm. II, A, I, p. 34, col. 2, in-fol. et Gaule, in-8, p. 233.—
Itin. Anton., p. 348.
22 L'Orographie de la Gaule
avoir été antérieurement ouvert par les eaux, il était inconnu au temps
de César.
C'est au contrefort septentrional du Jura qu'appartient le Vocetius mons
(Boezberg, canton d'Aarau, sur la rive gauche de l'Aar, entre P'rick et
Bruggi, où Cécina, lieutenant de Vitellius, battit les Hclvetii avant de
marcher sur Aventiciim '.
Le nom ancien des Vosges nous est parvenu sous les deux formes de
Mons Vosegus - et Vosagus 5. Les pins qui les couvraient étaient célèbres 4
et Vosegus était le dieu topique de la montagne s.
C'est la forêt, et non la chaîne des Ardennes, qui est citée dans les
textes anciens, Silva Arduenna'^. César nous la montre comme s'éten-
dant sur le pays des Treveri .Trèvesi, depuis le Rhin jusqu'aux confins
des Rem/ Reims 7 dans le sens du nord-ouest au sud-ouest; et jus-
qu'aux Nervii ^Hainautet Bavai, département du Nord^ dans le sens de
l'est à l'ouest, sur une longueur, dit-il, de plus de cinq cent mille pas^,
ce qui ferait 740 kilomètres, chiffre évidemment exagéré. Entre Bavai
et Mayence, on n'en compte que 350 en ligne droite : ce serait la lar-
geur. Si nous appliquons maintenant la mesure de César au sens de la
longueur, c'est-à-dire de la longitude, il faudrait admettre que la forêt
d'Ardenne eût couvert tout le pays qui s'étend des bouches du Rhin
jusqu'à Langres ou même jusqu'à Dijon, c'est-à-dire qu'elle eût occupé
plus d'un tiers de la Gaule ; mais on peut lui accorder que c'était de
beaucoup la plus grande, « quae est totius Galliae maxinia ». Comme il
donne à entendre plus bas qu'elle se terminait vers le nord au confluent
1. Tacite, Histoire I, 68; — voy., pour l'identification, Haller, Helvetien unter den
Rœmern, II, p. 39-40.
2. Caes., B. g., IV, 10 : « Mosa profluit ex Monte Vosego, qui est in finibus Lingo-
num » ; un manuscrit de Paris (tx" ou x» siècle) porte Uosgo ; — Plin., voy. plus bas ;
— Lucan, Phars.^ I, 397 :
« Castraque quae Vosegi curvam super ardua rupem
Pugnaces pictis cohibebant Lingones armis » ;
voy. Ed. Oudendorp, p. 51; — vib. Seg. au mot Arar.
3. La Table de Peutinger nous les représente dans son dessin sous la forme d'une
forêt et elle porte Silva Vosagus (Segm. II, B. i, p. 2, col. 2, in-fol., et Gaule, ih-8,
p. 4 ; — cf Creg. Turon., V, 10, ann. J90 : « Vosagus Silva; Vosagense territorium »;
— Venant. Fortunat., VII, 4.
4. Pline : « [abietes] laudatissimae in Gallia... Monte Vosego », XVI, lxxvi (xxxviii),
2; le manuscrit ce Paris, n" 6795, porte Vosago.
j. On a trouvé sur le faîte des Vosges cette inscription : VOSEGO | MAXSII | MINVS
I V-S-L-L- (Gruter, xciv, 10; Orelli, 2072); « au Dieu Vosegus, Maxseminus (sic) a
acquitté son vœu volontiers et avec joie ». L'orthographe Vosegus doit donc être préférée
à celle de Vosagus.
6. En grec 'Ap5o^j£'vva'j)r,, Strab., IV, m, 5.
7. B. g., V, 3 : « Indutiomarus... ils... qui per aetatem in armis esse non poterant,
in Sivam Arduennam abditis, quae ingenti magnitudine per medios fines Treverorum a flu-
mine. Rheno ad initium Remorum pertinet, bellum parare instituit. »
8. B. G. VI, 29.
à ^époque Romaine. 2j
de la Meuse et de l'Escaut', c'est vers le sud qu'il la prolonge beaucoup
trop, à ce qu'il semble, à moins qu'il n'enclave sous ce nom la forôt des
Vosges, Sih'd Vosegus, qui doit, croyons-nous, en demeurer distincte. Il
est vrai que, si l'on veut s'en rapporter à un celtologue, le nom même
d'Ardiunna signifierait forêt 2, ce serait donc la forêt par excellence.
Strabon toutefois ne l'entend pas comme César et il relève l'étendue exa-
gérée que certains écrivains lui ont attribuée. Le passage du géographe
grec est intéressant à plus d'un titre : « il existe une forêt d'arbres peu
élevés, grande assurément, mais non pas tant que les écrivains l'ont dit,
en lui accordant une étendue de quatre mille stades (740 kilomètres),
on l'appelle la forêt d'Ardenne ^'Aooiuéwavj. Dans le temps des incur-
sions militaires, ils 'les Gaulois) rassemblent les rameaux des arbres les
plus touffus et ferment tous les passages en fichant en terre çà et là des
1. « 'CaesarJ ad flumen Scaldem, quod influit in Mosam extremasque A rduennae partes
ire constituit », VI, 35.
2. « Arduenna, ou peut-être Ardvenna. Ce nom semble formé du radical ard k élevé »
qu'a conservé le gaélique dans ard « élevé » et dans les nombreux dérivés de ce
dernier, et qui est commun au latin {arduus, même sens). Je ne saurais dire s'il faut le
séparer en Ardu-enna (auquel cas -enna serait simplement un suffixe, comme dans
Cebenna, Clorenna, Ravcnna, etc.), ou Ard-venna [venna étant un terme composant).
L'analogie des autres noms de lieu en -enna rend pourtant la première division préférable.
Quoi qu'il en soit, le sens du terme principal ard nous permet de traduire le nom d'AR-
DUENNA par « Haut-Pays ». Cette explication étymologique, que confirme la région
représentée par ce nom, est rendue plus vraisemblable encore par l'analogie. Comparez
en effet les noms suivants qui ont absolument le même sens, Hercynia {Silva), Highlands
(Ecosse), Oberland (Suisse), Pays-d'en-Haut (Suisse, canton de Vaud) Terre-Haute (sur le
Wabash, dans l'indiana, aux États-Unis). Par contraste on peut de même citer les Pays-
Bas, UnterH'alden (Suisse), littéralement « Forêt-d'en-bas '\ Canipania, en Italie, et
Champagne, nom donné à plusieurs régions de la France. En latin le même radical ard,
d'ardaus, a fourni le nom à'Ardea ; une des villes qui portent ce nom, le chef-lieu des
Rutules, était construite sur un rocher élevé. Je crois avoir établi que ce nom à' Arduenna
a été, par fausse analogie, traduit par Hohe-Venn par les Germains conquérants de la
Gaule. C'est le nom dont les Allemands appellent la partie septentrionale des Ardennes,
et, en Belgique, on appelle la même région Haute-Fagne. Fagne est la forme dialectale
wallonne du français Fange et tous deux viennent du mot germanique latinise Fania
« marécages ». L'extrémité des Ardennes forme à l'heure actuelle la limite des langues
française et allemande, et comme c'est en général à la naissance des montagnes que l'on
rencontre les frontières linguistiques, il n'est pas téméraire de supposer qu'à l'époque où
les Germains entrèrent en contact avec le monde gallo-romain, c'était déjà la limite de la
langue latine. Les Germains, en présence de ce pays montagneux, en demandèrent le nom :
Arduenna, leur dit-on. Peut-être le prononcèrent-ils Arduhenna par analogie avec les noms
de lieu germaniques en henna, comme le Baduhenna dont nous parle Tacite [Ann., iv,
73) ; peut-être même disait-on Ardvenna. C'est chose fréquente que, guidé par une
fausse analogie, un peuple déforme, en voulant leur donner un sens, les noms pour lui
nouveaux dont la forme étrangère étonne son oreille. Les transformations de ce genre
échappent aux lois linguistiques parce que l'instinct populaire, faisant violence aux noms
pour les rapprocher de mots connus, leur ajoute des lettres adventices. Ardu était l'ad-
)ectif latin et aussi gaulois signifiant « élevé » ; enna ou venno qui semblait, une fois
dégagé d'ardu, être un mot par soi-même, rappelait à l'oreille un mot germanique comme
fenna ou fenni; Arduenna devint ainsi pour les Germains la Haute-Fagne, Die Hohe Venn.
(Voy. mon article Fagne, Fange, Hohe-Venn, Finnois, dans les Mémoires de la Société de
linguistique, t. 11, p. 171 et suiv.) ». Note communiquée par M. Gaidoz.
24 L'Orographie de la Gaule
pieux. Puis ils se cachent dans la profondeur de la forêt avec leur
famille, se réservant de petits ilôts au milieu des marais, où, pendant la
saison des pluies, ils trouvent une retraite assurée ; mais, à l'époque de la
sécheresse, on les prend sans difficulté ' «. C'est un reste des anciennes
mœurs qui remontent à l'âge des habitations lacustres. Dans ce bois se
cachèrent et furent prises, l'an 2 1 de notre ère, les recrues du Trévir
Fiorus qui avait excité, sous Tibère, un soulèvement en Gaule, de con-
cert avec l'Éduen Julius Sacrovir 2. M. Alfred Maury a pu, à l'aide des
textes du moyen-âge et des vestiges reconnaissables encore dans des
noms de localités modernes, restituer à cette forêt célèbre son étendue
primitive, il en a dénommé et déterminé les différentes parties,
il en a écrit l'histoire 3, il a enfin expliqué les légendes auxquelles
l'effroi qu'elle inspirait avait donné naissance et dont l'écho se
retrouve dans les chants de nos trouvères 4. On sait qu'elle a joué un
grand rôle^ surtout à l'époque mérovingienne s, et tout le monde connaît
les récits miraculeux de la conversion de saint Hubert*^.
On comprend que la forêt d'Ardenne ait, sous ses ombrages redoutés,
caché aux yeux des géographes anciens les ondulations de l'Argonne, des
collines de Belgique et de tout le système orographique qui sépare les
bassins de la Moselle, de la Meuse, de l'Escaut et de la Seine, aussi ne
leur ont-ils donné aucun nom. Reprenant donc la recherche des dénomi-
nations anciennes de nos montagnes, à partir du pied des Vosges, nous
suivrons, comme Pomponius Mêla/, la ligne de partage des eaux de
l'Europe en gagnant, par le plateau de Langres et les collines de la
Côte-d'Or, du Charollais et du Beaujolais, les Cévennes proprement
dites, Gebennici ou, mieux, Cevennici Montes, Ccvcnna 3/oa?5 s ^ désignation
qui ne paraît s'appliquer, dans César, qu'à la partie méridionale de la
chaîne, celle qui sépare le pays des HdvU 'Ardèchci de celui des Arvernh,
ces derniers peuples la considérant comme une excellente défense natu-
1. IV, m, 5,
2. Tacite, Ann., 111, 42 : « Saltus quibus nomen Arduenna ».
3. Les forêts de la France dans l'antiquité et au moyen-âge (Mèm. présentés par div.
savants à l'Acad. des inscript, et belles-lettres, 2"sér. ; Antiquités de la France, t. IV,
p. 31 et suiv.).
4. Chanson de Roland, édit. de Franc. Michel, stance LVl, p. 29, etc. ; voy. Maury
{ouvr. cité), p. 39.
5. Grég. Turon, Hist. ecclés., II, ix, col. (S et suiv.
6. BoUand. Acta Sanct., II, octobr., p. 528, col. 2.
7. « La Gaule est divisée par le lac de Genève et les Cévennes en deux versants, l'un
atteignant la mer de Toscane, l'autre l'Océan ; le premier s'étendant du Var aux Pyrénées,
l'autre du Rhin aux mêmes montagnes», II, v, i. Gebennici est l'orthographe adoptée
dans l'édition de Gronovius. Leyde, 1722, p. 186.
8. Caesar, iî. g., Vil, 8 et 56; les plus anciens manuscrits donnent tous cette leçon.
9. « Cevenna, qui Anenos ab Helviis disdudit », ibid., 8.
à l'époque Romaine. 2 5
relie' ; mais Strabon lui accorde une bien plus grande extension. Disons
d'abord que la transcription qu'il nous donne du nom latin ou gaulois en
Cemmcna, -h K£|x;j.îv:v Bpoç, est évidemment mauvaise. Le vrai nom de
cette chaîne devait être alors ce qu'il est resté, Cevenna. Le géographe
grec la fait partir des Pyrénées avec lesquelles elle forme, dit-il, un angle
droit, et il en étend le nom jusqu'à la hauteur de Lyon ; donc les mon-
tagnes du Vivarais et du Lyonnais sont comprises par lui sous la désigna-
tion commune de Cemmena ^, et il lui donne 2000 stades de développe-
ment (570 kilomètresl, chiffre un peu inférieur à celui de la longueur de
la chaîne entre les Pyrénées et le Beaujolais. Il nous la montre comme
serrant plus étroitement le Rhône en face du confluent de l'Isère avec ce
fleuve iIV, I, II ; d.ihid., 11, 3) et il enfait une limite ethnographique
entre les Aquitains (Ibères) et les Celtes [Id., ibid., i) ; il ajoute enfin
que l'Aude, l'Orb et l'Hérault descendent de l'un de ses versants [Id.,
ibid., 6) et la Loire de l'autre [Id, ibid. 14]. Pline semble étendre aussi
le nom de Cebenna 3 vers le nord jusqu'à Lyon, puisqu'il en fait la limite
de la Narbonnaise4 et de la Gaule proprement dite, se conformant en cela
aux commentaires d'Agrippa s. Les Gaulois prétendaient, au dire de Stra-
bon, que les Cévennes renfermaient des mines d'or (III, 11, 8), mais il
aurait eu tort d'y croire. Ptolémée étend le nom de Cemmena aux mon-
tagnes d'Auvergne'^, qui ne semblent pas en effet avoir eu dans l'anti-
quité une désignation particulière. Nous connaissons du moins, depuis
peu, et par suite des fouilles pratiquées au sommet du Puy-de-Dôme
pour l'établissement du nouvel observatoire, le nom ancien de cette
montagne. L'inscription, dont voici la traduction, et qui a été gravée
sur une petite plaque de bronze servant d'ex-voto, y a été découverte
le 24 août 1 874 : « Aux divinités Augustes et au dieu Mercure-Dumias ;
)) Maîuîinius Victorinus a fait cette offrande ))7. Ces fouilles, commencées
le 1 5 août 1873, ont mis au jour, sur le culmen du Puy-de-Dôme, c'est-
à-dire à 1463 mètres d'altitude, les vastes substructions d'un temple de
grandes dimensions, ruiné, au rapport de Grégoire de Tours, sous le
règne de Valérien et de Gallien, vers 258, par Chrocus, roi des Alamans,
1. c( Quibus 'An'ernis] oppressis inopinantibus, quod se Cevenna ut muro munitos
existimabant», /b;^., 8 ; et, au ch. 56 : u oppositus Mons Cevenna viarumque difficultas
impediebat ».
2. IV, I, 1 ; cf. 11, V, 28. Il emploie tantôt le singulier, tantôt le pluriel.
3. Orthographe adoptée, d'après le meilleurs manuscrits, dans l'édition Detlefsen, t. III,
p. 135. , ^
4. 111, v^iv) I.
5. IV, XXXI (xvii), I.
6. i 'Apo'jÉpvoi ; 0'. irc'.potxoÛTi xà Kîa|j.îva ôpr, (11, viii, 14). Les deux mss. 1403 et
1404 de la Bibliothèque nationale de Paris portent Kcî[Xcva.
7. Cette inscription a été reproduite Rev. celt. II, 426.
26 L'Orographie de la Gaule
qui ravagea la Gaule à la tête d'une armée, et qui, « à Clermont (c'est-
à-dire dans le territoire de la cité de Clermont, appelée elle-même alors,
du nom de l'ancien peuple, Arverni], incendia, renversa et détruisit un
temple célèbre, que les habitants appelaient Vasso, en langue gauloise,
édifice admirable et solide,... dans l'intérieur duquel le marbre se mêlait
aux mosaïques ' ». Ce temple dont les ruines viennent d'être retrouvées
assez complètement pour ne permettre aucun doute sur son identité avec
celui que décrit l'historien du vu^ siècle, n'est autre que le sanctuaire du
Mercure-Arverne, où se trouvait la statue de cette divinité dont Pline,
après avoir énuméré les colosses les plus célèbres de son temps, parle en
ces termes : u les dimensions de toutes ces statues ont été dépassées de
notre temps par le Mercure que Zénodore a fait pour la cité gauloise des
Arvernes, moyennant 400000 sesterces 180000 fr. du poids de notre
monnaie d'argent) par année, pour prix de sa main d'œuvre pendant
dix ans. S'étant fait connaître par ce travail, il fut mandé à Rome par
Néron et y exécuta la statue colossale de ce prince ^. » Pline nous
apprend en outre qu'à l'époque où Zénodore se trouvait chez les
Arvernes, le gouverneur de la province, c'est-à-dire le légat de l'empe-
reur dans l'Aquitaine, était Vibius Avitus. Or d'autres inscriptions, ou
plutôt des fragments d'inscriptions, gravés en lettres monumentales sur
marbre, ont été trouvées au même endroit, et divers monuments élevés
en l'honneur du Mercurius Arrernus dans d'autres parties de la Gaule et
jusque sur les bords du Rhin, prouvent que le temple dont on voit les
débris au sommet du Puy-de-Dôme était le centre d'un cuhe national et
qu'il a dû être élevé, non pas seulement par la cité qu'il dominait si
majestueusement, ayant pour piédestal un ancien volcan, mais par toute
la Gaule ; aussi rien de plus commun que le souvenir de Mercure sur
tous les points de notre pays >, le nom de cette divinité est resté attaché
à de nombreux sommets comme à une foule de villages ou hameaux 4.
Pour nous résumer, disons que l'intérêt direct qui résulte de la décou-
verte faite au Puy-de-Dôme est de nous montrer, sur l'emplacement
situé au faîte de cette montagne, un temple magnifique consacré à la
principale divinité nationale des Gaulois, qui y était représentée par un
des premiers artistes du monde ; que ce colosse, tout en bronze, y
atteignait des proportions inconnues ailleurs, que le nom de ce temple,
1. Greg. Turon., Hist. des Francs, I. }6, trad. de M. Guizot.
2. XXXIV, xviii (vu), 6.
3. Caes. B.g VI, 17 : » Deum maxime Mercurium colunt, etc. »
4. Tels que Saint-Michel-Mont-Mercure en Vendée, Mercurey en Bourgogne, Mercœur,
Mercoiret, Mercury, Mercurette, etc. Voy. Mowat, /?fv. archéolog. de janvier, 187$, p.
}4, note I.
à l'époque Romaine. 27
en gaulois Vasso, et celui de la localité où il avait été construit, distin-
guaient topiquement ce sanctuaire célèbre de tous les temples secon-
daires et de tous les lieux où le Mercure Arverne était honoré ; enfin que
ce nom était Dumias [gén. Dumiatis\ d'où est certainement venu Podium-
Dumiatis, Puy-de-Dôme, d'autant mieux que la prononciation des habi-
tants du pays, Puy-de-Doume nous a conservé la phonétique latine de
Dumias [Doumias).
A la naissance du contrefort qui rattache le système des monts
d'Auvergne aux Cévennes était le Lesuni ou Lesora Mans ' (mont Lozère,,
1530 mètres! , où le Tamis (Tarn) prend sa source et dont le canton
était renommé pour ses fromages.
Nous ne trouvons aucun autre nom ancien à appliquer aux systèmes
orographiques, qui séparent, plus ou moins nettement, le bassin de la
Loire de ceux de la Seine, au nord^ et de la Garonne, au midi ; malgré
l'importance des collines de Normandie et des monts de Bretagne qui
avaient cependant dû fixer les regards des Romains. Il ne nous reste
donc plus qu'à gagner les Pyrénées.
Les Pyrénées. — Pyrenaei montes^, Pyrenaea juga'^, Pyrenaeus
mons^, PyrcnCi sont mots synonymes 6. Cette chaîne, mentionnée
dans un grand nombre de textes, séparait, moins autrefois qu'aujour-
d'hui, deux pays et deux races, car l'ancienne Ibérie débordait sur la
Gaule et la Gaule sur l'Ibérie?. Les Pyrénées, dit Strabon, présentaient
1. Sidon. ApoUin., Carm., XXIV, Propempt., 44 : « hinc te Lesora, Caucasum Schytha-
rum vincens, aspiciet. »
2. Ta riupr.vaïa ôor, Polyb. , III, xli, 6 ; cf. XL, I ; xxxvii, 9 ; xxxix, 4. — Diod.
Sic, V, 35. — Marcien. d'Hérad., II, 6{Geogr. min. de Didot. I, p. $4}). — Strab., II,
I, II, etc. ; mais il emploie le plus souvent le singulier, voy. note 3. — Agathém., II,
9, p. 47, — Ptolém., XV, 2, où le géographe Alexandrin rapporte qu'elles avaient été
décrites par Marin de Tyr: VIII, iv, 2, v, 2. — Tite-Live, XXI, 23 : u Pyrenaei montes. »
— Justin., XLIV, I.
3. Pline, III, II (1), I.
4. Sil. Italie, m, V, 41J : « at Pyrenaei frondosa cacumina montis i>. — Auson.
Epigr., XXIV, 68 : « bimaris juga ninguida Pyrenaei ». — Dionys. Perieg., V, 288 :
ITypr.vaTov ôoo;. — Plin. : « Pyrenaei promontorium, juga... » IV, xxxiv (xx), i ; « in
Pyrenaeo » VII, xxvii (xxvi), i ; cf. XIV, viii (vi), 8 ; « Pyrenaei jugis... » XXXVII,
VI (i), 13 ; « Pyrenaei montes... » IV, xxxi (xvii), i ; « radice Pyrenaei », III, iv (m), j ;
u saltus Pyrenaeus» IV, xxxm fxix), i. — Tite-Live, XXI, 23. — Auson., Epigr.,
XXV, 51 : « Pyrenaeum transgreditur »; XXI, 24. — Mêla, II, v, i ; III, i, 10 ; « Pyre-
naeus mons » II, VI, I.
5 Polyb., III, xxxv, 2 ; f, n-jpr,vr,, et, au même chapitre, § 7 : oià twv nvpr,vaîti)v
opwv, cf. xxxvii, 9; xxxix, 4, etc. (voy. note i). — Marcien. d'Hérad., II, 6 [Geogr. min.
de Didot. I, p 543). — Strab., III, i, 3 : -^ n'jpr,vr,, passim, mais il emploie aussi le
pluriel (voy. note i). — Athén., VIII, 2. — Steph. Byz. — Auson.: « confmia propter
ninguida Pyrenes » Clar. urb.. Tolosa.
6. Eustathe [Commentarii ad Dyonis. Perieg. ad v, 338, Geogr. min. de Didot, II,
p. 277) dit que le mot n-jpr.vr, s'applique non-seulement au n-jp-ovatov ôpo;, mais aussi
aux II-jpr,vaîa ôpr,, au pluriel.
7. Strabon dit 'bien, il est vrai (III, i, 3) : rj Il'jprjvr,... ôpo;... àTrô Nôto-j upô; Boppàv
28 L'Orographie de la Gaule
au nord leurs flancs dénudés ; leur versant méridional, au contraire,
aurait été couvert de forêts (III, iv, 1 1). Or, malgré les changements
que dix-huit siècles de culture et de déboisement ont pu apporter à l'as-
pect de ces montagnes, c'est le contraire de ce que rapporte le géo-
graphe grec qui est vrai aujourd'hui et nous semble l'avoir été jadis.
Ses mines d'or des Pyrénées illl, ii, 8) sont une imagination, est-il
besoin de le dire ? « Les Pyrénées, dit DiodoreiV, ^<^], l'emponent sur
les autres montagnes par l'étendue et l'altitude...; elles étaient autrefois
couvertes d'épaisses forêts, mais on raconte qu'à une époque ancienne
des bergers y ayant mis le feu, toute cette région montagneuse devint la
proie d'un vaste incendie qui dura pendant bien des semaines, toujours
se propageant, et que la surface du sol, étant comme calcinée (d'où est
venu le nom de Pyrénée, llucvala, de 7:jp, feu), mit à nu une grande
quantité d'argent; que ce minerai liquéfié donna naissance à des ruis-
seaux de métal dont les indigènes ignoraient l'usage et dont surent bien
profiter les marchands Phéniciens... ». Il est probable que ce récit
légendaire a un fond de vérité et qu'il fait allusion à ces belles mines de
plomb argentifère de l'Espagne dont on extrayait autrefois, comme
aujourd'hui, l'argent par le procédé de la coupellation ; seulement il faut
pour cela étendre le nom de Pyrénées à toutes les montagnes qu'elles
engendrent et qui sillonnent le centre de la Péninsule ' et non le limiter
à la chaîne des Pyrénées proprement dites que Diodore nous montre,
lui aussi, comme séparant la Celtique de l'Ibérie (Diod. loc. cit.) ; car il
n'existe aujourd'hui dans cette chaîne, à l'état d'exploitations, sur le
versant français du moins, que le gisement argentifère de Bagnères-de-
Luchon, produisant par an de 40 à 50 tonnes de plomb et yj kilo-
grammes d'argent environ ^ Les mines de l'intérieur de l'Espagne sont
TîTajjLÉvov ôpt'îi Tr,v K£>.tixy)v àTzô -rj; 'lêcpt'a?. — Silius Italicus dit aussi dans son lan-
gage plus poétique qu'exact (111, 417-419) :
(( Pyrene celsa nimbosi verticis arce
Divisos Cellis late prorpectat Iberos
Atque aeterna tenet magnis divortia terris «,
et Polybe : upô; twv IFupavaitov ôp<ôv à 5iopî;:;£i toô; "lêr.pa: v.ai K£>,toû; (III, xxxix,
4). EÛstathe, dans son commentaire au v, 338 de Denys-le-Périégéte [Ceogr. min. de
Didot, 11, p. 277) dit la même chose; mais il est de notoriété que la Celtibérie, qui
correspond à l'Aragon et à la Catalogne, devait son nom même au mélange des Celtes et
des Ibères et personne n'ignore d'autre part que les Ibères étaient établis dans la Gas-
cogne et dans le Roussillon : Elimberris est le nom ancien, et certainement Ibérien
d'Auch, et lllibcris celui d'Elne [Hdena étant une appellation romaine et presque chré-
tienne qui date des fils de Constantin).
1. Pline appelle de même Pyrenaei juga les montagnes de l'intérieur de l'Espagne :
IV, XXXIV (xx), I ; cependant il distingue, dans un autre passage, le Solorius mons et les
juga Oretana et Carpetana : III, 11, 2.
2. G. Roswag, Us métaux précieux considérés au point de vue économique. Paris, i86j,
in-8, p. 59-
à l'épocjue Romaine. 29
au contraire très-riches et leur exploitation par les Phéniciens nous est
attestée par Strabon, dont le texte paraît concorder d'ailleurs avec celui
de Diodore, sauf en ce qui regarde la situation géographique de ces
mines : Strabon cite à cet égard le témoignage de Posidonius'. Les
Pyrénées produisaient du buis (Plin., XVI, xxviu (xvi), 2) et leurs eaux
thermales sont vantées par Pline (XXXI, 11, 1). Quant à l'étymologie
grecque, -njp, feu, on est édifié aujourd'hui sur sa valeur, comme sur
celle de la plupart des anciennes étymologies géographiques. La sage
réserve dont M. Gaidoz nous donne ici même l'exemple^ nous avertit
de nous défier de Byrin, Bryn, qui signifierait montagne, et que Forbi-
ger 5 nous propose, après Astruc 4, comme origine du nom des Pyrénées.
La neige et les lacs glacés de ces montagnes ont été chantés par Lucain
(IV, 85-87), mentionnés par Festus Aviennus s et par Ausone^.
Les Romains ont connu plusieurs passages dans les Pyrénées ; trois,
entre autres, ont été rendus plus accessibles par la création de voies
romaines :
1° Celui de Barcino (Barcelone) à Narho-Martius (Narbonne), par
Gerunda iGirone) et Ad Pyreneum (col de Pertus) 7 ; c'est aujourd'hui la
route de Perpignan à Barcelone par le Boulou, la Junquera et Figueras;
c'était de beaucoup la plus fréquentée dans les temps anciens, et c'est
certainement ce col que franchit Hannibal (Polyb., III, xl, i), ce qui le
conduisit directement à llHberis (Elne) dont il fit le siège (Tite-Live, XXI,
24. Strabon nous explique parfaitement que le chemin d'Italie en
Espagne s'écartait de la mer pour gravir les Pyrénées au point où se
voyaient les Trophées de Pompée et qu'en le suivant depuis Tarragone on
traversait le Campus Juncarius dont Junquera rappelle certainement le
nom ancien ^ ; on sait qu'il n'y a pas de passage possible à l'est du col
de Pertus, le cap Creus, autrefois Pyrenaeum promontorium 9, s'avan-
1. m, II, j, 8 et 9 ; — cf. Aristote {De Mir. ausc, 88 p. 11 57), qui raconte la même
chose. Ce n'est pas dans les Pyrénées, comme semble le croire Forbiger (III, p. 8) que se
trouvaient les mines d'or, d'argent, de fer et de plomb dont parle Pline (IV, xxxiv (xx),4),
car cet écrivain désigne clairement ici l'Espagne à partir des Pyrénées et non la région
des Pyrénées: «omnisque dicta regio (id est Hispania) a Pyrenaeo metallis referta auri,
argenti, ferri, p'.umbi nigri albique ».
2. Revue celtique^ t. Il, p. JSJ et suiv.
}. Handb. der alten Geogr., III, p. 7, note 22.
4. Hist. natur. du Languedoc, III, 2.
5. « Inde Pyrenaei turgescunt dorsa nivalis », Descript. Orb., 421.
6. il emploie deux fois cette épithète de ninguida en parlant des Pyrénées ; voy. plus
haut.
7. Itin. Anton., p. 390; Table de Peutinger, Segm. 1, A, 2, p. 80. — Vaset Apolli-
naires, etc.
8. m, IV, 9 et cf. 7 pour les Trophées de Pompée ; cf. aussi Pline, VII, xxvn (xxvi),
1-4; XXXVll, VI (1), 3.
9. Mêla, II, 6; — Pline, IV, xxxiv (xx), i.
^0 L'Orographie de la Gaule
çant dans la mer et y projetant ses rochers ''Polyb., III, xxxix, i).
2° Le second passage frayé par les voies romaines donnait accès à la
route de Caesar-Augustd (Zaragoza, Saragosseï à Ihiro lOléron), par
Jaca (dont le nom s'est conservé sans changement) et le col de Sainte-
Christine, ou Port-Cantran '1644 mètres), un peu au sud-est du Pic-
du-Midi, port ou passage qui représente le [/n| Summo Pyreneo de
l'Itinéraire d'Antonin.
3° La route de Pompclone iPamplona, Pampelune) aux A(]uae Tarbel-
licae (Dax], par le Summum Pyrenaeum ^Roncevaux, 1068 mètres^,
Vîmum Pyrenaeum (Saint-Jean-Pied-de-Port) et Carasa iGarris) : c'est la
célèbre vallée de Roncevaux'. Mais il est indubitable que d'autres pas-
sages ont été suivis par les anciens à travers les Pyrénées et même que
d'autres routes y ont été pratiquées, ne fût-ce qu'au bord de la mer,
entre les positions modernes de Saint-Sébastien et de Bayonne, par les
points où passe le chemin de fer; et aux sources de la Garonne dans le
val d'Arran ; c'est évidemment par ce dernier col que vinrent les peuples
chassés d'Espagne qui fondèrent Convenue Lngdunum-Convenarum (Saint-
Bertrand-de-Commingesj ^.
Ernest Desjardins.
1. Itin. Anton., p. 455.
2. Saint-Jérôme, Adversus Vigilantium, p. 281 (Dom Bouquet, I p. 744).
ON
THE CELTIC COMPARISONS
IN BOPP'S COMPARATIVE GRAMMAR '.
The Celtic words — genuine or fabricated — noliced in Bopp's Com-
parative Gramwar are seventy-five in number. Of thèse twelve are cited
either for the ending or for the treatment of the terminal letter of conso-
nantal stems. Thèse are : —
Ir. athair 'father,' Z. 262 : retains the r of the stem :
brathair [\eg. hrdîhair] 'brother,' Z. 262. Same remark :
comharsa 'neighbour,' gen. comharsan, the modem îorm oî comarse :
is dia mo-chomarse 'God is my neighbour/ LU. i6b :
geallamhuin, gen. geallamhna 'promising' : a stem in-mani, Z. 277 :
geanmhuin, ginmhuin 'engendering^ ; ditto :
geineamhuin 'birth' \geinemhain, gl. generacio) H. 2. 13 :
guala 'shoulder/ gen. gualann^ Z. 264 :
leanamhain, leanmhuin 'following' : a stem in mani :
mathair ^leg. nidîhalr<, 'mother,' Z. 262 : retains the r of the stem :
naoidhe 'child,' 'gen. naoidhin,' 0. Ir. nôidiu, gen. nôiden, Z. 264,
26<^ :
ollamh 'princeps poetarum,' gen. ollamhan : a stem in n, Z. 264 :
scramhain ^séparation,' a stem in -mani.
Ten seem fabrications or blunders of O'Reilly, Shaw or other Gaelic
lexicographers, namely : —
Ir. disk, I 89, 'request.' This is Shaw's aisg 'petitio.' But there is
no such Word. The word meant is ascid or aiscidh s. f., which
bas probably lost initial v^. It occurs in O'Don. Gr. 106 : ni
1. Vergleichende Grammatik... von Franz Bopp, zweite Ausgabe, Berlin, 1857-1861.
Grammaire comparée des langues indo-européennes, par M. François Bopp, traduite
sur la deuxième édition par M. Michel Bréal, Paris, 1866-1872.
Francis Meunier. Registre détaillé, Paris, 1874.
2. The initial vowel forbids us to connect ascid with Skr. icha ex iskâ, the European
iorm of vihkhïs aiskâ, Fick^, 511.
J2 On the Celtic Comparisons
li-aiscidh carad ar charaid, and in LU. 41a (Rev. Celt. II. 88) :
tucad disi ind ascidsin l'that request was granted to her'l. Cognate
with this is toise 'voluntas' [='do'v]ansci] and both belong lo
ihe Skr. vânchâ, OHG. wunsc, Eng. wisli :
beasach 'l'adjectif beasach signifie éclat,' I. 267 ', where it is con-
nected with Skr. bhâs 'briller.' There is no such word. Bésach
(now written beasach or beusach] is a derivative from bés 'mes,'
and means 'moral,' 'modest,' 'well-behaved.' It can hâve nothing
îo do with bhâs. The Ir. bâtt 'fire/ Corm. Tr. 52, may corne
from this root :
galleamhain 'offense.' I know of no such word except in O'Reilly :
gnia, gnic 'connaissance/ ^«o 'ingénieux/ I. 259. I doubt if there is
any such word as g/j/a 'connaissance.' O'Reilly doubtless cites
it from O'Clery, who has gnia aithne. cia dognia À. cia doaiihéonta,
whence it would seem to be a verbal form. As to gnic I know it
only from O'Reilly and Lhuyd. As to gno ileg. gnô) it means
'remarquable/ not 'ingénieux' :
logha 'brillant/ I. 58. This is from O'Reilly, but I know of no
such word. Perhaps loche 'lightning' (gen. lôchet] gave rise to
this forgery :
ollamhain 'instruction.' This is from O'Reilly. I hâve never met it;
except as the dat. or ace. sg, ornom. pl.of the/z-stemoZ/dm/i 'chief-
poet' :
ruad/2 'force,' Waleur,' et comme adjectif 'fort,' 'vaillant,' IV. 291/2.,
where it is connected wiih Skr. ruh agrandir' for rudh. This may
be right as to the adjective ruadh, which O'Clery explains by trén
no Ididir. But though it occurs in O'Reilly) I know of no such
substantive as ruadh ^force/ 'valeur' :
rud 'wood.' From O'Reilly, who gives a gloss, '.i. eoill no fidh,'
found no where else, so far as I know :
ruigheanas 'éclat,' connected by Bopp with Skr. râj. This also is
unbelegt, and is almost certainly a forgery or a blunder. ^Can it
be = ro- gênas 'great chastity' ?) :
There remain fifty-three, of which the foUowing twenty-four are (I
venture to think) wrongly compared : —
Ir. am 'time,' \V. amser, Br. amzer, Vergl. Gr. i. 492 : I cannot
fmd it in the French version, II. 77, 80, to which the index refers
1. Hère as elsewhere, I cite from M. Bréal's translation.
in Bopp's Comparative Grammar. 5 5
one. Bopp compares ihe Skr. amasa 'tempus' ; but the hardness
of the m in the Celtic words ^which are genuine) points either to
the root AMB amhati 'gehen,' which however is not helegt, or to
the root AG, through the form 'a-n-g-va, cognate with the
Oscan angetuzet, angit :
anal 'breath,' IV. 299:2, is compared with the Skr. anila 'wind.'The
Irish Word meant is a/ÎLî'/ =W. anadl, an 0. Celt. *anatlo, which
is only radically connected with anila :
anoclhi ""noctu,' 'hâc nocte,' II. 355. 'Hère/ says Bopp, '^ est em-
ployé comme thème démonstratif.' But a-nochd is a mère modem
corruption of the 0. Ir. in-nocht, Z. 609, where in for inn isthe
ace. sg. masc. or fem. of the article, of which the stem is sinda :
arasaim 'j' habite,' I. 59. Bopp compares the Skr. â-vasâmi, assu-
ming a change of v to r. But this is impossible in Irish. I hâve
never met with arasaim except in O'Reilly's Dictionary. If it be
a genuine word, it is a denominative from aros 'a dwelling' (= W.
araws 'a staying') which seems compounded of the préposition ar
and foss = vastu, Curtius No. 206 :
as 'hors de,' IV. 394/?, is compared with the Skr. adverb avis
'offenbar/ 'vor augen.' But terminal s is never preserved in
Irish. As- (which is only found combined with the article and
pronouns or in composition) is = Lat. ex, Gr. ï: : and like
o\>.ox'ko:, umbilicus, imbliu : cvuç, unguis, inge] may be quoted as
a relie of the Graeco-italo-celtic unity :
beosaighim 'j'orne,' 'j'embellis', I. 266, where it is compared with
Skr. bhûshayâmi. As s between vowels disappears in Irish, this
comparison must be wrong. I hâve not met with beosaighim except
in O'Reilly's Dictionary :
bhus 'il sera/ III. 501, when it is compared with the Lith. èu^, Skr.
bhavishyati. But Ir. bhus means 'qui sera,' and isthe modem ^d.
sg. relative future, the Old-Irish bes, Z-.498. Compare Keating
cited in O'Don. Gr. 161, cir as tu bhus aoin-bhean damhsa ôso
amach ^car c'est toi qui seras ma seule femme dorénavant,' in
Oid-Irish air istâ bes-ôenben damsa ôso immach. Whatever may
be the s in bhus, it can hâve nothing to do with the s in bus or
the sh in bhavishyati :
bleachd 'lait', I. 285, is explained as from bo-leachd [bo, leg. bà
'vache') . But hère, as in blith and other Irish words, bl is from ml,
ar\d bleachd is from mleclit (cf. bo-mlacht, Corm. T.) and cognate
with à-iJ.éAvw, etc. :
Rev. Celt. III 3
J4 On the Celtic Comparisons
bri 'parole/ IV. 276, note 4. This should be hri. Bopp connects it
with the Skr, root BRU 'parler'; but the vowels do not agrée;
and hri, like briathar, is cognate with FpY;-;;.a, Vzf-cç, Fpr-Tpa :
cac, cacach, cachaim, seacliraith, I. 351, are compared with Lat.
caco, etc. The first three words would be better spelt cacc,
caccach, caccaim ; cf. W. cach, cachu, where ch = ce. As to
seachraith or sechraid (i. salchar 'filth,' O'Cl., O'Dav. 116) it has
obviously nothing to do with the other words, and seems a deri-
vative from the préposition secli ;
dasachd 'férocité,' 'courage,' I. 150, iv. 269 (0. Ir. ddsacht) is
connected with Ocasûç, Skr. root DHARSH 'audere.' But this is
impossible. R never is lost in Celtic. Ddsacht properly means
'insania/ Z*. 805. Its etymology is quite obscure :
déagh., deich 'di.x' are equated with daçam, decem, I. 52. Hère déagh
is a mistake for déag = 0. Ir. déac 'ten,' a dissyllable, the etymo-
logy of which has not been explained. It is used as the absolute
form of the numéral, while deich is used with substantives :
deanaim [\eg. déanaim], vide infra p. 37, s. v. dan :
dear 'fille,' I, 35?, is quoted as an example of the préservation of
the final r of the thème. This is very unlikely. TheOld-Irish form
der occurs in Cormac's Glossary, s. v. ainder, and in the Lebar
Brecc 85 : petronilla der petair 'S. Pétri filia.' So in numerous
women's names; Der-inill, LB. 17a, 22^, Der-mor ijd, Der-
chartaind 19c, Der-lir 22a. Der may perhaps be the Neo-Celtic
reflex of the Gr. OiXoç, which in Homer always means 'stripling.'
It cannot possibly be (as Bopp supposes) = Or;3.-r^p, duhita, etc. :
fiafruighim 'je demande', I. 268, is connected with Skr. prchasi 'tu
demandes,' and Bopp says it appears to contain a reduplicative
syllable. Here_, as often in modem Irish land modem Ireland),
appearances are deceptive, for the Old-Irish form is iar-faigim.
Hence we see that the firsl f m f-iafraighim is only prosthetic, that
the r has undergone metathesis, and that the root^ instead of being
(as Bopp supposes! PARSK, is VAK:
grith 'cri,' I. 264, is connected by Bopp with Goth. grêta. He is
possibly right if we assume that in Old-Celtic there was a nasa-
lised root GRA-N-D = Skr. hrâd 'tœnen' (see infra s. v. nadu).
It seems more likely that grith (== W. gryd) descends from
*gariti, a derivative from the root CAR, whence 7r,puç, OHG,
kirru, etc., Curtius No. 133 :
mile (\eQ. mile), W. m/7, 'a thousand,' II. 243, is treated as a
in Bopp's Comparative Grammar. ^ s
•loanword from Lat. mille. But, first, the quantities ofthe penults
differ : secondly, in Latin loanwords // is represented by // (cf. cella
'cell'), and, lastly, the genders differ, for mile is a fem. w-stem :
piuthair 'sœur,'l. 553, is stated tobefor spiuthairÇpiusthar, II. 323)
'avec endurcissement du i' en p, comme dans speiir 'ciel' qui
répond au sanscrit iivîr.' So far as concerns piuthairihh is right
(cf. paadh À. îart 'thirst', roo\. svas, whence Skr. fi'a^/'m/'spiro');
but spenr or spéir (gen. spére, O'Don. 1 1) is a loan from sphaera
(caelestisl. Piuthair is still living in Scotland, but in Ireland I bave
only met with it in the gen. sg. in the following extract from
LU. 59^ : Cia th-aimn-seo ol-conchobar. Setanta mac sualtaim
atomchomnaicse 7 mac dechtere do-pbethar-sii 'What is thy name ?'
says Conchobar. 'Setanta, son of Sualtam, am I, and son of
Dechter, thy sister' :
raidim *je dis,' I. 59/2, is put with OHG. far-wâzu '^maledico' and
Skr. vad. This is obviously wrong : v never becomes r in Irish.
Raidim (rectè râidhim) isthe O. Ir. -ràdlu or -rdidiu, Fél. Ep. 358,
and is = the Goth. rodja {rodjan TvaXsTv, Xé^ïw, etc.) :
roid 'race' (rectè 'course') is connected, I. 266, with Skr. riih 'venant
de rudh grandir.' As this connection is obviously due to Bopp's
having taken O'Reilly's 'race' to mean 'genus,' 'progenies,^
whereas it means 'cursus,' nothing more need be said on the
subject save ihat raid and O'Davoren's ruitech .i. rith may come
from a root RAS, Fick^. 842 :
seasamh 'se tenir debout', IV, 205. Bopp séparâtes seasamh thus :
^seas-a-mh,Va est la voyelle caractéristique, le mh est probablement
un reste de -mhuin.' This is ail wrong. Seasamh {=0. Iv.sessam)
is a reduplicated form, and stands îor *se-stam-a, aderivative from
the extended root STAM {STA, Skr. stha), whence Ir. samaigim
^pono/ W. sejyll, safiad, Br. seuell :
smigeadh 'le sourire,' I. 261. Bopp compares this with Skr. smayati
'il rit' and says 'le j est endurci en g.' This can hardly be, as
smigeadh (with its hard g) points to an 0. Ir. smiced, cognate
perhaps with the English smirk :
speur, vide supra s. v. piuthair :
staighre 'pas,' 'degré', I. 265, is connected with the root STIGH
'monter,' Greek cz'.y. But staighre is a loanword from the Eng.
stair., A. S. sîàger, stegher. The st in anlaut in Irish either loses
s or assimilâtes /. The root STIGH appears as tiaga, cctiy^ui,
Curtius No. 177 :
^6 On the Celtic Comparisons
Bopp also notices the following British words : —
cais 'contentio,' Mabor,' I. 54, he connects with Lat. qu£ro, for
qu£SO, and Skr. cesht. But cais means 'conamen,' 'tentative' (rhoi
cais ar beth 'to make an attempt on a thing'i Davies :
danhczu 'mordre' (rectè dannheddu) is connected jpy Bopp, I. 62,
with ciy.vw, lacero, Goth. talija. But it cornes from 'dantedu, and
is cognate with cSojç, dens and tuntli-u-s, Curtius No. 289 :
nadu 'crier,' III. 558, where it is connected with Skr. nad, nâna-
dati, 'ils résonnent.' The Ir. natli [taithmeî fiadat ferr cech nath
'commémoration of God is better than any nath,' some kind of
poem, Br. 94), seems cognate with W. nadu, nâd 'sonus,' 'stre-
pitus,' 'clamor.' As nadu ('sonare/'strepere,' 'clamare,' Davies)
points to an Old-Welsh "natu, it cannot be right to refer thèse
Celtic words directly to the unnasaHsed nad, Curtius No. 287^».
But possibly Bopp meant to deduce them from an Old-Celtic root
nand = the Skr. fréquentative nânad 'to roar.' Compare 0. W,
i-strat, Ir. srath with Eng. strand (Rhys, Rev. Celt. II. 190). So
perhaps
Ir. dîli 'vadum', ex *[v]a-n-du, root VADH, Fick^ 396 :
Ir. flaith 'dominium', ex *vla-n-di (cf. vaUlan etc.) :
Ir. luath 'celer', ex "plu-n-da, rool plud, Fick 2 532 :
Ir. maith 'good' ex "mandi. root MAND, Fick 145 :
Ir. Util 'stone' ? ('jewer O'R.) Corm. s. v. adba othnoe =
"pUnda, Fick 5 377, whence zXb^oqandflint, and
Ir. grith 'cry/ W. gryd ex "grandi : cf. Lat. grando, Goth.
grêla, Skr. hrâd, Curtius No. 181.
The etymology of ail thèse Celtic words is still highly uncertain :
tyvu 'croître,' II. 9^. (leg. îyfu) is compared with Vedic tavisha 'fort,
tavishî 'force.' But this is impossible, as the v would hâve been
vocalised. Tyfu, like twf, tyfiad and tyfiant 'incrementum,' seems
cognate with Lat. tumeo, root TU, Curtius No. 247.
The rest of the words are rightly compared : —
a 'ejus/ ^-/z 'eorum,' II. 334. Of thèse pronouns Bopp equates a
'his' with Skr. asya, and a 'her' with Skr. asyas, 'dont le 5 final
est joint en Irlandais, sous la forme d'un h, au mot suivant, si
celui-ci commence par une voyelle ; (e. g., a hathair 'ejus au
féminin] pater,' pour ah athair.' But this h appears only in
Middle-Irish MSS. In the Old-Irish a-altram-si 'nutritionem ejus,
mulieris,' Z^. 337, it does not appear at ail, and in tria h-esséirge-
in Bopp's Comparative Grammar. 37
soin *per resurrectionem ejus, Christi,' it occurs after the mascu-
line form. It is however worth noticing that in Welsh (not in
Cornish nor in Breton) 'si secuntur vocales, /; praemittitur post
pronomen [possessivum] femininum, abest post masculinum.'Z^.
386. Thus, in Old-Welsh là h-ataned 'her wings'gl. Ox., Ovid's
Ars Amatoria, but / anu 'his name,' MC. 1 1 , a. b :
cluas 'oreille', I. 261. is rightly connected with cru, -/A'j, du :
con, cona,]. 533. The former wordis the gen. oïcû (notcu) 'hound';
the latter, the ace. pi. of the same noun :
creanaim 'j'achète,' W. pyrnu, IV. 237 note, is rightly compared
with Skr, krinâmi. See further comparisons by Windisch, Beitr.
VIII. 38, where, however, perchenokyon 'possessores,' Coxr\.per-
lienek 'possessor/ should be connected rather with Lith. perkù
'kaufe' ;
cru. The index to the French translation refers to I. 167. The word,
however, is not to be found there. In the German édition, I.
92, ^, Bopp rightly connects cru (leg. crû} 'blood,' W. crau
with 0. Slav. kruvi^ Skr. kravya-m. See Curtius No. 74 :
daghaim 'je brûle' is (at I. 38 and III. 418), rightly equated with
Skr. dahâmi. But at III. 134, where Bopp equates daghamaid or
daghamaoid 'nous brûlons' with dahâmahe., he falls into serious
error from not knowing the Old-Irish form of the modem suffix
-maoid. This is mi-t, which cannot possibly be the same as -mahe
from -madhe^ Gr. p.sOa :
dan 'œuvre,' I. 259 {dan .i. obair, Leb. Lecain Vocab. No. 446),
and deanaim, leg. déanaim (0. Ir. dénim) 'facio,' are rightly con-
nected with Skr. ^/iâ, Os, etc. See Curtius No. 309 :
dearbh 'certain,' IV. 47 [bh for v) is equated with OHG. îriu, now
îreu. This seems perfectly right. (The 0. Ir. derhb, with hard b,
is the Goth. triggvs). I would add 0. Ir. drui (a i-stem), W.
derwydd, and the Old-Celtic druis., gen. "druidos, which means
merely 500//2-sayer, wa/ir-sager, and has nothing to do with ofjc.
The Ir. adj. dron (= 'dru-na^ A. direach, O'Cl., belongs to the
same root :
eile, I. 58, is rightly equated with 'alius,' àXXo;. The older form
is aile :
fasaim 'je crois,' I. 236, iv. 49, is put with the Skr. vakshàmi. The
Irish Word meant ïsfdsaim^ where the/ is prosthetic, as we see
from the 0. Ir. dsaimm, which has lost initial v :
fasamhuil (leg. fâsamhuiJ) 'crescens', IV. 49, is rightly explained as
j8 On the Celtic Comparisons
fds-amhuil, the latter part of the word signifying 'semblable' {fds
'growth,' O'D. Gr. 98) :
feadhaim 'je rapporte,' III. 76 (where it is mlspnnleà feadheim) is
connected with Skr. vad 'parler.' I do not know the Irish word
given by Bopp. O'Reilly has feadaim, Lhuyd feadam :
jearamhuil 'semblable à un homme,' IV. 49, is rightly explained as
a compound oifear = vir and amhuil = similis :
garaim 'j'échauffe,' I. 47. This verb (in 0. Irish goraim, guirim) is
hère rightly connected with Skr. ghar-ma, Russian gorju 'je
brûle' :
genieoir leg. genteôir) = Lat. genitor, I. ^^4. This word, if it really
exist (I know it only in O'Reilly and Lhuyd), must be a masc.
z-stem, and is therefore wrongly quoted by Bopp as preserving
the fmal r of the base :
gradli 'amour,' charité,' I. 1 50 n. is connected with the Skr. root
GARDH^ the Goth. gairnja, the Eng. greedy. This may be so :
graidlieag (\eg. grdidheag =^ \t. grâidlieôg) -femme aimée,' I. i$6.
This is a Highland derivative from grâdh, vide supra :
gus 'désir,' I. 265 is rightly connected with Goth. kus 'choisir.' It
stands for *gus-tu.
macamli 'garçon,' and mag (leg. mac] 'fils' are connected by Bopp,
II. 250, with the Skr. root MAG H 'croître,' Goth. magus 'garçon,'
mavei 'fille,' magath 'virgo.' Thèse comparisons seem quiteright.
The Indo-European speech had apparently a root meaning 'to
increase' in two forms, — the primary one MAGH whence Skr.
mah^ and the nasalised MANGH, Skr. manh^ W. magu. From the
former corne Ir. miig 'servus', Corn, maw = Goth. magus, and
Goth. ma'g)vei and magath : from the latter, Ir, macc 'filius', W.
map. Ir. mang 'fawn'. The oghamic "ma^jo is ^ mac-va, mang-va :
min, mion 'petit,' II. 212, is rightly connected with Lat. minor, etc.
The Irish word is min (Corn, muin, Br, moan, Z^. 99). It occurs
often in composition, e. g. min-chasc 'Low-Sunday,' 'Pascha
minor,' min-cethra 'menu bétail,' S. M., I. 190:
Tuaidneacli 'cheveu,' I. 266, where it is connected with the Skr.
root RUH from RUDH 'grandir.' The word intended is riiainne
[ruainne im a fiacail, S. M. I. 174, riiaindi gl. pilus, Ir. Gl, No.
465). The etymology is obscure :
samhuil 'semblable,' IV. 49, is rightly put with Skr. sama, Gr. ^;j.;ç,
Lat. similis :
siol 'sçmence,' siolaim 'je sème,' III. 2^7, are connected with the
in Bopp's Comparative Grammar. ^9
Goth. scîhs 'seed' and îhe Skr. sàîi 'don.' This is right enough
as to seth-s :
suidiugliaim 'je place.' 'je plante,' suidhim 'je suis assis,' III. 414,
are connected with sâdayâmi and saditi. This is right, but when
Bopp goes on to say that in suidinghaim {0. Ir. suidigim) Me gh...
comme en général dans les causatifs Irlandais, représente le y
Sanscrit' he errs, for this gh is for ch ; compare —
cuiligim (gl. prosto) with cuilech (gl. prostibulum) ;
intonnaigim (gl. inundo) with tonnach 'undosus' :
ru-s-madaigset 'se frustrârunt,' with madach gl. cassa :
cumachtaigim ^gl. potior) with cumachtach 'potens :
dephthigim 'dissideo' with debihach 'dissidens.'
tar^ tair 'au delà, à travers, pardessus,' II. 175, tri ' à travers, par,'
IV. 415. Bopp compares thèse prépositions (of which the Old-
Irish forms are iar and îri) with Lat. îrans and Goth. thair-h.
Whitley Stokes.
LE CELTIQUE ET L^OMBRIEN.
M. A. Fick croit que les Indo-européens ne sont pas arrivés d'Asie
en Europe par l'Asie-Mineure. Il a tracé la route que semble avoir suivie
au nord de la mer Caspienne et du Pont-Euxin le peuple européen, quand
se séparant des Ariens, restés en Asie, il alla chercher à l'Occident de
nouvelles demeures '. Après cette grande émigration le bassin du Danube
parait avoir été le premier domicile d'où la race européenne, d'abord
une, mais bientôt subdivisée en rameaux secondaires, alla chercher dans
les diverses régions de l'Europe les établissements nouveaux où ces
rameaux distincts se montrent sous des noms différents aux temps histo-
riques. Le haut Danube semble avoir vu réunis sur ses rives, jusqu'à
une date assez rapprochée de nous, peut-être jusqu'au xv" siècle avant
notre ère, les trois peuples dont les linguistes ont désigné l'unité primor-
diale par le composé gréco-italo-celte 2.
Le plus ancien séjour historiquement connu de la race grecque, dite
plus tard race hellénique, fut sur les bords de la Mer Adriatique en
Epire 5. C'est de là qu'elle gagna d'abord les côtes occidentales de la
mer Egée, puis les côtes orientales de cette mer, c'est-à-dire l'Asie-
Mineure, où dès le temps d'Homère le nom primitif de cette race,
TpxX/.o:, Graecus, était oublié, tandis que les Italiens, ses premiers v^oi-
sins, l'ont conservé jusqu'à nous 4. C'est donc de l'ouest au sud-est que
la race grecque a voyagé depuis sa séparation du tronc commun.
1. Verglekhendes Wœrterbuch, 2* édition, p. 104 j et suivantes.
2. La race grecque était séparée du tronc commun et avait déjà atteint le Péloponnèse
sous le règne de Meneptah, fils de Ramsès II, roi d'Egypte, c'est-à-dire au xiv"' siècle.
L'établissement des Scythes en Europe date de l'an i so8 avant notre ère, suivant une
tradition rapportée par Hérodote, IV, 7. Les conquêtes des Scythes sont peut-être la
cause qui força la race grecque de se diriger vers le sud-est. On sait que les Scythes
étaient des Iraniens, c'est-à-dire appartenaient à une des deux familles entre les-
quelles se divise le groupe asiatique de la race indo-européenne.
3. Aristote, Meteorologica, 1. I, c. 14, § 21 et 22, édition Didot, t. III, p. 572 : cf.
Marbre de Paros, 1. n, dans Didot-Mueller, Fragmenta historicorum grtecoritm , t. I,
p. 542, 5 59- " ne faut pas confondre les Grecs ou Hellènes avec les Pélasges. Ces
derniers venaient probablement d'Asie-Mineure et n'étaient pas indo-européens.
4. Voyez Hésiode, fragment xx, édition Didot, p. 49, et une note intéressante de
M. Mommsen, Rœmischc GeschichtCy 6'' édition, t. I, p. iji.
Le Celtique et l'Ombrien. 41
Le haut Danube est resté un fleuve celtique jusqu'à l'époque où ses
rives ont été englobées dans l'empire romain. Cependant la Gaule est
depuis bien des siècles considérée comme le domaine par excellence de
la race celtique. Or Plutarque nous a conservé un récit de l'invasion des
Celtes dans cette contrée '. Il ne nous donne pas le nom de l'historien
d'après lequel il a reproduit ce récit. Mais nous savons que cette invasion
était déjà ancienne à l'époque où vivait l'auteur de la description des côtes
occidentales et septentrionales de l'Espagne, mise en vers par Festus
Avienus, c'est-à-dire aux environs de l'an 500 avant notre ère, en 470,
ou à peu près, si l'on suppose que cet auteur soit le carthaginois
Himilcon et si l'on adopte la chronologie de M. Charles Mûller^. Cette
invasion semble postérieure à Hésiode, qui n'a pas connu le nom des
Celtes. Elle paraît contemporaine de la grande puissance des Scythes
;Vii'' sièclel, peut-être en aura-t-elle été la conséquence. Aussi, tandis
que dès le xv^' siècle avant notre ère la race grecque aurait quitté le
haut Danube pour se diriger vers l'est, la race celtique ne se serait mise
en marche vers l'Ouest que sept cents ou huit cents ans plus tard, sept
cents ou six cents ans avant J.-C.
La race connue des linguistes sous le nom d'Italique paraît s'être
séparée de la race celtique et s'être dirigée vers le sud après le départ des
Grecs, et bien avant que la race celtique ne passât le Rhin. La conquête
de l'Italie du Nord et du centre par celle des nations italiques qui fut
d'abord la principale, par les Ombriens, a précédé l'établissement des
Étrusques dans ce pays 5, et les Étrusques, dans leur histoire nationale,
mettaient au plus tôt vers l'an 992 avant J.-C, au plus tard vers l'an
974, le commencement de leur empire 4. L'invasion ombrienne en Italie
paraît même antérieure à l'an 112$, où aurait été fondée la ville
ombrienne d'Amerias.
1. Plutarque, Camille, XV, i, édition Didot, Vies, t. I, p. 162.
2. Festus Avienus, Ora maritima vers 130-134, cf. vers 195. Sur l'interprétation de
ces textes voir les notes de M. Ch. Mueller sur le vers 338 de Denys le Périégéte,
Geographi Gr<£ci Minores, t. II, p. 123. Sur la date du voyage d'Hannon qui, suivant
Pline, a été contemporain de celui d'Himilcon, voir la dissertation du même M. Mueller,
Geographi Gr<eci minores, t. 1, p. xix-xxu.
3. Hérodote, I, 94,6; Pline, édition Teubner-Ianus, 1. III, c. 5, t. I, p. 133, 1. lo;
édition Littré, 1. III, c. 8, § i, t. I, p. 162; Lycophron, vers 1351-1359, édition
Bachman, p. 273-274.
4. C'est le calcul de Fréret, Œuvres, t. IV, p. 241-243. Les textes auxquels Fréret
renvoie un peu vaguement sont les suivants : Censorin, De die natali, c. 17, édition
Teubner-Hultsch, p. 31-32; Plutarque, Sylla. c. 7, édition Didot, Vies, t. I, p. J44; les
trois premiers paragraphes du fragment 102 de Dion Cassius, édition Bekker, t. I,
p. 91; cf. Varron, De lingua laUna, 1. VI, c. 11. M. Preller a singulièrement défiguré le
texte de Censorin, Rœmische Mythologie, i" édition, p. 472, et la traduction française a
reproduit religieusement l'erreur de l'auteur allemand.
5. Caton, Origines, fr. 49, ap. Hermann Peter, Historicorum romanorum relliqaiae.
42 Le Celtique et l^ Ombrien.
Cependant la tradition italienne, à l'époque de la domination romaine,
conservait le souvenir du temps où les Italo-celtes, vivant ensemble au
nord des Alpes, ne formaient qu'un seul peuple. Elle nous montre les
Ombriens se séparant des Gaulois pour venir habiter l'Italie '.
Quelques auteurs modernes ont cru devoir conclure qu'il y avait entre
les Ombriens et les Gaulois une parenté plus intime que celle qui aurait
uni les Ombriens au rameau latin de la race italique. C'est une erreur
évidente dans l'état actuel des études de linguistique.
Sans doute, l'ombrien s'accorde avec le gaulois, le gallois et le bre-
ton armoricain, pour remplacer par p le cv ou qu primitif ^, mais ce
phénomène, qui se rencontre aussi en zend, en grec 5 et en valaque4,
s'est produit dans chacune de ces langues d'une manière indépendante.
Les Grecs ont changé le kv en p après leur séparation de la race italique,
et ce qui le prouve c'est qu'ils ont conservé des variantes dialectales qui
échappent à cette loi : tV.y.c; à côté à'I-r.zz, y.yj à côté de ttsj, y.iOîv à
côté de rrfOsv, y.w; à côté de ttwç, "é/.7,oç à côté d's'V.;, r.ii'zisi = -Éy.jo)
à côté de r.ir.-i^. Le changement du qu en p en ombrien, est également
postérieur à la date où la race italique se divisa en deux rameaux, l'un
latin, l'autre ombrien. Les Celtes ne connaissaient pas ce changement,
quand ils se divisèrent en deux branches, la branche irlandaise qui
garde le qu, et la branche gauloise qui le change en p. Ce phénomène
était étranger à la langue latine quand elle a donné le jour au valaque :
ce n'est pas des Romains que les Valaques ont appris à prononcer ape le
latin aqua « eau «, patru le latin quatuor « quatre » ; ils ne doivent pas
cette permutation à l'influence des Slaves, qui leur ont fourni une partie
si notable de leur vocabulaire, mais auxquels cette permutation est
inconnue : cette permutation est le produit spontané, sinon original, du
développement naturel de la langue latine chez les Valaques ; et elle est
cependant restée étrangère aux autres langues néo-latines. Cet exemple
nous explique comment le même phénomène a du se produire en zend,
en grec, en ombrien, en gaulois. Il est dans chacune de ces langues un
fait spontané et indépendant.
t. I, p. 64; cf. Fabretti, Glossarium italicum, col. 90; Pline, édition Teubner-Ianus,
1. III, c. 14, t. 1, p. u6, 1. 16; édition Littré, 1. III, c. 19, § h t. 1, p. 173.
1 . Bocchus absoh'it Gallorum veterem propaginan Umbros esse. Solin, c. 8, édition
Grasser, p. 32; cf. Isidore, Origines, 1. IX,ch. 87. Servius, ad ^neidem,\. XII, v. 75},
attribue la même opinion à Marcus Antonius. Il donne la variante veterum pour
veterem, qu'on trouve aussi chez Isidore.
2. Or. C-, p. 66; Schieicher, Compendium, 2' édition, p. 27 j, 277; Corssen,
Aussprache, 2* édition, t. I, p. 115.
3. Curtius, Griechische Etymologie'*, p. 452 et suivantes.
4. Diez, Grammaire, traduction, t. I, p. 244.
Le Celtique et l'Ombrien. 4J
Un caractère distinctif des langues celtiques, un caractère qui les
sépare nettement des langues italiques, c'est la perte du p indo-euro-
péen, sinon dans tous les mots où ce p a primitivement existé, au moins
dans le plus grand nombre de ces mots. La perte du p indo-européen
est dans les langues celtiques antérieur âu p = qa du gaulois, du gallois
et du breton armoricain, puisqu'elle est commune et à ce groupe et
au rameau irlandais qui n'a jamais connu p = qu.
Suivant M. Corssen, Aussprache, 2" édition, t. I, p. 114, un p initial
suivi d'un / est tombé en latin dans les mots suivants : lanx, làtus, later,
Lietus, livere (et les autres dérivés de la racine latine nv), lunter ou
linter. Mais les étymologies que M. Corssen donne de la plupart de ces
mots sont rejetées par d'autres savants : sur/anx on peut voir MM. Cur-
tius, Grieclnsche Etymologie^^, p. 164, etFick, VergleichendesWœrterbuchi,
t. I, p. 748; — sur laeîus, M. Froede dans la Zeitschrift de M. Kuhn,
t. XXII, p. 251; — sur livere, M. Jolly dans la même Zeitschrift,
t. XXII, p. 354. M. Curtius (p. 279) admet que le latin lâtus « côté»
puisse être identique au sanscrit prathas « largeur », mais il y a entre les
deux mots une différence de sens qui a empêché M, Fick de rapprocher
ces deux mots dans son Vergleichendes Wœrterbuch ?, t. I, p. 149. Il ne
reste donc que later « brique », « tuile », qui dériverait peut-être de la
même racine que le grec -/avOoç « tuile », et lunter <.< baquet », « bar-
que », qui serait le même mot que le greczAuvrôp. M. Curtius, p. 279,
280, cite ces deux hypothèses de M. Corssen sans les combattre; mais
elles sont évidemment contestables toutes deux. Quoi qu'il en soit, le
maintien du p initial suivi d'une lettre autre que / et le maintien du p
entre deux voyelles sont une loi absolue des langues italiques, et ces
langues gardent ordinairement même le p initial suivi d'/. Dans les
langues celtiques les choses se passent tout autrement.
Je n'ai pas à insister sur l'usage ordinaire, dans les langues cel-
tiques, de supprimer le p indo-européen. Dans le dernier volume de
la Revue Celtique il a été plusieurs fois question du beau travail de
M. Windisch sur ce curieux sujet. Je vais seulement signaler quelques
mots ombriens qui établissent combien la langue ombrienne s'écarte
de l'usage celtique sur ce point si important.
La racine indo-européenne park, prac « demander », d'où le latin
precor, devient arc en irlandais et en gallois {Beitr., VIII, 1-2) : elle est
signalée sous la forme per[cJ, dans l'ombrien persnimu, perskluin (Corssen,
Aussprache ^, II, 19). Elle conserve donc en ombrien son p initial.
L'identité de l'irlandais Un, du gallois laun, de l'armoricain leun avec
le lâùnplenus, est depuis longtemps établie [Beitr., VIII, 8). Dans l'om-
44 Le Celtique et l'Ombrien.
brien plener = plenis (Corssen, Aussprache^, I, 714) on retrouve le p
qui manque en celtique.
Le celtique vo « sous » = u[p]o = upa ; le celtique *veri « sur » =
ii[p]gn = upari sont bien connus; l'un est devenu fo en irlandais, guo
en gallois; l'autre /or en irlandais, guor en gallois Beitr., VIII, 14);
mais le p supprimé dans ces deux mots subsiste, affaibli en b dans
V ombrien s- ub, intact dans Pombrien s-upra (Corssen, Aussprache^, I,
119, 130).
Le celtique ro, également irlandais et gallois, est identique à la prépo-
sition latine pro {Beitr., VIII, 12^ qui existe aussi en ombrien sous la
même forme qu'en latin, par conséquent avec son p (Corssen, Auss-
prache^, II, 44).
Le celtique ari, en irlandais ér ou air, en gallois er, tient lieu de pari
forme primitive de la préposition latine per Beitr., VIII, 12) signalée
aussi en ombrien où pas plus qu'en latin elle n'a perdu son p (Corssen,
Aussprache, il, 17).
On remarquera que les mots celtiques que nous venons de citer appar-
tiennent au rameau gallois, représentant moderne du gaulois, comme ils
appartiennent à l'irlandais. Il est donc établi que pour ces mots il y a eu
en celtique, avant que les Gaulois ne se séparassent des Irlandais, une
chute du p à laquelle l'ombrien est resté étranger. L'ombrien a gardé
le p dans ces mots, d'accord avec le latin, tandis que les Celtes s'accor-
daient pour y supprimer le p. L'unité celtique en regard de l'unité ita-
lique ressort avec évidence de ces faits.
Je n'insisterai pas sur les mots ombriens qui ont conservé le p indo-
européen, et qui manquent, soit dans le rameau gallois, soit dans toutes
les langues celtiques. Cependant, quoi qu'on pense de la doctrine de
M. Windisch, on m'accordera qu'il n'eût pu soutenir la thèse de la
chute absolue du p indo-européen dans les langues celtiques, s'il eût
trouvé dans ces langues des e.\emples du p indo-européen aussi évidents
que ceux qui nous sont fournis par des mots ombriens comme pater, en
latin pater (Corssen, Aussprache^ I, 425); porca, en \at\n porca; pursus, en
latin pedes (Corssen, Aussprache^, II, ij); pequo, en latin pecua (Corssen,
Aussprache 2, II, 1 5). De la loi celtique qui supprime le p indo-européen,
loi étrangère aux langues italiques, je passe à deux lois de la phonétique
italique qui sont restées inconnues aux langues celtiques. Les langues
italiques ont deux lettres : / = gh, dh, bh, el h = gh, qui dans les
langues celtiques sont toutes deux inusitées.
Un caractère distinctif des langues italiques est l'emploi de l'/pour
tenir lieu des aspirées sonores de la langue indo-européenne primitive.
Le Cdtiijue et l'Ombrien. 45
La langue grecque qui a assourdi ces aspirées primitives, n'avait pas
encore accompli cette évolution à l'époque où elle s'est séparée du
macédonien qui a conservé la sonorité de ces lettres en supprimant leur
aspiration. M. Fick l'a établi dans un mémoire fort curieux qu'a publié
la Zeitschrift de M. Kuhn, t. XXII, p. 193. Le gh indo-européen devient
•/ en grec, v en macédonien; le dh indo-européen devient 0 en grec, o
en macédonien ; le bli indo-européen devient ç en grec, ^ en macé-
donien.
Le celtique avait aussi conservé les aspirées sonores quand il s'est
séparé des langues italiques, car, perdant l'aspiration, il a remplacé
toutes les aspirées sonores par les sonores non aspirées du même organe
[Gr. C.2, p. 57), tandis que, dans les langues italiques, la spirante
sourde / devenait en nombre de cas le successeur des sonores aspirées
des trois organes.
J'ai essayé d'établir qu'il y avait exemple en gaulois de / = dh (Revue
celtique, t. II, p. in). Mais M. Kern a ôté toute valeur à mon raisonne-
ment en expliquant par les langues germaniques le nom propre Aufania
que je croyais gaulois [Revue celtique, t. II, p. 164). Il n'est donc pas
prouvé qu'il y ait en celtique exemple de l'emploi de Vf pour tenir lieu
des aspirées sonores indo-européennes, comme cela se passe dans les
langues italiques.
Voici des exemples d'aspirées sonores indo-européennes remplacées
par / en latin et en ombrien, et par la sonore non aspirée dans les lan-
gues celtiques. La racine indo-européenne bhu «être» devient /u en
latin et en ombrien (Corssen, Aussprache^, I, 145), bu dans les langues
celtiques (Curtius Gn'ec/;/5c/ze Etym.'i., p. 305). L'indo-européen ^/iwrar
« frère » devient /ra/er en latin et en ombrien, brJthir en vieil-irlandais,
brawd en gallois (Curtius, ibid. p. 303-304). La racine indo-européenne
BHAR « porter » devient fer en latin et en ombrien (Corssen, Aussprache^,
p. 467), ber dans les langues celtiques Curtius, Griechische Etym.4,
p. 300). La racine indo-européenne rudh « être rouge », devient ruf
en latin et en ombrien, rud dans les langues celtiques [Curtius, Grie-
chische Ety m ^, p. 251-252).
L'/z = gh est encore une lettre italique étrangère au celtique. L'h
italique =: gh et ne doit pas être confondu avec Vh breton r= 5. A
défaut d'un exemple ombrien je prendrai l'osque hortom, en latin hortum
'Corssen, Aussprache^,l. II, p. 21, 43, iii), mot qui suppose un thème
gharta, en vieil irlandais gort (Fick, Vergleichendes Wœrterbuch 5,
p. 580), en moyen gallois garth.
L'ombrien, et l'osque qui en est un dialecte, forment donc avec le
46 Le Celtique et l'Ombrien.
latin une famille, la famille italique, parfaitement distincte de la famille
celtique. Il n'y a aucune raison pour distinguer la famille italique en deux
fractions, l'une ombrienne qui serait plus prochainement apparentée à la
famille celtique, l'autre latine qui en serait plus éloignée. Quand les
Ombriens se séparèrent des Gaulois du haut Danube et vinrent habiter
l'Italie, ils ne formaient avec les Latins qu'une seule famille, dont la
séparation en deux branches distinctes est un fait postérieur à cette
grande et féconde émigration. Parents des Ombriens, suivant une
tradition romaine, dont les travaux des savants modernes ont confirmé
la justesse, les Gaulois étaient au même degré parents des Latins; et,
sur ce point, le résultat des recherches faites par les linguistes de notre
temps s'accordent avec la prétention celtique rapportée par Lucain :
Arvernique ausi Latio se fingere fratres ^ .
La note que je termine pourra être complétée par d'autres observa-
tions quand aura paru le savant travail que M. Bréal prépare sur les
tables Eugubiennes, mais je ne crois pas que cet ouvrage, dont j'ai
pu, grâce à la bienveillance de l'auteur, lire les premières feuilles,
modifie le résultat auquel la présente étude nous a conduits.
H. d'Arbois de 3UB/\1NV1LLE.
1. Pharsale, 1. 426.
LE
DIALECTE VANNETAIS DE SARZEAU
Le langage que je vais décrire est, à peu de différences près, celui de
toute la presqu'île de Rhuys. A moins d'indications spéciales, les expres-
sions et les formes citées sont communes à Saint-Gildas et à Sarzeau.
I. PRONONCIATION.
J'adopte le système de transcription de Le Gonidec, avec quelques
additions :
à ei û = a et u très-brefs, non accentués, et souvent confondus
avec é.
e =: e dans le ; e = é.
ï se détache de la voyelle précédente.
Deux voyelles de suite forment diphthongue, excepté ai = ée, ou =
franc, id. La voyelle dominante n'est /, o, u, ou, que dans les diph-
thongues ui, iô, iâ, iou.
au est donc du (souvent do) ; eu = èii (comme on prononce encore
près de Saint-Brieuc eu étymologique du vieux français : eu, beii, veiï,
meiïf), etc.
ein sonne à peu près enn^ ou an; en est le en de Le Gonidec.
w et y, demi-voyelles, se prononcent comme u et / rapides, et par
elles-mêmes, n'ajoutent pas de syllabe au mot.
li = tch ; g = dj.
L'accent aigu, pour une brève, et l'accent grave pour une longue,
indiquent la place de l'accent tonique dans les polysyllabes, quand il
ne tombe pas sur la dernière.
Enfin, les lettres en caractères ordinaires ne se prononcent pas.
48 Le dialecte Vannetais de Sarzeau.
II. PARABOLE DE l'eNFANT PRODIGUE (SAiNT LUC, XV, II) TRADUITE
(verbalement) PAR DES PAYSANS DE SUSCINIO, PRÈS SARZEAU,
Un dein en ' duai ^ deu bautr '.
Hag^ àrs yuankan anai' ^ due làrèti d'i dâd : « Ma :àd, reit t'ein-mi
àrlod ag ànn ddhnai^ a zelei9 kouec'hgei-n-ein '°. » Ha ian '^' due lôdcî
i vddeu 'tre-z-ai.
Hag un di benak arlarh '2, àr pautr yuankan a pë' due chairr'éî kmid
en duai, a zou oet '5 d'urvro piall ; ha pi oe inou ahanî '4, ian' duefônd'éî i
dreu i vin'ein ir horolleu.
Ha p'en due drèbët rah 'S / zdfinai, iir bekàlienn famein '^ a zou koued '7
ar àr vro-hond ha ian ' deid '^ dd vout pèr '9.
Ha ian ' due ein cht.ig'ét ^° doh un dein ag àr yro-hond, ha ian ' due ian
kâsct in i glozeu -' da hoarn àr moc'h 22.
Ha ian ' de ^5 kdr'ct kargein i gôf ged à'r 24 hourienn ^s a zrcbe àr moc'h :
mèz 26 hanei '7 nou rai ^^ d'où.
Nezi ian ' due chônj'ct in-ou i uenah ^9, ha ian' due lard : « Pigimiî 3° a
hounideioh 3' / tei 52 tnà zâd en dès bcra 3 5 ou goalh, ha mi zou-mi ama
vanvein get nan^^ !
Misawou 5S, ha mi g-ei^^ dà gaviel ma zâd, ha mi 'larou d'où 57 : —
Ma zâd, pihied 58 em es doh ?9 ànn nian ha doh-iac'h huei.
'Zelian ket mouei bout drwët ou pautr ^° : lakeit-mi dà vout 4' unah^^ ag
ou koazief^K
Ha ian sdouet, ha oet dà gaviet''^ i dâd. Ha deid i dâd ager guilet^'i, e/46
ma oai anou^7 hoac'h iin tamek piall, ha ian' due bet ?un 48 doh-t-ou :
ian ' due ridét d'ein 49 dâleïn doh i houg, ha ian 'due bôkct fou.
Notes et variantes. — Le langage de Suscinio est identique à celui de Sarzeau. Je
donnerai la façon de parler de Saint-Gildas toutes les fois qu'elle s'écartera du texte;
mais la plupart des autres variantes sont spéciales à Sarzeau. i en — 2 dui, St-Gild.
doe, devoe — 3 vûb ; St-Gild. bôtr —4/1 n'est guère sensible que dans ha interrogatif
— 5 hag'r — 6 en , in — 7 Rarement a lârâs ; plus souvent, à St-Gild. a lâràs —
8 danni — 9 zilei — 10 douhet Veih — 11 ean, eian — 12 St-Gild. arliarh — 13 a oe
oeit, a g-âs\ St-Gild. a g-iâs — 14 St-Gild. pi oe du-hont — 15 hol, toud — 16 Les
vieux à St-Gild. disent ùr geltrei vras, ûr goal-goeltrei — ij a oe deid, dèd — 18 ha
ian a zâs, hag i tds — 19 prononcez cet è accentué comme eu du franc, la peur — 20
St-Gild. stàgët — 21 glojeu, barkeu ; à St-Gild. on dit aussi in / varadeu — 22 moc'hiet
— 2} en dëve — 24 g'<er - - 2 j hourienneu — 26 — maiz — 27 St-Gild. hannei — 28
rei — 29 ûnan (St-Gild. unann); ian miemh — 30 pikemid, St-Gild. pegement — }i
hounidizion, hounidiyon (St-Gild. hounidion) ; piet gounidek — 32 a St-Gild. on dit
encore tiy — 33 St-Gild. bârd — 34 ged <cnn nann — 35 saouou (pron. comme l'angl.
who) — 36 St-Gild. w.i-g-iei — J7 Vou — 38 St-Gild. pehet — 39 iniemb (St-Gild.
enienAi) d'<£nn nian ha d'iac'h — 40 krocdur, kroeduir — 41 mê silet-mi aviall — 42
uinan — 43 koskôr — 44 dëvâd, drema — 45 guiliet — 46 al, aviall — 47 à St-Gild.
on n'ajoute pas anou — 48 trui — 49 in
Le dialecte Vannetais de Sarieau. 49
Har àr pautr en due làr'ét s° t'ou : « Ma zâd, pihied em es doh ann niah
ha doh-iac'lî-lmei, ha heliah kel mouei bout drwët ou pautr. »
Hag ànn tàd' due lâ'r'ét d'i hoskôr : « Digaset àr vrauah sai ha ^uchket-
ei d'où ; ha Ukeil fou ûr bizcu ar i viz, ha boîteu in i drueid.
Digaset iwi àr lai lart, ha lac'het-ian ; ha drêbamh,, ha gruamh fiecht 5' :
Kar s» ma fautr a oe manv, ha che-ian n deit d'àr vuï î4 indrou; koll'd
oai a/zou is, ha kdved i. » Ha ou due gruet fiecht.
Hag àr pautr kohah a oe ir hlozeu s^. Hag in ûr zoûnet, al ma dochte 57
d'ànn tei, ian' due kléw'et brud àr zonnienneu s8 hag àr horolleu.
Ha iah ' due driv'et unan ag àr goaziet, ha ian ' due gouUénn'ct get-ou 59
petra oai ànn dra-zi.
Uanah a lare d'où : « Ou prêr a zou deit d'àr gir ^°, hag ou tâd en des
Idlïét àr lai lart, rag m'en des iah ^' guil'ct ir yahel ^^ mat. »
Ha iah ' zou oet droug in-ou, ha ne f aile ket d'où ^J mônet ^4 in tei. I dâd
ita a oe deid ermez, dà lâreit'ou dônet.
Ha iah ' due làr'ét d'i dâd : « B'a zou un tachâd ^5 bleieu ma'd-on goas
d'iac'h 66j ha biskoac'h n'imon oet^i in arbienn da ou^s ^j>; ha ne os chet
gueah erhîd^') reil t'eih tir bihan ag iir v'ékêt7o.^ d'oubir fiecht gel m'ameietT.
Ha p'é 72 za àr pautr'é-zi d'iac'h 7î, pianei en des drèbet rah i dreu gelfal
virhiet 74, huei a lac'h àr lai lart avet-ou. »
Hag i dâd' due Idrel t'ou : « Ma fautr, druahd 75 ' d-ous-ti get-n-eih, ha
rah peh em es, a zou d'ëz.
Mèz oe red in doud plejadur ha goubir fiecht : kar ha vrèr-ti a oe marw,
hag ima deit d'àr vui indrou; koll'd oai anou, ha kdv'éd i. »
m. PHONÉTIQUE.
Voici des exemples de transformations de sons qu'on aura remarquées
presque toutes dans le texte précédent. Je prends pour type le langage
de Vannes.
1° Voyelles.
A devient rarement ê : nêren ou nêran, non. Mais ce changement
semble avoir lieu régulièrement dans des variétés voisines : à Surzur on
dit bêrê-segêl, pain de seigle, petrê, quoi, netrê^ rien, yê oui (à Pontivy
ye], piêr, quatre etc.
50 a Idre — 51 fiest 'surtout à St-Gild.) — 52 rak (St-Gild. et Sarzeau) — 53 ch'-ian,
ch't-eian — 54 veut; ࣠vout bi^- — 55 St-Gild. koll'à oai — 56 St-Gild. ir mezeu —
57 St-Gild. doste — 58 hannienneu — 59 doh-î-ou — 60 g(>, gair — 61 er 62 yaheid ;
St-Gild. in giet — 65 ni vienne ket — 64 mouniet, moniet, mond. — 65 b'a zou paut-
mad, pôt-mad a vleieu — 66 ou koas — 67 ne d-on bel — 68 d'où — 69 ebet, erbià —
70 havr; vëdjet (— fr. biquette] — -ji ma hansordiet — ji pi — ■/} ou mab haniûc'li
— 74 fal-virhet, mirhiet-fal — 74 durand, pierpet, aitau, dalh-mad.
Rev. Celt. III A
50 Le dialecte Vanneîais de Sarzeau.
Le changement d'à en o est rare aussi û Sarzeau : marwein ou mor-
weiri, mourir; piar ou pior, quatre •pianiek, quatorze).
E redevient a des autres dialectes dans -mj, -man 'quelquefois men)
et ses composés : bcrma, berman, maintenant, etc. ; et dans d'autres cas
où, n'étant pas accentué, il forme un son flottant entre a el e (à).
E français final, tantôt muet, tantôt prononcé c est assez rare. En
voici un exemple : pienn'c-ru (tête-rouge; macreuse.
E final se change presque toujours en / ; karanîi, amour ; bi, tombe ;
fi, foi ; kiri, cordonnier [\es jeunes gens à'isenl kordannir\ nâdui, aiguille;
guli, lit; leuini iSt-Gild.], joie; p'eranti, volanti, kosd, etc. àr ri, ceux ;
iir ri mahniegeu. une paire de gants ; péri, piri, qui, (pluriel) ; pi-noz,
comment ; pi-get (Sarz.) combien ; egîli, l'autre ; ki, va ; bali ('Saint-
Gildasl se promener ; goudi, après ; revi, selon ; mdrsi, peut-être, etc.
Iternili et arri, de nouveau St-Gild.) se terminent en e à Sarzeau. Au
contraire a pi vi, quand il est, a pi velii^ quant il serait (Sarz.) se disent
à St-Gild. a pe ve, a pe vei. La Y P^rs. sing, du conditionnel est en ei à
St-Gild., et en e à Sarzeau.
Dans les deu.x endroits on prononce e à la 3^ pers. sing. de l'impar-
fait de l'indicatif, et dans les mots itre, entre ; dre par ; îre, très ; rai,
trop.
Er final devient très-souvent ir. Ainsi, \\ahnr, moitié ; amzir, temps ;
i kevir, à l'égard de; meliouir, miroir; diguinir, vendredi ; danjir ,- salvir;
inidir (ou midour), moissonneur, etc.; ovîr-ienn, messe, gouspir-eu,
vêpres; berdir, frères, etc.; tenir, tendre ; poiinir, lourd; distir, dichtir,
faible; kcmir, prendre ; a hrir, on fait, / tiskir, tichkir, on apprend, etc.
Quelques noms font exception, comme koler^ mister, alêr ; 1er, cuir.
On dit ôter et ôtir, autel ; stair et stir 'St-Gild.) rivière.
El final devient quelquefois // ; ahil, essieu ; àvil vent ; brezil, brizil,
guerre ; mil, miel ou du mil guil ; St-Gild. guel) mieux.
Il reste intact dans ehhuel, haut ; ehzel, bas ; tènhuel, sombre.
Ce changement d'^ en / a toujours lieu devant a ; souvent, devant une
autre voyelle ou une h ; et enfin dans d'autres cas, moins régulièrement.
Exemples: liac'h, lait; lieach'egienn , lieahgienn, pi. lieahgict, laitue;
/)/ti//, paix ; madeliah, bonté; prieddiah, mariage; ranteliah, royaume,
etc. ; krecheniah, chrétienté ; dihoudegiah, ignorance ; sahadegiah, salut,
gei-n-iac'h, avec vous, etc. ; nuienn, extrême-onction ; diheu, droit ;
divihan, dernier ; niein, filer ; badiein, baptiser, etc. ; gioa si (affirmatifi ;
hiy (Sarz.) ou hei, de l'orge; / pour "iy au lieu de eix dans i petra, pour-
quoi ; m'ou-s-hilei, je vous suis, etc.
Le dialecte Vannetais de Sarzeau. 51
E est remplacé par / devant z dans diz, viens lizienn, loi.
Devant une seule consonne finale autre que /, r ou n, e devient ie.
Exemples :
Ek. Biek, pointe ; dick dix, etc. ; halliek, saule ; galliek, français ; lo-
diek, participant ; huïek, doux ; perdiek, parler ; ridUk, courir, etc.
Exceptez tosek, crapaud ; Idvrck, pantalon, et quelques autres qui ont,
comme miarhek belle-fille, une diphthongue à l'avant-dernière.
Es. Folies, folle ; laeries, voleuse; golhoi'iries, lavandière (oiseau), etc.
(pi. ieziet, iaiziet).
Ce changement n'a pas lieu aux 2« pers. sing. des verbes.
Et. Effiet (Sarz.) ; Nanniet, Nantes ; Guîniet, Vannes; moaiziet, femmes ;
potriet, garçons ; dioliet, diables ; ronsiet, chevaux ; berlaziet, lézards ;
guuilaniet . goéhnàs ; rahiet, St-Gild. r^/îd, rats, etc.; p/ârv/e/, quatrième;
piemviet, St-Gild. piempiet, cinquième ; haec'hviet, hueachviet, sixième ;
sec'iiviet, septième ; ec'hviet, huitième, etc.
Ce changement arrive quelquefois à l'infinitif et au participe : siliet,
regarder; ivieî, boire ^St-Gild. ivein] ; monet d'horoiïkiet, aller se bai-
gner ; benegiet, béni; forhiet (St-Gild. forhet] sevré; mais jamais aux
2e pers. pi., ni dans le mot kàlet, dur.
E devient aussi ie devant n suivie d'une consonne {en final demeure, ou
devient ein, ain), mh cht [k St-Gild. st]. Ex. :
En. Ar sient (St-Gild. zient), les saints; dient dents, iir golaivienn.,
une ruche; iir goleuienn, une chandelle; pirienn, poire; azienn, âne;
mirienn, collation ; subienn, St-Gild. soubienn, soupe ; lienn, étang, etc. ;
dihuienn, défendre; achtiennein, étendre; tiennein^ tirer; hmennein,
sarcler ; etc. hiemh sans ; tiemh à nous, ge\-n-iemh avec nous, etc. piemh,
piamh ou piomh 'St-Gild. piemp] cinq; piemziek, quelquefois piemiek,
quinze ; piemziegviet, quinzième, etc. ; /ec/jf, moisson ; oniecht, féni'ccbtr,
miechtr 'ou mechtr . On dit cependant dr'cst, pardessus.
Il faut remarquer que les terminaisons enn, es, et demeurent assez
souvent intactes après/ ou ch, g ou k, et quelquefois après k et h. Ainsi
Von d'il ichenn, scie; ujenn bœuf (St-Gild. ujon] ; pinijenn, pénitence;
dichenn, descendre; feges, des figues; sein jet, des singes; pisket, des
poissons; pistrofiket, des pétoncles, etc. Enn ne change pas à la i"^ pers.
sing. de l'impf.
E devient ia (rarement ie], devant deux consonnes dont la première
est / ou r ; miarh, fille ; 'd^ous-îi a giarh mat, tu vas bon pas ; ag i biarh,
de sa part; niarh, force; piarson ou piersoU, recteur; sierpantou siarpant,
serpent; biarw, bouillant; afidiarw, le soir; kandiaw, cousin, pi.
kandierwiet ; kenitiarw, cousine, pi. keneitiarwieziet ; viam ou viern ket,
<,! Le dialecte Vannetais de Sarzeau .
n'importe ; — divachkiall, ailes ; uriransiall, une balançoire ; iir gludiall,
une herse; piziM, de la vesce ; kardiallai, engraisser (une terre);
goachkiall {k St-Gild. goaskin , pressoir; piall , de la balle; kaviall,
berceau; rniekhon ou mulchoh, trèfle; kabiallek, alouette; drueiniall,
druniaU, tourterelle ; koutiall, mantiall, kachtiall, rachtiall, etc. '
Exceptions : gorail, forge 'à St-Gild. goviall) ; karli, avoine ; ^uarh,
vends ; bierr, court ; chpicrnienn, épine.
Le même changement se trouve devant // dans piah ou pieh liau,
combien de lieues.
/ devient e devant/, ch, g, k, ly 'pour /), n : servech ou serveich, ser-
vice p'éneuek, pënek, riche; deliad, habits ; chpelienn, épingle, etc.
Il se change en ei devant une voyelle (cela n'arrive presque jamais à
St-Gild. ; à la fm des mots, et devant m et n. Ex. :
Deies, malaisé; leies, beaucoup; leiorh, courtil; sileienn, anguille, pi.
siliet, et à Sarz. silienneu^ St-Gild. silieu ; krecheneion, chrétiens. Tous
ces mots ont / simple à St-Gild. On dit dans les deux localités m'ou-s-
hilt'ioii, je vous suivrai ; leiein ou liyain toile; hei, elle ; nei, nous ; m'é
huei on m'é hiii, Si-CWà. houeb je sais; chctuei, chiuei, voici; gounci,
gagner ; kirei, des charrettes ; hoàrci, jouer ; goulei, plaie ; àr huirhies
Vàrei, la Vierge Marie ; dispartei, chtudei, petra senefei, que signifie ;
enfinei ; St-Gild. givrei, chèvres, azei-ti, assieds-toi (inf. aziein), etc.
[tri plus souvent que trei, trois ; trhiet, ou truii, troisième ; treinhuec h,
dix-huit; laironsei, à St-Gild. lairofisiy, larcin; lianei ou haniy, celui;
friy nez; kiy, chien: priy , argile ; — leimaj ; peimp , pipe; laîein,
leinot^ tabourein ; lein, du lin; fein, la fin; mitcin, matin; liiemkein,
seul; birwikein, jamais; irein, ongle; ircin, prunes sauvages ising., et
nom du prunier sauvage à St-Gild., irinienn ; koulein, lapin ; bahein,
bahain, goémon, etc.
Voici des exemples du son yi : a zelyir, qui est du ; pë yir, quand on
va; serruryir, plus usité q\i'alliuiour ; pe radeyir, quand on baptise;
leyir, lehir, à St-Gild. liyir, lettre; avyil iSt-Gild.\ à Sarz. areyil,
évangile *.
Y s'endurcit assez souvent en g, à St-Gild. : giein, froid; gîr, à Sarz.
yîr, des poules ; kiges, à Sarz. keics, chienne.
1 . D'autres mots, empruntés plus récemment au français, ont changé eau en iau :
mouniau, moineau; toufiau, tufiau, du tuffeau.
2. Ce son existe aussi en Tréguier, où l'on prononce )'în, froid; pa yi, quand tu iras;
— ainsi que le son wo (ouo) : me zauv, je me lèverai ; diwonet, poussé (en parlant des
plantes).
Le dialecte Vannctais de Sarzeau. 53
0 devient quelquefois e, ou, u. Ex. :
Kol'cm, pi. koiémiet (St-Gild. koulmienn, pi. koulmiei], colombe; chcm,
demeurer ; en éz, nous avons ; / emh, nous étions (== e oemb] ; plein,
plomb ; — amounienn, beurre; ounionneu, des oignons, etc. — Kaduir,
St-Gild. k ado air ; gluair, druaid, le droit. Ce dernier changement n'a
lieu que devant e et /, et est très-rare à St-Gild.
On met assez souvent 0 pour oa, et réciproquement : korcis, à St-Gild.
koaris, carême; gorantein ou goaranteiii, garantir; oahcin, à St-Gild.
oihin, des bœufs; échkal, des chardons, à St-Gild. oaskal, (pi. d'ochka-
lienn, oskalienn] .
U se change quelquefois en 'é, i, ou (devant a). Ex. :
Kur'cn, tonnerre ; dilcn, lundi ; plénienn, plume ; beîën, tabac ; — ein,
in, se (= hum\ ; siaou, du savon ; tïcni, chaud ; — houannadein, gémir;
Iwuarv (St-Gild.) amer.
Il se supprime à Sarzeau après //, dans kleinheî (St-Gild. kleinwiet],
maladie ; hianv, amer.
Ou peut devenir u devant une voyelle, surtout dans la même syllabe :
rui, roi; ruafinies, rouannies, reine; tuein, toueiri, tuïein, jurer; kruaiî,
créé ' ; kruaiour, créateur, etc. ; et au contraire, mouïarienn, mûre. Ce
changement est moins fréquent à Saint-Gildas.
2° Consonnes.
K devient k surtout après e pour / ; pek, pie ; kek, viande ; harek,
barrique ; dcinck, petit homme ; àr gourek, le plus jeune de la couvée
(ou de la famille) ; ànn doulek, le roitelet (de toid, me dit-on, parce
qu'il s'introduit dans les plus petits trous au milieu des tas de bois, etc.) ;
karekiall, brouette; milcinek, verdier ; etc.
Quelquefois la terminaison ik devient simplement eik : trueik, maigre;
nehedeik, très-peu ; uneik, uncik ou unek, unique.
G devient de même g, et change assez souvent en e la voyelle précé-
dente : bugul, begul, berger^ pi. — ion ; b'egàli, enfants; bugulies, bugu-
lies, bergère ; bëgenn, ver de terre ; degour, ouvert, large ; pegiall,
pioche; begein, béguin; gaoî, à St-Gild. giaot, herbe; rougein, déchi-
rer ; iir huiriennad guein, iplein un verre de vin ; ^uen, guin, blanc, etc.
Souvent, et surtout à la fm des mots, g peut remplacer sa forte k.
I. Ce doit être le même mot qu'on emploie à Sarzeau, sous une forme différente,
quand on dit, par exemple : mi zou bet kraiët i Sœrhau, je suis né à Sarzeau [kraiët au
lieu dt gannêt : cf. krouadur, enfant, le fr. procréer, etc.).
54 Le dialecte Vannetais de Saneau.
S simple quelquefois, et presque toujours s devant une consonne
deviennent ch. Mais on n'observe pas ce changement à St-Gild Ex. :
chardronnienn, un bourdon ; cliàcli, des chiens , clipis, clair ; cliplanwer,
St-Gild. splanouir, épervier; chiclitr, cidre ; /:/c/i/e/>j, châtaignier ; chkoai,
épaule ; chkeul, milan ; chhriraniàl écrivain, nom d'oiseau; ànnechkritur;
chklavaj ; kouchkoùrics, dormeuse, sorte de crabe ; fr'cchk, frais , clikan,
léger; clikoarn, oreille; chkornienn, glacière, etc.
Sk devient même ch, à Sarzeau : chuiciii, répandre ; chuec'h, St-Gild.
choc' h, fatigué ; chum, écume i^St-Gild. skum).
T se prononce parfois comme k ou plutôt (] français, devant / suivi
d'une voyelle : reii kiemh, donnez-nous; ikiernel, éternel. On dit de
même à Sarz. àr giâd, la langue, ce qui n'empêche pas de prononcer
iïr fal-diat, une mauvaise langue.
D, dans la même position, devient g dans miluigienn, limaçon ; chu-
giall ou chugel, écuelle. Cela arrive surtout à St-Gild., où l'on dit iïr
bigienn, une pnère; kogegiennek^ contracié en kogiennek, alouette (à Sarz.
kogediennck, iïrbidienn).
Le même abus a lieu quelquefois en Tréguier (3^" pers. pi, nk pour
nt ; gle, dette; mar-g-eus, s'il y a, mar-g-c^ s'il est, etc.).
D répond à h vannetais dans le mot drogonnienn, éclair, pi. drogon (à
Vannes brogon).
L mouillé final devient y, et dans le corps des mots, /y ; ôze/, osier;
emhrei, avril; papelioh, papillon; kelicnn, du houx, kasîei, des groseilles,
sing. kastelienn, etc. Cependant on dit fameil, famille.
1 s'introduit après / dans liuarn, pi. iet, renard ; Uuannies ou luannies,
religieuse.
L se supprime à Sarzeau dans biau, cheveux, à St-Gild. bleau, et
devient n dans nammein, sortir, tirer, et dans l'expression, dal ket kan a
dra, il ne vaut pas grand chose [kan =''kalh pour kalz],
N s'amollit en n dans inian^ âme ; unick, onze ; seiiitiek, dix-sept; lein,
dîner; gancn, abeilles, pi. de guncnicnn, à St-Gild. gunannienn.
Le contraire a lieu dans kinenn, kinain, kcnicnn, de l'ail 1 St-Gild.
kenion] ; arenienn, araignée.
Après cl et 0, cette lettre se nasalise à la fin des mots, et quand elle
est redoublée : îcih, feu ; bran, corbeau ; gloah, laine; rah, pi. ranicî,
grenouille ; / oh, je suis ; eià-oh^ pour moi ; oh deu, nous deux ; kaloh,
cœur ; aluzoh, St-Gild., aluzioh, aumône; mots franc, en on, pi. ohnieu,
Le dialecte Vannetais de Sarzeau. 55
onniet; kann, canal ; lonn, bête; kelionnienn, mouche ; melionnienn, fourmi
(on ajoute à Sarzeau le mot air, de couleuvre, je ne sais pourquoi!; etc.
M est elle-même nasalisée dans / o/i, nous sommes (= e oinbj ; un,
se ^== hum).
R est souvent transposée ou ajoutée, ou changée en / ; kerdein, croire,
mi gerd, kerdienn, croyance; kourhienn, peau; belorsienn, prune sau-
vage, chaldrein, St-Gild, saldrein, sardine; iir gernienn, un grain,
St-Gild. iir lannienn. iir lénienn [= ur hranenn); etc.
Il arrive quelquefois, à Sarzeau, qu'on fait rouler r entre deux con-
sonnes, sans insérer de voyelle : trchoi), trrchon, oseille; brn, brrn, du
jonc ou du son iSt-Gild. hrienn).
En vannetais commun, r tient la place de diverses consonnes : fari^
erreur =1 fazi (cf. meza ou mera. pétrir), gurein = gwenan, abeilles. La
même substitution a lieu, aussi bien à Saint-Gildas qu'à Sarzeau, dans
les mots arw, nom ^==^ hano; lêrad, ortie = leinad ; lùrii ou lùri, cendres,
= ludu ; gouriadienn, feu de joie, = gouiladenn. Mais kcneuienn, noix,
garde son n, comme à Vannes, tandis que dans tous les autres dialectes
bretons cette lettre est devenue r.
H est plus dure à la fm des mots, où elle équivaut à peu près à c'h :
huec'h, six ; sec' h, sept ; ec'h^ huit.
Elle est souvent insensible après / ou r ; kiarhcin^ ou kierheirl, mar-
cher ; houarhein^ rire, yàlhad, boursée ; dimerher, mercredi; gourhid,
fuseau ; dalhein, tenir icf. bret. commun dal, dalid, dalet ; marek, cavalier).
Au commencement des mots, h se perd quelquefois : ànn huer, huair,
la sœur ; ou-s huair, votre sœur. — Quelquefois cette aspiration se
change en g : i mien, i g-a, St-Gild. i g-ia, où va-t-il, =:: e men e ha^.
Il se fait souvent une contraction entre la voyelle qui précède et celle
qui suit h : e\ pë vir, comme si l'on était (:= veher] i vadîr, on baptise ;
pîriofi, pécheurs; bronniek = brehonek, breton.
Remarques.
On voit que cette phonétique n'est autre que celle du vannetais en
général, mais celle-ci plus hardiment développée, et logique jusqu'au
bout. Les changements de voyelles viennent presque tous delà tendance
I. Cela arrive parfois aussi en Cornouillais : geulia, suivre ; e gani, le sien. H n'est
pas un simple signe orthographique ; les Trécorois la prononcent c'/z, surtout dans cer-
taines constructions {c'hir, c'hirvoud, c'houarn, etc.).
56 Le dialecte Vannetais de Sarzeau.
à faire prédominer / ; et de même, ceux des consonnes ne sont guère
que des chuintements. Il est à remarquer que ce zétacisme qui règne
dans les autres dialectes spécialement aux pluriels inanimés, se manifeste
en vannetais partout ailleurs que là.
Cette machine phonétique dont ie viens de décrire les principaux res-
sorts, joue en général d'une manière sûre et, on peut le dire, intelli-
gente.
Ainsi, bien qu'il n'y ait pas de différence entre la prononciation de
ya, yc, et celle de ia, ie, la forme de l'article montre assez que la langue
sent la distinction entre y demi-consonne et / voyelle : àr yar, la poule,
et ànn iarh, la neige; ànn iarw, le sillon; àr yehet, la santé, et ànn ient,
plus souvent, ànn ient, la route. Ainsi encore, on dira posément m'es
chei ou kuiiét, je ne vous ai pas vu; mais si, ce qui arrive souvent dans
la rapidité de la conversation, l'ë de la terminaison du dernier mot dis-
parait, la voyelle e, qui s'était changée en / devant / simple, deviendra
diphthongue, maintenant que cette lettre est suivie d'un /, et l'on dira
m'es chel ou kiol't. Le t final peut lui-même disparaître, mais son effet
reste : m'es chel ou A'/o/'t. Cette dernière forme est très-fréquente.
Les mots qui subissent deux transformations successives, comme ean,
iah, eian, sont rares.
Certaines méprises ont lieu qui tiennent à ce qu'il y a, en vannetais,
de la confusion et de l'incertitude au sujet de la réduplication des con-
sonnes. Ex. : chàpiL chapelle; lein, lire; bialêg, pi. bialian, prêtre.
Quant aux mots qui échappent le plus souvent aux règles de pronon-
ciation, ces exceptions s'expliquent par l'influence directe du langage de
Vannes.
Enfin, il y a dans cette variété, aussi bien que dans toutes les autres,
des mots oij les sons primitifs, transformés partout ailleurs, ont été con-
servés fidèlement, grâce aux sympathies d'une phonétique spéciale.
Voilà pourquoi sans doute on prononce à Sarzeau ; àr lût, le monde ;
plig, pli Si jamais, dans ces mots, \'i était devenu e, cet e à son tour
devait ici se changer en ie.
N, dans balanienn, balai, est insérée peut-être par suite d'une fausse
analogie.
30 Les finales.
A Sarzeau, surtout, la finale tombe souvent, même quand le mot qui
suit commence par une voyelle : moue\, plus; / hanei t'ian, le sien à
\u\; nameà, SI ce n'est; Jezus-Krist ; aye\, comme; p'ép iroug, chaque
mal ; er bed-men, en ce monde; tâà, père; spiril-santcl; aveit ou eit-onh,
pour nous; vowd, bouillie ; t/r^jc/ikl, pi. drachkiet, grive; maisk\, smg.
Le dialecte Vannetais de Sarzeau. 57
maisklienn . une moule ; ivl de l'huile; ?/i'l, sing. tivUcnn, tu\\e;pont,
pont ; ru/d, filet, pi ruideii, etc.
La même habitude existe, mais moins générale, dans le reste de la
Bretagne : iôd siUt ; ne kel brao ; dek gwennek ; pemp lùr ; etc., surtout
quand le mot finit par deux consonnes [omp, str,sk\, i^l^etc). Seulement,
elle n'apparaît guère dans l'écriture que dans certains mots composés,
comme beveach = bep-veach ; Goarc'had, le Vieux-Marché ; = Koz-Var-
dhad; dijentil, dejentil = den-jentil, pi. tuchenîil = tud-jehtil, pemoc'h=:
penn-moc'h ; pedabenn =^ penn-da-benri ; hemiken = hep-mui-ken ; breman
= 'bret-man ; are, ure (P. Mannoiri = ^r re, ur re ; anrod = anl-rod ; et
dans de petits mots très-usités, qui perdent leur consonne finale régu-
lièrement devant une consonne Ihag, hoc'h, Van. ou-s ; Trég. hec'h,
son, sa, à elle, dont le c'Ii s'assimile à l, r, n du mot suivant; mar^ ez,
fc'h, etc.).
Il y a en breton plusieurs phénomènes que la même cause a pu au
moins contribuer à produire. Ainsi la suppression de z, générale en
Tréguier, a lieu plus souvent dans les autres dialectes à la fin que dans
le corps des mots ; au contraire, la nasale, conservée et même ajoutée
sans raison par les Trécorois et les Vannetais, se perd fréquemment à la
fin des mots, en Léon et en Cornouaille, etc.
Au commencement des mots aussi, il peut se faire une élision, un
mot même disparaît quelquefois : 'd-'i keVnn i dei, il n'est pas chez lui ;
'd a zou, ihd a zou, ils sont ; 'ri-nei, les nôtres \hun re-ni] .
4° L'accent.
L'accent est rarement sur l'antépénultième : àziet., assis (j syll.).
Quand il est sur l'avant-dernière, il fait quelquefois disparaître entiè-
rement celle qui suit. Cela arrive dans les participes : ainsi kârgét, karg't
ou karg'i, rempli.
L'accent sur la dernière fait, dans certains cas, alléger la syllabe pré-
cédente, comme en vannet. aval, av'éleu : les noms d'agents en ir (non
précédé de i), eïr, our, font leur pluriel en crion, aour fait arion. Tous
font leur féminin en changeant ir, eïr, our, enouries, pi. ouriezet, ouriai-
zet. Ex. :
Pobir (\es jeunes disent plutôt boulanjir); fornir, pi. crion, chacheïr,
St-Gi\d. chaseïr, chasseur; chkoleïr, écolier, pi, érion, gouryir, tailleur,
gouryirion; niirion, des fileurs, etc. Meleinour, meunier; teisour, tisse-
rand, pi. ërioà; cfiivrerion^ des pêcheurs de crevettes; chkolaour, maître
d'école; pisketaour, pêcheur; (piskedienn , un poisson); airietaoar,
chasseur de couleuvres (verbe, airietat, du pi. airiet ou airioii); gouie-
$S Le dialecte Vannetais de Sarzeau.
taour, chasseur de taupes (du verbe gouieta ou gouietat, du pi. gouiet\,
pi. ariori ; etc.
Enan , petit serpent qu'on dit aveugle, représente anaff Cath.),
accentué sur la dernière anJff à la vannetaise, tandis que la forme
des autres dialectes, anv^ = ànaff.
IV. QUELQUES OBSERVATIONS SUR LA GRAMMAIRE ET LE VOCABULAIRE.
1° Mutations.
Un aradienn, une brebis ipl. divit), est un des rares exemples, en
armoricain, de la mutation nasale. On pourrait en ajouter quelques autres
à la liste de la Gr. C^ 206. Ainsi mcn Dui, mem brêr, = gall. /y nuw, fy
mrawd; la conjugaison trécoroise du verbe en dout aux 3^* et r" pers. :
en eus, an eus, an eveus ; en oa, an eva, en ifoa, en ivoa ; en oe ; en efe\
en eve ; en ije; en eo, an efe, etc. ; am ô, am oa ; em ije, etc. ; un nerwenn,
un chêne (Man. bret.-fr. par A. Guyot-Jomard, Vannes 1867, p. 9I.
A St-Gild. on prononce aussi quelquefois iin niarwienn, à Sarz. iin diar-
wienn, et plus souvent iir huiyenn-diarw.
La dentale finale disparait après n : badeient^ baptême; ugienX, vingt;
arganx, argent; etc. H n'y a là qu'une chute de finale ; mais dans les
autres dialectes, n reste nasalisée, et la dentale s'assimile à n : Tréc.
ugend, ugenn; arc'hahd, archann.
2° Pluriel.
Il est plus régulier que dans le vannetais commun, surtout à Sarzeau.
Ainsi kouiliar, perdrix, pi. kouliariet ; kazick, jument, pi. kezekieî (St-
Gild. kezek) ; kahiet, chats; màrhiet, chevaux [bl-G'ûd. kezek) ; kogiet,
coqs (St-Gild. kigiy) ; mouialhict, merles, St-Gild. moualhiy ; grâgiet, ou
groagi, gragi, femmes; blciet Sarz.), blcidci (Saint-Gildas et Sarzeau),
loups ; dorneu, mains (au propre).
Le mol neiadcu, St-Gild. niadeu., nichées, est usité : khisk ànn ncia-
deu, chercher des nids. Du pi. goei, des oies, on forme le sing. ùr
hoeienn. Chifr, crevette, est singulier, et a pour pi. chlrriet, d'où monet
dd chivrictat.
Quelques noms ne changent pas au pluriel : mein: pierre, pi. meiii ou
ineineu. — Remarquez les pi. hoairziet, sœurs ; ahnuairzicî, ahnairziet,
génisses; moairicuziet iSarz.) tantes, de moairieb.
5° Féminin.
Le mot pekol, grand, sorte de nom adjectif qui précède toujours son
substantif, prend au féminin la terminaison ienn : pekàlienn rocs, grande
femme ; pekàlienn lioc'h, grande vache.
Le dialecte Vannetais de Sarzeau. 59
Au pluriel, devant un nom d'être animé, il peut prendre la terminai-
son iet. peliolid tud, plus souvent pckol tiid, grands hommes. Pdol teyir,
à St-Gild. iiyir, grandes maisons.
Ce suffixe féminin enn, dans les adjectifs employés substantivement,
n'est pas très-rare en breton Le masculin prend quelquefois un autre
suffixe. Ainsi koziad, vieillard, fém. kozcnn, St-Gild. koc'hicnn; luduek,
frileux, à Sarz. luruiek, luriyek, à St-Gild. lurick, fém. luduenn, Sarz.
lariycnn, St-Gild. lùrienn, etc. Grég. de Rostrenen donne hailhebod,
coquin, fém. haitlebodès ou hailhebodenn. On dit à St-Gild. duardicnn,
noiraude, dans Grég. de Rostrenen « duardès, van. duardell. «
Cette autre terminaison féminine, cil, qui se trouve dans arvorel, armo-
ricaine, fém. à'an'oridd iLe Pelletier et Le Gonidec), camutell [Le P.,
camuses] craczousell, friponell ^Grég. de Rostrenen) sodel (vocab. vann. :
ah pikôl sodel ! ah grande sotte ! cr sodèd hag er sodcllèd, les sots et les
sottes , n'est usitée, à ma connaissance, que dans ce dernier mot ; et les
deux exemples ci-dessus se disent : ah pekàlienn sodiall! àr sodied hag
dr sodiallict, St-Gild. : dr zodied hag àr zodialliet. Le même suffixe paraît
dans kairiall == kaerell, belette.
4° Construction et Vocabulaire.
On emploie à Sarzeau anou, de lui, etc., dans des expressions comme
celles-ci : marw i anou, mort est de lui, c'est-à-dire il est mort; parteiet i
anou, il est parti ; 'houïan ket pigours i tei anou, je ne sais pas quand il
reviendra; a p'en due anou chairr'ct, ou a p'en due ch.iirrët anou k'emid en
duai, quand il eut rassemblé tout ce qu'il avait ; 'labour ket anei, elle ne
travaille pas, klaH i anou, il est malade, etc.
Parmi les particularités de vocabulaire, je citerai seulement ici les mots
pitau^ richard; iïr bagous., une fauvette; tir be'rah (par eu franc.], un
bouvreuil ; iir jabouru, tir jabot-ru, un rouge-gorge ; iir huein-kuein, un
pinson ; iir vronnon, un hanneton; iin arondiall (ou iïr logodienn] pienn-
dal, une chauve-souris ; yâr ànn entru Dui, Doui, la bête à bon Dieu ;
magan, maigah [iïr vagannienn, au sing.1 à St-Gild. guegan, le fruit de
l'aubépine; ouallein, comme en fr.gâ/er, répandre; toleinoudichkar{guein] ,
verser là boire); Roah-doar, Rennes ;-en-terre), St-Gild. Ruiafi-doar ;
et Roah-mour Rouen i-sur-mer], St-Gild. Ruian; enfin le mol goskôr.,
collectif féminin, = gall. gosgordd, Cath. coscor., que d'après les témoi-
gnages écrits on avait tout lieu de croire disparu à jamais des dialectes
armoricains, et qui pourtant est employé à Sarzeau et à Saint-Gildas, par
les jeunes comme par les vieux, pour pluriel de goas, serviteur.
p:mile Ernault.
LAVAROU KOZ A VREIZ IZEL:
SEIZVED STROLLAD.
AR MIZIOU.
I
MIZ GENVER.
(J63 Ann armanach ne lar ket gaou :
Pa ve erc'h 've gwenn ann traou,
Pa ve a\el fich ar bodou,
Pa ve glao 've vil ar poullou.
664 Mi: Genver,
Kalet pe dener.
66 J Miz Genver, hirio vel kent,
A ziskouez eo hir lie zent.
C66 Pa ve tremeneî dent Genver
E ve diskouloc'h ann amzer.
667 Ne veio ket leun ar zolier
Mar bez heol tomm da viz Genver.
668 Gwell eo -gwelet ki en kounnar
Evit heol tomm e miz Genvar.
669 Allez ar wenn reo
A zeu araog ar glao.
670 Reo gwenn war ar c'hresk,
Amzer gaer hafresk.
671 Reo gwenn war loar nevez
A denn d'ar glao allez.
672 Reo gwenn en diskar,
Amzer c'hleb hep mar.
67 ^ Pa vez ann erc'h war ann douar
Ne vez na tomm na klouar.
I. cf. t. 11, p. }62 et suiv.
PROVERBES ET DICTONS
DE LA BASSE-BRETAGNE.
SEPTIÈME SÉRIE.
LES MOIS,
I
MOIS DE JANVIER.
663 Un almanach jamais ne ment:
S'il neige, tout au loin est blanc,
S'il vente, les branches sont en branle,
S'il pleut, il y a des mares partout.
664 Mois de Janvier,
Rigoureux ou tempéré.
665 Janvier, aujourd'hui comme avant,
Montre qu'il a longues les dents '.
6(i(> Les dents de Janvier passées,
Moins glacial est le temps.
667 Point ne s'emplira le grenier
Si chaud soleil brille en Janvier.
668 Mieux vaut voir chien enragé
Que chaud soleil en janvier.
669 Souvent de blanche gelée
La pluie est précédée.
670 Gelée blanche au croissant,
Du frais et du beau temps.
671 Gelée blanche à lune nouvelle
La pluie souvent appelle.
672 Gelée blanche au décours,
Temps humide toujours.
673 Quand la neige couvre les champs,
Ni tiède ni chaud n'est le temps.
I . Les aiguilles de glace qui pendent aux toits sont généralement connues sous le nom
de dents de janvier.
62
Lavarou Koz a Vreiz Izel.
674
Re a erc'h, re a gerc'h^
Re a skorn, re a zegal.
675
Pa skorn ann dour en ti,
A koll ar c'Iierc'h hefri.
676
Pa varv ar gerc'hen gand ar riou^
Unan a chomm a dalv diou.
677
Genvirig alavar
Ez euz vi gand ar iar.
II.
MÏZ C'HOUEVRER.
6y8 Hanter-Genver eun eur a hed,
Da cVwuel Chandelour diou abred.
(3-jc, Da chouel ar Chandelour,
Deiz da hep micherour,
Nemet d'ar c'hemener
Ha d'al luguder.
680 Da c'houel Varia Goulou.
Kuzeî ar chantoleriou
Ha torret ar c'higelou;
Hanter-greun, hanter-bloaz,
Ann had diaveaz,
Ann ozac'h en eaz.
681 Miz C'houevrer a c^houez, a c'houez,
Hag a laz ar voualch war lie nez.
682 Gand dillad tomm ha hevans mad
Pep miz goanv zo deread.
683 Da c'houel Mathiez,
Vi e reor ann houadez,
Hag ar hik a choas he barez.
684 Tremenet gouel Sant Maîhiaz,
Ann heol d'he liv, ann dourd'hefiaz,
Ha lezenn ann hent da rean glaz.
685 Genver a garg ar foz,
C'houevrer hen dalc'h kloz.
686 Avel gevret, da ziwada moc'h
Diwallit ho kountel gan-e-hoc'h.
Proverbes et Dictons de la Basse-Bretagne. 6 3
674 Trop de neige, trop d'avoine;
Trop de glace, trop de seigle.
675 Quand l'eau gèle dans la maison,
Perd son nez l'avoine au sillon.
676 Quand l'avoine meurt de froid,
Un grain qui reste en vaut deux.
677 Le gentil Janvier dit
Qu'il est œuf dans la poule.
II
MOIS DE FÉVRIER.
678 A la mi-janvier, le jour croît d'une heure,
De deux environ à la Chandeleur \2 février).
679 A la Chandeleur,
Jour pour tout travailleur,
Hormis le tailleur
Et le flâneur.
680 A la fête de la Chandeleur,
Cachez les chandeliers
Et brisez les quenouilles;
Le grain demi-consommé, l'an demi-écoulé,
La semence prélevée,
A l'aise se sent le maître de la maison.
681 Février souffle, souffle.
Et tue le merle sur son nid.
682 Quand on a chauds vêtements, bonne table,
Chacun des mois d'hiver est supportable.
683 A la Saint-Mathias,
L'œuf est au c. de la cane,
Et la pie cherche à s'apparier (24 février).
684 La Saint-Mathias passée.
Le soleil reprend son éclat, l'eau sa saveur,
Et la lisière du chemin de reverdir.
685 Janvier remplit le fossé,
Février le tient clos.
686 Par vent de sud-est cochon ne saignez
Et votre couteau ramassez.
64 Lavarou Koz a Vreiz Izel.
687 Erc'h a dreon, glao a viz,
Gwasa diou amzer a weliz.
688 Meurlarjez kaillarek,
Arc' h ha solier harrek.
689 Mar leuje Meurlarjez teir gwech ar bloaz,
E lakafe ann dud da redek e noaz.
690 Red eo lakat piz e gleac'li^
N'e ket liirio evel deach. (Al ludu.)
///
MIZ MEURS.
691 Ber, her, miz Chouevrer, karg ann and hag ar foz,
Me ho dizecVio en eun dciz hag eun noz.
692 Meurs gand eur c'houezadenn
A zizefh ar foz penn-da-benn.
69 j Miz Meurs gand eur c'houezadenn
A laz meur a vagadenn.
694 Ar miz Meurs gand he vorzoliou
A zeu da skei war hon noriou.
69 5 Miz Meurs gand he vorzoliou
A laz al lueou en ho mammou.
696 Meurs a laz gand he vorzoliou
Ann ejen braz e korn ar c'hraou.
6c)-j Miz Meurs gand he vorzoliou
A zo ker gwaz hag an Ankou.
698 E mis Meurs glao hag avel joli
A rai lakat evez d'ann holl.
699 Meurs, gand he veurzeri,
A ra d'ar c'hrac'h staota barz ann ti,
Ha d'he merc'h kerkouls hag hi.
700 Deuet Meurs e-giz ma karo,
Grafh e korn ar c'hleun a dommo.
701 Da c'houel sant Guennole,
Stanka 'r focnnek oc'h ar c'hole.
702 Da chouel Pol,
Lakiid mern vihan war ann daol.
Proverbes et Dictons de la Basse-Bretagne. 6 5
687 Neige de derrière, vent de nord-est,
Les deux plus mauvais temps que je connaisse.
688 Carnaval crotté,
Huche comble et plein grenier.
689 Si le Carnaval venait trois fois l'an,
Tout nus à courir il mettrait les gens.
690 II faut mettre à tremper les pois,
A hier aujourd'hui ne ressemble pas lie mercredi des Cendres).
III
MOIS DE MARS.
691 Coule, coule. Février, remplis rigole et fossé,
En un jour et une nuit je les dessécherai.
692 Mars, d'un souffle,
Dessèche le fossé de bout en bout.
69? Mars, d'un souffle,
Tue beaucoup de nourrissons.
694 Mars avec ses marteaux '
Vient frapper sur nos portes.
695 Mars avec ses marteaux
Dans leurs mères tue les veaux.
696 Mars tue avec ses marteaux
Le grand bœuf dans le coin de l'étable.
697 Mars avec ses marteaux
Fait autant de mal que la Mort.
6c)8 Au mois de mars pluie et vent fou :
Sur nos gardestenons-noustous.
699 Mars^ avec ses Marseries (rigueurs),
Fait qu'à la maison pisse la vieille.
Et sa fille aussi bien qu'elle.
700 Arrive Mars quand il voudra,
Dans un coin du fossé vieille se chauffera.
701 A la Saint-Guennolé,
Au taureau ferme le pré (4 mars).
702 A la Saint-Pol,
Mets collation sur table (12 marsl.
I. La grêle.
Rev. Celt. III i
66 Lavarou Koz a Vreiz I:el.
70 j Tri de goude ma kan ann drask,
Ez ia ar vioc'h ioaiis d'he nask.
704 Pa glewjct ann drask 0 kanan,
Serret keuneud mad da doman ;
Pa glewfeî ar welc'h goude-ze,
Tolet ho chupenn a goste.
705 D'ar zul Bleuniou,
A lamm arzaout dreist ar c'hleuziou.
706 Da Vener ar groez
A kroaz ar bik he nez.
707 D'ar zul Bask,
A lamm ar zaouî dreist ho nask.
708 Da c'houel Sant Joseph pe Sant Benead,
Gounid ar panez hag al lin mad.
709 Da zul Bleuniou, konf ar viou ;
Da zul Bask, terri ho fennou;
Da zul ar Chasimodojrik' ar c'hoz podou\
710 Epad ar zizun santel,
Amzer goloet, avel,
7 1 1 Deuz ann lieol, Meurlarjik,
Deuz ann eteo Paskik.
712 Ann ened seac'h, Pask kaillarek
A lak ann arc'h da veza barrek.
IV
MIZ ERREL.
71 3 Ebrelik, Ebrelik,
Digor da ziou askellik.
7 1 4 Pask a dost, Pask a bell,
Pask a vo en Ebrel ;
Pask en Ebrel a vo
Pe ar C'hasimodo.
715 Deuet Meurlarjez pa garo,
Pask pe Gasimodo
En Ebrel hcn em gavo.
I . La très-ancienne coutume de briser, le dimanche de la Quasimodo, les pots hors de
service, est toujours en vigueur dans les vieilles familles bretonnes. Bien que les jeux bruyants
auxquels elle sert de prétexte, semblent dépourvus de toute signification, il ne serait pas
Proverbes et Dictons de la Basse-Bretagne. 67
705 Trois jours après que la grive a chanté,
La vache va joyeuse au-devant de son lien.
704 Quand vous entendrez la grive chanter,
Enfermez le bois propre à vous chauffer;
Quand vous entendrez le merle plus tard,
Jetez bas pourpoint pour le mettre à part.
705 Le dimanche des Rameaux,
Les vaches sautent par-dessus les fossés.
70c Le Vendredi Saint,
La pie croise son nid.
707 Le dimanche de Pâques,
Les vaches sautent par-dessus leurs liens.
708 A la Saint-Joseph ou à la Saint-Benoît,
Semez les panais et le bon lin (19 et 2 1 mars).
709 Le dimanche des Rameaux, compte tes œufs;
Le dimanche de Pâques, casse-les en deux;
Le dimanche de la Quasimodo, brise tes vieux pots.
710 Pendant la semaine sainte
Temps couvert et vent.
71 1 Carnaval au soleil,
Pâques au tison.
7 1 2 Carnaval sec, Pâques crotté ;
La huche est pleine à déborder.
IV
MOIS D'AVRIL.
7 1 ^ Petit Avril, petit Avril,
Ouvre tes deux petites ailes.
714 Pâques de près, Pâques de loin,
Pâques en Avril sera;
En Avril sera Pâques
Ou la Quasimodo.
71 5 Vienne Carnaval quand il lui plaira,
Pâques ou Quasimodo
En Avril se trouvera.
impossible qu'elle n'eût eu dans l'origine un caractère sérieux, et ne se rattachât par
quelque côté à certaines pratiques, touchant la purification des vases, dont font mention
les Codes religieux de plusieurs peuples de l'antiquité.
68 Lararou Koz a Vreiz îiel.
7 1 6 Etre Pask ha Meurlarjez,
Seiz sizun nemet daou dez.
7 1 7 Etre Pask ha Pentekost,
Seiz sizun penn ha lost.
7 1 8 Pask gleborek,
Eost baraëk.
719 Pa zav al loar abarz ann noz,
Fjad ar panez antronoz.
720 Ar ran a gan kent miz Ebrel
A ve gwelloc'h d'ezhan tevel.
721 Pa gan ar ran e kreiz an deiz,
Neuze vez poent gounid ann heiz.
722 Pa gan ar ran e kreiz ar prad,
Neuze vez poent gounid peb had,
Nemet al lann hag ar pilad ' .
72 î Evit ar raned da gano.
Ma bioc'hik paour-me a varvo ;
Pa gano ar goukoa d'eomp-ni,
Ma bioc'hik-me ne varvo mui.
724 Dre ma tosta hanter-Ebrel,
E kousk ann oac'h hag ar mevel;
Ar vroeg a lâr en miz Mae
D'ar vatezik : demp ive !
725 Er bloaz biseost nep a ve finn.
A laka kanab el lec'h linn 2.
726 Da c'houel Pèr, planta kignenn ;
Da c'houel Pêr, skoulma kignenn ;
Da cViouel Pêr, tenna kignenn.
727 Ebrel c'harw,
Porc'hel manv.
728 Blavez gliz,
Blavez gwiniz.
1. Le pilât, aujourd'hui inconnu en Bretagne, mais très-souvent nommé dans les anciens
titres, était, si l'on en croit Cambry qui pourrait en avoir vu les derniers échantillons,
« une espèce d'avoine ou de blé avorté qu'on ne pouvait manger qu'en bouillie. On n'en
donne point aux chevaux, dit-il, ses extrémités trop aiguës pourraient s'attacher à leur
2. Var. Bloavez biseost, nep a ve finn,
A losk ar c'herc'h hag a had linn;
Nep a ve finn, ar bloaz warlerc'h.
A losk al linn hag a had kcrc'h
Proverbes et Dictons de la Basse-Bretagne. 69
716 Entre Pâques et Carnaval,
Sept semaines moins deux jours.
717 Entre Pâques et Pentecôte,
Sept semaines tête et queue.
718 A Pâques de la pluie partout,
Abondance de pain en août.
719 Quand la lune se lève avant la nuit.
Sème tes panais le lendemain.
720 Grenouille qui chante avant Avril
Ferait mieux de se taire.
721 Quand grenouille chante au milieu du jour,
Il est temps de semer l'orge.
722 Quand grenouille chante au milieu des prés,
Il est temps de mettre en terre chaque semence,
Excepté celle d'ajoncs et de pilât.
72 3 Malgré le chant des rainettes
Ma pauvre petite vache mourra;
Quand le coucou pour nous chantera.
Ma petite vache sauve sera.
724 Plus approche la mi-avril,
Et plus maître et valet trouvent temps pour dormir;
Au mois de Mai la femme dit
A la jeune servante : allons dormir aussi.
725 L'an bissextile, l'homme fin
Mettra du chanvre au lieu de lin'.
726 A la Saint-Pierre, plante l'ail 11 5 avrilj;
A la Saint-Pierre, noue Pail 129 juin);
A la Saint-Pierre, arrache l'ail [i^^ août).
727 Rude Avril,
Cochon mort.
728 Année de rosée.
Année de froment.
gosier, et leur causer une toux dangereuse ; ils le refusent et le rejettent. » (Voyage dans
le Finistère, par Cambry, avec des notes par le comte de Fréminville, Brest, 1836, in-S",
p. 130.)
I . Var. L'an bissextile, l'homme fin
Délaisse l'avoine et sème du lin:
Quiconque est fin, l'année qui suit.
Délaisse le lin et sème de l'avoine.
70
730
732
Lavarou Koz a Vreiz Izel.
■729 Bleun e Meurs, fcurm en Abril,
A ia lioll gandar morzil.
Sant Jorc'hdik diwar he dorchenn
A lak' ar goz saout da vreskenn.
7JI Da c'houel Mark,
Mer en bilian d'ar park.
Pa vez ann deillo er wevodenn
Kement ha diou skouarn eul logodenn.
'Tle advern beza war wenojenn.
75 j Da c'houcl Mark,
Diodet ar park.
734 Da c'houel Mark
Ann had divezan er park.
755 Pa ve glao da c'houel Mark
E kouez ar c'hignez er park.
MIZ MAE.
7j6 Digant kala — Mae goulennet
Pe da zeiz e teui Nedelek,
Ha mar na gredet ket c'hoas,
Goulennet da zarit Jerman Bras.
7^7 Goudc miz Ebrel da fin Eost,
Da dan ebet na-d-a tost.
7j8 Da viz Mae,
Ar medisin a ve gae.
739 E miz Mae,
Ar c'hezek a dol ho zae.
740 Da viz Mae
'Lamm ar segal dreist ar c'hae.
74 1 Meurs e skoulm,
Ebrel e vodenn,
Mae e bleunvenn,
Even e greunenn,
Gouere e gwastel wenn .
742 E miz Mae,
Kanab gae.
Proverbes et Dictons de la Basse- Bretagne. 7 1
729 Fleurs de Mars en avril nouées
Par vent de sud-ouest sont toutes brûlées.
7J0 Saint Georges, assis sur son coussinet,
Met les vieilles vaches à fringuer (25 avril).
731 A la Saint-Marc,
La collation au champ (25 avril).
7?2 Quand les feuilles se montrent sur le chèvrefeuille,
Grandes comme les oreilles d'une souris,
La seconde collation doit être sur le sentier,
733 A la Saint-Marc,
Au champ monte l'herbe.
754 A la Saint-Marc,
Au champ les dernières semailles.
75 5 Le jour de la Saint-Marc, s'il pleut,
Partout aux champs tombent les guignes.
V
MOIS DE MAL
736 Demandez au premier jour de Mai
Quel jour Noël doit arriver,
Et si vous n'êtes satisfaits,
A Saint Germain le Grand ' allez vous adresser.
737 De la fin d'Avril jusqu'à la fin d'Août,
D'aucun feu ne t'approche.
738 Au mois de Mai,
Le médecin est gai.
739 Au mois de Mai,
Les chevaux jettent leur robe.
740 Au mois de Mai,
Le seigle saute par-dessus la haie.
741 En Mars le nœud,
En Avril la touffe,
En Mai la fleur.
En Juin le grain.
En Juillet le blanc gâteau (de seigle).
742 Au mois de Mai,
Du chanvre gai.
I . Le jour de la semaine par lequel s'ouvre le mois de mai correspond toujours exacte-
ment au jour où le calendrier place la fête de saint Germain l'Auxerrois (31 juillet), et la
fête de Noël.
72 Lavarou Koz a Vreiz Izel.
745 Pa gcino ar durzunel,
M'em bô lez eleiz ma skudel.
744 Glao tendez a zo re,
Re neubcut hep e'd de.
745 Pa vo barvou kelvez e miz Mae
Kalon ann ijuler a zo gae.
746 Bleun en Abril,feurm e Mac,
Euz ar re-ze e kargimp hon zae.
747 Ann deliou 'zigor en dero
Kent evid digeri erfao.
748 Da fhouel ar Pentekost,
Al linn a ra ann dro da gern ann tok.
749 Brumen dupa vez
A bad tri dervez.
750 Brumen vor,
Tomder en gor.
7 5 1 Mogedenn diwar ar mor,
» Heol tomm ken a faouto ann nor.
7 5 2 Seiz blavez sec'hour ne reont ket cur blavez kernez ;
Eun devez glebour hen grafe.
VI
MIZ EVEN.
755 Serret ar gwaziou,
Douret^ ar prajou.
7 54 Sant Ronan dilost Mae
A laka kerc'li e-leac'li na ve.
7 5 5 Miz Even a ra al linn
Ha Gouere hen gra finn.
756 Eur park a zo gwall fall
Mar da viz Even ne dalv.
7 5 7 Kurun dioc'li ar gwalarn ,
Toi ar varr er sanaill.
7 ) 8 Kurun dioc'h ar gevret,
Marrad bcpret.
759 Ann avel su ha gevret,
Mad d'ar goullo ha d'ar garget.
Proverbes et Dictons de Li Basse-Bretagne. yj
745 Quand chantera la tourterelle,
J'aurai du lait plein mon écuelle.
744 De la pluie, — c'est trop chaque jour.
Et pas assez tous les deux jours.
745 Quand coudrier a barbe en Mai,
Le cœur de l'engeôleur est gai.
746 Fleurs d'Avril en mai nouées,
De celles-là nous remplirons nos robes.
747 Les feuilles s'ouvrent sur le chêne
Avant de s'ouvrir sur le hêtre.
748 A la Pentecôte,
Le lin fait tout le tour du chapeau.
749 Brume noire s'il y a,
Avant trois jours ne s'en va,
750 Brume de mer,
Chaleur qui couve.
7 s 1 Vapeur montant de la mer.
Soleil chaud à fendre la porte.
j)2 Sept années de sécheresse ne font pas une année de disette ;
Une journée humide est capable de la faire.
VI
MOIS DE JUIN.
753 Fermez les ruisseaux.
Les prés sont couverts d'eau '.
754 Saint-Renan, à la fin de Mai,
Où ne se montre avoine en met (1" juin).
753 Juin fait le lin,
Juillet le rend fin.
756 II faut qu'un champ soit bien mauvais.
S'il ne vaut en juin quelque chose.
757 Si le tonnerre gronde au nord-ouest,
Jette ta marre dans la grange.
7)8 Si le tonnerre gronde au sud-est.
Continue ton écobuage.
759 Vent de sud et vent de sud-est,
Bons pour le (navire) vide et le 'navire) chargé.
I. C'est le vers si connu de Virgile :
Claudite jam rivos, pueri, sat prata bibêre.
74
Lavarou Koz a Vreiz Izel.
700
Avel a c'hreste,
Glao hep dale.
76i
Gwalarn kalmet diouz ann noz,
Su pe gevret antronoz.
762
Pa val V vilinn diwar ar c'hoad,
'Ve trist doare ar merdead.
763
Diwallit rag ar mcnvent koz
Hag ar gwalarn iaouank.
764
Pa vez ann avel er gornaouek,
E vez tapet meur a c'henaouek.
765
Da c'honcl Barnabaz,
Gand eur fourniad poaz
Hag eun ail en arc' h,
E paseo awalc'h.
766
Hanter-Mac dllost goan,
Hanter miz Even hen lakan.
767
Pa vez ker arpiz,
E vez ker ar gwiniz.
768
Bluvez hoginn, blavez ed,
Blavez irinn ne veket.
769
Blavez c'huiled, blavez ed,
Blavez gwenan ne ve ket.
770
N'ê ket ganet gand he vamm
'Nn hini glev ar goukou nao devez
goude gouel lann
771
Da c'houel lann,
la-l-ar goukou d'al lann.
772
Da c'houel Per,
la-l-ar goukou d'ar ger.
775
Pa vez ar bleun er gwiniz,
E vihanna leaz liviriz.
VU
MIZ GOUERE.
:74 Heol a zavo re vintin,
A zo tec'hct da wall fin.
Proverbes et Dictons de la Basse-Bretagne. 75
760 Vent de sud.
Pluie sans tarder.
76 1 Vent du nord-ouest se calme-t-il sur le soir,
Vent de sud ou vent de sud-est le lendemain.
762 Quand le moulin moud de dessus le bois (C.-à-d. quand le vent
souffle du côté des bois),
La situation du marin est triste.
765 Défiez-vous de vieux vent de sud-ouest
Et de jeune vent de nord-ouest.
764 Quand souffle le vent d'ouest,
Beaucoup de badauds sont pris.
765 A la Saint-Barnabe ',
Fournée de pain cuit si vous avez
Avec une autre dans la maie,
La journée vous pourrez passer (i i juin).
766 Fin de l'hiver à la mi-mai,
A la rai-juin, moi, je la mets.
767 Quand les pois sont chers.
Cher se vend le froment.
768 Année de baies d'aubépine, année de blé ;
Année de prunelles point ne l'est.
769 Année de scarabées, année de blé;
Année d'abeilles ne l'est pas.
770 II n'est pas né de sa mère
Celui qui entend le coucou neuf jours après la Saint-Jean.
771 A la Saint-Jean
Le coucou dans le jan (24 juin).
772 A la Saint-Pierre
Le coucou rentre à la maison (29 juin).
775 Quand la fleur est dans le froment,
Le lait doux va diminuant.
VII
MOIS DE JUILLET.
774 Si le soleil se lève trop matin,
Il est sujet à triste fin.
I. Ce dicton trouve son explication dans le suivant que j'emprunte à la Haute-Bre-
tagne : La Saint- Barnabe,
L'pus long jou d'I'été.
•jd Lavarou Koz a Vreiz Izel.
■j-j^ Ann heol gwenn
Da c'filao a denn.
776 Heol gwenn a ro glao
Hag heol ruz amzer vrac.
777 Ruijcnn deuz ann noz,
Glao antronoz.
778 Ruz dioc'h ann noz, gwenn d'ar mintin,
Laka joaiïs ar perchirin.
77c) Hanter Gouero
Fais en ero.
7S0 Da c'houel Maria Karmez,
Gwelloc'h gavr egct eur vioc'li lez.
78 1 Biskoaz foar Sant Weltas ne vez
Na zans en hi bar a segal nevez.
782 Pa vez glao da c'houel Madalen,
A vrein ar c'hraon hag ar c'hesten.
78^ Sant lann a oa eur sant braz,
Ma sant Kristof brasoc'h c'hoaz.
784 Da gann Gouero
Eost e peb bro.
Vin
MIZ EOST.
785 Pa grosmolo ar mor,
Paourik, sarrit ho îor.
786 Mar-d-a ann arne d'ar menez,
Kemer da freill ha kerz er mez :
Euz ar menez mar-d-a d'ar mor,
Sarr war da gein prenestr ha dor.
787 Da c'houel Itron-Varia ann erc'h,
Pa vez avel grenv e vez ann ed ker.
788 Kaneveden dioc'h ann noz,
Glao pe avel antronoz.
789 Gwarek-glao euz ar heure,
Stignit ho tevez koulsgoude.
-cjo Kaneveden dioc'h ar mintin,
Sin vadd'ar perc'hirin.
Proverbes el Dictons de la Basse- Bretagne. 77
77 j Soleil blanc
Attire la pluie.
776 Soleil blanc donne de la pluie,
Et soleil rouge du beau temps.
777 Rougeur au ciel le soir,
De la pluie pour le lendemain.
778 Ciel rouge le soir, ciel blanc le matin,
Rendent joyeux le pèlerin.
779 A la mi-juillet
La faucille aux sillons.
780 A la fête de Sainte-Marie du Carmel,
Mieux vaut chèvre que vache à lait (16 juillet).
781 II n'est foire de Saint-Gildas '
Où ne danse pain de seigle nouveau.
782 Quand il pleut à la Madeleine,
Pourrissent noix et châtaigne (22 juillet!.
78; Saint Jean était un grand saint,
Mais saint Christophe était plus grand encore (2$ juillet).
784 A la pleine lune de Juillet,
Moisson en tout pays.
VIII
MOIS D'AOUT.
785 Quand la mer gronde sourdement,
Fermez vos portes, pauvres gens.
786 Si l'orage s'avance du côté de la montagne,
Prends ton fléau et va dehors ;
Si de la montagne vers la mer il se porte,
Ferme sur toi fenêtre et porte.
787 A la fête de N.-D. des Neiges,
Si le vent est fort, — cher est le blé (5 août).
788 Arc-en-ciel du soir,
Pluie ou vent le lendemain.
789 Arc-en-ciel du matin.
Aux travaux de la journée disposez-vous quand même.
790 Arc-en-ciel du matin.
Bon signe pour le pèlerin.
I. La foire de Saint-Gildas (arrond. de Châteaulin) a lieu le lundi qui suit le deuxième
dimanche de juillet.
yS Lavarou Koz a Vreiz Izel.
791 Kaneveden araog deg heur,
Rei fie lein d'al laboureur.
792 Kaneveden araog deg heur,
Treac'h ar zec'hor d'ar glebor.
795 Kelc'h bar dioc'h ann noz,
Glao pe avel antronoz.
794 Kelc^li a dost,
Glao a-hcll ;
Kelc'h a-bell,
Glao a dost.
795 Mar bez glao da c'houel hanter-Est,
Kenavezo d'ar c'hraon kelvez.
IX
MIZ GWENGOLO.
796 E miz Gwengolo
En abardae 'ma ann dorno.
■jc)-j Hirlo ema gonel Sant Jili,
Kant levenez, mil prediri.
798 Da c'houel Sant Jili
'Teu ar goanv e penn ann ti.
■jc)() Da riz Gwengoulou
E teu dour er poullou.
800 Frimm er bloaz koz,
Avalou leiz arfoz.
801 Da c'houel Maze,
Ar f rouez hoW zo dare.
802 Da c'houel Mikel, da c'houlou-de,
Ann Tri Roue vez er c'hreiz-de.
805 Gourmikael hag ann Ankou
Laka kalz a chànchamanchou.
804 E joar-ann-Drogerez
Eun eheul cvid eur givennek.
805 Gounid oc'h diskar loar Gwengolo
Ne vez na grcun na kolo.
Proverbes et Dictons de la R.nse-Bretagne. 79
791 Arc-en-ciel avant dix heures.
Donnez son dîner au laboureur.
792 Arc-en-ciel avant dix heures,
Sur l'humidité la sécheresse l'emporte.
793 Cercle autour de la lune, le soir,
Pluie ou vent le lendemain.
794 Cercle (halo) qui s'approche,
Pluie qui s'éloigne ;
Cercle qui s'éloigne.
Pluie qui s'approche,
795 A la mi-août s'il pleut,
Aux noisettes dites adieu.
IX
MOIS DE SEPTEMBRE.
796 Septembre arrivé,
Le soir on bat le blé,
797 C'est aujourd'hui la Saint-Gili,
Cent liesses, mille soucis i i"^'' septembre).
798 A la Saint-Gili
L'hiver vient au pignon de la maison.
799 En Septembre,
Aux mares arrive l'eau,
800 Frimas l'année passée,
Des pommes plein le fossé.
Soi A la Saint-Mathieu,
Tous les fruits sont mûrs (21 septembre),
802 A la Saint-Michel, au point du jour,
Les Trois Rois' paraissent au midi (29 septembre),
805 La Saint-Michel et la Mort
Font beaucoup de changements,
804 A la foire du Troc,
Un poulain pour un sou (29 septembre).
805 Au décours de la lune, en Septembre, semez,
Et grain ni paille vous n'aurez.
I. La constellation des Trois Rois.
8o Lavarou. Koz a Vreiz Izel.
X
MIZ HERE.
806 Tremeneî pardon Bulat
A beb goabren, peb gaouad.
807 Da foar Paol,
Kefelek war ann daol.
808 E miz Hero^
Teilit mad hag ho pezo.
809 Eoar Hère e Goueznou
Poent eo skuilla ann trempou.
810 Gldo da zul, glao da lun^
Clao epad ar zizun.
81 1 Glao a zeu dhvar greisteiz,
Glao epad ann deiz.
8 1 2 Glao dioc'lî ar viz,
Glao epad ar miz.
815 Glao, glao,
Ken a zimezo
Merc'h ar Maho.
814 Merc'h ar Maho 'zo dimezet
Hag ar glao na ehan ket.
XI
MIZ DU.
815 Eat miz Hère en he henî,
Da hanter-noz goiiel ann Holl-Zent.
8 1 6 Hadet da galan-goanv, stanket ann îoull karr,
Poent eo d'ar mevel mont gant ar gounnar.
817 Kal-ar-goanv, kal-ar-miz,
Nedelek a-benn daou viz.
8 1 S Da galan-goanv ed hadet,
Hag ive frouez dastumet.
819 Pa ziverr ann dour euz korn ann ejenn,
E vez poent gounid ar vinizenn.
820 Goanv abred,
Goanv bepred.
821 Pa gler ann dour da c'houel Marzin
Ez ia ar goanv war benn he c'hlin.
Proverbes et Dictons de la Basse-Bretagne. 8i
X
MOIS D'OCTOBRE.
806 La fête de Bulat passée,
A chaque nuage une ondée (8 octobre).
807 A la foire Saint-Pol,
Bécasse sur table (10 octobre).
808 Au mois d'Octobre,
Fumez bien votre terre et votre terre produira.
809 Quand vient la foire d'Octobre à Gouesnou,
Il est temps d'épandre la fumure (25 octobre).
810 Pluie le dimanche, pluie le lundi,
Toute la semaine de la pluie.
81 1 Pluie qui vient du midi.
Tout le jour de la pluie.
812 Pluie du nord-ouest,
De la pluie tout le mois.
815 De la pluie, de la pluie,
Jusqu'à ce que se marie
La fille de Mathieu.
814 La fille de Mathieu est mariée,
Et la pluie ne cesse de tomber.
XI
MOIS DE NOVEMBRE.
81 5 Octobre a fini son chemin,
A minuit la Toussaint.
816 Semez à la Toussaint, bouchez toutes les brèches,
C'est l'heure où le valet se donne à tous les diables.
817 La Toussaint, premier jour du mois,
Noël arrive dans deux mois.
818 A la Toussaint semez le blé,
Et aussi le fruit ramassez.
819 Quand l'eau dégoutte de la corne du bœuf,
Il est temps de semer le froment.
820 Hiver prématuré,
Hiver de longue durée.
821 Quand l'eau gèle à la Saint-Martin,
L'hiver s'agenouille en chemin '(11 novembre).
I . Quand il gèle à la Saint-Martin, l'hiver s'annonce rigoureux, et, sur les chemins
partout glacés, les chutes sont à craindre.
Rev. Celt. III 6
82 Lavarou Koz a Vreiz Izel.
822 Da Zantez Katel
Ez ia ar mcstr da vevel ' .
82 3 Mad eo hada ann douar
War ann diskar eut al loar,
Hogen segalik Sant Andrez
Dent Nedelek pa deu er mez.
824 Hag 0 neza emoc'h-hu c'hoaz!
Gouel Sant Andrez a zo warc'hoaz.
82 5 Gouel ann Holl-Zent' ziraou ar miz^
Ha sant André gamm hen finiz.
826 Sant André gamm na vanhas ket
Ter sun tri deiz kent 'n Nedelek.
XII
MIZ KERZU.
827 Tremenet gouel Sant Andrew,
Aret don hag liadet tew,
Ha diwallet dirag al loened bew.
828 Han-goànv betek Nedelek :
Diwar neuze ve goanv kaled^
Ken e vezo bleun en halek,
Hag ac'hano goanv tenn
Ken ne zavo bleun er spern gwenn.
829 Miz Kerzu, miz ar gouelio,
Eo miz ar givadagenno .
830 Mar-d-eo ien ha kriz ar goan
Da goj oc' h taol, da gein d'ann tan.
8 3 1 Gwell eo moged forn
Evit avel skorn.
8 3 2 Nao grozadenn forn
A ia gand eur bar avel skorn.
8 3 3 Erc'h kent Nedelek,
Teil d'ar zegalek.
834 Pave loar wenn d'ann Nedelek,
E ve lin mad e pep havrek.
I. A la Sainte-Catherine, les travaux des champs sont tellement pressants que !e chef
d'exploitation se voit réduit à partager les fatigues de ses serviteurs, sous peine de compro-
mettre sérieusement ses intérêts.
Proverbes et Dictons de la Basse-Bretagne. 8^
822 A la Sainte-Catherine,
Le maître devient valet (25 novembre).
82^ Il est bon d'ensemencer la terre
Quand la lune est à son décours,
Mais le seigle de Saint-André (30 novembre)
One avant Noël ne s'est montré.
824 Comment, vous êtes encore à filer,
Et c'est demain la Saint-André! '
825 La Toussaint commence le mois,
Et saint André le boiteux le finit.
826 Saint André le boiteux jamais ne fit défaut
Trois semaines trois jours avant Noël.
XII
MOIS DE DÉCEMBRE.
827 La Saint-André passée.
Labourez profond et semez dru,
Et de toute bête vivante gardez-vous.
828 L'automne jusqu'à Noël :
Depuis là le dur hiver
Jusqu'à ce que fleurisse le saule;
Depuis là l'hiver cruel,
Jusqu'à ce que l'aubépine soit en fleur.
829 Décembre, le mois des fêtes,
Est le mois des boudins.
830 Si l'hiver est froid et cruel.
Tiens ton ventre à table et ton dos au feu.
83 1 Mieux vaut de four fumée
Que rafale glacée (C.-à-d. : mieux vaut supporter l'incom-
modité de la fumée à l'intérieur, qu'être exposé dehors à
la rigueur du temps).
852 Neuf charges de bois,
Autant emporte un coup de vent glacé.
85^ Neige avant Noël
Pour champ de seigle vaut fumier.
834 Blanche lune à Noël,
Bon lin dans chaque guéret.
I . Les veilles prolongées sont nuisibles à la santé.
84 Lavarou Koz a Vreiz Izcl.
83 5 Nedelek ha gouel lann
A laka ar bed être diou rann ;
Kalan Ebrel ha gouel Mikeal
A laka e-leal.
836 Eur gelienenn d'ann Nedelek
A zo kouls hag eur c'hefelek.
837 Ema Guillou oc'h ober he dro,
Nevezinti a vezo.
8j8 Hère, Du ha Kerzu,
A c'halver ar miziou du.
839 Nedelek seac'h, Pask kaillarek,
Laka ann arc h da veza barrek,
Hag ann ozac'h da veza bouzellek.
840 Pa vez da zul deiz Nedelek,
Hada da linn war ar garrek,
Ha d' brena ed gwerzdagazek.
Daslumd ha troet c gallck gant L. F. Salvet.
835 Noël et la Saint-Jean
En deux coupent l'an ;
Le premier avril et la Saint-Michel
En font autant.
836 Mouche à Noël
Bécasse vaut.
857 Guillou ' fait sa tournée,
Il y aura du nouveau.
838 Octobre, novembre et décembre
Sont appelés les mois noirs.
859 Noël sec et Pâques crotté
Remplissent la huche à déborder,
Et donnent du ventre au chef de famille.
840 Si Noël arrive un dimanche,
Sur le rocher sème ton lin,
Et vends ta jument pour acheter du grain.
Recueilli et traduit par L. F. Sauvé.
1. C'est le loup que la faim fait sortir du bois. Guillou est aussi un des noms du
diable.
MÉLANGES.
CORNICA.
I. Durdala, Dursona.
The Rev. Canon Williams of Rhydycroesau recently communicated to
me his explanation of Pryce's obscure durdala « thanks. )> Mr. Williams
explains it as = du. re-dala « may God pay (tala) you! ', équivalent to
the Welsh duw a daïo.
This at once suggests the true explanation of the phrase dursona, dor-
sona, which occurs four times in Beunans Meriasek (^Trùbner, London,
1872):
1. 3 107. Meriasek dursona dys
'Meriasek, may God sain thee!'
587. Marner s dorsona dywy
'Mariners, may God sain you !'
1076, dorsona dyugh mester Jlor
'may God sain you, flower of masters !'
4194. dorsona thys a thremays
'may God sain thee, 0 excellent (man)!'
Hère dursona is a contraction of Du re-sona = W. duw a swyno! Ir.
dia ro-séna. 'Signare, signum crucis digitis ac manu effmgere', i. e.
benedicere.
II. Cornish in the Vatican.
Merlini prophetia cum expositione Joannis Cornubensis, cod. membr.
8. Ottob. 1474. Saec. xiv « Die Weissagung », says Greith ( Spicilegium
Vaticanum, Frauenfeld, 1838, p. 92) « die hier unter dem namen Mer-
lins erscheint, ist nicht die Merlinische des Gaufrid, sondern eine
Fortsetzung derselben, die Johann von Cornubien in Walles aus dem
86 Cornica.
Brettonischen ins Lateinische brachte und mil einem Kommentar
geschichtlich und sprachlich erlasuterte. »
I find the foUowing Cornish and Welsh phrases in this commentary
(Greith, pp. 99-10$) :
P. 100. u pepliden Warnungens hahanter i. e. xxv annos et dimidium. »
This is obviously pemp hliden warn-ugens ha hanter.
P. loi. (( apud villam quse dicitur tervf. «
P, 103. Hoc malum nominal ipse in Britannico G uentdehil el \n\er-
pretalur venli excussio.
'Canus adoplatus, hoc esi quod dicilur in briiannico michîien luchd
mal igasuet. '
'casirum apud Perironem quod dicilur DindaioL'
'Armon appellatur regio illa scilicet superior, mon quia mon simpliciter
dicilur illa quae accedil ad insulas ei suni regiones Norwalliae.'
P. 104. Brenligia, quoddam deserlum esl in Cornubia et dicitur in
nostra lïngua : goen bren, in lingua Saxonum : fawi-mor... 'Ventorum
[rabies], quod malum dicit Merlinus a Welgaru [leg. awel garu] i. e.
auram asperam.'
PP. 104, 105 : « fatale castrum dicit illud municipium in partibus
nosiris quod in anglico dicilur : Aschbiri, in britannico Kair belli, et ut
placet quibusdum et castel uchel coed.
III. A Cornish Life of S. Columba.
The Rev. Canon Williams informs me thaï Mr. Jenner, of the British
Muséum, has found a letter in Cotlon Ms. Jul. C. IV, from Nicholas
Roscarrock to Camden, mentioning a translation, then in his possession,
of a Cornish life of S. Columba. One of the historiés of Cornwall (either
Davies Gilbert's or Polwhele's, thinks Mr. Jenner) « mentions the book
under the parish of S. Columb. »
W. S.
ADDENDA AND CORRIGENDA.
10 the articles, Etymological Scraps, II, 1 1 5-120, and The loss of Indo-
European P in the Celtic Languages, II, 321-341.
P. 1 16 : for Eriu read Eriu.
P. 1 18 : for inchin read inchinn.
To my instances oi dd for y in Welsh Mr. Stokes suggest the follo-
wing additions : Welsh llawendyd 'joy', 0. Ir. Idine: liawdd *easy', Ir.
Addenda and Corrigenda. 87
ansa 'diftkult'; newydd 'new', Ir. nne\ culedd 'leanness', 0. Ir. côile;
defnydd 'material', Ir. damna^; carennydd, Ir. cairde 'truce'. Others may
be suggested such as t7A2/mnfi(i ^ Lat. insomnia; todd-i 'to mell', Eng.
tliaw : the most interesting of ail is perhaps Welsh efydd 'bronze, copper',
jr. umae, Gen. humi (Stok.es), which I equate with Gothic acjvizi 'an
axe'.
P. 188 : à propos oi the instances there given of ch = ne Mr. Stokes
reminds me of Welsh cwc/! ''aboat', Greek y.Ô7/oç, y.ô'{'/Jii Sanskr.
çahkha 'concha'.
P. 190 : for Ir. stratt read srath, and to the instances of 0. Welsh ?,
Mod. W. à = nd add gwyddfid = wood-bine, 0. English wudu-
bind.
P. 191 : with lleibjo compare Latin iinguereXo bemetwith_, according to
Mr. Stokes, in Priscian X, 11.
P. 192 : for Ir. ingen 'unguis' read Ir. inge^ genitive ingen.
P. 195 : from no. 1 strike out breuan 'a handmill', Ir. brô, gen. hrôn,
which Stokes has found also in the sensé of stone and long ago
equated with Sanskr. grâvan used in the Rig-Veda for the stone
employed to squeeze out the soma juice. The interest attaching to
such a Word needs no comment.
P. 195 : forO. Ir. brdgat read brdge, genitive brdgat.
Id. : for Ealon read Eulon geifr with which Mr. Stokes now hesitatingly
compares 0. Ir. diledu 'stercora.'
To the instances of eu = ag he adds Welsh ea-od « lumbrici lati in
hepate ovium » pavies'i and eu-on 'the bots in horses' : hère we hâve
the équivalent of ïy.q. To thèse I would add meu-dwy 'a hermit' lite-
rally in Irish Cèle Dé i. e. ^servus Dei', Corn, maw 'servus', mowes
'ancilla'.
P. 194 : with i:/£05C 'to strip', Mr. Stokes compares Breton di-uisquaff.
The Mabinogion has the form with the dental in diosdes : also in
Mabinogion ii., p. 210 one readsy ueistawn for what would now in
Cardiganshire be y wiscon which means hay trodden and pressed
down in a hay rick or the like probably from the same origin as
gwasgu 'to press, to squeeze.'
P. 196 : I cannot say that my faith in h = p has been confirmed since
writing the paragraph in question : the h in the instances there given
are perhaps to be regarded as ail inorganic. For Hérinn read Héria
accusative and dative Hérinn, and for mac-hwy or mag-hwy read
mac-wy. According to the last account I hâve had of the Cilleen
Cormac stone 1 should read the Ogam Uvanos avi Emcattos. As to
88 Addenda and Corrigenda.
Ir. uile or huile 'ail', Welsh o//, hoH, the aspirate has got prefixed
to oll in Welsh on account of the article usually placed before it to
make yr holl 'the whole, ail'. This yr lioll is literally ; ttsXj; and
the meaning has in the Celtic languages been as it were provected ;
but the old meaning crops up in the 0. Irish comparative huilliu
« plus » (Zeuss -, p. 275J. Formally oll coïncides with the Greek
base tuoVâc- probably for'TrsXjc- not ttoXFo-.
P. ^21 : for Ir. atli genitive aîha read dth gen. diha.
P. 322 : for T.i-Yr,[u read zitvo).
P. 325 : for r.tkôLo read -rreXaCw.
P. 524 : à propos of Ir. niae see Diefenbach's Origg. p. 362, where he
cites from the Isidore Glosses : « Gnabat natus, generatus, filius,
creatus vel enixus, lingua Gallica. » He mentions also but to little
purpose the Germ. knabe.
P. 325 : I hâve again examined the Trallong Ogam and come to the
conclusion that the reading is Cunacennivi ïlvveto and that the latter
stands for Ilu-veto, with ilu of the same origin as Irish // (-0X6;)
also an u-base.
P. 326 : to the sevks pal a ma, plamà, llaw, Ir. lâmh I could now add a
number of other instances ; the second part of Joh. Schmidts Voca-
lismus supplies plenty of parallels especially in 0. Bulgarian.
P. 327 : for Ir. 0 read ô in no. 45.
Ib. : for ane read âne in no. ^Gb.
P. 328 : Ir. sui genitive suad is the opposite of dui genitive duad 'a
fool', and stands for *su-vid-s2iS Mr. Stokes writes to me : the con-
nection with Welsh sywedydd must in that case be given up.
Ib. : Article no. $2 had perhaps better be cancelled and the root assu-
med to be su not sup.
P. 329 : crynu 'to tremble' may be for 'crynd-u for in N. Wales it is
pronounced crynnu. So prynnu is the Northwalian for prynu 'to
buy' and this I am now inclined to consider as the older pronun-
ciation.
p. 331 : to the names in -val -wal for "valp add Cloîuali on a stone at
Phillack in Cornwall : some of the Teutonic équivalents are Chlo-
dulf, Hlodolf, Ludolph. The Mod. Welsh would be Clodwal but 1 do
not know it.
P. 332 : ior provection of the mute read provection of the consonant at the
end of article 6 1 .
In article c cancel gwlychu 'to wet' which is probably in spite of the
/ to be identified with Irish frass, Scotch Gaelic frass 'a shower", for
Addenda and Corrigenda. 89
'vrass = "vars (see Fick5, p. 776) : compare Welsh gwrych 'bristles'
from Fick's varsa 'hair', and ch for ss = ns in Welsh comparatives.
P. 555 : the Irish équivalent to gwraig 'a woman' is fracc : the discre-
pancy in the consonants occurs elsewhere in case of provection as
for instance in Welsh mab, Ir. macc. Cf. 0. Ir. creiîem, Welsh credu
'to believe.'
P. 554 : for Ir. cor read corr and for A. Sax. hvâgra read hrâgra. Add
the Ir. cerc 'a hen' : cf. Sansk. krkara ad krkavâku, 'a cock.'
P. 557 : for the first cariwTch read caeriwrch in article i (37).
P. 538 : in the 9th and lines from the top instead of 'a goat\ 'a year
old lamb' read 'a goat', 0. Norse gymbr 'a year old lamb'.
Article 2 (41) : crip is so written in Cormac's Glossary under the word
Cernine : crib is the Mid, Irish spelling. My difficulty arose from not
having turned the former out.
P. 359 : Art. 3 (98] Mr. Stokes justly objects that ch does not occurs
fore in the Juvencus Codex and proposes to dérive "palach. pi.
pelechi from *palanca whence Ducange's palancatum « contextus et
séries palorum. «
To the instances of \ost p in Celtic words mentioned in p. 321-332, I
would add : Welsh llyg 'a dormouse', llygoden a mouse, Ir. luch, Germ.
bilchmaus, Lith. pilkas 'grey', pelé 'a mouse' (Fick 5^ p. 560) ; Welsh
crair 'a relie', Skr. karpara 'a potsherd' : see the other cognâtes in
Schmidt's Vocalismus, II, p. 368: Welsh perth ^abush', Engl. Imrst Ihid.,
p. 1 39, 458; Welsh 0, 'if,' (followed by spirants as in 0 îhery efe 'if he
strike') stands for 'op of the same origin as English if, Germ. ob (see
Fick 5, p. 489) ; Irish iar 'after' cornes from Ficks apara 'der hintere',
p. 490.
J. Rhys.
Rhyl : North Wales.
BIBLIOGRAPHIE.
On the Manners and Customs of the Ancient Irish. By E.
O'CuRRY. Edited by W. K. Sullivan. London, 1873.
In the Revue Celtique (II, pp. 260-264) Mr. Gaidoz has noticed this
fantastic book from the points of view of a critic trained to weigh docu-
mentary évidence and of an historian seeking above ail things truth.
But there is a third point from which O'Curry's work and Mr. Sullivan's
additions thereto hâve not hitherto been regarded, and that is the point
of view of a student of Gaelic. The following lists of corrigenda might
easily be lengthened; but^, such as they are, they supply sufficient
material for judging of the accuracy of O'Curry's Irish scholarship and
the compétence of Mr. Sullivan to correct his errors and supply his
defects.
Vol. II.
9 in. 'cia tiassam cain
temadar' (printed
Cia tiassaca in ti-
madar)L. H. 5 b.
192. tir... hi fil rind
(LU. iji.)
193. amra tire tir ûsbiur
ni thcit oac and
r£-j(u/2(HJ.i3 1.)
p. 196. ni bo sirsan inta
nad (LU. 44^)
— domficfeuaimsc{L\}
44b)
p. 255, n. cairchiu 7 gnn-
dcgar na saigid-
bolc
p. 309. fodb
Vol. III.
p. 18. la
» dojciscd jor gùalaind
O'CuRRY
'wherever we go , —
though great our num-
bers.'
'a country which ismine.'
'the only land to praise is
the land of which I
speak, where no one
ever dies of décrépit
âge.'
'Thy stay should not be
long.'
•from me shall be sent.'
'the music and harmony
of the belly darts.'
'lance.'
O'CURRV
'way.'
•he sat at Conchobar's
Read
'wherever we shall go, let
him guard (us) well.'
'a land wherein is music'
{rinn .i. ceol, O'Cl.).
'A marvel ot a land is the
land I mention. There
the younggoeth not be-
fore the old.'
'the delay was not good
news.'
'will go from me.'
'the din and ringing of the
quivers" (lil.'arrowbags'
or 'dart-bags').
'axe, hedgingbiir? (W.
gwddi).
Read.
'day.'
'herested on Conchobar's
conchobair (LU .
p. 19, [a ladywith her 50
women go out of
the palace] iar
trummi ôil (LU.
lOI^.
p, 20. tuargabsat a Unie
co mcllaib a Idrac
(LU. 102a)
p. 21. briatharchath (LU.
102a)
p. 77. combôi forindotruch
in-dorus ind-rig-
thige (LU. ma)
» do orgain inna ca-
thrach (LU. ma)
» mâ-s-tat carait co-
nd-m-usn-àgat :
ma- s-tat ndmait
co-m-os-r-alat '
(LU. Mi^)
p S. adrolaic a-bcolucon-
dechsad ôen na-
riglhigc inna-croes
(LU. 111^)
» foraithmenatar-som
p. 141. hua smcch cô a
imlind
p. 143. 0 adbrund co ur-
glune
p. 145. rig-drûth
p. 146. IX. mbuilc
p. 147. teora caunsi hi fo-
dilib impu
p. 149. folt dcrg forsind-
laech 7 abrait
déirg lais
» tri dorsaide rig Tcm-
rach ... tri mie
ersand 7 comlad
(LU. 96^)
p. I J2. cumala bana .i. di
argat
p. 165, hi sedgrcgaib os s
neng (printed hi
sedghangaib oss
nég!)
p. 187. aurslocud.
Bibliographie.
shoulder. ' *
'to take the cool air out-
side for a while.'
'they even took up their
dresses to the calves of
their legs.'
'battle speeches.'
'so that he fell upon the
bench ♦ at the door of
the royal house.'
'to corne to the cathair.'
'let them speak if friends;
let them attack if foes.'
'it so opened its jaws that
the vat of a king's house
might enter them.'
'He executed.'
'from his chin to his
waist.'
'from his bosom to his
noble knees.'
'royal druid.'
'nine shields.'
'wearing shirts of full
length.'
'the champion himself had
red hair, and had a red
cloak near him.'
'three door-keepers of the
King of Teamair. . . .
three sons renowned for
valeur and combat.'
'white flnc(7/^or anklets of
silver.'
'as fleet as roebucks.'
91
'its buttoning.'
shoulder.'
after heaviness of drink-
ina.'
'they lifted their smocks
to their buttocks' (lit.
'to the globes of their
forks').
'wordfight' (),0Y0[j.axta).
'so that he was on the
dunghill in thedoorway
of the palace.'
'to wreck the burgh.'
'if they are friends, let
them not fight me ; if
they are foes, let them
corne to me.'
'It opened its jaws so that
one of the palaces would
go into its gullet.'
He calls to mind.'
'from his chin to his na-
vel.'
'from ankle to kneecaps.'
'royal buffoon.'
nine bags.'
'three nightgov^^ns girt (lit.
'in girdles') aboutthem.'
'Red hair (was) on the
hero and red eyelashes
had he.'
'three door-keepers of the
King of Tara ..., three
sons of Doorpost and
of Valve.'
white cumals^ i. e. of
silver' (see Tir. 6).
in the tracks of deer.'
'an opening' (= ersolgud.,
irsolcoth. GC^ 868.
1. This mistranslation is not due to ignorance, but (like those at pp. 19 and 20) to a
désire to conceal a fact militating against théories of early Irish civilisation.
2. This is the most wonderful example of polysynthesis that 1 hâve yet met in old
Irish; co-na-m-usn-dgat (literally 'that-not-me-they-fight') might almost be Basque or
Accadian.
92 Bibliographie.
So far Professsor O'Curry. For the foUowing errors in the version of
part of the Tciin Hô Cnalngne, vol. III, p. 41 5, Mr. Sullivan has gene-
rously made himself responsible. [*With this object I (jic) made a literal
translation from that romance of a complète épisode recording the com-
bats of Ferdiad and Cuchulaind, which, together with the original text,
I hâve printed as one of the Appendices to vol. III.'J :
Vol. m.
p. 414. drùith
» ral-fia
p. 416. rût-fiat
p. 418. rodfia
p. 422. ciunaid
» dàil
p. 426. droich
p. 426. is dcmin donrua
p. 426 et 428. 0 thdnac
ôtig.
p. 450. is missi rat-gcna
p. 432. robud
» nit-fia luag na logud
» gnatbaid
p. 434. tiglccht
p. 436. ropdar
p. 438. assa aithlc
» fri dé
p. 440. elc
p. 450. cach n-alt 7 cach
n-ùgc
p. 452. ko ni bec bar
mbith-scarad
» mûd iartais ind fhir
sein
p. 454. dar lind
p. 456. /5 gat im ganemna
im grian
p, 458. beôil bâna
p. 462. ïndar limsa fer dit
dead is am diad
rabiad gobrath
Mr. Sullivan
'druids.'
I 'I will give.'
t
'court.'
'challenge.'
'roll.'
'he is [the présage of]
bloody slaughter.'
'since he came from his
home.'
"tis I that will do it.'
'vauntings.'
'nor pay nor reward hast
thou received.'
'respective.'
Mast end.'
'\ve were.'
'forthwith,'
'at dusk.'
incantation.'
'every crevice and every
cavity.'
'to them seemeth not too
smail [the numbersj who
hâve parted for ever.'
'if thou hadst consulted
thèse men.'
'\ve then resolved.'
'it is putting a gad on the
sand or sunbeam.'
'angry words.'
'dear to me the beloved
Ferdiad. It shall hang
over me for ever.'
Re.\.d
'buffoons.'
'thou shalt hâve' (lit. 'tibi
erit').
'leaguer, camp.'
'meeting.'
'wheels.'
'it is certain that he will
corne to us.'
•since thou camest from
thy house.'
•'tis I that will slay thee.'
'warning.'
'thou shalt not hâve pay
nor reward.'
'usual,'
'grave' (lit. 'final bed').
•they were.'
'thereafter.'
'daily' (cf. Fiacc. h. 38.
'unguents.'
'every limb and every
joint.'
'not little to them (were)
parting with you for
ever.'
'if those men were asked.'
'it seemed to us.'
"tis a withe round sand
or round gravel' {grian
m, = W. graian).
'white lips.'
'meseemed that the dear
Ferdiad would hâve
been after me(i. e. sur-
vived me) for ever.'
A similar séries of strange mistakes is found in Mr. Sullivans's pre-
fatory volume. The followinglist is by no means exhaustive.
Vol. I. Text
p. XV. Foic(h)cda anaith-
g(ont[a]\sinûnnoso
(H. 3. i8,p. 24*)
Ixxxv. asin port
clxxiv. frinJ andcs (LU.
H*)
cxci. soc (H. 3. i8,p.i3<2)
cclxxvij. cuimn briathar
ccxcix. ttssaigid indlat doib
» ô raptar mesca tenais
jf/!cha baschrand
contùasisd fris uli
(LU. 19^)
ccciij. intan iarom arro-
chiùirtar na ubla
(LU. 23J).
» màr a dicsa on muir
acht nad rochcd
ncolu (LU. 23a)
cccxxxv. arba si dcochair
lasna jianna hi
tossuch etcr orgain
7 maidm nimairic
(LU. Ub)
cccxxxviij. far rigna (LU.
8i(j)
cccxlj. do gae gand os ga-
bur gil (H, 2. 18,
109^. 1)
oscur robi a lam
dcss (H. 2. 18,
109e. i)
cccxliij. Dobrcth robud 0
fergus i suidia co
alla ar chondalbi
(LU. 57a)
cccxliij. ind robaid (LU.
— ortha (.1. eirg) uan
cor robud do ultaib
(W. ^-ja)
cccxliv. aruspcttet an aes
ciuil (LU. sjb)
friscuriur mo phopa
fergus (LU. si^)
cccxlviij. do chose in te-
Bibliographie.
Mr. Sullivan
[*I amthe] laughing-stock
of mockery in this
anno.'
■■to the port' (place)
'hard by us on thesouth.'
'crowbar.'
'the intricate or crooked
words.'
'Prépare the Lalh for
them.'
'And when they were in-
toxicated and separated
from their people, they
were put to the sword.'
'When afterwards they
chewed thèse apples.'
'Great was the view from
the mur ['wall'J if
clouds were not over it.'
'for such was the custom
of the Fians when going
to make a plunder or a
gênerai battle'.
'our maidens.'
killed on a white steed by
a sharp spear
To Oscur — it killed his
right hand.
'Fergus made a friendly
excursion into Ulster.'
'of the scouts.'
'let us pounce upon them
and chase them off
Ulad.'
'the strings of their mu-
sical performers were
strung.'
'let my triend Fergus be
questioned [as to who
he is].'
'to pacify the household.'
9?
Read
'Unknown tribulations in
this annus' (anaithgeonta
= anaitheanla O'Cl.Gl.
s. V. ancadargnaid).
'out of the place.'
•to the south of us.'
'ploughshare' {soccus).
'conciseness of words.'
'Warm ye a bath for
them.'
'And when they were
drunk, Sencha struck a
clapper so that they ail
listened to him.'
'Now when the apples had
perished' (i. e. had been
eaten).
'Great was the sight of it
from the sea : it (ail)
butreached(the)clouds.'
'for this was the distinction
(made) by theFiannaat
first between a massacre
and a skirmish.'
'your queens.'
'by a sharp spear over
white Gabur '.'
'his — Cairpre's — right
hand slew Oscur.'
'There a warning was sent
by Fergus to the Ulster-
men , for friendship's
sake.'
'of the warning.'
'go thou from us with a
warning to the Ulster-
men.'
'their musicians play to
them.'
'I put it for my master
(lit. pope) Fergus.'
'to correct the household.'
Thename of a river, called 'Grey Gabur' 14 Unes below.
94
ceci dichcltir innalàim nadbû
crbec{U}. \iib)
fri rig antar (LU.
133e).
coragaib cdch alc-
paid and isind-
rigthigiLU. loob)
ccdxj. dotbcrar i car put
(LB. 63^1)
ccdxviij. sel cach thrir
(LU. 25Û)
ccclxx. facaib a enchcndaich
for lar in tigi (H.
2. 16, col. 717)
ccclxxj. in ôm sist (LU.
i2ib).
cccxc. con-aurslocud ara
dib n. ullennaib
(LU. 113*)
ccccxxxj. remithir mcdôn
fir (LU. 9^.)
cccclxx. nem tcned (LU,
loib)
énlailh ghgel (LU.
loib).
Bibliographie.
'in his hands he held two
broken spearshafts.'
'with his face eastward to
the king.'
'and each person occupied
[a place according to]
his birth in the kingly
house.'
'I am bringingtheento a
chariot.'
'three by three for
while.'
'hs left his seed (sic !) on
the floor of the house
'sitting on the one bank.'
'with its openings upon
his two sleeves.'
'rounder than the body
of a man.'
'a burning mass of fire.'
'one white sheet.'
'in his hand a spearshaft
which was not very
small.'
'to the west of the king.'
'so that each took his bed
there in the palace.*
'thou art being brought
in a chariot,
'three at a time.'
'he left his birdskin (0. N.
fjadhrhamr, Dan. fiadr-
ham) on the floor of
the house.'
'at one while.'
'with an opening for his
two elbows.'
'thicker than a man's
waist.'
'a sky (or 'cloud')offire.'
'a bright white birdflock.'
More than fifty pages {549-604) of the third volume are occupied
with a 'Glossarial Index of Irish Words.' 'In preparing it/ says Mr. Sul-
livan (Préface, 15), 'I hâve taken advantage of the latest results of my
inquiries and increased knowledge ofthesubject to improve the meaning
[sic) and correct the spelling of several words.' The following are fair
spécimens of this glossary, which is worthy to rank with the most cha-
racteristic work of O'Reilly, Vallancey and Betham. I can give it no
higher praise :
1. ^Adid, his two, iii, 497.' Thèse two syllables commence the word
ad-idn-giallna îm. 497), where idn is an infixed personal pronoun
of the jrd sg. (Z. 330) and ad-giallna (ex "ati-gisallnât) a verb
meaning 'renders service.'
2. 'AiriUiud, good works, iii. 514.' This common word is singular,
notplural, andalways means 'meritum,"deservingness.' A similar
error is commited under Aideadh ulad, which is rendered 'the
deaths of the Ultonians.'
3. ^Aitherach, a gain, iii. 493. 'Read aitherracli 'again.'
4. ^Alamu, her hands.' The référence is to vol. i, p. ccciij, where we
Bibliographie. 9^
find a version of the foUowing passage from LU., p. 42^ : Ro-
chumtaiged di'in ocan-druid andsin in-Almain 7 rocomlcd alamu
dia-sund corbo aengel uli... dond-alamain tue dia-thig isde ata almii
ar almain. In the face of the dative singular alamain, this easy
passage is thus rendered by Mr. Sullivan : 'The druid built a Dun
then in Almhain and she rubbed her hands to its walls until it was
ail lime-white... From the two hands which she rubbed on the
house, it is from it Almhain was calledM/mu.'Thetrue version is
obviûusly : 'Then a stronghold was built by the soothsayer in
Almu, and alamu was rubbed on its house (lit. 'toits stake'),
so that it was altogether white... From the alamu which he
put on [lit. gave to] his house, hence 'Almu' is so called." '
5. '■Allaid, a wild stag, iii, 428,' allaid is a common adjective meaning
'wild.' 'A stag' would be ag allaid ov dam allaid.
6. ^Apdaines, persons whose rank was proclaimed or legally admitted.'
Apdaine, better abbdaine, is a common word meaning 'abbacy.'
7. 'Arfuin, Arfoimsin, accept thou (or I présent to thee), iii. 221. 'The
words meant are arfôim arfôim-siu 'accept thou.' Mr. SuUivan's
correction in parenthèses reveals the intimate acquaintance with
Irish conjugation which we shall fmd exemplified infra at Nos.
8, 9, II, 14, 19, 20, 2^ 26, H. 37, 40, 4^ 47, 48, 49,
52, 57, and 65.
8. M5fl//ui, in revolt, agressive, iii. 505.' And again ' Satlui, veYoh,
aggression, iii. 505.' Hère we hâve, not a préposition and a
noun, but the common verbal root LU (for PLU, Windisch,
Beitr. VIIL 9) compounded with the two prépositions as and at :
G. C2. 869, 881. The passage in which asatlui occurs (iii. $05),
slogud tar crich fri tuaith as-at-lui, means 'a hosting over the
border against a tribe that fiées forth.'
9. 'Atchisiu, I perceive, iii. 446.' It means 'thouperceivest,'^/c/i/-5z«.
10. ^Baar, top or head.' The word meant is barr 'pileus'.
1 1. 'Barficfa, will be fought, iii. 5 58.' This means 'he will come {ficfa)
toyou (bar).' Compare do-bor-ficba LU. 15 a; ro-bor-ficba 84 a :
ro-bar-cured 84 b : ar-ndch-bar-accaister 85 a; do-for-fuc, ro-
bar-bia, LL. 197, a. 2 : no-bar-beraid, LL. 46b, 2 ; ro-bar-tinoil
'vos coUegit,' LB. Sa : do-bar-ruachtadar, Leb. Buide Lecain,
col. 647.
I. Can alamu hâve lost initial pznd be connected mth pal-ita, tîsX-it-vô?, Lit. pal-va,
OHG. falo ? It may possibly be not only cognate, but identical in meaning, with 0. N.
fœlski (= *fal-viskan) 'asché,' Fici< 792.
96 Bibliographie.
12. 'Bemmim, a stroke, a blow.' This word 'rectiùs bémmimm) is the
dat. sg. of béim. It is hère treated as a nominative : cf. Duilemain
infra No. 27, Ercman No. 29, F/tiu No. 36, Cn/mu No. 42,
Orifa/Vz No. 55, Togarmand No. 66, Tomadmaimm No. 67.
13. '■Berrach, a junior barrister' {sic).
14. 'Brethem no Dobeir, judges or givers.' Brethem raeans 'a judge,' and
<iok/r is not a noun in the plural, but the ^d sg. près, indic. act.
of the verb dobiur 'I give.' What would be said of a Greek lexi-
cographer who translated oiSwit as if it was BwTrjpeç ?
15. 'Cing... cf. A. S>z\.cyning.., Eng. King.\_\'y
16. 'Claidem Môr, a large sword... Welsh Llawmawr' (sic).
17. 'Cnairseach, probably a sledge or large hammer.' This should be
cnairrsech 'javelin,' a diminutive oi cnarr ''spear,' O'Dav. 68.
18. ^Comopair na bairse, the instrument of the manufacturing woman
... iii. 116.' This is comopair n-abairse 'instruments ofwork,'
where comopair is an accusative sg. and abairse the gen. sg. of
abras.
19. 'Comracut, concentrated, iii. 258/ read comracat 'they meet.'
20. 'Corp, until, iii, 90.' The word is doubtless corop (= con-ro-p)
^donec sit.'
21. 'Craes, mouth.' It means i, 'gullet;' 2, 'gluttony.'
22. 'Did, two,' see Adid.
23. 'Didla, to eut, see Didlasiais.' Didlasîais is the ^rd pi. reduplicated
secondary s-future of a verb dlongim, whence ro-dloingset, iii.
448. Didla 'to cut'is a mère invention. To set down in a Greek
lexicon Xsasi 'to leave' because the form Xz'hzi'iiz-j.'. is found in
Homer would be a fair parallel. A similar instance of guesswork
occurs in the notes to Mr. Crowe's édition of the Siaburcharpat
Conculainn, p. 409, where mebdatar (for memdatar', Corm. B. s.
v. maidinn, * me-mad-aîar , the ^d pi. reduplicated preterite active
of maidim 'frango') is actually referred to "the verb meb 'to
break.' "
24. 'D^innaigid, towards each other, iii. 440.' D'innaigid (for do inn-
saigid) simply means 'insequi,' 'adiré.' In iii. 440.' Tanic cdcli
dib d'innaigid a chéile literally means 'each of them came to
approach his fellow,' /. e. 'towards each other.'
25. 'Domna, base of 'sic).
26. ^Dot nimcellat, encircled by, iii. 508.' This is do-tn-imchellat 'they
I. Soforruib Fiacc h. 8 is = forruim, Tir. 13.
Bibliographie. 97
encircle him,' the third pi. près, indic. active of the verb mi7-
chellaim^ with theinfixed pronoun tn.
27. 'Duilcmain, the creator,' This is the ace. sg. oi dùlem.
28. 'Eochraide, gen. plu. of each, a steed.' The word meant is echraide,
gen. singular of echrad ^cavalry,' a collective noun, Z. 856.
Mr S. might as well say that equitaîïïs was the gen. plural of
e^uus. Compare, for the knowledge of Irish declension hère dis-
played. No. 4^; infra and vol. iii. 56 : "This word coîctighis is
compounded, according to the published translation, of coic 'a
cook' and tighis, the plural oïtigh 'a house.' " So in vol. i, p. 14,
Erin is stated to be the genitive of Eriu, and at p. ccccxcvi
chruith (sic !) is actually given as the dat. sg. of croî.
29. 'Ercman, a ploughman.' The word meant is aireman, which is the
gen. sg. oï airem. Like mistakesaremadein vol. i., p. cii., where
caireaman gen. sg. oi cairem 'a shoemaker'i and daileman [ihe
gen. sg. of dailem 'cupbearer') are quoted. What would Mr.
Sullivan say to a Latin lexicographer who gave as nominatives
singular aratoris, sutoris, and cauponis ?
50. 'Faesam, the right possessed by freemen of entertaining strangers
for a certain time, varying with the rank of the host, without
being obliged to give bail or security for the guests.' What sheer
guesswork ail this is appears from the fact that (under Mac
Faesma, iii. 587) the gen. sg. of faesam is rendered 'of adop-
tion.' Faesam (otherwise spell foessam Colm. 4, 2, fôesam ib. 52,
fôessam Broc. h. 106) means 'protection/ and in law-language
'the escort or protection which a guest received on his visits
passing from one house to another.' See O'Don. Supp. s. v.
faosamh. The W. gwaesaf 'a pledge/ gwaesafu 'to insure/ may
also be cognate.
3 1 . 'Fén, Fedhen, Feadhan, a bier or hearse.' There is no such word as
fedhen; and feadhan means 'yoke' or 'team,' Corm. Tr. 79. Fén
(gl. plaustrum) Z. 19, which Mr. Sullivan (I. cccclxxvi) says
'seems to hâve been the spécial vehicle used as the bier or hearse
of kings and warriors,' he will fmd, in the gloss on Broccân's
hymn, line 25, meaning 'a butter-cart.'
52. 'Ferbolgs, pawTis for chess-playing.' Fer-bolg means 'a manbag,' the
bag (sometimes made of bronze wire) in which were kept the
pièces used in playing fidchell.
33. Fersad, a club.' The word meant is fersaid (W. gwerthyd) i, *a
spindle;' 2, 'an axis' (Mart. Don. 1 54); 3, 'a spit of sand at a
Rev. Celt. III 7
98 Bibliographie.
ford or estuary.' If it really was the name of a weapon used by
the P'irbolg (ii. 256) it probably meant 'an arrow;' cf. the Greek
à-cr/.Tû; 1, 'spindle;' 2, 'arrow.'
54. '■Fessir, knoweth, iii. 510.' This (better spelt fesser) means 'thou
shouldst know,' and is the 2d sg. deponential s-conjunctive (Z.
468) oifctar'-l know'; 'knoweth' \%jiîir.
35. 'Fetorloic, patriarchal.' This word (properly spe\t fetarlaic) is a
substantive, not an adjective, and means the Old Law, the Law
of the Old Testament. It is a loan from vêtus (veteris) and lex
Qegis).
36. 'Filin; a tree, iii. 448.' This is the ace. pi. of fid. It is hère treated
as a nom. sg. So gnimu No. 42.
37. '■Fonluing, the same as folaing, to endure, to suffer, to bear or
support, iii. $18.' Fo-n-luing means 'who endures." Folaing
means 'endures.'
38. 'Forîtrena, brave rumped' (sic). Forlethan, broad-rumped, iii. 428.'
Of thèse words the former is the pi. of fortren 'mighty,' one of
the commonest of Old-Irish adjectives, the latter merely means
'very broad.'
39. 'Frepaid, to cure, no Frepaid., incurable (5/c), iii. 521.' Frcpaid,
gen. freptim, means 'remedium' : but the Irish for 'incurable' is
neplifrepîhae. Ir. no means 'or.'
40. '■Frisaicci, are consulted, they appoint, or elect, or respond .? iii.
501.' This common verb means 'expects,' 'awaits.' It is the
third sg. près, indic. act. of frisaiccim (gl. opperior, Z. 429,
1024).
41. '■Gêna (same as denà), to do.' Gêna (leg. gêna) the subjoined form
of the 3d sg. reduplicated future act. oï gonaim, means 'occidet;'
(cf. O'Clery, s. v. gén : fear do-da-géna .\. fearglionfas tu] ."there
is no such word as dena. Dénum means 'to do.'
42. 'Gnimu, a deed or deeds.' The word meant is gnimu, the ace. pi.
oî gnim 'a deed.'
43. 'Indlacli, instigation, iii. 448.' Indlacli means 'interruptio,' Rev.
Celt. i. 1 $ $, or 'divisio,' Z. 855, and is cognate with indlung (gl.
fmdo), Z. 877.
44. 'Inna, thèse, iii. 493.' Inna is hère the gen. pi. of the article. The
blunder is as if one should confound tiov with tcjtwv.
4^. 'Laechraid, a form of the gen. pi. (sic) of luegli, a calf, iii. $00.'
46. 'Maclan [sic] airgiî, shoes of silver, iii. 1 59.' Our glossarial indexer
means mâelân, a nom. dual occurring in the following short
Bibliographie. 99
passage from LU. 24b — i^a printed (with only fifteen faults)
in vol. iii., p. 15^: Isinchetwmad lou iarum doUuid in-banscâl
an-do-cum. alainn em tinaic ann. brat gel impe 7 buinne 6ir
imm-â-moing. mong orda forri. dâ-mdelân argit imm-a-cossa
gelchorcwi. bretnas argit com-brephnib 6ir in-a-brut 7 léne
srebnaide sita fr/'-a-gelchnes.
47. 'Mf'w, when he has, iii, 490.' The passage in which this singular
word occurs is : in-îan m-bis diabol n-airech desai lais 'when
double (the property) of an Aire-desa is with him' : bis (recte
bis] is the ^rd sg. relative présent of biu 'sum' (=vivo), andthe
prefixed m is the transported n of the accusative tan 'tempus.' The
phrase intan m-bis [c\im est) occurs twice in Z. 492.
48. '■Melastar, he grinds [recte thou art ground {sic !)] iii. 488.' This
is a deponential jrd sg. s-pret. and means 'he ground'; the
'recte' is Mr. Sullivan's. This in one of the cases in which he has
'improved the meaning'. Soat p. 598 he renders snigestar 'stilla-
vit' by 'thou art thrown.' One would like to see his paradigm of
an Irish verb in the passive.
49. ^Memaid, frightened to flight, iii. 450.' Ro-memaid [-^d sg. redupl.
prêt, of maidim\^ simply means 'fregit.'
50. 'Miodhcuaird, mead-circling, i. ccciii.' This word, rectè mid-chuairt,
simply means 'mid-court.'
5 1 . 'Net, a trance, iii. 452.' The word meant is ncl 'a cloud.'
52. 'Nenaisc^ to bind, to govern, iii. 514/ This is the ^d sg. redupli-
cated prêt. act. of naiscim and simply means 'nexuit.'
53. 'Nin, "id est" that is, etc., iii. 492.' This, one of the commonest
of Irish contractions, stands for ninse^ which does not mean 'that
is,' but 'not difficult' [ni-ansa].
54. ^N-ue, grandsire, iii. 479.' The passage in which this occurs is is
nueo rogabh treabhadh, where nue\z obviously the common adjec-
tive meaning 'new,' 'récent,' referring to the time at which the
âc-aire or 'young noble' commenced householding. Compare 6
gobais trebad LU. 96a, rightly rendered by O'Curry, iii. 149,
'since he has taken to housekeeping.'
55. 'Ordain, the thumb, iii. 14.' This is the dat. sg. oïordu, gen. ordan.
56. '■Pes-Bolg a foot-bag [sic !j in which sorted wool is kept by carding
women.' Pes isa loan from the Lat. pexa, and has nothing to do
(as Mr. Sullivan obviously supposes) with the Lat. pes.
57. ^Rop is, it is.' This, one of the commonest of Irish verbal forms,
means 'sit,' not 'est.' Z. 494.
1 00 Bibliographie.
^8. ''Ropp, a tuft.' The word meant is popp = pamp-inus.
59. 'Seir, the rear, the back part.' 'Seirtiud, [rectè seirthid,'] 'a young
man of noble race.' Scir means 'heel,' and seirthid, 'heelman',
/. e. 'one who stands at his chiefs heel.' The other guards were
respectively called rigthid 'forearm-man' and taebîhaid 'side-man.'
60. 'Sicc Occ, Sic Oc, a name given to Aires having Sac and Soke that
is to those entilled to holdthe Airechî Foleithe or Court Leet.' It
is scarcely crédible, but it is a fact, that that this is nothing but
the Latin sic hoc, and expression of a surety's or guarantor's
assent to the statement of his principal (Athendum Jan. 3 1 , 1874,
p. 156.
61. 'Snadad, Snadha, 10 traverse.' The word meant {sndducT) means
'to protect.' The cognate verb is of constant occurrence in the
Félire of Oengus. It is the Irish reflex of the W. noddi 'prote-
gere,' 'defendere,' 'asylum prsebere/ from nandd 'protectio.'
62. 'Snegair, is thrown.' Snegair, the third sg. près, indic. pass. of
snigim 'stillo' (misspelt snidhim by O'R.) means 'is dropt.'
63. ^Sonn, a sound, from the Latin sonus, iii. 308.' On looking to iii.
308 we fmd the passage 'co cliiinn a sonn jona .uii. nimib,' which
is rendered by 'untiltheyare heard throughout the seven heavens.'
But no such gibberish ever existed. The MS. iLB. ii\a\ has
distinctly co cluinter fona .uii. nimib 'so that it — Gabriel's trum-
pel — is heard throughout the seven heavens.' Mr. Sullivan's
sonn (like his ropp supra) isa mère misreading of the MS.
64. 'Sruith, high.' Sruith ipl. sruthi 'maiores' Ml. 31 d = 0. W.
sîrutiu gl. antiquam gentem) means 'vêtus' [inna sruithe gl.
maiorum, Ml. 26 b, 44 b, gl. patrum Ml. 44 b, gl. veterum,
Ml. <)^r). I know not whether to connect it with the Old-Latin
struere 'augere' or with the Skr. sthavira 'old,' sthlvira 'old âge.'
65. 'Suifi, to return or fall back into vice, iii. 493.' The passage refer-
red to is : in gell nad suifi friu aitherirach 'the promise that he
will not return to them again.' -Suifi is not, as Mr. S. supposes,
an infmitive, but the subjoined form of the 3d sg. b-fut. act. of a
varb cognate with the Lat. su-cula Svindlass/ root SU 'to turn.'
The Irish infmitive is soud 'conversio'. Ml. 47 d = sood LU.
18, a. 1 3.
66. 'Togarmand, a title of distinction or honour.' This is the nom. or
ace. plural of the neuter n-stem togainn 'appellatio,' Z. 268, 269,
but is hère treated as a nom. sg.
67. 'Toinadmmaini, to break up the ranksof an army, etc.' Hère again
Bibliographie. iot
an oblique case is given as a nom. sg. Tomadmaimm is the dat.
sg. oiiomaidm 'a bursting/ 'a breaking-forth,' Cliron. Scot. 6.
68. 'T-Saland, salted' f.M
But enough of this melancholy production. We hâve unfortunately hère
in India more than one dictionary, the authors of which hâve omitted to
learn how to translate the commonest words, to décline the commonest
nouns and to conjugate the commonest verbs of the language with which
they purport to deal. But is there any country in Europe save Ireland
{penitus Mo divisa orbe] in which such a glossary as Mr. Sullivan's could
be compiled and published ?
Whitley Stokes.
La Découverte du Nouveau Monde par les Irlandais et les pre-
mières traces du christianisme en Amérique avant l'an looo, par
E. Beauvois, chevalier des Ordres du Danebrog et de Saint-Olaf,
membre de la Société des Antiquaires du Nord (Copenhague], etc.,
5 5 p. in-8. Nancy, typographie de G. Crépin-Leblond, 1875.
Cette brochure est extraite du volume des mémoires lus au Congrès
Américaniste de Nancy en août 1875; c'est aussi un fragment d'un livre
que l'auteur prépare sur les Européens dans le Nouveau-Monde avant
Christophe Colomb. On s'accorde généralement à reconnaître que les
Normands découvrirent l'Amérique du Nord bien longtemps avant l'é-
poque de Christophe Colomb; M. Beauvois, bien connu chez nous par
ses travau.x sur le nord Scandinave, veut déposséder les Normands de
cet honneur en faveur des Irlandais. Si flatteuse que soit cette théorie
pour la race à l'histoire de laquelle est consacrée cette Revue, il nous
faut l'examiner avant de savoir si nous l'acceptons.
Nos lecteurs connaissent les témoignages de Dicuil sur la présence de
moines irlandais en Islande et dans des îles qui sont sans doute les îles
Shetland i Revue Celticjue, I, 161) et celui de l'historien norvégien Are
Frôdhé, cité par Zeuss \Gr. C, p. xii, Gr. Cr-, p. x, n.). M. B. pense
que ces Irlandais ou Paps, c.-à-d. prêtres ou moines ' comme les appe-
laient les Norvégiens, ont été plus loin vers l'ouest, qu'ils se sont établis
dans le Nord de l'Amérique, et que ce sont même les Irlandais chassés
par les pirates de l'Islande et des autres îles septentrionales qui se sont
réfugiés dans ces régions lointaines.
Les principaux arguments de M. B. sont trois documents islandais.
I
1
I. A propos des Guidées que M. B. nomme en pas.sant, nous sommes étonné qu'i
se réfère au vieil ouvrage de Jamieson et qu'il ne connaisse pas le savant et défmiti
ouvrage du D'' Reeves.
102 Bibliographie.
Le premier est un passage du Landndmabôk où il est question du « Hvi-
tramannaland [pays des hommes blancs] que quelques-uns appellent
Irland il mikla jla grande Irlande]. Ce pays est situé à l'ouest dans la
mer, près de Vinland it godha [le bon pays du vin] et, dit-on, à six jours
de navigation de l'Islande n. C'est à propos d'un homme qui y aurait été
jeté par une tempête, Are Marsson qui avait disparu de l'Islande et dont
on expliquait ainsi la disparition.
Le second texte est tiré de \'Eyrh)ggia Saga^ et raconte l'histoire d'un
certain Gudhleif qui « ayant fait un voyage à Dublin, naviguait vers l'ouest
pour retourner en Islande ; et il se trouvait à l'ouest de l'Irlande, lorsqu'un
grand vent du nord-est le poussa si loin en mer, vers l'ouest et le sud-
ouest, qu'il ne savait plus où se trouvait la terre. » Les voyageurs arri-
vèrent enfm à une grande terre où ils débarquèrent et eurent de nom-
breuses aventures, après lesquelles ils retournèrent en Irlande et de là en
Islande. Parmi les aventures qu'ils eurent dans cette grande contrée que
la Saga ne nomme pas, il faut noter qu'ils virent une troupe de cavaliers.
Le troisième texte est emprunté à la Saga de Thorfmn Karlsefné. Il y
est question des Skraelings, indigènes du Nouveau-Monde et probable-
ment ancêtres des Esquimaux. Thorfmn Karlsefné et ses compagnons
descendent dans le Markland (probablement la Nouvelle-Ecosse) , ils y
font prisonniers des Skraelings enfants. « Les enfants emmenés par eux
apprirent leur langue et se firent baptiser. Ils rapportent qu'il n'y
avait pas de maisons dans le pays; que les habitants vivaient dans des
cavernes avec des lions, qu'une autre grande contrée située en face de
leur pays était habitée par des gens qui marchaient vêtus de blanc, por-
tant devant eux des perches où étaient fixés des drapeaux et criant fort.
On pense que c'était le Hvitramannaland ou Irland it Mikla.» M. B. veut
reconnaître des prêtres irlandais dans ces hommes vêtus de blanc et
pour cela il s'appuie sur VHistoria Norvegix qui, parlant des Pap<£ comme
d'anciens habitants des Orcades (d'où les noms de lieu Papa stour et
Papa Unie aux Orcades), dit: « Les Papas ou Pap£ sont ainsi nommés à
cause des habits blancs dont ils se vêtaient comme les clercs. ->
Tels sont les textes soigneusement rassemblés et ingénieusement com-
mentés par M. Beauvois. Ils ne nous semblent pas convaincants. Le
second doit être mis de côté tout d'abord, et il nous semble impossible
d'admettre qu'il désigne une région quelconque de l'Amérique. En effet,
il y est question de cavaliers et l'on sait que le cheval n'existait pas
en Amérique avant d'y avoir été introduit par les Européens. — Le
premier ne contient que le nom légendaire de la région d'existence
problématique, Pays des hommes blancs ou Grande-Irlande, mais ce
Bibliographie. 103
nom de Grande Irlande donné par les Sagas à une région de l'Amé-
rique du Nord ne prouve pas, à lui seul, une colonisation irlandaise. A ce
compte, le Nouveau-Brunswick. devrait son origine à une colonie
brunswickoise, la Nouvelle-Ecosse à une colonie écossaise, la Nouvelle-
Galle-du-Sud à une colonie galloise, etc. On sait assez qu'il n'en est rien.
Ce nom peut avoir été donné à ce pays par les Norvégiens à cause de
quelque analogie avec l'Irlande, il peut même avoir été donné par des
Norvégiens d'Irlande, car on sait qu'il y avait autre chose que des
Irlandais en Irlande; il y avait des Scandinaves qui occupaient la côte, et
toutes les grandes villes des côtes irlandaises leur doivent leur origine.
En réalité le seul texte qui nous semble avoir quelque précision est
l'histoire racontée par les petits Skrselings, mais la question est de savoir
si dans ce texte unique il y a autre chose qu'une légende.
M. B. a cherché à entourer ces textes de preuves accessoires, mais
celles-ci nous paraissent sans force. Ce sont :
1° les récits de missionnaires au Canada, qui prétendaient retrouver
chez les sauvages de nombreux restes de christianisme; — mais on
sait que c'a été souvent la manie des missionnaires de vouloir trouver
des traces de la religion « révélée » chez les peuples qu'ils prêchaient;
2" des ruines d'édifices, trouvées dans le bassin du Saint-Laurent, et
qui ne pourraient avoir été élevées par des sauvages; — mais l'archéolo-
gie américaine est encore trop dans l'enfance pour qu'on puisse tirer
aucun argument de ces monuments ;
?° ce qu'Antonio Zeno, célèbre voyageur vénitien de la fm du xiv'^ siè-
cle, raconte de VEstotilanda (qu'on identifie d'ordinaire avec la Terre-
Neuve) et de Vicaria. M. B. donne ces deux noms comme désignant
le même pays; bien plus, il suppose qu' Estotilanda est une faute de
lecture pour Escoîilanda., ce qui donnerait « Terre des Ecossais, c.-à-d.
des Irlandais. » — Cette correction est purement gratuite, et fût-elle
exacte, elle ne prouverait rien en faveur de la thèse de M. B.; car une
ressemblance entre des noms géographiques n'est nullement, prise à part,
une preuve en histoire ni en ethnographie. Quant à Vicaria, il nous semble
que M. Major dans sa belle édition des voyages des Zéni (publiée en
1873 pour la Société Hakluyt) l'a par de solides arguments identifiée
avec l'Irlande, Icaria étant le nom même du Kerry ' ;
Quant à l'Estotilande, M. B. attribue à tort à Antoine Zeno un témoi-
gnage que celui-ci ne donne pas. D'après M. B., Antoine Zeno affirme-
I. Aux arguments d'ordre géographique présentés par M. Major pour identifier Icaria
_.ecle Kerry, on peut ajouter l'observation que ce nom d'icaria s'explique parfaitement
par le nom irlandais du Kerry, Ciarraighe, précédé de la préposition ; « dans. »
avec
1 04 Bibliographie.
rait que « ces habitants d'Estotilande avaient une écriture particulière [et,
observe M. B., l'alphabet irlandais est en effet une modification des
caractères latins], que leur roi possédait une bibliothèque où il y avait
des livres latins qu'ils ne comprenaient plus; qu'ils cultivaient les céréales ;
qu'ils brassaient la bière; qu'ils faisaient des constructions et murs et
avaient de nombreuses villes. » Si M. B. avait lu avec plus de soin le récit
des Zeni, il aurait vu que ces assertions proviennent d'un seul pêcheur
que la tempête aurait jeté en Estotilande, et qui en serait revenu après
y avoir séjourné un long temps; mais que lorsqu'Antoine Zeno, pour
vérifier ces assertions, alla lui-même en Estotilande, il y trouva seulement
des hommes à moitié sauvages et vivant dans des trous de la terre. Le
récit du vieux pêcheur était donc une fable. Ce n'est d'ailleurs ni la pre-
mière ni la seule fois que des voyageurs se sont laissé entraîner par
leur imagination ou par le plaisir de raconter des choses étranges. C'est
ainsi qu'au siècle dernier le bon Daines Barrington rapportait les histoires
de marins hollandais qui prétendaient avoir atteint le Pôle Nord et que
dans notre siècle, en 1854, Morton, le steward du D' Kane, assurait
avoir, du cap de la Constitution, vu la mer libre du Pôle, ce qui est
aujourd'hui reconnu inexact. A beau mentir qui vient de loin, dit, non
sans raison, notre proverbe;
4" M. B. cite aussi, comme témoignage, « les triades galloises qui
paraissent avoir été transcrites au xiT' siècle » (p. 58); ce sont là des
documents postérieurs, et en tout cas sans autorité dans cette question;
50 II est certainement curieux qu'Eâfrm, le géographe arabe du xii^ siè-
cle, parle de la Grande- Irlande, Irlandah-al-Kabirah , comme étant à un
jour de navigation de l'Islande, mais dans ce vague renseignement il n'y
a, comme M. B. le remarque lui-même, qu'un écho des traditions Scan-
dinaves.
M. B. dit, non à tort : « Parmi les clercs qui pendant un siècle au
moins entretinrent des relations entre les îles Britanniques et l'Islande,
// dut s'en trouver quelques-uns que les vents ou les courants jetèrent
sur les côtes d'Amérique. On peut le conclure par analogie de ce que
dans l'espace de moins de cinquante ans, cinq navigateurs Scandinaves
abordèrent par hasard ou par force dans des pays transatlantiques à eux
inconnus. » Nous n'en disconvenons pas, mais nous pensons que cette
vraisemblance a priori devrait être étayée de faits historiques, de
preuves autres que quelques vagues mentions des sagas ou des chroni-
ques du Nord.
Il ne nous semble donc pas que M. B. ait établi la thèse qui lui est
chère, mais nous devons rendre hommage à son érudition, et le remer-
Bibliographie. 105
cier de nous faire connaître des documents Scandinaves accessibles à si
peu de lecteurs ' . Son travail mérite à tous égards d'attirer l'attention des
historiens. H. G.
Notes on Irish Architecture, by the Late lord Dunraven, edited
by Margaret Stokes, Associate of the Scottish Society of Antiquaries.
Vol. I, with sixty-five large photographie illustrations and fifty-one
woodcuts and numerous lithographie plates of architectural détails,
xxvii-i 27 p. in-4". London, George Bell and Sons, 1 87 5 . Prix : 84 sh,
(lojfr.y
Ce magnifique ouvrage, consacré aux plus anciens monuments de
l'Irlande, est un monument lui-même non pas seulement par la précise
exactitude de ses descriptions, et par la valeur des renseignements histo-
riques qu'il réunit, mais aussi par sa splendide exécution, ses photogra-
phies, ses gravures et ses plans. Les auteurs ont pris pour eux l'axiome
du poète latin : segnius irritant animos demissa per aurem Qaam qu£ sunî
oculis objecta fidelibus, et qu£ Ipse sibi tradit spectator. Tous les monu-
ments dont il est question dans ce volume sont présentés au lecteur en
photographie, et même plusieurs fois, de façon qu'aucun de leurs
aspects ou de leurs détails n'échappe à l'attention. On ne saurait trop
louer la générosité qui a permis à ce livre d'apporter un aussi grand luxe
de documents archéologiques.
Comme le titre l'indique, cet ouvrage de feu Lord Dunraven sur l'ar-
chitecture et l'archéologie de l'Irlande est publié d'après les notes de
l'auteur par Mlle Stokes. Lord Dunraven avait pendant toute sa carrière
pris part au mouvement scientifique de l'Irlande. Il avait coopéré à la
fondation de la Société archéologique irlandaise et à celle de la Société
celtique de Dublin; il avait aidé de ses conseils notre Montalembert
lorsque celui-ci écrivit son Histoire des moines d'Occident., et le volume de
cette histoire consacré aux grands moines irlandais est, en signe de
reconnaissance, dédié à Lord Dunraven. Dans les dernières années de
sa vie, Lord Dunraven s'était pris d'un grand intérêt pour les antiquités
irlandaises; chaque été il explorait une partie de l'Irlande accom-
pagné d'un photographe; il accumulait notes, photographies, plans,
dessins, etc., quand il mourut en octobre 1871. Mlle Stokes, dont on
connaît la compétence en tout ce qui touche l'ancienne Irlande ^ et qui
1. Dans un travail où il est si souvent question d'Irlande et d'Islande, il serait éton-
nant que les typographes n'eussent pas quelquefois confondu les deux noms : ainsi p. 33,
1. 3, il faut lire Islande pour Irlande. Pareille confusion ne peut-elle pas avoir été faite
quelquefois par les vieux scribes Scandinaves r
2. Nous attendons l'achèvement de son recueil des Inscriptions chrétiennes d'Irlande,
qui paraît en livraisons, pour le faire connaître à nos lecteurs. Cf. Rey. Celt. I, p. 177.
io6 Bibliographie.
connaissait l'ouvrage futur de Lord Dunraven pour en avoir souvent
causé avec lui, se chargea de mettre en ordre et de publier cet ouvrage
auquel on a donné le titre modeste de Notes.
Le premier volume que nous avons sous les yeux se compose de
deux parties ainsi divisées: Première partie: Monuments en pierres sans
ciment, i) Forts de l'époque païenne. 2) Monastères des premiers temps
du christianisme ; Seconde partie : monuments en pierres avec ciment.
1) Eglises sans chœur [without chancel). 2) Eglises avec chœur {witli
chancclj .
Première partie. — Les forts de l'époque païenne sont le Dûn
Aengusa ou fort d'Aengus dans la plus grande des îles Aran (dans la baie
de Galway), le Dubli Cathair ou fort Noir, le Dûn Eoghanaclita ou fort
d'Ounacht, le Dûn Oghil on fort d'Oghil, dans la même ile, le Dûn-Con-
chobhair ou fort de Conor, le Mothar Dûn ou fort du bois, dans l'ile
moyenne d'Aran, quelques forts de l'ile méridionale du même groupe et
quelques forts du continent d'Irlande, dans les comtés de Galway, de
Sligo, de Clare, de Kerry (le plus célèbre de ceux de Kerry est le fort
de Staigue que quatre photographies représentent sous ses différents
aspects). Ces forts consistent en remparts de pierres sèches, de forme
circulaire ; quelques-uns se composent de deux cercles concentriques,
formant une double ligne de défense. Ils sont pour la plupart assez grands
pour contenir en cas de défense la tribu et son bétail — ce qui est la
destination primitive de tous les oppida. C'est ainsi que le mur circulaire
du fort de Staigue a 89 pieds de diamètre; le mur lui-même a 12 pieds
10 pouces à la base et 7 pieds au sommet : sa hauteur va jusqu'à
18 pieds. D'autres forts tels que le fort d'Aengus et le fort de Conor
dans les îles Aran sont de beaucoup plus considérables. Ils sont en général
en un lieu d'où l'on domine le pays environnant et la mer.
Les monastères de la première époque du christianisme sont les ruines
du Mont ou plutôt du Roc de Saint-Michel, une des deux îles Skellig,
au large de la côte de Kerry, magnifique panorama qui rappelle notre
Mont Saint-Michel et sa célèbre église ; — le chapitre consacré à ces
ruines est un des plus intéressants par ses pittoresques photographies et
dessins. — Les ruines de l'île de Senach, une des îles du groupe des
Magherees, aussi au large de la côte de Kerry, l'oratoire de Saint-Bren-
dan, dans l'Inisglora, île au large de la côte de Mayo, les diverses
ruines de l'Inismurray, île au large de la côte de Sligo, celles de quelques
autres petites îles de l'Atlantique au large de la côte occidentale de l'Ir-
lande, et quelques autres ruines du continent d'Irlande, mais toujours
sur sa côte ouest.
Bibliographie. 107
Pourquoi ces monuments de construction tout-à-fait primitive, auxquels
le ciment est inconnu, ne se rencontrent-ils que sur cette côte et dans
ces îles sauvages et misérables qui sont comme des postes avancés dans
l'Atlantique ? C'est une question générale que ne traitent pas les auteurs,
tout entiers à leurs descriptions archéologiques, mais que le lecteur se
pose instinctivement, et qui a son importance. Il est difficile d'admettre
que ces monuments aient été particuliers au Far West de l'Irlande ; ce
ne peuvent être que les débris, nous n'osons dire d'un art, mais d'un
mode de construction usité à certaine époque dans toute l'Irlande. On
pourrait comprendre que les premiers anachorètes de l'Irlande, que ces
moines énergiques et ardents qui donnent un caractère si original à l'an-
cienne Eglise d'Hibernie, se fussent établis et comme cachés de préfé-
rence dans ces îles pauvres et sauvages où ils étaient seuls avec Dieu et
une mer irritée, et, en vérité, bien séparés du monde. Mais, à supposer
que cela pût s'admettre des premiers oratoires chrétiens, il n'en est
pas de même des forts primitifs en pierre sans ciment, qui ont dû être
communs à toute l'Irlande et qui n'ont subsisté dans les îles et sur la
côte de l'ouest que parce que la solitude les défendait de la main de
l'homme. On voudrait avoir sur cette question l'opinion des savants
auteurs et savoir si rien d'analogue, pas même une trace, n'a subsisté
dans le reste de l'Irlande.
Et même dans ces îles à peine habitées et stériles, sur cette côte qui
n'est guère moins pauvre, ces monum.ents ont subi de graves dégâts
depuis le commencement du siècle, depuis l'époque où Pétrie les visita
pour la première fois. Quelquefois de ces murs primitifs la vague a fait
un monceau de pierres ; le plus souvent l'homme est venu et vient y
chercher les pierres avec lesquelles il bâtit sa misérable hutte ; parfois
même il fait servir à une fm utilitaire des monuments sacrés pour l'histo-
rien et pour l'archéologue. C'est ainsi qu'à Kilmalkedar, dans le comté
de Kerry, un vieil oratoire, l'ancienne « prison de pierre » de quelque
anachorète oublié, a été transformée ou plutôt profanée en étable à cochons
(p. 59). Le monument était d'une construction si primitive que le
travail d'appropriation n'a pas dû être bien considérable.
Seconde partie. — « Dans la deuxième partie de cet ouvrage, nous
disent les auteurs, on donnera des exemples des églises bâties sans ciment
d'aucune sorte et dont le style est celui de la plate-bande (entablature)
et non de l'arc; toutes les portes ont des linteaux horizontaux et des
jambages inclinés, et on y voit se développer graduellement un art orne-
mental, antérieur à la période romane. » Ces monuments présentent
tous un caractère étonnamment archaïque. Ils se rencontrent principale-
io8 Bibliographie.
ment dans les comtés de Clare et de Galway et dans les iles d'Aran, et
les auteurs attribuent ce fait au caractère géologique du sol de ces
districts, entièrement composé de calcaire et fournissant à fleur de terre
les matériaux de ces constructions d'un caractère presque cyclopéen.
Les îles Aran étaient particulièrement riches en monuments de cette
espèce. En 1645 Colgan en comptait 17 dans la grande île de ce groupe
(Aran Moru Le plus grand nombre a aujourd'hui disparu, et même
depuis le commencement de ce siècle, deux églises ou oratoires décrits
par Pétrie en 1821 n'ont de nos jours laissé aucune trace. Dans cette
seconde partie de l'ouvrage de Lord Dunraven on entre dans une époque
tout à fait historique, dans l'histoire même de l'Eglise d'Irlande, car la
plupart de ces monuments portent encore les noms des saints qui les
élevèrent, noms qui nous sont connus d'autre part. Us appartiennent tous
à une architecture bien pauvre et bien primitive, pour laquelle le nom
même d'architecture est un terme ambitieux, mais ils possèdent ce grand
intérêt de nous faire mieux comprendre la simplicité de vie et de mœurs
de l'ancienne Eglise d'Irlande, de même qu'on reconnaît une espèce pré-
historique à l'empreinte et à la coque qu'elle a laissée dans la pierre.
Mlle Stokes a fait précéder cet ouvrage de quelques pages qui sont
une introduction à l'ouvrage entier et qui en résument la philosophie.
Mlle Stokes y revendique hardiment une originalité indigène pour l'art
et pour l'architecture de l'Irlande. Elle ne la revendique pas seulement
pour ces constructions si grossières en pierre sans ciment qui semblent
naître naturellement chez un peuple encore peu civilisé, dans quelque
pays que ce soit, et caractériser non pas une race mais une époque; —
elle la revendique également pour ce système d'ornementation bien
connu où domine l'entrelacs ', et pour ce commencement de véritable
architecture, analogue par ses formes aux premières formes de l'art
roman. En Angleterre, accorde Mlle Stokes, l'architecture procéderait
de l'art roman, parce que la Grande-Bretagne aurait perdu les secrets
de l'art celtique, secrets que l'Irlande aurait gardés. L'Irlande aurait
trouvé de son côté et dans son propre génie les rudiments de l'art que
nous appelons l'art roman. <t II semblerait que le roman irlandais,
quoique subissant l'influence de l'art étranger, avait pourtant précédé
jusqu'à un certain point l'architecture anglo-normande et en était entiè-
rement indépendant. C'était un style indigène, jaillissant d'un peuple
qui avait une grande originalité de pensées, peu élevé quand on le met
en regard des grands monuments de l'art normand en Angleterre, peu
I. Voir l'article de M. Unger sur la miniature irlandaise, t. 1, p. 9-26.
Bibliographie. 1 09
élevé, mais non sans charme. » Nous exposons la thèse de Mlle Stok.es
en laissant aux archéologues compétents le soin de la juger, mais nous
ne cachons pas qu'j priori elle nous semble peu vraisemblable. C'est
ainsi, pour nous en tenir à un point, que l'art des entrelacs que l'on a
longtemps regardé comme particulier à l'Irlande, a son origine dans l'art
romain des premiers siècles de notre ère (voir plus loin la note de
M. Mùntz). L'originalité de l'Irlande consiste à l'avoir adopté et déve-
loppé, il en est ainsi, de l'aveu même de Mlle Stokes, des célèbres
Tours Rondes. Il en sera sans doute de même de ce prétendu art irlan-
dais indépendant de l'art roman. L'Irlande n'en est pas moins inté-
ressante et originale; elle l'est surtout pour avoir, grâce à son isolement,
gardé des institutions, des usages, des croyances, des formes artistiques
qui ailleurs ont passé, laissant peu ou point de traces.
Nous espérons que Mlle Stokes ne se méprendra pas sur le sens de
nos critiques. Elles ne diminuent en rien la valeur et l'importance de la
publication dont elle s'est chargée. On peut différer d'opinion sur l'origine
de telle ou telle forme, on est d'accord pour reconnaître l'intérêt de ces
vénérables ruines. L'archéologie sera, tout autant que l'Irlande, recon-
naissante aux auteurs de ce magnifique ouvrage qui conserve dans ses
pages et dans ses photographies des monuments dont il se détache tous
les jours quelque pierre et qui ne seraient pas autrement accessibles à
l'étude. Nous faisons des vœux pour le prompt achèvement de ces pré-
cieuses Notes sur l'architecture irlandaise.
H. G.
The church and shrine of St. Manchan, by the Rev. James Graves,
A. B., etc. Dublin, printed by Gill (impression 50 copies), January
1875, 19 p. in -8" avec 8 planches et plusieurs gravures.
Cette monographie est précieuse par le luxe de gravures qui repré-
sentent sous toutes ses faces un bijou ecclésiastique du moyen-âge irlan-
dais, le reliquaire de St. Manchan. Ce reliquaire, vide depuis longtemps
de ses reliques, est conservé dans l'église de Boher (King's County),
paroisse de Lemanaghan, petite localité où se trouvent encore les
ruines d'un établissement religieux fondé par saint Manchan au vii^ siècle.
D'après les faits rassemblés par M. Graves, il semble établi que ce reli-
quaire a été donné au saint, c'est-à-dire à son église, par Rory O'Conor,
roi idandais du xii'= siècle. Cet intéressant monument d'orfèvrerie a subi
de notables dégradations; il a perdu ses dorures et une partie des figures
dont il était orné; mais il en reste assez pour qu'on puisse reconstruire
entièrement son ornementation. M. Graves accompagne ses planches
1 1 o Bibliographie.
d'une description des plus détaillées et fait en même temps l'histoire de
l'église fondée par saint Manchan. Cette monographie se recommande
d'elle-même, et par son sujet et par le soin érudit de l'auteur, aux personnes
qui s'occupent de l'histoire de l'orfèvrerie religieuse.
The Book of Fenagh, in Irish and English, originally compiled by
St. Caillin, Archbishop, Abbot, and Founder of Fenagh, alias Dun-
ballyofMoy-Rein,Tempore St. Patricii; withthe contractions resolved,
and (as far as possible] the original Text restored. The whole carefully
revised, indexed, and copiously annotated, by W. M. Hennessy, M.
R. I. A., and done into English, by D. H. Kelly, M. R. I. A.
Dublin, printed by A. Thom, 187s, X-4J9 p. in-4°, avec 2 planches.
Un membre de l'Académie de Dublin qui s'intitule trop modestement
dans sa préface 'a mère country gentleman', M. Kelly, publie dans ce
volume un de ces nombreux manuscrits de l'ancienne Irlande qui atten-
dent depuis longtemps des éditeurs. Le ms. de Fenagh ne présente
guère qu'un intérêt local et cela par les noms qui y sont mentionnés,
noms de tribus, noms de lieux, noms d'hommes et noms de saints ; aussi
devons-nous nous borner à signaler sa publication. Il a pourtant un
intérêt de plus, c'est comme texte de langue, accompagné de traduction.
Un érudit éminenî, dont nos lecteurs connaissent la rare compétence en
tout ce qui touche l'ancienne Irlande et sa littérature, M. Hennessy,
s'est chargé d'établir le texte et de l'accompagner de notes critiques.
L'ouvrage original semble, d'après les indications intrinsèques, dater
d'environ 1 300, mais le ms. le plus ancien qu'on en possède est une
copie faite en 1 5 16. C'est un mélange assez incohérent d'histoire légen-
daire, de poèmes historiques et ecclésiastiques, relatifs pour la plupart à
saint Caillin, fondateur et patron de l'abbaye de Fenagh, d'où son nom
de ^manuscrit de Fenagh'. Un de ses derniers détenteurs, curé de
Kilronan, le prêtait, moyennant redevance, à ceux de ses paroissiens qui
voulaient prêter sur lui un serment awfully binding, et il n'est pas besoin
de dire que le ms. n'était pas sans être endommagé à ce métier.
On trouve dans le courant de ce volume de curieuses superstitions de
l'ancienne Irlande, que le ton naïf et simple du narrateur rend encore
plus frappantes. Il en est une !p. 115) tellement peu honorable pour ce
que quelques Irlandais enthousiastes appellent « la civilisation pré-chré-
tienne de l'Irlande » et pour les « druides » de l'ancienne Irlande, que
les éditeurs — à tort selon nous — ont renoncé à traduire même en
latin l'obscène incantation des « druides Irlandais». A ce propos remar-
quons un fait qui étonnera le lecteur du continent : c'est de trouver, dans
Bibliographie. 1 1 1
la traduction anglaise, un mot écrit //— /. On pourrait croire que cette
réserve cache un mot obscène, mais en se reportant au texte irlandais
qui donne ifcrn, on voit qu'il s'agit de l'enfer, en anglais hell. Les édi-
teurs ont sans doute regardé comme néfaste et de bad luck d'écrire ce
mot en entier ! Il faut sans doute voir là une superstition de l'Irlande
contemporaine, superstition dont les meilleurs esprits eux-mêmes ne
savent pas s'affranchir !
Nous regrettons que les éditeurs n'aient pas développé leur trop courte
introduction. Elle aurait pu aussi être plus claire; ainsi on ne voit pas
comment ni à quelle époque le ms. de 1516 est passé des mains de
M. Slevin à celles de l'évêque d'Ardagh (car ce semble être le même
ms.'i, ni à quelle époque vivait ce curé de Kilronan 'of sadly intem-
perate habits' qui prêtait trop volontiers le ms. Il y a dans le texte
d'autres superstitions curieuses, autres que l'incantation à laquelle
nous venons de faire allusion, par exemple, la vertu de la cloche de
Caillin, la coutume de marcher deisiul ; il eût été utile de réunir ces
différents faits dans l'introduction, d'autant que l'Index n'a pas de réfé-
rences aux superstitions. On voudrait aussi trouver dans l'introduction
de ce volume quelques détails sur la vieille église de Fenagh et sur le
cromlech (ou prétendu cromlech) de Fenagh, que représentent deux
gravures de ce volume.
Si nous signalons ces desiderata, c'est qu'à notre avis les savants édi-
teurs eussent par là donné plus de valeur encore à leur ouvrage. Il n'en
reste pas moins fort louable à tous égards comme édition de texte. L'exé-
cution typographique est admirable.
H. G.
Transactions of the Gaelic Society of Inverness. Volumes III and
IV lyears 1873-4 ^^^ '874-5). Inverness, John Noble, 1875, xx-
223 p. in-80.
Ce nouveau volume de la Société Gaélique d'Inverness (cf. t. II,
p. 147 et 415) contient de très-intéressants articles sur l'émigration
écossaise en Amérique. L'un, de M. Ch. Mackay, traite des Ecossais en
Amérique d'une façon générale, l'autre^ de M. Masson, plus particulière-
ment des Gaels d'Ecosse dans le Far West des Etats-Unis. Les Ecossais
sont très-nombreux au Canada, et dans la plupart des villes de la Confé-
dération canadienne il y a un 'Burns Club'. Il y a des parties du Canada,
particulièrement sur les bords du Saugeen, où le gaélique est le langage
ordinaire de la population. M. Masson raconte que dans son voyage il a
prêché en gaélique dans ces colonies lointaines des Highlands. Un des
1 1 2 Bibliographie.
traits les plus curieux de son récit, est sa rencontre de Celtes noirs,
nouveauté certes pour les ethnographes. Ces Celtes noirs sont des
descendants d'esclaves qui appartenaient à des Gaels d'Ecosse et avaient
adopté la langue de leurs maîtres, et ils ont dévotement écouté les
sermons gaéliques de M. Masson. « Vous pouvez aisément concevoir
mon étonnement et les divers sentiments, dit-il, avec lesquels je regar-
dais ces noires figures africaines, comme nous chantions les louanges de
Jehovah et adorions son grand nom dans la vieille langue gaélique. «
M. Masson nous apprend qu'au cap Breton, dans le comté de Pictou,
et dans l'Ile du Prince Edouard, la moitié des Gaels Ecossais sont catho-
liques. On imprime des livres gaéliques au Canada. Mais aux Etats-
Unis, les Gaels se sont fondus avec la population anglo-saxonne. A ce
que nous apprend M. Masson, on ne prêche plus en gaélique dans les
anciens établissements écossais des Etats-Unis, sauf à Elmira, cent milles
à l'ouest de Chicago. Ce volume contient en outre des articles d'histoire
locale, des poésies gaéliques, une notice sur la Basse-Bretagne, par
M. Th. Mac-Lauchlan, et une discussion sur l'utilité d'introduire l'en-
seignement du gaélique dans les écoles. Mais nous ne pouvons trop
vivement regretter que la Société admette dans ses Transactions des élu-
cubrations sur la parenté du gaélique et de l'hébreu. La Société compte
actuellement 225 membres et nous apprenons avec plaisir qu'elle a
institué une « Commission des traditions populaires » (^Folk Lare Com-
mitteé) pour recueillir les traditions et usages qui vivent encore dans les
Highlands. Réserve faite sur certaines hérésies philologiques, nous devons
continuer de louer le zèle et les efforts de la Société Gaélique d'In-
verness. H. G.
The Literature of the Kymry. A Critical Essay on the Language and
Literature of Wales during theTwelfth and Two preceding Centuries;
containing numerous spécimens of AncientWelsh Poetry, accompanied
by English Translations. By the late Thomas Stephens. Second édi-
tion, with Additions and Corrections by the Author, edited by the Rev.
D. S. Evans, B. D. With a Life of the Author by B. T. Williams,
Q^ C. xLviii-494 p. in-8", with Portrait. — Prix: 15 sh. (iSfr.yj).
M. Stephens méditait depuis longtemps de refaire l'histoire delà litté-
rature galloise qu'il avait publiée en 1849 et qui est encore l'unique
ouvrage sur la matière, ou peu s'en faut. Il comptait la refondre entière-
ment, d'autant que dans l'intervalle son opinion s'était modifiée sur bien
des points, notamment sur la prétendue découverte de l'Amérique par
le prince gallois Madoc, sur l'époque et l'origine des Triades et sur la
Bibliographie. 1 1 ?
légende de Hu Gadarn; et il voulait y faire entrer la substance de nom-
breuses dissertations éparses dans les revues de Galles. C'eût été un
nouvel ouvrage, par lequel M. Stephens aurait une fois de plus fait
avancer d'un grand pas les études galloises. Il est mort avant d'avoir pu
remplir cette tâche '.
Cette nouvelle édition a donc surtout pour but de remettre dans le
commerce un livre devenu rare et resté indispensable aux personnes qui
étudient la littérature galloise; mais elle ne diffère pas essentiellement de
la première, si ce n'est qu'on y a incorporé les corrections de détail et
les notes écrites par Stephens sur son propre exemplaire. Le nom de
M. Silvan Evans, qui a surveillé l'impression de cette édition, est une
garantie de son exactitude.
Le principal intérêt de cette édition est dans la biographie de Stephens
qui la précède. Elle fait connaître et aimer l'auteur dont la vie fut tout
entière consacrée à un double travail, celui de la vie et celui de la
science. Elle contient aussi maint détail curieux sur la vie littéraire du
pays de Galles à laquelle Stephens fut activement mêlé dans toute sa
carrière. En effet la plupart de ses travaux furent suscités par les
Eisteddfodaa ou concours littéraires du pays de Galles et quelquefois il
prit part à ces concours comme juge. Il paraît étrange de dire (mais
pourtant c'est l'histoire ! ) qu'un érudit comme Stephens, qui le premier
débrouilla et raconta l'histoire littéraire de son pays, était regardé par
beaucoup de ses compatriotes comme un traître à la patrie. Ces enthou-
siastes ignorants ne pouvaient lui pardonner de détruire des fables chères
à leur vanité nationale, par exemple l'authenticité des Triades, l'ancien-
neté du bardisme gaulois, la découverte par le gallois Madoc de ce qui
fut plus tard appelé l'Amérique. A cet égard, nous trouvons dans la
biographie de Stephens un fait tristement caractéristique.
En 18 $8, un prix de 20 l. (500 fr.) avait été offert par l'Eisteddfod
de Llangollen « au meilleur essai sur la découverte de l'Amérique au
XII- siècle par le prince Madoc ap Owen Gwynedd ». Stephens étudia
la question avec sa critique ordinaire et arriva à la conclusion que toute
cette histoire ne reposait sur aucune preuve historique. Il envoya au
concours un essai dans lequel il soutenait — avec succès, à ce que jugè-
rent les hommes compétents — 1° que le prince Madoc n'avait jamais
quitté son pays, et qu'il y était mort de mort violente; un barde avait
été poursuivi pour l'avoir assassiné; 2" qu'aucune allusion à la décou-
verte de l'Amérique ne paraît dans la littérature galloise jusqu'après
1. cf. Rev. celt. II, 45$.
Rev. Cdt. ni 8
1 14 Bibliographie.
l'époque de Christophe Colomb; 3° que l'histoire des Indiens gallois ne
reposait sur aucune preuve, et qu'un jeune Gallois du nom de Jean Evans
avait en 1798 passé un hiver au milieu de ces prétendus descendants des
compagnons de Madoc et qu'il n'avait trouvé chez eux ou dans leur
langage aucune trace de rien qui fût gallois.
Quand on sut que cet essai avait été envoyé et que les juges (M. D.
Silvan Evans était l'un d'eux) lui décernaient le prix, l'alarme fut grande
parmi les cehomanes de l'Eisteddfod. A leur tête, Williams ab Ithel, que
son patriotique courroux rendait intolérant, s'emporta contre l'idée que
cet essai obtînt le prix, et même qu'il fût admis à concourir pour le
prix. Cinq autres essais envoyés au concours soutenaient dans cette
question l'affirmative chère aux cœurs patriotes du pays de Galles. La
découverte de l'Amérique par Madoc devait être regardée comme un
postulat, et quiconque la mettait en question était ipso facto exclu
du concours. En vain les hommes sages [paiici quos aequus amavit
Jupiter) s'opposèrent à ces prétentions intolérantes, en vain les juges du
concours décernèrent le prix à Stephens, le comité de l'Eisteddfod, sous
l'inspiration de Williams ab Ithei, refusa de donner le prix à Stephens
pour ce motif qu'on ne pouvait admettre au concours un essai qui ne
soutiendrait pas la découverte de l'Amérique par Madoc. Lorsque cette
décision fut portée à la connaissance de l'Eisteddfod, Stephens, présent,
se dirigea vers la tribune et demanda à dire quelques mots. Alors se
passa une scène qui rappelle un peu (à cela près qu'elle ne fut pas tra-
gique^ l'exécution de Louis XVI : l'infortuné monarque voulait dire
quelques paroles au peuple : Santerre couvrit sa voix d'un roulement de
tambours. — Le président de l'Eisteddfod refusa la parole à Stephens,
et comme celui-ci insistait, la musique, sur un ordre donné à l'orchestre,
étouffa sa voix. Mais la mesure était trop violente : une partie de l'audi-
toire protesta, et Stephens put prononcer quelques mots. Il dit que
l'Eisteddfod devait être une arène ouverte à la promulgation de la vérité,
conformément à sa devise ordinaire Gw\r yn erbyn y b\d ila vérité contre
le monde \j : son ambition était d'être l'historien de la langue et de la
littérature de son pays, et de s'en faire l'interprète auprès des savants
étrangers, mais qu'il ne se laissait guider dans ses études que par l'amour
de la vérité. Cette protestation, sortie du cœur de Stephens, lut sans effet.
Les Celtomanes étaient maîtres de la place.
Nous avons raconté cette histoire, si longue qu'elle soit, non pas
seulement parce qu'elle fait le plus grand honneur à Stephens, mais
parce qu'elle montre les difficultés avec lesquelles on doit lutter dans les
pays celtiques quand on apporte à nos études l'impartialité de l'esprit
Bibliographie. 1 1 5
scientifique. Les préjugés prennent le masque du patriotisme pour jeter
l'anathème à la libre histoire.
On regrette de ne pas trouver à la fin de cette biographie l'indication
des articles de Stephens disséminés dans les revues de Galles. Par
contre, on nous donne la liste des travaux laissés en manuscrit par Ste-
phens. Stephens a moins publié qu'il n'a écrit parce que ce ne sont pas
toujours les meilleurs livres qui trouvent des éditeurs, et sa situation de
fortune ne lui permettait pas de courir la chance de l'impression : la pre-
mière édition de son Histoire de la littérature galloise a été publiée aux
frais d'un grand seigneur ami des lettres, de Sir John Guest, le mari de
la célèbre Lady Charlotte Guest. Si le pays de Galles n'a plus de Mécène,
il nous semble qu'il serait possible de publier^ par voie de souscription,
les Literary Remains de Thomas Stephens, au moins ceux qui se rappor-
tent à l'histoire et à la littérature du pays de Galles '. Il y va de l'hon-
neur des lettres galloises.
Ce volume est orné d'un portrait de Stephens, d'après un buste d'une
frappante ressemblance. C'est une tête d'un type vraiment gallois, et
quiconque a vu Stephens y reconnaît au premier coup d'œil la bonhomie
et la finesse un peu ironique de sa physionomie.
H. G.
Mémoires d'archéologie, d'épigraphie et d'histoire, par M. Georges
Perrot, membre de l'Institut, xxiv-462 p. in-S", avec planches.
Paris, Didier, 1875. — Prix : 8 fr.
Si quelque chose peut montrer l'intérêt de l'archéologie entre les mains
d'un érudit qui est en même temps écrivain et historien, ce sont bien les
essais que M. P. a réunis dans ce volume. Plusieurs intéressent directe-
ment nos lecteurs. C'est d'abord l'étude de la disparition de la langue
gauloise en Galatie, dont notre recueil a eu la primeur et que M. P. a
augmentée d'un appendice de quelques pages. Dans cet appendice, M. P.
étudie un texte de Pausanias qui lui avait échappé et où Pausanias
(Lib. X, ch. 36, § i) dit que les Gaulois établis au-dessus de laPhrygie
nomment certain arbuste jç, nom où M. Granier de Cassagnac a voulu
voir le nom celtique du houx. M. P. montre que cet arbuste est le chêne
au kermès et que, eût-il été le houx, notre mot houx n'a rien à voir avec
cet jç.
1 . On ne voit pas en effet quelle utilité aurait la publication d'un mémoire sur les
théories et les découvertes chimiques du baron Liebig ; Stephens était pharmacien de pro-
fession.
ii6 Bibliographie.
Nous recommandons aussi à nos lecteurs qui s'intéressent à la mytho-
logie populaire, l'étude relative aux croyances et superstitions popu-
laires des Grecs modernes : ils y trouveront plus d'une analogie avec les
croyances et superstitions de nos pays celtiques. Par exemple (p. ^^f)
le pèlerinage à la Chapelle de la u Vierge à l'Hirondelle » et à la fontaine
qui avoisine cette chapelle; cette eau a la réputation de guérir toutes les
maladies. Le court tableau que M. P. donne de cette panégyrie pourrait
être celui d'un pardon de Bretagne ou d'un patron d'Irlande. Le caoine
Irlandais trouve son parallèle dans celte description de funérailles :
<( Rappelez-vous le XXIV-' chant de l'Iliade, les lamentations d'Andro-
maque, d'Hécube et d'Hélène en face du cadavre d'Hector, les cris par
lesquels les femmes troyennes répondent à ces derniers adieux, les gestes
dont elles les accompagnent : quelle saisissante réalité prendra pour
vous tout ce lugubre tableau si, voyageant en Grèce, vous êtes entré
dans la maison d'un Maniote quelques heures après qu'il venait d'expirer.
Vous l'aurez vu, revêtu de ses plus beaux habits, étendu, la figure
fardée, sur sa couche funèbre au-dessus de laquelle sont suspendues ses
armes; les femmes tout à l'entour, échevelées, le regard fixe, se levant
l'une après l'autre pour apostropher le mort, lui saisir la main et le baiser
au front, puis rappelant, d'une voix coupée par les larmes, ses vertus et
ses exploits, lui reprochant d'avoir trop tôt quitté sa famille. Après
chacun de ces discours où abondent les mouvements passionnés et qui
prennent souvent comme d'eux-mêmes la forme rhythmique, les gémisse-
ments éclatent dans toute la maison, les bras se tordent, ils frappent les
épaules et les poitrines nues. Quel commentaire des funérailles d'Hector
et du goos homérique qu'un enterrement et un myrologue maniote ! »
ip. 302).
Nous regrettons que le cadre de notre recueil ne nous permette que
de signaler en passant d'autres parties de ce volume qui n'ont pas un
moindre intérêt : le commerce de l'argent et le crédit à Athènes au
iv«-' siècle avant notre ère, les peintures du Palatin et surtout l'art de
l'Asie Mineure où M. P. ouvre un nouvel horizon à l'histoire de la civi-
lisation en montrant dans les origines de l'art grec l'influence éducatrice
de l'art asiatique, c'est-à-dire assyrien. Le lecteur que M, P. conduit si
agréablement à travers toutes ces grandes ruines, reprochera pourtant à
son guide de ne pas tout lui montrer, et d'avoir laissé maint essai en
dehors de ce volume, par exemple celui sur la ville de Trêves : espérons
que ce sera pour une seconde série de mélanges.
H. G.
Bibliographie. 117
Die Rœmischen Inschriften und Steinsculpturen des Muséums
der stadt Mainz, zusammengestellt von D' Becker, xxiv-140 p.
in-S^, Mainz, \'ictor v. Zabern, 1875.
Au point de vue de l'archéologie et des études gauloises, il serait très-
précieux d'avoir des catalogues bien faits de toutes les collections d'an-
tiquités et d'inscriptions. Cela serait surtout utile pour la France qui
attend toujours le Corpus de ses inscriptions latines et dont les richesses
épigraphiqueset archéologiques sont comme si elles n'existaient pas, pour
être mal ou point classées. Nous pourrions citer tel catalogue d'un de
nos musées de province, riche en inscriptions et en monuments, dont
on ne peut tirer aucun parti, tant les inscriptions sont inexactement repro-
duites! Le catalogue des inscriptions et antiquités romaines du musée de
Mayence, que publie un archéologue bien connu de l'Allemagne rhénane,
M. Becker, est à cet égard un modèle de clarté et de bon ordre autant
que d'exactitude'.
A peu d'exceptions près, les monuments décrits ont été découverts à
Mayence ou dans ses environs; le catalogue se trouve ainsi former un
répertoire archéologique du vieux Mogonûacum. Les objets décrits sont
au nombre d'environ 450, dont 500 avec inscriptions. La plupart des
inscriptions sont connues par le recueil de M. Brambach; plusieurs pourtant
ont été découvertes depuis, et sont par conséquent à demi inédites.
M. Becker a classé ces inscriptions en i'^ monuments religieux, 2° mo-
numents publics, 3° monuments funéraires, 4° monuments divers (mar-
ques de potier, tuiles avec inscriptions, objets en verre, en cuir, en
serpentine, etc.";. Pour chaque inscription, M. B. donne une description
du monument, le texte de l'inscription avec sa lecture et une traduction,
et la bibliographie ; il reproduit en fac-similé les inscriptions mal aisé-
ment déchiffrables. M. B. a classé, dans une introduction étendue, tous
les faits intéressants que renferme le catalogue, et il a fait suivre son
travail de cette série de tables qu'on est habitué à trouver à la fin des
recueils épigraphiques. Ce catalogue est en un mot un excellent ouvrage
d'étude. Nous souhaitons qu'il soit connu de nos archéologues de pro-
vince ; ils verront comment doit être fait l'inventaire d'une collection
archéologique, pour être fait avec méthode et pour servir au progrès de
la science.
H. G.
I. M. Becker avait déjà publié une étude sur les inscriptions romaines de Mayence et
des environs dans le tome II de la Zeitschrift des Vereins zur Erforschung der rheinischen
Geschichte und Archéologie zu Mainz.
1 1 8 Bibliographie.
L'Art de TEmaillerie chez les Eduens avant l'ère chrétienne,
par J.-G. BuLLiOT et Henry de Fontenay, 44 p. in-8" avec 9 pi.
Paris, Champion, 187$ (Extrait des Mémoires delà Société Eduenne.
Nouv. sér., t. IV).
Nous ne pouvions mieux apprécier le curieux travail archéologique de
notre collaborateur M. Bulliot qu'en reproduisant la note suivante du
Polybihlion : « On sait depuis longtemps que, deux siècles après la
conquête romaine, des émaux champlevés étaient fabriqués par les popu-
lations qui habitaient le sol de la Gaule. Le hasard des trouvailles rap-
proché du texte d'un auteur du troisième siècle de notre ère avaient fait
jusqu'à présent considérer les ateliers de cette fabrication comme exclu-
sivement fixés sur les bords de l'Océan. Les fouilles pratiquées avec tant
d'intelligence et de persévérance par M. Bulliot sur le mont Beuvray,
près d'Autun, c'est-à-dire sur l'emplacement de l'ancienne Bibracte, ont
amené une découverte véritablement importante pour l'histoire de l'in-
dustrie gauloise. Désormais, la fameuse phrase de Philostrate ne doit
pas s'appliquer seulement aux bords de l'Océan, mais à la Gaule entière,
et l'existence de l'émaillerie doit y être reculée de plus de deux cents
ans. Au cœur du département de Saône-et-Loire, M. Bulliot a mis au
jour plusieurs ateliers d'émailleurs encore garnis de tous leurs ustensiles.
Émaux, objets émaillés, instruments exhumés, tout cela a une date
certaine. Un jeune chimiste, M. de Fontenay, a analysé et expérimenté
l'émail découvert, et il explique, après les avoir reproduits, les procédés
de fabrication. Les auteurs, MM. Bulliot et Henry de Fontenay, concluent
ainsi : a L'émaillerie était pratiquée dans la Gaule antérieurement à l'ère
chrétienne, et les Romains, lors de la conquête, trouvèrent cette industrie
florissante dans le pays des Eduens. »
Le Temple du Mont de Sene, à Santenay (Côte-d'On, par J.-G. Bul-
liot. Autun, 1874, ^4 P- i""^° ^^ XX planches.
Cette notice extraite comme la précédente des Mémoires de la Société
Eduenne (nouv. série, t. III), a été lue à la Sorbonne au Congrès des
Sociétés savantes de 187^ et nous avons déjà donné d'après cette com-
munication (t. II, p. 286 et 508) l'inscription à Mercure découverte par
M. Bulliot dans les ruines du plateau du Mont de Sene. M. B. donne ici
l'histoire des fouilles faites sous sa direction. On découvrit les ruines et
les fondations d'un temple dédié à Mercure comme l'indique l'inscription
à ce dieu et les débris de statue où figurent ses attributs. Pourtant le
temple contient deux sanctuaires, et semble par conséquent avoir été
Bibliographie. 1 1 9
disposé pour contenir deux cultes. M. B. pense que la divinité adorée à
côté de Mercure était celle de la fontaine qui coule à côté et qui est
encore regardée comme sacrée par les habitants du pays. M. B. décrit
avec le plus grand détail les antiquités provenant de ces fouilles, murs,
sculptures, débris de tout genre, et vingt belles planches permettent au
lecteur de s'en rendre un compte exact. Ajoutons que le travail de
M. Bulliot présente encore un autre intérêt que celui des découvertes
archéologiques; il donne quelques détails curieux sur les superstitions
populaires qui s'attachent encore à ces lieux déjà consacrés par le culte
des Gaulois. C'est un côté de la question que négligent trop souvent les
archéologues pour qu'on ne félicite pas M. Bulliot de recueillir ces faits :
ce sont des matériaux pour la mythologie celtique.
H. G.
Etudes historiques sur le Finistère, par R.-F. Le Men, archiviste
du département, directeur du musée départemental d'archéologie.
(Tiré à 500 exempl. Quimper, chez l'auteur, envoi franco contre 1 fr.
2$ en timbres-poste. 1 1875, 192 p. in-12.
M. Le Men a réuni dans ce volume, tiré à petit nombre, divers tra-
vaux d'histoire et d'archéologie bretonnes dont la liste indique l'intérêt :
J. Découverte de Vorganium, capitale des Osismii; note sur les oppida
du cap Sizun. — IL Episodes des guerres de la Ligue en Bretagne. —
m. Fouilles d'un tumulus dans la forêt de Carnoët, près Quimperlé. —
IV. Le pillage du manoir de Mezarnou en 1 594; mobilier d'un seigneur
breton. — V. L'aguilanneuf. — VI. Sarcophage gallo-romain en plomb,
découvert au Pouidu, commune de Clohars-Carnoët (Finistère). Le pre-
mier et le plus étendu de ces articles est un important travail sur la
question si discutée de l'ancienne géographie de l'Armorique et M. L. a
eu la satisfaction de voir plusieurs de ses propositions adoptées par la
commission de la topographie des Gaules. En passant, M. L. M. montre,
par l'histoire du nom de l'île de Sein, qu'on a eu tort d'identifier cette
île avec la célèbre Sena Insula de Pomponius Mêla, et il a le mérite de
rectifier le premier une erreur généralement admise. Dans son article sur
l'Aguilanneuf, M. L. combat quelques-unes des opinions fantaisistes qui
en ont été données et il fait connaître, comme donnant peut-être la solu-
tion du problème, une chanson du xvT siècle où figure l'expression
Acquit d'an neuf. Le rapprochement est ingénieux sans être druidique,
mais il ne nous a pas persuadé, et nous pensons que pour vider la
question, il faudrait préalablement établir d'une façon complète la géogra-
phie et l'histoire de ce cri traditionnel. M. L. dans un article cite un
1 20 Bibliographie.
curieux exemple d'étymologie populaire qui mérite d'être noté. « Quand
on se rend de Lannilis à Ploudalmézeau, on traverse une rivière assez
large sur un pont appelé dans le pays par ceux qui parlent le français :
Passage de la Barbe-Noire. » Ce pont est construit sur la rivière l'Aber-
Benoît, d'où la transformation populaire ! « Si cependant cette transfor-
mation, dit judicieusement M. L., au lieu d'être relativement récente,
avait été opérée il y a trois ou quatre siècles, il est fort probable que la
Barbe-Noire eût été grossir le répertoire de ces problèmes philologiques
dont la solution déroute les plus habiles. » M. L. nous apprend dans la
post-face de son livre qu'il a été chargé d'éditer le cartulaire de Landé-
vennec pour la collection des Documents inédits de l'histoire de France.
Parla présence de nombreux noms bretons dans ce cartulaire, cette
prochaine publication de notre savant collaborateur ser^a également im-
portante pour la philologie et pour l'histoire de la Bretagne.
H. G.
Der Baumkultus der Germanem und ihrer Nachbarstsemme.
Mythologische Untersuchungen von Wilhelm Mannhardt. Berlin,
Borntraeger, 1875, xx-646 p. in-8. — Prix: 14 mk. 18 fr. 75).
Quand l'homme te frappa de sa lâche cognée,
0 roi ! qu'hier le mont portait avec orgueil.
Mon âme, au premier coup retentit indignée,
Et dans la forêt sainte il se fit un grand deuil
Ces beaux vers du Poème de l'Arbre de M. de Laprade nous revenaient
à l'esprit en lisant l'ouvrage de M. Mannhardt, où nous retrouvons à
l'état de croyance primitive ce sentiment de la personnalité de la nature.
C'est, en effet, le privilège du poète de retrouver par intuition le senti-
ment premier de l'homme en face de la nature ; il voit encore la nature
par l'imagination quand les autres hommes la voient par la raison. Les
poètes sont les anciens des jours !
Le livre de M. est un des plus importants ouvrages de mythologie
qui aient paru depuis longtemps; et par la direction qu'il indique, il
ouvre une voie nouvelle à ces recherches. Pendant longtemps on a cru
que la science mythologique consistait principalement à suivre dans la
religion, dans le culte, dans la poésie et dans les arts, l'histoire des
grands personnages mythiques , qui sont les dieux principaux d'une
époque ou d'un peuple ; on a cru qu'elle consistait à faire l'histoire des
dieux qui ont un nom et une personnalité et dont l'ensemble forme un
Panthéon. On commence à reconnaître que c'est là seulement le couron-
nement d'une mythologie et que le fond d'une religion — et nous enten-
Bibliographie. 1 2 1
dons par là l'ensemble des idées d'un peuple sur le surnaturel ou pour
mieux dire sur la nature — se compose d'un nombre considérable de
croyances particulières, d'usages traditionnels, de pratiques presque
quotidiennes. Le plus souvent même, sous l'influence de religions ou
d'idées nouvelles, ce qui était autrefois pratique religieuse se continue
comme usage.
M. M. a entrepris de réunir et d'expliquer la mythologie des champs
et des bois chez les peuples Indo-Européens. Le volume que nous
annonçons n'est, quoique faisant un tout en lui-même, que la première
partie de ce grand travail, et si d'après son titre : Le Culte des Arbres des
Germains et des races voisines, il semble consacré à l'Allemagne presque
seule, son importance s'étend bien au-delà. M. M., en effet, ne pouvait
faire autrement que de partir de l'Allemagne. Ce qui importe en pareille
matière, c'est d'avoir pour point de départ des collections complètes de
légendes, pratiques, fêtes traditionnelles, etc., rapportées avec précision
et dans tous leurs détails. Or, l'Allemagne est à peu près le seul pays où
ce grand travail ait été fait d'une façon systématique et consciencieuse et
il l'a été pour presque toutes ses provinces. Autour de cette masse pré-
cieuse, M. M. a groupé les faits analogues des pays voisins que lui ont
fournis de trop rares ouvrages. Pour la France, il a eu principalement à
sa disposition les Mémoires de l'Académie Celtique (recueil aujourd'hui
oublié et dédaigné, mais utile magasin de traditions populaires, et deux ou
trois ouvrages. C'eût été pourtant peu de chose s'il n'avait consulté la
tradition vivante. Les événements de 1870 lui en ont fourni l'occasion.
M. M. a interrogé et fait causer les prisonniers français que le sort de la
guerre avait amenés en Allemagne, hommes de toutes les provinces et
de tous les métiers, et il s'est fait avec ces interrogatoires toute une col-
lection de superstitions et traditions de France. Ainsi, il nous apprend
qu'il a recueilli tel usage de tel de nos villages, mïindlich von einem
Kriegsgefangenem « de vive voix d'un prisonnier de guerre ». Il y a là
pour la science française une leçon dont nous devons tenir compte. Lais-
serons-nous aux Allemands le soin de faire ce qui est notre œuvre ?
Nous leur devons la Grammaîica Celtica, leur devrons-nous encore la
Mythologia Celtica ?
Analyser ce gros volume si plein de faits précis et d'ingénieuses théories,
serait une tâche longue et délicate. Nous nous bornerons à en résumer
en quelques mots la pensée principale. L'homme croit voir une personne
dans la plante, c'est-à-dire qu'il lui attribue, comme à la nature entière,
une âme analogue à la sienne. Il conçoit donc l'arbre comme pensant,
voulant, souffrant, souvent uni à lui-même par un lien sympathique et
122 Bibliographie.
secret. — Cette croyance se retrouve encore en récit dans nombre de
contes populaires et en réalité dans divers usages, par exemple celui
de planter un arbre à la naissance d'un enfant, et l'usage français (que
le perspicace M. M. n'a pas oublié) de planter des arbres de liberté qu'on
s'empresse de détruire, une fois tombé le régime dont ils étaient le sym-
bole. Puis l'âme de l'arbre est conçue com.me sortant de l'arbre, vivant
et agissant par elle-même. Ainsi se forme toute une classe de personnages
fantastiques que M. M. réunit sous les noms d'Esprits de la végétation
tels que « les hommes sauvages », les « dames vertes » de la Franche-
Comté, etc. A cet ordre d'idées se rattachent les fêtes de mai, sorte de
mystère religieux dont le sens est oublié et où les rois et reines de mai
représentent les génies mêmes de la végétation. Cet ordre de mythe s'unit
avec celui des mythes solaires (auxquels M. M. ne nous semble pas dans
ce cas donner la part qui leur appartient) dans les feux de mai, et sur-
tout de la Saint-Jean et de la Saint-Pierre. Un des chapitres les plus
intéressants de M. M. ^au point de vue de notre recueil) est celui où
il traite des sacrifices humains par le feu chez les Gaulois, dont parlent
César, Strabon et Diodore. Il voit là, avec M. Liebrecht, la forme
ancienne de feux traditionnels de nos campagnes. Bon nombre de tradi-
tions et d'usages de France sont réunis (autant qu'il se pouvait) et com-
mentés par M, M., tels que Valentins, dimanche des Brandons, croix de
la Moisson, gerbe de la Passion, souche de Noël, etc. M. M. a aussi
rapproché ici et là quelques traditions des peuples néo-celtiques.
Le défaut des théories mythologiques est le plus souvent de vouloir
ramener tout ou presque tout à un système ; peut-être reprochera-t-on
à M. M. d'avoir fait entrer trop de choses dans le développement
mythique de la nature végétative. Mais lorsque les différents systèmes
qui ont tous une part de vrai, mettront en présence les différents moments
de la pensée mythologique, ils se compléteront et s'éclaireront en se
restreignant les uns les autres. La religion des premiers hommes a cer-
tainement été complexe et ondoyante comme leur pensée même, et elle
a reflété toutes les impressions qu'ils recevaient de la nature. Nous
sommes persuadé qu'on finira par la reconstituer et ce sont des travaux
comme le système grandiose de M. M. qui aideront à le faire, lors
même qu'on n'adoptera pas toutes leurs explications de détail. La mytho-
logie est un peu comme un miroir brisé : le premier qui en ramasse un
fragment croit avoir l'ensemble parce que ce fragment reflète tout ce
qu'on lui montre comme ferait le miroir entier. Mais un second en
trouve un autre débris qui est tout aussi vrai et tout aussi fidèle. Cela
tient à ce que, si le miroir est détruit, tous les morceaux en sont bons,
Bibliographie. 1 2 3
cherchons à les réunir, à les souder, nous aurons le miroir entier. De
même, nous n'aurons plus la mythologie du soleil et de l'aurore, de
l'éclair et du nuage, des plantes et des arbres, etc., nous aurons la
mythologie tout entière.
H. G.
Contes populaires de la Grande-Bretagne, par Loys Brueyre.
Paris, Hachette, 1875, XLviii-582 p. in-8\
La littérature populaire n'a pas encore été étudiée chez nous avec
autant de zèle qu'à l'étranger. Les recueils de contes authentiques
recueillis sur notre sol sont encore rares, et il en est d'excellents qui
attendent encore des éditeurs. Sans être aussi riche que l'Allemagne en
ce genre de littérature, la Grande-Bretagne a plusieurs collections de
contes et superstitions populaires, et celle de notre collaborateur
M. Campbell sur les Highlands d'Ecosse est un modèle de ce genre. Un
écrivain qui tente d'intéresser noîre public à cette forme traditionnelle et
dédaignée de la littérature, M. Loys Brueyre, a eu l'heureuse idée de
traduire en français les contes les plus caractéristiques des recueils
d'Outre-Manche et nous ne saurions trop recommander son livre à ceux
de nos lecteurs qui, ne pouvant aborder les recueils originaux, voudraient
néanmoins se renseigner sur les récits légendaires des Anglais et des
Celtes àes Iles Britanniques. Le recueil de M. Campbell a naturellement
fourni les principaux éléments, et après lui les récits irlandais de Kennedy
et de Croker, le volume de Hunt pour la Cornouaille, Keightley pour
l'Angleterre et quelques autres collecteurs ont été mis à contribution par
M. Brueyre. Cette anthologie légendaire donne une idée assez exacte
des récits légendaires des Celtes d'Outre-Manche; mais nous aurions
voulu que les « récits relatifs aux héros d'Ossian « fussent plus nombreux
et il nous semble qu'ils auraient pu être mieux choisis. M. B. accompagne
chaque conte d'un court commentaire faisant connaître les contes et tra-
ditions similaires d'autres peuples. Dans une intéressante introduction,
M. B. s'est attaché à démontrer l'intérêt des contes populaires au point de
vue de la mythologie et de l'histoire morale de l'humanité, mais nous
craignons qu'il n'ait poussé trop loin et forcé le système séduisant
de l'interprétation mythologique. H a esquissé en quelques pages les
emprunts faits par les poètes anglais, et notamment par Shakespeare,
aux traditions populaires de la Grande-Bretagne. M. B. se montre
familier avec les sources britanniques de son sujet; notons pourtant qu'il
présente à tort le pays de Galles' comme étant « par excellence une
contrée où les traditions populaires se sont conservées longtemps vivaces »
124 Bibliographie.
(p. XVIII, cf. p. xi. Nos lecteurs savent qu'il n'en est rien. Dansunautre
passage (p. xxxvi) M. B. parle des « triades galloises écrites du iv« au
ix« siècle. » Nous serions curieux également de savoir à quelle source
M, B. a pris cette tradition galloise et comique où il est question des
« anciens druides » U/c, p. 99'.
H. G.
La Russie épique, étude sur les chansons héroïques de la Russie,
traduites ou analysées pour la première fois par Alfred Rambaud,
professeur à la faculté des lettres de Nancy, membre de plusieurs
sociétés savantes de Russie, xv-505 p. in-8. Paris, Maisonneuve,
1876. — Prix : 10 fr.
« La poésie populaire de Russie, nous dit M. Rambaud, comme celle
des autres peuples de notre race, se divise en deux grands courants. Au
premier appartiennent les chansons d'un caractère lyrique telles que les
koliadki ou chanson de Noël, la chanson de la nouvelle année, de l'Epi-
phanie, de Pâques, de la Saint-Georges, de la Saint-Jean, celles qui
célèbrent la mort de l'hiver, la naissance du printemps, le temps de la
moisson et les autres vicissitudes de Tannée, les chansons de fiançailles
et de mariage, les complaintes de funérailles. Au second courant appar-
tiennent les chansons épiques, celles qui célèbrent les héros, les anciens
purs les tsars de la Sainte Russie et les grands événements de l'histoire
nationale. »
Le premier courant de cette poésie populaire de la Russie a trouvé
un historien en Occident dans M. Ralston et son beau livre The songs of
îhe Russian People. Un des rares écrivains français qui étudient la Russie
sans truchement, M. Rambaud, étudie aujourd'hui la partie historique,
épique, de cette poésie. Cette étude n'est pas si étrangère à notre Revue
qu'on le pourrait croire au premier abord, car la comparaison est aussi
utile pour faire l'histoire et déterminer le caractère des traditions et des
poésies populaires que pour établir les rapports et la filiation des langues.
Sans doute il n'y a pas de comparaison directe à établir entre les ballades
historiques vivant encore dans nos campagnes celtiques et les cantilènes
épiques du peuple russe. M. R. explique fort bien comment l'état social
de la Russie a conservé fidèlement dans le peuple la chanson nationale :
c'est ainsi (que M. R. nous pardonne cette comparaison peu gracieuse,
mais topique .') que les toundras glacées de la Sibérie ont conservé à nos
naturalistes non pas des squelettes, mais de vrais cadavres de mam-
mouth, comme embaumés par le froid. Mais il y a bien des points de
rapport, qu'il est intéressant de noter, parce qu'ils montrent bien le
Bibliographie. 1 2 5
véritable caractère de la poésie populaire, celle qui n'a pas encore été
retouchée par les lettrés, celle que fait et comprend le peuple. Ainsi ces
détails de la vie moderne que les conteurs populaires mêlent sans penser
à leur récit : par exemple lorsqu'on voit des héros écrire sur du papier
timbré, ou encore, sur le point d'attaquer un dragon ou un géant, bra-
quer sur lui une lunette d'approche (p. 19). Ainsi ces épithètes qui
accompagnent invariablement certains mots (p. 27) ; ainsi ce que la
langue russe appelle les mots rouges, c'est-à-dire les mots grossiers qui
ne sont pas de mise dans la bonne société. Aussi en lisant dans le pre-
mier chapitre de M. R. l'histoire de Rybnikof, battant les grands che-
mins des régions du lac Onega, se mêlant au peuple pour écouter ses
chansons, réussissant, par sa bonhomie, à faire causer les paysans, écri-
vant sous la dictée des mendiants et des tailleurs, il nous semblait en-
tendre raconter l'odyssée, à travers les campagnes bretonnes, d'un
savant breton que nos lecteurs connaissent bien, et auquel la Bretagne
devra d'avoir sauvé de l'oubli la meilleure partie de sa poésie populaire.
Il nous suffit d'indiquer ces quelques rapprochements pour montrer
l'intérêt que l'ouvrage de M. R. a par endroits pour nos lecteurs. M. R.
a partagé la chanson héroïque de la Russie en quatre groupes : « Vépopée
légendaire, dont les héros se rattachent à la période des origines natio-
nales, et où l'élément historique est assez faible ; Vépopée historique, dont
tous les personnages principaux nous sont déjà connus par les monuments
positifs, et qui forme comme une histoire légendaire, comme les fastes
poétiques de la Russie, depuis les premiers temps jusqu'à nos jours ;
Vépopée qu'il a appelée adventice, parce qu'aucun de ses héros n'est né
sur le sol russe, et qu'elle se compose de motifs empruntés plus ou moins
directement aux épopées étrangères et renouvelée plus ou moins profon-
dément par le génie russe ; Vépopée petiîe-russienne qui s'est développée
dans une branche spéciale de la race russe et sous des influences histo-
riques toutes particulières. » Cette littérature a été l'objet en Russie de
nombreux et savants travaux. En nous résumant ces travaux dans un
volume d'une attrayante lecture, M. R. a rendu service aux études his-
toriques, en même temps qu'il écrivait un intéressant et curieux chapitre
de l'histoire de la poésie héroïque et populaire '.
H. G.
1 . Il y a quelques théories aventureuses dans les explications et les commentaires de
légendes et de mythes que M. R a empruntés à divers écrivains russes; voir sur ce point
l'article que M. L. Léger a consacré à cet ouvrage dans la Revue critique du 22 avril
1876. On trouvera d'utiles rapprochements dans le compte-rendu que M. de Puymaigre a
donné au Polybiblion d'avril 1876, p. jjo.
1 26 Bibliographie.
The Celt and the Teuton in Exeter, by Thomas Kfrslake, of Bristol,
15 p. in-S». — Saint Ewen, Bristol and the "Welsh Border
circiter A. D. 757-926 (par le même), 38 p. in-8". Bristol, Th. Kerslake,
1875.
Ces deux brochures ont pour auteur M. Thomas Kerslake, le libraire érudit
de Bristol. La première est extraite de VArchaologicat Journal, vol. XXX ;
l'auteur, en s'appuyant principalement sur les anciennes divisions paroissiales et
sur la nationalité des saints leurs patrons, essaie de déterminer la topographie
d'Exeter sous la domination saxonne. Cette ville était, suivant les témoignages
historiques, partagée entre Bretons et Saxons. — La seconde, qui est un mémoire
lu au Congrès tenu à Bristol en 1874 par l'Association archéologique de
Grande-Bretagne, a pour but d'enlever à notre saint Ouen, archevêque de Rouen
au VU" siècle, le patronage d'églises de Bristol, de Gloucester et d'Hereford,
placées sous l'invocation de « saint Ewen » et identifier ce saint Ewen avec un
saint breton. L'argumentation de M. K. laisse place à bien des doutes, mais
son travail n'en est pas moins intéressant au pomt de vue de l'hagiographie bre-
tonne.
Traditions populaires de Tarrondissement de Poligny, par M. Ch.
Thuriet (Extrait du Bulletin de la Société d'agriculture, sciences et arts de
Poligny). Poligny, imp. Mareschal, 1875, 32 p. in-8''.
Cette brochure ne tient pas les promesses de son titre. M. Th. s'est borné à
extraire des ouvrages de Monnier et quelques autres ce que ceux-ci ont donné sur
les superstitions de l'arrondissement de Poligny. Il promet « une collection générale
des Traditions populaires de la Franche-Comté qui formeront un recueil plus consi-
dérable peut-être que celui qui a été publié en deux volumes in-S" par les frères
Grimm pour les contrées de l'Allemagne qu'ils ont explorées. » M. Th. désire
par cette première publication provoquer la coopération de ses confrères de la
Société d'agriculture, etc. de Poligny; mais il nous semble qu'il eût été mieux
inspiré en donnant pour prémices de son futur recueil quelque chose de
nouveau, par exemple quelques-uns de ces contes populaires qu'il mentionne dans
sa préface.
Ereuna; or an investigation of the Etymons of words and names, classical
and scriptural, through the médium of Celtic; together with some remarks on
Hebraeo-Cehic alfnities, by a Celtophile. London, Williams and Norgate.
Yiii-176 p. petit in-8°.
Le titre de ce livre en dit assez l'esprit et la méthode pour qu'il soit inutile
d'en faire la critique.
Congal, a Poem in five books, by Samuel Ferguso.n. London, Bell and
Daidy.
Nous rendrons compte de cet ouvrage dans notre prochain numéro.
PÉRIODIQUES
Arch.eologia Cambrexsis, Jan. 1875. — This number opens with a tract
(p. 1-17) on the history of « The Vaughans of Cors y Gedol » edited by
Mr. W. W. E. Wynne. The same number aiso contains an able and interesting
account of « Harlech Castle » by Mr. Wynne who is constable of the castle
(p. 21-31). ^^^- Barnv,-ell contributes (p. !7-2i) a valuable account with
drawings of some Radnorshire Bronze Implements «; he complains that the
curiosities of antiquity exhibited at the annual meetings of the society when
they return to their owners get dispersed and their history lost. The « History
of the Lordship of Maelor Gymraeg » is continued (p. 32-53), by Mr. Lloyd
and is interesting as usual on account of the names it contains. Then follows
the address made by the Dean of Chestertothe Association in 1874 on « Chester
Cathedral » (p. 54-62). Then cornes a short paper (p. 63-69) on « Moated
Castles » contributed by a well-known authority on the subject — he subscribes
himself G. T. C. The number contains two more articles by Mr. Barnwell: one
(p. 70-73) entitled « The Rhosnesney Bronze Implements » and the other
(p. 74-86) on « Pembrokeshire Cliff-Castles » (p. 74-86), which he considers
to hâve been « the oppida, orfortified towns, of the inhabitants of thedistrict; «
but at what time he does not say. However he compares them with those
examined by Mr. Le Men, on the coast of Finistère. Incidentally Mr. Barnwell
mentions « earthworks found more inland in the same county, locally known
as raths^ a term evidently borrowed from the Irish. » Now Irish rath is pro-
nounced rah while the Pembrokeshire word, confmed we believe to the
English-speaking portion of the county, is raith : this together with the fact
that raths and raiths differ in their construction makes it doubtfui whether the
words rath and raith are related as Mr. Barnwell is inclined to think. The rest
of the number is devoted to correspondence and original documents.
April 1875. — The number begins with an article on « Harlech Castle »,
by G. T. G., p. loi-i 15 : this is followed by « Notes on the Archasology of
the Wrexham Neighbourhood » by Mr. Thomas of Cefn, p. 116-125. Next
comes an account by Mr. Wynn Williams of the « Presaddfed Urns » (p. 126-
IJ4). Mr. Rhys concludes his list of « Welsh Words borrowed from the Glas-
sical Languages » (p. 134-156). P. 137-145, are occupied by a valuable
« Account of the Friary of Llanvaes, near Beaumaris, and of the Tomb of the
Princess Joan, Daughter of King John, and Wife of LIewelyn, Prince of Wales »
128 Périodiijues.
by Mr. Bloxam. Next cornes «The legend of St. Curig» detailed by Mr. H.W.
Lloyd. He dates the landing ot St. Curig near Aberystwyth « at a period of
great antiquity, not later than, and possibly anterior, to the seventh century. »
This we are not quite sure of, as it is hardly to be expected that his mother's
name Julitta should become Ilid in Welsh at that date and not some form with
th. « Notices on Watling Street », by Mr. H. L. occupy pages 1 64-1 71 —
Cwcrgloth and gwyrgloth mean gweirglodd *a meadow' and hâve nothing di-
rectly to do with gwyrdd 'green'. Next cornes an article entitled « The St.
Nicholas' Cromlechs and other Remains, near CardifT «, by Mr. J. W. Lukis
(p. 171-185). The writer is we believe a respectable archaeologist, but unfortu-
nately this is not enough for him : he insists on etymologizing and telling his
readers that Caer-yrfa means 'the field of arms' that inocn is the word for stone
— in what language we hâve no idea, — and that the Hindoos worship fî/îu^Vd
as he is pleased to call him. Altogether this article is the worst of its kind
which it has been our lot to read iately. In the correspondence a brief attempt
is made to correct Mr. Brash's account of the Clydai inscribed stones. As to
Gurci an error has escaped us in our account of the Ar. Camb.; p. 420 of the
2d volume of the Revue Celt. in the i ith line from the botton instead of « a great
deal to say about Gurci as though it were Gurci » read « a great deal to say
about Gurci as though it were Cura. »
Juiy 1875. — This number opens with « Correspondence during the Great
Rébellion » contributed by Mr. W.W. E.Wynne (p. 201-210) : he has in the
same also a short account of an « Old Monument in Wrexham Church »
(p. 266-268). The former is followed by a paper by Mr. Bloxam (p. 211-21 5),
on « Sepulchral Monuments in Towyn Church, Merionethshire. » This and the
following one (p. 215-220), by Mr. Davies of Moor Court on Roman Inscrip-
tions at Lydney Parle, Gloucestershire » were read at the Wrexham Meeting in
1874 — the most interesting of thèse inscriptions mentions the name of the god
Nodens or Nudens and his temple. Next cornes a short account (p. 220-223) of
a « Camp on the Llanllechid Hill » by Mr. Elias Owen. Mr. Lloyd continues the
History of Maelor Gymraeg (p. 224-240)'. Mr. Wynn Williams describes
(p. 241-245) some « Natural Antiquities » among which he gives a drawing of
what he calls a « nature graven boulder, near LIanerch y Medd » in Anglesey :
it looks tantalizingly iike an inscribed stone. Then comes a paper « On Pre-
historic Remains in the Edwy Valley, Radnorshire » (p. 246-255), by a writer
who signs himself R. W. B. This is followed (p. 255-266) by a paper by the
late William Llewellin F. S. A. on « the Monastery of Pen Rhys, Rhondda
Valley, Glamorganshire. » Mr. Barnwell has a short description, illustrated by
a drawing, of « The Caergwrie Cup » occupying p. 268-274. This part of the
number finishes with another of the papers read at the Wrexham Meeting on
« Ofïa's Dyke » by Mr. W. Trevor Parkins (p. 275-280). In the correspon-
dence Prof. Westwood gives his readers to understand that he is going on with
his work on the Early Inscribed Stoms of Wales — we had almost despaired of
it, so this intimation is most welcome.
Périodiques. 129
October 1875. — The first paper in this number (p. 299-306) is « On
Pillar-Stones in Wales » by Mr. Barnwell. « The évidence » we are hère told
« that the maenhir is or was nothing more than a tombstone, or a funeral
monument is so extensive and so conclusive Ihat it is unnecessary to discuss
the question. » « Correspondence during the Great Rébellion » is continued
(p. 507-324), by Mr. Wynne, and so is the History of Maelor Gymraeg by
Mr. Lloyd (p. 325-339). Then cornes a short article by R. W. B. on
« Tommen Castle, Radnor Forest » (p. 339-341). This is followed by an
account of « Excavations at Pant y Saer Cromlech, Anglesey » by Mr. Wynn
Williams. « Twyn y Parc » is the subject of a paper by Mr. Hugh Prichard
(p. 349-358). Next comes a brief account by Mr. Rhys of « Some of our
Inscribed Stones » which he inspected in South Wales and Cornwall last
September.They are nearly 50 in number and many of them new tothe readers
of the Ar. Cambrcnsis (p. 359-371). The last article is from the pen of Mr. Gai-
doz : its subject is « The Name of the Welsh » (p. 372-375). His account of
the fortunes of the name are highly curious and interesting. From the corres-
pondence we learn that Prof. Westwood and Mr. Rhys, in the course of the
Caermarthen Meeting, visited the Parcau stone and that the Professer admits
that Mr. Rhys is perfectly right in reading it Q^VENVENDAN- FILI
BARCVN— . In the account of the meeting aiready referred to, we hâve the
address of the président, the Bishop of St. David's ; it is in many respects very
instructive and we find that he still adhères to his theory of a Gaelic occupa-
tion of Wales. We are also rejoiced to find that Mr. Freeman laid due stress,
in a telling speech, on the want of a reliable and critical history of Wales.
The celtic magazine, a monthly periodical devoted to the literature,
history, traditions, etc., of theCelt at home and abroad. Inverness, A. and W.
Mackenzie, 57, Church street. (Mensuel, 6 pence le n").
La petite ville écossaise d'inverness qui possède déjà la Société Gaélique dont
nous avons plusieurs fois parlé (voir plus haut, p. 1 1 1), vient de voir naître une
Revue celtique, le Cdûc Magazine, fondé par MM. Alex. Mackensie et Alex.
Macgregor. Ce recueil doit être consacré à l'histoire, à la littérature, aux anti-
quités, aux traditions, à l'état économique et social des Gaels d'Ecosse, et il
s'occupera occasionnellement des autres branches de la famille celtique pour les
faire connaître au public d'Ecosse. C'est là un intéressant mais vaste programme.
Le premier numéro contient une importante lettre de M. Campbell sur la ques-
tion ossianique et une autre, en sens contraire, de M. Archibald Clark. Mais le
second numéro nous fait désirer que les directeurs exercent une critique sévère
sur ce qu'ils publient, car. à côté d'un article intéressant sur l'état de la contro-
verse ossianique, nous trouvons un article de haute fantaisie sur les chants drui-
diques, par M. Ch. Mackay, l'auteur de ces lettres sur les mots celtiques dans
Shahspeare, publiées il y a quelque temps par VAthenœum. M. Ch. Mackay
prétend expliquer par le celtique (et il entend par là le gaélique), les refrains,
souvent sans signification, de chansons anglaises et françaises. Il nous suffira de
Rev. Celt. III 9
ijo Périodiques.
dire que le refrain français La farira dondainc est expliqué par lui comme signi-
fiant : « Jour! aurore! veille au feu sacré sur la montagne du feu! » Nous
désirons pour l'honneur et le succès du Cdùc Magazine, qu'on ne rencontre plus
dans ses pages de semblables élucubrations. — Le premier numéro du Cdtic
Magazine a paru en novembre 187J.
Beitraege zur vergleichenden SpRAcnroRSCHUNG, t. VIII, 3« livraison.
M. Whitley Stokes y a donné ^p. 304) une nouvelle édition de ses ; Somt
remarks on tbeCeltic additions to Curtius' Greek Etymology. M. Rhys a déjà rendu
compte de ce travail dans la Revue celtiijue, t. II, p. 321, et j'en ai parlé moi-
même, ibidem, p. 425. Je n'y reviendrai pas. MM.Wmdisch et Whitley Stokes,
d'accord sur un grand nombre de points, sont divisés sur d'autres. Le temps
n'est pas encore venu de porter un jugement définitif sur ce différend scientifique
dans lequel les deux parties sont, d'un côté, l'héritier de Zeuss et d'Ebel, de
l'autre, un savant irlandais qui s'est fait une place exceptionnelle par sa con-
naissance étendue et approfondie des langues néo-celtiques. Nous n'avons qu'à
gagner à lire et à relire les pièces de ce procès. — Les Miscellanead'Ehdip. 307)
contiennent plusieurs observations relatives aux langues celtiques : le regrettable
professeur admet que l'a initial de l'irlandais ainm, en breton hano « nom », est
une lettre prosthétique telle que la lettre initiale du grec ôvojia, comme je l'ai dit
dans les Mémoires de la Société de linguistique, t. II, p. 283, et que l'irlandais 6a,
ôam sont le comparatif et le superlatif de oc = iaouanc = juvencus signifiant
« jeune », doctrine que j'ai déjà soutenue dans la Revue celtique, t. II, p. 425-
426. Enfin dans quelques lignes qu'on doit considérer comme son testament, Ebel
recommande aux savants, qui consultent la Grammatica celtica, de ne pas oublier
que ce volume se termine par dix-huit pages d'additions et de corrections, et
que. si on ne tient pas compte de ces additions et de ces corrections, on s'expose
à d'innombrables erreurs. Il termine par un supplément à ces corrections. Dans
ce supplément nous remarquons la mention des gloses bretonnes nouvelles trou-
vées par M. Bradshaw, bibliothécaire de Cambridge, dans l'Eutychius et l'Ovide
d'Oxford, qui ont déjà fourni des gloses publiées dans la Gr. C.^, p. 1052-1054
et 1054-1059. Enfin Ebel annonce que, suivant, le même M. Bradshaw, dont nous
avons déjà eu l'occasion de signaler la capacité comme paléographe, les gloses de
l'Eutychius d'Oxford et celles de Luxembourg, rééditées et si bien commentées
par M. Rhys, dans la Revue celtique, t. I, p. 348, appartiennent au breton de
France et non au dialecte gallois. Ainsi on trouve dans l'Eutychius la plus
ancienne forme du breton prederia a avoir souci », en breton moyen prederaff:
cette forme ancienne est ;7r£ffrû/n (perpendo). Je dois ajouter ici que M. Bradshaw,
encouragé par l'adhésion d'Ebel, a, depuis, sous nos yeux, découvert dans un
manuscrit de la Bibliothèque Nationale de Paris des gloses bretonnes inédites
dont les savants du continent ne soupçonnaient pas l'existence.
H. D'A. DE J.
Zeistchrift fur vergleicuenden Spracuforscuung. t. XXII, dernier
Périodiques. i ^ i
cahier, M. Fick, p. 553, rapproche de l'irlandais loch « lac » les autres formes du
même mot dans plusieurs langues de l'Europe.
T. XXIII, p. 121, M. K. Verner a réuni plusieurs exemples de/ = h ou
yu.On pourrait en rapprocher le breton armoricain finv « mouvement », en
gallois C/1H7/, /jWc/, variante de c'hoarid « jouet », fubu variante de c'houiba
« moucheron ». — L'étude de M. Paucker sur plusieurs suffixes latins, p. 138,
touche à l'histoire de la dérivation dans les langues celtiques; nous citerons le
suffixe -tas -tdtis^ en gallois -dod, en breton -dcd, et les suffixes en -llus.
H. d'A. de J.
Mémoires de l.v SocrÉTÉ des antiquaires de France, t. XXXV.
i'"^ partie, p. 92. Note sur une sépulture antique, fouillée à Berru (Marne), en
1872, par E. de Barthélémy. Quatre planches sont jointes à ce mémoire. Cette
sépulture, évidemment antérieure à l'époque romaine, est tout particulièrement
intéressante à cause du casque conique qu'on y a trouvé. Ce casque est aujour-
d'hui conservé au musée de Saint-Germain.
2" partie (bulletin). — P. 55-58, discussions sur l'art du dessin chez l'homme
des cavernes et sur la date de l'homme des cavernes. — P. 79. M. Sansas émet
l'hypothèse que les mots du patois gascon, qui se retrouvent en breton armori-
cain, sont en règle générale d'origine celtique : exemple, le bordelais costuma
« coutume » devrait s'expliquer par le breton koz « vieux » et stumm «usage».
— P. 98, note de M. Morel sur une sépulture antique de la Marne oij un guerrier
était enseveli avec son char : dans cette sépulture on a recueilli une coupe
peinte d'une fabrique dont les produits sont fort communs en Toscane, en Sicile,
en Grèce et jusqu'en Crimée; cette coupe remonte au plus tôt à l'an 250 av.
J.-C. suivant M. de Witte. — P. 139. Réponse à M. Sansas par l'auteur du
présent compte-rendu. — P. 151. Communication de M. Wescher sur un
document où se trouve traduit par le grec àporpov le substantif arcpo[s\ dont le
mot si connu arepennis paraît dérivé.
H. d'A. de J.
RoMANiA, T. IV, p. 253. Nouvelle étymologie d'aguilaneuf par M. Schu-
chardt. Le même savant, p. 246, admet que l'espagnol pairol, le provençal /^f/o/
soit d'origine celtique : voir dans le vocabulaire comique (Gr. G.2, p. 1080),
le mot pcr « chaudron » (cf. Bcitr., VIII, 44). — P. 358, M. Bugge propose
une étymologie française pour le bas-breton tartouz, hartouz « mite ». Il a raison
de dire que « goemun » est d'origine celtique, sauf un défaut de rigueur dans
l'expression : c'est néoceltique qu'il faudrait dire. Le gallois gwymon, l'irlandais
feamuin supposent une forme plus ancienne vêmmoni-s, qui, si elle avait pénétré
dans la langue française par l'entremise du latin aurait reporté son accent sur la
première syllabe et aurait été traité comme Rennes, de Rêdônes, Langres, de
Li/jgo/ia. Gouge au contraire (p. 358-359) est bien d'origine celtique dans le
sens précis du mot. — P. 453, nouvelle note sur le mot bas-latin cata dont il
a été déjà question dans la Revue celticjue^ t. II, p. 139, 283.
n2 Périodi(jues.
T. V. P. 64. La dissertation de M.Thomsen sur le traitement d'ir et d'i latin
en français peut donner lieu à d'intéressants rapprochements avec les langues
néo-celtiques. — M. Storm, p. 167, aurait pu comparer à l'espagnol canasta le
breton kanasul; p. 175, il donne sur le mot comt^ des observations intéressantes,
auxquelles je ne trouve malheureusement rien de bien certain à ajouter : l'origine
celtique de ce mot est vraisemblable sans avoir été jusqu'ici rigoureusement
prouvée. H. u'A. de J.
RoMANiA, Tome V, p. 82-107. — Contes populaires Lorrains recueillis
dans un village du Barrois à Montiers-sur-Saulx (Vosges) ; avec des remarques
par Emmanuel Cosquin. (Ce travail a été tiré à part en brochure). M. Cosquin
qui avait résumé dans un article du Correspondant du 25 juin 1873, les travaux
de M. Benley sur l'origine des contes populaires Européens, entreprend la
publication d'une série de contes populaires recueillis dans un village de Lor-
raine. Ce premier article contient trois contes : i* Jean de l'Ours^ forme d'un
récit que M. C. retrouve en Allemagne, en Tyrol, en Russie, en Bretagne,
(publié par M. Luzel, Archives des Missions, 5« sér., t. I), en Irlande (Kennedy,
Legcndary fictions of the Irish Celts, p. 43, les Trois couronnes), chez les Avares du
Caucas. chez les ICariaines de l'Indo-Chine, et dans le Siddhi-Kûr Kalmouk.
2° Le Militaire avisé, analogue à quelques contes Allemands. 5° Le Roi d'Angle-
terre et son filleul, que M. C. rapproche d'un conte grec d'Epire, du conte Bre-
ton Trcgont-à-Baiis publié par M. Luzel dans les Archiv:s des Missions, d'un
conte Sicilien et d'un conte Tartare. La collection de M. Cosquin doit une
double valeur et à la fidèle simplicité du récit populaire et au commentaire dans
lequel il montre une connaissance approfondie des recueils de contes publiés jus-
qu'ici. Nous espérons que cet article n'est que le premier d'une publication
spéciale ; car la collection de M. C. prendrait un long temps à passer entière
dans la Romania.
Ne quittons pas M. Cosquin sans signaler un article qu'il a publié dans le
Français du i'^"' janvier 1875, sous ce titre : un conte de l'extrême Orient. C'est
un conte des Kariaines, l'Anneau magique, qui présente de grandes analogies avec
le conte Breton de Bihanic recueilli par M. Luzel {lac. cit.). M. C. a réuni dans
cet article un grand nombre de contes qui traitent le même sujet; et il nous
apprend que, depuis, il en a trouvé une nouvelle variante dans un récit du pays
d'Akwapim, chez les Achantis (Revue géographique de Pétermann, année 18^6,
p. 470). Il a également trouvé des récits analogues dans l'ouvrage de M. RadIofF
sur la littérature populaire des tribus Tartares de la Sibérie méridionale, t. I,
p. 320, et t. III, p. 395. H. G.
Revue des Sociétés savantes des départements, 5'= série, t. VIII. P. 107,
rapport de M. A. Bertrand constatant que des fouilles faites à l'entour et au-
dessous de deux dolmens, près de Menerbes (Vaucluse), ont amené la décou-
verte de nombreux ossements. — P. 110, note de M. Deschamps de Pas sur
un atelier de l'âge de la pierre dans le Pas-de-Caiais. — P. 129 et suiv.. com-
Périodicjues. 1 3 ]
munications de M. Cournaut sur l'enceinte fortifiée du plateau de Tincry
(Alsace-Lorraine), qui serait un lieu de refuge celtique. — P. 151 , note du
même sur des torques gaulois. — P. 326, rapport de M. A. Bertrand sur les
fouilles du Mont Beuvray (Bibraclc). — P. 328-564, compte-rendu de ces fouilles
par M. Bulliot qui les dirige, et qui signale une foule de détails intéressants
pour l'histoire de la civilisation gauloise. — P. 417, rapport de M. A. Ber-
trand sur une communication de M. Liénard relative à la station de Cumières
(Meuse), âge de la pierre. — P. 451, rapport de M. E. de Barthélémy sur
les grottes explorées par M. de Baye dans le département de la Marne. Suit le
texte d'une communication de M. de Baye sur ce sujet. — P. 493, rapport de
M. Quicherat sur une épée en fer à poignée de bronze, supposée gauloise, qui a
été trouvée à Salon (Aube). Cette poignée est ornée d'une figure humaine, fait
jusqu'ici sans exemple.
Sixième série, T. l. P. 104, rapport de M. Quicherat sur des communica-
tions de M. Cournaut concernant : une couronne d'or et un bracelet d'or prove-
nant des tumulus d'Alsace et aujourd'hui au musée de Colmar, le refuge de
Chaté (Meuse) et un groupe de pierre qui représente un cavalier terrassant un
personnage fantastique (musée d'Epinal). — P. 164, communication de
M. Deloye sur un cippe inédit du musée d'Avignon où se trouve la dédicace
ALBoniCE (cf. ALBORiGi). — P. 235, discours prononcé par M. Chabouillet à la
séance générale des Sociétés savantes, le 3 avril 1875. Nous signalerons dans
ce discours ce qui concerne le mot csuvius, p. 238-239, les monuments dits celti-
ques d'Afrique, p. 24^, le temple de Mercure dumiates, p. 248-255. — P. 350,
compte-rendu, par M. Chabouillet, des lectures faites à la section d'archéologie. On
y remarque, p. 384-388, une savante dissertation sur Solima^Solimara et Solima-
riaca. M. Chabouillet proteste avec raison contre la manie des étymologies chez
des travailleurs pleins de bonne volonté, mais trop hardis, comme M. Ragon
qui a inventé le mot gaulois iiggade, signifiant « frontière » (p. 356), comme
M. H. Mathieu et M. Brun qui ont trouvé une étymolcgie celtique , au nom de
la ville de Nice^ en grec >'îxaia (p. 376).
H. d'A. de J.
Revue Archéologique. — Janvier 1875. — P. 6-21, abbé Duchesne: Une
invasion gauloise en Macédoine, en l'an 118 avant J.-C. (Publication d'une
inscription grecque inédite, trouvée près de Salonique, qui fournit un nouveau
document pour l'histoire des Gaulois Scordisques.) — P. 30-42, R. Mowat :
Note sur un groupe d'inscriptions relatives au culte de Mercure en Gaule,
cf. post-scriptum dans le n° de février, p. 131 ; (malgré son titre modeste de
note, cet article est une étude approfondie où l'auteur a réuni tous les faits rela-
tifs au culte de Mercure Arverne). —P. 52-57. H. d'Arbois de Jubainville. Les
Tamh'ou et les Celtes. (M. d'A. de J. combat l'identification de ces deux
peuples proposée précédemment par M. Devéria, parce que d'après lui les
Celtes n'auraient pas traversé les Pyrénées plus de 600 ans avant notre ère ;
ils n'auraient, par conséquent, pas pu passer en Afrique mille ans plus tôt, date
I J4 Périodicjues.
des monuments Egyptiens où il est question des Tamahou. Ceux-ci seraient des
a Lybiens ». Mais que faut-il entendre par ce nom qui désigne incontestablement
une race blonde et septentrionale étrangère à l'Afrique, et par conséquent Euro-
péenne? Il faut aussi tenir compte des noms de fleuve de la Mauritanie identifiés
ici même par M. Pictet comme gaulois). — P. 89. La chronique mentionne la
découverte d'antiquités dans les terrains de l'ancienne source à Bourbonne-les-
Bains, et entre autres une inscription BORVONI ET DAMONAE. — Février.
P. 78. Le Men. ; l'emplacement de Vorgium, découverte de Vorgium (Carhaix);
article important pour la géographie Gallo-Romaine de la Bretagne, avril. —
P. 244-253. Al. Bertrand : Le Casque de Berru, (étude sur un casque récem-
ment découvert dans une tombe probablement gauloise, remarquable par sa
forme conique et par son ornementation). — Mai : p. 281-50J. Al. Bertrand,
Les Gaulois, avec un post-scriptum dans le n° de juin, p. 591-394 (expose sur
l'ethnographie et l'histoire de la race gauloise des théories que nous aurons
l'occasion d'exposer et de discuter quand paraîtra l'ouvrage annoncé de
M. Bertrand, Archéologie Cdiique et Gauloise. Disons dès aujourd'hui que M. B.
apporte des faits archéologiques très-importants et dont les historiens devront
tenir compte). — ■ P. 525-329, H. d'Arbois de Jubainville, Vasso-Galeti : (Dis-
sertation ingénieuse sur le nom Galate^ mais qui ne prouve pas qu'on ait ce nom
dans le terme mythologique, titre de l'article). — Juillet, p. 4-18 : H. d'Arbois
de Jubainville : Les Celtes, les Galates, les Gaulois (observation sur l'article pré-
cité de M. Bertrand ; l'hypothèse d'un Ambtgûtos Biturix (p. 7) nous semble peu
vraisemblable. 11 ne nous paraît pas non plus vraisemblable que le Druidisme ait
été apporté de Bretagne en Gaule, comme le pense M. d'A. de J. avec César.
M. d'A. de J. traite avec détails et nombreuses citations la question du sens
historique des mots Galli et ra),àTai.) — Septembre, p. 138-142, 0. Monte-
lius : Les rochers sculptés de la Suède ; cet article se continue dans le n* d'oc-
tobre, p. 205-210; articles descriptifs avec gravures. — 143-146. Paul du
Chatellier, Tumulusde Renongat en Plovan (Finistère), reproduction de l'article
du Bulletin Monumental mentionné plus bas. — '7'-'73j A. Castan : Les
Déesses-Mères en Séquanie, avec gravure (note sur un morceau de sculpture
découvert en 1875 à Besançon et représentant deux femmes où M. Castan croit
reconnaître des Déesses-Mères). — Octobre, p. 211-223 : H. d'Arbois de
Jubainville. Les Liguses, vulgairement dits Ligures ; ce travail se continue dans
les n" de novembre et de décembre. Il doit former le ch. VII de la 2- partie
d'un livre encore inédit de M. d'A. de J., intitulé les premiers habitants de l'Eu-
rope, d'après les auteurs de rantiijuitc. — P. 246-258, Al. Bertrand : Rapport
sur les questions Archéologiques discutées au Congrès de Stockolm; ce rapport
se continue dans les n" de novembre et décembre, il a également été publié dans
les Archives des missions scientifiques et littéraires (traite plus particulièrement
des origines de la civilisation Scandinave et de la question de l'introduction des
métaux en Europe). — P. 264. Nous trouvons dans la chronique le texte
d'une inscription d'un autel votif, trouvé par M. Bulliot à Monthelon, près
Autun :
Périodiijues . 1 3 5
DEOAPOL
LINIGRAN
NOAMAR
COLITAN
VERANVS
TILANDE
V S L M
Décembre 359-J72, R. Mowat : Le temple Vasso-Galalc des Arvernes et la
Dédicace Mercurio Vassocahti : (M. M. donne en fac-similé la lecture du nom du
temple Arverne dans tous les manuscrits de Grégoire de Tours, et un dessin de
l'inscription de Bittburg d'où il résulte qu'il faut lire Vassocaldi et non Vûsso-
Galcti. M. M. émet l'hypothèse très-vraisemblable que dans Grégoire de Tours
Vasso GâlaU est employé et compris comme nom de lieu : c'est ainsi que nous
disons Notre-Dame, Us Petits-Pères, etc. Mais il nous semble difficile de séparer
le Vasso-Galatc de Grégoire de Tours du Vassocaleti de l'inscription de Bittburg.
La première forme ne peut être qu'une déformation de la seconde, par fausse
analogie, soit chez le peuple à l'époque où écrivait Grégoire, soit chez Grégoire
lui-même.) — P. 385-387, J. deWitte: le Dieu Tricéphale Gaulois. (Plusieurs
monuments gaulois représentent un personnage barbu et âgé, à triple visage.
M. de Witte le rattache au mythe de Géryon, précédemment étudié par lui.)
H. G.
Bulletin monumental, ou collection de mémoires sur les monuments histo-
riques de France. Tours, Bouserez (Paris, Dumoulin). Un numéro paraît toutes
les six semaines. Prix de l'abonnement : 1 5 fr. par an pour la France, 18 fr.
pour l'étranger. — Cette revue est l'organe de la Société française d'Archéo-
logie fondée par l'actif et regretté M. de Caumont ; elle est maintenant publiée
par le nouveau directeur de la Société, M. Léon Palastre.
S« sér., t. III (41'= de la collection), n» i. — P. 24-39 : Huart, Recueil
d'inscriptions inédites du musée d'Arles; inscriptions funéraires de l'époque
Gallo-Romaine. — P. 86-95, article de M. Mowat sur les Monuments épigra-
phiijues de Bavai^ de M. Ern. Desjardins (cf. Rev. Celt., II, 256); M. Mowat
propose quelques corrections aux lectures des marques de potier de Bavai. —
Id., n' 2. — P. 128-134 : Huart, recueil d'inscriptions inédites du musée
d^Arles (fin; inscriptions chrétiennes). — Id., n» 6, p. 557-568: Mowat,
lettre à M. A. de Longpérier sur la restitution de la statue colossale de Mer-
cure, exécutée par Zénodore pour les Arvernes (forme un utile complément aux
articles publiés par M. Mowat dans la Revue Archcologitjae sur le culte de Mer-
cure en Gaule). M. Mowat publie une nouvelle inscription du Mercure Arverne
découverte il y a quelques années dans les environs de Ruremonde (Hollande; :
MERCVRIO
ARVERNO
D barré. D. IRMIDIVS
AR. PO. EV.
1 36 Périodiques.
Mercurio Arverno Dfecimus Irmidius ar(am) pofsuit) e(x) v(oto). L'in-
térêt que présente le monument ne réside pas uniquement dans cette inscription.
Trois de ses faces sont ornées de bas-reliefs que décrit M. Mowat. M. M. pense
que l'attitude donnée au Dieu sur le bas-relief est celle de la statue faite par
Zénodore.
Id., n° 7. — P. 589-600 : Huart, inscriptions inédites du musée d'Arles
(supplément; donne les inscriptions des marques de potier de ce musée).
5« sér., t. IV (42' de la coll.), n° 2. — P. 101-1 14 : Paul Du Chatellier,
fouilles des tumulus de Plovan (Finistère). Une des pierres formant paroi d'une
chambre dans le tumulus de Renongat porte des figures gravées ; elle est repré-
sentée dans une gravure. L'auteur dit à ce propos : « Cette pierre est, je crois,
jusqu'à ce jour, la seule dans les monuments mégalithiques du Finistère qui pré-
sente des figures gravées, et elle a cela de remarquable que, trouvée sur le lit-
toral, elle vient confirmer l'observation faite dans le Morbihan, où on ne cite
pas un seul dolmen éloigné de la côte sur lequel on ait remarqué des ornemen-
tations ou des signes lapidaires. »
La Société française d'Archéologie tient tous les ans un Congrès dans les
différentes villes de France, et chacun de ces congrès fournit une occasion d'in-
ventorier et d'étudier les monuments de la région, et donne lieu à un gros volume.
Voici les principaux articles, relatifs à nos études, que renferme le volume du
congrès de Châteauroux, tenu en 1873 : Les monuments celtiques de l'arrondis-
sement du Blanc, par M. l'abbé Voisin. Comme beaucoup d'écrivains de pro-
vince, l'auteur, au lieu de s'en tenir à un inventaire sobre et précis des monu-
ments qu'il décrit, croit devoir traiter la question des monuments de pierre en
général ! 11 y a là bien des pages inutiles). Le Bronze dans l'Ouest de l'Europe aux
temps préhistoriques, par M. de Cessac; — des marges, mardelles ou margelles,
par M. Guillard; — Recueil des inscriptions Gallo-Romaines des départements
du Cher, de l'Indre, d'Indre-et-Loire, de Loir-et-Cher et de la Nièvre, par
M. Buhot de Kersers; — Note à propos d'une statuette chinoise trouvée à
Argenton, par M. l'abbé Voisin. Cette statuette aurait été trouvée dans des
substruclions Gallo-Romaines (.?) ; non-seulement on n'en donne pas la représen-
tation, mais la note de M. l'abbé Voisin ne contient pas une seule ligne de des-
cription! Elle se borne à des considérations générales sur les relations des
Chinois avec les Romains). Une œuvre aussi ancienne de l'art chinois serait fort
curieuse. Une découverte de ce genre manque à VAntitjiiaire de Walter Scott.
Le volume de la 41* session tenue à Agen et à Toulouse en 1874, contient,
entre autres articles, les suivants : Antiquités Gallo-Romaines du département
de Lot-et-Garonne, par M. Tholin ; — Mémoire sur les ouvrages de fortifica-
tion des oppidum Gaulois de Murcens, d'Uxellodunum et de l'Impernal (Luzech)
situés dans le département du Lot; — Collection de M. le baron d'Agos, à
Tibiran , Hautes-Pyrénées (cette collection est riche en monuments épigra-
phiques, et particulièrement en inscriptions votives). — Ce volume contient
aussi divers articles sur les voies romaines et sur une borne milliaire de la région.
Q^t le Directeur de la Société française d'Archéologie nous permette de lui
Périodiijues. 1 37
demander de donner à la fin de chacun de ces volumes une table qui permette
de retrouver dans tout le volume les diverses classes d'antiquités y-mentionnées.
Cette table se composerait d'articles comme : temples Gallo-Romains, statues
de divinités, bornes milliaires, inscriptions, etc. Pour se rendre compte de ce
que contiennent les volumes, on est forcé de les feuilleter de la première
page à la dernière. La vie de l'érudit est courte; il faut autant que possible lui
faciliter la besogne. H. G.
Revue de l'Instruction publique en Belgique. — Nouv. sér., t. XVIII,
6* livraison, p. 408-41 1. Godefroi Kurth : Quelle est l'étymologie d'Arduenna?
— Il faut que la Grammatica Celtica n'ait pas encore pénétré en Belgique pour
que des étymologies comme celles de M. Godefroi Kurth trouvent place dans
un recueil aussi estimable. « Le Celtique nous offre le mot grvenn qui signifie
marécage, flaque d'eau (sic !) et en prenant ar pour l'article, nous trouverons
que Ardenne signifie le marais^ comme Armoriqut signifie le rivage. » Quant à
Fagne et à Veen, M. K. les rattache directement à son gwenn « marécage. »
Nous renvoyons l'écrivain belge à Zeuss et aux Mémoires de la Société de Lin-
guistique.
Bulletin de la Société d'Anthropologie de Paris, séances des 18 no-
vembre et 2 décembre 1875 : Sur les origines des Bohémiens ou Tsiganes, les
Tsiganes de l'âge du bronze, par M. Paul Bataillard, avec une réponse de
M. Gabriel de Mortillet (a été tiré à part en une brochure de 48 pages in-8'',
en vente à la librairie Leroux). Dans le cours de ses études sur les Tsiganes ou
Bohémiens, M. Bataillard est venu à penser que ceux-ci ne sont pas arrivés
en Europe seulement au moyen âge, comme on le croit généralement, mais qu'ils
y existaient dès l'antiquité. Il émet l'hypothèse que ce sont peut-être eux qui
ont introduit les métaux dans l'Europe occidentale et septentrionale. Plusieurs
archéologues pensent que le bronze est en Europe une importation étrangère,
l'un le faisant venir du Caucase, l'autre de l'Inde, etc. Dans l'opinion de M. B.,
c'est par l'entremise des Tsiganes que cette importation aurait eu lieu. M. B.
donne des détails sur le commerce et les pérégrinations des Tsiganes contempo-
rains qui sont d'autant plus intéressants que dans ce peuple resté primitif, ils
montrent une vie nomade toute primitive, et un mode de rapports internationaux
dont seuls ils ont conservé la tradition. H. G.
CHRONIQJJE.
M. Renan sur Tréguier. — M. Whitley Stokes et l'Académie d'Irlande. —
M. Eug. Mùntz sur l'origine de l'entre-lacs irlandais. — Projet de recueil sur
la Numismatique gauloise. — Cours de philologie celtique dans les Univer-
sités allemandes. — La chaire de philologie galloise à l'Université d'Aberys-
twyth. — La philologie celtique à O.xford ; — et à Edimbourg. — Les
revenants et les gendarmes à Lanmeur. — Un académicien français sur l'île
de Man. — Un projet de revue de mythologie française. — La bibliographie
de la Gaule de M. Ruelle.
Dans son n" du 15 mars 1876, la Revue des Deux-Mondes a publié, sous le
titre de Souvenirs d'Enfance^ le Broyeur de lin, une charmante étude de mœurs
bretonnes, signée du nom de M. Renan. C'est une bonne fortune pour les amis
de la poésie celtique, quand l'éminent écrivain se repose de ses grands travaux
dans le pays et dans les souvenirs de son enfance. Nos lecteurs nous sauront
gré de reproduire ici le tableau de la ville de Tréguier :
Tréguier, ma ville natale, est un ancien monastère fondé dans les dernières
années du v siècle par saint Tudwal ou Tuai, un des chefs religieux de ces
grandes émigrations qui portèrent dans la péninsule armoricaine le nom, la race
et les institutions religieuses de l'île de Bretagne. Une forte couleur monacale
était le trait dominant de ce christianisme britannique. 11 n'y avait pas d'évêques,
au moins parmi les émigrés. Leur premier soin, après leur arrivée sur le sol de
la péninsule hospitalière, dont la côte septentrionale devait être alors très-peu
peuplée, fut d'établir de grands couvents dont l'abbé exerçait sur les populations
environnantes la cure pastorale. Un cercle sacré d'une ou deux lieues, qu'on
appelait le minihi, entourait le monastère et jouissait des plus précieuses
immunités.
Les monastères, en langue bretonne, s'appelaient pabu, du nom des moines
(papœ). Le monastère de Tréguier s'appelait ainsi Pabu-Tual. Il fut le centre
religieux de toute la partie de la péninsule qui s'av^ce vers le nord. Les
monastères analogues de Saint-Paul de Léon, de Saint-Brieuc, de Saint-Malo,
de Saint-Samson, près de Dol, jouaient sur toute la côte un rôle du même
genre. Ils avaient, si on peut s'exprimer ainsi, leur diocèse; on ignorait com-
plètement dans ces contrées séparées du reste de la chrétienté le pouvoir de
Chroni(]ue. 139
Rome et les institutions religieuses qui régnaient dans le monde latin, en parti-
culier dans les villes gallo-romaines de Rennes et de Nantes, situées tout près
de là.
Quand Noménoé, au ix^ siècle, organisa pour la première fois d'une manière
un peu régulière cette société d'émigrés à demi sauvages, et créa le duché de
Bretagne en réunissant au pays qui parlait breton la niiUchc de Bretagne, établie
par les carlovmgiens pour contenir les pillards de l'ouest, il sentit le besoin
d'étendre à son duché l'organisation religieuse du reste du monde. Il voulut que
la côte du nord eût des évèques, comme les pays de Rennes, de Nantes et de
Vannes. Pour cela, il érigea en évèchés les grands monastères de Saint-Paul de
Léon, de Tréguier, de Saint-Brieuc, de Saint-Malo, de Dol. Il eût bien voulu
aussi avoir un archevêque et former ainsi une province ecclésiastique à part. On
employa toutes les pieuses fraudes pour prouver que saint Samson avait été
métropolitain ; mais les cadres de l'église universelle étaient déjà trop arrêtés
pour qu'une telle intrusion pût réussir, et les nouveaux évêchés furent obligés
de s'agréger à la province gallo-romaine la plus voisine, celle de Tours.
Le sens de ces origines obscures se perdit avec le temps. De ce nom de Pabu-
Tual, Pûpa-Tuûl, retrouvé, dit-on, sur d'anciens vitraux, on conclut que saint
Tudwal avait été pape. On trouva la chose toute simple. Saint Tudwal fit le
voyage de Rome; c'était un ecclésiastique si exemplaire que naturellement les
cardinaux, ayant fait sa connaissance, le choisirent pour le siège vacant. De
pareilles choses arrivent tous les jours... Les personnes pieuses de Tréguier
étaient très-fières du pontificat de leur saint patron. Les ecclésiastiques modérés
avouaient cependant qu'il était difficile de reconnaître dans les listes papales le
pontife qui avant son élection s'était appelé Tudwal.
Il se forma naturellement une petite ville autour de l'évêché ; mais la ville
laïque, n'ayant pas d'autre raison d'être que l'église, ne se développa guère. Le
port resta insignifiant ; il ne se constitua pas de bourgeoisie aisée. Une admi-
rable cathédrale s'éleva vers la fin du xiii' siècle ; les couvents pullulèrent à
partir du xvir-'. Des rues entières étaient formées des longs et hauts murs de ces
demeures cloîtrées. L'évêché, belle construction du xvii« siècle, et quelques
hôtels de chanoines étaient les seules maisons civilement habitables. Au bas de
la ville, à l'entrée de la grand'rue, flanquée de constructions en tourelles, se
groupaient quelques auberges destinées aux gens de mer.
Ce n'est que peu de temps avant la révolution qu'une petite noblesse s'établit
à côté de l'évêché ; elle venait en grande partie des campagnes voisines. La
Bretagne a eu deux noblesses bien distinctes. L'une a dû son titre au roi de
France, et a montré au plus haut degré les défauts et les qualités ordinaires de
la noblesse française ; l'autre était d'origine celtique et vraiment bretonne. Cette
dernière comprenait, dès l'époque de l'invasion, les chefs de paroisse, les pre-
miers du peuple, de même race que lui, possédant par héritage le droit de
marcher à sa tête et de le représenter. Rien de plus respectable que ce noble de
campagne quand il restait paysan, étranger à l'intrigue et au souci de s'enrichir;
mais quand il venait à la ville, il perdait presque toutes ses qualités, et ne
140 Chronique.
contribuait plus que médiocrement à l'éducation intellectuelle et morale du
pays.
La révolution, pour ce nid de prêtres et de moines, fut en apparence un arrêt
de mort. Le dernier évêque de Tréguier sortit un soir par une porte de derrière
du bois qui avoisine l'évêché et se réfugia en Angleterre. Le concordat supprima
l'évêché , la pauvre ville décapitée n'eut pas même un sous-préfet, on lui préféra
Lannion et Guingamp, villes plus profanes, plus bourgeoises; mais de grandes
constructions, aménagées de façon à ne pouvoir servir qu'à une seule chose,
reconstituent presque toujours la chose pour laquelle elles ont été faites. Au
moral, il est permis de dire ce qui n'est pas vrai au physique : quand les creux
d'une coquille sont très-profonds, ces creux ont le pouvoir de reformer l'animal
qui s'y était moulé. Les immenses édifices monastiques de Tréguier se repeu-
plèrent ; l'ancien séminaire servit à l'établissement d'un collège ecclésiastique
très-estimé dans toute la province. Tréguier, en peu d'années, redevint ce que
l'avait fait saint Tudwal treize cents ans auparavant, une ville tout ecclésiastique,
étrangère au commerce, à l'industrie, un vaste monastère, où nul bruit du
dehors ne pénétrait, où l'on appelait vanité ce que les autres hommes pour-
suivent, et où ce que les laïques appellent chimère passait pour la seule
réalité.
C'est dans ce milieu que se passa mon enfance, et j'y contractai un indestruc-
tible pli. Cette cathédrale, chef-d'œuvre de légèreté, fol essai pour réaliser en
granit un idéal impossible, me faussa tout d'abord. Les longues heures que j'y
passais ont été cause de ma complète incapacité pratique. Ce paradoxe architec-
tural a fait de moi un homme chimérique, disciple de saint Tudwal, de saint
Iltud et de saint Cadoc, dans un siècle où l'enseignement de ces saints n'a plus
aucune application. Je contractai de bonne heure contre la bourgeoisie une anti-
pathie instinctive, que ma raison depuis a réussi à combattre. Quand j'allais à
Guingamp, ville plus laïque, et où j'avais des parents dans la classe moyenne,
j'éprouvais de l'ennui et de l'embarras. Là je ne me plaisais qu'avec une pauvre
servante à qui je lisais des contes. J'aspirais à revenir à ma vieille ville sombre,
écrasée par sa cathédrale, mais où l'on sentait vivre une forte protestation
contre tout ce qui est plat et banal. Je me retrouvais moi-même, quand j'avais
revu mon haut clocher, la nef aiguë, le cloître et les tombes du xv" siècle qui y
sont couchées : je n'étais à l'aise que dans la compagnie des morts, près de ces
chevaliers, de ces nobles dames, dormant d'un sommeil calme, avec leurs le-
vrettes à leurs pieds et leurs grands flambeaux de pierre à La main.
Les environs de la ville présentaient le même caractère religieux et idéal. On y
nageait en plein rêve, dans une atmosphère aussi mythologique au moins qu'à
Bénarès ou à Jaguernat. L'église de Saint-Michel, d'où l'on apercevait la pleine
mer, avait été détruite par la foudre, et il s'y passait encore des choses merveil-
leuses. Le jeudi saint, on y conduisait les entants pour voir les cloches aller à
Rome. On nous bandait les yeux, et alors il était beau de voir toutes les pièces
du carillon, par ordre de grandeur, de la plus grosse à la plus petite, revêtues
de la belle robe de dentelle brodée qu'elles portèrent le jour de leur baptême.
Chroniijue. 141
traverser l'air pour aller, en bourdonnant gravement, se faire bénir par le pape.
— Vis-à-vis, de l'autre côté de la rivière, était la charmante vallée du Tromeur,
arrosée par une ancienne divonne ou fontaine sacrée, que le christianisme sanc-
tifia en y rattachant le culte de la Vierge. La chapelle brûla en 1828 ; elle ne
tarda pas à être rebâtie, et l'ancienne statue fut remplacée par une autre beau-
coup plus belle. On vit bien dans cette circonstance la fidélité qui est le fonds
du caractère breton. La statue neuve, toute blanche et or, trônant sur l'autel
avec ses belles coiffes neuves, ne recevait presque pas de prières; il fallut con-
server dans un coin le tronc noir, calciné : tous les hommages allaient à celui-
ci. En se tournant vers la Vierge neuve, on eût cru faire une infidélité à la vieille.
Saint Yves était l'objet d'un culte encore plus populaire. Le digne patron des
avocats est né dans le minihi de Tréguier, et sa petite église y est entourée
d'une grande vénération. Ce défenseur des pauvres, des veuves, des orphelins,
est devenu dans le pays le grand justicier, le redresseur de torts. En l'adjurant
avec certaines formules, dans sa mystérieuse chapelle de Saint-Yves-de-la-Vciité,
contre un ennemi dont on est victime, en lui disant ; « Tu étais juste de ton
vivant, montre que tu l'es encore, » on est sûr que l'ennemi mourra dans l'année.
Tous les délaissés sont ses pupilles. A la mort de mon père, ma mère me con-
duisit à sa chapelle et le constitua mon tuteur. Je ne peux pas dire que le bon
saint Yves ait merveilleusement géré mes affaires, ni surtout qu'il m'ait donné
une remarquable entente de mes intérêts ; mais je lui dois mieux que cela ; il m'a
donné contentement qui passe richesse et une bonne humeur naturelle qui m'a
tenu en joie jusqu'à ce jour.
Le mois de mai, où tombait la fête de ce saint excellent, n'était qu'une suite
de processions au minihi; les paroisses, précédées de leurs croix processionnelles,
se rencontraient sur les chemins ; on faisait alors embrasser les croix en signe
d'alliance. La veille de la fête, le peuple se réunissait le soir dans l'église, et, à
minuit, le saint étendait le bras pour bénir l'assistance prosternée ; mais, s'il
y avait dans la foule un seul incrédule qui levât les yeux pour voir si le miracle
était réel, le saint, justement blessé de ce soupçon, ne bougeait pas, et, par la
faute du mécréant, personne n'était béni. — Un cierge sérieux, désintéressé,
honnête, veillait à la conservation de ces croyances avec assez d'habileté pour
ne pas les affaiblir et néanmoins pour ne pas trop s'y compromettre
Dans notre avant-dernier numéro (t. II, p. 430) nous avons publié une lettre
où M. Whitley Stokes relevait de graves erreurs dans l'édition lithographique
du Lebor na huidre, publiée sous les auspices de l'Académie irlandaise. Un peu
plus tard, nous recevions, mais trop tard pour l'insérer dans le n° 8, ces
quelques lignes de Corrigenda :
Revue Celtique II. 430. The first item of the list of corrections of the
lithographie copy of Lebar na huidre should be omitted. The ms. has
(erroneously, of course) ahaimside. The next item should be joenici
(with a dolted /j not f/2oenici. Per contra, add to the list :
142 Chroni(jue.
69. b. 41 Facs. niassumé ms. massumé 'if it be I.'
70. b. 42 — dorochar — dorochair 'cecidit.'
In 69. b. 41 there is a stroke over the m as given in the facsimile ;
but it is in quite modem ink, and should not hâve been reproduced.
W. S.
Ces lignes mêmes étaient composées quand nous reçûmes de l'Inde une bro-
chure intitulée : Rcmarks on the fac-siniiUs piiblishcd by the Royal Irish Academy;
a Lttter to the Chaïrman of the Committee of Polilc Litcrature and Antiquitics, by
Whitley Stokes, vice-président of the Phiiological Society and honorary
member of the German Oriental Society, 24 p. in-8°, Simia, 1875.
C'est une réplique à une réponse faite par l'Académie d'Irlande aux critiques
de M. Stokes publiées par la Revue Celtique. Cette réponse ne nous a pas été
adressée, et nous n'avons pas à Paris occasion de la lire. Mais, si nous en
jugeons par l'examen détaillé auquel l'a soumise M. Stokes, c'est une bien pauvre
défense, et en vérité l'Académie d'Irlande ne peut, en cette circonstance, que
plaider guilty, ou, pour parler français, elle ne peut que demander le bénéfice
des circonstances atténuantes.
M. Stokes avait relevé vingt erreurs dans l'édition de l'académie, et pendant
que sa lettre paraissait à Paris il nous arrivait de l'Inde ces corngenda où
M. Stokes retire sa critique sur le premier exemple. Il avait, dans la copie ma-
nuscrite faite pendant son dernier séjour en Europe, confondu une correction
conjecturale avec la reproduction fidèle du ms. L'erreur est excusable, et on peut
seulement s'étonner qu'elle ne soit pas plus fréquente. La situation est en effet
curieuse : c'est du fond de l'Inde qu'arrivent les corrections à l'édition faite par
l'académie d'Irlande... d'un manuscrit de Dublin.
Il reste dlx-neuj exemples. L'académie, ou, pour parler plus exactement, le
comité nommé par elle pour examiner la question, admet l'erreur expressément
dans dix et virtuellement dans quatre autres, et à part deux autres cas où il y a
malentendu entre M. Stokes et l'Académie, il reste trois exemples seulement
(37^,42; jitj, 33; 113e, 15) où l'académie maintient ses lectures devant les
lectures de M. Stokes.
On voit ce qu'il reste de cette réponse, et encore dans ces trois cas le comité
de l'académie se borne-t-il à opposer son opinion à celle de M. Stokes. Aussi,
pour trancher définitivement la question. M. Stokes fait-il appel à un arbitrage,
mais à l'arbitrage de personnes compétentes, hors d'Irlande, de celtistes pa-
léographes. « Let the committre then, dit-il, hâve photographs made (at my
expence) of the pages of Lebor na hnldre in which thèse three occur ; let them
send (at my expansé) a copy of each of thèse pages to Pro!"essor Ebel,
M. Bradshaw, Chevalier Nigra, Professor Windisch, and Mr. Rhys; and let
them agrée (as I will agrée) to be bound by the décision of thèse accomplished
scholars. » Et dans une lettre particulière (où il ajoutait à ces noms celui de
M. Hennessy, omis aujourd'hui parce que M. Stokes propose des arbitres non-
irlandais) il disait de plus avec une juste fierté : « to their judgment I would
yield — but only to theirs. »
Chronicjue. 1 4 j
Outre les corrections qu'il avait données comme certaines, — parce qu'il
pouvait comparer l'édition de l'académie à sa propre copie de passages relevés
par lui-même dans le manuscrit de Dublin, — M. Stokes en donnait deux
autres, non vérifiées, disait-il, puisqu'il n'a pas le ms. à sa disposition dans
l'Inde, mais que lui suggérait une lecture attentive de l'édition imprimée. A ces
deux corrections, M. Stokes en ajoute aujourd'hui cent vingt-neuf, c'est-à-dire
qu'il les accumule en telle abondance que la place nous manque pour les repro-
duire ici. Au surplus, les savants spécialement intéressés à ces textes en question
pourront se référer à cette collection d'errata que M. Stokes ajoute libéralement
aux textes irlandais de l'Académie d'Irlande. En effet, M. Stokes termine sa
brochure par un appendice contenant lieux cent trois corrections au fac-similé
d'un autre ms., du Lebor Biecc, également publié par l'académie de Dublin. Encore
remarque-t-il qu'il ne relève pas la plupart des fautes commises par les fac-
similistes dans les mots latins! M. Stokes ne nie pas que quelqu'une des erreurs
qu'il relève n'ait pu être commise par les vieux scribes; mais dans les mss. qu'il
a personnellement étudiés, il a si rarement rencontré ceux-ci en faute qu'il ne
peut mettre toutes ces erreurs à leur compte que sur le verdict d'un jury com-
pétent.
Une liste de vingt erreurs, publiée par M. Stokes dans notre recueil, avait
ému l'Académie d'Irlande et, représentée par son « Comité de littérature », elle
était descendue dans l'arène de la polémique. On voit ce qu'elle y a gagné!
On sait à combien de théories différentes a donné lieu l'origine de l'ornemen-
tation si curieuse qui est connue sous le nom d'entrelacs et dont les mss. irlan-
dais et anglo-saxons nous offrent des spécimens si nombreux et si brillants. On
lui a donné tour à tour pour berceau la Germanie, les Iles Britanniques, l'O-
rient, etc.
Un de nos amis, M. E. Mùntz, qui prépare une histoire des mosaïques chré-
tiennes en Italie, nous écrit de Rome que les recherches auxquelles il se livre
depuis longtemps sur ce problème l'ont amené à rattacher directement l'entrelacs
des Germains ou des Celtes à l'art romain et d'une manière plus spéciale à la
peinture en mosaïque. Dès le premier siècle de notre ère, c'est-à-dire à une date
de beaucoup antérieure à celle des bijoux germaniques décrits par M. Linden-
schmidt, ce motif figure à Pompéi dans plusieurs pavements en « opus verniicu-
latum » (dans la maison du Sanglier ce pavement est encore en place). Mais il
n'y est pas encore employé d'une manière systématique, comme il le sera plus
tard. En effet, d'âge en âge la vogue de ce motif d'ornementation va croissant ;
à l'époque du triomphe du christianisme il est devenu, d'un bout de l'empire à
l'autre, l'accompagnement obligé de tous les ouvrages du genre de ceux dont il
vient d'être question. Désormais plus de mosaïque en Italie, dans les Gaules, en
Espagne, etc., dans laquelle n'intervienne cet ornement si singulier. On rencontre
même des pavements qui sont composés en entier d'entrelacs et où les combi-
naisons de lignes ne sont guère moins savantes et moins compliquées que celles
144 Chronique.
inventées par les caliigraphes des manuscrits de Kelis etdeDurham. Ce qui tend
au surplus à prouver combien étaient profondes les racines par lesquelles ce style
se rattachait à l'art romain, c'est que non-seulement on le voit se maintenir en
Italie dans les mosaïques-pavements du moyen âge, mais encore y envahir, aux
approches de l'ère carolingienne, un domaine bien plus considérable, la sculpture
en pierre.
M. Muntz a réuni à ce sujet des documents aussi nombreux que concluants
et nous espérons qu'il traitera la question avec plus de détails dans un des pro-
chains numéros de la Revue Ccltiijue.
Nous empruntons au Journal officiel l'annonce suivante d'un répertoire de
la Numismatique gauloise, dont on prépare la publication :
« Le Ministre de l'Instruction Publique, des Cultes et des Beaux-Arts a
décidé la publication d'un ouvrage destiné à tenir une place importante parmi
les livres d'archéologie mis par le gouvernement français à la disposition des
savants pour fournir à leurs études de précieux et nombreux documents. Il s'agit
d'un recueil qui comprendra l'ensemble de la numismatique gauloise.
« L'ouvrage projeté se composera de deux parties. La première sera le
Catalogue raisonné et méthodique de la collection des monnaies gauloises du
Cabinet de France, à la Bibliotnèque Nationale. Cette série est unique aujour-
d'hui depuis qu'à l'ancien fonds sont venues se joindre d'abord la suite donnée
par le duc de Luynes, ensuite la magnifique collection de M. de Saulcy, acquise
en 1873 P^r un vote spécial de l'Assemblée Nationale.
« Le Catalogue, rédigé sous la direction de M. Chabouillet, conservateur,
par M. Muret, employé au département des Médailles et Antiques de la Biblio-
thèque Nationale, est précédé d'une introduction dans laquelle l'auteur présente
un essai de classification, fruit de ses propres études, qui complète les travaux
antérieurs de MM. de Saulcy, Ch. Robert, Hucher, A. de Barthélémy, etc. Il
est inutile d'insister ici sur l'intérêt qui s'attache à ces monuments, témoignages
authentiques des mœurs et de la civilisation de la race gauloise dont notre
époque cherche à reconstituer l'histoire sous son véritable jour.
« La seconde partie comprendra un texte explicatif et de nombreux dessins
exécutés par M. Ch. Robert, membre de l'Institut, d'après les pièces originales
qu'il a pu retrouver. Ce recueil sera publié sous la surveillance de la commis-
sion de la topographie des Gaules, qui compte parmi ses membres les numismates
et les archéologues les plus spécialement versés dans la connaissance des anti-
quités et de l'histoire des Gaulois.
a Le Ministre fait un appel à toutes les bibliothèques, à tous les musées de
France et de l'étranger, à tous les possesseurs de collections particulières, afin
d'avoir connaissance des pièces qui n'existent pas dans la collection de la
Bibliothèque Nationale, ou qui ne sont pas représentées dans les cartons de
M. Robert. Ces monnaies viendraient ainsi, d'après de bonnes empreintes, com-
pléter le recueil.
Chronique. 145
« Les renseignements ou documents devront être adressés à M. le Ministre,
pour la division des sciences et lettres (i"'' bureau). »
Dans les programmes des cours des Universités allemandes pour le semestre
d'hiver 1 87 5-76, publiés par le Litcrarisches Centralblait^ nous trouvons la mention
des deux cours suivants :
Berlin. M. Ebel : Grammaire de l'ancien irlandais.
Strasbourg. M. Windisch : Grammaire irlandaise.
En ce qui concerne Berlin, la mort de M. Ebel rend vaine la promesse de ce
programme.
Nous avons précédemment (I, 169 et II, 287) annoncé la fondation d'une
université galloise à Aberystwyth. Une chaire celtique vient d'être fondée à cette
université et elle a été confiée à notre collaborateur M. D. Silvan Evans, un des
érudits les plus distingués du pays de Galles. II était difficile de choisir un
homme plus capable d'enseigner aux étudiants le pur gallois et de les intéresser
à l'histoire de leur langue et de leur littérature. C'est là, en effet, comme on
peut le penser, le but principal de l'enseignement donné dans la chaire celtique
d'Aberystwyth, ce qui n'empêchera pas le savant professeur de faire de temps
à autre des conférences sur les différentes branches des études celtiques. Nous
espérons que cette activité nouvelle de M. Silvan Evans fera gagner quelques
intéressants articles à notre recueil.
Nous empruntons la note suivante à notre confrère d'Inverness, le Celdc
Magazine, n* d'avril 1876, p. 168: « Dans une réunion tenue le 7 mars, il a été
rédigé un projet de règlement en vue de pourvoir à la création d'une chaire de
langues et de littératures celtiques à l'Université d'Oxford. Le principal et
les agrégés du collège de Jésus (c'est le collège Gallois d'Oxford) ont offert une
somme annuelle de 400 livres (ic,ooo fr.) : une somme additionnelle de
100 livres C^jJ^o fr.) devrait être payée par l'Université, à moins qu'elle ne soit
fournie d'autre part. Le règlement prévoit aussi la création du comité qui élirait
ce professeur. Le professeur serait tenu de résider au siège de l'Université six
mois au moins par an, du 10 octobre au 1" juillet. Le professeur devrait s'a-
donner à l'étude des langues, littératures et antiquités celtiques, faire un cours
et instruire sur cette matière les membres de l'Université. Il ne devra pas occu-
per en même temps aucune autre chaire on aucun autre emploi dans l'Univer-
sité. » Le Ccltic Magazine ajoute que la Grande-Bretagne aura bientôt deux
chaires de philologie celtique, la propagande de M. Blackie à Edimbourg étant
sur le point d'être couronnée de succès.
Rev. Celt. III 10
146 chronique.
Nous lisons en effet dans l'i4t/!«nrfu/n du 29 avril 1876, que la souscription
provoquée par M. Blackie pour fonder une chaire celtique à l'Université
d'Edimbourg, monte à plus de 8,000 livres (200,000 fr.). La liste des souscrip-
teurs commence par la reine qui s'est inscrite pour 200 livres (^,000 fr.). Dans
une réunion du Conseil de l'Université, M. Blackie a exprimé le ferme espoir
que la souscription atteindrait avant la fin de l'année la somme demandée de
12,000 livres (300,000 fr.).
* *
Le journal que dirige à Morlaix notre ami M. Luzel, le Morlaisien, nous
apporte, dans son n° du 6 mai, l'histoire de revenants que voici :
« On sait que la Bretagne est la terre classique des revenants, et que les
esprits familiers y entretiennent un commerce incessant avec les vivants. On
raconte qu'il existe dans la ville de Lanmeur une maison, d'apparence fort res-
pectable du reste, connue sous le nom de la maison Lavalou, et qui avait, depuis
fort longtemps déjà, la méchante réputation d'être hantée. Il y revenait, toutes
les nuits, assurait-on, si bien que les locataires, effrayés, avaient déguerpi, les
uns après les autres. On avait vainement essayé tous les exorcismes imaginables
pour détruire le sort ; rien n'y faisait. »
Comme on le comprend, cette mauvaise réputation avait grandement déprécié
la maison, et le propriétaire auquel son immeuble ne rapportait plus sou vaillant
depuis longtemps , la laissait à un très-modique loyer. Cet avantage a décidé le
conseil général du Finistère à louer la maison Lavalou, de préférence à toute
autre, pour en faire la caserne de gendarmerie à Lanmeur. Les gens du pays se
demandent si les revenants vont céder devant les gendarmes. Qui sait.? il y aura
peut-être là par la suite la matière d'un tableau : La lutte du gendarme avec
l'Esprit, pour faire pendant à la lutte de Jacob avec l'Ange. Recommandé aux
peintres !
»
Bien des fois déjà on a confondu les îles de Man et d'Anglesey dans leur
ancienne histoire, par suite de la similitude de leurs noms anciens. Il est pour-
tant étrange de retrouver aujourd'hui cette confusion à l'occasion du célèbre
pont tubulaire qui réunit Anglesey au continent Gallois. L'étrangeté est plus
grande encore quand ce quiproquo se rencontre sous la plume d'un écrivain
français qui passe pour connaître l'Angleterre mieux qu'homme du monde et qui
porte même un nom à moitié anglais. C'est M. John (sic) Lemoinne, membre de
l'Académie française, qui, dans le Journal des Débats du 4 mai 1876, parlant du
titre d'impératrice des Indes, pris par la reine Victoria, ajoute : « Toutes les
autorités coloniales devront être nommées dans la même forme ; et mieux encore
les îles de la Manche, et même la petite [le de Man, qui est reliée a l'Angleterre par
un pont, ne faisant pas partie officiellement du Royaume-Uni, seront soumises à
la même formule. » Si ce pont existait, ce serait vraiment une des merveilles du
monde, car l'île de Man est à 50 Kilomètres du continent de la Grande-Bretagne !
Chronique. 147
En rendant compte du beau livre de M. Mannhardt, nous disions plus haut
(p. 121): « Laisserons-nous aux Allemands le soin de faire ce qui est notre
œuvre? Nous leur devons la Grammatica Celtica ; leur devrons-nous encore la
Mythologia Celtica? » Nous sommes heureux d'annoncer à nos lecteurs que
l'hiver prochain verra se fonder à Paris une revue de mythologie qui s'occupera
plus spécialement de la mythologie et du folk-lore des provinces de France, sans
négliger le monde étranger. Sa tâche principale sera de recueillir et de publier
tout ce qui existe en France, de traditions, légendes, contes, poésies et usages
populaires. — Nous donnerons plus de détails sur cette entreprise dans notre
prochain n".
Nos lecteurs trouveront encarté dans ce n" le prospectus de la Bibliographie
générale de la Gaule que prépare M. Ruelle. Ils savent que le manuscrit de cet
ouvrage a été couronné par l'Institut (cf. Rev. Cclt., II, 433). Son titre seul le
recommande aux personnes qui s'occupent d'études celtiques : ce sera pour
elles un précieux instrument de travail.
H. Gaidoz.
NÉCROLOGIE
M. Evander W. Evans, peu connu en Europe, surtout sur le continent
d'Europe, était un celtiste éminent, comme on peut voir par quelques articles
de philologie galloise qu'il a récemment donnés à V Archaologia Cambrensis (sur
ces articles voir Rey. Celt., t. II, p. 134, 279 et 418). M. Evans était né en
Galles, en 1827, à Llangyvelach, dans le comté de Giamorgan, mais il n'avait
que cinq ans lorsque ses parents émigrèrent aux Etats-Unis, comme tant de leurs
compatriotes. Sa vie s'est passée presque entièrement en Amérique. Elève de la
célèbre université américaine connue sous le nom de Yale Collège, il prit l'en-
seignement comme carrière, et il était professeur de mathématiques à l'Université
Cornell, à Ithaque, état de New-York, quand il mourut le 22 mai 1874.
M. Jean û'Heirne Crowe, mort le 13 décembre 1874 à Dublin, était né en
1833 près de Gong, dans le comté de Galway, dans une des parties les pluj
irlandaises de l'Irlande, et il parlait l'irlandais comme langue maternelle. Après
de brillantes études à l'Université de la Reine à Belfast, il fut chargé en 1854
ou 1855, lorsque l'on créa des chaires de littérature celtique dans les trois
collèges de l'Université de la Reine (à Belfast, à Cork et à Galway), de la chaire
1 48 Nécrologie.
de Galway. Crowe remplit cet emploi jusqu'en 1863, date à laquelle ces chaires
furent supprimées, et dès lors il vécut à Dublin de cette vie accidentée qu'on
désigne à Paris du nom de « vie de Bohême » . Crowe était doué d'une intelligence
vive et facile, et ses publications, encore assez rares, où M. Whitley Stokes a
relevé plus d'une erreur, montrent qu'il aurait pu donner à son pays un érudit
éminent si une volonté ferme avait réglé sa vie et inspiré ses travaux. Notre
rôle d'historien véridique nous force de dire que sa fin a été analogue à celle de
notre pauvre ami Lottner : ce sont des habitudes invétérées d'intempérance qui
ont tué O'Beirne Crowe. Un bienveillant correspondant nous adresse la liste des
publications de Crowe, de simples brochures pour la plupart. Nous ne con-
naissons les deux premières que par cette liste :
The Swan of thc Boyne, Dublin. Nous ignorons la date de cet essai, une des
premières productions de Crowe, qui, nous dit-on, traitait de l'utilité d'une
étude méthodique de la littérature irlandaise.
The Calholk University and thc Irish Language, Dublin i8^.
Sccla na Esergi, from Lebor na Uidre, wilh a literal translation, Dublin, 1865.
Dam Liac (Duleek) ; its origin and mcaning, Dublin 1866.
The Amra Cholum Chilli of Dallan Forgail ... with a literal translation...,
Dublin, 1872 ; ouvrage qui devait être continué, mais que la mort de l'auteur
laisse incomplet.
A cette liste il faut ajouter plusieurs articles, la plupart publications de textes
mythologiques, dans le Journal of thc Royal Historical and Archaological Associa-
tion of Ireland de 1870 a 1874.
Lorsque dans la précédente livraison nous imprimions ce travail de M. Ebel
sur le Glossaire d'O Davoren, travail de forme aride, mais qui dénote une si
merveilleuse connaissance de la littérature irlandaise, nous étions loin de penser
que ce devait être la dernière œuvre de notre nouveau et illustre collaborateur.
La mort de M. Ebel est un événement douloureux à bien des égards : Il est
triste de voir un homme, longtemps confiné dans un poste de l'enseignement
secondaire au-dessous de son mérite, disparaître au moment où justice est enfin
rendue à son talent et quand une carrière digne de lui s'ouvre devant ses pas.
C'est en même temps un malheur pour nos études, qui devaient tant à M. Ebel,
de le perdre au moment où en pleine possession d'une érudition lentement
acquise et depuis peu professeur à l'Université de Berlin, il inaugurait sur le
continent d'Europe l'enseignement de la philologie celtique.
M. Hermann-Guillaume Eiîel était né à Berlin, le 10 mai 1820. Ses goûts
le portaient vers la musique, à laquelle il se serait consacré s'il n'avait dû, par
condescendance pour sa famille, embrasser une carrière plus sérieuse. Il resta
musicien à ses heures de loisir et composa même des morceaux de musique.
Après avoir fait ses études classiques au Gymnase du Cloitre-Gris à Berlin, il
étudia aux Universités de Berlin et de Halle. Il enseigna successivement dans
deux gymnases, puis en 1852 il entra au Paedagogium du D' Beheim-Schwartz-
bach à Ostrova, près Filehne, dans la province de Posen. Il profita de ce séjour
Nécrologie. 149
dans un pays slave pour se familiariser avec les langues slaves, et plusieurs arti-
cles de philologie slave publiés par lui dans la Revue de M. Kuhn témoignent
de ses connaissances à cet égard ; on peut aussi le voir par les pages que dans
son édition de la Grammatka Cchlca i! a consacrées à la kratlo, introduisant dans
la philologie celtique un terme de la philologie slave. Ce n'est du reste qu'après
avoir abordé les différentes branches de la grammaire comparée des langues indo-
européennes qu'il se consacra tout spécialement au celtique.
En 1858 i! passa processeur au Progymnase' municipal de Schneidemùhl,
également dans la province de Posen, et il occupa quatorze ans cette modeste
situation, alors que la réputation due à ses travaux l'avait déjà fait l'égal des
professeurs d'université. Enfin en 1873 il fut appelé à l'Université de Berlin oij
il occupa la chaire de Bopp, la chaire de grammaire comparée des langues indo-
européennes. Il pouvait désormais se consacrer tout entier aux études qu'il
poursuivait depuis longtemps. C'est donc au moment o\x la science attendait le
plus de lui qu'il a été enlevé par une mort soudaine, le 19 août 1S75, à Misdroy,
bain de la mer Baltique, près de Stettin, où il passait ses vacances.
A part quelques programmes de gymnase, un sur les mots d'origine étrangère
dans la langue allemande (1856) et d'autres incorporés dans son édition de la
Grammatka Celtka, à part cette édition même, presque tous ses travaux phi-
lologiques ont paru dans les Revues de M. Kuhn, la Zeitschrift et les Beitrage
fur verglckhcndi Sprachforschung. Ces recueils sont trop connus des philologues
pour qu'il soit nécessaire de donner ici la longue liste des articles de M. E. Les plus
anciens de ses articles celtiques ont été traduits en anglais en 1863 par M. W.
K. Sullivan, de Dublin, et à la suite de cette traduction qui avait fait connaître
son nom en Irlande, il avait été nommé membre honoraire de l'Académie irlan-
daise. Mais l'œuvre principale de sa vie a été la refonte de la Grammatka Celtka
dont M. Ebel a fait un ouvrage presque nouveau. Pour apprécier les mérites
du nouvel éditeur, le lecteur n'a qu'à se reporter aux comptes-rendus publiés
dans le t. I de cette revue par MM. Nigra et d'Arbois de Jubainville. M. Ebel
laisse en manuscrit quelques travaux inédits ou inachevés, entre autres un
dictionnaire de l'ancien irlandais; nous avons lieu de croire qu'ils seront publiés
par des mains compétentes.
Le Rév. J.-D. Lester, professeur au collège de Wellington à Wokingham,
dans le Berkshire, mort le 4 décembre 1875 à l'âge de 32 ans, s'occupait avec
ardeur de littérature et de philologie galloise, quoique n'étant pas gallois de
naissance. Il avait écrit dans la Westminster Revkw un article sur le poète gallois
Dafydd ap Gwilym, et il préparait une traduction en vers anglais des prin-
cipaux morceaux de la poésie galloise.
L'homme que M. Whitley Stokes avait si poétiquement et si justement
appelé « l'Etoile du matin de la Philologie Celtique » {The Morning Star of
I. On appelle en Allemagne « progymnase » un collège qui ne comprend pas les classes
supérieures.
1 50 Nécrologie.
Celtic Philology), M. Adolphe Pictet est mort le 20 décembre 1875, dans la
ville de Genève, où il était né le 11 septembre 1799 : l'étoile s'est couchée après
avoir longtemps brillé à l'horizon. C'était un esprit ouvert aux études les plus
diverses, aux mathématiques, à la philosophie, à la linguistique. Il avait débuté
par l'enseignement, continué par la profession militaire, et il a terminé sa vie
dans le culte des lettres et de la linguistique.
Il s'était retiré de l'armée suisse avec le grade de colonel d'artillerie, et il
avait assez approfondi la profession militaire pour écrire un ouvrage sur les
fusées de guerre et pour apporter des perfectionnements à la fabrication des
obus à percussion. De ses goûts littéraires, sont sortis deux ouvrages : Une
course à Chamounix, conte fantastique (1838) et un livre d'esthétique sur le
Beau (1856).
Les questions Celtiques avaient attiré M, Pictet dès sa jeunesse. En 1 824, il pu-
blia un volume du Culte des Cabires chez les anciens Irlandais, que lui-même, plus tard,
fut le premier à vouloir oublier. Son œuvre scientifique commence avec le
mémoire oij, en même temps que Bopp, il reconnaissait l'affinité des langues
celtiques avec le sanscrit et les faisait rentrer dans la famille des langues Indo-
Européennes (1838). L'apparition de la Grammatica Celtica de Zeuss renouvela
son ardeur et il est touchant de l'entendre raconter modestement au début de
son second essai sur les inscriptions gauloises, comment avec les matériaux et la
méthode de Zeuss, il construisit à nouveau les bases de son instruction celtique.
A partir de cette époque, ses principaux travaux sont des essais sur les inscrip-
tions gauloises, et les articles d'onomatologie et de mythologie gauloises qu'il
donnait à la Revue Archéologique. Nos lecteurs n'ont pas oublié ceux qu'il a
donnés à notre recueil. Quand la mort l'a surpris, il préparait un grand ouvrage
sur l'onomastique fluviale de la Gaule et des régions celtiques, pour lequel il avait
accumulé une masse énorme de matériaux, quelques-uns fournis par notre Com-
mission de la topographie des Gaules. Si incomplète que soit son œuvre manus-
crite, elle n'en a pas moins une grande valeur comme collection de documents
d'onomastique et il est bien désirable que ces documents soient confiés à
quelque dépôt public.
Le grand ouvrage de la carrière scientifique de M. Pictet a été ses Origines
Indo-Europêennes (1864), grandiose essai où avec les données de la grammaire
comparée il reconstruisait l'histoire de la civilisation Aryenne. Dans les derniers
temps de sa vie, M. Adolphe Pictet préparait une seconde édition, ou pour
mieux dire une refonte de cet ouvrage. Ce travail est à peu près achevé, sauf
la préface que l'auteur voulait écrire à nouveau.
Le goût des études celtiques n'était pas nouveau dans la famille Pictet; car
dans les Mémoires de l'Académie Celtique du commencement de ce siècle, nous
trouvons (t. III, p. 477), une lettre d'un M. A. Pictet, membre du Tribunal,
adressée à M. Eloi Johanneau, secrétaire perpétuel de l'Académie Celtique.
Dans cette lettre, datée de Genève. 10 prairial an XIII, M. A. Pictet, peut-être
le père de notre linguiste, remerciait l'Académie de l'avoir « agrégé au nombre
de ses membres nationaux non-résidents. »
Nécrologie. 1 5 1
M. Richard Rolt Brash, membre de l'Académie royale d'Irlande et de la
Société archéologique Cambrienne, né à Cork en 18 17, mort le 18 janvier
1876, s'occupait avec ardeur de l'architecture et de l'archéologie de l'ancienne
Irlande, et dans divers recueils d'outre-Manche il a consacré de nombreux
articles à ces questions. Malheureusement il s'occupait des inscriptions ogha-
miques sans avoir en philologie des connaissances suffisamment éclairées : on
peut voir à cet égard le jugement qui a été porté, ici même, sur plusieurs de
ses articles de VArchceologiu Cambrensis (voir le compte-rendu des Périodiques).
En 1874. il avait publié un ouvrage intitulé : The eccUsiastical Architecture of
IrcLmd to the close of the twelfth Centary.
L'Irlande perd peu à peu les hommes de cette héroïque génération qui a donné
il y a trente ans une si vive impulsion aux études Irlandaises. Après O'Donovan,
après Pétrie, après le D' Todd, Sir William Wilde disparaît à son tour (né
en 1815 à Castlerea, comté de Roscommon, mort à Dublin le 19 avril 1876).
Sir William Wilde était médecin de profession et s'était fait une brillante spé-
cialité de l'ophthalmologie : il avait le titre « d'Oculiste de la Reine. » Mais
en dehors de ses études professionnelles, il s'occupait avec ardeur de littérature
et d'archéologie irlandaises. Nous ne citerons ici que celles de ses œuvres qui
touchent à l'objet de notre Revue : Beaaties of Boyne and Blackwater 1 849 ; —
Irish popular Superstitions (sans date ; un des plus précieux recueils de ce genre
et depuis longtemps épuisé) ; — Catalogue of the Antiquities in the Muséum of the
Royal Irish Acaàcmy (3 vol. 1857, 1861, 1862), ouvrage bien connu des
archéologues et moins un catalogue qu'un traité sur les différentes classes d'an-
tiquités qui forment le musée de l'Académie Royale d'Irlande). Sir William
Wilde a pris une part active aux travaux du recensement en Irlande et donné
un certain nombre d'articles aux Mémoires de l'Académie d'Irlande et au Journal
de la Société Archéologique de Kilkenny. — Le petit volume sur les supersti-
tions irlandaises est dédié à Speranza, pseudonyme littéraire de la femme-poète
si distinguée à tant d'égards, qu'avait épousée Sir William Wilde.
Nous apprenons que parmi les ouvrages laissés en manuscrit par Sir William
Wilde se trouvent deux volumes de superstitions populaires et un quatrième
volume du Catalogue des Antiquités du Musée de Dublin.
A l'occasion de la mort de M. Ebel, un de nos amis d'outre-Manche nous a
conseillé de donner une nécrologie rétrospective de Zeuss, pour qu'on trouve
dans notre recueil des renseignements biographiques sur tous les savants qui ont
pris part aux études celtiques depuis leur renaissance. Le manque de place
nous empêche d'accéder aujourd'hui à ce légitime désir. Ce sera pour notre
prochain n°, et nous donnerons en même temps une courte notice sur Gluck.
Espérons que la mort chômera d'ici là, et que notre prochaine nécrologie sera
purement rétrospective. H. G.
ERRATA DU PRÉSENT NUMÉRO :
P. 31,1. 12, au lieu de : in-mani — lire : in -mani
— 1. 21, au lieu de : scramhain — lire : scaïamhain
P. 32, 1. I I, au lieu de : galleamhain 'offense' — lire : gailUamhain 'offense',
IV, 205
— 1. 21, après : ollamhain 'instruction', — ajouter : IV, 20^
— !. 29, au lieu de : nid 'wood' — lire : rud 'bois', I, 266
— I. 31, après : ruigheanas 'éclat' — ajouter : I, 264
P. 47, dernière ligne, au lieu de : caractères ordinaires — lisez : caractères
romains
NOUVEAUX ERRATA DU TOME II.
P. 360, I. I, au lieu de : de l'ouest — lire : de l'est
P. 389, 1. 7, for 'winter' — read 'winter-tide'
— 1. 15, after 'it' — insert 'not'
P. 391, 1. 2, for 'this' — read 'that'
— 1. 26, after 'amongst' — insert 'the'
P. 393, 1. 4, for 'intercession with' — read 'beseeching of
— I. 29, for 'go' — read 'wend to pray'
P. 395, 1. 4 et 8, for 'grave' — read 'burial'
P. 438, 1. 29, au lieu de : ishara — lire : ishare
P. 439, I. 24, au lieu de : ïavapta; — lire Sauapîa;
P. 489, note, 1. 3, for '1876', — read '187s'
P. 491, I. 16, for 'tuba' — read 'luba'
— !. 18, for 'Tetrach' — read 'Tcthrach'
— 1. Tj. for 'Babds' — read 'Badbs'
— note 2, 1. 1, for •Utrach' — read 'Uthrach'
M. Luzel nous prie d'avertir nos lecteurs que des lectures ultérieures et des
inductions fortement motivées, et qu'il serait trop long d'exposer dans une note,
le portent à croire que le titre du conte qu'il a publié dans la livr. 3 de notre
tome U, page 308 et suivantes, devrait être : Le Château de Verre, ou de Cristal,
au lieu de : Le Château Vert.
Le gérant : F. VIEWEG.
Imprimerie Gouverneur, G. Daupeley à Nogent-ie-Rotrou.
LISTE
DES NOMS SUPPOSÉS GAULOIS
TIRÉS DES INSCRIPTIONS'.
L'abréviation C désigne les carnets de voyage de l'auteur ; ces carnets
seront déposés au Musée de Saint-Germain.
ABELLIONI (deo). Musée de Toulouse.
Petits autels fabriqués sur la haute Ga-
ronne. C V., p. 29, 3S, s }.
Var. : ABELIO.
ABIAMARCIS (Matronis), Brambach 635.
Prusse rhénane. Village de Floisdorf.
ABIANo etMercurio. Musée de Montpellier.
Petit autel en terre cuite provenant de
Substantion. C VI, p. 25.
ABREVTVBOGIVS, père de Ivlia Bellorix,
à Langres, chef-lieu des Lingons. Mura-
tori, XXII, 5. — De ce nom, manifeste-
ment gaulois, l'éditeur en a fait deux :
ABREx-TvBOGivs. Le monument est perdu.
ACA, fille d'Inosumotus et sœur de Dibu-
gius, à Vienne des Allobr. Crut. DCCXVIII,
7-
aCAN élève une arule au dieu Xuban sur
la rive gauche de l'Arbas. Maintenant
au Musée de Toulouse. Cf. Hùbner. 1. H.
L. 4974, 2.
ACCA, femme, Hûbner. I. H. L. 2808.
Cf. ACA.
ACCI, ville de la Tarraconaise, auj. Guadiz.
Les collines qui l'entourent, criblées de
cavernes ayant servi jadis à l'extraction
de l'or, sont maintenant occupées comme
demeures par les habitants. Ce nom
antique peut être rapproché de notre
Aquitaine où diverses localités ont été
exploitées comme mines aurifères.
ACCO, nom d'homme au nominatif, à Gu-
miel, en Espagne, au sud de Burgos,
Mur. MCDLXXVIIll, 12. — Hùbn. 3771.
Cf. ACCO. B. G. VI, 4.
ACIONNA, divinité topique, au Musée d'Or-
léans. Trouvé près de cette ville, à la
source de l'Etuvée.
V. Capillus, fils d'iUiomarus, nom de
l'auteur du monument. C V, p. 28.
ADALVS, nom propre. I. H. 2543. Cf.
Adarvs. c XX, p. 30.
ADARVS, père du Trévire C. Iulius Pri-
mus, cavalier de l'aile Norique, Trêves.
C XX, 30.
Cf. ADALVS.
ADBOGIVS, coiNAGi filius. Pétrucorien.
Musée de Mannheim. Brambach 1230.
ADBVCIE, sur un autel à Sirona du Musée
de Bordeaux. C XVI, p. 13. — Cf. ad-
BOGivs, Coinagi filius; et Adbvcillvs,
Caes. B. C. m, 59.
I. L'auteur a également donné dans cette liste des mots empruntés aux inscriptions
gauloises.
Rev. Celt. III
I I
Liste des noms supposés gaulois.
154
Ce mot est suivi de plusieurs lettres
liées, qui permettraient de lire auuvcillvs.
Des antiquaires de Bordeaux ont cru voir
Adbvcietvs, mais nous ne connaissons,
en latin ni en gaulois, aucun diminutif
de cette forme.
ADDO, sur un autel à Jupiter. Apporté
d'Altripp au Musée de Spire.
Nom d'un Gaulois ou d'un barbare de
la rive gauche du Rhin.
ADKBDALVS , fils d'Adianton, à Bâle.
Mommsen lit adledvs, qui serait trop
court de deux lettres. C X, p. 29.
ADEITVVS, père de Borsvs. St-Bertrand
de Comminges. Gruter DCCLXIV, i.
ADGENNIVS, tribun légionnaire, juge, pon-
tife et préfet des ouvriers à Nimes. Le
nom que porte ce Gaulois romanisé est
fort rare et tout indique qu'il a son
origine dans la langue ancienne du pays.
ADGENNONl (nom de femme, au datif).
Trouvé près Novare. Mur. DCCLXXIIII,
2.
ADGENTll (nom d'un vicus). Argence près
Nimes. Herzog partage cet avis.
ADGONNA (femme). EXCINCILLA. Nimes.
Muratori 1623, 8.
ADlANTONl TovTio. Stèle funéraire de
Bâle. Provenant d'Augusta Rauracorum.
C' X, p. 29; Orelli 5060. Mommsen 284.
ADLVCCA, femme. Muratori MCCCLllI, 6.
Brescia.
ADLVC... Nom d'homme tronqué. Niort.
C Vil, p. 19.
ADNAMATIVS, nom de famille tiré du
celtique. Touvé sur une dalle funéraire,
à Cologne. .4ussi à Utrecht, Br. 52; et
au Musée de Stuttgart, Br. 1623.
ADNAMATO (nis), nom d'homme. Carinthie.
Gruter DXX, 4. Cf. Adnamatus.
ADNAMTVS , ADNAM.^TVS. Mommsen,
Mittheilungen 284. C X, p. 13, 29.
Orelli 4983. Cassel près Mayence. Aug.
Raur. Musée de Bâle.
Mommsen ne connaît que la première
leçon, probablement fautive.
ADNAMKTVS. Sur un cippe funéraire du
musée de Bordeaux. C XVI, p. 17.
ADNATVS, surnom du médiomatrique Sac-
conius. Lyon. C XXV, p. 4.
ADNEMA, sœur de Parridivs, fils de Par-
rion, fils d'F.xcingus, famille gauloise
des Alpes chez les gens de Brigantium.
Gap.
ADNOMATVS. Viruni. Grut. 746, 2.
ADONEICO (lovi). Milan. Orelli, 561 1.
ADRONVS, fils de Centronvs. I. H.
2430.
— fils de Verotvs, 1. H. 2519. Cf. Vero-
talus.
ADVLVS, père de Caresvs. Sur une stèle
funéraire du musée d'Avignon. C Xlli,
p. 20.
Cf. Gares, Carasus, etc. Brambach,
230, 1863.
ADVOCISI (génitif), potier; Mommsen,
Insc. helv. 352, 2.
AEDVl, AEDVS. Eduens. C" I, p. 29 V.
Musée d'Autun. Gruter 371, 8. C XV,
p. j. Musée de Nîmes. Orell. 5966.
AETVRA ANDERG! f. I. H. 246J. Valença
de Minho.
AFLIAE (Matronae). Musée de Cologne.
Brambach 338. C VIII, p. 16.
AGEDILLVS. I. B. 1336, 24. Potier. Cf.
AGIDILLVS, I. H. Iborra. 4456.
AGEIO (ni Deo). C V, p. 42. Provient de
Montégut sur la Neste, Hautes-Pyrénées,
selon le cat. de Toulouse.
AGHO (ni deo). Orelli 19(4. D'Asca, près
Bagnères-de-Bigorre .
AGIDILLVS. 1. H. 4456. Ebora.
Cf. Agedillus. I. B. Camulodunum et
Eburacum. Cf. Agedicum. Sens.
AGIED(icum?), Musée du Louvre.
AGIOMARVS, père de Biilla. C XVIII,
p. 33. Saverne, Bas- Rhin.
AGGANAICO (Jovi). Tessin. Orel. 5612.
AHERBELSTE (Deo). Musée de Toulouse,
provient des environs de Luchon.
AHOISSVS. Inscript, de Rabasteins, Gers.
Ce nom est celui du père d'un Gaulois
aquitain qui, suivant la coutume romaine,
porte ces noms, Caius, Octavius, Faustus.
Ces noms étaient répétés.
AIANANDONIS (femme, génitif). Murât.
1516, II. Maffei 247, 5. De Torda en
Dacie.
AICOVINDVS (Rodez). Cf. Ascovindus
dans H. Martin, H. de France, t. II,
p. 144.
Sur la stèle, conservée à l'évêché de
Rodez, le nom rapporté ici est suivi du
mot SvoiiciiNO qui semble dire qu'Aico-
viNDvs était originaire du pays de Sois-
sons. Mais l'Ascovindus historique est
donné comme Arverne, et nous n'au-
rions pas le droit d'identifier les deux
personnages, lors même qu'il n'y aurait pas
une légère différence entre les deux noms,
AIONIS, nom d'homme (gén.). I.H. 2822.
A-LABONTE. Station de la voie romaine
par la Durance. Orell. 5210.
ALARDOSSl. Nom de divinité aquitanique.
Musée de Toulouse. Catal. n° 161; C V,
p. 29.
ALATEIVIAE. E.x-voto du musée de Bonn.
C VIII, p. 33. Brambach n° 197.
ALAVNIVM. Nom de ville sur la route
longeant la Durance. Vases des Aquae
ApoUinares.
AL.WNVS (Mercurius). Musée de Mannheim.
Brambach n° 1717.
ALBARINO, ex-voto trouvé près le Barrou,
entre Vaison et Carpentras. Musée de
cette dernière ville. C XVIlI, p. 18
Liste des noms supposés gaulois.
ALBIAHENEHIS (datif), Musée de Cologne.
C VllI, p. 42 V".
ALBIAHENIS (datif), nom de Matrones du
musée de Bonn. C VUl, p. 40 et 43.
ALBIORIGI (marti). Autel provenant de
Sablet, près Vaison. Musée d'Avignon.
O XIII, p. 13.
ALDENl (nom de femme au datif), fille de
DoNNivs. C V, p. 46. Herzog n" 281.
Il suppose un datif Aldeniae, qui paraît
incompatible avec le contexte.
ALDVOVORIX , nom d'homme séquane.
Rome. Gruter DCCCCXV, 10.
ALEBA (Celtifilia). I. H. 755.
ALETANVS (Pagus). Herzog 448.
ALETVS, nom d'homme. I. H. 7}}. Cf.
ALETANVS.
ALFIA LOHisi filia, BuUuca St-Bertrand
de Comminges. Muratori 1622, 8.
ALISANV, sur une patère dédiée par le
Gaulois Doiros à une divinité topique de
ce nom, trouvée aux environs de Dijon.
Inscr. en langue gauloise.
ALISIIA, nom de lieu, trouvé à Alise de
Bourgogne. Cl, p. 17 v". Inscr. gau-
loise.
ALLEVORIX (Crappai fil.). Nimes. Gruter
DCCLUl, 9.
ALLOBROGES. Gruter. Fasti triumphales.
ALLOBROX. Nimes. Mur. MCMLXXXIV, 4.
ALORA Linusi (uxor s. filia). Nimes. Mur.
MDCCLXXVIII, I.
ALOVNIS (datif). Divinités topiques asso-
ciées à Bedaius. V. ce mot.
ALPINI, nom de peuple. Salona. Gruter
DLXXIV, $.
ALTIAIENSES vicani. ALZEI. Brambach
877.
AMBaCTHIVS, nom d'homme. Zéeland.
Bramb. }6.
AMBADA. 1. H. 2908, 2909.
AMBAICVS. I. H. 2935.
AMBATVS, A. I. H. 623, 738, 2709, 28$5,
2856, 2853, 2948, 2950, 2951, 2956,
3787, 4024. Gruter DCCII,7. Villar His-
pan.
AMBlANVS, NA. Ethnique de la cité
d'Amiens. C XIX, p. 14.
Ex provincia Belg. Or. 4842. Gruter
DCCXXVI, I.
aMBIDRABVS, nom d'homme. Gruter 520.
Villach en Carinihie.
AMBIMOGIDVS. Arcobriga. Murât. 2049.
I. H. 2419. Charge d'un citoyen d'Ar-
cobriga ?
AMBIOMARCIS (Matronis). Brambach 646.
Prusse rhénane.
aMBIRENVS. luvenci filius. Rauraque.
Orelli, 68 j 7.
AMBIRODACV.S. I. H. 4306. Charge d'un
citoyen d'Vxama '
AMBISSOV, nom propre au gén. Aiguillon,
près Agen. Orel. 5235.
M5
AMBRIDIVS. Stèle funéraire du Musée de
Nimes. C XIIII. p. 35.
ambrVSSVM, nom de lieu, entre Nimes
et Montpellier. Orel. 5210.
AMMACA, nom de femme, fille de Superus.
Zulpich. Bramb. i}&.
AMMACIACVS fundus. Belley. C XI, p. 18.
AMMACIVS, nom propre sur un autel à la
déesse Néhalennia. Musée de Leyde.
Brambach 37. C VIII, p. 3.
AMMAIA, nom d'un municipe, trouvé à
l'ortalègre, mvnicip. ammai. I. H. 158.
— Surnom d'une Ivlia trouvée à Lisbonne.
I. H. 5002.
AMMAVA (Vlpia). Brambach, 130.
AMMAVSIVS, nom d'homme, trouvé à
Birken sur le vieux Rhin. Brambach 211.
AMMILLA, LOiivsi filia. Chez M. Gaillard,
à Sens. Catal. du musée, p. 33.
— trouvée à Oppenheim, au-dessus de la
source sulfureuse de Sirona. Br. 917.
AMMINVS, fils d'ANDAiTiA. Cappignia Lu-
sitanie. 1. H. 454.
AMMIA, mère d'un Iulius. A Belley.
AMMIVS, citoyen ambien, au Musée de
Bordeaux. C XIX, p. 14.
— Surnom d'un Octavius découvert dans
l'île de Walcheren. Brambach, 26.
AMMO, nom propre d'homme, au nomi-
natif. I. H. 2797.
AMVRO, nom propre d'homme. Carniole.
Crut. 7j8, ! I.
ANAELVESVS, père de Citusmus. C XXI,
P- ?• ...
ANAREVITIEOS, nom pr. Inscription de
Novarre, 8= ligne. C XI, p. 7.
ANAVO, nom de femme au nominatif.
Luxembourg. Gruter 732, 7.
ANCONDEI, nom de peuple. I. H. 2J20.
ANDAITIA, père d'AMMiNvs. I. H. 454.
andangianivs. Sens, c II, p. 57.
ANDARTA (dea). Die. Orelli 1958. Mes
copies d'après desestampagesduD'Long.
C XII, p. 20, 21.
D"' Long, Mém., p. 382.
Herzog, n° 465. Long a fourni sept
mon. de la déesse andarta des Vo-
conces.
ANDEBROCIRIX. Surnom de femme sé-
quane, inhumée à Vienne (Isère). Gruter
921, 2.
andecamvlenses , nom de peuple.
Rançon. Orel. 1804. Crut. 112,6.
ANDEDVNIS (génitif). Nom d'homme.
Orelli J407.
ANDELOnenses, d'une ville de Navarre. I.
H. 2963.
ANDERE, fille d'ANNivs, fils de Donohox
et de Calva, fille de Cassillvs. Prove-
nant de Martres-Tolosanes. Musée de
Toulouse. C V, p. 46.
ANDERGVS (nom d'homme). Valença do
Minho. I. H. 2465. Cf. Inderca.
IS6
Liste des noms supposés gaulois.
ANDREINE. 1. H. 902
ANDERESENE, femme de Berhaxs. Musée
de Toulouse. Provenant de Barcougnas-
Bagnères-de-Luchon. Cat. 169.
ANDEREX, femme de Socondannos (gén.
ssis). Vallée d'OneiljVillagedeCaoubreras.
Présentement à Luchon. C. XXI, p. 26.
ANDERONI (lOVi). I. H. 2598.
ANDES, nom d'homme. Cives Raetinio,
Dalmatie. Orel. 5270.
ANDETRIENSES. Brambach 1088. Alias
ANDERIENSES.
ANDETRIVM, ville. Ab salonis Andktrivm
viam Gabinianam aperuit (Tiberius).
Orelli J276.
ANDICCVS , surnom d'un Iulius de la
Narbonaise.
ANDIOVRVS, père de Muranus, citoyen
sequane. Bramb. 1525.
ANDOBLaTO, nom de femme, au nomi-
natif. Milan. Orelli 6854.
AND0LAT1VS (C). Gentil. Nimes. G" XIV,
p. 40 v°.
Autel à Nemavsvs élevé par le Gaulois
romanisé andolativs.
ANDOROVRI. Vezenobre près Anduze.
Herzog. épig. n" 263.
ANDOSSIO, fils de Salisius (datif). Gruter
668, 2.
ANDOSSVS, fils de PiANDOssoNNivs. Musée
de Toulouse. C' V, p. 39. St. Bertrand.
Gruter DCCLXllll, i.
Surnom d'Hercule. Orell. 5916.
aNDOSTEMVI (génitifj. Saint-Bertrand.
Gruter DCCLXllll, i.
ANDOSTEN, fils de Licinius. Musée de
Toulouse, provenant de Cier-de-Rivière.
C V, p. 50.
ANDOVARTONI , datif. Milan. Gruter
8j9, 6.
ANDOXPONNI, datif. Saint-Bertrand de
Comminges. Muratori MCCCII, j.
ANDOXVS. Musée de Toulouse, provenant
de Melles. C v, p. 42.
ANDRADA, de Tord a , en Dacie. Mur.
MDXVI, II.
ANDRVSTEHIAE Matron. Musée de Colo-
gne. C VIll, p. 14.
ANDVS, fils de Bellaisis. Toulouse, prove-
nant de Can. C V, p. 44.
ANDVSIA (Anduze), nom de ville, écrit
avec plusieurs autres sur la base d'une
colonnette. Nimes, Musée. C XIV, p. 10.
ANNAIVS DAVERZEvs, fils de Prava, soldat
de la 4" cohorte des Dalmates. Bramb.
742.
ANNAVS, nom d'homme, fils d'Osedavon.
de la cité des Bétases , cavalier de
l'aile II Flavia. Bramb. 981 .C X, p.i s .
Un Nervien, dans Bramb. 937, s'ap-
pelle ANNAi au génitif.
ANNICO, nom de femme, au nominatif,
fille de Mogillon. Nimes. C XV, p. :4.
ANNO (nom d'homme, 1°' cas). 1. H.
2752.
ANOKOBOKIOS, Inscription gauloise de
Novare ; moulage au Musée de Saint-
Germain. C XI, p. 7, 1. s.
ANTELVS, Eburon. Musée de Wiesbaden.
Brambach 90 s.
ANTVBEL, surnom de Bovxivs. I. H. 7(6.
ANTVLLVS, I. H. 1205, 1301, 1727,
1728, 1426.
— fils de Combuoouatus à Mâcon. C IV,
p. 38.
ANTVNNACVM. Ville sur la rive gauche
du Rhin. Orel S236. Milliaire de Ton-
gres, maintenant au Musée de Bruxelles.
ANVALONNACV, datif d'un nom divin
mentionné sur une inscription en langue
gauloise. Autun. C I, p. 30.
APA, nom d'homme. Fréjus. Orell. 3583.
V. Appa.
APEMANTVS. Rome. Muratori, MCDLI,
10.
APPA, père d'Ambata. I. H. 2950.
APPENNINO (lov. OPT. MAX.). Rusicade.
Orell. $613.
APTA(Apt). Aquae apoU. Orell. j2io.
ARAICA, fille d'Araius. 1. H. 2952.
ARAIVS, nom d'homme, père d'ARAicA.
I. H. 29J2.
ARAMICI (Nautae). Avenche. C X, p. 47.
ARANDONICI. Environs de Nimes. Plâtre
du Musée de Saint-Germain envoyé par
M. Aurès.
ARAR (La Saône). Il semble, d'après Amm.
Marcellin, que la Saône, en latin Sau-
conna, serait le véritable nom gaulois de
cette rivière, et Arar le nom scientifique
donné par les Grecs.
ARARDVS (Deus). St-Béat. Orell. 1959.
ARAVRICA. Stèle funéraire trouvée à Mun-
zath, transportée à Bâle. C X, p. 28.
ARAVSA, nom d'homme. I. H. 2600. Cf.
Arausia.
ARAVSIO (Orange). Nimes. Orell. 5231.
C XIV, p. 3.
ARBA, île dalmate. Orelli $275.
ARCISVS, ARENTERi filius. I. H. 753,
2420.
ARDA. Apparitor ad Forum Segusiavorum.
O XXIV, p. 7.
ARD.^CIS (génitif), potier; Musée de Bâle.
ARDBINNA (Dea). Brambach, ^89. «Ce
monument a été trouvé en février 1859,
sur le côté droit de ia grande route
allant de Dûren à Montjoie, dans le voi-
sinage de la paroisse de Gey. La distance
du lieu de la découverte à la grande route
est d'environ 200 pas et au village de Gey
susdit d'à peu près 8 minutes. » Brann,
chez les Jésuites de Bonn, avec lequel est
tout-à-fait d'accord un dessin manuscrit
donné à Brambach par un Père de cet
ordre.
Liste des noms supposés gaulois.
ARDOlNNA. Cives Sabinus, Remus. Rome.
Orell. i960.
ARELATA (Arles). Aquae ApoU. Orell.
$210.
ARENTERVS (Aletifil.). I. H. 735.
AREOBINDVS, sur un dyptique consulaire;
Mommsen. Inscr. helv. 54-» ^■
ARETE, druis Antistita. Metz. Orell. 2200.
ARGIOTALVS Smertulitani filius, Namnis.
Orelli 188. Mannheim. Bramb. 891.
ARIOMANVS, iLiATi filius, Boius. Gruter
670, }.
ARIONI, nom d'homme , datif. Gruter
764, 4-
ARISTOI DELITES, fils de Regalis. Musée
- de Langres. C XII, p. 37.
ARNALIA, surnom de Minerve. Autun.
Orell. 1961, 1962.
ARNEMETICI. Environs de Nimes. Plâtre
envoyé au Musée de Saint-Germain par
M. Aurès.
ARPENINO (deo). Musée de Toulouse.
Orell. J872.
ARRAEDO (nom d'homme, i" cas). I. H.
2826.
ARRAGENVS. Gaulois ou Lusitanien trouvé
à Cologne, présentement au Musée de
cette ville. C vm, p. 20.
ARRO (nom d'homme au nominatif). I. H.
273$.
ARRONIDAECI, ethnique pluriel. 1. H.
2097.
ARSACIS (Matribus) Cisalpine, Orell. 2094,
loco incerto.
ARTIONI(Deae).Muséede Berne. Mommsen,
215.
ARVAGASTAE (Matronae). Miiddersheim,
5 lieues de Cologne, Brambach 590.
ARVATIVS, surnom d'un Batave. Brambach
I $ 17- Cf. Arvagastae.
ARVBIANO (lOVI). Monaco. Orell. J614,
V. BEDAIO.
ARVERNVS, nom de peuple donné au
Mercure du Puy-de-Dôme. C VIII ,
p. 44. C VIII, p. 4S. C XXV, p. 4.
Brambach, 256, 257, S9?7 '74'; add.
J029. Merc. Arver. Noric. trouvé à
Miltemberg sur le Mein, Orell. $875.
ARVRA.NCI (Nautae) et aramici. Le pre-
mier de ces deux noms semble répondre
à Varurensis regio ; le deuxième manque
jusqu'ici d'explication. Momms. Mitthei-
lung. 182.
ARVRENSIS (Regio). Musée de Berne,
statuette, p. III et p. 53 du livret.
ASANEKOTl. Inscr. gauloise de Novare;
moulage du Musée de Saint-Germain.
C XI, p. 7, 1. 7.
ASCATTINIVS RASVCO. Zél. Br. 48.
ASERGNEHAE (Matron.). Blankenheim.
Orel. 2082.
ASIRIO (nis), Gaulois, fils d'Asirius. Calvi.
Maffei, CCCCLXXV, 9.
"57
ASIRIVS. Calvi. MaflFei CCCCLXXV, 9.
aSSENIO (nis), père de Scenus. Brambach,
743-
ASTOILVNNO (deo). St-Béat. Orell. 1962.
ASVIO ? (us, a). Ce nom se trouve aux
musées d'Arles et de Nimes. A Nimes il
est accompagné de noms d'un caractère
gaulois, ex IV, p. 10 v. C XVIII, p. 2.
ATAECINA PROSERPINA (DEA). I. H.
462.
ATAEVORTVS, père de Curita. Celeia :
Gruter, 733, i.
ATEBODVVS Vercombogi filius. Gruter,
758, II : Garnie.
ATDC... V. Ebucius. Bordeaux. C. XVI, p.
27-
ATECINGVS. Milan. Orelli 68s4.
ATEGNATA AMVRONIS f. , M.\LS0N1S f.
Gruter, 758, 11, Carniole; id., 763, 6.
Styrie.
ATLGNIA. Nom d'homme, père de Meddu-
gnatus. Musée d'Epinal : Mur. MLXXXII,
d'après une copie très -incorrecte de Bi-
mard. — C XXI, p. i.
ATEPILLA. Nom d'homme sur une dalle
funéraire du musée de Nimes. C XIV,
p. 10.
.\TEP. ATEPOM\, potier; trouvé dans les
jardins du palais du Luxembourg. Grivaud
de la Vincelle. — Id. à Launeren^ prés
Lausanne; Inscr. helv. p. 92.
ATEPO (ni). Nom d'homme. Brambach,
858.
ATEPOMARI, gén. masc. Narbonne, Gruter,
1046, 9.
.\T1IP0M,\RVS, sur une dalle trouvée à
Paris; Musée archéol. T. I, p. 34.
ATEPONIS. Nom d'homme au génitif.
Apt, Murât. MCCLVI1I,2. Nimes, Murât.
MCCLXXXI, 6.
ATERTA, fille de Sanuacus, tombe autel,
de Bordeaux. C XVI, p. 33.
ATESMERIO, nom de divinité, sur une base
en bronze trouvée à Meaux ; Alm. de
Seine-et-Marne, 1874, p. 82.
ATESPATVS (Liviae Augustae). Bronze au
Louvre, dessiné par moi en estampage.
Même nom sur le buste d'Auguste. Il est
fils de Crixius.
Ces bustes ont été faits du vivant des
personnages. Ainsi les types de lettres
et les points appartiennent aux premières
années de l'empire, et peuvent vraisem-
blablement remonter aux années anté-
rieures.
ATESSAS (-atis). Dalle funéraire du musée
de Nimes. Nom d'homme. C XIV, p. 10,
p. 2. Orelli S242. Bramb. 1023, 1312.
ATEVLA. Tombe plate, cadre orné de
feuillures , du Musée de Bordeaux. C
XVI, p. 32.
Fils de Sollius à Naix. Rém. 37. 11.
ATEVRITVS. Gruter, LU, 10
158
Liste des noms supposés gaulois.
ATGETIS, C XVlll, p. 3.
ATHVBODVA. Taninges (Haute-Savoie).
Moulage à Saint-Germain. C Vil, p. 44.
— C'est l'inscription où M. Picteta réta-
bli hypotliétiquement Cathubodua.
ATIOXTVS. Tombe de femme du Musée de
Bordeaux. C XVI, p. 8.
M. Sansas donne une ATIOXTA p. 19,
notes.
ATISMARA.Spon.Hist.deGenève.Orel.259.
ATOCISSA. Brambach, 1876.
ATRANTI (Augusto). Goritz sur l'isonzo,
Illyrie. Orelli 5876.
ATREBATES. peuple de la Gaule-Belgique.
Milliaire de Tongrcs, Musée de Bru-
xelles. G' II, p. 27 v°.
ATRECTVS, surnom du magister Macirivs
(du vicus honoris), qui avec plusieurs
autres Gaulois d'origine, éleva un autel
à Jupiter en l'honneur de la Maison im-
périale.
C'est aussi l'un des noms d'une longue
liste gauloise trouvée dans le cercle de
Trêves et donnée par Brambach, n" 825 .
ATREGTIVS. Cassel. Orell. 4985.
ATTAE. Surnom des Nymphes d'Apt. Petit
autel provenant d'Apt, au musée d'Avi-
gnon. C' XIII, p. 21.
ATTILLVS. Brambach, 825, !?42-
ATTO, fils de TOTIA LALLA. C XX, p. 27.
Brambach, 825. Id., 91$. Ibid. 1769.
V. les autres noms Attonia Salmanicco
(P) Carantvs.
ATTVCIVS viCTissvs.C XX. p. 26.
ATTVRVS Matti filius. Brambach, 182^
ATTVS. Musée de Bonn. Bram. 760.
ATTVSIOLA. Affranchie , sur une stèle
funéraire du Musée de Bordeaux. C XIX,
p. 13.
ATVNS, nom de f% fille de IVNNA, f' de
lumma.
ATVRITA. Stèle funéraire du Musée de
Bordeaux. C XVI, p. 16.
ATVRO. Neuwied, Orel. 988. Bramb. 692.
ATVSIRVS. Grande tombe d'un naute du
Rhin, du Musée de Mayence, trouvée à
Weisenau. C X, p, 6. Bramb. 939.
AVCTOMARVS, père de Magirus. Gruter,
AVDERIENSES. Gruter, Mayence, 469, 5.
AVENNIENSES. Nom ethnique des habi-
tants d'Avignon, sur un fragment de
bloc. G' XIV, p. 30, Musée de Nimes.
aVENTIA (dea). C X, p. 45 et 4$ v.
Murs du château de Villars, près Morat.
AVENTICVM. Soleure, b" m"', X, 48.
AVENTICVM. G' X, p. 30, 48.
AVETA, fille de Cintugena. Stèle funéraire
du Musée de Bordeaux, provenant des
anciens murs de la ville. C XIX, p. 2.
M. Sansas, notes, cite trois autres ins-
criptions bordelaises portant le même nom
Aveta.
AVFANIAE (Matronae). Musée de Nimégue.
Autel trouvé en 1628, à environ un
demi mille romain, sur le bord du Wahal,
au-dessous de la ville. C' IX, p. 29.
Musée de Cologne, C VIII, p. 17 y
(avfanib).
Musée de Bonn. Trouvé sur la route
entre Commern et Zulpich.
Musée de Lyon. Avfanis Matronis et
Matribus Pannoniorum et Dalmatarum.
AVICANTO deo. Nimes. Orell. 2933.
AVITIANOMARE. Sur une des faces laté-
rales d'une stèle funéraire portant sur sa
face antérieure ce reste d'inscription
FiLiA, ce qui donne lieu de croire que
la défunte était fille du gaulois Avitiano-
MARE. Musée de Dijon, C. I, p. 27.
AVLERCI EBVR. .. Musée de Limoges. C II,
p. 26.
AVMENAHENAE, surnom de matrones au
Musée de Cologne. C VIII, p. 19,
Brambach, 343, lit lENAE au lieu de
HENAE.
AVSVCIATES, pagus entre Milan et les
trois lacs (pago Ossuccio).
AVSVS, père de Vostrvs. Stèle funéraire
trouvée à Lisieux , boulevard Pont-
l'Évêque, maintenant au Musée de Caen.
C III, p. 14.
AVTESSIODVRVS , ville des Senones.
Orelli 5215, trouvée à Auxerre. C I,
p. 30 et 46.
AVTVNNACVM. Voyez ANT.
AXILLIVS, l'un des habitants du Vicus
Voglannionum, qui y firent réparer à
leurs frais un fourneau de cuisine. Trouvé
au village de Pallien sur la route de
Trêves à Liège. Brambach 796 et C
XX, p. 28.
AXIONN, père de Hannaxvs. Haut Com-
minge. Musée de Toulouse. G' V, p. 40.
AXSILLIVS AViTus sive Sacrvna. Sur un
autel au Génie des arénaires, trouvé à
Trêves. C XX, p. 31.
AXSINGINEHAE, Matrones du Musée de
Cologne. C VIII, p. 13.
AXTAC, mot gaulois tiré d'une inscription
sur bronze trouvée au Vieil-Evreux. C III,
p. 1 3 v°.
AXVLA, fille de Cmtugenus. Niche avec
figure en pied de jeune fille. Bordeaux,
G" XVI, p. 6.
AXVRI (Jovi). Gadienses, v. s. L. M.
Herzog, 446. Trouvé sur le territoire de
Mirbel entre les villes de Vaison et de
Nyons.
AZALII, peuple de Pannonie, gouverné par
le commandant de la cohorte I" des Nori-
ques, en même temps préfet de la rive
du Danube, et des cités Boienne et Aza-
lienne. — Voir Gruter CCCCXC, 2.
Les Boïens étant Gaulois, et les Aza-
liens tout près d'eux sur la rive du
Liste des noms supposés gaulois.
Danube, l'élément gaulois se prolongeant
d'ailleurs beaucoup plus loin le long de
ce fleuve, on est porté à considérer ces
Azaliens comme indubitablement Gaulois
eux-mêmes.
BACONI (Deo). Chalon-sur-Saône. C XV,
P- 25.
BACVRDO (sacrum). Cologne. Crut.
LXXXVI, 9, 10. Bramb. 385, }86.
Deux autels qui n'existent plus.
BAESERTE (Deo). Par Tarbelex, fils de
Harsvs. Musée de Toulouse. C V, p. (2.
BAESISCERIS (génitif). Oreto. I. H.
P. Baebius Venustus.
P. Baebi Veneti filius.
P. Baebi Baesiscbris nepos, Oreta-
nus.
Pline (j, }, 25) dit que les Oretans
étaient surnommés Germains, comme
étant d'origine celtique.
BAETERRAE (septimanorum). Aq. Apoll.
Orell. J2I0. Musée de Mayence. C X,
p. 2j. Bramb. BaE. 1153.
BAETESIVS. In villa Pamphilia. Orelli,
7420 3 77.
BAICORRICO (Deo). Musée de Toulouse.
C V, p. 40.
BAIGORIXO (Deo). Musée de Toulouse. C
V, p. 3 5 . Trouvé dans l'arrondissement
de St-Gaudens,oii une localité se nomme
Baigori.
BANDIARBARIAICVS (Deus). I. H., 454.
BANDVA (Deus). I. H. 2498.
BANIO (femme, au nominatif), fille de Cu-
calon. Orel. 4903. Trouvé dans le vil-
lage d'Ossuccio, près Milan.
BANIRA (divinité topique). Sur un ex-voto,
à Malley, demi-lieue ouest de Lausanne ;
aujourd'hui au Musée de cette ville. C
X, p. 32.
BANONA, surnom d'une Claudia. Styrie,
Gratz, Gruter, 763 , 6. Tombeau de
famille où la plupart des noms sont
Gaulois.
BANTVRO surnom d'un Carassounius, sur
une stèle existant à Bâle. C X, p. 26.
Mommsen et Orelli sont d'accord pour
écrire Pantvro, par un p, ce nom où
j'ai vu un b.
BANVCa, femme de samavs. fille de ma-
ciAcvs. Orel. 4900.
BAMB!X,fils de Sorus. Musée de Toulouse.
C V. p. 33; ibid., ib., p. 36; affranchi
de Publius.
BARDOMAG..., vicus Mediol. Crut. CCCC
XXXXIX, 5.
BARDVS, nom d'homme. Cattaus Bardi
filius helvetius. Orell. 6858.
BARHOSIS (gén. masc). Musée de Tou-
louse; prov' de St-Béat. C" V, p. 29.
BASCEIANDOSSO (Deo). Musée de Tou-
louse. C V, p. 42.
'59
BATAVl, peuples de l'île formée par le
Wahal et le Rhin.
Civitas Batavorvm. Autel à Hercule,
transporté de Bois-le-Duc à Leyde : C
IX, p. s, ce qui semble permettre de
placer Batavodvrvm à Bois-le-Duc.
Civis Batavi (gén.). Or. 7420 a 55.
Natione Batavs. Bramb. 1J17.
Domo Batavos. Bramb. 2003.
Betavos. Grut. DXVIIII, 5.
BATO BVLl filius, eques alae Pannoniorum
Grut. DXXXlIi, 10.
— Dasantis filius, natione Ditio, miles
Coh. IV, Dalmatarum. Bramb, 741.
BAVDVAEIOBRICVS. I. H. 2515.
BEBRlCI DivixiLLAE, nom de femme;
Virieu-le-Grand, en Savoie. Reinesius,
XIII, 60.
BECCO MOccoNis filius. Orelli, 4901. Pal-
lanza . Une chèvre est sculptée sur le cippe.
BEDAIO ET ALOVNIS luvavia. Orel. 1964.
Pareillement associé au Jovis arvbia-
NVS.
BELATVCADRO (Deo). Plumpton Wall,
Cumberland, Orell. 5879.
BELATVCADRVS (Mars). Grande-Bretagne.
Orel. 1965. 1966. Julius Aug. actor
Juli Veri praef. 5879.
BELATVLIA, fille de dvnvs. Carinthie.
Mur. 2076.
BELATVLIA COMIS. Langres. C XII,
p. 42.
BELATVLLA (Terentia). Grut. 943, 3.
Mur. IJ43, 2. Spon. Hist. de Genève.
Trouvée à Genève.
BELATVLLVS. Brambach. 1336.
BELaTVLVS. Surnom d'un hastifère mat-
tiaque du Musée de Mayence. C X,p.i3.
BELATVMARA (Saplia). Bavière. Orell. 497.
BELENVS (Deus). Aquil. Orell. 1967.
Apollo. Orell. 1968.
BELENUS ou BELINUS APOLLO, sur la
même feuille, Gruter, XXXVI, 11,12. 13,
14, 15. 16, 17.
BHAHCAMl, déesse. Datif. Ex-voto du
Musée d'Avignon, provenant de Vaison.
C XIII, p. 24.
BELEX BELEXCONIS fil. Musée de Tou-
louse. Orell. 5872.
BELEXCO, père de Belex. Musée de Tou-
louse. Orell. J870.
BELGICA. Gruter, CCCLXXXIX, 2.
BELGinates vicani. Henzen : Belginates, ce
qui est une bonne interprétation, le nom
de lieu étant Belginum. Bramb. 864.
BELISAMA (Minerva). Saint-Bertrand de
Comm. Orel. 143 1.
BELLA, fille de Nertomarus. Boien et de
Custa d'Aquincum. Orel. 6857a. Genève.
Veturia Bella, G. 714, 4.
BIILLA, fille d'AcioMARvs. C XVIlI,p.33.
BELLAISIS, père d'ANDvs. Musée de Tou-
louse. Tirée de Gan. C V, p. 44.
i6o
BELLANCO, femme. Gimonis, Bramb. 641.
BELLATORIGIS, f* gén. Brambach. 1877
BELLATV, trouvé près d'Autun. Société
de Chalon. C XV, page 27. Bellatula,
Genève. Mur. MDXLIII, 1.
BELLATVLVS,nom d'homme. Styrie. Grut.
763, 6. Cf. Belatulla et BelatuUia.
BELLICcVS (SVRBVR). Brambach 1909.
Musée d'Épinal, cat. 66 ; provenant de
la montagne du Donon. Chien et loup
affrontés.
BELLICIVS SECClO. luvavia. Orel. 497
Mari de Bellatumara.
BELLICVS. Mayence. Orell. 2776. Turin.
Gruter, 475, 2.
BELLINVS. Nom propre inscrit sur une
tombe. Divixti filio. A la Bibliothèque de
Bâlp. C X, p. 27. (Sextilivs). C XI,
p. 16.
BELLORIX. Nom de femme. La terminai-
son rix est commune aux deux sexes, il
y en a plusieurs exemples. Ici Bellorix
est une Julia, fille d'Abreutubogius. Orel.
XXII, 5.
BELLOVAcvs cives, vienna Allobrogum.
Orell. 191.
BELLVS, fils de Giamius. Metz. C XX,
p. 1.
BEMILVCIO (Deo). Paris. Montfaucon.
Orell. 1970.
BERGIMVS. Deus. Brescia. Orell. 1971.
Cénoman, Orell. 1972.
BERHAXS. Tombe venant du territoire de
Luchon. Musée de Toulouse, catalogue
169.
BETASll ou BAET. Peuple. Ethnique belge.
Cavalier du musée de Mayence. C X,
p. 15. Cohors. la BAET. Orelli, 5672.
BETVITVS. Rex Arvernorum. Grut. Fasti
triumphales, 298, 5.
BETVDACA , fille de Matuus, à Bordeaux,
CXVI, p. 27. Il y a dans Sansas, notes,
une autre femme du même nom, défigurée
en ulbitudaga = Ivl.bitvdaca, p. j6.
BEVSAS. Suiti fil, Delmata, mil. coh. 1111.
Brambach. 869. id. 1621.
BIAVSIO (Mercvrio). Brambach, 97.
BIBIENSES vicani. Bramb. 1676.
BIBRACTI iDeae). Luxemb.? Orel. 1973.
Un autre pareil a, dit-on, été trouvé à
Autun (cf. Rev. Celt. 1, 306).
BIAIAAANO... Nom d'une localité voisine
de Nimes, gravé sur le chapiteau d'un
pilastre. Musée de Nimes. Carnet XIV
p. 7.
BIHOTARRlSCgénit.). PèredeSilvain, mari
d'Amoena, fille de Sembetennis. C V
p. 48.
BlHOrvS, nom d'homme. Autel â Hercule
De Valcabrère. Musée de Toulouse. C V
p. 41. Le catalogue du musée de Tou-
louse porte un R au lieu d'un T. Mais je
crois ma lecture certaine, et elle est con-
Liste des noms supposés gaulois.
firmée par le nom composé bihotarris.
BILCAI.SIO. Nom d'homme, i"' cas. Seli-
gny prés Coppet . Orel .316. Momms. 123.
BILLI. Nom de divinité. Fragment trouvé
à Marseille; maintenant au Musée d'Avi-
gnon. C XIII, p. 7.
BILLIO, Nom d'homme, i" cas. Seyssel.
Orelli, 2065.
BIMMOC ),iTOU|xap£o;. Carnet IV, p. 36.
BINGIVM. Bingen. C II, p. 27 v°.
BIRACATVS. Surnom d'un lulius. Dijon.
Mur. MCLXXVIII, 2.
BIRACILLVS. Dijon. Mur. MCLXXVIII, 2.
fils de BIRACATVS.
BIRIATVS. Voy. viRiATVs. 1. H. 2970.
BIRRAGONIS filius (BELLATVLVS). Gratz
en St)rrie, Grut. DCCLXIII, 6.
EISA, père de Blarta, Bessus, Brambach,
H4-
BITl. Mot gaulois. Tiré de l'inscription en
langue gauloise, découverte au lieu dit ;
Vieil-Évreux. C 111, p. 13.
BITICENTVS. Eques alae Tautor. Bessus.
I. H. 2984.
BITIVS. Nom d'homme. Bessus. Orell.
35$2-
BITTIO. Nom d'homme, i" cas. Grut.
733, 5. Lac de Garde.
BITVCVS. Surnom masculin. Watermore
prope Cirencester. Orell. 6722,
BITVGIA. Nom de femme. Grenoble. C'V,
p. 17.
BITVRIX, nom d'une affranchie. Musée de
Langres. C" XII, p. 34.
— nom de pays d'un lulius Balbus. C XXII,
p. 14. Musée de Lyon.
BITVRIX, vitalis filia. Auxerre, C 11, p. 13.
BITVRIX VV (lulius Lupus cives). Gruter.
731, 3. Trouvée à Bordeaux, rue du
Loup.
BIT.C I BIT.C I BIT.C. Bituriges Cubi.
Places réservées dans le cirque de Lyon,
aux délégués des cités gauloises, Bitu-
riges Cubes et autres. C XXIII, p. 3$.
BITVRIGES VIVISCl, Bordeaux. C XVI,
p. 10. 2 fois. Orell. 196. BITVRIX VB,
Grut. DCCXXXl, 3.
BITVS. Surnom masc. Niersbach. Bramb.
855.
BLARTA (LbNciNvs). Bisae filius, Bessus,
Brambach. 344.
BLASTVS, surnom romain (Forcellini), et
peut-être gaulois, comme père de Camulia
et mari d'ivorix. Bordeaux, v. C XVI,
p. 12.
BLESIO. Autel trouvé sur le bord du Wahal,
C IX, p. 3$.
BLVSSVS, ATVsiRi filius, Nauta, Mogontiaci.
Bramb. 939.
BOATI (ESCVLAPIO). Henzen. 5736. L'édi-
teur tire ce surnom d'Esculape, du nom
(bois) d'une île. Henzen admet que c'est
plutôt le nom du mari de la dédicante.
Liste des noms supposés gaulois.
Je préfère la première hypothèse en tirant
ce surnom des Boates de Bordeaux.
BOCCO HARAVsosi, datif. Musée de Tou-
louse. C V, p. 36. Ibid. C V, p. 45.
HAROVSONl.
BOCCVS. Nom d'homme. I. H. 410. Svnvae
Bocci filiae. Ibid. 769. Boccvs Grati
filius.
BODECIVS BVRRALi, nom d'homme, l. H.
26}}.
BODICA. Bramb. 745. Prusse rhénane.
BODINCOMAGENSIS. De Bodincomagus.
Orel. 4737. Herzog, 380.
BODINCOM.AGVS. Pline, H. N. 3, 16.
BODVaCIVS. Nom propred'homme. Nîmes.
C XIV, p. 39. C XV, p. j.
BODVOS, sur une fibule trouvée dans
l'Erdre (Loire-Inférieure).
BOI, nom de peuple. Les Boiens de Bor-
deaux. C XIX, p. 10.
BOIAS (Cives'. Bordeaux. C XVI. p. 38.
BOIAESSILAE (?) Nom de femme. Musée
de Langres. C XII, p. 37.
BOIIORIX. Nom d'un personnage gaulois qui
éleva, entre Autun et Couches, un autel
en pierre avec niche à fermetures de
fer, destinée à loger un ex-voto qui con-
sistait en un taureau de bronze à trois
cornes. Un autel gaulois semblable fait
partie du Musée de Dijon. Le taureau
appartenait à M. Jovet, d'Autun, qui
voulut bien me permettre d'en prendre
une photographie. Je me félicite d'avoir
conservé une trace d'un monument très-
curieux, qui peut-être n'existe plus.
BOIODurum. Saint-Oswald. Orell. 5262.
BOISCVS, surnom de Magidius. Narbonne.
Crut. DCCCCLXXXUl, 10.
BOIVS, ARiOMANvs iRiATi fil. Vienna Allobr.
Grut. DCLXX, 3. — Praefectus ripae
Danuvi et p. civitatum duarum Boio-
RVM etc.
BOLVINNVS (Mars) et Duna. Bouhy, près
Entrains. C III, p. 32 v°.
BONBELEX, fils de Harbelexs. G' XXI,
p. 26.
BONCONICA milliaire de Tongres; Musée
de Bruxelles. C' II, p.
BONDOBRICA, milliaire de Tongres, main-
tenant au Musée de Bruxelles. Après
avoir étudié attentivement le monument,
je reste convaincu que cette lecture est
préférable à Baudobriga qui avait d'abord
été proposé.
BûNECONlS. (Gén. mose). C' XXI, p. 26.
BONONIA Bologne, Bramb. 121 3.
BONXSVS, fils de Donnadinn. Haut Com-
minge. Musée de Toulouse. C V, p. (o.
BOPIENNO (Deo). St-Bertrand-de-Com-
minges, Orell. 5880a.
BORBITOMAGVS. Worms, G' II, p. 27 v°.
BORILLI, nom propre d'homme. Gén.
Autun. C' I, p. 33
Rev. Celt. III
161
BORMANNICVS (Deus). I. H. 2402,2403.
BORTOSSVS. Auch. C' XIX, p. 19.
BûRVO(-ni) ET DAMONAE. Divinité des
eaux thermales associée à Damona ,
quelquefois à Apollon. Bourbon -Lancy.
C' 1. p. 34. Bourbonne-les-Bains. Orell,
(880. — Il s'écrit aussi Borbo.
BOVALVS. I. H. 248s.
BOVDIA, nom de femme. Nimes. Grut.
DCCXXII, 9.
BOVDIVS, nom d'homme. Autun. Gruter
MCXXXVII, $.
BOVDVS Catvni filius. Musée de Langres.
C' XII, p. 30, 31. Musée de Nimes. —
BOVDVS vRiLioNis filius, dans Gruter
838, 6.
BRATO, nom propre d'homme, i""'' C'.
Nimègue. Mur. X, 2. Bramb. 11 5. C' IX,
p. 28.
BPATOVAE. Sur un chapiteau et une
inscription du Musée de Nimes. C' XIV,
p. 7. — L'inscription est en caractères
grecs, suivant l'usage gaulois, mais on
ne peut affirmer qu'elle soit ou non en
langue gauloise.
BRASVS, surnom gaulois de C. Mansue-
tius, citoyen trévir.
BRENNOi, Sur une frise d'angle représen-
tant, d'un côté, quelques fragments de
mots ; en face, des animaux en chasse,
et sur le 3" côté le nom qu'on lit en
tète du présent article.
BREVCI, nation pannonienne. Musée de
Bonn, venant de Clèves. C' Vlll, p. 50.
BREVCVS. Bramb. 740. Nom propre. Na-
tione BREVCVS. IBlvssvs.
BRICIOnis filia. Nom d'homme. Voir
BRIGANTIAE Sacrum. Middleby Scottiae.
Orel. 5881. Ad confl. Aeni et Danubii.
BRlGANTlENses Famille gauloise dont
le chef était questeur et duumvir du
municipe de brigantivm (Briançon sur
la Durance). Quoique le nom patronymi-
que de cette famille eût fini par revêtir
la forme romaine, les autres membres
avaient généralement conservé le surnom
gaulois. Voir les Parioius.
L'inscription est aujourd'hui à Gap.
BRIGANTINI. Briançonnet, entre Grasse et
Entrevaux. Orell. 1012.
BRIGANTIVM (Briançon). Aq. Apoll. Orell.
J2i0.
BRIGINDONl (divinité gauloise au datif).
Musée de Beaune. C^ I, p. 28 v°.
BRIGINN, nom d'un lieu près Nîmes, écrit
avec plusieurs autres sur une colonnette
déposée au Musée de cette ville. Henzen
J230.
BRITOVIVS (Mars). Orell. 1356. Herzog
245. C" XIV, p. 22.
BRITTA, surnom de Philetius, jeune homme
inhumé à Coppet ; l'autel funéraire au
Musée de Genève. C X, p. 38.
12
|62
Liste des noms supposés gaulois.
BRITTIS(Matronis). Cisalpine. Orell. 2094.
BRIVATIOM, mot gaulois, de l'inscription
dp menhir dit du vieux Poitiers. O vu,
p. 15.
BRIXA, nom d'homme. Metz. C XX,
p. 17.
BRIXA.NTV (Deo). Moulins-Engilbert (?).
Orel. 197s. Orelli indique le nom de
Moulins-l.ngilbert comme étant celui du
lieu où le dieu Brixantu a été trouvé.
Il y a peut-être confusion avec Moulins,
chef-lieu de l'Allier, ville plus impor-
tante et d'ailleurs voisine.
Consulter les Mém. de l'Acad. des
Inscr. T. 31, p. 261.
BRIXIAE (et Luxovio) (Diis). Luxeuil.
. Orel. 2024.
BRVGETIA, nom de lieu. Sur la base d'une
colonnette trouvée à Nimes. C XIV,
p. 10.
BVAICORIXO (Deo). Haut Comminge.
C V. p. 39.
BVBNVS, nom d'homme, 1. H. 2484.
BVGIO (Deo). Tarquimpol, Orel. $882.
BVLVS, Batonis pater. Gruter, DXXXIII,
10.
BVRGIO. Blesii filius. Br. 70. Nimégue.
BVRI, nom d'homme au génitif. Bessus ?
Orell. J5<8.
BVRORINE (Deae). Domburg. Orell. 588?.
BVRRALI, nom d'homme, génitif. I. H.
2655.
BVTRIO, nom d'homme, i"cas. 1. H. 668.
BVTTONIS, nom d'homme gén. Viruni.
Gruter, DCCXLVI, 2.
CABALIO, stèle funéraire du Musée de
Mayence, C X, p. 8. Aquas. Apol. Orel.
S2I0. CABELLIO.
CABEDVS, surnom d'homme. 1. H. 2865.
AMBATl filius.
CABELLIO , Cavaillon. Stèle funéraire.
Musée de Nîmes. C XIV, p. 3.
CABVRENE. I. H. 2500. Cf. Caburus,
Caesar de B. G. I, 47.
C.ACCOSSA, père de Rustica. I. H. ijii-
CACIRO, nom d'homme, datif. Palatinat,
Bramb. 1780.
CACVSSO, père de ...vccomi. Brambach
1833.
CADDARENSIVM (numerus). Cassel près
Mayence. Les D, barrés, indiquent que
cette lettre est ici pour TH ; aussi une
autre inscription donne la forme C.\T-
THARENSES. Bramb. 1317 et 1293.
CATTH...
CADIENSES, populus Vocontiorum (r). Ca-
derousse selon Breton, Antiquaires de
France, tome XVi, p. 22.
CADVRCVS, ethnique de Cahors. C XIX,
p. 2j. Gruter 4 jj, p. 10.
CAESAONE,Césanne;seuCOESAONE.Aquae
.Apoll. Orell. J210.
CALETI (Deo Merc. VaSSO). Bittburg.
Bramb. 835.
CALVA, fille de Cassillus, femme d'Annius,
mère d'Andere. Musée de loulouse, pro-
venant de Martres- Tolosanes. C V.
p. 46.
CAMALODVNVM. Colchester, 20 k. n. de
Londres. Orell. 208.
CAMALVS, CAMALA. I. H. 678,680, 690,
768, 784, 2,426, 2,44) , 2,484, 2,496,
2,550.
CAMVLIA, fille de Blastus et d'Ivorix.
Musée de Bordeaux, C XVI, p. 12.
CAMVLINIVS OLEDO. Trêves, Bramb. 825.
Parsantica saxi.
CAMVLORICE (Deae). Ex-voto sans nom
d'auteur. C VIII, p. 8. Musée de Sois-
sons.
CAMVLVS (Mars). Clèves. Orell. 1977.
Bramb. 164.
— (Mavortius). Rome. Orell. 1978.
CAMVLVS (Mars). Rome. Ardoinna. Orell.
i960.
CAMVNNI, nom de peuple. Brixia. Orell.
3789. Vallée de Chamounix (?).
CANDIEDÛNI (lovi). I. H. 2(99.
CaNECOSEDLON, nom commun, tiré d'une
inscription en langue gauloise, trouvée à
Autun, près le mur d'octroi.
CANECVMMIAE, nom propre de femme.
En Carinthie, Mur. 2078, 3.
CaNTALON, nom commun gaulois. Tiré
d'une inscription en langue gauloise
provenant d'Alise.
CANTIVS. Paris. Orel. 5907.
Cantosenvs, mari de Nerta. Ces deux
personnages sont des Iulius. Bord. C XI,
p. (.
CANTVNAECVS (Deus). I. H. 861,
CAPILLVS, fils d'iUiomarus, auteur du
monument de la source d'Acionna près
Orléans. V. ce nom.
CAPPO. Icari filius. Orell. 327.
CaraBELLA, femme. C 1, p. 47.
CARADDOVNA. Jeune femme. C' XX ,
p. II.
CARADITONV, mot gaulois. C III, p. 13.
CARANIVS. Sacri (filius). C XX, p. 35.
GARANTI LLVS. Metz. Gruter, 862, 2.
CARANTINVS. C I, p. 41.
CARANTIVS (N:eddillius). Brambach. 1569.
CARANTO (-onis). Musée de Nimes, C'
XIV, p. 2. L'initiale c est douteuse.
CARANTVS (Securius), soldat de la légion
XXII. 01m, 2 k. de Mayence. Bramb.
921; id. 1769. — » Melonii Caran-
Tvs. . » et 1321.
CARASOVA. Tombe du Musée de Bor-
deaux. C' XIX, p. 7.
CARASSOVNIVS. Stèle funéraire d'Aug.
Raurac. à Bàle. C X, p. 26. Mom. 287.
CaRASSOVNVS, surnom, ex-voto de Vichy.
X, p. 26.
Liste des noms supposés gaulois.
165
CARASVS, nom d'homme. Brambach, 1863.
CARATACVS. Brambach 1390.
Dans une liste de noms et surnoms
dont plusieurs ont la forme gauloise.
CARATACVS (Sex. Aquinius). Metz. Cruter,
902, 5.
CARATHO(...nis ?), filius. C XX, p. 7.
CARATI (T. Cl.)- Gruter 389, 3, faute
dans la table de Scaliger.
ATTicvs, cicERo, FELIX, collibcrti.
CARATILLA. Tombe du musée de Lan-
gres. C XII, p. 45.
CARATINVS. Reate. Gruter 11 10, 2. Père
de Matrona, helvétienne. Brambach ,
1639.
CARATVLLVS. Metz. Gruter 862. 2.
CARAVINVS. Metz. Gruter 867, 8.
CARBILIVS. 1. H. 2787, 282s.
CARCASO. Stèle funéraire du Musée de
Mayence, trouvée à Bretzenheim. C' X,
p. I. — Le nom latin de Carcassonne
n'existe sur aucun autre marbre.
CARES, père de Sdebdas. Domo Turo.
Bramb. 230.
CARESVS, Advli filius. Stèle fun. du Musée
d'Avignon, trouvée aux environs. C
XIU, p. 20.
CARIASSIS filius. Brescia, Orell. 1398.
CARIOLVS, CARIOLA. O XX, p. 34. Br.
860.
CARNVNTVM, gens. Orell. 5279.
CARRI (Deo). C V, p. 39.
Divinité topique des Pyrénées.
CARRIOTALA, nom de femme. Besançon.
Mur. MCCCXXX, 7.
J'ai constaté un 1 peu visible entre le
■r et l'o.
CASSIA TOVTA. Femme du pays des Ségu-
siaves, dont le premier nom est peut-
être aussi bien gaulois que latin (Cas-
sivellaunus, Tricasses, etc.). Toulouse,
Bagnères-de-Luchon. C V, p. 38.
CaSSIBVS. Divinités gauloises, dat. plur.
Vota fece Macrius Faustinus i?98.
Matutinus... v.s.Ll.m... 1779. Castus
Taluppe .v.s.i.i.M. 1823.
CASSICIATE; voyez CUR CASSICIATE.
CASSILLVS, père de Calva, femme d'An-
nius. Toulouse. Martres-Tolosanes. C
V, p. 46.
CASVRINVS, affranchi, appariteur du
Forum Segusiavorum. C XXIV, p. 7.
CATTHARENSES, voy. CADDARENSES.
CaTTAVS, Bardi filius, helvetius. Orell.
68(8.
Cattronie, femme. 1. H. 639, 753,
2378, 2403.
CATVENVS, CATUENA. 1. H. 431.
CATVIACIA. Petite ville des Alpes. Aq.
ApoU. Orell. 5210.
CATVRICIVS SVCC". C XXVI, p. (.
CATVRICVS, CATURICA. I. H. 14. Tombe
trouvée à Baloa en Lusitanie.
CAIVRICI (Marsi). Musée de Stuttgart.
Bramb. 1588.
CATVRIGOMAGVS, ville. Aq. Apoll. Orell.
5210. Chorges.
CATVRIS filio .. 1. H. 268;.
CATVRONVS. Surnom, I. H. 2430.
CAVTONVS. 1. H. 798.
CAVTOPATES. Brambach précédé de d. 1.
M. Deo invicto Mithrae.
On le trouve plus ou moins aux
numéros d'Orelli 5848, 49, 50, p, 52,
53-
CELICNON, nom commun gaulois. Extrait
de l'inscription d'Alise en langue gauloise.
CELTINVS, affranchi, appariteur du prêtre
de Feurs, chef-lieu des Ségusiaves. C
XXIV, p. 7.
On a lu généralement CETTINVS par
TT.
CELTVS , CELTA. Uzès. Mur. DCCCX ,
p. 8. Bordeaux. C XVI, p. 32. Celtus,
père d'ALEBA. I. H. 755.
CERNVNNOS. Dieu gaulois, cornu. C' VII,
p. 43. Paris, Orelli 1993.
CESSERO. ville. S' Thibéry. Orell. j2io.
CETTVRONENSES vicani. Musée de Stras-
bourg. C' XXI. p. 2.
CEVTRONES, peuple alpin. Ceutrons, col
de la Forclaz. Orell. 5256.
L'inscription porte as, style empha-
tique, que je ramène à la forme vul-
gaire.
CIB... Municipium. Pannonia infer. Orell.
S 284.
CICOLLVIS, surnom de Mars en gaulois,
trouvé sur un autel à Arnay-le-Duc.
Musée de Dijon. C V, p. 23.
CICOLLVIS, épithète de Mars. C I, p. 23.
O 2, p. 43 V".
CINGETIVS. Trêves, Brambach, 825. Pars
antica saxi.
CINIANVS IVLLINVS, nom propre. Metz.
Crut. DCCLXVIII, 8.
CINTO ? La pierre est brisée, à la hauteur
du mot, dans toute sa largeur.
Mari de Cintugena, musée de Bor-
deaux, C XVI, p. 28.
CINTVGENA, fille de Solimarus, femme de
Cinto. Musée de Bordeaux, C XVI,
p. 28. Mère d'Aveta. Bordeaux. C XIX,
p. 2.
CINTVGENVS, père d'Axula. Musée de
Bordeaux. C XVI, p. 6. Fils de Tesco.
Musée de Bordeaux. C XVI, p. 7.
CINGETIS.
CINTVGINATVS fils d'Aprilii, Bordeaux. C
XVI, p. 17.
CINTVGNATVS (L. Seccivs). Bordeaux.
C XVI, p. 23. 2° Surnom de Seccius.
Bordeaux. C XVI, p. 25. 3"' Nom isolé.
Bordeaux. C XVI, p. 26.
CINTVLLVS, 2 fois. Nîmes, Muratori
MCCLXXXI, 6.
i64
Liste des noms supposés gaulois.
CINTVSMl (Saxxanus) filius. C 1, p. 25.
CINTVSMIVS, MIA. Rome, copie de
Monifaucon, Murât. DCCCV, 2.
Noms dérivés du gaulois, ainsi que
cela résulte en même temps de leur rareté
en Italie, et de leur fréquence en Gaule.
On trouve même en Italie le double
dérivé Cintusmininius, inconnu en
France.
CINTVSMVS. Marbre funéraire du Musée
de Langres. C XII, p. 34. Fils de
Comagius, Musée de Bordeau.x. C XVI,
p. 24.
Des fragments de noms gaulois se
laissent apercevoir sur la même inscrip-
tion.
CINTVSSAEf.(Bruto), nom d'homme. Crut.
764, h
CIRATA .'' Femme nervienne, fille d'ANNAvs,
sur une tombe perdue. Brambach 937.
CI R RATA. I. H. Cf. inscr. nervienne.
CISON, fils de Seniienn, père de Cunduesen.
C V, p. 51.
CISSONIVS Deus ou Mercurius. Brambach
1831. Spire. Orelli 1406. Besançon par
une femme syrienne. Orelli 5886. Coh.
Rauraque.
CLOVTAIVS. I. H. 2543, 26J7.
CLOVTAMVS. I. H. 2633.
CLOVTIVS Clouti filius. Salona. Oreli. 4994.
Clovtius (2 fois). I. H. 2633.
CLVGASIO (nominatif). Tremosine, près
Brescia. Murât. MCCXCV, 6.
CLVGASIS (génitif). Tremosine , près
Brescia. Murât. MCCXCV, 6.
CLVIDEA. Tremosine, près Brescia, Murât.
MCCXCV, 6.
CLVTAMVS. Salona. Orell. 4994.
COACTILVS, tombe de Luxeuil. C 11, p. 2.
COBLANVO (onis). Nom de femme. Musée
de Nîmes. C XIV, p. 34.
COBERATIVS CoBERiLLvs, de Metz. Gruter
907, $.
COBLEDVLITANVS. Apoll. C VII, p. 25.
COBNERT (ti?). Haguenau. Orelli 1910.
COBNERTiius ?). Wiesbaden , Brambach
1027. Strasbourg, Br. 1902.
COBNERTVS, nom de potier. Musée de
Zurich. Momms. Brambach. 1902.
COCILLVS, affranchi. C XXIV, p. 7.
CODO. Ex-voto du Musée d'Avignon, pro-
venant de Vaison. Autre inscription au
Musée de Saverne. C XllI, p. 31. C
XVIII, p. 3}. Orelli $906. Bramb.
1869 et 1911.
COGIDVBNVS rex. Chichester. Muratori,
LV, 6.
Chef de race gauloise dans le sud
de l'Angleterre. V. Tacite, vie d'Agric.
chap. 14.
COINACIVS (S. CVS), père de Adbogivs.
V. ce nom. Orell. 5234. Bramb. 1230.
COMAGIUS. Venise, Murât. MCCCXXXII, 1.
Comagi filia Severa. — Venise, Murât.
MCCCXXXII, I. Milan. Mur. MDCLXl,
$. — Père d'un Cintusmus. Bordeaux.
C XVI, p. 24.
COMAVVS .' Nom propre. C V. p. 17.
COMBVOOVATVS. C IV, p. 38. Mâcon.
COMEDOVIS, datif. Aix (Savoie) , Orelli
2098. Brambach 469 a un datif
(ComedonibuSy par un n), qui n'est pas
du tout certain, attendu que les trois pre-
mières lettres du mot sont absentes. L'or-
thographe suivie par Orelli est d'ailleurs
plus conforme à la physionomie de la lan-
gue gauloise. Je suis porté à croire que
l'incription de Brambach , trouvée près
de Cologne, doit être écrite Comedovibus
par un v.
COMELIDDVS, surnom d'homme. C VII,
p. 34.
COMNITSIA, nom de femme. Sur une ins-
cription du Musée de Bordeaux. C XVI,
p. 32.
CONAMOTVSO, datif. Magburg. Gruter
827, I.
CONCENETIVS, CONGENETVS, OU GON-
G Vérone. Maff. 547, 2.
CONDAT. (Pagus), à Lyon. C XXllI, p. 40
verso.
CONDISA. 1. H. 2485.
CONDOLLVS. Bramb. 1602, 161 1.
CONGENETIVS. Vérone Mur. MCCLI, 8.
CONGENNICIA, nom de femme. Nîmes.
Mur. MDCCLXXVllI, 12.
CONGONNETlACVS. V. Maxsumus et
autres noms gaulois. Bordeaux. C XVi,
p. 32.
CONTESSILO, nom d'homme au nomi-
natif. Milan. Muratori MMLXX, 9.
CONTIVA, I. H. $032.
COPORINVS. I. H. 26J7.
COPORVS. I. H. 26J7.
CORIA. I. H. 780.
733 — ALETI filia.
COROBVS. Surnom de G. Germanius. C
XX, p. 2.
COROLLEA. 1. H. 2376.
COROTVRES. père de Rebun^s Coh. 1,
Lucensium Hispanorum. Bramb. I2}j.
COTTIVS, régis Donni filius. Arc de
Suze. Mur. MXCV.
COVENTVS. C XXI, p. 24.
CÛVINAERTA in S. Donati ad ruinas
Solvae. Gruter DCCCXCVI, 2.
Nota litteram A quae abest ab nomine
viri. V. Covinertus.
COVINERTVS in S. Donati ad ruinas
Solvae. Gruter DCCCXCVI, 2.
COVIRVS. Trêves. Brambach 82$.
COVTIVS (L.) I. H. 680, 809. 840.
COVTVSVATVS, natione Helvetius. C 4,
p. 38. Brambach 1227.
Br. lit deux mots. Si je n'en fais
qu'un, c'est par de bonnes raisons;
Liste des noms supposés gaulois.
165
autrement il y aurait deux surnoms.
Mais l'existence du nom Combuoovatus
C X, p. ?8, m'a paru déterminante.
CRACCA, femme_de Fronton, fille deLivon.
Or. 4901.
CRACCO (onis), homme. Musée de Nîmes.
C Xll, p }3.
Tous les autres noms de l'inscription
sont romains.
CRASARO, fils de Scaper. Musée de Lan-
gres. C* Xll, p. }6.
CRASTVNO, nom propre d'homme au datif.
I. H.
CRaXaNAL, père ou fils d'Excingomarus.
Gruter 991, 2.
CRAXXILLVS et ATioxTvs. Tombe d'une
femme, élevée par ses deux fils, à Bor-
deaux, C XVI, p. 8.
CRICCONIA D0V1LLA. Trêves. Brambach
774-
CRICIRO, nom de potier. Musée de Baie.
Mommsen, 352.
CRlELO(nis), gén. hom. Kuendorff, Styrie.
Gruter 537, 5.
CRIPPO, nom d'homme au nominatif.
Musée de Wiesbaden. Br. 716.
CRISPOS BOVI... Noms propres de l'inscr.
gauloise d'Evreux. O 111, p. 13 v°.
CRIXIVS. Gaulois, père d'Atespatus. V. ce
mot.
CRIXSIVS, citoyen des Mattiaci, du Musée
de Mayence, trouvé près Wiesbaden. C'
X, p. 13. Orell. 4983.
CROVIA, seu GROVlA.Ethnique.I.H.2550.
CROVUS. 1. H. 774.
CRVTISIONES Coloni. Saarlouis. Bramb.
754. C' XX, p. 37. Voy. 1077 ?
CVCALOfnis), pago Ossuccio. Orell. 4903.
CVCHINEHIS. Matrones du Musée de Bonn,
trouvées avec d'autres sur la place du
marché à Zulpich: celles-ci exécutées par
un soldat de la i" légion Minervienne.
C VIII, p. 40 v=.
CVCVTl, gén. masc. Milanais. Gruter 804,
8.
CVGERNVS (Domo). Orelli 6726.
CVLARO. C' V, p. 16. Ancien nom de
Grenoble. Orelli 401 5.
CVNDVESEN, fils de Cison. C' V, p. (i-
CVNOPENNIVS, nomen. Brescia. Orelli
7230. Cunopennus d^nsle Corp. V, 4216.
CUR CASSICIATE. Lire en deux mots.C' 5,
p. 27.
CVRITA, mère de Secundus et femme de
Magirus. Grut. 733, i.
Fille d'ATAEVORTVS.
CVRVNNIACA. De Pannonie (probable-
ment). Orell. 4994.
CVSES Sugenti filius recvs. Brambach.
Musée de Mannheim, 1236.
CVSTA, nom de femme, épouse de Narto-
mare, Boïen et soldat congédié. Cette
femme est d'Aquincum.
CVSTVMVS. 1. H. 2797.
CVTISONVS. Mur. CMXXl, 16. Cf. Hor.
Od. VII, III. Daci Cotisonis agmen.
Les Daces ont occupé le long du Da-
nube une région où les Gaulois avaient
laissé des traces de leur langue.
DACENCIVM, nom d'homme. I. H. 3082.
DACINVS, Liffionis filius. Belge. Bramb,
40.
DAEDALVS , nom propre. Ex-voto de
Malley, au musée de Lausanne. C X,
p. 32. D'un columbarium de la via Prae-
nest. Mur. 1788, 2.
DAESITI.ATES, peuple pannonien d'après
Strabon , selon d'autres de Dalmatie.
Orell. 5276. Voir Corpus, III, 401.
DAGANIA (Pompeia). Cologne. Brambach
409.
DaGIONIVS. Sur un autel de Matrones
Albiahenes. Brambach 554.
DAGOBIVS. Bordeaux. C XIX, p. 4.
DAGOVASSVS. L'un des soldats qui élevè-
rent à leurs frais le génie de la Victoire.
Orell. 988. Bramb. 692.
DALMATAE, nom de peuple. Brambach
1621.
DAMINIVS, nom d'homme. Cives Lingonus.
Orell. j88o. Bourbonne-les-Bains.
DAMONA. Divinité associée à Borvo. C I,
p. 34. Orell. s88o.
DANNADINN, frère de Bouxus, Aquitains.
C V, p. 50.
DANNICIVS, eques alae indianae, cives
Rauracus. Orell. 6722.
DANNOM ARVS, père d'un Secundus. Grut.
DCCCCXXIl. Nîmes, 12.
Le nom, quoique séparé en deux
groupes par l'éditeur, doit être ainsi écrit.
DANNONIA, femme aquitaine, fille de
Harspus. C V, p. 37.
DANNORIX, père de Hanarrus. C V,
p. 46.
DANNOTALVS, père de Martialis. Inscrip-
tion d'Alise, en langue gauloise. C I,
p. 17 v.
DANNVM GiAMiLLVM, colon des Crutisions.
Sarrelouis. Brambach 754. C XX, p. 37.
DANOTALE, femme au nominatif. Saint-
Privat. Gruter, 746. 6.
DANVS, père de Marcellus. Milanais. Grut.
DCCCIIII, 8.
Sa mère, Demincilla, fille de Cucutus.
DASAS (Dasantis). Bramb. 741.
DAVEREVS. Miles ex coh. IllI Delmata-
rum. Bramb. 742.
DECMANVS (Lucius Senilius) , négociât.
Mog. Bramb. 956.
DECMIAE DECMILLAE, civis Sequanae,
DECMivs DECMANVS, fratct. Lyou. Grut.
DCCCXLVII, II.
DECMINVS, père de dexter. C XX,
p. 8.
i66
Liste des noms supposés gaulois.
DEIVARUS , père de Messava. Brescia.
Gruter, 566, 2.
DELMlNENSES. Salona. Orell. 5272.
DEMEGENVS. V. Suecconius. C X, p. 48
verso. Soleure. Orell. 405.
DEMINCA. Milan. Orell. 6854-
DE.MINCILLA. Mil. Gruter 804, 8.
DENTVBRISA, cavalier thrace. V. Disa-
centius. C X, p. 15 v. Bramb. 990.
DEOSPOR, surnom d'un des nombreux
Septimiusde la XXX" légion Vlpia Victrix,
Pia Vindex. C VIII , p. 3}. Birken.
Musée de Bonn.
DERCO, nom d'homme, i" cas. Milan.
Murât. 752, 7. Cf. DERCOIEDVS.
DERCOIF.DVS, nom d'homme. Pays messin,
C' XX, p. 2. (D'après Grut. p. XX).
DEVILLIA. Flaminice de la déesse des
Voconces. Die. Orell. 2225.
On trouve aussi un Devillivs à Gre-
noble. Orel. 4452. L'un et l'autre ont
tous les caractères de noms gaulois.
DEXSIVAE ET CAVDEl. Cadenet. Orell.
1988.
DIBVGIVS, fils d'iNOsvMOTVS, Vienne (Au-
triche). Grut. 718, 7.
DIGINES. Autel du Musée de Cologne. C
Vlll, p. 14.
DIGINES. Petit autel de Béziers (plateau
des poètes), avec une légère différence,
GE pour GI. C XVII, p. 8.
DIOLVINDA. Ex-voto de Malley au Musée
de Lausanne. On a lu jusqu'à présent,
et M. Mommsen lui-même, DONINDA;
voici ce qui justifie la lecture ci-dessus ;
r l'O est traversé per un i vertical, 2° le
premier N supposé se compose en réalité
des deux lettres L et V assez rapprochées
dans le haut, LV, de manière à simuler
un N. D'ailleurs le jambage antérieur de
ce prétendu N est certainement un H,
avec une base en forme d'accent grave
et détachée de la haste comme aux deux
E de la 2'- ligne. C^ X, p 32.
D10R.\T.\. Tombe de deux jeunes enfants.
Musée de Bordeaux. C XVI, p. 27. —
Fille de Combuoouatus. Monument reli-
gieux de Mâcon.
DIRATIVS, père de Diorata. Bordeaux.
C XVI, p. 27.
DIRONA. Divinité des eaux thermales. Br.
814, à Trêves. L. Lucanius Cemelinus.
C XX, p. 21.
DISACENTIVS. Surnom d'un soldat de la
6" cohorte des Thraces, fils de Dentv-
BRisA. Musée de Mayence. C X, p. 15
verso. Bramb. 990.
DITIPATRI et Proserpin£. C" IX, p. 40.
Cologne.
DIVICIA, femme. C, XVIII, p. 2j.
D1VICL4NTILLVS, nomd'homme. Alamont.
Mur. MDIII, s.
DIVICVS de Luxeuil. C II, p. 2 v.
DIVITIENSES (exploratores). Poste établie
Divitium, sur la rive droite du Rhin, en
face de Cologne, et qui a donné son
nom à un corps de Dalmates stationné
pendant un long espace de temps sur ce
même point. C X, p. 23 v. Notre
inscription porte Divitieses, c'est-à-dire
D1VITIENSES, mais tous les autres monu-
ments connus portent Divitenses, au
dire des épigraphistes. Musée de Ma-
yence.
DIVIXTA. Strasbourg. C XXI, p. 21. Br.
1864. — Paternini ancilla. Bordeaux
Grut. MLII, I. — Femme de Scottus.
Musée de Langres. C XII, p. 29.
DIVIXTILLA. Bebrix-Div... Virieu-le-Crand,
Reinesius, 60, XIII.
DIVIXTVS. Tombe trouvée à Bâle et con-
servée à la Bibliothèque de cette ville. C
X, p. 27.
DIVOGENa (Livia). Bordeaux. C XIX,
p. 18.
DIVONO (...us), deCahors. Rodez. C XIX,
p. 2J.
DIXTILINARIVS, frère de Gerotius et de
Centurio. Bordeaux. C XIX, p. 17.
DOCILICO, nom d'homme au nominatif.
I. H. 2816.
DOCIVS. Cf. Q. DOCI, monn. I. H. 2633.
DOIROS, fils de sEcoMARvs. Nom d'un
fabricant d'objets en bronze. C III, p. 23
verso.
DOLVCENS (vicus). Musée de Boulogne.
C V, p. 2.
DONICaTVS. Provenant de Luxeuil. C II,
p. 2.
DONNVS (Rex). Arc de Suze. Mur. MXCV.
Nîmes. C XIV, p. 18.
DRIGISA, Zias reginae neptis. Rome. Mur.
1039, ?•
DROTOUTA, nom de femme. Musée de
Nîmes. C XIX, p 2. Le D est absent,
mais probable, à cause du nom draita
qu'on lit dans une inscription du Vieil-
Evreux, du masculin drutedo cité par
les épigraphistes de la Saintonge, etc.
DRVIS, druidesse. Metz. Orell. 2200.
DVBNOTalvs, père de Senovir. C XXI,
p. 2.
DVGIAVVA. Brescia. Murât. MCCLXXIII,
6.
DVGIIONTIIO. Mot gaulois tiré de l'inscr.
d'Alise. C 1, p. 17 v. Considéré géné-
ralement comme un verbe.
DVGIONIVS. Bonn. C VIII, p. 43. Bramb.
SSA- Il semble préférer DAGIONIVS à la
ligne 4.
DVGIVS. Brescia. Mur. LUI, 10. Turin.
Mur. MDXXXVIII, 6.
DVICI-BRIG (datif). York. Orell. 1989.
DVLIO, nom d'homme, i" cas. 1. H. 938.
DVLLOVI (divinité topique). Trouvée à
Vaison. Orell. 1990.
Liste des noms supposés gaulois.
167
DVNA. Divinité topique associée à Mars.
C 111, p. Î2 v°.
DVNI. Génitif de DVNVS plus probable
que DVNIVS. Tanzenberg en Carinthie.
Mur. MMLXXVl, 4.
DVRûCORREM. Nom d'une ville inconnue
de Grande-Bretagne, selon Henzen. C'est
au contraire le nom bien connu d'une
ville de la Gaule, je veux dire Reims;
Durocortorum Remorum.
DVROCORTERO. Reims. C II, p. 27.
EBVCIVS ATEC... Nom de famille romain
sous une autre orthographe (Aebutius)
peut-être gaulois sous l'autre forme,
suivi d'un surnom incomplet d'apparence
gauloise. Bordeaux. G' XVI, p. 27.
EBVRO, nom d'homme, i""cas. Wiesbaden.
Bramb. 90$.
EBVRODVNENSES , vicani. Wiesbaden.
Orell. 544, 345. Mommsen, 147.
EBVRODV.NVM. Aquae Ap. Orell. 5210.
{•)ECT1MARV3. Hermeskeil. Trêves, porta
nigra. V. Jahrbûcher. Bramb. 854.
EBVROVICES, Aulerci. Musée de Limoges.
Ma copie.
EDELAT Deo. G' V, p. 57.
EDOVIVS (Deus). 1. H. 2(45-
EDVLLIVS, Visurionis filius. C' XXI,
p. 18. — Hermeskeil Trêves, porta
nigra. V. Jahrbûcher et Brambach 834.
EIWPOY. Verbe ayant le sens de fecit.
ELAESVS (2 fois). I. H. 26(5.
ELVIO,- fils d'Eluconis. Salama. Gruter
728, 9-
ELVIVS, nom patronymique de Germanius.
G' XX, p 2.
ELVORIX, fils de Varicillus. G' XX, p. i.
ELVSENSES. Nom ethnique des gens
d'Eause (Aquitaine). Nîmes. G' XV,
p. 19.
ELVSENSIS (Taurinus). Nîmes. Gruter.
708, 7.
EMPEONIS, gén. mas.
ENDOVELLIGO (Deo). Espagne. Orell.
1991, 1992.
ENDVBROnis, gen. masc. Brixia. Gruter
1155, 6.
ENlGO(nis). Redsati fil. Gr. 346 3.
ENIOni, femme. Iggi. Carniole. Grut. 780,
5-
ENNA, fil. Appolonis. Iggi, Garniole. Grut.
780, 5.
EPAMAIGIVS. Gruter 764. i. S. Bertrand-
de-Comminges.
EPOMVLVS.' et Victisirana. Angleterre.
Gruter 700, 6.
EPONA dea. Soleure. Or. 402. C' X, 48
v°. Dea EPONA. Orell. 5238. $239.
Geleia EPONA. Orell. 5884. Bramb. 683,
864, 86$.
EPOREDIA. Brambach 1192, 1224. Ville
de la Gaule cisalpine. Tombeau d'un
soldat de la 14° légion gemina, du nom
d'Acco. C' X, p. 4.
EPOREDIRIX (...RIGIS). Célèbre Eduen
de la guerre des Gaules C I , p. 34 v°.
— Autun, venant de Bourbon Lancy.
Or. 1974-
EPORENSES. I. I. 2163.
EPOT... pagus. Ventavon. Orell. 402J.
Herzog. 489.
EPOTSOROVIDVS. S. EPOSTE. Arc de
Saintes. Murât. MCMXCII, 3.
EPPO(nis), masculin. Secunda Epponis f.
Garniole Mur. 2076, 10 Maxima Ep-
ponis filia. Crut. 764, j.
ERNAGINVM. Aq. Ap. Orell. J2I0.
ERaTO LiTucci filia. Herzog 437. Gruter
EP. 1121. 4.
ERDESCVS, père d'Erdesmius. C V, p.
40.
ERDESMIVS Erdesci fil. C- V, p. 40.
ESCINGVS. Sur un autel à Jupiter. Musée
de Bordeaux. C XXII, p. 3.
ESDRICVS. Supra insulam Bonaci. Gruter
753, 5,
ESVGGI (gén), fil. Amiens, Muratori
MCMLXXXVl, 7 Esuggus non Esuggius.
ESVNERTVS. Voy. Landecy, près Genève
Orelli 298.
ESVS. Paris, Orelli 1993.
ETIC, mot gaulois. C I, p. 17 v°.
ETRVSVS. Nom d'un druide ? germain.
Musée de Mayence. O X, p. 17.
EV, mot gaulois. C III, p. 13.
EVRI-.ES. Paris, Orelli 1993.
EXCINGILLA, nom de femme. Nîmes,
Muratori 1623, 8.
EXCINGILLVS(-i). A un prénom et peut-
être se termine en ius. Musée de Nimes.
C XIV, p. 31. Il est beau-pére de
SoLiRix, femme.
EXGINGOMARVS (GO ?). Nîmes. Gruter
911, 2.
EX'JINGVS, Ubien. Chalons. C XV, p. 26.
EXCINGUS, pêredeParrion.Inscr. de Gap.
EXOBNUS père de Summa, citoyen Médio-
matrice. Br. 1 572.
EXPRICINNIO deo, par Silea. C V, p. 43.
Provenance inconnue.
(-4 suivre.)
UNE ÉNIGME
D'ONOMASTIQUE FLUVIALE,
Sous ce titre M. Pictet Revue celtique, t. II, p. 457) a réuni douze
noms de rivières de Mauritanie qui paraissent identiques à des noms
portés par des rivières de Gaule, de Grande-Bretagne ou d'Espagne,
il en conclut que les Gaulois ont probablement, à une date fort
ancienne, conquis la Mauritanie où ils seraient arrivés d'Espagne.
Suivant moi, la seule conclusion à tirer des rapprochements faits par
M. Pictet, si conclusion il y a, c'est que la race ibérique n'aurait pas
seulement autrefois occupé outre l'Espagne, la Gaule méridionale entre
le Rhône et l'Océan, fait établi par de nombreux textes anciens, mais
qu'avant l'invasion berbère, la race ibérique aurait aussi possédé la
région nord-ouest de l'Afrique.
En effet, l'origine ibérique des noms de rivière que M. Pictet nous
donne pour gaulois est à mes yeux évidente pour une partie, très-vrai-
semblable pour l'autre.
Sur les douze noms de rivière que M. Pictet prétend être gaulois,
deux appartiennent à la géographie ancienne de l'Espagne et sont étran-
gers à la Gaule. L'un est celui de VAnas, aujourd'hui Guadiana. Ce mot
n'est pas gaulois. Il se trouve dans la description phénicienne de l'Espa-
gne reproduite par Festus Aviénus, et cette description est antérieure à
l'arrivée en Espagne des Gaulois, à la place desquels elle mentionne
d'autres peuples'. L'Anas, à cette date reculée, arrosait le pays des
Cunètes ou Cynètes^, peuple ibère comme nous l'apprend Hérodore 5,
écrivain du v^ siècle av. J.-C., peuple nettement distingué de la race
celtique par Hérodote dans deux passages de ses célèbres histoires *.
Donc le nom de VAnas est Ibère.
1. MùUenhoff, Dtutschc Alterthumskunde, t. 1, p. 106.
2. Ana amnis illic per Cynetas effluit (vers 20s).
j. Hérodore, Fragm. io. Fragmenta historicorum Graecorum. T. Il, p. 54.
4. Hérodote, H, 35; IV, 40; éd. Didot, p. 83, 19S.
Une énigme d'onomasticiue fluviale. 169
Le Minius porterait un nom celtibère suivant M. Pictet. Mais Strabon,
le plus ancien auteur qui mentionne cette rivière, nous dit qu'elle coule
chez les Lusitans', qui sont des Ibères '. Ptolémée la met chez les
Callaiques S qui sont, comme Strabon nous l'apprend, une subdivision
des Lusitans 4, c'est-à-dire des Ibères, et si Mêla (III, 1) a transformé
en Celtiques les Callaiques riverains de ce petit fleuve, c'est une erreur
due à la consonnance des noms. Enfin le rapprochement que M. Pictet
établit entre le Minius et le Mœnius (Main) ne prouve rien, car il n'est
pas sûr qu'il soit fondé. On peut consulter le passage de la Grammatica
Celtica (2« édition, p. 145) sur la chute du g en gaulois. Il n'est pas
démontré que la diphthongue œ de Mœnus tienne lieu d'un i renforcé :
Moenus peut être une forme abrégée de Mogenos : comparez le latin
magnus. Le Maina breton de l'anonyme de Ravenne s'expliquerait de
la même façon.
M. Pictet suppose que les Gaulois vainqueurs auraient imposé à
l'Espagne une onomastique fluviale empruntée à leur langue : nous
n'avons nulle part la preuve qu'ils l'aient fait en un cas quelconque, et
dans les deux exemples que nous venons de citer, cette hypothèse est
tout-à-fait invraisemblable puisqu'il s'agit de noms espagnols étrangers à
l'onomastique fluviale de la Gaule, que l'un VAnas est antérieur à la
conquête celtique, que l'un et l'autre, VAnas et le Minius, appartiennent
à des régions où après la conquête celtique, la race ibérique avait con-
servé la prépondérance.
Ainsi les noms de VAnas et du Minius ne sont pas gaulois : donc il
n'est pas prouvé que VAnaîis et le Mina de Mauritanie portent des noms
gaulois.
Nous passons à des noms de rivières dont les analogues se trouvent à
la fois dans la géographie ancienne de la Gaule et dans celle de l'Espagne.
Avant d'entrer dans le détail, je demande la permission de poser une
question. Est-il bien certain que tous les noms de rivière de la Gaule
soient d'origine celtique, qu'une partie au moins de ces noms ne remon-
tent pas à une date plus ancienne que la date de l'établissement de la
race celtique en Gaule .'' Par exemple, les Aquitains, peuple de race ibé-
rique, qui au temps de César et de Strabon avaient conservé leur langue,
dont les descendants ont gardé jusqu'à nos jours des noms ethniques et
des noms de villes étrangers à la langue celtique, auront-ils changé leurs
1. Strabon, III, c. ?, § 4; édition Didot, p. 127.
2. Strabon, 1. III, c. 3, § 3, édition Didot, p. 126.
?. Ptolémée, II, 6, 1, édition Nobbe, t. 1, p. 85.
j. Strabon, 1. III, c. 5, § 1, éd Didot, p. 126.
1 70 Une énigme d'onomastiijue fluviale.
noms ibériques de rivières en noms gaulois? Evidemment non. il est
même évident qu'en certaines parties de la Gaule conquises sur les
Ibères par les Gaulois, les noms antérieurs à la conquête gauloise se
sont maintenus jusqu'aujourd'hui '. Tel est le nom du Rhbne,Rliodanus :
plusieurs textes, notamment le passage célèbre de Scymnus de Chio qui
donne d'après Timée la date de la fondation de Marseille, établissent
formellement que ce nom était connu sur les côtes de la Méditerranée à
une époque où les Gaulois n'y étaient pas encore maîtres ^.
De là je conclus que, quand un nom de rivière se trouve à la fois en
Espagne et en Gaule, affirmer qu'il est gaulois et non ibère, c'est fort
aventureux, c'est dire le contraire de ce qui est le plus vraisemblable.
Les noms de fleuves de Mauritanie, cités par M. Pictet, qui peuvent
se rapprocher de noms de fleuves appartenant à la fois à la géographie
ancienne de la Gaule ou de la Grande-Bretagne et à la géographie
ancienne de l'Espagne, sont au nombre de trois : le Sisar ou Sir a, le
Sala, le Tamuda.
Le Sisar ou Sira : il y a en Gaule le Sara ou Saravus : mais le Sara en
Espagne est mentionné par Pomponius Mêla, III, i.
Le Sala : il y a en Gaule la Sala, la Salia, mais le Salo et la Salia
d'Espagne ont été mentionnés l'un par Martial, l'autre par Pomponius
Mêla, III, I.
Le Tamuda : il y a dans la Grande-Bretagne le Tamesiseï le Tamarus\
mais le Tamaris en Espagne est mentionné par Ptolémée et Pomponius
Mêla.
Où est la preuve que le Sara, le Salo, la Salia, le Tamaris d'Espagne
portent des noms celtiques ? Movers soutient que deux d'entre eux
1 . Pruefung der iberischen Ursprunges einzelner Stammes und Staedtenamen im sùdli-
chen Gallien, par G. Phillips, dans les comptes-rendus des séances de la classe de ptiilo-
sophie et d'Histoire de l'Académie impériale des sciences de Vienne (Autriche) t. LXVII,
1871, p. 545 et suivantes,
2. Scymnus de Chio, vers 201-214, Geographi Graci Minores, t. I, p, 204; cf. Pé-
riple de Scylax, c. ?, ibid. p. 17; Strabon, 1. 111, c. 4, § 19, édit. Didot, p. 138.
Eschyle, Héliades, cité par Pline, XXXVII, 32. édition Teubner-lanus, t. V, p. 148, dit
que le Rhône est un fleuve d'Ibérie. Quelle ignorance ! s'écrie l'érudit romain, tanta
ignorantia ! Mais l'ignorant ici, c'est Pline, qui s'imagine que la géographie politique
du V siècle avant J.-C. est identique à la géographie administrative des Romains au
premier siècle après J.-C. Il n'y a qu'un texte en contradiction avec ceux que j'ai cités,
c'est le fragment 19 d'Hécatée, Fragmenta historicorum Griecorum, t. 1, p. 2. Ce texte
a induit en erreur M. Her/.og (Galliae narbonensis, provinciae romanae, historia, p. 4)
qui admet que Narbonne aurait appartenu aux Celtes à l'époque d'Hécatée, et qui date
de l'an 700 avant J.-C. la conquête des côtes méridionales de la Gaule par les Celtes.
Mais le fragment 19 d'Hécatée est imaginaire, et son introduction dans les éditions d'Hé-
catée est le résultat d'un lapsus calami de Klausen. J'ai cru avoir découvert le premier
cette erreur. M. Mûllenhoff l'avait signalée avant moi. Les Celtes n'étaient point encore
arrivés sur les côtes de la Méditerranée à la date où fut écrit le Périple de Scylax (règne
de Philippe, père d'Alexandre le Grand).
Une énigme d^ onomastique fluviale. 1 7 1
portent des noms phéniciens. Le Tamaris d'Espagne porterait un nom
phénicien puisqu'il y a en Phénicie un fleuve Tamyras; le Salo d'Espagne
porterait un nom phénicien venant du sémitique Sala « rocher » '. Je ne
prétends pas que le système de M. Movers soit le bon. Je dis seulement
qu'il n'est pas prouvé que le Sara, le Salo, la salia, le Tamaris d'Espa-
gne aient des noms celtiques ; par conséquent il n'est pas prouvé que les
rivières de Mauritanie qui ont des noms semblables aient reçu ces noms
des Celtes.
Les douze noms de rivière celtiques que M. Pictet prétend avoir
découverts en Mauritanie sont donc réduits à sept de par l'autorité de
la géographie ancienne d'Espagne.
La géographie ancienne de l'Aquitaine me donne le droit d'en retran-
cher un autre, c'est le Sigas ; le seul nom de la géographie ancienne de
la Gaule que M. Pictet rapproche du nom de la rivière africaine est
celui du Sigmas qui paraît se jeter dans le bassin d'Arcachon au sud de
Bordeaux, par conséquent en Aquitaine. Le nom du Sigas viendrait sui-
vant M. Pictet de la même racine que le gaWois sigaw, rompre, disper-
ser; mais les lois de la phonétique néoceltique s'opposent à ce que nous
acceptions cette hypothèse : le g de sigaw tient lieu d'un c plus ancien,
la racine de sigaw contenait un c comme celle du latin secare [Gr. C.^,
p. 140, 15 3)-
Le nombre des noms de rivière communs à la Gaule et à la Mauri-
tanie et qui n'ont pas d'analogues dans la géographie des contrées ibéri-
ques est donc réduit à six : i" le Ligar, 2° Visaris, 5° le Savus, 4° le
Cusas ou Cosenus, j° le Malvas, Malba ou Malvana, 6° le Lix ou Lixus.
N'ayant pas à ma disposition de nomenclature des cours d'eau de l'Espa-
gne moderne, j'ai comparé ces noms aux noms de cours d'eau réunis par
M. Raymond dans son Dictionnaire topographique des Basses-Pyrénées,
pays ibérique où jamais la race celtique ne s'est, que nous sachions,
établie ; il en est résulté la concordance suivante :
Mauritanie, Basses-Pyrénées.
Ligar, Legarre.
I saris, Issaca.
Savus, Sabuca.
Cusas, Cosenus, Couscauret, Coustasse.
Malvas, Malvana, Malugga.
Lix, Lixus, Lissare.
Les noms modernes, vraisemblablement ibériques d'origine , des
I. Das phœnizische Alterthum, 2" partie, p. 542, 645, 64$.
172 Une énigme d' onomastique fluviale.
Basses-Pyrénées, ressemblent tout autant aux noms mauritaniens que les
noms celtiques comparés à ces noms mauritaniens par M. Pictet. Il
n'est donc pas démontré que ces noms mauritaniens soient d'origine
celtique.
Movers, célèbre par ses travaux sur l'histoire des Phéniciens, a étudié
le même sujet que M. Pictet, mais à un point de vue différent; il pré-
tendait trouver en Espagne un grand nombre de noms de lieu libyens
et chananéens. Voici des noms de rivières d'Espagne recueillis par lui,
et auquel il compare des noms de rivières d'Afrique.
Tous ces noms appartiennent à la géographie ancienne.
Espagne. Afrique.
Malaca\ Mo/oc/;a//2 (Mauritanie).
Salduba^, Sardabal (Maurhzme).
Anasi, A natis [Mauntanie).
Avo'^, Aves (Mauritanie).
Magrada^, Bagradas \Num\àïe).
Subi arrosant la ville de Subur^, Subur aujourd'hui Sebu ''Maurit.).
SaloT. Sala fMauritanie).
Rubricatus^, Rubricatus iNumidiel.
Suivant Movers il résulte de cette concordance que plusieurs cours
d'eau d'Espagne auraient reçu leur nom des colons liby-phéniciens
amenés d'Afrique en Espagne par les conquérants tyriens et carthagi-
nois. Y a-t-il réellement en Espagne des noms de rivière qui doivent
leur origine à cette conquête ? Ne devrait-on pas plutôt expliquer
certains noms de lieu d'Afrique par une invasion ibérique en Afrique
avant l'arrivée des Berbères .''
Ce n'est pas le lieu de discuter ici cette question. Mais la conquête
phénicienne de l'Espagne sur laquelle s'appuie Movers est un fait histo-
rique. Aucune histoire ne parle de la prétendue invasion des Gaulois en
Afrique, et les arguments linguistiques de M. Pictet portent à faux, en
sorte que le système un peu hardi de Movers serait préférable à
celui de M. Pictet.
Reste l'hypothèse de M. Deveria. Les Tamahou des monuments
égyptiens, les Tamahou à la barbe blonde et aux yeux bleus qui figurent
1. Das phœnizische Alterthum, 2'' partie, p. 6}8.
2. Ibid., p. 638-659.
}. Ibid., p. 643.
4. Ibid., p. 643.
5. Ibid., p. 643.
6. Ibid., p. 645, cf. 541.
7. Ibid , p. 64s, cf. 542.
8. Ibid., p. 64$.
Une énigme d'onomastique fluviale. 1 7 j
dans ces monuments dès l'an 2500 avant notre ère, seraient des Indo-
Européens, par conséquent des Celtes arrivés d'Espagne en Afrique dès
cette époque reculée '.
V^oici le raisonnement de M. Deveria :
Premier syllogisme. — Les peuples qui parlent les langues indo-
européennes ont le monopole des yeux bleus et des cheveux blonds,
or les Tamahou ont les yeux bleus et les cheveux blonds, donc les Ta-
mahou parlaient une langue indo-européenne.
Second syllogisme. — Les Indo-Européens connus par les Egyptiens
sous le nom de Tamahou avaient un établissement en Afrique ; or les
Celtes sont les seuls Indo-Européens qui aient pu arriver en Afrique
2500 ans avant J.-C. Donc les Tamahou sont Celtes.
La majeure du premier syllogisme est fausse. Il n'est pas prouvé que les
peuples qui parlent les langues indo-européennes aient le monopole des yeux
bleus et des cheveux blonds. Il y a des yeux bleus et des cheveux blonds ou
roux chez les Juifs, chez les Berbères, chez les Basques, chez les Fin-
nois, et même en Amérique ! On trouve des yeux bleus dans une partie
de la Chine 2. Donc il n'est pas prouvé que la langue des Tamahou fût
indo-européenne. Donc le système de M. Deveria n'a pas de base.
La mineure du second syllogisme n'est pas démontrée. Il n'est pas
démontré que, si 2500 ans avant notre ère des Indo-Européens ont
pénétré en Afrique, ces Indo-Européens étaient de race celtique. La race
celtique n'a pénétré en Espagne que 2000 ans plus tard ; elle n'a
atteint les côtes de la Méditerranée que postérieurement à l'an 400 avant
J.-C. Par quelle voie serait-elle arrivée en Afrique ? par ballon^ ? Encore
une fois le système de M. Deveria manque de fondement.
M. Lenormant4 suppose que les blonds d'Afrique sont d'origine ira-
nienne. Le ch. 18 du Bellum Jugurthinum de Salluste l'affirme. Après la
mort d'Hercule en Espagne, des Perses, des Mèdes et des Arméniens,
soldats dans son armée, seraient passés en Afrique et s'y seraient établis.
Les Numides descendraient des Perses, les Maures des Mèdes et des
Arméniens. Cette invasion iranienne serait, suivant Salluste, antérieure
à la fondation des plus anciennes colonies phéniciennes d'Afrique, elle ne
peut par conséquent s'appuyer sur aucun témoignage historique; elle est
1. Revue Archéologique. IX, 38. Le mot Tamahou désigne à la fois les Libyens et
divers peuples du littoral de la Méditerranée. Vicomte de Rougé, Revue Archéologique,
XVI, 82.
2. Topinard, V Anthropologie, 1876, p. 366, 368, 474, 479.
}. Movers, Das phœnizische Alterthum, 2" partie, p. 588 et suiv., a démoli le système
d'Amédée Thierry sur la date de l'invasion celtique en Espagne. Il est inutile de dis-
cuter ici ce système, qui n'est plus je crois soutenu par aucun savant sérieux.
4. Manuel d'histoire ancienne de l'Orient, 3' édition, t. 111, p. 154-154.
174 Une énigme d'onomasticjue fluviale.
peu conciliable avec ce que nous savons de l'histoire de la race iranienne ;
elle est en contradiction avec les données de la linguistique ', c'est un
événement fabuleux; mais s'il fallait admettre l'existence d'un élément
indo-européen dans la population la plus ancienne de l'Afrique septen-
trionale, je préférerais la doctrine de M. Lenormant à celle de
M. Pictet. M. Lenormant cite un texte, M. Pictet n'en peut produire.
H. d'ARBOIS de JUBAINVILLE.
1. Movers, Das phanizische Alerthum, 2« partie, p. 56J.
CUCHULAINN'S DEATH.
ABRIDGED FROM THE BOOK OF LEINSTER,
ff. 77, a. i — 78, b. 2.
|\Vhen Cùchulainn's foes came for the last time against him, his land
was filled with smoke and flame, and the vveapons fell from their racks,
and the day of his death drew nigh. The evil tidings were brought to
him, and the maiden Leborcham bade himarise, though he wasforworn
with fighting in defence of the plain of Murthemne, and Niam, wife of
Conall the Victorious, aiso spoke to him, so he sprang to his arms, and
flung his mantle around him ; but the brooch fell and pierced his foot,
forewarning him. Then he took his shield and ordered his charioteer
Loeg to harness his horse, the Gray of Mâcha :]
Tofigu dodia atofiges moîbûath orldech cianobeth coiced conchohak
immon liaih mâcha nistibritis dochum incarpait. Nierbart fnt cosindiu
Maso d'il duit tair féin da acallam ind leltli fadessin.
« I swear to the god by whom my people swear », said Loeg,
« though (the men ofj Conchobar's Fifth ' were around the Gray of
Mâcha, they could not bring him to the chariot. I never refused thee till
today... If thou wilt, come thou, and speak with the Gray himself. »
Telle cuchulainn adochum. Et roimpa intech achlé friss fothri. 7 roscail in
morrigu incarpaî issind aidchi remi. arnirbo ail lee adul concu/ainn dochum
inchatha. arrofiÛT nocoricfad emuin mâcha afrithisi,
Cuchulainn went to him. And thrice did the horse turn his left side to
his master. (And on the night before the Môrrigu^ had broken the
chariot, for she liked not Cùchulainn's going to the battle, for she knew
that he would not come again to Emain Mâcha).
[Then Cuchulainn reproached hishorse^ saying that he was not wont
to deal thus with his master :]
1. Ulster.
2. A wargoddess, see Revue Celtique, I, 56.
176 Cucliulainn's Death.
Lasodixin dodechaid inliath mâcha coîarlaic abolgdéra môra folafor a dib
traigthib. Lassin roling cuchulainn incarpat. Et docuridar beJg de fodes
iarsUge midluachra.
Thereal the Gray of Mâcha came and let his big round tears of blood
fall on Cûchulainn's feet. And then Cuchulainn leaped into the chariot,
and drove it suddenly southwards along the Road of Mid-Luachair.
[And Leborcham met him and besought him not to leave them ; and the
thrice fifty queenswho were in Emain Mâcha and who ioved him cried
to him with a great cry. But he turned his chariot to the right, and
they gave a scream of wailing and lamentation, and smote their hands,
for they knew that he would not come to them again.]
Roboi tecli amumme rodndtsom arachind for intsligid taidledsom béos
intan natheiged foraérim sccci fadess 7 aness. Lestarcondigleesiarachindsom
dogrés. ibid dig. 7 documlai ass 7 celebraid diamummi. Téit ass iarsligi
midluachra iar maig mogna. Conaccai ni nateora ammiti t'^athchaecha ara-
chind forinisligid. Orce conemib 7 epthaib fonôiset forberaib cairthind. Ba
dogessib conculainn cenadall fulachta diachathim. Geiss do daT\a cdrna achom-
anma do ithi. Rethid 7 badodul seccu. Rufihr nibucdenam alessa robass
and.
The house of his nurse that had fostered him was before him on the
road. He used to go to it whenever he went drivingpasther southwards
and from the south. And she kept for him always a vessel with drink
therein. And now he drinks a drink and fares forth, bidding his nurse
farewell. Then he saw somewhat. Three Crones, blind of the left eye,
before him on the road. They had cooked (?) on spits of rowantree
a dog with poisons and spells. And one of the things that Cuchulainn
was bound not to do, was going to a cooking-hearth and consuming
the food. And another of the things that he must not do, was eating his
namesake's flesh'. He speeds on and was about to pass them, for he knew
that they were not there for his good.
Conidde asbertfriss indammait.
Tadall latt achuchulainn.
Ni adliub ém o/cuc/julainn.
Até inbiad eu olsi. Diambad julocht môr nobeîh and or si roadelta. ùair
isbec fil and nithaidle. Nitualaing môr nadfulaing no nadgeib inihbec.
Then said the Crone to him.
« Visit us', O Cuchulainn. »
« 1 will not visit you in sooth, says Cuchulainn.
I . Cû-chulainn means 'Culann's Hound'.
Cuchulainn's Death. 177
« The food is (only) a hound, quoth she. w Were ihis a great cooking-
hearth thou wouldst hâve visited us. But because what is hère is little,
thou comest not. Unseemly are the great who endure not (or who take
noti the little. »
Aiaellasom iarom. 7 tonindnaig indammait leithi inchon dô assa laim
chli. Adetlia cuchulainn iarom assaldim 7 dambeir fosliasait cil. INdldm
Todgab 7 intsiiasalt fotarat rogabîha ochund cofond connarabi annert céîna
indib.
Then he drew nigh to her, and the Crone gave him the side of the
hound out of her left hand. And then Cuchulainn ate it eut of his fleft]
hand; and put it under his left thigh. The hand that took it and the
thigh under which he put it were seized from trunk to end, so that the
sarae strength abode not in them.
[Then he drove along the Road of Midluachair around Sliab Fuait;
and his enemy, Ere son of Carpre saw him in his chariot, with his
sword shining redly in his hand, and the light of valour [Ion galle)
hovering over him, and his three-hued hair likestrings of golden thread
over the edge of the anvil of some cunning craftsman \combasamalta
ratétalb ôrsndld dar or nlndeona foldlm suad saincherda).
« That man is coming towards us, 0 men of Eriu ! » said Ere.
<« Await him. » So they made a fence of their linkedshields,and at each
corner Ere made them place two of their bravest feigning to fight each
other, and a satirist with each of thèse pairs, and he told the satirists to
ask Cuchulainn for his spear, for the sons of Calaten had prophecied of
his spear that a king would be slain thereby, unless it were given when
demanded. And he made the men of Eriu utter a great cry. And
Cuchulainn rushed against them in his chariot, performing his three
thunder-feats ; and he plied his spear and sword :]
Comtar llr galnem mara 7 renna nlme 7 dracht céîamuln 7 loa snechtal
7 bommand ega. 7 dulll forfidbald. 7 budl forbregmalg. 7 fér fochossalb grega
lllô samrald alleithchlnd-j allethchlolcne 7 allethlama 7 allethchossa 7 acndma
derga comscdllte larnanesrédlud fomag murthemnl. Et ropollaîh Inmagsln
dianinchinnib iarsintress dlberge sln 7 Imberta arm dorât cuchulainn forru.
So that the halves of their heads and skuUs and hands, and feet, and
their red bones were scattered broadcast throughout the plain of
Murthemne, in number like unto sand of sea and stars of heaven and
dewdrops of May and flakes of snow and hailstones, and leaves on forest,
and buttercups '?i on Moy-Bray, and grass under feetof herds on a day
in summer. And gray was the field with their brains after that onslaught
and plying of weapons which Cuchulainn dealt unto them.
Ra. Cdt. III 1 J
lyS Cuchulainn's Deatli.
[Then he saw one of the pairs of warriors contending together, and
the satirist called on him to intervene, and Cùchulainn leaped at them,
and with two blows of his fist dashed out iheir brains ;]
INgaisin damsa achuchulainn orincainte.
Tofigimse atoiiges motli.'ath. nach mô arichtu alessa duitseo andas damsa.
Ataat fir herenn form sund 7 atû forro dana.
Notairubsa dana manithuca arincainte.
Ni romaeradsa dana riam icinaid modrochthidnacuil. no mo dothchernais.
Lasodain rodibairg inhgai dô 'saurlond reme condechaid trianachend
7 coromarb nonbur friss anall.
« That spear to me ! » says the satirist.
« ! svvear what my people swears, said Cùchulainn, « thou dost
not need it more than I do. The men of Eriu are on me hère and 1 too
am on them.
(( I will revile thee if thou givest it not, says the satirist.
« I hâve never yet been reviled because of my niggardliness or my
churlishness. »
With that Cùchulainn flung the spear at him with its handle foremost,
and it passed through his head and killed nine on the other side of him.
[And Cùchulainn drove through the host, but Lugaid son of Cùrùi
got the spear.]
Crâeî dofaeth dongaiseo amaccu calaùn ar luga.]à.
Dofaeth ri dingaisin ormaic ca/atin.
lARsin rotheilg lugaid inngai forsincarpaî contarlai illdeg mac riangabra.
cotarlaic ambûi doinnib innamedôn corrabi forfortchi incharpait.
ISandsin rordid lâeg Goirt romgaet. etc.
lARsin tra dobeir cùchulainn inngai ass 7 celebraid lôeg. conidand atbert
cùchulainn bam eirrse 7 bam ara isindlathiusa indiu.
« What will fall by this spear, 0 sons of Calaten ? », says Lugaid.
« A king will fall by that spear », say the sons of Calaten.
Then Lugaid flung the spear at Cuchulainn's chariot, and it reached
the charioteer, Loeg son of Riangabra, and ail his bowels came forth on
the cushion of the chariot.
Then said Loeg « Bitterly hâve I been wounded » etc.
Thereafter Cùchulainn draws out the spear, and Loeg bids him
farewell, and then said Cùchulainn : « Today 1 shall be champion and
I shall be charioteer. »
[Then he saw the second pair contending, and one of them said it was
a shame for him not to intervene. And Cùchulainn sprang upon them
and dashed them into pièces against a rock.]
Cuchidainn's Deatli. 179
INgaisin damso ac//uc/julainn olincainte.
Tongusa aîonges moîh'.ath nimô riclitain alessa ingai duitsiu oldaas damsa.
ceîhri coicid hetenn formLiim 7 forin gail 7 formgaisced do aurscartad
dimaig murtliewni isindlôsa indiu.
Nottàirubsa olincainte.
Nidlegar dim acht oenailgis isindlôsa. 7 dana roiccus dochindm'enig indiu
chena.
dirfatsa ultu itchinaidsiu olincainte.
Niraaertha ém riam olse icin modibese. nach modothchernais. Ambec aratlid
din domsaegulsa ni airfaiter isind laithiusa indiu.
Dobert cuc/m/ainn ingai dô ar urlaind condechaid trianachend 7 coromarb
nônbur ris aniar. Et fethid triasinmbuidin amal atrubranmr remaind.
« That spear to me, 0 Cùchulainn ! « says the satirist.
« 1 swear what my people swears, thou dost not need the spear more
than 1 do. On mv hand and my valour and my weapons it rests today to
sweep the four fifths of Eriu ' today from the plain of Murthemne.
« 1 will revile thee », says the satirist.
« I am not bound to grant more than one request in this day, and,
moreover, I hâve already paid for my honour. »
« I will revile Ulster for thy default », says the satirist.
« Never yet hath Ulster been reviled for my refusai nor for my chur-
lishness. Through little of my life remains to me, Ulster shall not be
reviled this day. )>
Then Cùchulainn cast the spear at him by the handle and it went
through his head and killed nine behind him, and Cùchulainn... through
the host even as vve said before.
[Then Ere son of Cairpre took the spear.]
Cid bias dingaiseo amaccu calatin arerc mac carpri.
Nin. dofuit ri dingaisin arma'ic calaùn.
Rochuala lib dofâithsad dingai ochianaib roleici lugaià.
Isfir on ém ormak calaùn. dorochair ri arad herennde .i. ara conculainn
.i. laeg mac riangabra.
« What shall fall by this spear. 0 sons of Calaten ? » says Ere son of
Carpre.
« Not hard to say : a King falls by that spear, » say the sons of
Calaten.
« I heard you say that a King would fall by the spear which Lugaid
long since cast. »
I. I. e. the armies of Connaught, Meath, Leinster and Munster.
i8o Cuchulainn's Death.
«And that is true, » say the sons of Calaten. '< Thereby fell the king of
the charioteers of Eriu, namely Cuchulainn's charioteer, Laeg son of
Riangabra. )>
Lasin dolleici erc ingai fair conidecmaing issin liaîh mâcha. Gataid
cuc/iulainn infigai ass. Et célébrais cdch diacheile dib. Lasodain leicthi inliath
mâcha 7 leîh acuhga fobrâgit condechaid Ulind léith isliab juait.
Thereat Erc cast the spear at him, and it llghted on (his horse) the Cray
of Mâcha. Cûchulainn snatches out the spear. And each of them bade
the other farewell. Thereat the Cray of Mâcha leaves him with half the
yoke under his neck and went into Gray's Linn in Sliab Fuait.
[Thereat Cûchulainn again drove through the host and saw the third
pair contending, and he intervened as he had done before, and the
satirist demanded his spear and Cûchulainn at first refused it.J
Notdirubsa oUncainte.
Roiccus dominchaib ind'm. nidlegar dam acht oenalgis isindlousa.
àirfaîsa ultu itchinîa.
Roiccus dianinchaib olse.
Airfaîsa dochenél orincainte.
Tir ém. nadranacsa riam niricfat scéla m'écnaig remum. Uair isbec atd
domsaegul.
Doîheilg cûchulainn inngai dô 7 aurlond reme condechaid trianachend 7
tré tri nonboru aile.
ISraîh cofeirg achuchulainn arincânti.
'I will revile thee', quoth the satirist.
'I hâve paid for my honour today. I am not bound to grant more
than one request in this day.'
'I will revile Ulster for thy fault'.
'I hâve paid for Ulster's honour'. says Cûchulainn.
M will revile thy race', says the satirist.
'Tidings that 1 hâve been defamed shall never reach the land I hâve
not reached. P'or little there is of my.life (remaining). »
So Cûchulainn flung the spear to him, handle foremost, and it went
through his head and through thrice nine other men.
'Tis grâce with wrath, 0 Cûchulainn', says the satirist.
[Then Cûchulainn for the last time drove through the host, and Lugaid
took the spear, andsaid :J
Cid bias dingaiseo amaccu calaùn,
Tuilfid ri de arnmc calaùn
Rochuala lib dofdethsad dingai roleci erc imbuaruch.
ISfir on orse darochair ri ech herenn de .1. inliath mâcha.
Cuchulainn's Death. i8i
u What will fall by this spear, 0 sons of Calaten ? »
« A king will fall thereby », say the sons of Calaten.
"I heard you say that a king would fall by the spear that Ere cast
this morning."
« That is true, « say they, « the king of the steeds of Eriu fell by it,
namely the Cray of Mâcha. »
[Then Lugaid flung the spear and struck Cûchulainn, and his bowels
came forth on the cushion of the chariot, and his only horse, the Black
Sainglend, fled away, with half the yoke hanging to him, and left the
chariot and his master, the king of the heroes of Eriu, dying alone on
the piain.]
larsin atbert cûchulainn. Ropail damsa olcuchulainn dut connici inloch ucuî
dôl digi as s.
IScet lind ariat achl cotis chucund aridisi.
FoTcongersa forulb orcuchulainn mani thlsiursa féin cotistaisi armochend.
lARsin ira rotheclaim inné abrond inaucht. 7 téit ass dochum indlocha.
Then said Cûchulainn « I would fain go as far as that loch to drink a
drink thereout. «
« We give thee leave » say they, « provided that thou corne to us
again. »
« I will bid you corne for me, » says Cûchulainn, « unless I shall corne
myself. »
Then he gathered his bowels into his breast, and went forth to the
loch.
[And there he drank his drink, and washed himself, and came forth to
die, calling to his foes to come to meet him.]
Dodechaid iarum crich môr ondloch sîar. Et rucad arosc airi. Et téit
dochum coirthi cloiche file isinmaigcotarat acoimchriss immi narabladnasuidiu
nach inaligu. combad inasessam atbalad.
ISiarsin dodechatar nafir immacuairt immi 7 nirolamsatar dul adochum.
Andarleo ropobeo.
JSmebol d.'.ib ol erc mac carpn cenchend indfir dothabairt lib indigail
chind m'atharsa...
lARsin tra dodechaid inliath mâcha cocoinculainn dia imchoméi icéin robôi
aanim and 7 romair inlon Liith assa étun. ISiarum bert inliath mâcha
natn dergruathra immi macuairt cotorchair .1. leis conafiaclaib 7 .xxx. cach
crûi do issed romarb dontslûag. Conidde atd nitathe buadremmend ind léith
mâcha iarmarbad conculainn.
Conid iarsin dolluid indennach foragualaind. Nirbognâth incorthe ùt
foenaib ar erc mac corpn.
i82 Cuchulainn's Death.
lARsin tra racoraig lugaid amoifig daraaiss. 7 benaid achend de.
lARsin tra dorochalr aclaideb allaim conculainn. coneccmoing aldim dài
diluga\d corrabi forldr. Benair aldm dôi c/una dichoinculainn dia digail.
Documlat ass iarum intslûaig 7 doberat ko cend conculainn 7 alaim dôi
cotancatar temrai^. Conid and ati otharligeachiridj aldime dôi. 7 Idn lainne
ascéith di ùir.
Now a great mearing went westwards from the loch, and his eye lit
upon it, and he went to the pillarstone which is in the plain, and he put
his breastgirdle round it that he might not die seated nor lying down,
but that he might die standing up.
Then came the men ail around him, but they durst not go to him,
for they thought he was alive.
'It is a shame for you', said Ere son of Cairpre, « not to take that man's
head in revenge for my father's head which was taken by him....»
Then came the Gray of Mâcha to Cùchulainn to protect him so long as
his soûl was in him and the 'hero's light' out of his forehead remained.
Then the Gray of Mâcha wrought ihe three red routs ail around him.
And fifty fell by his teeth and thirty by each of his hooves. This is what
he slew of the host. And hence is (the saying). 'Not keener were the
victorious courses of the Gray of Mâcha after Cuchulainn's slaughter.'
And then came the Birds on his shoulder. « That pillar is not wont to
be under birds, » says Ere son of Cairpre.
Then Lugaid arranged Cuchulainn's hair over his shoulder, and cuts
offhis head.
And then fell the sword from Cilchulainn's hand, and smote off Lugaid's
right hand which fell on the ground. And then Cuchulainn's right hand
was eut off in revenge for this.
Lugaid and the hosts then marched away, carrying withthem Cuchu-
lainn's head and his right hand, and they came to Tara, and there isthe
Sickbed of his head and his right hand, and the full of the cover ' of his
shield of mould.
[From Tara they marched southwards to the river Liffey. But mean-
while the hosts of Ulster were hurrying to attack their foes, and Conall
the Victorious, driving in front ofthem, met the Gray of Mâcha streaming
with blood. Then Conall knew that Cùchulainn had been slain. And he
and the Gray of Mâcha sought Cuchulainn's body.]
Conaccatar coincidâinn immoncorthe. Luid diXWdi inliath mâcha cotarat
achend forbruinnib concu/ainn.
I. Lainne I take to be the gen. sg. of lann À. cumdach, O'Cleiy.
Cuchulainn's Death. i8?
ISdethiiiu don liatii mâcha incorp ùt ar conalL
They saw Cûchulainn at the pillar-stone. Then went the Gray of
Mâcha and laid his head on Cuchulainn's breast. And Conall said (( A
heavy care to the Gray of Mâcha is that corpse. »
[And then Conall foUowed the hosts meditating vengeance, for he was
bound to avenge Cûchulainn :]
Roboi cinniud triachombdig iarum etir choinculainn 7 conall cernach .i.
ciped chia dib nomarbtha artùs adigail diacheiliu. Et mad misse marbthair
arlùs archuculainn cia luathe nomdigeU.
Alla notgentar arconall cernach dodigail damsa resin fescursin. Et mad
misse marbthair and orconall. cia luathe nomdigéla.
Nipa ùar thfuilsiu limsa fortalmain olcuchulainn intan notdigél.
Now there was a comrades' covenant between Cûchulainn and Conall
the Victorious, namely, that whichever of them was first killed should
be avenged by the other. « And if / be the first killed »said Cûchulainn,
« how soon wiit thou avenge me ? »
(( The day on which thou shalt be slain », says Conall, « I will avenge
thee before that evening. And if I be slain », says Conall, « how soon
wilt thou avenge me ? »
(( Thy blood will not be cold on earth », says Cûchulainn, « when I
shali avenge thee. »
ISo Conall pursued Lugaid to the Liffey.]
ISand rohôi lug3\à ocafothrucud. Decce dûn ammag ollugaid fnaaraid
natistar chucund cen aicsin.
Doféccai sécha intara.
Dofil oenmarcach sund chucund orse. 7 ismoragripe 7 aluas dothet. indarlat
isfeochuine (no fiaich herenn fil uasa. Indarlat it loa snectai breccait ammag
jris anair.
Ni inmain inmarcach dothaet and arlugaid À. Conall cernach insin for-
sindeirg druchtaig. Na eoin atchonnarcais uasu na fait acruib indeich sin.
Naloa snechtai atchonnarcdàs dobreccad inmaige fris anair, uanbach abélaib
indeichsin. 7 agglomraib inlsréin.
Fég darisse arlugaid cisi chonar dothdet.
Dothdet dochum indatha arintara .i. inconar dodechaid inslùag.
Dolléic sechund intechsin arluga\d ni ail dûn comrac fris.
Then was Lugaid bathing. 'Keep a lookout over the plain' said he to
his charioteer, « that no one corne to us without being seen. »
The charioteer looked.
'.( One horseman is hère coming to us, » said he, « and great are the
speed and swiftness with which he comes. Thou wouldst deem that (ail)
184 Cuchulainn's Death.
the ravens of Eriu were above him. Thou wouldst deem that flakes of
snow were specking the plain before him. »
« Unbeloved is the horseman that cornes there, » says Lugaid. It is
Conall the Victorious (mounted; on the Dewy-Red. The birds thou
sawest above him are the sods from that horse's hoofs. The snow-flakes
thou sawest specking the plain before him are the foam from that horse's
lips and from the curbs of the bridle. Look again, » says Lugaid, « what
road is he coming ? »
« He is coming to the ford, » says the charioteer, « the path that the
hosts hâve taken. «
« Let that horse pass us, » said Lugaid. n We désire not to fight
against him. n
[But when Conall reached the middle of the ford he spied Lugaid and
bis charioteer and went to them.|
ISfochcn dged jécheman. ol conall cernach. INti dana diandligi fiachu
dosfothlaig fair. Dligim ditsu ar conall cernach .i. marhad mochomcheili
concuhmn. 7 ità ictnall aacrai fort.
(( Welcome is a debtor's face ! » said Conall. « He to whom he oweth
debts demands them of him. I am thy creditor, » says Conall, « tor the
slaying of my comrade Cùchulainn, and hère I am suing thee for this. »
[They then agreed to fight on the plain of Argetros '' and there Conall
wounded Lugaid with his javelin. Thence they went to a place called
Ferta Lugdach.]
Ropdil damsa or lugaid conumrabad fir fer ûaitsiu.
Cid on or conall cernach.
Connachamthised udit acht oemldm. arnifil acht eenldm lim.
Rotbia orconall cernach.
Cengaltar aldm iarum diathoeb cosuanemnaib . Robatar indsin eûr datrdth
dinlô. et nijuair nechtarde eillfovacheile. INtan nadfûair conall cernach eill
fair dofeccai sécha agabuir .i. indeirg hdruchtaig... Lasin donic ingabuir
chuci corragaib mir assathôib...
« I wish, » says Lugaid, to hâve the truth of men from thee. »
« What is that, » says Conall the Victorious.
« That thou should use only one hand against me, for one hand only
hâve L »
« Thou shalthave it «, says Conall the Victorious.
So then Conall's hand was bound to his side with ropes. There for
the space between two of the watches of the day they fought, and neither
I. The ancient name of a plain on the River Eoir, Anglice the Nore, in Ossory.
O'Donovan, Book of Righls, Ix.
Cuchulainn's Death. 185
of them prevailed over the other. When Conall found that he prevailed
not, he saw his steed the Dewy-Red by Lugaid.... And the steed came
to Lugaid and tore a pièce out of his side.
Fe amae orluga'ui nijir jcr anisin aciwnaill cernaig.
Nitharddusa duitsiu orconall ccrnach acht darmochend féin. Nitharddus
/mmurro duit darcend narobb 7 nanecodnach.
Roietarsd ira orlugaid nadragasu corruca mochendsalatt. uair dofucsamni
cend conculdinn. Cotardda trd arse mochendsa ardochend 7 conerbara mori-
gise fordorige. Et mogaisced for dogaisced. Ar isferr limsa combad tû laecli
baddech nobeth inherinn.
Lassin benaid couall cernach achend de.
(( Woe is me ! » says Lugaid, « that is not the truth of men, 0
Conall. »
« I gave it thee only on my ovvn behalf », said Conall. I gave it not on
behalf of savage beasts and senseless things. »
« 1 know now, » said Lugaid, « that thou wiit not go till thou takest
my head with thee, since wetook Cuchulainn's headfromhim. Sotake, »
said he, 'my head in addition to thine own, and add my realm to thy
reaim, and my valour to thy valour. For I prefer that thou shouldst be
the best hero in Eriu. »
Thereat Conall the Victorious cuts off Lugaid's head.
[And Conall and his Ulstermen then returned to Emain Mâcha. That
week they entered it not in triumph. But the soulof Cùchulainn appeared
there to the fifty queens who had loved him, and they saw him floating
in his spirit-chariot over Emain Mâcha, and they heard him chant a mystic
song ofthe coming of Christ and the Day of Doom.]
W. S.
2) sept. 1874.
ON THE GAELIC NAMES
IN THE LANDNAMABOK AND RUNIC INSCRIPTIONS.
At the end of Cleasby's Icelandic-English Dictionary, Oxford, 1874,
Mr. Vigfusson gives a list of forty-nine names and nicknames contained
in the Landnàmabôk ilslendinga sogur, Kjobenhavn 18451, mosl of
which are Gaelic; and he says, very justly, that as thèse names were
taken from oral tradition, not from books, ihe Norse form may throw
some light on Celtic pronunciation in the loth, i ith and 1 2th centuries.
Mr Vigfusson does not attempt to idemify thèse names : but I think I
can do so in most instances.
1. Sd^;2 in Bekan-stôSum, p. 52. This is Beccân 'parvulus', adiminu-
tive of becc 'little', and a very common name. It occurs, written Becan,
seven times, written Began, twice, in the Martyrology of Donegal, Dublin,
1864. The gen. sg. Beccain is in the Féhre of Oengus (Laud 610 and
Rawl. 505) at April 5.
2. Bia^makr, Bio'Smakr Madda'Sr Irakonùngr, seems misread for
BlaSmakr= Ir. Blaîhmac, which also is a common name. It occurs ten
times in the Annals of the Four Masters and twice in the Martyrology
of Donegal, where it is latinised Florigenius (blatli 'flos'). We shall fmd
S for th also in KaiVall and KormloS.
3. Biôlan a Scotch king, 9$, 268. This seems the Irish BéoUan, which
name occurs in the Annals at the years 967 and 1105. and is now
anglicised Boland, Mise. Ir. Arch. Soc, vol. i, p. 146.
4. Bjollok a daughter of Vilbaldr, 268. This seems connected with
Beologo, given as the name of a priest. in Mart. Don., p. 46.
5. Bran or Brjdn in Branslaek, Brjamslaek [sic] : Navnet skrives nu
Brjdnslskr'. note], 50. Brjdn is the Irish Bridrï 'colliculus', one of the
commonest of names, and Bran is the Ir. bran 'corvus' which occurs as
a name 2 3 times in the Annals of the Four Masters.
6. D'imun the island (1 Dîmunarvâgi) 104, 'is a doublepeaked island
On the Gaelic Names in the Landnamabok. 1 87
in Broadfirth, Iceland, and in the Faeroes.' If this be an Irish topogra-
phical name, the di- is = Ir. di f. 'two', the mun is for Ir. muin 'back',
'neck', and the name is to be compared with Dd-bhac in Tirawley, Annals
of the Four Masters iiSo, 1217, Noin-druimm 'nine-ridge' etc.
7. DrajdritT 53, the name of one of the thralls whom Hjôrleifr took
in Ireland. If this be a real name, it is a hybrid. But the driîr = Engl.
dm is perhaps agloss ontiru/'i. e. Ir. drabh 'siliquiae'. Compare drabar-
slog 'rabble', LU. Sob.
8. Dufan 140. This is the Irish Dubdn 'nigellus' a diminutive of dub
'dark', which occurs, spelt Dubhan, four times in the Martyrology of
Donegal. That Icelandic/ represents the infected Irish b appears infra
Nos. 9 and 12, and in the name Dyf-linn Landn. 2^, 58, 108 =
Dub-linn now Dublin.
9. Dufguss ithe reading of mss. Aa, ei 1 56, whence the corrupted
Dugfùss, Digfuss, Dufgerss, was the father of SvarthôfSi. This name
would be in Irish 'Dubgus. I hâve not met it in Irish books or mss. ;
but it is formed like the sixteen names in -gus (= Lat. gustus ?), quoted
in Ir. Glosses, 69^2.
10. Dufnall (Erpssoni 113. This is the Irish Domhnall (W. Dyfnwall),
one of the commonest of names. Hère- the 0!d Norse / represents the
infected Irish m, and the Old Norse u the Ir. ô as in Lunan infra
No 58.
1 1. Dufniall son of Kjarvalr (Cerball) 298, an Irish King. This name
is probably a mistake for Dufnall No. 10. If Duf-niall be right, we must
regard it as = dub dark + Niall, infra No 45 ,
12. Duf])akr, another thrall of Hjôrleifr's, 35, 35, Dufjjakr in
Duf)>aksholti, 282, 289, 344, Dufjpakr Dufnialsson 268, 298. This is
the common name Dubthach, later Dubhthach. The r hère as in No, 2 is
the ending of the Icelandic nom. sg. masc.
1 5. Feilan, Oleifs feilans 8, 19, Olafs feilans $9, 99, etc. This is the
Ir. Faelan, which occurs 17 times in the Annals ofthe Four Masters, and
16 times in the Mart. Don. It possibly means 'little wolf, cf. Faeldruim,
Fael-cim.
14. Fyls-(enni) 126, 'dôttur [jérarins fylsennis.' 'The former part'
says Mr Vigfusson, -may be Gaelic : cf. fyls-bein, Fms. IX, 54'. I do
not know any Gaelic word like fyls.
1 5. Gellir = Gilli ^') in the name of ThorSr Gellir Olafsson feilan. If
this be Celtic, it is probably the Gaelic gille, gilla 'lad' cognate with As.
cdd, Eng. ch'dd. But Gellir is a common Icelandic name in the Landn.
16. Gilli, Gull\>. I do not understand this.
1 88 On the Gaelic Names in the Landnamabok
17. Gliomall (gen. Gliomalsi Irakonûngr. I cannot identify ihis name.
i S. Grelot gen. GrelalSar, 109, 140. Of this woman's name I can
make nothing. I do not believe it to be Celtic.
19. Gufa i?i a nickname for Ketill, 132: 'doubtful if Gaelic', says
Mr Vigfusson. A féminine diminutive Guibhsech occurs, but 1 know of
no Irish name Guba.
20. Hnokkan 267, a nickname of Askell son of Dufthakr (Dubthachl.
Probably the Irish cnocân 'coUiculus'. See No 5 supra.
2 I . Ka'Sall father of Thôrdis, 1 16, father of Thorgeirr 219. This is
the Ir. Cathal = W. Catell, Cadell or (as Rhys thinks) Cadwal. The
Old Norse form shews that the Early Middle-lrish //; had sometimes a
dental sound and was not always reduced to a mère breathing.
22. Kaolin Gaungu-Hrôlfsdôttir 95, 358. Probably the irish woman's
name Catilin Catharina.
25. Kali [h 48. Not Celtic.
24. Kalman enn suSreyski, 49, 64, 65. This is the Ir. Colmân, a com-
mon abbreviation of Colomban, which, again, is a diminutive of colomh
m. 'dove' lat. columbus. The Icelandic^ = Ir. 0 mayalsooccurinNo. 25.
25. Kamban 47, note. This seems the Irish Coman, which occurs twice
in the Annals and four times in the Mart. Don. Or it may be a nickname,
Ir. cammân 'hurly' from camm, Gaulish cambo- = r/.ay.^:;.
26. Kjallab 79 et passim. This is the 0. ir. Cellach later Ceallach.
The Icelandic spelling shows that in the twelfth century the name was
pronounced as now.
27. Kjaran a thrall of Geirmundr heljarskinn. This is the Ir. Ciarân,
a common name, diminutive of ciar 'fuscus'.
28. Kjarîan passim. I do not know any such name in Irish. Certân,
Ceartân would be possible formations from cert, but i hâve never met
them. Compare Myr-Kjartan infra No. 44.
29. /Cy^rva/r the name of an irish King, 298, Kjarfalr 561. This is
the 0. ir. CerbalU later Cearblmll inow Carroll).
50. Kimbi (?) 100, 'prob. Gaelic', says Mr Vigfusson. If so, it is =
Ir. cimbid 'captivus'. But the reading is doubtful, the variants Kambi,
Kumbi, Kunbe being given in the notes.
31. Kolli passim. « We suspect, says Mr Vigfusson, this name, so
fréquent in icelandic local names, to be of Gaelic extraction. » If so, it
may possibly be caille 'wood'. But this is very doubtful.
32. Kondll 50 n. 65, and passim. Ir. Conall, W. Cynwal.
J3. Kori, the name of an Irish thrall. 135, 134. I cannot identify this
name.
and Runic Inscriptions. 1 89
J4. Kôrmakr. This is the common Ir. name Cormac.
;î 5. Kormlo^ daughter of King Kjarvalr (Cerball) 318. This seems the
common woman's-name Gormlaith, which occurs five times in the
Annals of the Four Masters. For the provection of the initial medial cf.
Tufcal, No. 5 5 infra, and par^ik No. 47.
56. Kvaran ^8, a nickname for Olaf an Irish King, is = Ir. cuarân
'a sock', W. curan 'ocrea', 'cothurnus' Davies. An Irish saint named
Cuaran is celebrated at Feb. 9. Mart. Don. p. 45.
57. K\lan, a brother of Kalman (Colmân), 65, 66. This seems =
Coelàn, later Caelan, a name occurring seven times in the Mart. Don.
It is a diminutive of côil (gl. exilis), later coeî^ caol, W. cul 'narrow',
'strait', 'lean'.
38. Lunan[i Lunansholti] 297. If 'Lunan' be right (there are also the
readings Launansh and 'Lumansh';, this is the common Irish name Lonân
a diminutive of Ion 'blackbird'. If 'Luman' be right, it is the Irish
Lommân. For«Norse u = Ir. 0 cf. the name Lumcun infra No. 50 =
Ir. Lomchon.
39. Madda^r, 93, the name according to one ms. of an Irish King,
seems ^ the Ir maddadh 'dog' fcognate vvith Eng. mastiff, Ital. mastïno),
whence the common name Madadhdn. If this équation be right, it would
shew that final dh in Irish was not silent in the twelfth century.
40. Meldun, Melldun 'jarl af Skotlandi', 109, 113. This is the Irish
Mael-dûin, which occurs 33 times in the Annals of the Four Masters.
41. Melkorka daughter of Myrkjartan an Irish King 1 14. This seems
an Irish Mael-Curcaigh i. e. 'servant of Curcach', an Irish saint comme-
moratedonthe i6th November. If this identification be correct, the final
infected g was as silent in the twelfth century as it is now.
42. Melpatrekr 316 is = Maelpdtric 'servant of Patrick', one of the
commonest of Irish names.
43. Myrgioi 109 (d6ttir Gliomals Irakonûngs). This is perhaps =
Muir-gheal (mii/r 'sea'; geai 'bright'j, a woman's name which occurs twice
in the Annals.
44. Myrkjartan 114, an Irish King, seems = - an Irish Muircheartân.
But the nearest name to this is the common Muircheartach.
45. N/'i//, passim. This is the Ir. Niall, which, if it has, as I suspect,
lost initial 5, may be equated with A. S. snell, NHG. schnell.
46. Papar 'priests' 424. From the \dXm papae.
47. Parak 267. Son Hrana Hildis sonar paraks (parrax, parex).
I cannot identify this nickname with certainty. It is just possible that the
p is a provected b, and that we may compare ir. barach 'fecund'.
1 90 On îhe Gaelic Names in the Landnamabok
48, Patrekr 42. Ir. Patrie, Patricius.
49. Raforta, 1 cannot indentify this name, which is given as that of a
daughter of Kjarvals (Cerball) an Irish King.
To thèse we may add thèse following five Gaehc names found in
Norwegian runic inscriptions in the Isie of Man (Munch, Chron. Manniae,
Christiania 1860, pp. xx-xxiv: Haddan and Stubbs, Councils and Eccle-
siastical Documents, Oxford 1875, II, 185).
^0-52. Mal-Lumeun, Mal-Mura, Tufeal. Thèse ail occur on a cross at
Kirkmichael :
Mal lumcun raisti crvs I^ana efter mal-mvrv fvstra sina toter
TUFCALS os AJîISL ATI.
(( Mael-Lomchon erexit crucem hanc post Mael-Maire [servum Mariae |
educatricem suam, filiam Dubgalli, quam Adislus habuit fin matrimonio).
Hère we hâve two names comprising Macl 'tonsus' 'calvus' 'servus'
= Mel supra Nos. 41, 42. In the former case it governs Lomchon, the
gen. sg. of Lomehu an Irish saint, of Cell Lomchon in Ulster, commemo-
rated in the Mart. Don. at Jan. 9. In the latter it governs the Middle-
Irish Mure (0. Ir. Maire) = Maria. The name, spelt Mael Maire, occurs
twice as a woman's name in the Annals of the Four Masters. In Tufeal
the first syllable [Tuf] is to be compared with Duf-an, Duf-gus, Duf-hakr
supra Nos. 8, 9, 12. The second syllable [cal] is the Gaelic gall 'stranger',
The whole name is the common Irish Dubgall, which occurs thrice in
the Annals of the Four Masters.
54-55. Mail Bricti, A])acan. Thèse names are found on another cross
at Kirk Michael :
Mail Bricti sunr a|?acans smi]j raisti crvs |mna fvr salv sina sin
BRvcviN CAUT cir]?! |?ana avc ala, i. e. Mael-Brigtefilius Aedacâni fabri
erexit crucem hanc pro anima sua... Gautus fecit hanc (crucem^ et
omnes (in Mannia).
Hère Mail-Bricti is the common Irish name Mael Brigte 'servus Bri-
gittae', which occurs, spelt Mael Brighde, 22 times in the Annals of the
Four Masters, and A\>acan is the Irish Aedacdn which occurs, spelt
Aedhacan once, spelt Aedhagan four times, in the same Annals. It is a
diminutive oi aed 'fire' = aïOoç, and still lives as Egan.
The resuit is, apparently, that :
i) Infected or las native grammarians say) aspirated c was pronounced
in auslaut as it is now, i. e. like German cli in sache. Compare Nos. 9,
12, 26, 44, 50.
2) Infected g was pronounced in inlaut like g in German magen
(Nos. 55, 54). But in auslaut it was silent (see No. 41). The modem
and Runic Inscriptions. 1 9 1
pronunciation oi gh as dh = a guttural y lO'Don. Crammar, 50) is not
supported by the Norse spelling.
5; Infected /and ti were pronounced somevvhat like English tli, both
in inlaut (Nos. 2, 11,21, 5 5) and inausiaut (Nos. 3 5, 39);but whether
like //; in tliing or //i in thc there is no évidence to shew. As /// is occa-
sionally dropt in Old Irish e. g. daarchiuir (gl. redemit) Ml. yib, for
iu-aih-ro-chiuir, the reduplicated prêt, of tathcrenimm] the th was pro-
bably a much weaker sound than the infected d. The modem pronun-
ciation of th as /; and oï dh as a guttural y 'O'Don. Gr. 49I bas no sup-
port from thèse Norse translitérations, nor (I may add) fromthe Anglo-
Saxon Chronicle in which Macc-bethu is written Macc-beSu.
4) Infected h was pronour.ced like )■ iNos 7, 8, 9) as it is now in
Munster lO'Don. Gr. 46^, or/. The /sound was probably heard as it is
now in Dubthach ,'v. No. 12).
5) Infected m was pronounced like v (No. ici. This is now the
pronounciation in the south of Ireland when mh begins a word.
Further évidence as to the pronounciation of Early Middle Irish might
be obtained from the spelling of Norse names in Irish mss. about the
wars of the Irish and the Scandinavians. But unfortunately, with one
exception, thèse mss. are so modem and corrupt that no phonetic con-
clusions can safely be drawn from them. The one exception above
referred to is the Book of Leinster, from which I take the foliowing
Scandinavian names :
Turges and his wife Otta. Todd, Wars of the Gaedhil and the Gaill,
p. 226. Compare with the former name jjorgeirr ? •
Onphile iarla, Todd, p. 227.
Raalb (Raulbi iarla, Todd, p. 229 (Hrélfr ?i.
Amlaib mac rig Lochlann, Todd, p. 230, 231, dlafr.
Scolph ocus Ona ocus Tomrair ocus Turgeis, ib. 231.
Oisli mac rig Lochlann, ib. 231 (âsleikr ï\.
Barith, ib. 282 (BarSi !>).
Ascalt Putrall, ib. 233 (âskell.?).
Siugrad mac Imair ri Gall, ib. 233 (Sigur^r).
Ragnall mac Imair ib. 234, Ragnall 235, gen. sg. Ragnaill 232. Seems
Rôgnvaldr.
Oitir iarla ib. 234. Oittir 25^ i6ttarr?i
It is to be hoped that some good Icelandic scholar will take up this
matter. The sagas probably contain many more Gaelic names than those
above enumerated.
Whitley Stokes.
Calcutta, April 5, 1876. . -
LAVAROU KOZ A VREIZ IZEV
EIZVED STROLLAD.
I.
841 Al labourer a viskoaz
A zebr eur garg douar ar bloaz.
842 Goasa ira a hell hen hem gaoutgad eur merer eo klevet killok fie vestr.
84^ Bleo gonifled, plan klujar,
N'int ket mad da stuia douar.
844 lannik a vil micher a varvaz gant ann naon.
845 Eur micherour dioc'h ann deiz
A garfe ve noz da greisteiz.
846 Matez nevez da di pa zeuio
Kement a teir a labouro.
847 Glao a dol, avel a c'houez.
Da ober joa d'ar vatez.
848 Foeta fank ha foeta drez
Eo micher eur paotr lakez.
IL
849 Eur c'hemener n'e ket den,
'Met eur c'hemener ne-d-eo ken.
850 Nao c'hemener evid ober eun den.
85 1 Neb a lavar eur c'hemener
A lavar ive eur gaouier.
8$ 2 Kemener brein.,
'Nn diaoul war hegein.
I. Voir plus haut, p. 60 et suiv.
PROVERBES ET DICTONS
DE LA BASSE-BRETAGNE.
HUITIEME SERIE.
I.
841 Laboureur de tout temps
Charge de terre avale l'an.
842 La pire chose qui puisse arriver à un fermier, c'est d'entendre le
coq de son maître ' .
843 Poils de lapin et plumes de perdrix
Ne valent rien pour engraisser la terre ^.
844 Jeannot aux mille métiers mourut de faim.
84J Un ouvrier à la journée
Voudrait à midi la nuit arrivée.
846 Quand servante nouvelle à la maison viendra,
Autant que trois elle travaillera.
847 Pluie à verse et tourmente,
Temps à réjouir la servante.
848 Battre boue et battre hallier,
C'est le métier d'un estafier.
II.
849 Un tailleur n'est point un homme,
Ce n'est qu'un tailleur en somme.
850 Neuf tailleurs pour faire un homme.
85 1 Qui dit tailleur
Dit aussi menteur.
8j2 Tailleur pourri,
Le diable sur son dos.
1. Le cultivateur breton redoute la surveillance, et celle-ci le menace d'autant que la
maison du maître est plus rapprochée de la sienne.
2. Ce dicton concerne les braconniers.
Ra. Celt. m I 4
1 94 Lavarou Koi a Vreiz Izel.
85 j Ar d'hemener diwar he dorchenn
Pa gouez, a gouez en ifern.
8 $4 Milin laz-logod, — e vez dour awalc'h d'eur zilienn pa vez glao.
855 Na pa rafe ar vilin nemet eun dro krenn,
Ar miliner 'zo sur d'oc'h he grampoezenn.
856 Krampoez liag amann a zo mad,
Ha nebeudig euz pep sac'fiad,
Hag ar merc'hed kempenn a-vad.
857 Na euz ket hardissoc'h eget roched eur miliner,
Rag bep mintin e pak eut laer.
8$ 8 Ar miliner, laer ar bleud,
A vo krouget dre he viz meud,
Ha mar ne ve ket krouget mad
A vo krouget dre he viz troad.
8^9 Ar guiader en he stem,
E-giz ann diaoul en ifern,
Oc' h ober tik-tak, tik-tak,
Hag 0 tenna hag 0 lakat.
860 Ar guiader kaotaer
A ra lienn evel 1er.
86 1 Ar miliner a laer bleud,
Ar guiader a laer neud,
Ar fournerienn a laer toaz,
Ar c'hemencrienn krampoez kraz.
111.
862 Ar zoner )rar he varikenn
A ra da iaouankiz breskenn.
865
Ar glaouaer er c'hoajo
Evel ar bleiz a iudatô.
864
Boutaouer koad a ra bepret
Listri da gas tud da gac'het.
865
Pa vez ker al 1er
E c'hoarz ar boutaouer.
866
N'e ket greg ar c'here a deuz ar ga/ella boutou
867
Er givijeri ann ejenned
A zo bioc'hed.
Proverbes et Dictons de la Basse-Bretagne. 195
855 Le tailleur sur son coussinet.
S'il tombe, — en enfer va tomber.
854 Moulin tue souris, — assez d'eau pour une anguille il a quand
vient la pluie.
855 Le moulin ne donnât-il qu'un tour de roue,
D'avoir sa crêpe le meunier est certain.
856 Des crêpes et du beurre, — bonnes choses,
Et un brin de chaque sac de farine,
Et les jolies filles pareillement.
8j7 Rien n'est plus hardi que la chemise d'un meunier,
Car chaque matin elle prend un voleur.
8j8 Le meunier, voleur de farine,
Par le pouce pendu sera; .
S'il n'est bien pendu de la sorte.
Par l'orteil on l'accrochera.
859 Le tisserand à son métier,
Comme diable en enfer se démène,
Avec son tic-tac, tic-tac,
Quand navette il tire et repousse.
860 Le tisserand avec sa colle
Donne à la toile l'apparence du cuir.
861 Le meunier vole de la farine,
Le tisserand vole du fil,
Les fourniers volent de la pâte,
Et les tailleurs des crêpes rôties.
in.
862 Le sonneur ' sur sa barrique
Met en branle la jeunesse.
86 î Le charbonnier dans les bois
Comme le loup hurle sans cesse.
864 Le sabotier fait en tout temps
Vaisseaux à mener ch... les gens.
865 Quand le cuir est cher
Rit le sabotier.
866 Ce n'est femme de cordonnier qui est la mieux chaussée.
867 Dans les tanneries les bœufs
Sont des vaches.
I. Ménétrier, joueur de bombarde {hàuthols) ou de biniou, sorte de cornemuse.
I c)6 Lavarou Koz a Vreiz Izel.
868 Ar masouner, pa staoto,
Eux t labour e troio.
869 Marichal krign-karn,
Chdoker kac'h houarn.
870 Pa vez houarnet ar c'har^
Er pod e lekear ar iar.
871 Ar barazer a oar dre c'houez
Hag hen a vez ira vad er pez.
872 Ann heskenner hag ar c'halve
A bli'j d'ezho fest ar maouî mae ' .
87 j Hostiz ann anaoun
A varvaz gand ann naoun.
874 Tiez saveî gant krec'hin tud
A zaver ker buhan, ken divrud.
IV.
87 5 Eva gwin, kanjoli merc'hed,
Setu dever ar c'hloarek.
876 Reizen manac'h a z-o tenna
Digant ann holl heb rei neîra.
877 Te lavar gaou, pe ma vinn manac'h.
878 Pa za eur manac'h e neb leac'h,
E teu eun allik en he leac'h.
879 Kelian ha meiian,
Menec'h ha beleian,
Pevar seurt loned
Ar gwasa ' so er bed.
880 Kazek ar c'hure
A renko baie.
881 Aoîrou Personn, mar gril ho kest,
C'houi a raio ivez ar fest.
882 Ar veleienn ne garant ket
Beza distroet euz ho fred ;
Gortozit ' U gad pasianîet,
Pe ann absolvenn n'ho po ket.
I. On nomme maout « mouton » le vin d'accomplissement qui se distribue aux
ouvriers le jour de l'achèvement d'une construction. Le mot mae qui le suit, en français
« mai », me semble mis ici pour la rime.
Proverbes et Dictons de la Basse- Bretagne. 197
868 Le maçon, quand il pissera,
A son travail le dos tournera.
869 Maréchal, grignoteur de corne,
Màcheur de m.... de fer.
870 La charrette ferrée,
On met la poule au pot.
871 Le tonnelier sait à l'odeur
S'il y a bonne chose en la pièce.
872 Scieur de long et charpentier
Aiment le festin du mouton de mai.
87 j Hôtelier des trépassés
Qui de faim sont morts '.
874 Maisons qu'on élève avec des peaux humaines
S'élèvent si vite, avec si peu de bruit*.
IV.
875 Boire vin, cajoler fillette.
Voilà de tout clerc le devoir.
876 Règle de moine est de tirer
De toutes gens sans rien donner.
877 Tu mens, — ou je veux être moine.
878 Où moine passera,
Moinillon poussera.
879 Mouches et fourmis,
Moines et prêtres,
Quatre sortes de bêtes
Les pires qui soient au monde.
880 Jument de vicaire
Aura de la marche à faire.
881 Monsieur le curé; si vous quêtez,
A votre tour régal vous donnerez,
882 Les prêtres n'aiment pas
Qu'on les dérange à l'heure des repas,
Avec patience attendez donc
Ou vous n'aurez l'absolution.
1. Se dit d'un méchant aubergiste dont la maison est mal approvisionnée.
2. A l'adresse des médecins enrichis.
1 98 Lavarou Koz a Vreiz Izel.
88? Eur belek maro, — eun ail en he leac'li.
884 Harzit, harzit^ emezhan,
Ma vo lekcat... en toull-man,
Ma lakefomp eur mean braz war he gein,
Ma 'z efomp da di... d'hon lein.
885 Peurvuia ar belek
A làr en eur brezek :
Silaouet ma c'homzo,
Losket ma obero.
NAOVED STROLLAD.
I.
886 Lein hir hag offeren verr
A blij d'ann dud dibreder.
887 Pedennou berr a gass d'ann néon,
Pedennou hir a chomm a-dreon.
888 Ann Aviel,
Ar gwir gentel.
889 Biskoaz sanî n'eo bet
En he barrez meulet.
890 Ar zant pella,
Ar zant gwella.
891 Da zantez-Anna neb a la,
Santez Anna n'ankounac'ha.
892 Itroun Varia 'nn amzer
Ne labour ked en aner.
89 J Mui a win a zispigner er pardoniou eged agoar.
894 E Breiz-Izel pa ziskennan,
Dour mad ha tud diampech a lakan.
895 Neb a verv Uchou d'ar gwener
Birvi a ra goad hor Saluer.
896 Da noz Nedelek ne gousk ken
'Met ann tousok ha mab ann den.
Proverbes et Dictons de la Basse-Bretagne. 199
885 Un prêtre mort, — un autre à sa place. (Le roi est mort, — vive
le roi !)
884 Arrêtez, arrêtez, dit-il.
Qu'on le mette... dans ce trou-ci.
Avec une grande pierre sur le dos,
Pour que nous rentrions... dîner.
885 Prêtre, le plus souvent.
Sermonne ainsi les gens :
Ecoutez ce que je vous dis.
Mais de ce que je fais ne vous occupez mie.
NEUVIÈME SÉRIE.
I.
886 Long dîner et messe courte
Plaisent aux hommes de loisir.
887 Courtes prières mènent au ciel.
Longues prières restent derrière.
888 L'Evangile,
La vraie doctrine.
889 Jamais saint n'a été
Dans sa paroisse loué.
890 Le saint le plus éloigné,
Le saint le plus estimé.
891 A Sainte-Anne qui va
Sainte Anne ne l'oublie pas.
892 Madame Marie-du-Temps Cc.-à-d. qui préside au temps)
Ne travaille point vainement.
89 j Plus de vin dépensé dans les pardons que de cire.
894 En Basse-Bretagne quand je descends,
J'y fais l'eau bonne et bien dispos les gens '.
895 Qui bout lessive le vendredi
Fait cuire le sang de notre Sauveur.
896 La nuit de Noël nul ne dort
Hormis le crapaud et le fils de l'homme.
I . Dit Jésus-Christ qui, d'après la croyance populaire, a fait de nombreux voyages en
Bretagne.
200 Lavarou Koz a Vreiz Izel.
897 0 sent ma bro, ma divallet.
Sent ar vro-man n'anvezann ket.
898 Deomp da hidi sant Herbot
Da reï amann leiz ar ribot.
899 Sant louen^ sant lann,
Leiz ma ribod a amann,
Hag eur bannik bihan a lez
Wltaluzenn d'ar paour kez.
900 Aotrou sant Ourzal, me ho ped,
Roït d'eomp-ni pep a c'hreg.
Aotrou sant Ourzal, eur weach c'hoaz,
Roït d'eomp-ni peb a voaz.
901 Itroun Varia-Molenez,
Digassit pense d'am enez.
Ha c'houi, aotrou sant Renan,
Na zigassit ket evit unan,
Digassit evit daou pe dri,
Evit m'hen devezo lod peb-hini ' .
//.
902 Mar vez Guillou, ra-z-ipell dre sant Hervé;
Mar vez Satan, ra-z-i pell en han' Doue^.
90^ Ki klan, chanj a lient,
Arru 'r baniel hag ar zent;
Arru 'r baniel hag ar groaz,
Hag ann aotro sant Weltas.
1. Les habitants de l'île Molène se défendent, non sans énergie, d'avoir jamais adressé
semblable prière à leurs saints. A les entendre, elle leur serait gratuitement prêtée par
leurs voisins d'Ouessant, grands railleurs par tempérament, et, aussi, quelque peu jaloux
de leur prospérité croissante. Ceux-ci, de leur côté, opposent à cette explication la
dénégation la plus formelle. Quoi qu'il en soit, et qu'il s'agisse ici d'une prière ou
simplement d'une épigramme, on ne saurait du moins reprocher à cette petite pièce de
manquer de couleur locale.
2. Ce Guillou n'est autre que le loup, contre lequel on ne peut trouver de meilleur
défenseur que saint Hervé. La légende raconte qu'Ulphroêdus, oncle d'Hervé, avait un
âne qu'un loup dévora. Le saint condamna le fauve à remplacer la bête de somme dont
il avait fait sa proie, et « c'estoit chose admirable, — nous dit Albert le Grand, —
l'intéressant et naïf hagiographe, — de voir ce loup vivre en mesme étable que les
moutons, sans leur mal faire, traisner la charrue, porter les faix et faire tout autre
service, comme beste domestique. »
C'est en souvenir de ce prodige que, dans les églises bretonnes, on représente saint Hervé
accompagné d'un loup qu"il tient en laisse.
Il faut se garder, cependant, de juger sur les apparences : le diable sait prendre toutes
Prorcrbts et Dictons de la Basse-Bretagne. 201
897 0 saints de mon pays, protégez-moi.
Les saints de ce pays-ci je ne les connais pas.
898 Allons prier saint Herbot
De nous donner du beurre à pleine baratte.
899 Saint Yves, saint Jean,
De beurre remplissez ma baratte,
Et gouttelette de lait laissez-y
Pour aumône au cher pauvre.
900 Monsieur saint Ourzal, je vous prie.
Donnez femme à chacun de nous. —
Monsieur saint Ourzal, une fois encore,
Donnez-nous à chacune un mari.
901 Madame Marie de Molène,
A mon île envoyez naufrage,
Et vous, monsieur saint Renan,
N'en envoyez pas un seulement;
Envoyez-en deux, trois plutôt.
Pour que chacun en ait morceau.
II.
902 Si tu es Guillou, par saint Hervé, va-t'en;
Va-t'en, au nom de Dieu, si tu es Satan '.
905 Chien enragé, change de route.
Voici la bannière et les saints ;
Voici la bannière et la croix.
Ainsi que monsieur saint Gildas ^.
les formes, et se montre souvent sous celle d'un loup, dit le paysan breton. Aussi la
prudence commande-t-elle de se tenir à la fois en garde contre l'un et l'autre de ces
dangereux ennemis.
1. Cette conjuration et les suivantes, jusqu'au n° 909 inclusivement, — on se sert du
mot conjuration pour désigner indifféremment toutes les formules réputées magiques, —
jouissent d'un grand crédit dans les campagnes armoricaines. Comme celle-ci est
infaillible pour mettre en fuite les loups et le diable lui-même, la seconde défend des
chiens enragés, et les six autres sont souveraines pour combattre diverses maladies. Toutes,
à l'exception des deux premières, ont leur rituel spécial, mais variant de canton à
canton, et qui consiste en pratiques bizarres presque toujours subordonnées à certaines
conditions, difficiles à réunir, de temps, de lieux et d'orientation. De plus, comme il faut
aussi tenir compte de l'influence des nombres sacrés, quelques-unes d'entre elles doivent
être récitées, suivant le cas, trois, sept ou neuf fois, sans reprendre haleine. Si le charme
reste sans effet, ce qui ne doit pas manquer d'arriver assez souvent, le conjurateur a
toujours en réserve quelque bon motif de s'en prendre à lui-même, à moins qu'il ne
préfère attribuer son insuccès à une incomplète initiation.
2. La rage est généralement connue en Bretagne sous le nom de mal dt saint Gildas,
drouk-sant-Weltas.
202 Lavarou Koz a Vreiz Izel.
904 Me ho salud, grubuill verrienn ;
Me 'zo dent da zigass d'hec'h ann derrienn,
Eun îamm bara hag eur vi,
Ne c'houllan ken lu c'hrena mui.
90 j Salud d'e-lioc'h, burlu gwenn,
Me a zo dent d'ho tispenn,
Evit m'am lakafet iac'h,
Rak klanv oun gand ar pennzac'h.
906 Ar penn a zac'li er zac'h,
Ma fenn er-meaz ha me iac'h.
907 Salud, bar gan,
Kass ar re-man
Gan-ez ac'han.
908 Ar Werbl hen deuz nao merc'h :
Deuz a nao a deu da eiz,
Deuz a eiz a deu da drei,
Deuz a zeiz a deu da c'houec'h,
Deuz a c'houec'h a deu da bemp,
Deuz a bemp a deu da bevar,
Deuz a bevar a deu da tri,
Deuz a dri a deu da zaou,
Deuz a zaou a deu da unan,
Deuz a unan a deu da netra.
Ar Werbl n'hen deuz keî merc'h ebet.
909 Denedeo, dened'ec'h,
N'e ket ama ema da lec'h,
N'e ket ama nag e neb lec'h.
Pa 'z po treuzet nao mer, nao menez,
Nao feunteun a drugarez,
E gavi eun dachennik c'hlaz,
Hag eno ema da blaz ' .
910 Tro, pe me az troio :
I. Var. Deredewez, 'dewez tec'h, Var. Dartre (furoncle, herpès etc.), va-t'en
N'e ket azeman da lec'h. loin d'ici !
Bars eun torkadig lann zec'h, Ce n'est en ce lieu qu'est ta place.
Seiz park euz ar mené, (Elle est) dans un buisson d'ajoncs dessé-
Ter fantan a drugare, chés,
Lec'h na glewi kog 0 kana. Sept champs de la montagne,
Bugel bihan oed 0 oela. Trois fontaines de merci,
Où tu n'ouïras coq chanter
Non plus qu'enfantelet pleurer.
Cette version a été recueillie par mon ami M. Luzel.
Proverbes et Dtctorjs de la Bisse-Bretagnc. 20?
904 Fourmilière, je vous salue ;
La fièvre suis venu vous apporter
Avec un morceau de pain et un œuf,
Ne requiers que ne plus la trembler.
90^ Salut à vous, blanche digitale,
Je suis venu vous cueillir
Pour que vous me rendiez la santé,
Car d'un goitre je suis affligé.
906 Le goître reste dans le sac,
Ma tète dehors et je suis guéri.
907 Salut, pleine lune,
Emporte celles-ci (^ces verrues)
Avec toi loin d'ici.
908 Le Bubon a neuf filles :
De neuf elles sont réduites à huit,
De huit à sept.
De sept à six,
De six à cinq,
De cinq à quatre.
De quatre à trois.
De trois à deux,
De deux à une,
D'une à rien.
Le Bubon n'a plus de filles.
909 Dartre chancreuse, dartre, va-t'en.
Ce n'est ici que tu dois être,
Ce n'est ici ni autre part.
Quand tu auras traversé neuf mers, neuf montagnes.
Neuf fontaines de merci.
Tu trouveras un petit pâtis vert
Et c'est là qu'est ta place.
910 Tourne, ou je te tournerai :
Le char de l'Ankou est arrivé !
Ourlic! OurliC !
1. C'est l'injonction .■suprême, et. en quelque sorte, la prise de possession de la Mort
(Anko ou Ankou, en breton), quand la sinistre voyageuse arrête à la porte de quelque
malade si charrette ferrée, recouverte d'un drap blanc et traînée par deux chevaux blancs.
Employées quelquefois, en dehors de la légende, quand deux rivaux, deux ennemis,
par exemple, en viennent aux dernières limites de la violence, ces paroles prennent la
signification suivante : « Rends-toi, ou j'aurai ta vie! Ta dernière heure va sonner. »
Ourlik est un mimologisme auquel je ne connais point d'équivalent en français.
204 Lavarou Koz a Vreiz Izel.
Erru eo karr ann Anko !
Ourlik! Ourlik!
m.
911 Ar plac'h, war loar goz.
Ne ve ket hir he broz;
Ar pot, war loar ne.
Ne ve ket hir he zê.
912 Kamm, luch^ tort ha born,
A 10 ganet diwar ar c'horn ' .
91 5 N'euz bet biskoaz na kamm na tort n'hen dije itrik fall.
914 Ar voualc'h he bek melen
A vev tri oad ann den.
915 Ar vran hi deuz tri oad den, tri oad marc^h,
Ha c'hoaz ne deuz ked oad awalc'h.
916 Pa gomzer euz ann heol e weler ke sklerijenn.
917 Pa gomzer euz ar bleiz
E vez he lost e-kreiz.
918 Pa voud ar skouarn kleiz,
Meuleudiou e-leiz;
Pa voud ar skouarn deou,
Meuleudiou e-biou.
919 Gwennili, gra daneiz
Em frenesîrik, e Breiz.
920 Skrill a gan war ann oaled
E ti ann holl ' zo karet.
92 1 Eur ginidenn dioc'h ar mintin,
Sin a wall fin ;
Eur ginidenn ■diocVi ann noz,
Sin a gelou mad antronoz.
922 Eul laouen-dar,
Arc'hanl hep mar.
92 5 Pd gan ar goukou warlerc'h gouel Pêr,
Sin a gernez.
I . Dans un conte breton très-répandu, une femme surprise par les douleurs de l'enfan-
tement est priée par un moine de ne faire aucun eflort qui puisse hâter sa
délivrance. — Et, pourquoi cela? demande- t-elle. —C'est que, répond son interlocuteur,
au moment où j'entrais chez vous, j'ai vu la lune en train de se pendre. On se sert de
cette expression pour dire que la lune entre dans son croissant. Or, malheur à l'enfant
qui vient au monde à cette heure : il est loariet, frappé par la lune, ce qui ne signifie pas
toujours lunatique, mais certainement disgracié, soit au physique, soit au moral, et
Proverbes et Dictons de la Basse-Bretagne. 205
111.
911 De fille née à la vieille lune
Ne sera point longue la jupe;
De garçon né à la lune nouvelle
Longue la robe ne sera.
912 Boiteux, bigles, bossus et borgnes
Sous le croissant sont nés.
91 î Jamais on n'a vu boiteux ou bossu qui méchante pièce ne fût.
914 Le merle à bec jaune
Vit trois âges d'homme.
915 Le corbeau vit trois âges d'homme, trois âges de cheval.
Encore ne se trouve-t-il point d'âge assez.
916 Parle-t-on du soleil on en voit les rayons.
917 Parle-t-on du loup,
Sa queue est au milieu de nous.
918 Quand bourdonne votre oreille gauche,
Grand éloge de vous l'on fait ;
Quand bourdonne votre oreille droite,
Votre éloge est mis de côté.
919 Hirondelle, fais ton nid
A ma petite fenêtre, en Bretagne '.
920 Grillon chantant sur le foyer ^
Dans toute maison est aimé.
92 1 Araignée du matin.
Signe de mauvaise fm;
Araignée du soir,
Signe de bonne nouvelle le lendemain.
922 Un pou d'égout (cloporte),
De l'argent sans aucun doute.
925 Le coucou chante-t-il après la Saint-Pierre,
— Signe de cherté.
fatalement destiné à être malheureux.
Ce cas n'est pas le seul où l'influence de la lune, jeune ou vieille, soit à craindre pour
les mères : elle les menace dans bien d'autres circonstances, et de là le sujet de mille
recommandations, et des précautions les plus singulières.
Aujourd'hui encore, dans quelques campagnes, 'es femmes que certains besoins naturels
amènent le soir à quitter leurs maisons, se garderaient bien, pour y satisfaire, de se
tourner du côté où la lune se montre. Si, par malaventure, elles étaient enceintes, nul ne
sait ce qui pourrait résulter d'une telle inadvertance.
1. La maison où l'hirondelle fait son nid est regardée comme bénie du ciel.
2. Présage de bonheur.
2o6 Lavarou Koz a Vreiz Izel.
924 Mar klewfe ar zord^ mar welfe ar c'hô,
Ne vefe beo den ebet er vro ' .
IV.
925 Gwasoc'h evid ar raned
A zon ar bal d'ar Chorriganed *.
926 Pan ve ar Siren 0 kanan^
E c'hall ' martolod paour gwelan.
927 Gargantuas easoc'h da zamina
Evit da garga.
928 Gargantuas, pa oa beo^
A iee'n eur gammed da Bontreo^.
929 Boudedeo 4
A vako
Dre ma vezo
Daou zen beo.
930 Boudedeo
Ann diveza' vo beo.
931 Sotoc'h eget Merlin a red en dour araog ar glao.
932 Keuta tud a oa ér bed
A oa Guikaznou ha Kerret.
9?^ Pa 'r oc' h euz a Gergournadeac'h,
Savit ho tiskouarn d'ann neac'h.
1. M. Emile Ernault, de Saint-Brieuc, m'a donné de ce dicton la variante suivante
qu'il a entendue à Sarzeau :
Enn enan 'pc huile, Si orvet voyait,
Er zourt a pe gleue, Si sourd entendait,
Den er bet ne bade. Homme au monde ne resterait.
2. Se dit des personnes et des choses, et, particulièrement, de tout cri perçant, de
tout bruit désagréable. Les Korrigans sont les nains, les gnomes de la mythologie
armoricaine.
3. En partant de Plouaret, m'écrit M. Luzel, à qui je dois la connaissance de ce
dicton.
4. Nom donné au Juif-Errant, et qui répond exactement à celui de Buttadeus attribué
an même personnage légendaire par un auteur du 17= siècle cité par Grœsse (Sage vom
Ewigen Juden. Dresde, 1844).
En faisant le même rapprochement à l'occasion du gwerz de Boudedeo, M. Gaston Paris
fait observer {Raue Critique du 23 octobre 1869) que ce nom « semble un composé de
Thaddée et peut-être de Bar défiguré en But. Mais où, — se demande-t-il, — « le
« poète breton a-t-il trouvé ce nom généralement remplacé par Ahasvérus? Le fait est
« d'autant plus bizarre que s'il fait dire au Juif à un endroit Moi Boudedeo, il semble
« bien l'appeler ailleurs (str. 2), Absarus, c'est-à-dire .\hasvérus. »
Dans l'état actuel de la bibliographie bretonne, il n'est pas possible, je crois, d'assigner
une date tant à la composition du gwerz qu'à l'introduction en Bretagne du nom de
Boudedeo. Toutefois, il me paraît acquis que ce nom était tout au moins populaire dans
Proverbes et Dictons de la Basse-Bretagne. 207
924 Si sourd entendait et si tjupe voyait,
Au pays homme vivant ne serait.
IV.
92 5 Plus agaçant que les grenouilles
Qui sonnent le bal des Korrigans.
926 Quand la sirène est en train de chanter,
Le pauvre matelot peut pleurer.
927 Gargantua plus facile à charger (de viande ou de vin)
Qu'à remplir.
928 Gargantua, quand il vivait,
D'une enjambée à Pontrieux allait.
929 Boudedeo
Marchera
Tant qu'il y aura
Deux hommes en vie.
930 Boudedeo
Sera le dernier des vivants.
93 1 Plus sot que Merlin qui se jette à Peau pour éviter la pluie '.
932 Les premiers habitants de la terre
Furent les Guicaznou et les Kerret ^.
93 3 Puisque vous êtes de Kergournadeac'h ?,
Portez la tête haute.
les campagnes armoricaines au 17'' siècle. Grégoire de Rostrenen et Dom Le Pelletier le
mentionnent, en effet, dans leurs dictionnaires commencés l'un et l'autre vers 1700, sans
que rien de la part des deux savants lexicographes permette de supposer qu'il fût d'impor-
tation récente.
Pour ce qui est de la bizarrerie résultant de la double appellation donnée au marcheur
éternel, elle trouve son explication dans l'ancienne légende dont parle Edgard Quinet
(Préface d'Ahasvérus) qui nomme le Juif « Ahasvérus », et, après son baptême,
« Buttadeus ».
1. Dans le Bas-Léon, comparer quelqu'un à Merlin constitue une grave injure. Le
personnage auquel il est ainsi fait allusion, et qui ressemble d'une manière si frappante
au Gribouille proverbial de nos provinces françaises, serait-il, par suite d'une dernière
transformation, le même que le fameux enchanteur? Je ne saurais rien affirmer sur ce
point, toutes mes recherches pour retrouver ailleurs le nom de Merlin dans la mémoire
du peuple breton étant demeurées infructueuses.
2. Cette devise, que l'on cite souvent, se lisait, au dire de Cambry (Voyage dans le
Finistère, édit. de i8}6, p. 8), sur un banc de l'église de Saint-Mathieu, à Morlaix, en
1778.
}. Une tradition rapportée par Albert le Grand fait remonter l'origine de la maison de
Kergournadeac'h à un jeune guerrier de Cléder, appelé Nuz, qui vivait au vi" siècle.
Guitar, comte de Léon, pour le récompenser d'avoir délivré la contrée d'un dragon qui la
désolait, lui fit don d'une terre qui reçut, en mémoire de ce fait, le nom de Ker-gour-na-
deac'h (la maison de l'homme qui ne fuit pas).
2o8 Lavarou Koz a Vreiz Izel.
9J4 Araog ma oa aotrou e neb leac'h,
Ez oa eur marc'hek e Kergournadeac'h.
9^ j Pa n'oa kastel e neb Icac'h,
'Oa kastel e Kornadeach, ,
Ha pa-z-euz kastel e peb leac'li,
'Euz kastel ive e Kornadeac'h.
9j6 R'nvalen du, Riwalcn glaz
A zo tudjentil a viskoaz.
9J7 Pe tre, pe lano,
Kastelfur eo va hano ' .
938 Debri a ra d'ann neo evel ma ra Rohan ^.
DEKVED STROLLAD.
I.
939 A bep liou marc'h mad,
A bep bro tud vad.
940 Al laouenan a gar atao
He doenn ha kornig he vro.
941 Kanî bro, — kanî giz,
Kant maouez, — kant hiviz.
Kant parrez, — kant iliz.
942 Aoîronez Pond-Ivi,
Bourc'hisienn Faouet,
Potret Gourin.
943 Sod evel eur Gwennedad,
Brusk evel eur C'hernevad,
Laer evel eul Léonard,
Traïtour evel eun Tregeriad.
944 Ebeul Pontreo 5.
945 Léonard kof iod, laer ar pesk^.
1 . Devise de la famille de Châteaufur.
2. On donne au pourceau, dans un grand nombre de localités, le nom de Rohan ou
de mab Rohan, fils de Rohan.
3. Se dit indifféremment de tout jeune paysan lourd et grossier.
4. Allusion au poisson de Saint-Corentin, « lequel tous les matins, — dit Albert le
« Grand, — se présentoit au saint qui le prenoit et en coupoit une pièce pour sa
« pitance, et le rejetoit dans l'eau, où tout à l'instant il se trouvoit tout entier, sans
i( lésion ni blessure. »
Un morceau de ce merveilleux poisson rassasia, certain soir, le roi Gradlon et la suite
nombreuse de seigneurs qui l'accompagnait dans une chasse où il s'était égaré. « Le Roy
« ayant veu ce grand miracle, voulut voir le poisson duquel le saint avait coupé ce
« morceau et alla à la fontaine, où il le vid, sans aucune blessure dans l'eau; mais
« quelque indiscret (que la prose, qui se chante le jour de la feste du saint, dit avoir esté
« de l'évesché de Léon) en coupa une pièce pour voir s'il deviendroit entier, dont il resta
Proverbes ci Dictons de la Basse-Bretagne. 209
954 Avant qu'il n'y eût seigneur au monde,
Il y avait un chevalier à Kergournadeac'h.
955 Quand il n'y avait château en aucun lieu,
Il y avait château à Kergournadeac'h,
Et, quand il y a château en tout lieu^
Il y a aussi château à Kergournadeac'h.
956 Rivoalen noirs, Rivoalen verts
De tout temps furent gentilshommes.
937 Que la mer descende ou monte,
Châteaufur est mon nom.
938 11 mange à l'auge comme fait Rohan.
DIXIÈME SÉRIE.
I.
959 De tout poil bon cheval.
De tout pays bonnes gens.
940 Le roitelet aime toujours
Son toit et le petit coin de son pays.
941 Cent pays, — cent guises.
Cent femmes, — cent chemises,
Cent paroisses, — cent églises.
942 Les messieurs de Pontivy,
Les bourgeois du Faouet,
Les gars de Gourin.
94? Sot comme un Vannetais,
Brusque comme un Cornouaillais,
Voleur comme un Léonnais,
Traître comme un Trégorrais.
944 Poulain de Pontrieux.
945 Léonard, ventre à bouillie, voleur de poisson.
« blessé, jusqu'à ce que saint Corentin y vinst, qui, de sa bénédiction, le guérit, et luy
« commanda de se retirer de là, 'de peur de semblable accident : à quoy il obéit. » —
(vie de saint Corentin, dans les vies des saints de la Bretagne Armorique, édit. de 1837,
p. 799 et 801.)
Le P. Maunoir auquel nous devons une vie du même saint, en vers bretons, complète
ce récit de la manière suivante :
0 laeronci cruel! A c'houdevez nicun O larcin cruel! depuis lors personne
N'er vêlas mui 0 rédec ebars en e feuntun. Ne le vit plus courir dans sa fontaine.
An oll quérent d'an den fall a oa disenoret, Tous les parents de l'homme mauvais furent
Goapeet estranch a casseet, scandakt, milli- déshonorés, [maudits,
guet, Raillés d'étrange sorte et haïs, querellés.
Abalamour d'an torfet en devoa bet privet En raison du forfait qui avait privé
Breis euz eur miracl quer bras, ar gar zant La Bretagne d'un si grand miracle et le saint
eus e vouet. de sa nourriture.
(Buez sant Caurintin, Quemper, Y. J. L. Derrien, s. d., p. 9 et 10.)
Rev. Celt. 111 I 5
2 10 Lavarou Koz a Vreiz Izel.
946 Panez ' Panezeun !
Eul Léonard na zebr tra ken.
947 Grik ! Grik ! Daoulaziz ' .
948 Plougastel lovr^^ mar kereze vezi gwelet.
949 Bouc'h Kerneou
Staoler en lie graou.
950 Bek meill-ruz, bek sali !
'Re Gemperle n'zebront tra ail.
95 ! Penn-sardinenn ar C'honkiz.,
Penn-eog ar C'hasîel-Liniz,
Ha Penn-merluz ar C'iion-Bridiz.
952 Kon-brldiz, traon ha krech,
'Zo doganed nemetc'houec'h,
Hag ar c'houec'h-ze e vez irez;
Paneved resped d'ho gragez.
95^ Treffiagat., brochou Liou,
A ia d'ar nior daou-daou,
Da glask lanvez da nea,
Evid ober kerdenn d'ho c'iirouga.
954 Kaper lovr, boelloublei,
Hen euz debret kant bara heï
Hag eur zac'h bara drailleî,
Ha fhoaz n'e keî hanter-garget ,
Hag e lavare he vamm :
Klanv va Chaper, na zebr tamm.
955 Potret Primelinn, potreî ann alc'houez,
PoVet Kerlouan, potret ann had panez,
Potret Gmsseni, potret ar c'hill-krok.
956 Avcl iihel, avel nord
A zigas ar pense d'ar bord,
1. Injure fréquemment adressée aux habitants de Daoulas, dont le nom breton
« Daoulaziz » signifie en même temps doubles assassins.
La légende raconte qu'un seigneur du Faou, qui s'était rendu coupable du meurtre de
deux saints abbés, se convertit, fit pénitence et érigea, comme réparation de son crime,
sur le lieu même où il l'avait commis, un monastère auquel on donna le nom de Mouster
Daou-laz (le monastère des deux meurtres).
C'est à cet établissement, d'abord sans importance, mais que remplaça plus tard une
riche abbaye, dont les ruines pittoresques font aujourd'hui l'admiration de l'artiste et de
l'archéologue, que la petite ville de Daoulas, chef-lieu de canton du Finistère, doit son
origine.
2. Plougastel-Daoulas.
Proverbes et Dictons de la Basse-Bretagne. 2 1 1
946 Panais ! Panais !
Le seul manger du Léonnais.
947 Paix ! Paix ! doubles assassins.
948 Lépreux de Plougastel, on te visitera si tu veux ic.-à-d. : on
enverra le médecin pour te soigneri .
949 Bouc de Cornouaille,
Qui pisse dans son étable.
950 Bec de rouget, bec salé !
Le seul régal à Quimperlé.
951 Têtes de sardine ceux de Concarneau,
Têtes de saumon ceux de Châteaulin,
Têtes de merlu ceux de Combrit.
9^2 Les hommes de Combrit, ceux de la plaine et ceux d'en haut.
Sontc... excepté six,
Et ces six-là le seraient aussi,
N'était qu'on a respecté leurs femmes.
95 î Les gens de Treffiagat, broches à poux.
A la mer s'en vont deux par deux,
Cherchant de l'étoupe à tordre
Pour faire la corde qui les pendra.
954 Capiste lépreux, loup affamé ',
Cent pains d'orge il a dévoré,
De plus un sac de pain haché ;
Encore n'est-il qu'à demi chargé,
Et sa mère de s'écrier :
Mon Capiste est malade, il ne peut rien manger.
95 5 Gars de Primelin, les porte-clés ^,
Gars de Kerlouan, graine de panais,
Gars de Guissény, joueurs de perche à crochet 5.
956 Vent d'est, vent de nord,
Amène naufrage à la côte,
1 . Littéralement, boyaux de loup. Le Capiste dont il est ici question est l'habitant du
Cap-Sizun.
2. On les appelle ainsi, parce qu'ils portent, en mémoire de saint Tujean, le saint
Hubert de la Cornouaille, une clé brodée sur leurs habits.
Il existe à Primelin, sous l'invocation de ce saint, une chapelle où l'on conserve dans
un reliquaire en vermeil une clé de fer qu'on dit lui avoir appartenu et à laquelle on
attribue la vertu de préserver ou de guérir de la rage. Le jour de la fête de saint
Tujean, on vend aux portes de la chapelle de petites clés qui, après avoir été bénites
par l'officiant, sont douées, assure-t-on, des mêmes propriétés.
5. Pour tirer à sec les épaves que la tempête envoie sur leurs côtes.
2 1 2 Lavarou Koz a Vreiz Izel.
Ha me araok
Da c'hoari va faolr,
Ha pa-d-apjenn d'ar grouk
'Teuio eun tortadwar va chouk '.
9 ^ y Hevel oc'h aotrouienn iud-jenîil Ploueskat
'Rank chom en ho gwele pa fresker ho dillat.
c)58 Goulennit gant potret Rosko
Ped favenn 'ia da cher nao.
9 ^ 9 Potret Lokirek
Laeron kezek.
960 Bara kerc'h fresk amanenet
A blij da Gintiniz meurbed.
961 lotaerienn, debrerienn kaol,
Ar Zant-Bnegiz a zo hall.
962 Fao ru hafao briz,
Setu briskez al Lan-Baliz.
96 ^ Eur maill eo eul Lan-Balad
Evid ober kleuziou inad.
964 Gwerliskiniz, a ras da ras,
Bordelerienn evel chass ;
Ar chass ez a d'ann ofern-bred
Ha Gwerllskiniz n'eont ket.
IL
96 s Personn Fors a zo biniaouer,
Personn Fouesnant a zo bombarder,
Personn Santez-Anna a zo danser,
Personn Sant-Evarzek a zo barazer,
Personn Benn-Odet a zo plonjer,
Personn Ploneour a zo neuier,
Personn Pont-Kroaz a zo mestr skolaer,
Personn Douarnenez a zo pesketaer,
Personn Sant-Vaze a zo pomper,
Personn Sani-Kaourintin a zo kouezer,
Personn Ker-Feunteun a zo arer,
1. Devise des Paganiz, païens, nom sous lequel on désigne les habitants de la partie
du littoral comprise entre l'Aber-Wrac'h et Tréfflez. C'est une population à part, une
sorte de petit clan que ses traditions, ses usages et ses mœurs barbares différencient du
reste de la Bretagne. Le Pagan appelle la mer sa pourvoyeuse, la vache qui met bas
Proverbes et Dictons de la Basse- Bretagne. 2 1 5
Et moi d'aller de l'avant,
Mon beau diable faisant;
A la potence quand j'irais,
Mes épaules ploieront sous le faix.
957 Semblables aux messieurs les gentilshommes de Plouescat
Doivent rester au lit quand on nettoie leurs vêtements.
958 Demandez aux gens de Roscoff,
Pour faire neuf combien de fèves il faut.
959 Gars de Locquirec
Voleurs de chevaux.
960 Pain d'avoine avec beurre frais.
C'est le plaisir des Quintinais.
961 Mangeurs de bouillie et de choux.
Ceux de Saint-Brieuc le sont tous.
962 Fèves rouges et fèves bigarrées.
Les abricots des Lamballais.
965 C'est un maître que le Lamballais
Pour faire de bonnes clôtures.
964 Les habitants de Guerlesquin, de race en race,
Sont luxurieux comme des chiens ;
Les chiens vont à la grand'messe,
Les gens de Guerlesquin n'y vont pas.
H.
965 Le recteur de La Forêt est joueur de biniou.
Celui de Fouesnant joueur de bombarde.
Le recteur de Sainte-Anne est danseur,
Celui de Saint-Evarzec tonnelier.
Le recteur de Bénodet est plongeur,
Celui de Plounéour nageur.
Le recteur de Pont-Croix est maître d'école,
Celui de Douarnenez pécheur.
Le recteur de Saint- Mathieu est pompier.
Celui de Saint-Corentin buandier.
Le recteur de Kerfeunteun est laboureur,
pour lui, et prétend qu'elle lui doit, en tout temps, le vivre et le couvert. De là ses
habitudes de piraterie et l'absence de toute hésitation à s'approprier les marchandises
provenant de bris ou naufrages qui attérissent sur ses grèves, si le sabre du douanier ou
du gendarme ne vient pas contrarier ses projets.
2 14 Lavarou Koz a Vreiz Jzel.
Personn Erc'hie-Vras a zo falc'her,
Personn Erc'hie-Vihan a zo minuzer,
Personn Lok-Ronan a zo gwiader,
Personn Pleben a zo masoner,
Personn Fouillou a zo pillaouer,
Personn Lok-Kevret a zo stouper,
Personn Plonevez a zo boutaouer,
Personn Korre a zo boser,
Personn Torc'h a zo krampoezer.
Personn Elliant a zo mïlUoncr,
Personn Sant-Divi a zo marrer,
Personn Skaer a zo gourenncr,
Personn Rosporden a zo toker,
Personn Kernevel a zo kemener,
Personn Banalek a zo galouper.
Personn Melgven a zo fougeer,
Personn Beuek a zo lanner,
Personn Konk-Kerne a zo bager,
Personn Lan-Riek a zo morer,
Personn Tregunk a zo piker,
Personn Kemperle a zo kivijer,
Personn Nevet a zo boulanjer,
Personn Pond-Aen a zo miliner ' .
966 Kleier Sant-Iann-Voug a lavar :
Keraniz ! Keraniz !
Laeroun tout ! Laeroun tout !
Kleier Sant-Iann-Keran a sespount :
Ar pez ma-z-omp, ez omp !
Ar pez ma-z-omp, ez omp !
Kleier Logoman a lavar ive :
Merc'hed brao 'zo'n Logoman !
Merc'hed brao 'zo'n Logoman !
Kleier Fouesnant a respount :
Gisti holl !
Gisti holl !
Kleier Fors a lavar oc'h-penn :
I . Pris isolément, chaque vers de cette petite pièce, qui n'est autre qu'une chanson de
danse, représente un dicton dont l'usage est journalier pour caractériser, dans la
personne de leurs recteurs ou curés, les principales paroisses de la Cornouaille. Brizeux
Proverbes et Dictons de la Basse-Bretagne. 2 1 s
Celui du Grand-Ergué faucheur.
Le recteur du Petit-Ergué est menuisier,
Celui de Loc-Renan tisserand.
Le recteur de Pleyben est maçon,
Celui de la Feuillée chiffonnier.
Le recteur de Loqueffret est marchand d'étoupe,
Celui de Plonevez sabotier.
Le recteur de Coray est boucher.
Celui de Tourc'h crêpier.
Le recteur d'Klliant est millionnaire.
Celui de Saint-Divy écobueur.
Le recteur de Scaër est lutteur,
Celui de Rosporden chapelier.
Le recteur de Kernevel est tailleur.
Celui de Bannalec coureur d'aventures.
Le recteur de Melgven est fanfaron,
Celui de Beuzec coupeur d'ajoncs.
Le recteur de Concarneau est constructeur de barques,
Celui de Lanriec marinier.
Le recteur de Trégunc est piqueur de pierres,
Celui de Quimperlé tanneur.
Le recteur de Nevet est boulanger,
Celui de Pont-Aven meunier.
966 Les cloches de Saint-Jean-Saint- Vougay disent :
Keraniens ! Keraniens !
Tous fripons ! Tous fripons !
Celles de Saint-Jean- Keran répondent :
Ce que nous sommes, nous le sommes !
Ce que nous sommes, nous le sommes!
Les cloches de Logoman disent aussi ;
Il y a de belles filles à Logoman !
Il y a de belles filles à Logoman !
Les cloches de Fouesnant répondent :
Toutes ribaudes !
Toutes ribaudes !
Celles de la Forêt ajoutent :
en a publié quelques fragments, à tort, je crois, sous forme de triade. La version que je
donne ici, et qui offre d'assez grandes différences avec la sienne, m'a été dictée, le 17
mai 1868, par lann Floc'h, fossoyeur de la paroisse de Beuzec-Conq.
2i6 Liivarou Koz a Vreiz Izel.
Evel 'ma 'maint, emaint !
Evel 'ma 'mainte emaint!
^6-j C'houez ann the hag ar c'hafe
A zo gant merc'hed Landerne;
C'houez ann thin hag ar roz gwenn
A zo gant merc'hed Lesneven;
C'houez ar bezin hag ar hrug
A zo gant merc'hed Terrug;
C'houez ar bezin hag ar mor
A zo gant merc'hed ann Arvor;
C'houez ar paotr hag ar potans
A zogant merc'hed Rekouvrans '.
968 Kastel
Santel,
Kemper
Ar gaer.
Oriant
Ar goant.
969 Lan-Baol ar c'herniel,
Sant Thegonek ar bombansou,
Gimilio ar gwall deodou,
Plouneour baour, Komana gaez,
E Pleber-Krist ema ar fumez.
970 Bars e parrez Plougraz
E kigner lost ar c'haz.
97 1 Da veneziou Skrignak
E keser ann diaoul da grignat.
cf]i Ebarz e Trogeri
Eman bro ar babi.
97 3 E Gwiskrif, war veg eur bal,
N'euz nemet rogn, laou ha gai;
E Skaer, war veg eur brank,
N'euz nemet aour hag argant.
I . Les variations brodées sur ce tiième sont innombrables, et il n'est si maigre village
de Bretagne qui n'y trouve place. Comme les détails qu'elles renferment ne présentent en
général que peu d'intérêt, et que l'on y sacrifie trop souvent à la rime le bon sens ou la
vérité, je crois devoir m'arrêter à ce spécimen, en le complétant par les deux distiques
suivants, recueillis dans le pays de Tréguier par M. E. Ernault, qui a bien voulu me les
Proverbes et Dictons de la Basse- Brctoigne. 217
Comme elles sont, elles sont !
Comme elles sont, elles sont !
967 Qui sent le thé et le café ?
Ce sont les filles de Landerneau.
Qui sent le thym et les roses blanches ?
Ce sont les filles de Lesneven.
Qui sent le varech et la bruyère ?
Ce sont les filles de Telgruc.
Qui sent le varech et la mer ?
Ce sont les filles de l'Arvor,
Qui sent les gars et la potence ?
Ce sont les filles de Recouvrance.
968 Saint-Pol
La sainte,
Quimper
La belle,
Lorient
La jolie.
969 A Lampaul les cornes,
A Saint-Thégonec les bombances,
A Guimilliau les mauvaises langues,
Plonéour la pauvre, — Commana la misérable,
A Pleyber-Christ est la sagesse.
970 Dans la paroisse de Plougras,
On écorche la queue des chats.
97 1 Aux montagnes de Scrignac,
On envoie grignoter le diable.
972 C'est à Troguéry
Qu'est le pays des guignes.
97 î A Guiscrif, sur la pointe d'une bêche,
il n'y a que rogue, poux et gale;
A Scaër, sur la pointe d'une branche,
Il n'y a qu'or et argent.
communiquer, et que je traduis littéralement :
Chouez pomad ha roz Odeur de pommade et de roses
A zo gant merc'hed Perroz. Est avec les filles de Perros.
C'Iiouez ar pesked en ho sac'h Odeur des poissons (qui sont) dans leur sac
A zo gant merc'hed Ploumanac'h. Est avec les filles de Ploumanac'h.
2 1 8 Lavarou Koz a Vreii Izel.
974 Pignet er wenn, torret ho kouk,
Gant men Koadri ne vo ket drouk ' .
975 E Landudal n'allumer ket
A c'Iwulou koar en ofern-bred :
Ar mel a lipomp,
Ar c'hoar a werzomp,
En hostaliri ieont gan-eomp.
976 Aotrou Doue ! Itron Gwerc'hez!
Deud e 'nn diaoul bras en enez,
Da eo klask'r banniel hag ar groez,
Evit klass 'nn diaoul bras er-mez.
977 Er barrez vras Tregarantek
Ez eo mad anavezet
Triouec'h ozac'h ha triouec'h greg,
Plac'h ar personn d'ann ugentved.
978 E Landevenek
Peder maouez evit eur gwennek.
Ann hini chom da varc'hata
Hen deuz evit netra,
Hag ann hini a ia d'ar iaou
A gav ieiz ar c'hraou.
979 Eur pok Spagn hen deuz roet d'ezhi.
980 Livirit : sa !
Livirit : dia !
Troït krenn, troït sounn,
Gant peb hent ez eot da Roum.
IV.
981 Er barrez a Daole, être ann daou drez,
Ema ar brava brezoneg a zo e Breiz.
982 E Breiz na 'z euz nemet daou eskopti
E père na c'houezer prezegi.
i. Emprunté à un cantique populaire, ce dicton, plus malicieux peut-être que naïf,
renferme un double sens qui lui permet de ne jamais mentir.
Les pierres de Coatdry sont des staurotides croisées. Elles doivent leur nom à un petit
ruisseau, affluent de l'Aven, qui coule près de Scaer, et où on les trouve en assez grande
quantité. Les mendiants les vendent, dans toute la Cornouaille, comme talismans contre
la foudre, la rage, les fractures et les maux d'yeux. Si vous leur demandez pourquoi ces
pierres sont marquées au signe de la croix, ils vous raconteront qu'il y a longtemps,
longtemps, un prince païen ayant détruit la croix de la chapelle de Coatdry, Dieu mit
aussitôt l'emblème de la rédemption aux pierres du ruisseau voisin, pour le confondre e
faire éclater sa puissance.
Proverbes et Dictons de la Basse-Bretagne. 219
974 Montez dans un arbre, cassez-vous le cou,
Avec pierre de Coatdry mal n'y aura.
97^ A Landudal on n'allume pas
De cierges à la grand'messe :
Le miel, nous le léchons,
La cire, nous la vendons,
A l'auberge le tout nous portons.
976 Seigneur Dieu ! Dame la Vierge !
Le grand diable est venu dans l'île.
Il faut aller quérir bannière et croix
Pour chasser de chez nous le grand diable '.
977 Dans la grande paroisse de Trégarantec,
C'est chose bien connue
Qu'il y a dix-huit hommes et dix-huit femmes,
La servante du curé faisant la vingtième.
978 A Landévénec,
Quatre femmes pour un sou.
Qui reste à marchander
Les a pour rien,
Et qui arrive le jeudi
En trouve à pleine étable.
979 Baiser d'Espagne il lui a donné 2.
980 Dites : ça!
Dites : dia !
Tournez court, tournez sur place,
Tout chemin à Rome vous mènera.
IV.
981 Dans la paroisse de Taulé, entre les deux grèves,
Est le meilleur breton parlé en Bretagne.
982 En Bretagne, il n'y a que deux évêchés
Où l'on ne sache prêcher?.
1 . C'est ainsi que se traduit, au dire des gens de Pont-L'abbé, l'ébahissement de leurs
voisins de l'Ile Tudy, quand une personne étrangère à la paroisse vient à passer devant
leurs portes.
2. Au propre : il a rendu cette fille mère. Cette expression, encore en usage dans
quelques cantons de l'arrondissement de Châteaulin, me semble un souvenir de l'occupation
du pays, au temps de la Ligue, par les troupes espagnoles de D. Praxède ou de D. Juan
d'Aquila.
}. Les évêchés de Nantes et de Rennes où l'on parle français.
220
Lavarou Koz a Vreiz Izel
983
Brezounek Léon lia gallek Gwened.
984
Gwella gallek
Gallek Gwened.
985
Non ha oui.
Setu gallek ann û.
986
Koms brezounek evel eur personn ' .
987 Menez Ane kein Breiz.
988 Kompeza Brasparz,
Diveina Berrien,
Diradenna Plouie,
Tri zra impossubl da Zoue.
989 Seiz mil seiz kant seiz agent ha seiz sent
A zo diskennet e Keresent,
Hag hall int eat da Lan-Rivoare,
Nemet ar paour kez sant André
Hag a oa kamm,
Hag a choumas e Sant-Iann ^
990 Ann nep euz a Landerne a ia da Lesneven,
A bar al loar war he zalben.
99 1 Etre ar Faou ha Landerne
N'emoc'h nag e Léon nag e Kerne.
992 Pa vezit war bont Landerne,
Fri Léonard, reor Kerne.
993 Ma vankfe chausser a Vrezall,
Landerneïz, pakit ho stall.
994 M or Kerne a zo peskeduz.
Douar Léon a zo eduz.
995 Abaoue beuzet Ker-ls
N'euz kei kavet par da Paris.
1. Breton de curé s'emploie dans le même sens que latin de cuisine.
2. Ce dicton repose sur une tradition d'après laquelle, aux premiers temps de la
prédication de l'évangile en Armorique, les habitants de la terre de saint Rivoaré, nou-
vellement convertis, auraient été massacrés au nombre de 7,847 par une peuplade voisine
restée païenne.
On montre au bourg de Lanrivoaré un cimetière distinct de celui de la paroisse, où
l'on assure que ces martyrs ont été inhumés. Les pèlerins nombreux qui se rendent à ce
sanctuaire funèbre, le troisième dimanche d'octobre, seul jour de l'année où il soit permis
Proverbes et Dictons de la Basse- Bretagne. 22 1
1)85 Breton de Léon et français de Vannes.
984 Le meilleur français
Le français de Vannes.
985 Non et oui,
C'est tout le français de la maison.
986 Parler breton comme un curé.
V.
987 Montagnes d'Arré dos de la Bretagne.
988 Aplanir Braspars,
Epierrer Berrien,
Arracher la fougère de Plouyé,
Trois choses impossibles à Dieu.
989 Sept mille sept cent sept vingt et sept saints
Sont descendus à Kersaint,
Et tous sont allés â Lanrivoaré,
Excepté le pauvre cher saint André
Qui boiteux était
Et à Saint- Jean est resté.
990 Si de Landerneau vous allez à Lesneven,
La lune brille sur votre derrière.
991 Entre Le Faou et Landerneau
Vous n'êtes ni en Léon ni en Cornouaille.
992 Etes-vous sur le pont de Landerneau
Votre nez est léonnais, votre derrière cornouaillais.
995 Si la chaussée de Brézall vient à manquer.
Gens de Landerneau, faites vos paquets.
994 La mer de Cornouaille est poissonneuse.
La terre de Léon abonde en blé.
995 Depuis la submersion d'Is
On n'a trouvé l'égal de Paris •.
de le visiter, en font le tour sur les genoux et regarderaient comme une profanation d'y
entrer sans être déchaussés.
I . La ville d'Is, dont la fable de la submersion, commune à plusieurs pays, n'est qu'une
variante de l'histoire de la destruction de Sodome, était, d'après la légende bretonne, une
vaste et riche cité, si commerçante et si merveilleusement belle que l'on crut ne pouvoir
faire plus d'honneur à la vieille Lutèce que de lui donner le nom de Par-ls, c'est-à-dire
pareille à Is.
222 Lavarou Koz a Vreiz Izel.
996 Paris
Par-ls.
997 Pa ziveuzo Is
E veuzo Paris.
998 Seiz mantel skarlek lia triugent hep kenvel ar re-all
A zeue eux ar ger a Is d'ann offerenn da Lauval.
999 Ne dremenas den ar Rat
N'hen divije aoun pe clilaz.
1000 Va Doue, va diwalliî da dremen Beg ar Raz,
Rag va lestr 'zo bihan hag ho mot a zo braz.
Dastumet ha troet c gallck gant L. F. Sai-Vf.t.
996 Paris
Pareil à Is.
997 Quand des flots Is émergera
Paris submergé sera.
998 Soixante-sept manteaux d'écarlate, sans parler des autres.
Allaient de la ville d'Is à la messe à Lauval '.
999 Homme n'a passé le Raz
Sans frayeur ou sans mal.
1000 Mon Dieu, protégez-moi au passage du Bec-du-Raz,
Car ma barque est petite et votre mer est grande.
Recueilli et traduit par L. F. Sauvé.
I. Dans une prairie voisine du village de Lauval, situé au sud de la baie des
Trépassés, se trouvent des substructions que les gens du pays prétendent être les ruines
d'une chapelle qui aurait été une dépendance d'Is.
CHADEN ce CHAINE. )>
M. Louis Havet, dans une note publiée par la /^evu^Ce/f/i^iie, t. II, p. 217,
appelle l'attention des celtistes sur quelques mots bretons-armoricains,
où l'on trouve la consonne ch, qu'on appelle en Bretagne ch français, et
qui a le même son que le sh des Anglais, le sch des Allemands. De ces
mots le seul dont l'histoire paraisse claire est chadcn « chaîne. »
Comme M. Havet l'a fait observer, chaden vient du français. On trouve
dans la Chanson de Roland, seconde moitié du xii" siècle, caeine « chaîne »,
qui s'explique par une forme plus ancienne* cadeine avec un d médial. Ce d
doit avoir disparu vers le milieu du xii^ siècle (G, Paris, Saint Alexis, p. 92).
A côté de cadeine il y avait évidemment à la même époque, c'est-à-dire
jusque vers 1 1 $0, la variante dialectale française chadeine d'où le breton
chaden, comme le français moderne (f chaîne. » Si le mot breton venait
directement du latin, il aurait gardé le c initial du latin caîêna, comme :
kabesti « licou », du latin capisînim ; kal « premier jour », « commen-
cement », du latin kalendae; kanastel a buffet », du bas-latin canistella;
kaoter « chaudière », du bas-latin caldaria; kistin « châtaigne», du bas-
latin castania = castanea. L'e de chaden s'explique naturellement par la
diphthongue ei du français chadeine. Cette diphthongue a perdu sa seconde
voyelle, quand elle a cessé d'être accentuée, et que l'accent a été
transporté sur la pénultième. Le même phénomène s'est produit : dans
le breton aotre, être « permission » d"autrei = auctoritas, variante
franco-normande du français « otroi » « octroi » ; dans le breton dale
« retard » du franco-normand delei qui est une variante du français
« délai », nom tiré du verbe « délayer » = 'dis-Hquare. Ei est la forme
franco-normande de 1'/ bref latin accentué, comme de \'e long latin
accentué. Cet ei est devenu e dans chaden après le déplacement de
l'accent. Mais de la voyelle e de chaden il n'y a rien à conclure sur la
question de savoir si chaden en breton est d'origine immédiatement latine
ou d'origine française. La forme la plus ancienne de Vê long accentué
celtique ou latin en breton est oa ou oe, diphthongue conservée dans les
2 24 Chaden « chaîne ».
monosyllabes, exemple ; koar « cire » = cêra, roenv « rame » = rcmus,
coat « bois » = cêto-. Quand dans les polysyllabes l'accent est passé de
la dernière syllable sur la pénultième, ladiphthongueoa, oe, s'est abrégée
quelquefois en e comme dans moger u mur » pour macoer Cartulaire de
Redon) du latin maciria, et dans higolen « pierre à aiguiser », en vieux
gallois ocoluin = 'âcûlcna. La diphthongue oa, oe s'est aussi changée
quelquefois en o après le déplacement de l'accent comme dans : canioel
« chandele » = candela aujourd'hui kantol, penn-coat « massue » aujour-
d'hui pengot, paradoes « paradis » = 'paradcsus variante dialectale de
parad'isus (cf. Schuchardt, Vokalismus, t. il, p. 69-91) aujourd'hui parj-
doz; nadoez « aiguille » = ^snatMa aujourd'hui nadoz. Mais puisqu'on a
e =1 oe ^= i, Ve de chaden n'a rien de caractéristique. Si le latin catena
avait pénétré immédiatement du latin dans le breton, il aurait pu donner
aujourd'hui caden comme cadon, après avoir été prononcé cadoen, ortho-
graphe justifiée par le gallois cadwyn. La voyelle e de la dernière syl-
labe de chaden ne nous apprend donc rien sur l'origine de ce mot. C'est
le ch initial qui est décisif : chaden est venu du français. Mais à quelle
époque ? La dentale de ce mot est intéressante à étudier quand on désire
arriver à la solution de celte question de date.
Les mots d'origine latine, qui contiennent en latin un / médial entre
deux voyelles, et qui ont pénétré en breton, soit immédiatement, soit
médiatement par l'entremise du français, se divisent en trois catégories.
La première catégorie comprend les mots latins qui ont pris place dans
le vocabulaire breton avant d'avoir changé en d leur t primitif, c'est-à-
dire avant le vu*" siècle après J.-C. En effet au vir siècle cette permuta-
tion était accomplie dans le latin parlé en Gaule comme le prouvent
plusieurs des exemples de cette permutation réunis par M. Schuchardt,
Vokalismus des Vaigaerlateins, t. I, p. 127 : on y trouve ces mots em-
pruntés à des diplômes mérovingiens: mercadus (629 après J.-C.^
podibat 6^7 après J.-C.i, calcada (658 après J.-C.^, audentico (690 après
J.-C.!. Les mots latins qui, contenant un t médial entre deux voyelles,
ont été admis dans le vocabulaire breton avant d'avoir en laiin changé
ce / en d, c'est-à-dire avant le vu'' siècle, ont changé leur ? en ti en
breton à l'époque où, en breton, s'est produit le phénomène que Zeuss
a appelé destitutio tenuium {Gr. C.^, p. 1 59 et suiv.,. Ce phénomène, qui
paraît avoir été inconnu au breton du ix' siècle, était accompli au xi^.
Ainsi : Catoc, 857 [Cartulaire de Redon, p. 131, ou K.\toc, 872 [ihid.,
p. 2081, est écrit Cadocustn 1085 ^ibid., p. 1085) avec la même dentale
que dans Pleu-Cadeuc. nom actuel d'une localité du Morbihan; Maioc,
867 [Cartulaire de Redon, p. 1 1 5I, est écrit Madocus, 1081-1082 {ibid..
Chaden « chaîne ». 2 2 $
p. 262), avec la même dentale que dans Ker-Madeuc, nom actuel de
plusieurs localités du Morbihan. Citons encore le nom propre qui se
prononce aujourd'hui Cadoudal. Son orthographe la plus ancienne est
Caî-wotal ' ; nous en avons compté 2 5 exemples dans le Cartulaire de
Redon :
P. 120, année 850.
P. 15.
année 857.
18,
—
852.
28,
—
826.
41.
—
839-861.
Sh
—
848.
66,
—
861-867.
8s,
—
843.
86,
—
844.
89,
~
843.
ICI,
—
826.
104,
—
836-839.
107,
—
829-830.
108,
—
865.
126,
- 854.
132,
— 840.
140,
— 840-846.
in.
— vers 840.
170,
- 843.
»7',
— 868.
173,
— 868-871.
183,
— 878.
201,
— 850.
202,
- 849-
204,
- 872.
Or on lit Cia^o^^/ dans une charte de l'année 1060 [ibid.,]). 306),
c'est l'orthographe moderne. Le second d = t apparaît déjà dans deux
chartes du ix'' siècle : on lit Cat-vudal dans l'une, 840-847, p. 214;
Caî-vodal dans l'autre, 892, p. 220. Mais, comme nous n'avons pas les
originaux de ces chartes, que nous connaissons seulement ces chartes
par une copie du xi'' siècle, il est vraisemblable que pour ces deux pièces,
le copiste, c'est-à-dire le rédacteur du Cartulaire de Redon, se sera
laissé influencer par la prononciation de son temps et aura substitué dans
sa transcription un d an t écrit dans les originaux et reproduit exacte-
ment dans les vingt-cinq exemples cités plus haut.
La substitution du ^ au ? médial entre deux voyelles paraît donc être
en breton postérieure au ix" siècle; et, dans la seconde moitié du
XI* siècle, cette révolution phonétique était terminée. Elle avait donc à
cette date atteint le / médial des mots latins qui avaient pénétré dans le
breton antérieurement à la date où la même révolution s'était produite
en latin, c'est-à-dire qui avaient été admis dans le vocabulaire breton
avant le vu** siècle. Nous pouvons considérer comme certains les faits
suivants : dans la seconde moitié du xi'' siècle, le t du latin catedra était
devenu d dans le mot breton écrit cadoer au xv*^ siècle, aujourd'hui
I . Cat-wotal est probablement pour Catu-votalos. Le premier terme veut dire « combat. »
Le second pourrait être un composé de vo « sous » et d'un dérivé de la racine tal,
» porter », d'où le latin tuli. Votalos voudrait dire « support » et Catu-votalos « support de
combat ». Voir sur la racine tal en gallois et en irlandais Beitr., Vlll, 527-328.
Rev. Cdt. III 1 6
2 20 Chaden « chaîne ».
kador; le /du latin satarni était devenu d dans le mot breton écrit au
XV'' siècle et aljRird'hui sadorn « samedi » ; le second / du nominatif
latin vulgaire trinitatis était devenu d dans le mot écrit au xv siècle
trindet, aujourd'hui drcinded; le t du hxmpeîenda était devenu d dans le
mot breton écrit pedenn au xv" siècle, aujourd'hui peden « prière, » le
/ du bas latin civitatis pour civitas était devenu d dans queudet.
Une seconde catégorie des mots qui en latin contenaient originaire-
ment un / médial entre deux voyelles, comprend ceux de ces mots qui
avaient déjà changé ce t en d quand ils ont été admis dans le vocabulaire
breton, c'est-à-dire les mots qui ont été admis dans ce vocabulaire vers
le vil'' ou le viii" siècle. Nous citerons mellezour « miroir », bouzellou
« boyaux », gravai « civière », ruz << rue » sorte de plante. Mellezour
vient du nominatif bas-latin "miradoris nécessaire pour expliquer l'espa-
gnol mirador, l'italien miradore, le vieux-français mireor, et qui suppose
une forme plus ancienne m/ra/or. Bouzellou vient du bas-latin bodellus, en
ilal. budello, en v.-esp. budel, dans le latin classique botellus ; gravât ç.%\\q
bas-latin gra^^iium pour grabatum, ruz est le bas-lat. ruda pour ruta. Le d
bas-lat. decesmotss'estchangé en zpar l'effet de la loi phonétique bretonne
quia fait prononcer z le ^ médial du latin classique dans /rezd depraedi-
care, dans grazal « graduel » degraduale, dans sebeza de stupidus. Quand je
dis z je parle du signe graphique usité dans la Bretagne armoricaine pour
figurer le tli doux des Anglais, car tel est le son originaire de z breton.
Il est probable que dès le xi'^ siècle le d médial entre deux voyelles se
prononçait z en breton [Gr. C.^, p. 143). Le z de mellezour, de bou-
zellou^ de gravaz^ de ruz paraît donc dater de cette époque comme celui
de grazal, de prezek et de sebeza. Ainsi, tandis que kador « chaire »,
sadorn « samedi », trindeî « trinité », venant immédiatement du latin clas-
sique, remontent en breton à une date antérieure au vu' siècle après
notre ère et ont sans doute au xi"' siècle changé leur t primitif en d; bou-
zellou (.t boyau », mellezour « miroir », gravaz « civière », ruz « rue »
paraissent n'être entrés en breton qu'au vu'' ou au viu'' siècle, ils y
auraient pénétré sous la forme basse-latine qui contenait un d, et ce d
se serait changé en z au xf siècle.
La troisième catégorie des mots bretons d'origine latine qui contien-
nent un t médial entre deux voyelles en latin classique comprendrait les
mots qui seraient arrivés en breton après avoir changé leur t primitif
en d et après que le breton eut changé ce ^ en z; cette troisième caté-
gorie, qui a subi la permutation basse-latine du t en d, échappe à la per-
mutation bretonne de d en z. Chaden est, à ma connaissance, le seul
mot de cette catégorie : ayant conservé un d que le français perd en 1150,
Chaden n chaîne ''i . ii"]
il est antérieur à ii$o; n'ayant pas changé son d en z, jl ne peut
remonter en breton au-delà du xi* siècle : on peut fixef ' approximative-
ment à l'année i loo son admission dans la langue bretonne.
Chaden n'est pas le plus ancien des mots bretons d'origine latine qui
sont arrivés aux Bretons par l'intermédiaire du français. Les mots bre-
tons prei: « proie «, moneiz « monnaie « ont chacun la diphthongue
franco-normande ei = c. Ils viennent par conséquent du franco-normand
archaïque preide =^ prëda = praeda, moneide = moncda = moncîa, et ils
ont été admis en breton avant le changement du d médial breton en z
puisqu'ils ont subi ce changement auquel chaden a échappé ; ils ont donc
été reçus dans le vocabulaire breton avant le xi* siècle.
Voici les dates auxquelles sont donc entrés dans la langue bretonne
les mots dont il a été question jusqu'ici.
1° Avant le vu*-' siècle, kador « chaise )>, sadorn « samedi », dreinded
« trinité », peden « prière, » queudeî « cité. »
2° Du vii*^ au xi"^ siècle, mellezour « miroir », bouzellou « boyau »,
gravaz « civière » , mz « rue » (sorte de plante) .
]° Vers le x*-' siècle, preiz « proie », moneiz « monnaie. »
4° Vers i loo, chaden « chaîne. »
De ce que le français chadeine est arrivé en Bretagne vers i i oo avec
son ch français, je ne crois pas qu'il y ait nécessairement à conclure que
le son du ch français, inconnu en gallois, existât avant 1 1 oo dans le
breton armoricain.
Un jour les Romains, vainqueurs des Grecs, transformèrent leurs
esclaves en pédagogues, donnèrent ces pédagogues pour maîtres de
grammaire à leurs enfants, et afin de représenter un son de la langue
grecque d'alors qui manquait à la langue latine, ils ajoutèrent à leur
alphabet l'j, lettre jusque-là inconnue dans les langues de l'Italie. Les
langues littéraires sont assez puissantes pour imposer leurs sons à
ceux qui les apprennent, quelque étrangers que soient ces sons à la
phonétique de la langue maternelle des écoliers. Ch français, son accli-
maté dans la Bretagne armoricaine, mais resté étranger au gallois, peut
être arrivé en Bretagne par importation.
Cependant il est possible que, vers l'année i lOo, date de l'introduc-
tion du mot chaden en breton armoricain, le ch français existât déjà dans
cette langue et qu'il s'y fût produit antérieurement par un phénomène
phonétique spontané. En effet on peut distinguer en breton armoricain
au point de vue étymologique quatre ch français outre celui qui se trou-
vait dans les mots d'origine française avant leur acclimatation en
228 Chaden « chaîne ».
Bretagne : \° ch =^ s\ 2" ch médial = ti suivi d'une autre voyelle;
5" ch médial ou final = c'/z; 4" ch final = z (th anglais).
1° C// =: 5 remonte en armoricain au moins au xv" siècle. Chede «< voici »,
littéralement « vois-toi », dans le Catholicon (édition Le Men, p. 199),
est donné comme variante de sel-de, seconde personne du singulier de
l'impératif du verbe sellout « voir. » La racine de ce verbe parait la
même que celle de l'irlandais suit « œil » = svali- et que celle du latin
sol (cf. Windisch dans la Zeitschrift de M. Kuhn, t. XXI, p. 425).
Quoi qu'il en soit, le gallois et le comique sont d'accord pour commencer
le verbe dont il s'agit par un i : on dit en gallois syllu, l'équivalent cor-
nique est sell ou 5)7/; le ch initial de ce verbe est donc spécial au breton
armoricain, où d'ailleurs il ne se trouve qu'à l'impératif; il n'est pas
celtique si nous désignons par le mot celtique les caractères communs
à toutes les langues celtiques; il n'est pas breton, si nous désignons par
le mot breton les caractères communs au gallois, au comique , au
breton armoricain.
2° Ch médial = // suivi d'une autre voyelle. Les plus anciens exem-
ples sont apparchentaff [Catholicon] du verbe français « j'appartiens, » et
mecher [Vie de Sainte Nonne et Catholicon) du français « métier. » Dans
ces mots français ie tient lieu d'un e latin. Quelque antiquité qu'on
attribue à Vie — ^français (G. Paris, Saint Alexis, p. 80I, il est impossible
d'en établir l'existence antérieurement au ix^ siècle après J.-C. et on ne
peut prouver qu'on ait prononcé plus anciennement 1'/ néo-latin de
« j'appartiens » et «. métier. » A quelle époque a-t-on commencé à pro-
noncer en Bretagne ch le ti néo-latin de ces mots ?
On peut, je crois, arriver par induction à une date approximative.
Ch = ti est la sourde de y = di, ces deux consonnes sont vraisemblable-
ment contemporaines. Or la date dey = di peut être approximativement
déterminée. Le breton ejenn « bœuf » (dans le Catholicon, eugenn et
egenn] a pour équivalent en comique odion. en gallois eidion. Les lois de
la phonétique celtique nous apprennent que la première lettre de ce nom
a été originairement un a ou un ô, la seconde un t. Ce t, étant placé
entre deux voyelles, est devenu d au xi« siècle, on a eu alors en breton
armoricain edien qui est devenu ultérieurement egenn = ejen. Le y
d'ejenn, qui existait au xv<= siècle puisqu'on le trouve dans le Catho-
licon, parait donc postérieur au xi^ siècle. Ainsi c'est entre le xi^ et
le xve siècle qu'on pourrait placer l'origine du ch == //' de mecher et
d'apparchentaff. Il est donc possible que ce ch = ti ait existé en 1 100,
ait été contemporain de l'introduction du français chadeine en breton.
3°, 4" Quant au ch français = c'h par exemple dans le breton armo-
Chaden « chaîne ». 229
ricain kichen, en gallois cyrchyn, il est plus difficile d'en fixer la date
puisque dans les textes antérieurs au milieu du xvii'' siècle on ne distingue
pas graphiquement ch de c'h.
On ne peut davantage et pour la même raison fixer la date du ch fran-
çais = z dont un exemple est tcch a habitude », en gallois tuedd.
Cependant il est évident que ch français = c'h est postérieur à c'h qui lui-
même provient de l'altération d'une gutturale explosive plus ancienne. De
mêm.e ch français — 2 est postérieur à z qui à son tour provient de
l'altération d'une dentale plus ancienne.
De tout cela la conséquence est que ch français est en breton armori-
cain une consonne relativement moderne. Initial il vient d's dans un mot
d'origine celtique, de ch = c dans des mots d'origine française. Médial
il tient lieu suivant les cas : 1° de // suivi d'une autre voyelle, 2° de c'h
breton, 5° de z breton.
J'arrive maintenant aux mots français chômer et enchifrener cités par
M. Havet. Viennent-ils du breton ? ou les mots bretons chouin, chifern
viennent-ils du français ?
Le plus vraisemblable est que ces mots bretons, étrangers aux autres
dialectes néo-celtiques, sont d'origine française, et que c'est du français
qu'ils sont passés en breton. Le breton armoricain contient beaucoup de
mots français, le français peu de mots celtiques. Un mot français d'ori-
gine celtique, c'est-à-dire gauloise, c'est une chose rare et qui ne doit pas
être admise sans preuve. Mais un mot français d'origine bretonne, c'est
une chose bien plus extraordinaire et qui sauf exception est peu accep-
table. Il serait intéressant d'en avoir quelques exemples certains à mettre
en regard des mots d'origine française dont fourmillent les glossaires
bretons. Je ne connais guère que baragouin et malheureusement ^aragoum
ne contient pas de ch français.
H. D'ArBOIS de JUBAINVILLE.
LE
DIALECTE BRETON DU BOURG DE BATZ
(loire-inférieure).
LA PARABOLE DE L'ENFANT PRODIGUE
(Saint Luc XV, 1 1-32),
Notée selon les principes du Standard Alphabet de Lepsius.
La notation est exactement celle du Standard Alphabet sauf les con-
ventions suivantes que nous avons été obligé d'adopter pour remplacer
quelques caractères qui manquaient à notre imprimerie :
e = è dans père.
e = é — été.
3 = é — me, te, se.
g = eu — feu.
û := u — prune
n:= gn — agneau.
Er r'huadur prodiga
! I Un défi a bue deo botr :
1 2. En hàni yawué a lar d-hi dat : Me sat, som gué d-è peh-ma a za
d-é a hu madeo; hag en tat a bue guet d-hi deo botr peb-ùnè hi lot.
1 3. Un amazeir benak gude, er yadwuèkè a bue vol dastùmeit, hag a
ue et abar ùr bro pel-mat, hag anheô hà bue debreit vol peh-ma en
devue.
14. Gude k-hâ bue vol debreit, ha ue det ûr famina bras abar vro-
heô, hag hâ bue hé kaveit em-pa-sei blé.
1 5. Hà bue teo displaseit hag hâ ue et de gaf ijn den ar vro-heô a
bue hèn dàv^heit da viret hi voX.
16. Ur veiz anheô, hà fahe bei kôtê-raat debrè hi guarX aven er boet
ma er moX a zèbre, m^ nikèn ne re netra da-heô.
Le dialecte breton du bourg de Batz. 2 j i
17. Afè, gude k-hâ bue hê laket da sôzal ùntamik, hà bue lareit abar
hi galeô : Pigàmên a vitiaô zo ba-n ti me sat, deaz bara de zebrè hu
guarX, ha me, me zo da vervel a nèn aman !
18. Me ga de zisplas tudssuit? ha ds vonei ava me sat, ha me laru da-
heô : me sat, m-ez peXeit dirag Duhe ha dirag hoX.
19. Ne vérité keid bùd hêveit hu potr ; kamere me el une a hu guazeo
abar hu ti.
20. Hag asti hè displaseit u monei da gaf hi dat. A belè k-en tad a
bue ^r gùeleit da zoneit, hi galeô devue kerveit ; en devue redeit avat-
heô hag hèn âbraseit a gr^s hi galeô.
2 1 . Me sat, a lar er pôtr, m-ez peXeit dirag Duhe ha dirag hoX; ne
vérité keit bùd hèveit hu potr.
22. Hag en tad a lar kèt-er-kèt d-hi vitieô : duenet kimat da-heô hi
geté se, hag er fardet el potr an ti, laket da-heô ùr bezeo ar hi veis, ha
beto-leir abar hi drfdeo.
2 3 . Kaset amâ er \e lartè aven er hreo, lahed-hê, ha debrâmp a gres-
kaleô, el iin de banezeo.
24. Paska me fotr a ue marf ha bermèn ma razet ; hà ue koleit hag
asti hè kaveit. Hag hà bue hè lakeit da goenè zoayos-mat.
2 5 . Ha ter vol en dro-mèn er potr kohè a ue d-er prat ; hag asti k-el
hé zoneit, hag el hè dostat an ti, deaz kleveit da genè ha da zésal ;
26. Hà hùsa teo d-ùr goas ù gurnè da-heô petra a ue vol peh-ma hà
glave.
27. Hu brer yawuè eo a zo det d-er ger, mid er goas, hag hu tat dez
kuc laXè er le misté, paska ema arif iaX, mat.
28. Me er potr kohè ne ve ke kôtèt a glevet er gevel-ze, ha ne vene
keit àtrè aba-n ti. Hi dat a bue teo regeit salé d-er mes ùd er bedè da
zoneit d-er ger.
29. Me hà bue respôdeit da-heô : asti a-vern a vleadeo ka me labur
ud-o/. em zames lare d-ho'/ nô-pas, ha hu ez se sûmèd ùr veiz guet d-e
ùr sevreos ùd hé régal ke me gôsordeit ;
30. Me hu potr aze, deaz debreit hi ar7ât ked er gruager'/. koleit, ne
ke puto ded d-er ger, k-hu ra la"/.è er le mistè ùt-heô.
31. Me fotr, mid en tat, hu zo atao kegen-è, ha vol peh-ma me az a
zo d-ho7. ;
32. Me some-t-huat dobeir ur regala hag hè rezuis a gres-kaleô,
paska hu brer a zo aman a ue marf, hag asti hè razet ; hà ue koleit hag
asti hè kaveit.
Léon Bureau.
MÉLANGES.
LE DIALECTE VANNETAIS DE SARZEAU.
CORRECTIONS ET ADDITIONS.
L On doit encore distinguer dans la prononciation de cette variété :
Le son français q et la sonore correspondante, que, faute de mieux, je
transcrirai par kh, gh. Ils se trouvent surtout devant e, /, u, et permutent
assez arbitrairement avec k et k, g et g, entre lesquels ils sont respec-
tivement intermédiaires : mais ils remplacent mieux k, g, que k, g. Ce
sont aussi des corruptions de f, d. Exemples : ket, kheî, kiet; moghiety
fumée ; kliiemat, chauffer ; in ghiemat, se chauffer ' ;
i mouillée de nos méridionaux, surtout à la fin de quelques mots, comme
eimberi, avril; kerl-, cercle de barrique (pi. kerlien).
C'est aih qui doit représenter éh de Le Gonidec.
J'emploierai désormais ï après une consonne pour détacher i de la
voyelle qui suit; et s pour ch venant de 5.
II. P. 48, 7« verset, ajoutez le mot / à la fin de la 2« ligne.
— note 3 5, au lieu de who lisez wood.
P. 49, 7'^ vers., lisez Wana. Le fém. est houna, gall. hona. Hennezse
ait haniac'h (Comouaill. hanac'h).
Je donne ici un récit populaire de Sarzeau. avec sa traduction litté-
rale.
A pi oe àr Salvir ha sani Pïer ha san\ Pôl i pourmein etrai àr bit, aviall
ma pasierU ar àr maizeu, aint a oe oeit i tel iir goc^h-voais : hag eint ou
duai goulienn't oh-t-ai dé goaiiiiein hag iir ghùli ave\ kousket. Ha hei'laret'ai:
I . Le son kh est souvent reconnaissable enTréguier à la terminaison ikh, ekh—ikttgh
au commencement de certains mots, comme ghaot, herbe, ghudal. hurler. Les Trécorois
prononcent en français ghenghan pour Guingamp.
Le dialecte vannetais de Sarzeau. 255
« Ya, mi raiy yac'h te goenïein has, iir ghuli dé gouskein, mar fôt t'iac'h
dornein men gunaic'h arhoac'h. « Hu end e lare t'aiy : « Ya, nei a zornou
ou khunaic'h. »
Hag ahternos vitein, àr vounefam de lariet t'ai : « Ou puai lar't t'ein
nihour ou pai dôrn'ét men ghunec'h a-vitein! Deid àr Salvir a lariet t'ai:
« Lakait atau ou khunaic'h ar al lair, ha nei a saouou touchant de mont d'en
dornein. » Hag àr vounefam dé mont dé lakat rah i gunaic'h ar àl lair.
A p'en duaï anei achiwet, ha hei deit dé wielt't mar oant sdouét. Maiz i
oant hoac'h in ou ghuli, ha hei deit da gemier'd iir vac'h, ha hei im lakeit dé
dôrhein ar sanl P'icr, a oe ànn tostan d'àr plas. Ha hei lar t'ai : « Ma ne
viac'h ket sâouet abienn ma zein indrou, mi gemirou hoac'h mem bac'h!. »
A pi oe sortïet àr vounefam, deit sant Pier a lar't d'àr Salvir : « Deit in-é-
mé laie' h, ha' ian-mi dé mont i kreiz àr ghuli. Kar mar za ar vounefam
indrou, hei a dorhou aman. » Ketaic'h m'en duai chdnjet sani Pïer a laie h
ged àr Salvir., deit àr vounefam indrou, ha hei ou yuel't hoac'h en ou ghuli.
Ha hei' lar't l'ai : « Gorteit Un tamek : touchant em es torhét ar ànn tostan
d'àr bord, àr huaic'h-ma e ian dé dôrhein ar ànn hanei a zou inkreis. » H^
hei kemier'd i bac'h, hag in lakeit dé dôrhein ar sant Pïer aved ànn niviet
guec'h. Ha hei' lar t'ai : « Ma ne viac'h ket sdouet abienn ma zeih indrou
aveid ànn dèrviet ghuec'h, mi gemirou hoac'h mem bac'h! »
Ketaic'h ma oai sortiet àr vounefam, deit sant Pïer a goulienn't doh sant
Pôl a chanjein a laie' h get-ou. Un tamek arlarh, dét oa'r vounefam dé wieFt
mar oant hoac'h in ou ghuli, ha hei lar't t'ai : « Ar huaic'h-ma e han dé dô-
rein mem bac'h ar oukein. Kar huei a zou kaust ma em es lakeit men ghunaic'h
ar àl lair, ha brma n'em bou khet a amzir d'er sêr khent nos. » Ha hei
kemier'd i bac'h, ha tosteit d'àr guli. « Touchant em es foatet ànn hanei a
greis, maiz àr huaic'h-ma e han dé foatal ànn hanei a zou isôl àr ghuli, kar
marsi ima iaii i kaust ma na sauant khet. « Ha hei in lakeit dé dôrhein ged
i bac'h piellah ma hiallai, ar sant Pïer, aved ànn dèrvied ghuaic'h.
A pi oe anei chuaic'h i torhein ar-n-ou, ha hei ou làsket, avei mond da
ser i ghunec'h. Maiz deit àr Salvir a saouet, ha oet dé lariet t'ei : « Gorteit
un tamek, e iah dé zornein ou khunec'h. » Ha ean kemier'd iin tam tan, ha
lakeit ànn tan in i ghunec'h. Ha ein laket dé véchal pinoz i fôte d'où lôskein
rac'h i ghunec'h. Maiz ketec'h ma oe lolket rac'h i ghunec'h ha hei ghuél't àr
plous t'un tu hag àr grein enn tu 'rail, ha nezi i oe anei kouta/'id.
Ha eiht dét dé lar't trigairi dei, aveit m'ei due ret t'ai iir ghuli ha dé zrc-
bein; ha eind 'oeit ged ou iend.
Du temps que le Sauveur et saint Pierre et saint Paul se promenaient
par le monde, comme ils passaient dans la campagne, ils arrivèrent chez
2 54 ^^ dialecte vannetais de Sarzeau.
une vieille femme, à qui ils demandèrent à souper, et un lit pour dor-
mir. Elle leur dit : « Oui, je vous donnerai à souper et un lit pour dor-
mir, si vous voulez battre mon blé, demain. » Et ils lui répondirent :
« Oui, nous battrons votre blé. »
Le lendemain matin, la bonne femme s'en vint leur dire : « Vous
m'aviez promis hier soir de battre mon blé ce matin ! » Le Sauveur lui
répondit : « Mettez toujours votre blé sur l'aire, je vais me lever pour
aller le battre. « Et la bonne femme d'aller mettre tout son blé sur l'aire.
Quand elle eut fini, elle vint voir s'ils étaient levés. Mais ils étaient en-
core dans leur lit : alors elle prend un bâton, et se met à frapper sur
saint Pierre, qui était le plus près du bord. Et elle leur dit : « Si vous
n'êtes pas levés quand je viendrai, je prendrai encore mon bâton! »
Quand la bonne femme fut sortie, saint Pierre dit au Sauveur : « Ve-
nez à ma place, et moi je vais au milieu du lit. Car si la vieille revient,
elle frappera sur moi. « A peine saint Pierre eut-il changé de place avec
le Sauveur, que la bonne femme revint, et les vit encore dans leur lit.
« Attendez un peu, dit-elle, tout à l'heure j'ai tapé sur le plus près du
bord, à présent je vais taper sur celui du milieu. )i Et de prendre son
bâton, et de frapper sur saint Pierre pour la seconde fois. Puis elle leur
dit : a Si vous n'êtes pas levés quand j'arriverai pour la troisième fois, je
prendrai encore mon bâton ! «
Aussitôt que la bonne femme fut sortie, saint Pierre demanda à saint
Paul à changer de place avec lui. Quelque temps après, la bonne femme
vint voir s'ils étaient encore dans leur lit. « Cette fois, dit-elle, je vais
casser mon bâton sur votre dos. Car vous êtes cause que j'ai mis mon
blé sur l'aire, et voilà que je n'aurai pas le temps de le ramasser avant
la nuit. » Et, prenant son bâton, elle approcha du lit : >< Tout à l'heure
j'ai battu celui du milieu, mais cette fois-ci je vais battre celui qui est au
fond du lit, car c'est lui peut-être qui est cause qu'ils ne se lèvent pas. »
Et elle se mita frapper de son bâton, tant qu'elle put, sur saint Pierre,
pour la troisième fois.
Quand elle fut lasse de le frapper, elle les laissa pour aller ramasser
son blé. Mais voilà le Sauveur qui se lève, et qui lui dit : « Attendez un
peu, je vais battre votre blé. » Et, prenant un tison, il y mit le feu. Et
elle de crier qu'il allait brûler tout son blé. Mais dès que le blé fut entiè-
rement brûlé, elle vit la paille d'un côté et le grain de l'autre; et alors
elle fut contente.
Et eux la remercièrent de leur avoir donné un repas et un lit; puis
ils se remirent en route.
Le dialecte vannetais de Sarzeau. 255
III. Phonétique.
I " Voyelles :
Après ai, c ne se change pas d'ordinaire en u : lasaienn, punaise;
laiel, veaux. Le son aiy existe pourtant : kaiyriall, etc.
Dans quelques mots e se change en ei, mais probablement c'est par
l'intermédiaire de / ; chuplein, balai.
P. p , § 4. Au lieu de miarhek, belle-fiUe, lisez piennek, têtu. Les
noms de parenté en ek, pi. egiet, comme potrek, beau-fils, gendre, ne
prennent pas la diphthongue. Il en est de même des noms de planta-
tions et de plusieurs autres dont l'avant-dernière syllabe a n ou h :
arnanek, orageux (quoiqu'on dise arnanienn, orage); stirgannek ou
stirgannek i ànn ièvr^ le ciel est brillant d'étoiles (cf. le vocab. cité,
p. 56).
P. $ I, au lieu du § 6, lisez : Les 2^^ pers. sing. de l'ind. prés, sont
en es.
On dit oupiet, ayez; drèbiet, manger; mais àr vairet, le cimetière. Et
exclamatif reste intact. — Sihit, soif, cf. divit.
P. 51, avant-dern. §, au lieu de : Enn ne change pas, etc., lisez :
Les terminaisons de l'imparf. et du condit. sont : ienn, ies, ai (imp.) ei
(condit.) iemp ou i'émp, iac'h, ient.
La forme irouat, bien, = *erhuat, sert d'intermédiaire entre ervad et le
vannetais erhat. Cf. dans l'Armery éveell, éheel comme ; nêrhenn, nerf.
A Lanvollon, on dit te'lwu, tu seras, etc. — Au contraire, le vannetais
ihuel, haut, est pour Uihuel = uvel (Laniscat) pour uc'hel, cf. palivat, à
Lanrodec palevat = paluc'hat, préparer le chanvre; luvadenn, Lanr. lûv'c-
dénn, éclair, etc.
La diphthongue oa devient ue : duêran, petit-fils; ànn uailiet, le foyer.
Ean devient régulièrement ian, ou se contracte en air. liaheih ou liafi,
pleurer; triank, trank, aigre.
Voici d'autres contractions : mouilt, moust, humide; Lanrodec, moest;
kluid, klud, claie. On confond quelquefois oe et 0 : goeleiii, couvrir ;/ort,
foin.
2" Consonnes.
G se renforce quelquefois en k devant r ; krzel de la grêle, iir g'érzelienn
un grêlon. Cf. à Lanrodec iïr girlaoenn^i une sangsue, pi. kirlao.
La dentale se change souvent en gutturale: iir glmial, une nappe;
I . C'est ainsi qu'en latin le y grec correspond à /, gu, v. Le mot liver, (pour lizer,
lettre^ usité, entre autres, dans ces deux mêmes localités, fournit un exemple de v pour
z, cf. kleve et kleze, épée; avank, gall. addanc, animal aquatique; /breton = s gaélique,
/ latin = & grec.
2]6 Le dialecte vannetais de Sarzeau.
àr gharhian, la fièvre; miniaouek, une alêne; gosqiall, gâteau; un
darloskienn, darloskhienn, quelquefois garlostienn, une perce-oreille,
karg a zarlo'skiet, zarloskhieî, ou zarlolkiennneu, plein de perce-oreilles (en
plusieurs endroits de Tréguier et de Cornouailles, garloskhenn, garloskenn;
à Lanvollon iir galostenn, pi. kaiost; à Quimper-Guezennec un dorlosken,
pi. torlosket, ce qui me fait soupçonner une confusion avec tarlaskenn,
la tique. A Sarzeau talâsk gunec'h tu signifie le son du blé noir, sans
doute parce qu'il est très-grossier et qu'il gratte le gosier ' .
D tombe souvent devant une diphthongue commençant par i : nanyek,
dix-neuf; peryek, parler; marteloyet, matelots; riyall, crible fm;iïrgeui-
yall = kaouidell, petite caisse à barreaux où l'on met la vaisselle.
Il s'ajoute quelquefois après n : iin daronyall, une hirondelle; brandei,
corbeaux.
Sf devient souvent s : flalrein, écraser, cf. Tréc. dizrein =Léon. dis-
trei.
P. 54, au lieu de kelienn, du houx, Wsez f'clienn, feuille (de papien.
Des mots analogues à liuarn sont liuan, courroie pour attacher les
bœufs; liuafiein, moisir, etc. Aux exemples du changement de / en n,
j'ajouterai guaineuienn, sangsue, pi. guaineuiet. Ce mot signifie aussi ver-
rue, pi. gueneuienneu, par confusion, comme cela arrive à gwenanenn et
gwenaenn. Luchenat, luchenein^ bercer (Lanrodec ruskelat; Saint-Igeaux
huchelat; P\ougonver uskelat ; Lan'iscal huchelat, Callac hochélat, etc.). Les
infinitifs en cl deviennent tn à Lanrodec.
L se transpose facilement : i sklourr [= skoultr, skourr), en suspens ;
flcmienn — fimble (L'Armery) = fibula, boucle pour les cochons.
P. 5 $. Melionnienn-air est proprement la grosse fourmi rouge : on dit
qu'elles suivent les traces de la couleuvre.
Les voyelles sont sujettes à disparaître après r, l, devant une con-
sonne : Krn, du gratin > Prat Krin. le Pellet. crign); àr vrmienn, la
brume; almèkhien, allumette, etc.
Z devient souvent /; dans l'enclitique zi = ze : trehi, trezi, par-là ; ànn
drà-hi, cela; âhi, ai, là; a-vâ-hi, de là. etc.
Remarques.
J'ai expliqué, p. 56, la forme rapide kiol'i [onà\\dMSS\khioh,khiéVi),
comme produite par la disparition de u cf. p. 5:5) et le changement
régulier de e en diphthongue devant //.
Mais c'est après h que Vu disparait (cf. encore fahhed, enflé) ; après
I . Le changement de f en *; est très-fréquent à Laniscat, spécialement aux infinitifs
en et.
Le dialecte vannetais de Saneau. 2^7
g, c'est plutôt la voyelle suivante qui périt : ha guriohni i? n'est-ce pas ?
Aussi me semble-t-il probable que c'est oe, ue qui se change en io, ic, et
non pas e simple. Voici d'autres exemples : gion, blanc ^aussi gon), à
côté de guin^ guen; gicnat à côté àt guenat, blanchir; giorsou, long-
temps; ticmm^ piomb = tuernm, puemb.
Au contraire: Petra'zou dé wiel'd i Lokhentas? Qu'y a-t-ilà voira Saint-
Gildas? ie \t\ non le) = e. Mi-g-a d'où kuiUet, d'on kouilein, je vais vous
voir. 'Ma r't t'iac'h kemier'd (ou kemir\ ann ient-si, il vous faut prendre
ce chemin; et l'impératif: kemier'd ànn ienl-si! tandis qu'on prononce :
ànn iend a gemiret a zou houionek, le chemin que vous prenez est pous-
siéreux. — Remarquez que le changement d'u en / a lieu facilement de-
vant une voyelle : dioht ou duont, là-bas.
On fait dans la conversation beaucoup de contractions, comme a b'ah
i tes? ^^ a be bah d'où viens-tu ? goa'rzi tant pis — goah arzi : cela arrive
aussi dans les autres dialectes.
IV. — Grammaire et Vocabulaire,
1° Mutations.
Autres exemples de mutation nasale : Sarzeau, iinnamezel, une demoi-
selle. Lanrodec penn-na-benn, tout droit; dinhann, sous; pc ve'n nain, en
d'autres endroits de Cornouailles/ja ve'n nz« quand on est, =paveun dén.
Après d final supprimé, le v du verbe être se renforce en / ; groet maà
fou, ce sera bien fait ; deveaà fet, vous serez en retard ; tandis qu'on dit
ari vou in ous erauk, il sera arrivé avant vous'.
Le g de get, avec, devient de même k après la chute de la dentale
précédente : ivet ked yehet ! — Ha huei aouël ! litt. buvez avec santé! —
Et vous aussi !
Dans ahsambl kel-n-iac'h, avec vous, le k est amené par l'influence
du b (cf. Leg. pemp kâd, cinq lièvresl. Mais il ne peut y avoir de doute
sur l'effet analogue de c'h et de s dans des expressions comme iir uec'li
penak, quelquefois; dis kel-n-em, viens avec moi, Trég. des kenin, Lanv.
des kenein; dis t'cvadonj viens à moi, Lanv. dés tevèdon ; kes ket-ou! Çis
gant-han !\ cri pour exciter un chien contre quelqu'un, d'où kesein tir lii,
faire kiss ! kiss ! à un chien.
L'/des 2'-' pers. sing. du verbe en devant, dans le P. Maunoir et dans
le langage de Lanrodec, est aussi produit par la combinaison du v du
verbe être avec la lettre finale du pronom az, ez, ac'h, ec'h^; et le p des
1. V étant déjà un adoucissement de b, / est ici le résultat de deux mutations succes-
sives, comme v dans a vrema, a vepred, z dans var-zu, Tréc. oar-du.
2. Cf. le comique yfyth, il sera (y pour yth), à Plougonver e fo.
2:; 8 Le dialecte vannetais de Sarzeau.
2'"' pers. plur. provient du c'h, z du pronom et du b, lettre radicale du
verbe beza. Cf. Tréc. chopinad sist pour chopinad jist, chopine de cidre.
Quant à l'influence de s, z, c'Ii, h, cf. le Léon, krésteiz, midi, Sarz.
kreisti; le Vannetais eih te, huit jours. Après le Tréc. dés, de, et le Corn.
eiiz, id., on emploie te, ta, ton, au lieu de dé, da. On prononce à Lan-
rodec me' mes kret, j'ai fait.
En général les mutations de faibles en fortes, en breton, sont une
compensation pour la chute d'une consonne finale, ordinairement 5
(comme en comique) ou fh; ou bien résultent de l'influence de 5, z, c'h,
quelquefois p, b et k; et t devant ti'. La consonne supprimée, dans le
premier cas, reparaît devant une voyelle et même devant une consonne
dans certains dialectes : houc'h penn, votre tête iLanrodec).
Les adjectifs numéraux ordinaux affaiblissent leur première consonne,
même au masculin, après l'article ; àr biempiet tei, la cinquième maison.
Le même abus a lieu pour plusieurs d'entre eux en Tréguier.
2" Pluriel.
Au Weudebokhedeu, fleurs, on dit souvent bokhedei (rarement bokhede).
De même, kanêtei, des billes; neiadei, plus souvent heiadei, eiadei, des
nids (et non pas seulement nichées, s'emploie au lieu de neiz même
pour des nids vides).
Maîiac'h, pi. matiac'heziet, servante.
]" Féminin.
On peut ajouter aux fém. en iall ûr gamiall, p. iet, boiteuse, et d'autres
comme borniall, sourdiall, dont les correspondants se trouvent dans l'Ar-
mery.
4" Quelques observations grammaticales,
Ann neuviet, le deuxième, fém. ann niviet, est plus usité que ànn eilviet.
Ces formes ne sont pas isolées. A Gommenec'h, par exemple, on dit a/2/2
unannet oar-n-ugenl, le vingt- et-un/me; ann daouet, fém. ann dîet oar-n-
ageni, \e\\ngi-deuxième. Lanv. et Trég., dans ce cas, unaiinvet; à Lanv.
daouet, fém. diveî, s'emploie même dans les autres cas (gall. deujed, dwyjed).
Mad, bon, a pour comparatif, matoc'h et pour superlatif /na/d/i icomme
en Trég.) dans le sens spécial de bon à manger: autrement on dit ^/!u/a//,etc.
Ac'han- et anez- se contractent uniformément en an- : anaii-mi, de
moi; anas, anal-ti, anou-ian; anei; anamb-nei^ anac'h-huei, anai-eint.
D'ai-heint, à eux-mêmes ; ou ze\ -khieint, leur maison à eux ; d'ei-khel
à elle-même, get-eï-khei avec elle-même; i del-kiian, sa maison à lui, etc. Le
k purement euphonique entre deux voyelles (comme dans |xir)y.éTi) n'est pas
i. La même chose a lieu en basque, où l'on prononce hunakoiti pour hunat goiti, ezta
pour ez da.
Le dernier écho de la langue corni^jne. 259
sans exemple en breton : Lanv. dukard, noiraud. Mais ici kli doit être un
renforcement de //. — Au lieu de supprimer la particule verbale a
devant un pronom, on la change en ag. Cf. p. 5 $.
A in-é-më laie' h ^ à ma place, on peut comparer 'nem vlas, id. à
Lanvollon, et le Trécorois en ez enep, contre toi (pour enn da enep).
Cette syllabe de surcroît, qui se trouve dans la langue commune avec
enep etgoude accompagnés d'un pronom, est d'un emploi plus étendu dans
les dial. spéciaux. A Sarzeau, on dit in-hiemh-z-on, sans moi, malgré la
confusion avec iniemh, contre; en Corn, et Trég., en-enon, en-enoc'h,
en moi, en vous. Remarquez in i uenan, seul, tout seul (angl. by himself,
gaël. leisfein): Divourus i goubir iend in i uenan^ c'est ennuyeux de che-
miner seul; àr hraidar-zi a giarh in i uenan, cet enfant marche tout seul.
j" Vocabulaire.
A pitaut ou pitaul, richard, on peut comparer, je crois, les mots de
Lanv. pitach, niaiserie; pitous, pitooucnek, niais; piîek, t. d'injure;
pitinvat coup, soufflet. Cf. lann Bitoch, dans Bombard Kernc, p. 36.
Andienn, pi. andeu, sentier; aiiouai, pi. eu, méridienne, repos du
midi (en parlant des personnesi ; hanîir-bautr, beau-fils (de Vhantir-
vamm ou mamm geu, la belle-mère, noverca); saldronnèkienn, pi. kiet,
guêpe; steleog, pi. eu, courroie de sabots; lin davouzonnienn, ou davë-
zoiinien, pi. onnieî, taon; iir wienn diann un zxhrt dro\l\ kierWt diarin
diâvis fiac'h, allez droit devant vous. Krapet douc'h-îî, montez en haut;
diskar't de ghias, descendez en bas; nied i me gar, je me suis fait une
entorse. Tu^i .' à gauche ! ioc'/z .' à droite ! (en parlant aux chevaux : L'Ar-
mery tusse, toli). Huilî! à droite! /^c'/i .' à gauche ! houll! arrêtez! (en
parlant aux bœufs).
Baltrein, piler, fouler la terre, etc.; skreunein, écraser (des miettes de
pain, des grains pour les poules); iir gourmèkhienn, un arc-en-ciel {=''kroum-
medenn, de krm, k'crm, krcm, courbe, cf. ar bourpienn == brepenn, bâton
pour remuer la bouillie; ; iir bobe^iallienn, pi. pobegialliet, cotylet, coty-
lédon umbilicus.
Emile Ernault.
LE DERNIER ÉCHO DE LA LANGUE CORNIQUE.
Quoique l'anglais soit maintenant la langue indigène de la Cornouaille,
il y a dans le dialecte du peuple et surtout des pêcheurs et des mineurs
de Penwith (près du Land's End), des mots qui ne sont nullement
anglais, mais bien celtiques.
240 Le dernier écho de la langue cornitjue.
En 1875, j'ai trouvé quelques échos inattendus de la langue celtique
dans ma paroisse de Newlyn,près de Penzance et Mount's Bay,à douze
kilomètres du Land's End. J'ai adressé à l'^Academy" de Londres
(20 mars 1875), '^^ "O'^s de nombre celtiques, conservés jusqu'à vingt
(i.e. igans) par les vieillards de notre pays, noms qui étaient employés
pour compter les poissons jusqu'à la tin du siècle dernier. M. Henri
Jenner, attaché au département des mss. du British Muséum, m'a fait
visite à Newlyn en juillet 1875, ^^ "°"S avons cherché ensemble les
traces des mots celtiques. M. Jenner a donné le résultat de ses recher-
ches à la Société philologique de Londres, en février 1876, et je me
propose ici de donner un petit résumé de nos observations, consignées
par M. Jenner dans sa brochure '^Traditional Relies of the Cornish Lan-
guage in Moimts Bay in 1 87 5 .
J'ai trouvé dans trois familles des traditions précises des noms de
nombre cornu-britanniques jusqu'à vingt:
1° Les Kelynacks de Newlyn. Jean Kelynack, âgé de 87 ans et sa
femme. Les filles Kelynacks ont aussi conservé la tradition.
2° W Soady de Mousehole, morte il y a quelques mois. Elle était plus
exacte, par comparaison avec nos dictionnaires, que les Kelynacks.
r
Barnard Victor de Mousehole.
Kelinaks.
Soady.
Pryce (xviii'-' siècle)
Norris (xv siècle).
I
On'.
Onun.
Wonnan.
Un, onan.
2
Doo.
Deu.
Deau.
Deu.
3
Trei.
Traiy.
Try.
Try.
4
Paj.
Paju.
Padzher.
Peswar.
$
Pemp.
Pemp.
Pemp.
Pymp.
6
Weth.
Eth.
Wheh.
Whe.
7
Saayth.
Saayth.
Seith.
Seyth.
8
Eith.
Eith.
Eath.
Eath.
9
Noun.
Nou.
Naw.
Naw.
10
Deg.
Deg.
Deag.
Dek.
1 1
Ignak.
Igunak.
Ednack.
Ednack.
12
Daudhak.
Daudhak.
Dawthack.
Dewthek.
Voici quelques mots celtiques en usage en Cornouaille.
L Noms.
'Bal = mine (très-ordinaire maintenant).
Boobun = mèche d'une lampe. Bret.: poulchen.
I. Ces mots sont écrits phonétiquement selon le système du Glossic de M. Alexander
J. Ellis.
Le dernier écho de la langue corniijue. 241
'Buccaboo = un diable.
Carn = amas de rochers. Cairn, irlandais et écossais.
Cliil = lampe.
C/j/W: = oignons, ciboules. Gallois 5(7'»'/. Bret.: cibolez. Lai.: cepulla.
Chy = maison (en usage seulement dans les noms, mais on en com-
prend la signification). Gallois: Ty. Bret.: Ti. Irlandais : //i^/;. Man-
nois : tliie.
Timunogi. )
Giioiliu \ ^^ "^ mots maritimes des pêcheurs.
Grillas = cave.
Crogun = moule. Dans le vocabulaire comique du moyen-âge crogan
= concha. Gallois : cragen. Bret.: crogan.
Crou = étable à cochons. Gallois : craw. Bret.: craou. Irl. et écossais :
cro. Les enfants de notre école comprennent ce mot.
*Paju-pou = lézard (Litt. le Quadrupède). Paju = quatre. Pou =
pied.
Pedn = Tête(e. g. Pedn-a-meen et dans les noms des lieux).
Men = pierre. Gallois : maen. Bret.: men
1). Dans l'expression Minus ou Kubooli-stone (une pierre des pêcheurs).
2. Dans les noms de lieux, e. g. Men-an-tol (la Pierre-a-trou), Men
scryfa. Pierre avec inscription, 7 kilomètres de Penzance.
j. Menolas. Ancien mot pour le foyer {olas^= foyer). Gallois : aelwyd.
Bret.: aoled.
Punyun= pignon. Lat.: pinnium. Gai.: piniwn. Bret.: pinoun.
Guldaaz-Diguldaayt = la fête de la récolte. Gallois : dydd gwyl,
Bret.: de gouil.
Scaw (e. g. Boscawen la famille de lord Falmouth)= sureau. Gallois:
Ysgawen. Bret.: skaw, scawen. Lat.: scobies.
Wheal-Huel = mine.
II. Adjectifs,
Peut-être le seul adjectif vivant est vean., petit dans cheel-vean (une
exclamation^ Truro Vean; mais beaucoup de personnes se souviennent
que Dhu signifiait noir.
Les adverbes et les prépositions ont disparu, mais l'interjection a ré
est vivante et beaucoup en usage. M. Jenner pense que c'est Refaria
«par Maria. » Chez Pallas (qui a conservé quelques mots comiques dans
l'ouvrage écrit pour l'impératrice Catherine II de Russie), c'est Rafaria?
Ra Maria.
Phrases comiques vivant dans le Penwith.
'i. Pedn-a-mean. Nom d'un jeu d'enfants Pedn = " la tête " ha =
Rev. Celt. III 1 7
242 Le dernier écho de ta langue comique.
"et" mean(J) pour teen= "queue". J'ai trouvé il y a quelques jours
cette phrase, on ne la trouve pas dans la brochure de M. Jenner. J'ai
marqué par un astérisque * les mots qui ne se trouvent pas dans la bro-
chure de M. Jenner.
2. Lagen-en-dour. Phrase des pêcheurs; se dit des maquereaux qui
barbottent dans les eaux de mer.
" Lag" . bercer — e. g. Logan-stone près de Land's End = la
Pierre-berceau.
"■ Dour" = eau = Dwr (Gallois), Dour (Bretoni, Dobhar (Irlandais et
Écossais).
Cette phrase ne se dit pluS;, mais le vieux Jean Kelynack et le feu
M. Stephen Richards s'en souviennent.
3. " Breeul meeut trooja bizwaudhu pempez whethez ail ascrowd ail along
the Une 0" = cri des pêcheurs de Newlyn.
La dernière partie est anglaise, mais
Breeu.1 (= fîrw/) = fîn'//ie/ = (maquereau"). Breton : brezel maque-
reau) Brithyll.
Mea = angl.: mate.
Trooja., bizwaudhu, pempez, wethez = troisième, quatrième, cinquième,
sixième.
Il y a beaucoup de traces de la syntaxe comique, par exemple :
'i. "Itbelongs to me" .i.e = c'est à moi, pour « I hâve. »
'2 . Quelques langues celtiques ont perdu le verbe Avoir. Le peuple de la
Cornouaille d'aujourd'hui préfère l'expression ' ' It belongs to me " au lieu
de "I hâve".
*3. " Put... to a place" for "lead to a place " dans Pryce. Gora
■= envoyer.
Telles sont les traces laissées par l'ancienne langue de Cornouaille,
mais cette langue n'est pas entièrement perdue pour nous, comme le
savent les lecteurs de cette revue. H y a des grammaires iPryce et Nor-
ris), des dictionnaires (M. Williams et Pryce), des drames (l'Origo
Mundi, la Passio Christi, la Resurrectio Christi, la Mort de Pilate. l'As-
cension, le Beunans Meriasek), un petit poème épique (Mont du Cal-
vaire), une chanson et quelques manuscrits inédits.
J'écris ces lignes sur le tombeau de cette ancienne langue aryenne, à
un kilomètre des tombeaux de ceux qui l'ont parlée dans le xviii" siècle
pour la dernière fois, et près de la seule épitaphe comique du monde
(dans l'église de S. Paul en Penwithi.
W.-S. Lach Szyrma.
Newlyn, octobre 1876.
L'origine de rentrelacs. 24?
RECHERCHES SUR L'ORIGINE DES ORNEMENTS
CONNUS SOUS LE NOM d'eNTRELACS '
On sait à combien de systèmes différents a donné lieu l'origine de
l'ornementation si bizarre connue sous le nom d'entrelacs. L'invention
en a été tour à tour attribuée aux Celtes, aux Germains, aux Orientaux.
L'objet de ce travail est de montrer que ce sont les Romains qui en ont
fait l'usage le plus étendu, le plus exclusif, et que les pavements en
mosaïque sont le domaine dans lequel ce motif de décoration s'est main-
tenu le plus longtemps et avec la faveur la plus incontestable. Ce n'est
pas à dire toutefois qu'il ait pris naissance en Italie; — si nous voulions
remonter au-delà de notre ère nous en trouverions déjà plus d'une
trace, — les Romains n'ont fait qu'en régler et en généraliser l'emploi,
mais en ce point, on peut l'affirmer sans crainte d'être démenti, ils ont
précédé et la race celtique et la race germanique.
Dès le premier siècle, et nous avons là un point de repère certain,
nous rencontrons l'entrelacs dans les mosaïques de Pompeï. A vrai dire
les spécimens n'en sont pas nombreux encore, mais enfin ils existent,
soit dans les pavements laissés en place, soit dans ceux qui ont été
transportés au musée de Naples^. Tout nous autorise à croire que c'est
vers cette époque que l'entrelacs s'est introduit dans ce genre de pein-
ture. En effet, on n'en découvre aucun vestige dans le grand lithos-
trote de Palestrine, que l'on croit remonter au temps de Sylla; dans celui
de Lillebonne?, que l'on attribue au ii'^ siècle de notre ère, le médaillon
central n'est serti que d'une simple torsade. Peu à peu la mode s'em-
pare de cet ornement, en même temps que les artistes recherchent des
combinaisons plus hardies et plus savantes. L'entrelacs, qui n'était au
début qu'une sorte de bordure, servant à encadrer le sujet principal, ne
tarde pas à occuper une place prépondérante. On le considère comme
un élément ayant sa raison d'être, indépendamment de la composition
proprement dite; on le développe avec une logique inflexible, et, à un
moment donné, cette ornementation, d'un caractère si abstrait, remplit
à elle seule de vastes plates-bandes de mosaïque. Ce ne sont plus que
1. Cet article est extrait d'un mémoire plus étendu sur les Mosaïques que M. Mûntz
a publié dans la Revue archéologique.
2. Maison du Sanglier, strada dell' Abondanza, n" 8. — Musée de Naples, salle des
mosaïques. — Mazois, Ruines de Pompéi, i" partie, pi. XL. — Zahn, Les plus beaux
ornements de Pompéi, t. II, pi. 69. — Nicolini, le case di Pompei, description générale,
pi. XXX, etc., etc.
5. Chatel, Notice de la mosaïque de Lillebonne. Caen, 187).
244 L'origine de l'entrelacs.
lanières ou nattes croisées et enchevêtrées de la manière la plus bizarre ;
l'œil s'égare dans un dédale inextricable et la pensée abdique pour faire
place à une sorte de rêverie, comparable à celle qu'engendrent certains
systèmes de décoration orientaux.
La diffusion de cet ornement dans les diverses parties du monde
antique est un autre sujet de surprise. A Rome même il s'offre à nous
dans la majorité des mosaïques conservées au Vatican, au Latran, dans
les édifices publics ou privés. Le reste de l'Italie en contient des spéci-
mens non moins nombreux. Il n'est pas plus rare dans les Gaules,
comme on peut s'en convaincre en parcourant l'atlas joint à l'ouvrage
d'Artaud, ou les Mémoires des sociétés archéologiques de la province.
Nous le rencontrons également de l'autre côté du Rhin, où il suffira de
citer les lithostrotes de Cologne', de Nennig, près de Trèves^ et du
musée national de Munich. L'Espagne enfm et la Grande-Bretagne
n'ont rien à envier sous ce rapport aux pays ci-dessus indiqués : l'entre-
lacs s'y rencontre dans la plupart des incrustations d'origine romaine 5.
Si nous voulions étendre cet examen à l'Afrique et à l'Orient, les exemples
ne nous feraient pas défaut non plus.
Ainsi tombent les prétentions des savants d'outre-Manche, non moins
que celles des savants d'outre-Rhin, qui revendiquaient pour leurs pays
respectifs la paternité de l'ornement dont nous croyons avoir établi la
véritable origine. En effet, les plus anciens manuscrits irlandais et anglo-
saxons ne remontent qu'au Vf siècle 4, et les sculptures en pierre exécutées
dans le même style sont plus modernes encore s . Quant aux bijoux qui ont
été trouvés dans les tombeaux germaniques et dans lesquels M. Linden-
schmit^, et après lui M. Schnaase?, ont cru reconnaître le prototype de
l'entrelacs, ils datent au plus tôt, M. Lindenschmit lui-même le déclare,
du iv siècle de notre ère. Le rôle de ces deux races se réduit à l'intro-
duction de l'élément fantastique et, en termes plus généraux, de figures
1. Lersch, das Cœlner Mosaik. Bonn, 1846.
2. Wilmowsky, die Rœmische Villa zu Nennig und ihr Mosaik. Bonn, 1864.
}. Voir pour l'Espagne : Laborde, Description d'un pavé en mosaïque découvert dans
l'ancienne ville d'Italica. Lyon, 1802 ; pour l'Angleterre: Vetusta monumenta qu£ ad
rerum britannicarum memoriam conservandam Societas antiquariorum Londini... edenda
curavit. Londres, 1747 et seq., t. I, pi. XLVIII, LU; t. Il, pi. IX, XLIIl, XLIV; t. III,
pi. XXXIX; et Lysons, Reliquite britannico- romane. Londres, 181 }- 1818.
4. Voir Westwood, Fac similes of the miniatures and ornaments of anglo-saxon and
irish manuscripts. Londres, 1868.
5. O'Neill, Illustrations of the most inteiesting of the sculptured crosses of Ireland.
Londres, 1857: Cumming, Illustrations of the crosses of the isle of Man, etc.
6. Die vaterl<endischcn Alterthiimer der fiirstlich Hohenzollerischen Sammlungen zu Sig-
maringen. Mayence, 1860, p. 65 et ni.
7. Geschichte der bildenden Kiinste, t. III, p. 587. Dusseldorf, 1869. M. Unger, dans
son anide sur la miniature irlandaise {Revue celtique, t. I, p. 13, 1$, etc.), s'est pro-
noncé pour un système mixte.
L'oriiiine de r entrelacs. 24s
empruntées au règne animal, dans un ensemble de décoration qui chez les
Romains ne sortait pas du domaine de la géométrie. On leur doit égale-
ment l'emploi, en quelque sorte systématique, de deux motifs, inconnus
aux peintres en mosaïque : les zigzags et les spirales.
On aurait pu croire que le christianisme mettrait fm à un engoue-
ment aussi inexplicable, mais il n'en a rien été. L'entrelacs continue à
régner pendant toute la première partie du moyen âge. Ce qui achève de
montrer combien est grande la parenté des lithostrotes de cette époque
avec ceux de l'antiquité païenne, et combien la distinction des
genres était tranchée, c'est que l'ornement en question ne se montre
jamais que dans les mosaïques recouvrant le sol ; je n'en ai pas rencontré
un seul exemple dans les mosaïques qui ornent la nef ou l'abside des
basiliques italiennes des neuf ou dix premiers siècles.
L'entrelacs entre pour une part considérable dans la composition de
deux des plus anciens pavements chrétiens qui soient parvenus jusqu'à
nous: celui de la catacombe de Sainte-Hélène, découvert en 1858', et
celui du dôme de Santa Maria di Capua-; il en forme la note dominante
et y remplit plusieurs compartiments. On en remarque aussi la présence
dans les pavés-mosaiques de Casale, de Crémone et de Vérone, de
Pesaro, de l'église Saint-Jean-1'Évangéliste de Ravenne, de la basilique
Saint-Laurent-hors-les-Murs à Rome, etc., etc. Il semble en outre figu-
rer dans ceux de la cathédrale de Novare et de l'église Sainte-Marie de
Verceil 5 .
En France, il s'offre à nous dans les incrustations de Saint-Bertin à
Saint-Omer, de Saint-Irénée à Lyon, de la cathédrale de Sordes dans
les Landes, etc.. etc. En Afrique on le rencontre à Orléansville^, à Cons-
tantine< et à Djemilah; dans l'Orient enfin, les mosaïques de la Casa
Nuova de Jérusalem, de l'église Sainte-Croix près de la même ville, et
de Sour, achèvent de nous montrer quelle unité la civilisation romaine
avait imposée, dans les contrées les plus lointaines, aux moindres pro-
ductions de l'art.
Eug. MÙNTZ.
1. Perret, Catacombes, t. II, pi. LXIII, LXIV.
2. Salazaro, Studi sut monumenti délia Italia méridionale. Naples, 1871 et seq. pp. 46,
48.
3. Annales archéologiques, t. XV, pp. 225 et 227.
4. Revue archéologique, 1847, t. IV, pp. 661 et suiv.
5. Annuaire de la Société archéologique de la province de Constantine, 1862, pi. XI et
P- 55.
246 Tableaux exposés dans les églises bretonnes.
TABLEAUX EXPOSÉS DANS LES ÉGLISES BRETONNES.
Parmi les ouvrages bretons restés inédits, et pour ainsi dire inconnus
des bibliographes, malgré les copies assez nombreuses qui en existent, il
en est un qui, par son étrangeté aussi bien que par le caractère de
rudesse dont il est empreint, me semble digne d'une mention particulière.
Cet ouvrage est un recueil de sermons intitulé Inslructionou dresset var
daulennou ar retret (Instructions composées sur les tableaux de la retraite).
Les tableaux désignés sous cette rubrique sont de grossières estampes,
au nombre de douze, de 40 à ^o centimètres de hauteur sur 50 à 35 de
largeur, qui remontent au xvii'" siècle, et dont de curieux spécimens sont
encore exposés de nos jours dans plusieurs chapelles et églises de Bre-
tagne, pendant les retraites et les missions. D'où viennent ces planches
aux tailles naïves et farouches? Sont-elles sorties des ateliers d'imagerie
populaire de Troyes ou de Chartres, d'Orléans ou de Nantes, ou sim-
plement de l'arrière-boutique de quelque obscur dominoiier de Quimper ?
Je ne puis, aujourd'hui, que signaler cet intéressant problème aux icono-
philes. Le seul point vraiment hors de discussion, c'est que Michel le
Nobletz, le célèbre missionnaire breton, auquel on attribue générale-
ment, mais sans preuves suffisantes, leur composition, est le premier qui
en a vulgarisé l'usage ' .
Comme les exhibiteurs forains de bêtes sauvages, les prédicateurs se
servent de longues baguettes pour expliquer les figures multiples de ces
images. « Dans la plupart d'entre elles, dit le sermonnaire cité plus
haut, et dont j'ai eu la bonne fortune de rencontrer un exemplaire, on ne
voit que la tête et le cœur, parce que de ces deux parties sortent le
bien et le mal : dans la tête se forment les pensées, et dans le cœur se
conçoivent les désirs. De plus, le visage et le cœur nous montrent l'homme
en son entier, le visage représentant l'extérieur, et le cœur l'intérieur. »
Le manuscrit que je possède appartient à la première moitié du siècle
I. D'après la tradition, Michel Le Nobletz aurait légué, en mourant, les tableaux
énigmatiques dont on le dit l'inventeur au P. Maunoir, son disciple, qui les perfectionna.
Us auraient été également retouchés et complétés par deux autres missionnaires du même
temps, le P. Huby, jésuite, et M. Le Gall de Kerdu, recteur de Serve!.
Q^uoi qu'il en soit, ce dernier a publié à Rome, avec un texte italien, une série d'images
de piété qui appartiennent à la même source d'inspirations. Ce petit volume a été traduit
en français, en 1670, sous le titre de l'Oratoire du cœur, ou Méthode très-facile pour ensei-
gner à toutes sortes de personnes à faire l'oraison avec J.-C. dans le fond du cœur, repré-
sentée en huit figures en taille-douce. Une seconde édition parut en 1676, du vivant de
l'auteur. Mgr de Quélen, archevêque de Paris, fit faire en 1838 une réimpression de ce
livre qui eut alors pour éditeur le P. Loriquet. Il en a été donné, en 1844, une édition
nouvelle, mais avec des gravures si singulièrement embellies qu'elles ne rappellent en
rien la naïveté et le caractère symbolique des anciennes.
Tableaux exposés dans les églises bretonnes. 247
dernier. Il renferme, en 61 pages d'une écriture fine et serrée, dix ins-
tructions concernant les dix premiers tableaux seulement, soit que le
sujet des deux autres, rentrant dans les matières communément traitées,
ne comportât pas d'explications spéciales, soit qu'il manque quelques
feuillets à mon recueil, ce que rien pourtant ne semble indiquer. Ces
instructions, écrites dans une langue relativement pure, et bien supé-
rieure à celle des écrivains religieux du xvir- et du xviii" siècle, Le Bris
peut-être excepté, sont précédées d'un avant-propos de deux pages sur
les tableaux en général, ou plutôt sur les signes sensibles dont Dieu s'est
servi de tout temps pour nous enseigner la vérité.
On chercherait en vain dans la littérature bretonne le pendant de ce
singulier ouvrage qui a près du clergé des campagnes toute l'autorité
d'un classique. Le cantique de l'Enfer lui-même, si sombre, si poignant,
si terrible, ne peut en donner qu'une imparfaite idée. C'est la même
vigueur de plans, le même faire barbare, mais avec plus d'exagération
et de raffinement dans l'horrible, Comme une analyse m'entraînerait trop
loin, je me bornerai à donner brièvement, d'après mon manuscrit, les
titres des tableaux avec quelques-uns des détails qui m'ont semblé les
plus caractéristiques.
i" L'état de péché. — L'image représente le cœur d'un pécheur, et
aussi probablement la tête, puisque l'auteur ajoute plus loin qu'elle est
frisée et poudrée. Au milieu de ce cœur on voit le diable entouré de sept
animaux symboliques figurant les sept péchés capitaux, savoir : un paon
(l'orgueil! , — un crapaud (l'avarice), — un serpent (l'envie), — un
bouc lia luxure , — un porc (la gourmandise), — un lion (la colère),
— et une tortue (la paresse).
2^ La mort du pécheur. — Couché sur un lit où il ne peut faire le plus
léger mouvement, un homme aux cheveux hérissés s'efforce inutilement
de détacher son regard de l'horrible vision de la Mort qui plane au-
dessus de lui, et accourt un poignard à la main pour lui percer le cœur.
3e L'enfer. — Le pécheur, étroitement garrotté, est étendu sur un
gril, feu dessus, feu dessous, et tourmenté par une bande de démons,
toujours en quête de nouvelles tortures. Déjà ses yeux sont éteints, con-
sumés, fondus, et, pendant que des serpents enroulés autour de sa tête
la percent et lui dévorent la cervelle, un crapaud s'attache à sa bouche
et la remplit de sa bave immonde.
4= Le cœur dans l'épouvante. — Un homme tient d'une main une tête
de mort, et de l'autre une épée. La première lui représente sa misérable
destinée ; la seconde n'est autre que l'effroi 'qui, comme un fer aigu,
lui traverse la poitrine. A la contraction de ses traits on comprend qu'il
248 Ld place lia verbe dans les langues celticjues.
songe à l'horreur de sa situation, ainsi qu'aux châtiments qui l'attendent
s'il ne change pas de vie. La grâce qui le touche peu à peu est figurée
par les flammes qui commencent à pénétrer son cœur, tandis que les
péchés s'en éloignent et que Satan lui-même bat en retraite, mais avec
rage et en grinçant des dents.
Ç La contrition. — Le pécheur se repent; des larmes baignent son
visage, et son ange gardien lui présente deux objets, un crucifix et le
livre de sa conscience, pendant qu'une étoile lumineuse semble lui
indiquer le bon chemin.
6'' Les œuvres de pénitence. — Au milieu d'un cœur, un crucifix, un
chapelet, un livre d'heures, une chapelle, un pain, un pot d'eau, une
ceinture de fer, une haire, une discipline, une bourse, et l'ange gardien
montrant au pécheur la palme de la victoire qu'il tient à la main.
y*" L'état de grâce.
8= L'âme tiède.
(f La rechute dans le péché.
lo*-' La persévérance. L. F. Sauvé.
LA PLACE DU VERBE DANS LES LANGUES CELTIQUES.
M. Bergaigne, dans son savant Essai sur la construction grammaticale,
répète, d'après Zeuss, que la construction régulière, dans les langues
celtiques, consiste à mettre le verbe au commencement des propositions,
en le faisant suivre par le sujet. Suivant lui ce mode de construction est
de date récente dans les langues indo-européennes, et si les langues
celtiques nous l'offrent de préférence, cela tient à la date récente des
monuments de ces langues que nous possédons.
L'étude des inscriptions gauloises confirme cette manière de voir : les
formes verbales ieuru (fecit), carnidu icongessit', ne sont nulle part pla-
cées au commencement de la proposition.
Le verbe est placé après le sujet et avant le complément dans les
inscriptions suivantes que nous citons quoiqu'elles soient bien connues
des celtistes :
I
CErOMAUOC OriAAONEOC TOOTTlOïC NAMAïCATIC EUiPOT
BIIAHCAMI COCIN NEMHTON.
2
MARTIALIS DANNOTALI^ lEVRV VCVETE SOSIN CELICNON.
3
DOIROS SEGOMARl lEVRV ALISANV.
Nouvelles légendes de monnaies gauloises. 249
4
LICNOS CONTEXTOS lEVRV ANVALONNACV CANECOSEDLON.
ICCAVOS OPPIANICNOS lEVRV BRIGINDONI CANTALON.
Le verbe est placé à la fin de la proposition dans deux inscriptions.
Dans l'une le complément fait défaut :
ANDECAMVLOS TOVTISSICNOS lEVRV.
Dans l'autre la proposition commence par le complément qui est suivi
du sujet :
RATIN BRIVATIOM FRONTV TARBEISONIOS lEVRV.
Enfin dans une inscription nous trouvons deux fois la proposition
terminée par le sujet, et le verbe intercalé au milieu du complément.
I
ATEKNATI TRVTIKNI KARNITV LOKAN KOISIS TRVTIKNOS.
2
ATEKNATI TRVTIKN! KaRNITV ARTVAS KOISIS TRVTIKNOS.
C'est-à-dire :
Ategnati Druticni congessit monumentum Cœsis Druticnos.
Ainsi dans les inscriptions gauloises il n'y a pas d'exemple d'un verbe
placé au commencement de la proposition. La loi qui dans les langues
néo-celtiques donne ordinairement cette place au verbe, doit donc être
considérée comme moderne.
H. D'A. DE J.
NOUVELLES LÉGENDES DE MONNAIES GAULOISES.
Une découverte très-importante de monnaies gauloises, faite à Jersey,
permet de faire une rectification à une légende que j'ai signalée il y a
six ans dans ma première liste. Au lieu de GAIV. IVLI. ...OMAPATIS,
il faut lire GAIV. IVLIV AGEDOMAR...
Quelques noms nouveaux ont été aussi révélés par cette découverte :
ESVIOS (Br. etar.)
ODCOBRIL — SIIGIIDI (Ar.)
BOIKOS (Ar.)
CICVTANOS (Br.)
PENNILE — RVPIL lAr.)
LANTOS — SVRATO (Ar.)
A. DE B.
BIBLIOGRAPHIE.
Etude de géographie celtique suivie d'une esquisse de théogonie
celto-hellénique, par M. A. Guyot-Jomard. (Extrait du Bulletin de
la Société polymathlcjuc du Morbihan). Vannes, Galles, 1876, 37-viii p.
in-8°.
Le devoir d'une revue spéciale, comme la nôtre, est d'apprécier les
ouvrages qui se publient dans son domaine pour que le public ne soit
pas trompé par des titres souvent pleins de promesses. A cet égard nous
ne pouvons recommander à nos lecteurs la brochure de M. G.-J. que
s'ils veulent se divertir. Il faut remonter au temps de Lebrigant pour
trouver des étymologies aussi dénuées de méthode et de critique, —
avec un style prétentieux et des citations pédantes en plus. Qu'on en juge
par le passage suivant (p. 7) :
« ... Là s'élève à plus de 4,000 mètres le mont Ararat où s'arrêta
« l'arche de Noë. En celtique Ar-er-rha signifie littéralement sur le
« sommet, sur la grée, et Noë, analogue au grec Néoç, correspond égale-
« ment au celtique Neuc et signifie l'homme nouveau.
« Les rires d'incrédulité qui ont toujours accueilli ces interprétations
« ne les ont pas détruites et ne les détruiront pas. Les rieurs y seront
« pour leurs frais : Telum imbelle, sine ictu...
... Si quid novisti rectius istis,
Candidus imperti; si non, his utere mecum.
« Rieurs, si vous connaissez quelque chose de mieux, dites-le nous
« franchement: sinon acceptez nos explications ; ou bien nous inviterons
« nos amis à venir vous voir rire : Spectatum admissi risum teneatis.
« amici ? et chacun de nous dira avec le poète exilé :
Barbarus hic ego sum quia non intelUgor illis! «
Vraiment, Monsieur G.-J., vous n'avez pas le droit de vous appro-
prier le vers d'Ovide. Vous êtes si peu un barbare à Vannes, qu'on a
écouté votre mémoire et qu'on l'a imprimé tout au long dans le bulletin
de la Société savante de l'endroit. — 0 sancta simplicitas!
H. G.
Bibliographie. 2 s 1
Archéologie celtique et gauloise. Mémoires et documents relatifs
aux premiers temps de l'histoire nationale, par Alexandre Bertrand.
Paris, Didier, 1876. In-8", xxx-464 p. avec 10 pi. et des figures
nombreuses dans le texte. — Prix : 9 fr.
La Revue Celtique a jusqu'ici parlé beaucoup de linguistique, peu
d'archéologie. C'est donc un devoir pour elle de signaler à l'attention de
ses lecteurs un livre dû à la plume d'un des archéologues les plus
compétents et les plus laborieux de notre temps, et dans lequel ce savant
a réuni les principaux mémoires composés par lui depuis une quinzaine
d'années sur la plus ancienne histoire de notre pays et de toute l'Europe
du Nord-Ouest. Ce livre est une mine de renseignements précieux et on
y trouve résumé le résultat des fouilles les plus récentes, faites dans les
cavernes, les lacs et les sépultures d'où l'on tire depuis quelques années
tant de curieux monuments des civilisations qui ont chez nous précédé la
civilisation des Romains.
Le savant archéologue, qui a organisé avec tant de méthode et d'une
façon si instructive le musée de Saint-Germain, et qui sait en faire les
honneurs avec tant de courtoisie, ne s'est pas contenté de réunir dans le
volume dont nous rendons compte le vaste ensemble d'observations au
vif intérêt duquel nous rendons hommage. lia voulu établir parmi ces
observations une sorte de classement ethnographique, et malheureuse-
ment, quand il a entrepris ce travail il a été surtout préoccupé par le
désir de faire concorder le résultat de ses recherches archéologiques avec
le système d'Amédée Thierry, qui est encore aujourd'hui, en France, la
base de l'enseignement dans les établissements d'instruction publique. Il
n'a pas songé à s'enquérir des conclusions auxquelles une étude plus
approfondie des textes a conduit les celtistes depuis l'année 1828, date
de VHistoire des Gaulois. Suivant Amédée Thierry, les Galls, peuple de
race celtique, arrivent en Gaule vers l'an 1600 ou 1500 avant notre
ère; une autre invasion, faite par un peuple différent quoique de même
race, l'invasion des Kimris,alieu de 631 à 587. Le système de M. Ber-
trand est à peu près le même, si ce n'est que les Galls d'Amédée Thierry
sont pour lui des Celtes, et les Kimris des Calâtes ou Gaulois : suivant lui
il y a une période ce/r/^uc qui, de l'an 1200 ou de l'an 1000 environ avant
notre ère, va jusqu'à l'an 600 ou $00 ; puis vient une période galaiicjue
ou gauloise, de l'an 600 ou 500 à l'an 250 environ. De l'an 1200 ou
1000 à l'an 600 ou 500, les Celtes habitaient notamment i'^ la Suisse,
2" la région méridionale de la France connue sous le nom de Narbon-
naise pendant la domination romaine, 5" l'Italie du Nord. Les Calâtes
2 5 2 Bibliographie.
arrivés plus tard, c'est-à-dire vers l'an 6oo ou 500, ont conquis la
Gaule entière sauf l'Aquitaine.
Tel est le système que M. Al. Bertrand a imaginé et ill'a exposé pour
la première fois devant l'Académie des inscriptions en avril 1875. C'est
Amédée Thierry qui le lui a inspiré, comme on peut le voir aux pages 385
et ^86 du livre dont nous rendons compte. Puis, une fois ce système
trouvé, M. A. B. en a cherché la justification dans les textes, et, malgré
les résultats diamétralement opposés que les textes fournissent, M. A. B.
a cru trouver dans les textes la justification de ce système.
Suivant M. Bertrand, il a existé de l'an 1200 ou de l'an 1000 à l'an
600 ou à l'an 500, une civilisation spéciale, et cette civilisation apparte-
nait à un peuple qui occupait notamment la Suisse, les côtes françaises
de la Méditerranée et l'Italie du Nord. Quel nom donner à cette civilisa-
tion .^ Il faut l'appeler cf/Z/^ue, dit M. Bertrand au mois d'avril 1875.
Mais quelques mois plus tard il a lui-même recueilli les textes les plus
anciens relatifs aux Celtes, or aucun de ces textes n'appartient chrono-
logiquement à cette période antique. Tous appartiennent à la période
suivante qui suivant lui n'est plus celtique, mais estgalatique ou gauloise
et, des textes relatifs aux Celtes, les premiers par ordre de date ne nous
montrent les Celtes ni en Suisse, ni en Italie, ni sur les rivages français
de la Méditerranée. Hécatée, vers l'an 500, parlant de NOcar, ville
celtique, semble mentionner le Norique et Noréia, en Styrie. Hérodote,
au milieu du v^ siècle, nous montre les Celtes à la source du Danube et
sur les côtes occidentales de l'Espagne.
Pourquoi M. Bertrand met-il des Celtes dans l'Italie du Nord de l'an
1200 ou 1000 à l'an 600 ou 500 avant notre ère ^ Parce que le Périple
dit de Scylax, dont la rédaction actuelle date de la fin du règne de
Philippe II, roi de Macédoine, ou du commencement de celui d'Alexan-
dre le Grand ', c'est-à-dire de la seconde moitié du iv'' siècle, parce que
le Périple dit de Scylax, document postérieur à la prise de Rome par
les Gaulois, 590, parle de Celtes établis sur les bords de l'Adriatique.
Notons qu'il résulte du même Périple de Scylax, qu'à la date de la
rédaction que nous en possédons, seconde moitié du iv>' siècle, les Celtes
n'avaient pas encore atteint les bords français de la Méditerranée où
suivant le système de M. Bertrand ils devaient être arrivés 1200 ans ou
1 000 ans avant notre ère !
Quelle preuve M. Bertrand a-t-il que la civilisation nouvelle qui fait
son apparition vers l'an 600 ou 500 est celle des Galates et non des
'• ?38-}}5 av. J.-C, suivant M. C. MûUer, Geographi graeci minores, t. I, p. 44.
Bibliographie. 255
Celtes ? Cette preuve la voici : à l'époque de l'invasion celtique où fut
pillé le temple de Delphes, 279 ans avant J.-C, le nom de Calâtes ',
jusque là inconnu des Grecs, devient de mode chez eux pour désigner
la race celtique. Le plus ancien historien grec qui parle des Calâtes est
Timée, qui paraît avoir terminé son oeuvre en 264. Les plus anciens
documents, je crois, où ce nom de Calate paraisse, sont deux courtes
pièces de vers sur la mort de l'Athénien Cydias en 279 et sur celle des
jeunes filles massacrées par les Caulois lors de leur invasion en Asie-
Mineure, 278 ans avant notre ère ^.
A partir de cette date, le nom de Calate tend à prendre dans les écrits
des Crées la place que jusque là le nom de Celte y occupait exclusive-
ment. De ce changement d'usage opéré vers 279 que conclut M. Ber-
trand .'' Il conclut que vers l'an 600 ou 500 avant notre ère, les Calâtes
ont fait la conquête de la Caule.
Il y a eu un temps où le peuple que nous appelons allemand s'appelait
(c thiois », en français :
Mais puis fu reconquise par Frans et par Thiois.
Le mot « thiois » servait aussi à désigner la langue de ce peuple :
Quant Grieu sot, pour savoir thiois...
Thiois est passé de m.ode, nous disons aujourd'hui allemand. Au siècle
dernier un mot nouveau : tudesque, a fait son apparition.
Quelle conséquence tirer de là .'' Le mot « thiois », forme française de
l'allemand deutsche, encore aujourd'hui nom national de la race germa-
nique, est tombé en désuétude : se suit-il de là qu'il y ait eu de l'autre
côté du Rhin quelque grande révolution ethnographique ^ De ce que le
mot tudesque se montre pour la première fois chez les écrivains fran-
çais au XVII 1"^ siècle, faut-il conclure qu'une race nouvelle, désignée par
le nom de tudesque, et distincte des Allemands et des Thiois, avait fait
son apparition en Allemagne quelques siècles plus tôt ? Suivant M. Littré,
on ne trouve dans la littérature française, avant Beaumarchais, aucun
exemple du nom populaire de Coddam pour désigner les Anglais. Ce nom
de Coddam est-il le signe d'une révolution qui quelques siècles avant
Beaumarchais aura substitué dans les îles Britanniques la puissance des
Coddam à celle des Anglais ?
Je ne discuterai pas les textes de Polybe que M. Bertrand allègue pour
1. Galate paraît être un mot gaulois, signifiant « guerrier »; son histoire en grec peut
être comparée à l'histoire en français du mot lansquenet, qui est comme on sait d'origine
allemande.
2. Pausanias. X, 21, 5, édition Didot, p. 520; Anthologie grecque, ch. Vil, épigr.
492, édition Didot, t. 1, p. 568, 479.
2 54 Bibliographie.
prouver que les Celtes et les Galates sont deux peuples différents. Sui-
vant moi le contraire résulte péremptoirement des passages mêmes que
cite M. Bertrand et je fais appel à tous ceux qui voudront prendre la
peine de lire l'auteur grec dans le texte original pour vérifier mon asser-
tion. Je me bornerai en terminant par protester contre l'abus que le
savant archéologue veut faire du mot hyperboréen.
Suivant Pindare, Hercule est allé prendre un plant d'olivier sur les
rives de l'Ister, dans le pays des Hyperboréens'. M. Bertrand cite ce
texte, et, comme conclusion, il nous propose de désigner sous le nom
de contrées hyperboréennes, quoi^.. le Danemark et la Scandinavie. Le
Danemark patrie de l'olivier ! L'Ister en Scandinavie ^ !
M. Bertrand est un archéologue éminent : il a peu l'habitude de
discuter des textes. Je le supplie d'éviter à l'avenir d'étudier les textes
avec des doctrines préconçues aussi arrêtées. Je le supplie de se défier
d'Amédée Thierry ; et je regrette que, par l'adoption d'un système arbi-
traire et trop rapidement construit, il ait mêlé quelques doctrines erro-
nées aux enseignements précieux que contient un livre si intéressant à
tant d'égards et si digne d'être lu. Mais il faut bien que les auteurs don-
nent prise à la critique. Autrement quel serait l'intérêt des comptes-
rendus .''
H. d'Arbois de Jubainville.
P.-L. Lemière. Examen critique des expéditions gauloises en
Italie..., suivi de recherches sur l'origine de la famille gauloise et
sur les peuples qui la composaient. Saint-Brieuc, 1875, in-S", 68 p.
— Etude sur les Celtes et les Gaulois, essai de classification des
peuples anciens appartenant à chacune de ces deux races. Saint-
Brieuc, 1874, in-8''. — 2'^ étude sur les Celtes et Gaulois. Les
Celtes, i^' fascicule. Saint-Brieuc (Paris, Maisonneuve), 1876, in-8°,
$7 pages.
Je ne puis parler des mémoires érudits de M. Lemière sans une péni-
ble émotion. Rien n'est plus digne de sympathie que le travail solitaire
et désintéressé d'un homme qui, dominé par l'amour de la science, bra-
vant les préjugés anti-littéraires de ses paresseux compatriotes, se livre à
1. Pindare confond l'Ister (Danube), qui arrosait le pays des Hyperboréens avec l'Ister,
petite rivière du bassin de l'Adriatique, d'où venaient les premiers oliviers plantés en
Grèce. Voir Strabon, 1. VII, c. s, §9, éd. Didot, p. 263; Diodore de Sicile, 1. IV, c. 56,
§ 7 et 8, éd. Didot, t. I, p. 230, et divers auteurs plus anciens, parmi lesquels Aristote.
Cf. Hehn, Kultur Pflanzen, 2'-' éd., pp. loo-ioi.
2. P. 211. Aux pages 262-26?, M. B. semble prendre l'Ister pour le Rhône. A la
note ]" de la page 211, il fait dire à Hérodote au sujet des Hyperboréens précisément le
contraire de ce qu'a écrit le célèbre historien grec.
BibUooraphie. 25^
l'étude, dans la bibliothèque incomplète, arriérée et déserte d'une petite
ville de province. Voyageur sans guide dans un monde inconnu, il s'égare ;
et, après de longs efforts, il ne récolte que l'illusion. Il croit avoir fait
une découverte, il s'est simplement fourvoyé : et par une sorte de fata-
lité redoutable, la science provinciale française, aussi cruelle que le
sphinx de la fable, s'est immolé une victime de plus.
Un des fondements du système de M. L. est l'assertion que les Celtes
et les Gaulois sont deux races différentes.
Malheureusement quand il s'agit de démontrer cette thèse il établit
seulement l'insuffisance des procédés de sa critique. Par exemple un des
textes qu'il cite est un fragment de Diodore de Sicile relatif à une
guerre des Gaulois contre les Romains 22$ ans avant J.-C. (1. xxv, c. 1 3,
édition Didot, t. II, p. 459). On y lit K:a-:o\ ;xE-:à TxXaTwv et TaXaTtov
y.a'i KeXtwv : k les Celtes avec les Calâtes », « les Calâtes et les Celtes. »
Diodore de Sicile écrivait dans la seconde moitié du premier siècle avant
notre ère, c'est-à-dire environ 180 ans après l'événement, mais, supposé
que le fragment en question reproduise fidèlement le texte de Diodore
et n'ait pas été altéré par un abréviateur inintelligent, ce fragment perd
toute valeur en présence du texte plus ancien où Diodore a puisé les
renseignements qu'il nous donne : ce texte plus ancien existe, c'est celui
de Polybe (II, c. 22-31, r' édition de Didot, p. 83-90). Les deux chefs
Concolitanos et Aneroestos (lisez Nervestos?) sont rois des Calâtes au
commencement du récit de Polybe (p. 83, 1. 28-51) : ils sont rois des
Celtes à la fin (p. 90, 1. 5-8) '. Celtes et Calâtes étaient donc synonymes
dans le récit primitif : Diodore de Sicile ou son abréviateur a pris ces
deux synonymes pour les noms de deux peuples différents : c'est une
erreur évidente et les conséquences que M. L. tire de ce fragment de
Diodore sont erronées comme le document sur lequel elles se fondent.
Un autre argument de M. Lemière est que Polybe, chez qui Celtes et
Gaulois sont synonymes lorsqu'il parle des régions occidentales de
l'Europe, ne se sert jamais que du mot de Calâtes lorsque les événe-
ments ont pour théâtre la Grèce, laThrace et l'Asie. Quand on lit ce rai-
sonnement il semblerait que Polybe soit le seul auteur où l'on puisse étu-
dier les guerres des Gaulois à l'Orient. Mais il y a d'autres sources. Nous
citerons d'abord Pausanias qui raconte avec tant de détails les événe-
ments dont la prise de Delphes en 279 a été précédée et suivie : il com-
mence ce récit au chap. 20, ^ 5 du livre X et termine au chap. 23
I. Voirie récit de cette guerre chez Mommsen, Roemische Geschichte, 6" édit., t. I,
P- 55Î-556.
2^6 Bibliographie.
(p. 516 à 525 de l'édition de Didot;; les Galates envahisseurs sont
appelés KiK-.ci deux fois dans la première page, une fois dans la seconde,
une fois dans la troisième, etc. Mais, me dira-t-on, Pausanias est posté-
rieur à l'ère chrétienne. Veut-on des textes plus anciens que Polybe ?
En voici :
Il y en a un que je suis honteux de citer : rien ne devrait être plus
connu, puisqu'il a été reproduit dans une des notes de l'histoire des
Gaulois d'Amédée Thierry : c'est l'épitaphe de trois jeunes filles de
Milet qui périrent victimes de Pinvasion gauloise de 278 : « Nous sommes
mortes, ô Milet, chère patrie, en repoussant l'illégitime outrage des
Galates sans lois ' . Toutes trois vierges et citoyennes nous avons été
réduites à ce destin par le violent Arcs des Celtes^ » [Anthologia Graeca,
1. VII, 492, éd. Didot, t. 1, p. 368). L'Arès des Celtes ou l'Arès celte
semble avoir été une formule reçue en Grèce au m' siècle. Elle sert à
désigner les Gaulois spoliateurs du temple de Delphes, elle est employée
comme synonyme de Galate dans l'hymne de Callimaque in Delum écrit
vers l'an 250 avant J.-C. : « Il viendra pour nous » — c'est Apollon
qui parle — « une grande guerre à soutenir en commun ; quand enfin
« les derniers nés des Titans dresseront contre les Hellènes leur glaive
« barbare et VArès celte. Alors de l'extrême Occident se précipiteront
« contre nous des soldats comparables à des flocons de neige ou aux
« étoiles, lorsque, pareilles à d'immenses troupeaux de bœufs, elles se
« montrent le plus nombreuses sur la voûte du ciel. Les forteresses et
« la plaine de Crissée, les villes (?) du continent
« retentissent à l'entour du bruit des armes et l'on n'aperçoit encore
« dans le voisinage que de riches moissons éclairées par les rayons enflara-
« mes du soleil (?). Mais bientôt on voit près du temple briller les pha-
« langes ennemies. Près de mes trépieds on distingue les épées, lescein-
« turons impudents, les boucliers hostiles qui marquent la route perverse
« suivie par les Galates, ce peuple insensé '. »
Il est donc faux que les Galates d'Orient et les Celtes soient deux
peuples différents. Pausanias en employant les mots Galate et Celte
1. 'A6c(i£i7Twv Cette épithète est celle des Cyclopes dans l'Odyssée, IX, 106. Les
Grecs alors comparaient les Gaulois aux Cyclopes dont quelques auteurs les disaient issus
(Timée, fr. 37, dans les Fragm. hist. Graec, 1, 200; Pausanias, 1. X,c. 22, § 7, édition
Didot, p. S2i; Appien, Illyrica., 2, édition Didot, p. 271).
2. Anyte de Milet, auteur de cette épitaphe, paraît avoir vécu à l'époque oii cet événe-
ment eut lieu. Bernhardy, Grundriss der griechischen Litteratur, 4' édition, i""' partie,
P- 759; V édition, 2' partie, 2' section, p. 729.
3. Otto Schneider, Callimachea, t. 1, p. 40-41, vers 171 et suivants. Cette pièce, où
se trouvent aujourd'hui quelques lacunes arbitrairement comblées par les anciens éditeurs,
a été composée en l'honneur de Ptolémée II Philadelphe. roi d'Egypte de 283 à 247.
Bernhardy, Grundriss der griechischen Litteratur, 3-^^ édition, 2^ partie, 2'' section, p. 729.
Bibliographie. 257
comme synonymes a pour lui des textes antérieurs d'un siècle à Polybe
et dont les auteurs étaient contemporains de la prise de Delphes et de
l'établissement des Gaulois en Asie Mineure.
Mais M . Lemière ne se contente pas de faire des Celtes et des Gau-
lois ou Galates deux peuples différents : suivant lui tous les Germains
sont des Gaulois. Se fondant sur un passage, mal compris, de Tacite :
Gothinos gallica, Osos pannonica lingua coarguit non esse Germanos (fier-
mania, 4^), il considère comme démontré que les Goths sont Gaulois :
en sorte que les débris de la bible de Vulfila, ou comme on dit d'Ulfilas,
sont un des monuments de la langue des Gaulois ! On conçoit que je
m'abstienne de discuter une pareille thèse; je me borne de même à
signaler la doctrine qui nous donne les Scythes pour Gaulois.
Dans son dernier mémoire, M. Lemière soutient que les termes
ethnographiques celte et ligure sont synonymes. On ne peut que regretter
vivement de voir un homme réellement instruit dépenser tant de travail
pour jeter la confusion dans les notions ethnographiques les plus claires
et les plus justement incontestées. Une seule partie des brochures de
M. Lemière pourra être utile : ce sont les notes. C'est dans un ordre
plus ou moins heureux une sorte de table de textes relatifs au sujet. De
ces textes le savant écrivain n'a trop souvent ni compris le sens ni su
apprécier l'autorité. Mais les renvois aux chapitres et aux pages sont
exacts et pourront rendre service aux érudits qui voudront étudier de
nouveau les questions agitées par le consciencieux auteur de ces disser-
tations si travaillées et si peu logiques.
H. D'ArBOIS de JUBAINVILLE.
Géographie historique et administrative de la Gaule romaine,
par Em. Desjardins (de l'Institut). Tome 1<^'. — introduction et
géographie physique et comparée^ époque romaine^ époque actuelle., —
contenant 1 5 cartes en couleur et une eau-forte tirées à part, et
23 figures intercalées dans le texte (47^ pages grand in-8"). — Paris,
librairie Hachette et C*-', 1876. — Prix : 20 fr.
L'énonciation seule de ce titre donne une idée de l'importance de la
publication de M. D. Le moment n'est pas venu de prononcer sur son
compte un jugement définitif, puisque, sur les quatre tomes dont elle se
composera, le premier seul est édité; mais sans attendre l'apparition des
tomes subséquents, il nous sera du moins permis de dire que l'on doit
savoir gré à l'auteur d'avoir mis entre les mains des hommes d'étude la
partie disponible de son œuvre. Elle s'adresse non-seulement aux érudits
en quête de nouveaux instruments de travail, mais encore à ce public
Rey. ait. m 1 8
2^8 » Bibliographie.
éclairé, heureusement plus nombreux qu'on le croit, qui a une prédilec-
tion marquée pour les diverses branches d'études de nos antiquités natio-
nales, pourvu qu'on lui présente la science toute faite.
Dès l'abord, M. D. nous avertit que les documents dont il a fait usage
sont de sept sortes : i' les textes classiques des géographes et ceux des
historiens, poètes, orateurs et autres écrivains anciens; 2° les textes
législatifs, code Théodosien, rescrits impériaux, lois barbares, capitula-
tions, canons et conciles, actes et vies des saints, etc. ; 3° les monu-
ments épigraphiques; 4" les médailles; 5" les vestiges subsistants sur le
sol, ou conservés dans les collections publiques et privées, ou décrits
dans les livres; 6° les diplômes ou chartes du moyen-âge; 7° les travaux
des géographes modernes sur l'ancienne Gaule et les publications d'en-
semble ou détachées, faites séparément ou insérées dans les mémoires
des sociétés savantes, dans les revues ou autres recueils périodiques,
journaux, etc., et qui regardent également la Gaule; en un mot, tout ce
qui a paru tant en France qu'à l'étranger, tant à Paris que dans les
départements.
Parmi les sources, notons les portulans du moyen âge, genre de docu-
ments dont nous croyons qu'il est fait usage pour la première fois dans
une étude de géographie historique.
Nous trouvons ensuite l'indication détaillée de ces différentes sources,
sans compter les citations et les extraits, ou les simples renvois, dissé-
minés dans d'innombrables notes et formant un véritable Corpus biblio-
graphique qui épargnera bien des tâtonnements à ceux qui voudront
reprendre les investigations sur telle ou telle question, au point où elles
ont été amenées dans l'état actuel de nos connaissances.
Les grandes divisions du premier chapitre sont rangées sous six rubri-
ques que nous nous bornons à reproduire, l'espace nous manquant pour
indiquer les subdivisions qui fournissent au répertoire final, ou table
analytique, la matière de huit pages en petit texte : r orographie :
Alpes, lieux de passage, montagnes de l'intérieur, ligne de partage des
eaux; Pyrénées : lieux de passage; 2° hydrographie intérieure :
fleuves, rivières, lacs; 3° description des côtes : côtes de la Méditer-
ranée, côtes de l'Océan; 5° sol et climat; 6** productions: mines,
industries métallurgiques, flore naturelle et productions végétales dues à
la culture, faune.
En terminant le premier chapitre qui constitue à lui seul un volume,
l'auteur nous annonce qu'il n'a fait que disposer la scène et préparer la
venue des Romains; dans la suite de son ouvrage, il donnera la liste des
peuples et des tribus qui occupaient le pays au moment même de l'arrivée
Bibliographie. 259
des légions; immédiatement après, il abordera l'étude de la géographie
politique de la Gaule romaine.
Parmi les morceaux d'un intérêt majeur, nous signalerons les pages
où M. D. discute les lieux de passage des Alpes par les armées d'Annibal,
d'Asdrubal et de Pompée (et dont nos lecteurs ont eu la primeur dans
la précédente livraison de la Revue Celti^jue), la vraie direction des
fameuses Fosses-Mariennes, le lieu qui fut le théâtre de la campagne
maritime de César contre les Vénètes, et enfin l'emplacement du Portas
Itius et celui de la station navale entretenue par les Romains sur les côtes
de la Manche. Nous avons goûté tout l'attrait de la nouveauté dans la
minutieuse étude que M. D. a consacrée aux modifications subies par la
configuration du littoral sous l'influence de diverses causes, telles que
les atterrissements aux embouchures des cours d'eau, l'affaissement des
falaises rongées par le flot, l'envahissement des côtes par les sables, etc.
La connaissance de ces modifications est indispensable pour l'intelligence
de certains événements historiques dont le théâtre a changé d'aspect et
de conditions physiques depuis l'antiquité. L'importance de cette question
n'échappera à personne; on doit donc recueillir avec soin toutes les infor-
mations qui tendront à Félucider. Aussi, ne laisserons-nous point passer
cette occasion d'ajouter notre témoignage personnel à ce que M. D.
rapporte touchant la formation des dunes de Santec, près de Roscofï.
En 1869, nous avons visité, à la pointe orientale de l'île de Batz, la
vieille chapelle Sainte-Anne ensevelie sous les sables jusqu'à la corniche.
Or, cette construction date duxi^ siècle, comme l'attestent le plein cintre
des voûtes, l'épaisseur des piliers carrés, et le caractère paléographique
d'une inscription tombale placée devant l'autel ', que nous avons publiée
le premier il y a sept ans. La hauteur des sables amoncelés extérieure-
ment contre les murs pendant une période de huit siècles est actuellement
de plus de 4 mètres, soit 50 centimètres environ par siècle 2. D'autre
part, on sait que les fouilles de M. Kerviler, à Saint-Nazaire, lui ont fait
découvrir des débris de poterie romaine et une monnaie de Tétricus
enfouis sous une couche sédimentaire de 7 mètres de profondeur; ce fait
est hautement intéressant; cependant on n'est pas fondé à en conclure
que la profondeur de 7 mètres donne la mesure vraie du dépôt accumulé
pendant seize siècles, car ces objets n'ont pu rester à la surface même
de la vase liquide sur laquelle ils étaient tombés; ils ont dû nécessairement
1 . On y lit Laurent de Béga{r ?) en lettres romanes ; voir notre fac-similé dans la
Revue archéologique, tome XXI, 1870, p. 421.
2. L'église Saint-Michel, à Quiberon, se trouve également ensablée; la progression de
ce phénomène pourrait sans doute être utilement déduite de l'âge du monument et de la
hauteur actuellement atteinte par les sables.
26o Bibliographie.
s'y enfoncer par leur propre poids, et l'on ignore l'épaisseur de la couche
qu'ils ont traversée avant de rencontrer une couche suffisamment résis-
tante pour les arrêter. Nous avons aussi entendu parler d'antiquités
romaines que M. du Châtelier aurait récemment mises au jour aux
environs de Penmarch, sous des sables recouverts par les marées;
espérons que la profondeur de l'enfouissement aura pu être mesurée
exactement, et qu'il en résultera une donnée numérique utile à enre-
gistrer.
Robert Mowat.
Numismatique de la province de Languedoc. I. Période antique.
Etude par Charles Robert, membre de l'Institut. Extrait du t. II de
la nouvelle édition de l'histoire générale du Languedoc. Toulouse,
Edouard Privât, 1876. ln-4", 68 p. et 4 pi.
Nous ne pouvons trop féliciter le nouvel éditeur de Dom Vaissette
d'avoir su associer à son entreprise les savants collaborateurs dont il
groupe les noms autour de celui du célèbre bénédictin. Pour la numisma-
tique notamment il était impossible de choisir un spécialiste plus compé-
tent que M. Ch. Robert.
Le mémoire de M. C. R. contient, après quelques pages d'introduc-
tion, la description des monnaies les plus anciennes du Languedoc. Ces
monnaies sont divisées en huit groupes. Les quatre premiers groupes
sont formés par les monnaies d'argent imitées des monnaies de Rhoda en
Espagne, vers la fm du iv siècle avant notre ère. M. Robert en a décrit
i 1 5 types différents. Viennent ensuite les monnaies d'argent et de bronze
appartenant en général aux Volces aréconiiques, 8 types; le monnayage
particulier de Nîmes, 25 types; divers bronzes gaulois à légendes en
caractères grecs, 19 types; enfin les bronzes à légendes ibériques,
4 types ; en tout 66 types qui avec les monnaies imitées de celles de
Rhoda donnent un total de 1 8 1 dont 1 5 2 sont reproduites sur les planches.
Nous allons parler de ce qui dans ce mémoire concerne spécialement
les Gaulois. Un fait historique important sur lequel insiste M. R. est que,
la plus grande partie des monnaies celtiques étant imitée des statères de
Philippe 11, roi de Macédoine, 360-^56, c'est du règne de ce prince,
c'est du milieu du iv siècle avant notre ère que datent les débuts du
monnayage gaulois; ce monnayage, après une période de splendeur,
dégénère rapidement : il était en pleine décadence au i-' siècle. Je crois
être d'accord avec M. Robert en ajoutant que la décadence du monnayage
a eu pour cause une décadence générale des Gaulois. La grande prospé-
Bibliographie. 261
rite de l'empire des Gaulois date d'Ambigat, vers l'an 400 av. J.-C;
elle commence à décliner quand, en 28^, le pays desSénons est conquis
par les Romains. Obligée de reculer en Italie devant les armées si bien
organisées de Rome, la puissance gauloise déborde alors sur la Grèce et
jusque dans PAsie-Mineure, toutes deux livrées aux dissensions politi-
ques depuis la mort d'Alexandre. Ces faciles succès n'eurent point une
valeur sérieuse. C'est en 222 qu'on trouve pour la dernière fois le nom
des Gaïsates, de cette milice régulière qui était comme le signe de
l'unité politique et militaire des Gaulois. C'est à partir de cette date que
l'unité cessant tout à fait, la décadence des Gaulois est complète. Un
des faits les plus importants de l'histoire militaire des Gaulois au iv siècle,
après la conquête de l'Italie du Nord et la conquête de la Bohême, ce
sont leurs conquêtes sur les Illyriens. Or les guerres des Gaulois contre
un peuple illyrien, contre les Ardiaei, étaient racontées par Théopompe
'j7 5-;!o6) dans le second livre de ses Philippiques, c'est-à-dire de son
histoire de Philippe II, roi de Macédoine'.
Philippe II fit aussi et fit plusieurs fois la guerre aux Illyriens^.
Théopompe, dans le premier livre de ses Philippiques, parlait d'une des
expéditions de Philippe en Illyrie, de celle qui eut lieu en ^54. Les
Illyriens se trouvèrent donc en même temps attaqués par les Macédoniens
à l'Orient, par les Gaulois à l'Occident. De là paraissent dater les pre-
mières relations politiques de l'empire gaulois et de la puissance grecque.
Voilà ce qui explique pourquoi la monnaie gauloise la plus ancienne est
contemporaine du règne de Philippe II et imitéede la monnaie de ce prince.
Nous sommes donc parfaitement d'accord avec M. Robert jusqu'ici, mais il
y joint, sur un point de détail, une assertion que nous ne pouvons accepter.
« Au iv*= siècle avant J.-C, alors que s'introduisit chez les hommes de
'( cette race les Gauloisi l'usage de la monnaie, les historiens grecs
« désignaient sous le nom de rxKx-y.: les peuples répandus le long du
« Danube et ceux qui comme les Volkes commençaient à jouer un rôle
« prépondérant entre le Rhône et les Pyrénées. » Le nom de raXâta-.
est inconnu avant l'expédition où les Gaulois s'emparèrent du temple de
Delphes. 279 av. J.-C, c'est-à-dire non pas au iv siècle, mais au iir'.
Théopompe appelle Celtes les Gaulois en guerre avec les Illyriens au
iv siècle. Ptolémée, fils de Lagus, appelle de même les Gaulois qui en-
voyèrent une ambassade à Alexandre en 335. Quant aux raXi-xi qui à
cette époque auraient dominé entre le Rhône et les Pyrénées, aucun
1. Fragm. hist. gr<ec. t. I, p. 284, fr. 41.
2. En }î9 av. J.-C., Diodore de Sicile, 1. XVI, c. 4; en 554, Ibid., c. 22; en 544,
Ibid., c. 69; édition Didot, t. II, p. 69, 82, 114.
202 Bibliographie.
auteur n'en a fait mention jusqu'ici. Le nom de PaAiTat est postérieur
de plus d'un demi-siècle au règne de Philippe et à l'introduction de la
monnaie chez les Gaulois.
On ne peut contester que le mot de Volcae n'appartînt à la géographie
de la Gaule méridionale dès la fin du iii'^ siècle avant notre ère, au temps
de l'expédition d'Annibal en 218. Les Volcae étaient un peuple établi
sur les deux rives du Rhône, comme nous l'apprend Tite-Live (XXI,
26), non loin de Marseille comme le disait déjà Caton dans la pre-
mière moitié du ii^ siècle av. J.-C. Mais il parait vraisemblable
qu'en 2 1 8 il y avait déjà un certain nombre d'années que la vallée du
bas Rhône était entre les mains des Volcae. Les monnaies des Volcae, à
légende, ne paraissent pas antérieures à la seconde moitié du ii« siècle
av. J.-C. Précédemment leurs monnaies étaient anépigraphes et imitées
de celles de Rhoda. A quelle date ces monnaies anépigraphes remon-
tent-elles ? L'étude des types donne lieu de supposer qu'elles remontent
aux environs de l'an 300 avant notre ère. Or, une partie des monnaies
anépigraphes des Volcae., qu'on peut consulter dans les collections, a été
trouvée dans le midi de la France, l'autre a été recueillie dans le grand-
duché de Bade et en Bavière; il semble résulter de là que vers l'an 300
avant notre ère les Volcae, gens valida, comme dit Tite-Live^ occupaient
à la fois la vallée du Rhône et celle du haut Danube.
Mon savant ami M. Gaston Paris m'a suggéré la pensée que le nom
germanique des peuples du sud et de l'ouest étrangers à la race germa-
nique Walah[a]-, doit être identique à celui des Volcae. Walaha est bien
en effet, d'après les lois de la phonétique germanique, l'équivalent exact
de Volca. Une de ces lois exige la substitution de \'h germanique au c
gaulois, et cette substitution s'est opérée antérieurement aux premières
relations des Germains avec les Romains, c'est-à-dire antérieurement au
11^ siècle avant notre ère. Donc antérieurement au ii*" siècle avant notre
ère le principal peuple gaulois en relations avec les Germains s'appelait
Volca. Ceci est parfaitement d'accord avec ce que nous savons de l'histoire
celtique du 111^ siècle avant notre ère. Sous l'empire romain une partie
des Volcae établis dans la Gaule méridionale portait le surnom de Tecto-
sages : Toulouse leur appartenait. Cependant César (VI, 24) écrivant
au milieu du i'^"" siècle avant notre ère, nous montre des Volcae Tecto-
sages établis aux environs de la forêt Hercynienne, dans les parties les
plus fertiles de la Germanie, où de brillants faits de guerre les ont
rendus célèbres'. Or c'est aux Tectosages déjà maîtres de Toulouse
I. M. c. Robert a tort, suivant nous, de citer à l'appui de César un passage d'Isidore
de Séville, dont la lecture et le sens sont des plus contestables.
Bibliographie. 265
(identiques par conséquent aux Volkes Tectosages) que Timagène
au f siècle avant notre ère et Trogue Pompée ' au siècle suivant,
attribuent le pillage du temple de Delphes en 279. Cette attribution n'est
pas contestée par le grec Posidonius qui seulement révoque en doute
l'importance de ce pillage blessant pour sa vanité nationale. Enfin les
Tectosages, qui à cette date (279) avaient un établissement en Pannonie,
paraissent avoir été le plus important des trois peuples gaulois qui enva-
hirent l'Asie-Mineure en 278. Il n'avait pas été question de Tectosages
à la prise de Rome, en 590, ni dans les guerres d'Italie qui en furent la
suite. L'hégémonie celtique paraît avoir appartenu aux Volkes Tectosages
vers l'an 500 avant notre ère et de là l'importance du nom de Walalia
chez les Germains, comme l'importance du monnayage des Ko/cae tant en
France qu'en Allemagne. Ce monnayage imité de celui de Rhoda prouve
qu'à cette date les Volcae touchaient à l'Espagne tandis que leurs armées
conquéraient l'Asie-Mineure.
Vers la même époque, un petit peuple gaulois, les Longo-Stalètes,
qui n'est connu que par ses monnaies, était en relations commerciales
avec Agrigente en Sicile et copiait un type monétaire de celte ville.
C'est ainsi que l'histoire des monnaies jette une lumière inattendue sur
les faces les plus importantes de l'histoire des nations.
H. d'Arbois de Jubainville.
Archseologische Karte der Ostsch-weiz, bearbeitet von D"^ Ferdi-
nand Keller. Zweite durchgesehene Autlage, xvi-34p. petit in-8° avec
I carte et 2 planches. Zurich, Wurster, 1874.
C'est un travail ingrat de dresser le catalogue précis des antiquités
d'une région ; mais aussi rien n'est plus utile que de pouvoir se rendre
compte par un coup d'œil et de la distribution des divers monuments
dans un même pays et du nombre de chaque classe de ses monuments.
Un archéologue émérite de la Suisse, M. Ferd. Keller, à qui la science
doit déjà comme la découverte de l'époque lacustre, a fait ce travail
pour la partie orientale de la Suisse, autant qu'on peut l'établir dans
l'état actuel de la science; car plusieurs parties de cette région, notam-
ment le Tessin, n'ont été jusqu'ici qu'imparfaitement explorées. Son texte
donne la statistique des monuments observés et des objets trouvés dans
une double classification, d'abord par âges et par classes, puis par can-
I . Ceux qui contestent la vraisemblance du récit de Justin et le transport du trésor de
Delphes à Toulouse, n'ont pas lu dans Parthénius. c. 8, l'histoire d'Hérippe, dite ailleurs
Gythymie, de Milet, enlevée à la même époque par un chef gaulois, qui, d'Asie mineure,
l'emmena jusque sur les bords du Rhône dans le pays des Cavares.
264 Bibliographie.
tons et localités. Deux petites cartes donnent les voies et stations
romaines; une planche la disposition de quelques villes helvéto-romaines,
et quelques monuments comme spécimen; enfin une grande carte de
toute la Suisse orientale résume la statistique de l'œuvre entière par des
signes de couleurs et de formes diverses qui figurent les différentes
périodes et les différentes classes de monuments et d'antiquités.
H. G.
Épigraphie romaine dans le département du Cher, par M. A.
BuHOT DE Kersers. 90 p. ct suppl. de 14 p. in-80 avec planches.
Bourges, 1873-75.
c( Les monuments épigraphiques que la civilisation gallo-romaine a
laissés parmi nous et qui ont reparu à la lumière sont malheureusement
bien peu nombreux, mais présentent une incontestable valeur historique.
Plusieurs de ces monuments ont disparu et il n'en reste que des
descriptions répandues dans des publications diverses ; parmi ceux qui
subsistent, les uns sont épars dans des collections séparées ou sur des
points isolés ; leur rapprochement dans un même travail peut avoir son
utilité. i>
M. B. de K. a fait ce travail de classement épigraphique pour son
département avec un zèle qui lui mérite la reconnaissance des archéo-
logues. Il a classé ses inscriptions comme suit :
|0 Monuments votifs ou inscriptions altariques.
2"^ Inscriptions de colonnes ou bornes itinéraires.
3" Monuments funéraires privés.
4° Monuments funéraires chrétiens.
50 Fragments divers.
Il ne s'y rencontre que peu de noms d'apparence gauloise et seulement
des noms d'homme. Les deux seules inscriptions votives offrant des noms
gaulois de divinités sont des inscriptions perdues depuis longtemps et
connues seulement par la lecture de savants du xvu'' siècle, qui ont pu
les mal lire — ou les inventer. L'une est dédiée à COSOSO DEO MARTI
l'autre à SOLIMARAE.
M. B. de K. donne en fac-similé réduit les principales inscriptions;
dans le nombre se retrouve une de nos rares inscriptions gauloises
{Buscilla, etc.) sur un vase trouvé à Bourges. — Notons encore que
M. Charles Robert a cru reconnaître des D barrés dans l'inscription
barbare et mal lisible du n« 56.
Ce travail est extrait des Mémoires de la Société des antiquaires du
Bibliographie. 265
Centre, de Bourges, qui a ainsi le mérite d'avoir, avec l'aide de M. B.
de K.., dressé le Corpus des inscriptions de son département.
H. G.
Inscription inédite. Le portique du temple de Vesunna, déesse
tutélaire des Pétrocores (extr. du Bull, de la Soc. hisî. et arch. du Pé-
rigord, 1875), 8 p. in-8°, par E. Galy.
H existe à Périgueux une tour antique en forme de rotonde, populai-
rement nommée la Vésone, ou la Vésune, et regardée par les archéolo-
gues du pays comme la cella du temple d'une divinité qui y aurait été
honorée sous les noms de Deae Tutelae, de Tutelae Augusîae Vesunnae,
tels qu'on les lit sur deux inscriptions du musée départemental de la
Dordogne. La notice de M. Galy a pour but de nous faire connaître
une nouvelle inscription consacrée à cette divinité et découverte en 1 868
dans la maçonnerie du palais épiscopal. Elle est malheureusement brisée
en deux morceaux dont l'un, celui de gauche, a perdu la partie supé-
rieure. Je reproduis la transcription de l'auteur et son essai de restitution :
numini /IVGVSTI
et deae /IVGVSTAE
DEDIC(/i? ylBELLO
PRIM/ANI
TVTELAE VESVNNAE
PORTICVM EX P. FACIENDVM ET
ornandum curavit
Il est fâcheux que M. G. n'ait pas jugé à propos de mettre sous les
yeux de son lecteur un fac-similé propre à lui donner une idée de la
physionomie du monument ; l'emploi des caractères typographiques est
tout-à-fait insuffisant quand il s'agit d'inscriptions frustes ou mutilées.
Qu'arrive-t-il en effet ? C'est que les épigraphistes, à qui il ne serait que
trop facile de critiquer ligne à ligne la restitution proposée, n'ont aucun
moyen assuré de la remplacer en toute confiance par quelque autre resti-
tution. Cependant, comme la partie suppléée de la deuxième ligne est
manifestement inadmissible, que le nom d'homme Abello est de création
arbitraire, et que je doute que le prétendu mot DEDICa^ait été bien déchif-
fré, je suggère, bien entendu sous toutes réserves, une restitution telle
que celle-ci ■ :
I. Tout en approuvant cette reconstruction hypothétique, M. Léon Renier m'engagea
mettre la 2' ligne sous une forme plus courte, et domus /IVGVSTAE, pour l'adapter
aux dimensions de la pierre.
266 Bibliographie.
pro sainte /4VGVST1
totiusque domus ^VGVSTAE
confecto (?) BELLO
PRIMANI
TVTELAE VESVNNAE
PORTICVM EX P. FACIENDVM ET
ornandum curaverunt.
— Pour le salut de l'empereur et de toute la famille impériale, la
guerre étant (heureusement) terminée, les soldats de la rMégion ont
fait construire et décorer le portique de la Tutèle de Vésone. — Des
inscriptions nous apprennent qu'une déesse TuteLi était honorée dans un
assez grand nombre de localités en Espagne, en Italie et en Gaule,
notamment à Bordeaux, au Maz-d'Agen; les numismatistes connaissent
aussi une monnaie de bronze à l'effigie de Nerva, au revers de laquelle
se lit la légende TVTELA ITALIAE. Mais ce que généralement on sait
moins, c'est que le nom de la Vesunna pétrocore se retrouve dans celui
d'une divinité Vesuna Erinia chez les Marses, et d'une Vesuna Puemunes
Piiprkes (^uxor) chez les Ombriens. M. Mommsen, après avoir considéré
cette dernière comme une variété de Feronia, s'est rangé à l'opinion
d'Aufrecht et de Corssen qui l'ont assimilée à Vesta, tandis que
M. Grassmann la comparait à la védique Vâsanâ, « la brillante. » On
voit que le dernier mot n'est pas encore dit sur cette obscure question
de mythologie italo-celtique.
Les Primani auraient donc dédié à l'empereur régnant et à sa famille
le monument qu'ils élevaient à Vésone, et ceci nous remet en mémoire
les inscriptions de Narbonne et de Suréda respectivement dédiées aux
empereurs Vérus et Gordien 111 par les vétérans de la iC légion, les
Decumani Narbonenses. Les Primani ne sont, du reste, pas inconnus en
épigraphie ; on les retrouve mentionnés sur une inscription de Trêves
conservée au musée de Bonn.
Il me sera permis de m'en tenir à ces observations, en annonçant que
M. Ch. Robert, après avoir pu étudier à son aise la nouvelle inscription
de Périgueux sur le moulage qu'il en possède, publiera très-prochaine-
ment un mémoire étendu contenant le résultat de ses recherches. Il croit
que les Primani, c'est-à-dire les vétérans de la Lcgio Prima, mentionnés
dans cette inscription, avaient à Vésone un dépôt permanent qui a pu
fonctionner pendant assez longtemps, et sur lequel étaient dirigés, à
divers intervalles, les soldats émérites de la première légion, comme cela
se pratiquait sans doute pour les autres dépôts, par exemple les Secundam
Bibliographie. 267
d'Arausio, lesSextani d'Arelate, les Scptimani de Baeterrae, les Dccumani
de Narbo Martius, les Undecumani de Bovinum, les Quatuor signani chez
les Tarbelli, les Sexsignani chez les Cocosates, etc., que l'on a considérés
jusqu'ici comme des colonies créées par l'envoi, une fois fait, d'un cer-
tain nombre de légionnaires libérés. Ce simple aperçu que le savant aca-
démicien a bien voulu communiquer à l'auteur de ces lignes montre
l'enseignement que l'on peut tirer de l'étude rationnelle des monuments
épigraphiques et fait pressentir l'importance d'un travail dont il nous tarde
de prendre connaissance et qui est destiné à la Revue Archéologique.
Robert Mowat.
Inscriptiones Britanniœ latinae consilio et auctoritate Academiae
litterarum regias Borussicse edidit .Emilius Hubner, Berlin, George
Reimer, 1875, in-folio, xii-2-:54$ pages et une carte. — Inscrip-
tiones Britanniae christianae edidit yEmilus Hubner, Berlin,
George Reimer, 1876, in-4°, xxiii-101-5 pages et deux cartes'.
Ces deux volumes contiennent moins de matière qu'on n'aurait pu
l'espérer ; ils sont cependant fort intéressants au point de vue des études
celtiques, et les copieux index, auxquels l'académie de Berlin nous a
habitués, en rendent l'usage des plus commodes. Obligé de me borner, je
me contenterai de faire quelques observations qui auront trait à l'étude
de la langue. Je commence par le volume qui contient les inscriptions
latines.
La chute du g médial dans les langues celtiques a été l'objet de quel-
ques observations de Zeuss, Gr. C^., p. 47, 48, 14$; nous savons par
exemple que Boios et togios paraissent être le même mot. En vieil irlan-
dais màa ou moa = mâ-jans ou mô-jans [Gr. C^., p. 276), est identi-
que au latin mâ-jor = mag-jons, et par conséquent suppose une forme
plus ancienne mag-jans ou mog-jans. Le g de la racine mog est conservé
en gaulois dans les dérivés Mogillonius (Brambach, 1427), Mogetus
[Corpus, III, 6$o6;, Mogit-marus Qbidem, 3525), Mogetius {Ibidem, 4568,
563 Oî Mogsius (Brambach, 825 2), Mogius {Corpus, III, 545 $), Mogian-
cus [Ibid., 4944). La même racine se trouve dans un nom de divinité de
la Grande-Bretagne : M. Hubner nous donne les dédicaces : DEOMOGTI
(5201, DEO MOGONTI VITIRE 9581, DEO MOGONTI CAD (9961,
où le g est conservé; et les dédicaces : DEO MOVNTI (î2i), DEO
1 . Ce volume a été en grande partie composé avec des notes fournies par notre savant
collaborateur, M. J. Rhys.
2. Moxius ti Moxsius, Corpus, Vil, 1356, 736-758, sont des variantes orthographi-
ques de Mogsius, qui lui-même n'est qu'une variante assibilée de Mogetius.
268 Bibliographie.
MOVNOCAD (9971, DIS MOVNTIBVS I1056I, où le g est tombé '. Un
nom d'homme, dérivé du nom divin Mogontis, est Mogontonius (Bram-
bach 1988). Mogontiacum, « Mayence » i^ Desjardins, Géographie de la
Gaule, p. 58-59), en est également issu. De Mogetius, nom d'homme cité
plus haut, vkm Mogetian^, nom d'une ville de Pannonie (Jîin. Anton.,
235-4^]. Ainsi dès l'époque romaine, \e g de la racine mag ou mog, tou-
jours supprimé dans le comparatif irlandais, est tantôt conservé tantôt
supprimé dans les monuments de la Grande-Bretagne.
Ici donc, des exemples nouveaux confirment une loi phonique ensei-
gnée par la Gr^mmar/c^f celtica. Ailleurs, c'est le contraire qui a lieu.
Ebel, étudiant la loi néo-celtique de la métathèse de l'r, a cru trouver
un exemple de ce phénomène au temps de l'empire romain, dans le
Belatu-cardus de Muralori, 45, i, et d'Orelli, 1966 'Gr. C.^ p. 169, cf.
764) : mais, au lieu de Belaîu-c ardas, il faut lire Belatu-cadrus 'Hùbner,
957, p. 168); par conséquent la métathèse est le résultat d'une erreur
commise par les premiers éditeurs, et ne peut être mise sur le compte de
la langue ni même du lapicide.
Les trois dialectes néo-celtiques que Zeuss a réunis sous le nom de
breton (gallois, comique, armoricain^, possèdent en commun deux
spirantes gutturales étrangères à l'irlandais : iMe c'h, 2° Vh qui est un
c'/z affaibli. Suivant la Gr. C.^p. 12 5, ces deux spirantes gutturales, dans
les monuments les plus anciens, proviennent l'une et l'autre tantôt d'un
s, tantôt d'un .x primitif : de nombreux exemples justifient cette théorie.
Un nom d'homme curieux à étudier pour l'histoire de ces deux spirantes
gutturales, est celui d'ISARNINVS, IXARNINVS, ISXARNINVS I1270I
écrit à la pointe sur des vases d'étain découverts à Icklingham,
1 . Le nom du dieu gaulois Mogontis dérive de la même racine que le nom du dieu
Maius des Latins (Orelli, 5637), et que le nom de Ma:;£uç, dieu suprême des Thraces
(Fick dans les Bcitr., Vll, 581-382).
2. En vieil irlandais on dit indifféremment môr = môros =mog-ro-s, ou mâr ^= mâros
= mag-ro-s «grand» au positif, et môa = mô-jans ^ mog-jans ou mâa ^ mâ-jans =
mag-jans au comparatif. En gaulois, nous trouvons de même la racine dont il s'agit,
écrite tantôt avec un a tantôt avec un 0. En regard des noms d'homme Mogetus d'une
inscription romaine du Norique {Corpus, 111, 6jo6), et Mogit-marus d'une inscription
romaine delà Pannonie inférieure {Ibid., 111, 3525), on peut mettre un nom de ville de
la Gaule Transalpine mentionné par César, de Bello gallico, I, 31, Ad-magcîo-briga.
Tandis que les inscriptions de la Grande-Bretagne écrivent avec un 0 le nom du dieu
Mogontis, tandis que deux inscriptions romaines, des monnaies mérovingiennes, l'Itiné-
raire d'Antonin, écrivent avec un 0 le dérivé Mogontiacum, Tacite écrit ce dérivé Magon-
tiacum avec un a, qu'on retrouve dans l'anonyme de Ravenne, et qui a définitivement
prévalu dans l'orthographe Mainz des Allemands, et dans l'orthographe « Mayence « des
Français. Le Mog(iJ5 d'une inscription du Norique [Corpus, 111, SASS) a pour pendant,
non-seulement \t gentiliciuni latin Magius [F a.brtm, Glossarium Italicum, col. 1092), mais
un mot gaulois identique qui se rencontre dans les composés Magio-rix (Brambach,
1867), Magi-marus [Corpus, III, 5272', et dans les dérivés Magissa (Brambach, 1780,
Corpus, III, 369s), Magilo [Corpus, II, 809, 86$, 263, 3051), et Taxi-magulus (César;.
Bibliographie. 269
Suffolk. Ce nom paraît dérivé du thème îsarno, dont la présence a été
constatée déjà dans le nom de lieu gaulois Isarno-dorum, et qui signifie
u fer )•> [Gr. C- , p. 774 . La sifflante s s'est affaiblie en /; et a été trans-
posée dans le gallois Imiarn, dans le breton armoricain houarn, plus
anciennement hoiarn [Cart. de Redon), qui supposent un pnm'nif csarno ;
l'irlandais iarn a la même voyelle que le gaulois îsarno, et a perdu 1'^ que
les dialectes bretons ont déplacé et altéré. La variante IXARNINVS ou
ISXARNINVS avec X et SX, valant étymologiquement s, mais représen-
tant évidemment un son plus dur pour les organes romains, paraît
démontrer que dès l'époque romaine, le son c'h existait dans ce nom
d'homme. Les Bretons émigrés transportèrent en Armorique la variante
examinas de ce nom : au ix'' siècle elle était chez eux devenue Huiernin.,
Hoiernin {Cart. de Redon, pp. 8, 70), forme à peine reconnaissable
aujourd'hui dans la seconde moitié du nom du village moderne de Plu-
herlin {Morbihan). Herlinz=êsarninus, et dérive de houarn «fer)),
anciennement êsarno ou îsarno^. Le gaulois îsarno-, êsarno- « fer )>, est
identique au gothique eisarna- qui a le même sens. Les langues celtiques
et les langues germaniques bien que si différentes grammaticalement,
désignent le fer par le même mot, dérivé du vieux mot indo-européen
ajas (( métal )> : c'est aussi par un dérivé à^ajas que le sanscrit et le zend
désignent le fer. Le zend a été la langue des Scythes, longtemps maîtres
d'une grande partie de l'Europe, et célèbres même en Grèce comme
fabricants de fer. D'autre part le nom latin du fer, celui dont nous Fran-
çais nous nous servons, est d'origine sémitique. Nous trouvons donc
dans l'Europe du Nord un courant de civilisation de provenance orien-
tale et scythique, indépendant du courant phénicien qui dominait princi-
palement à l'aube de l'histoire, dans le bassin de la Méditerranée.
Ce qui me frappe le plus dans les inscriptions chrétiennes les plus
anciennes de la Grande-Bretagne, de 450 à 750 environ, quand je les
compare aux inscriptions contemporaines de la Gaule, c'est ce fait, que
ceux qui ont écrit les inscriptions chrétiennes de la Grande-Bretagne,
avaient perdu tout sentiment de la distinction des cas à une date où la dis-
tinction du nominatif ou cas sujet, d'une part, et du cas régime d'autre
part, était en France si profondément sentie. On n'aurait pu en France
écrire sans Vs finale caractéristique du nominatif : Broeagan hic jacit
iHubner, i<^<-^ Latini hic jacit filius Magari (17); Turpilli ic jacit (34);
Cunocenni fdius Cunocenni hic jacit 148) ; Dervaci filius Justi ic jacit (50) ;
I. Le nom d'isserninus porté par un évêque irlandais du \° siècle {M\gne, Patrologie
latine, t. LUI, col. 824), paraît identique au nom d'homme breton dont il s'agit ici.
270 Bibliographie.
cruxSalvatoris qn£ prdparavit Samsoni apaîï pro anima sua (62) ; Vendu-
magli hic jacii (64) ; ConbeUini posait hanc crucem (67) ; Boduoci hic jacit
filius Catotigirni 71 •, Evolenggi fiU Litogeni hic jacit 1971, etc.; dans tous
ces exemples l'5 final du nominatif manque : ailleurs on a mis 1'^ au cas
régime : Catacus hic jacit, filius Tegernacus (36); Hic jacet Cantusus pater
Paulinus 'jj); Carausius hic jacit in hoc congeries lapidum (136). Ces
inscriptions viennent de la Cornouaille et du pays de Galles, et elles se
répartissent entre les trois âges que M. H. a distingués parmi ces ins-
criptions chrétiennes les plus anciennes '. Il est évident que ceux qui ont
écrit ces inscriptions avaient perdu le sentiment de la distinction des cas:
par conséquent il est très-vraisemblable que dès la date des plus ancien-
nes inscriptions chrétiennes, c'est-à-dire vers l'an 500, la langue celtique
parlée en Bretagne avait perdu sinon toutes ses flexions casuelles, au
moins \'s final du nominatif singulier que le français a si longtemps con-
servé. Des gens qui auraient eu dans leur langue 1'^ final du nominatif
singulier n'auraient pas ainsi traité la langue latine. Je ne puis admettre
d'autre explication de ce phénomène grammatical, et je considère comme
insoutenable l'hypothèse de M. Hubner, qui prétend justifier cette syn-
taxe barbare par des verbes sous-entendus (p. x).
Une question intéressante est soulevée par les inscriptions funéraires de
Quenataucos, fils de Dinvi (3); de Quenvendanos^ fils de Barcunos (91); et
par les six autres inscriptions dans lesquelles le p du breton map est
remplacé par le ^u irlandais (24, 83, 106, 107, 108, 109^^. De la pré-
sence de ce (^u, notre savant collaborateur M. Rhys, a conclu que les
Dretons de l'époque romaine n'avaient pas encore substitué au qu pri-
mitif gardé par les Irlandais, \ep qu'on trouve incontestablement dans les
monuments gaulois de l'époque romaine sur le continent. Mais \e qu = p
dans la Grande-Bretagne, vers le vi'' siècle de notre ère, peut s'expli-
quer très-bien par l'influence des Irlandais, influence attestée à cette
date par l'emploi des caractères oghamiques inconnus en Grande-
Bretagne dans la période romaine, et le système de M. Rhys est incon-
ciliable avec l'existence antérieure des monnaies bretonnes où on lit les
noms à'Eppillos et d'Epaticcos, dérivés à'epos « cheval « — equus (Rev.
Celt., I, 295, cf. Wright, The Celt, y'- éd., pp. 40, 1 1 ij. Nous n'avons
donc aucune raison pour soutenir que Ptolémée, en écrivant au 11*
siècle 'E-£(a/.cv ^11, 2, 16) l'ancien nom de Lanchester, ait arbitraire-
1. r^' période 450-5 s O1 2"^ période 550-650, 3' période 650-750 environ. Ces trois
périodes sont les subdivisions de l'époque des majuscules, vient ensuite l'époque des
minuscules.
2. A la première période appartiennent } et 106, à la deuxième 24, 83, <)i, 109: 107
est de date incertaine.
Bibliographie. 271
ment représenté par p une lettre prononcée cju par les habitants du pays.
IhTCjapta, autre nom de ville de Grande-Bretagne chez le même
Ptolémée (II, 2, 17), paraît dérivé du mot qui est écrit peto^uar dans un
des plus anciens monuments bretons et qui est identique au h\\x\ quatuor .
Le premier terme du nom de Penno-crucium, donné à une ville de
Grande-Bretagne par V Itinéraire d'Antonin, vers le ii^' siècle, serait diffi-
cilement distingué du breton pen a tête », en irlandais cen identique au
premier terme du Qucn-rcndanos' « homme à la tête blanche », cité plus
haut d'après une inscription chrétienne, gravée vers l'an 600. On pour-
rait mentionner aussi le dieu breton Maponus, de map « fils» (Hùbner,
218, 552, 1 34^*, qui nous donne encore un exemple de p breton dans la
période romaine. Je persiste donc à croire que les Celtes de la Grande-
Bretagne avaient, dès la période romaine, changé en p le qu primitif;
et, sans affirmer que cette révolution phonique eût été chez eux plus
complète qu'en Gaule, où nous avons la Sequaria et les Scquani, je
considère comme une importation irlandaise le qu des quelques ins-
criptions chrétiennes archaïques, où l'on a constaté cette anomalie gra-
phique.
Bien que j'aie annoncé en commençant l'intention de ne parler que de
linguistique, je ne puis m'empêcher de signaler en terminant une obser-
vation archéologique très-curieuse de M. Hùbner. L'usage breton dans
la période chrétienne archaïque (450-750) est de tracer les lignes des
inscriptions funéraires parallèlement à la hauteur du monument, tandis
que l'usage romain est de tracer les lignes perpendiculairement à la hau-
teur du monument. L'usage des Bretons chrétiens a existé à la fois chez
les Bretons insulaires et chez leurs frères transplantés au v^ et au vie
siècle, sur le continent armoricaine Or, on a trouvé dans la Gaule
cisalpine quelques monuments funéraires élevés sous l'empire romain à
des personnages d'origine celtique, et dans lesquels l'inscription est tra-
cée conformément à l'usage des Bretons chrétiens, c'est-à-dire parallèle-
ment à la hauteur du monument. Un de ces monuments de la Gaule
cisalpine parait pouvoir être daté du siècle d'Auguste, tandis que les
monuments analogues les plus anciens de la Grande-Bretagne et de la
1. Quen-vendanos — Quenno-vindanos, est un diminutif du Pennoo-vindos (à la tête
blanche), des monnaies.
2. Albert le Grand, dans son ouvrage intitulé : La providence de Dieu sur les justes,
pi. IV, a publié, en 1640, un monument de cette catégorie, trouvé à Plourin, Finis-
tère, arrondissement de Morlaix. Nous citerons aussi une notice de M. Rosenzweig, dans
les Mémoires lus à la Sorbonne, Archéologie, 1863, p. 157, fig. 1; p. ijS, fig. 11. Une
étude comparée de ces monuments et des monuments analogues de la Grande-Bretagne,
serait très-profitable, et les fac-similé qu'a donnés M. Hùbner faciliteraient grandement
cette étude.
272 Bibliographie.
Bretagne armoricaine ne seraient guère antérieurs au vi'^ siècle de notre
ère. Comment se fait-il que dans la Gaule transalpine, il n'ait été signalé
jusqu'à présent aucun fait archéologique, semblable à ceux que M. Hùbner
nous indique dans la Gaule cisalpine ?
H. o'Arbois de Jubainville.
P. -S. La première partie du tome VI du Corpus inscriptionum latina-
rum vient de paraître. Elle comprend la suite des inscriptions de la ville
de Rome, dont les plus anciennes ont été insérées dans le tome I'=^
Naturellement on peut glaner quelques noms gaulois dans ce volume
nouveau. Nous signalerons au n"^' 2407, un soldat des cohortes vigiles
nommé Totatigens = Totati-genos, c'est-à-dire fils de Totatis. Totatis est
une variante nouvelle du Teuîates de Lucain, I, 445, dont le nom est
écrit Toutatis dans une inscription du Norique trouvée à Seckau, Styrie,
en i86j (Corpus, III, $320), et dans une inscription du Musée Britan-
nique, tirée d'une carrière de l'Herfordshire en 1745 [Corpus, VII, 84).
On connaît un certain nombre de noms d'homme gaulois, dont -genos&s\
le second terme. Tels sont Cintu-genus, Litu-gena, Vro-geno-nertus, Ogri-
genus (G\uck, K. N., p. 168). Mais la plus intéressante à citer ici est le
nom de Camulo-genus ., chef gaulois mentionné par César, VII, 57-59.
Dans Camalo-genus, le premier terme est un nom de dieu comme dans
Totati-gen[o]s, et les deux dieux gaulois dont il s'agit ont été, dans la
période romaine, assimilés au Mars des Latins.
H. D'A. DE J.
Archœological Essays, bythelate Sir James Y. Simpson, Bart. M. D.,
D. C. L., One of Her Majesty's Physicians for Scotland, and Pro-
fessor of Medicine and Midwifery in the University of Edinburgh,
edited by John Stuart, L. L. D., Secretary of the Society of Anti-
quaries of Scotland. Edinburgh, Edmonston and Douglas, 1872, 2 vol.
petit in-4" de xxi-274 et 544 p.
Sir James Y. Simpson, un des plus éminents médecins d'Edimbourg,
mort il y a quelques années, était en même temps un des premiers
archéologues de l'Ecosse, et ses amis ont à juste titre pensé utile de
réunir ses principaux mémoires d'archéologie et d'histoire épars dans
diverses revues, souvent peu accessibles, d'Ecosse. Ce recueil posthume
dû aux soins de M. John Stuart, secrétaire de la Société des antiquaires
d'Ecosse, vient s'ajouter à un livre publié, il y a dix ans, par Sir James
Simpson, sur certaines sculptures grossières et primitives de rochers
Bibliograpliie. 273
d'Ecosse et d'Angleterre'. Le sommaire suffira pour en montrer l'in-
térêt :
T. I, p. 1-66. L'Archéologie, son œuvre passée et future. Discours
adressé à la Société des antiquaires d'Ecosse en ouvrant l'année 1 860-
61. C'est un programme des études archéologiques dans lequel sir James
se rappelant le sens étymologique de ce mot, y fait entrer les traditions
morales, c'est-à-dire les croyances et usages du peuple aussi bien que
les traditions matérielles que fournissent les monuments et les ruines. Il
fournit en exemple des faits curieux de superstitions encore pratiquées
en Ecosse. Il communique en même temps des détails sur les dolmens
détruits en Ecosse à une époque historique, et sur des poteries du genre
dit préhistorique encore en usage dans certains districts des îles Hé-
brides.
P. 68-1 ?6. Sur un ancien oratoire à toit de pierre dans l'île d'Inclicolm,
avec gravures et plans. Le nom de cette petite localité iqui est mentionnée
au début du second acte du Macbeth de Shakespeare) signifie ile de Co-
lumba. C'est la seule ile sur la côte orientale de l'Ecosse qui porte le
nom de ce grand saint. Cet oratoire appartient au type des celU de l'an-
cienne église d'Irlande, mais il en diffère par la disposition de son toit de
pierre. La réimpression de cet article est accompagnée de notes du
savant irlandais Pétrie.
P. 137-197. La Cat-Stane, à Kirkliston. C'est la pierre qui porte
l'inscription souvent discutée : in hoc tu U mulo iacit 11 vetta F. Il
vicTi. Sir James S. veut voir dans cette pierre le monument funéraire
de Vetta, grand-père d'Hengist et d'Horsa.
P. 199-2 17. De quelques pierres amulettes Ecossaises. Traite dequelques
superstitions médicales de l'Ecosse. L'auteur a eu l'occasion, comme
médecin, d'en observer plusieurs qui l'ont intéressé comme archéologue
en donnant à ce nom le sens large et libéral qu'il lui donnait lui-même.
P. 219-274. La grande pyramide de Cizeh est-elle un monument métro-
logique ?
T. II, p. 1-184. De la lèpre et des léproseries en Ecosse et en Angleterre.
Traité complet sur la question.
P. 185-195. De quelques vases grecs de médecine destinés à contenir du
Lykion et de l'emploi moderne de la même substance dans l'Inde. Cette
substance que les médecins grecs faisaient venir d'Asie et employaient
comme collyre, reste encore au même usage dans la médecine indigène
I. Archaic sculpturings of Cups, Cirdes, etc,, upon Stones and Rocks in Scotland, En-
gland and other countries. Edinburgh, 1867
Rev. Celt. III 19
274 Bibliographie.
de l'Inde et a été employée avec succès par des médecins européens
contre des inflammations de la conjonctive.
P. 197-227. L'armée romaine était-elle pourvue de médecins militaires^
Courte dissertation sur le service médical des armées romaines, question
que M. le D"" Briau met en ce moment à l'ordre du jour de notre acadé-
mie des inscriptions.
P. 229-299. Anciennes marques d'oculistes romains. Notice sur les mar-
ques trouvées ou conservées en Grande-Bretagne et mises à profit par
Grotefend dans son œuvre classique sur la matière. La notice de Sir
J. S. est accompagnée de dessins fac-similé.
P. 501-544. Des plus anciennes mentions de la syphilis en Ecosse. La
première est un édit prophylactique de la municipalité d'Aberdeen en
date du 23 avril 1497, c'est-à-dire quatre ans et trente-huit jours après
la date du premier retour de Christophe Colomb en Espagne. La pre-
mière ordonnance analogue des autorités parisiennes est du 6 mars
1497, c'est-à-dire antérieure seulement de quarante-huit jours à celle
d'Aberdeen.
On voit par ce rapide sommaire que ces deux volumes présentent une
grande variété de sujets, traités par Sir James Y. Simpson avec la double
compétence du médecin et de l'érudit. En e.Khumant pour ainsi dire ces
mémoires des revues écossaises (archéologiques et médicales) où ils
étaient publiés, M. John Stuart a rendu service au monde savant, en même
temps qu'il élevait un monument durable à la mémoire de son illustre ami.
H. G.
Leabhar Breac, the Speckled Book, otherwise styled Leabhar m6r
Dûna Doighre, the Great Book of Dûn Doighre, a collection of pièces
in Irish and Latin, compiled from ancient sources about the close of
the fourteenth century : now for the first time published from the ori-
ginal manuscript in the library of the Royal Irish Academy. Part I,
Dublin 1872; Part II, Dublin 1875.
The second part of the lithographie fac-simile of the Lebar Brecc has
at last been published by the Royal Irish Academy, and the list of corri-
genda — four hundred and cighîy in number — shews that the criticisms
on the first part, which bave appeared in this Review, hâve not been
altogether fruitless.
On the présent occasion I propose merely to notice some of the mis-
translations and misreadings to be found in the Description of the
Contents prefixed to the first and second parts of thelithograph.
Bibliographie. 27 s
P. I. The adjective /o/7^cc/i is rendered 'wise'. It is a derivative
from the n-stem foditiu 'patience' and means 'patient'.
P. 2, 1. 7. 0 moclruain is rendered 'O'Moelruain'. The words mean
'from Moel-ruain'.
The prose version of the rule of the Guidées was, it would seem,
taken from Moelruain's metrical version.
P. 3, 1. 58. The adjectivecomis rendered 'faithfulMt means 'lovable,
dear', and is identical with Corn, cuf, Br. cuff, W. eu, ail from 'cupima,
a derivative from the root cup in the latin cupio. Fick?, i. 5 36.
P. 4, line I $, lahra is rendered ' words', but it is an ia-stem, hère in
the ace. singular, and means 'utterance'. It is the Welsh llaferydd. The
nom. sg. occurs in the Félire at Feb. 8 {ba um Cristalabra), the dat. sg.
in LU. 1 5 [oc nuall 7 oc labramôr).
— Line 18. imrordus (= im-ro-râdus) thefirstsg.s-preterite oîimrâi-
dim, 'I think of, 'I commemorate' ^Goth ga-redan), is rendered by 'I
celebrate'.
The cognate substantive imradud occurs p. 26, where it is rendered
« to mention ».
— Line 37. The quatrain in the Félire, Jan. 1 , relating to the Gircum-
cision, begins thus :
Re sil dalach doine taided in ri remain ', i.e. ' Before men's multitudi-
nous seed let the prééminent King (Ghrist) advance'. The Royal Irish
Academy actually render the first three words of the easy passage by
' With the race of Dalach".
P. 6, line 26, amne is rendered 'alone'. It means ' thus'.
— Line 33, 'don tarmchrutta \\) is rendered 'of the Transfiguration'.
The Academy say that " the first part of the title [don ta] being obscure
has been omitted in the lithograph, but itis to be found in p. 107, col. 1,
lines 27-33". Whenwe look at P- '07' ^- 27, we fmd nothing of the
kind, but coibnius na Uachtan-sa in tarmchrutta., which is quite right and
means "the concordance of this lesson of the Transfiguration'. The com-
piler of the Description obviously supposes that tarmchrutio (the gen.
sg. of tarmchruthud) is a dative. For his ''don tarmchrutta" (which is as
good Irish as -o) [j.z-.y.iioz'^ùzzo:; would be good "Greek') read [Liachtu
in ta]rmchrutta 'lectio t?;; transformationis'.
P. 7, erim [leg. érim] glan is rendered 'with pure wisdom'. It means
'a pure course', and is one of the stupid chevilles which deform neo-
celtic poetry.
I . This is how the words stand in the ms. They should of course be Ré s'il dalach dôinc
toided in ri remain.
276 Bibliographie.
P. 9, line 2, airecc nan aspul is rendered ' Occupations oftheapostles'.
It means "Finding of the Apostles", scil. by Christ. The gen. sg. of
airecc occurs infra p. 20 [sceU airicc na crochij, where by good luck it is
rightiy rendered.
P. 13, 1. i^, roforbair in cretem cristaide is rendered 'the Christian
faith has been perfected". It means, of course, "the Christian belief has
increased".
P. 14, 1. 8, iarjaigîher is rendered 'itshallbe inquired'. It is a présent
and means 'it is asked\
P. 15, antepenultimate line, dosfil is rendered 'there cornes". It
means ' there is\
P. 16, line 7, an/a/^ is rendered 'they will stop'. It is the ^d sin-
gularand means ' he will stay'.
Line 20, domarfasa is rendered " I hâve seen ". It means 'has been
shewn to me' \do-m-arjas-sa\ .
P. 21, line 3, saigde is rendered ' temptations ' : it means 'arrows',
and 'darts' and is a loan from sagitta.
P. 22, line 25, Concis rendered 'allaying'. It means 'correction'.
P. 2 3 , line 9, recles is rendered ' church '. It means ' a cell ' or a ' close '
and is a loan from rcclusum.
P. 24, last line but two, marrath (leg. mdr-raîh)ïs rendered by 'great
rewards'. It means 'great grâce'.
P. 2$, line 17, decli is rendered 'raeet', but it is the irregular super-
lative oï maith 'good' and means 'best'.
P. 26, cellîdir dichill is rendered 'Aegis'. It has nothing to do with
the shield of Zeus, but literally means 'covering of protection', and is
hère applied, like lûrech (lorical and imchlod (root CLU claudere] to a
religious poem invoking the protection of angels, saints etc.
P. 27, line 2, rogab 'was' (G. C.^ 922) is rendered by " assumed
sovereignty ».
line 20, as mocean is written as mo cean and is actually rendered
'Above my head'. It means 'it is welcome' : mocen is written mochen'm
LU. 25 a. In a note at the foot of LB. p. 94, it is written mochinand
rendered by the compiler of the Description of contents, p. 33, 'dear'.
P. 29. Hère a note beginning Da chathair is in oirrher or erig in ecnai
7 in gaisced i. e. 'twocities — lAthens and Rome.''i whencecame wisdom
and valour' is explained by "Note on the advance of the two cities —
Wisdom and Valour — from the east into Eriu or into Spain".
P. 30,1. 13, micé flann is rendered ''upon the son ofFlann", It
merely means 'I (mise) Flann" the name of the writer. The c in mice
Bibliographie. 277
hère stands for 5 as it does elsewhere in the Lebar Brecc, e. g. in the
Félire, Jan. 23, where 'Cebrianus' is written for Severianus.
Lines 36, 57, oc scribend na beathad-sa tis ' writing this Life below '
is printed oc scribend na beatlmd sa tir and rendered ' ' writing this Life
in this country".
P. :5i, line 12, a quatrain beginning a riboit ciwitchind chraesaig is
rendered 0' Riboit', [?] common slave ofgluttony. It means "0 common
gluttonous ribald ! " Compare the Breton Catholicon : Ribaut, g. c'est
ribault qui va a autruy femme. 1. ribaldus.
P. 52, line 10, airecur^is found'Msactually rendered " is ennobled'.
— Line 27, ar-oeis 'for âge' istrisected thus, a ro eis, and rendered
'From his great âge'.
P. y^, line 8, no-iccfad 'that would cure' is rendered 'that willcure'.
Like ignorance of theirish tensesisdisplayed in the same page, line 2],
where ni anait mo beoil is rendered "my lips shall not cease". and in
p. 34, where dogni "thou doest" is rendered 'is being done', and in
p. 40, line 6, where légfus " who shall read " is rendered 'who reads'.
P. 33, lastline. Hère a note giving the number of ihe quatrains in the
Calendar of Oengus (36$ inthebody, 85 in the prologue, 141 in the
épilogue, 591 in ail!, is actually explained as a " Summary of the
number oï saints commemorated in the Felire of Oengus Celé \sic\ Dé".
P. 34, line 9, aliacht lai dam ann 'its day's lesson to me there ' is
rendered by " many days I spent there".
Last line, a corrupt version of the lines ' einid na tairsit ôca dubthire
dd glas fota ' beware that warriors corne not to the black lands of the
two long streams' (see Cormac Transi, p. 69 s. v. Ende) is rendered
sentimentally "Ene, so that the youth of thy country shall not return
to their own green sod".
P. 35, line 34, dremun 'madnesses' is rendered "allurements".
Last line but two, men/c 'fréquent', 'often' is rendered 'incessant'.
P. 36, line 10, doairchis 'spared'is rendered 'gave protection to '.
— Line 5, cech 'every' is rendered 'very'. Probably a misprint.
P. 37, line 7, ' Maoilaide Maria' is simply the Irish way of writing
the English ' My Lady Maria'.
— Line 9, dobuaidredar 'they disturbed' is rendered ' they modified'.
— Line ^2,ferr-di 'the better' is rendered 'Good for'.
P. 38, line 2, Anataile\s simply Anatolia \TnrSkr^ the Levant.
— Line 9, ro-dhalbhach is hère rendered 'most deceitful', though dal-
bach, p. 35, Hne 2, is rendered 'dull'.
— Line 1 9, bet (leg. bét] is rendered ' deed '. It means ' fault', and pro-
278 Bibliographie.
bably cornes from 'besdo (^-S-iaixa, ^§6{(i)[aoç) as ûr ' malus' from root
pu, Curtius Gr. E. No. 583, as the loan word pûdar 'harm', 'error'
from the latin putor.
P. î9, line 4, ada 'a. due' is rendered 'adrink'.
Line 1 9, sLin ' haie ' ' sound ' is rendered ' compact'.
But the most elaborate of ail the blunders is in p. 41. Every one
knows the tradition that after the siège of Jérusalem Titus and Vespasian
" said of the Jews they sold Christ for thirty pièces of silver : let us sell
thirty of them for one denarius", and they did so' (See Cowper's Apo-
cryphal Gospels, London, 1867, pp. 439, 445). In the lower margin of
Lebar Brecc p. 266 there is the foUowing note referring to this tradi-
tion : — ... indi impir .x. n-\ùdaidi .xx. dobertis er pingend in [I]eru-
salem. Hoc tinntùd chunnartha Crwfho lûdus, that is "the two empe-
rors used to give thirty Jews for a penny, inverting the bargain as to
Christ fmadei by Judas". The compiler ofthe Contents reads and renders
this easy passage thus : indi impir, deich niund fichit dobertis ér pingend,
in [Ijerusalem, h-oc tintùd chunnartha Christ h-o lùdas " ... the two
Emperors, thirty ' niund ' [unga", they used to give for a ' Pingend', in
Jérusalem, in restitution of the covenant of Christ by Judas ".
The incapacity to extend correctly the commonest contractions, which
this passage évinces, is also exemplified in p. 12, where cuimnech 'mind-
ful' is misread cuimnemech, and in p. 30, where cest {r=quaestio) is ac-
tually read cacht, though the cognate cestnaigther 'quaeritur' occurs in
almost every page.
As a reward for pointing out the above blunders ithe list might easily
be lengthened by Mr. Hennessy or any other scholar) 1 trust that the
Royal Irish Academy will allow me to make two suggestions for their
considération. First, that in the préface to the Book of Leinster and their
subséquent lithographie publications, they will mention the places in ail
mss. in which other copies of each pièce may be found, and, secondly,
that, where any pièce lithographed hasbeenalready printed andtranslated,
they will give the référence to the book, author and date. 1 should also
like to recommend the active members of the Committee of publication
and their employées to learnatleast the éléments ofthe middle Irish gram-
marand vocabulary. But this would perhaps be unreasonable. Est modus
in rehus.
W.-S.
Calcutta, Christmas, 1876.
Bibliographie. 279
Lives of the Irish Saints, with spécial Festivals and the Commé-
morations of Holy Persons, compiled from Kalendars, Martyrologies
and various sources, relating to the ancient Church of Ireland, by the
Rev. John O'Hanlon, M. R. I. A. Vol. I, gr. in. 8odecLXxxvii-624p.
Dublin, Duflry, 1876.
L'hagiographie est une des parties les plus intéressantes des études
irlandaises. Elle présente à la fois de grands missionnaires comme
St Columba, St Colomban et tous ces Scoti vagantes qu'on rencontre en
si grand nombre en France et en Allemagne aux viii^ et ix*" siècles, et
des saints comme St Brendan autour desquels se sont groupées de poéti-
ques légendes, souvenirs plus d'une fois des croyances pré-chrétiennes
de l'Irlande. Tous les saints d'Irlande sont d'origine populaire, c'est-à-
dire que leur sanctification, consacrée par la « voix du peuple » est anté-
rieure à l'époque où les papes se sont réservé la prérogative de la
canonisation. Si on a eu tort de prétendre que l'Irlande payenne ait été
nommée par les anciens Insula Sacra, on ne peut contester que plus tard
elle n'ait mérité le surnom d'Insula Sanctorum^ tant on y trouve de
saints !
Dans une introduction de près de deux cents pages, M. O'H. passe en
revue les sources manuscrites et imprimées de l'hagiographie irlandaise,
vies anciennes des saints, martyrologes, recueils d'hymmes, de litanies,
ouvrages d'histoire ecclésiastique indigènes et étrangères. L'archéologie,
la topographie, de pieuses pratiques conservées jusqu'à ce jour aident
aussi à localiser ou à dater des saints dont l'histoire se détache mal de la
tradition.
Quelques uns de ces saints sont même l'objet de légendes qui se
racontent dans le peuple irlandais. « Quelques légendes conservées
dans la tradition populaire, dit M. O'H., sont d'un caractère au plus
haut degré ridicule et méprisable; elles ne sont pas seulement en con-
tradiction avec le sens commun et avec les manifestations ordinaires
de la divine providence quand elle accomplit des œuvres surnaturelles
par l'intermédiaire de ses saints serviteurs ; elles sont aussi en désaccord
avec les actes écrits de nos saints. Elles mêlent souvent les personnes,
les lieux, les dates et les faits dans une confusion tellement inextricable
qu'elles n'ont aucune valeur historique et ne peuvent accorder aucun
secours à l'histoire. » il s'agit là des contes formés autour des noms et
des légendes des saints, comme il en existe un peu dans tous les pays,
comme ceux de Russie qu'a recueillis Afanasiev dans un recueil spécial.
Nous ne pouvons reprocher à M. O'H. de n'en avoir fait qu'un très dis-
28o Bibliographie.
cret usage ; mais il serait désirable que ces légendes populaires trouvas-
sent un collecteur pour qu'on pût les comparer à celles des autres pays.
M. O'H. n'a guère demandé au présent d'autres renseignements que ceux
d'ordre topographique et archéologique, quand par exemple le nom d'un
saint attaché à un oratoire, ou à une croix, ou à une fontaine sacrée,
atteste que le saint de ce nom a vécu en cet endroit. — Le merveilleux
qui se rencontre dans la vie des saints irlandais, et celui surtout qui n'a
que peu ou point de caractère chrétien, a du reste un grand intérêt au
point de vue mythologique. Ce sont en effet des débris des croyances
pré-chrétiennes de l'Irlande attachées aux saints de l'Irlande chrétienne
par la foi populaire. On a déjà étudié à ce point de vue les vies des
saints irlandais ' et cette mine réserve de précieuses découvertes.
Ce point de vue — que nous indiquons pour montrer l'importance du
sujet — n'est pas et ne pouvait être celui de M. l'abbé O'H. qui a voulu
faire une œuvre d'histoire ecclésiastique et nationale. On en comprendra
l'importance quand on saura que ce volume ne contient que les saints de
Janvier, et on en appréciera la méthode érudite aux notes et aux réfé-
rences qui au bas de chaque page donnent son autorité au texte.
L'intérêt de cette œuvre n'est pas confiné à l'Irlande; il s'étend à
toute l'Europe occidentale où l'on rencontre des Irlandais comme mis-
sionnaires, comme moines et comme évêques ; ainsi nous trouvons dans
ce volume St Chad, évêque de Londres, St Erard, missionnaire à Ratis-
bonne, StFinan, évêque de Lindisfarme, St Furseus, abbé de Lagny,
St Dichuil, abbé de Lure, etc. L'introduction seule où M. O'H. traite
des sources de l'hagiographie irlandaise est une importante contribution
à la connaissance de l'histoire et de la littérature de l'ancienne Irlande.
Nous souhaitons que la vie et la santé ne manquent pas à M. l'abbé
O'Hanlon pour continuer cette grande entreprise, qui, achevée, mettra
son nom à côté de ceux des grands érudits irlandais du xv!!*" siècle, des
Colgan et des O'Clery.
H. G.
John Rhys, Lectures on Welsh Philology. London, Trùbner, 1877,
petit in-8", xii-4^8 pages. Prix : 10 sh. 6 d. (1 3 fr. 1 5).
Nous sommes heureux d'annoncer ce savant ouvrage de notre zélé
collaborateur M. Rhys, dont les lecteurs de la Revue celtique ont déjà
constaté tant de fois la science et la perspicacité. Dans ce volume il nous
1. J. W. Wolf, Irische und Schottische Heiligenkben, dans le t. I. de la Zeitschrift
fur Deutsche Mythologie (Gœttingue 1853). Ces études n'ont malheureusement pas été
continuées.
Bibliographie. 281
donne, revues et remaniées, sept leçons faites par lui au collège
d'Aberystwyth ' en 1874. Ces leçons ont les objets suivants : 1" idées
générales sur la linguistique, classification des langues celtiques; 2" con-
sonnes galloises; V' voyelles galloises ; 4" esquisse d'une histoire du gal-
lois; $" histoire de l'alphabet latin chez les Gallois; 6" inscriptions
oghamiques, 7" essai d'une histoire de l'alphabet oghamique. Suit un
appendice divisé en trois parties : 1" étude sur les plus anciennes inscrip-
tions chrétiennes de la Grande-Bretagne, 2" recherches sur le sens des
mots maccu, macoi, maqui, macwy, 3" examen de quelques noms de mé-
taux et d'objets métalliques en gallois. Des corrections et un ample index
terminent ce beau recueil.
Des leçons comme celles dont il s'agit, étant destinées à vulgariser des
faits déjà connus dans le monde savant, ont en général plutôt le mérite
de l'exactitude ou de la clarté, que celui de la nouveauté. Cependant ici
l'esprit original de l'auteur s'est fait jour souvent par d'intéressants
aperçus, qui sont toujours instructifs quoique sur quelques points j'aie
des objections à présenter. Ainsi, à la page 1 5 1, M. R. considère comme
démontré que les mots gallois cardod, ciwdod, pont., viennent des accu-
satifs latins caritaîem, civitaîem, pontem, et tranche ainsi la question de
savoir si une partie des noms imparisyllabiques de la troisième déclinai-
son du latin classique n'avait pas en latin vulgaire le même nombre de
syllabes au nominatif qu'à l'accusatif. Le français du moyen âge a en
général conservé la distinction du cas sujet et du cas régime : or le texte
du xie siècle du Saint-Alexis nous offre les nominatifs singuliers citet =
ciwdod, amfermetet, pietet^. On trouve de même citet au cas sujet dans la
Chanson de Roland, vers 917, xii" siècle. Or ces formes remontent aune
date plus ancienne que le Saint-Alexis et que la Chanson de Roland.
Ainsi M. Arsène Darmesteter a signalé le nominatif singulier locotenentes
pour locum tenens dans un texte thalmudique qui est au plus tard du
vir siècle 5. Au milieu du vr siècle on lit le nominatif singulier heredes
pour hères dans un papyrus de Ravenne4. Il est inutile que je renvoie
aux exemples analogues que j'ai réunis dans mon traité De la déclinaison
latine en Gaule à l'époque mérovingienne, p. 76-88; mais je puis citer ici
les nominatifs gaulois Namausatis de l'inscription de Vaison s, Betarratis
et Lixoviatis des monnaies*^, qui en latin classique auraient été Namausas,
1. Aberystwyth est une petite ville du pays de Galles au comté de Cardigan.
2. Gaston Paris, la Vie de Saint Alexis, p. 113.
3. Romania, I, gS-
4. Schuchardt, Vokalismus des Vulgaerlateins, l. 3^.
5. Beitr., 111, 162.
6. Revue celtique, I, 293, 296; II, 100.
282 Bibliographie.
Betarras, Lixovias '. Donc un certain nombre de noms, qui dans le latin
classique avaient au nominatif singulier une syllabe de moins qu'aux
autres cas, avaient en latin vulgaire le même nombre de syllabes au
nominatif singulier qu'aux autres cas, et il y aurait sur ce point entre le
latin vulgaire et le gaulois un certain accord. Le gallois ciwdod, comme le
moyen breton qaeudet et comme le nominatif singulier vieux français citet,
vient du nominatif bas-latin civitatis ou civeîate : on ne doit pas le rat-
tacher à un accusatif.
M. Rhys prétend aussi, p. 152, que quelques mots gallois d'origine
celtique sont des accusatifs : il les compare à des accusatifs irlandais.
Mais est-il bien certain que hrcuan « meule de moulin » ne soit pas un
dérivé de hreou, conservé en breton, et que le vocabulaire comique nous
offre sous la forme breo (Gr. C.^ p. 1080)? Mon opinion sur ce point
est celle de la Gr. C.^, p. 822-823. Ainsi dans le gallois breuan. c'est
breu- qui représente l'irlandais brôo, ace. brôinn-n : an est un suffixe.
Quant aux mots gallois ewin « ongle » et mis « mois », dont les équiva-
lents irlandais sont des thèmes consonantiques, ils paraissent être des
thèmes en / puisqu'ils font leur pluriel en oedd : ewinoedd, misoedd; c'est
une doctrine personnelle à M. Rhys [Rev.celt., II, 1291, et elle me paraît
très-vraisemblable : ewin =1 ' anvinis, mis = *mîsis sont des nominatifs.
Il me semble bien difficile d'admettre (p. 371) que l'irlandais cruimther
« prêtre « ', vienne du latin pr^/'//or. Prsbiîor appartient à la langue de
Cicéron (De officiis, XV, 53), mais n'a jamais signifié « prêtre », même
dans le passage d'Evrard de Béthune (xiii'" sièclei, auquel M. R. renvoie,
p. 571. La variante crubthir que cite M. R. nous autorise à admettre que
cruimther est la forme irlandaise du latin presbyter, et à ajouter ce
mot aux quelques exemples connus de c irlandais tenant lieu du p latin
dans des mots d'emprunt, exemples si anciens suivant l'observation de
M. Windisch, Beitr., t. VIII, p. 17.
Le point principal de désaccord entre M. R. et moi porte sur la
question de savoir si les inscriptions oghamiques du pays de Galles sont
d'origine galloise comme M. R. le soutient, ou si elles sont d'origine
irlandaise comme on l'a cru généralement jusqu'ici et comme je l'admets
encore. La domination irlandaise dans le pays de Galles et dans certaines
contrées voisines, à l'époque dont datent les inscriptions oghamiques de la
Grande-Bretagne, n'est pas une invention des linguistes : elle est attestée
par un des rares textes que nous possédons sur l'histoire de la Grande-
1. Corssen, Ueber Aussprache, 2' édition, t. U, p. $98.
2. Whitley Stokes, Three Irish Glossaries, p. 9.
Bibliographie. 28:;
Bretagne au v- siècle de notre ère. Ce texte est un passage du Glossaire
de Cormac. On y voit qu'à l'époque de la mission de saint Patrice,
mort en 400, et même un certain temps après saint Patrice, les Gaidals
ou Scots, c'est-à-dire les Irlandais, avaient une grande puissance sur les
Bretons, que cette puissance s'étendait bien au sud de l'Ecosse, puisque
les Gaidals possédaient Glastenbury sur le canal de Bristol, dans le comté
de Somerset 2. Rien donc d'étrangeà ce qu'on leur attribue les inscriptions
oghamiques du pays de Galles. On sait que le caractère phonétique le
plus curieux de ces inscriptions est le maintien du qu là où le gaulois, le
gallois, le breton et la langue des Pietés ' s'accordent pour lui substituer
\e p. Or M. Hubner a établi qu'une des inscriptions oghamiques, où ce qu
caractéristique est maintenu, date du vu" ou du viw^ siècle ; c'est le n" 1 08
de son recueil 4, le n" 68 de M. Rhys; d'autres qu = p datent du vi^ou
du vue siècle; ils se trouvent dans les n'" 24 et 88 de M. Hubner, qui
correspondent aux n" 81 et 51 de M. Rhys. Comment concilier ces dates
avec ce fait incontestable que les Bretons, émigrés en Gaule de 450 à
550 environ, y ont porté \e p ^= qu ?
On sait qu'une expédition de Riothime, roi des Bretons en Gaule, date
de 468 ; une émigration des Bretons de l'île sur le continent en 5 1 3 est
notée par plusieurs chroniques s ; enfin Procope, mort vers 565, men-
1. Whitley Stokes, Three Irish Glossaries, p. 29-50, traduit dans la préface, p. xLviii-
xLix. Je crois que dans cette dernière traduction M. W. St. aurait dû rendre par Créât
Britain et non par Scotlani l'irlandais Alba, thème a/ban-, identique, suivant moi, au
greco-latin Albion dont le sens ancien n'était pas le sens moderne.
2. Au temps de Bède, première moitié du viu'^ siècle, la puissance des Scots ou Irlan-
dais en Grande-Bretagne avait pour limite la Clyde qui est encore aujourd'hui la limite
du gaélique. Bède, Historia ecclesiastica, 1. 1, c. Xll, dans Migne, Patrologia latina,
t. 95, col. 38-39; cf. Revue celtique., t. II, p. 181.
3. In loco qui sermone Ptctonum Pean-fahel... dicitur. Bède, Historia ecclesiastica,
1. I, c. 12, ap. Migne, Patrologia latina, t. 9s, coi. 40. Cf. Stokes dans les Beitr., t. V,
p. 306. fL'inscription au sujet de laquelle M. Stokes cite ce mot curieux, forme le
n* 212 ae Hubner et est restée en dehors du recueil de M. Rhys). Pean-fahel était
l'extrémité occidentale du valtum construit par les Romains pour séparer la partie méri-
dionale de la Grande-Bretagne, conquise par eux, de la partie septentrionale restée indé-
pendante. Pean fahel serait en breton moderne pen-gwal « bout de la palissade » : gwal
qui manque dans le Dictionnaire breton-français de Le Gonidec, se trouve dans le
D/cf/onnaire de Grégoire de Rostrenen, i'" édition, p. 781, col. 2. Bède qui nous a
transmis le moi picte, naquit en 675 et mourut en 735. L'équivalent du picte pean,
dans les inscriptions chrétiennes de la Grande-Bretagne que nous croyons irlandaises et
que M. Rhys croit celtiques, est quena au n" 3 de M. Hubner, 94 de M. Rhys, quen au
n" 91 de M. Hubner, 49 de M. Rhys. Ces deux numéros datent du vi" ou du vu" siècle:
ils sont par conséquent antérieurs à Bède. Mais le qu égal au p du picte pean se trouve
dans le maqui oghamique de l'inscription n" 108 de M. Hubner, 68 de M. Rhys qui,
datant du vu* ou du viii" siècle, paraît contemporaine de Bède et par conséquent du
pean picte.
4. Inscriptiones Britanniae christianae, p. xxi. Cf. Rhys, p. 403.
5. De Courson, Histoire des peuples bretons, t. I, p. 219, 220, 241. Cart. de Redon,
p. IX.
284 lùbliographie.
lionne l'émigration continue des Bretons de l'île sur le continent comme
un fait contemporain de l'époque où il tenait la plume :
BpiTTÎav oï ty;v vf^-jov ËOvr, zcA'javOpwTCÔTaTa v/cjgi.... 'Afi-iXot ts xal
^'pîcaovîç Y.x\ 01 TY) vy;(7w cij.wvj[j.oi Bpî'TwvcÇ. TosaÛTY) ce Y) TwvSe TWV
£6vô)v TCoX'javOsioTTÎï çaivîTai ojca uxjTe àvà zav Itoç xzTà zoaXoùç
£vôsv$£ [j.sTav'.dTxy.svc. çjv Y'JvaiÇi x.ai za'.^iv èç ^Ppivy.ouç )jo)co!3a'.v '.
Ainsi entre les années 450 et 550, les Bretons venus de l'île en Gaule,
y ont apporté le p = qii; et le (ju = /? existait dans l'ile au vii<^ siècle :
évidemment, il y existait par l'action d'une race étrangère à la race émi-
grée sur le continent : c'est d'autant plus clair qu'avant l'entrée de cette
race étrangère dans l'île, le ^u — p y était inconnu. La première appa-
rition des Scots dans Phistoire de la Grande-Bretagne date de ^68 et
leur grande puissance paraît avoir commencé en l'an 410, où cette île
fut abandonnée par les Romains ^ : or les plus anciennes inscriptions
oghamiques de la Grande-Bretagne se placent entre l'année 450 et
l'année 600 : parmi elles se trouve le n" 106 de M. Hùbner qui est le
n-' 70 de M. Rhys, avec qu ^= p : la date de ce monument, comme celle
des monuments analogues un peu plus récents, concorde parfaitement
avec ce que l'histoire nous apprend de l'époque à laquelle appartient la
domination irlandaise dans la région occidentale de la Grande-Bretagne,
il n'y a historiquement aucune nécessité d'attribuer aux Gallois ces mo-
numents que la linguistique leur refuse >.
Malgré ce désaccord je ne puis que recommander vivement le travail
de M. Rhys sur les inscriptions chrétiennes de la Grande-Bretagne
(p. 379-41 5). Trois de ces inscriptions sont restées inconnues à M. Hùb-
ner : ce sont les n'" 50 ip. 3981, 77 et 78 fp. 4081 : enfin, l'étude lin-
guistique qui manque complètement dans le volume mis au jour par le
savant allemand, fait du travail de M. Rhys le complément nécessaire de
celui qui a été publié à Berlin. Nous conseillons à M. Rhys de donner
dans sa prochaine édition une concordance de ses numéros avec ceux de
M. Hùbner dont la publicationconservera toujours au point de vue paléo-
graphique la supériorité et au livre duquel il sera nécessaire de se
reporter toutes les fois qu'on voudra discuter une date. Au sujet de la
forme jacii pour jacef, si fréquente en Grande-Bretagne tp. 584), il
pourra aussi faire observer qu'on lit jacit dans deux inscriptions chré-
1. Procope, De bello Gothico, IV, 20, ap. D. Bouquet, t. II, p. 42.
2. Th. Wright, The Celt, the Roman and the Saxon, y édit., p. 441, 451.
3 . Les deux inscriptions chrétiennes où paraissent des noms de peuples bretons : Ordous
= Ordovix (iij de Hùbner, 28 de Rhys), Venedotis (ijj de Hùbner, 14 de Rhys) ne
contiennent pas de caractères oghamiques.
Bibliographie. 285
tiennes de Rome, l'une de 396 ■, l'autre de 530 ^ et dans des inscriptions
chrétiennes de la Gaule 5.
Dans la notice sur les métaux (p. 420), nous sommes étonnés que le
savant auteur n'ait pas cité l'ancien nom irlandais de l'argent dm con-
servé par le glossaire de Cormac-^.
J'espère que ces critiques multipliées seront considérées comme une
preuve du haut intérêt que présente à mes yeux l'ouvrage du savant pro-
fesseur gallois.
H. d'ArBOIS de JUBAINVILLE.
Middle Breton Hours edited with a translation and glossarial index
by Whitley Stokes. i vol. in-8" de 102 pages. Calcutta, 1876. Se
vend à Paris, chez Vieweg, librairie Franck, 76, rue Richelieu.
Dans ce volume sont réunis : les passages bretons contenus dans un
livre d'heures imprimé en 1524 et qui appartient à M. Pol de Coucy,
des extraits bretons : 1° du missel de Léon, 1 526, 2" du catéchisme de
Gilles de Kerampuil, curé de Cleden-Poher (Finistère), 1 576.
Les savants linguistes qui ont fait conquérir aux études celtiques la
place qu'elles occupent aujourd'hui dans la grammaire comparée des
langues indo-européennes^ ont jusqu'ici un peu négligé le breton conti-
nental, et ont donné pour diverses raisons la préférence à l'irlandais et
au gallois. C'est donc une bonne fortune pour nous que de voir ce
dialecte étudié par l'homme qui aujourd'hui connaît le mieux le vocabu-
laire des langues néo-celtiques. En comparant avec le Dictionnaire si
estimable de dom Lepelletier (1752) le glossaire par lequel M. W. St. a
terminé l'ouvrage que nous annonçons, on verra quel progrès la science
a fait depuis un siècle. Nous signalerons principalement les articles con-
sacrés à chaque lettre : dans ces articles les lois principales de la pho-
nétique bretonne sont déterminées avec autant de science que de
précision : en prenant pour base de son exposition la prononciation
actuelle, tandis que Zeuss a pris pour point de départ les lettres celti-
ques primitives , l'auteur jette une lumière nouvelle sur un sujet aussi
mal connu que peu étudié par la plupart de ceux qui en parlent.
Sur le système suivi dans l'ensemble de ce travail je n'ai qu'un regret
à exprimer. Pour un certain nombre de lecteurs il faudrait peut-être
quelques développements de plus. Prenons comme exemple 1'^ breton.
1. Rossi, Inscriptiones christianae urbis Romae, t. 1, p. 189, n» 435.
2. Ibid., p. 227, n" 5}}.
5. Le Blant, t. 1, p. 342, n- 23J ; p. 489, n" 35) ; p. 485. n" 359; t. Il, p. 92,
n° 422(1.
4. Whitley Stokes, Three liish Glossaries. p. XLVII, 12.
286 Bibliographie.
M. W. St. cite quelques mots dans lesquels cet a est primitif. Le pre-
mier est bran « corbeau » ; il aurait été à propos de renvoyer à la Gr. C.^,
p. jî-54, où ce mot néo-celtique, à la fois breton et irlandais, est rap-
proché du vieux slave vranu et du lituanien varnas (cf. Fick î, II, 770).
Vient ensuite dazrou « larmes » : si on ne rappelle pas la vieille forme
dacr des gloses de l'Eutychius d'O.xford Gr. C, p. 1054) on ne
peut comprendre le rapprochement de dazrou avec le grec cây.pu et avec
le V. -h. allemand ztî/utr (Gr. C.^, p. 37, 149. Cf. Curtius, Gr. Et.,
4'-' éd., p. 1 33). Même observation pour le mot hat « semence » : il faut
savoir que Vh initial tient lieu d'un s primitif et rapprocher le latin satus,
le v.-h. allemand saino, autrement on ne comprend pas pourquoi M. W.
St. dit que dans liad Va est primitif, etc. Tout ceci nous fait sortir de
l'horizon de Lepelletier, 1752, horizon étroit quand le savant béné-
dictin se borne à étudier les dialectes néo-celtiques contemporains,
horizon imaginaire quand il se lance dans des étymologies hébraïques.
La science de M. W. St, est trop connue des lecteurs de la Revue,
pour qu'il soit utile de leur faire l'éloge de son travail : il sera plus
profitable de leur soumettre quelques critiques. Ainsi je ne considère pas
comme prouvé que l'a de ganeî « né » soit primitif. La racine gan s'écrit
avec un a en sanscrit, mais elle a perdu son a et l'a changé en e dans
la plupart des mots qu'elle a fournis aux langues de l'Europe, l'armori-
cain ganet., le gallois ganedig^ l'un de genel, l'autre de genu, d'une racine
GEN qui se trouve en ancien irlandais (Curtius 4, p. 174) et en gaulois
peuvent être difficilement séparés du grec ycVY)tcç et du latin geniîus :
e celtique est devenu a devant n dans ce participe comme dans le breton
cant « cent «, en irlandais cet = cent, comparez le hxmcentum {Gr. C,
p. 32:); comme dans le breton tan « feu », en vieil irlandais tened-
[Gr. C.\ p. 87, 256, 7901, etc.
Il est suivant moi peu admissible que l'armoricain bez a tombe » =
bed soit le même mot que le gothique badi « lit. » Bez provient de la
racine bhadh, qui a donné le grec [ixOJ; « profond », \Q\3X\r\fodio,fossa
= bhadh-ta, le breton beuzi « submerger « = bâdi-mon, etc. Quant au
gothique badi « lit «^ nom de l'espèce de botte de paille ou de foin sur
laquelle couchaient les ancêtres des Allemands, il paraît venir de la
racine bhandh « lier. «
Le vieux gallois betid « baptême » = baîia, qui est constaté dès le
viii« ou le w" siècle et d'où vient le breton armoricain actuel badez, n'est
pas un mot d'origine celtique, comme l'ont supposé MM. Stokes et Win-
disch : il vient simplement du bas-latin 'batisare, *batiare, d'où le fran-
çais batesme, batisier, xi"-' siècle (G. Paris, La vie de Saint Alexis, p. 1401.
Bibliographie. 287
bateier, xir' siècle (Fr. Michel, Chronique des ducs de Normandie, t. III,
p. 7741 : la racine bhat que propose M. Stokes est imaginaire, et, quant
au rapprochement que M. Windisch tente avec le gallois hodi, aujour-
d'hui boddi a submerger », il ne peut être accepté puisque les dentales
ne sont pas les mêmes, que badez exige après Va un / primitif, que boddi
veut après \'o un d primitif.
Nous relèverons pour finir une faute d'impression que M. W. St. a
empruntée à l'édition, si utile d'ailleurs, du Cdir/;o//cûn, donnée par M. Le
Men. Au lieu de bron « moulin », il faut lire brou, comme le prouvent
1° la forme moderne breou, breo (Legonidec, Grégoire de Rostrenen,
Lepelletier , 2° le composé breu-lim, breo-lim « meule à aiguiser » ; 3"
l'orthographe du vocabulaire comique où on lit brou {Gr. C.^, p. 1080).
La traduction, généralement excellente, ne contient qu'un tout petit
nombre d'erreurs qu'il est inutile de relever ici. J'ai insisté sur le glossaire
que je voudrais voir servir de modèle à tous les savants qui à l'avenir
publieront des textes bretons.
H. d'Arbois de Jubainville.
Ueberlieferung und Sprache der Chanson du Voyage de
Charlemagne à Jérusalem et à Constantinople : Eine kritische
Untersuchung von D'' Eduard Koschv^'itz (Heilbronn am Neckar,
1876J. — Prix : 4 fr.
This little book consists of two chapters, the second of which is devo-
ted to peculiarities of the language of the chanson : it takes up by far
the greater part of the space the author has allowed himself. The other
which forms an introduction to it deals very briefly with the différent
versions and the classification of the manuscripts. It is with the quota-
tions from the Welsh translation in this chapter that we are hère concer-
ned. At the end of the Welsh version of the legend which is contained
in the Red Book of Hergest in the library of Jésus Collège, Oxford, we
read : « Thus far the story which Reinallt, king of the Isles, commanded
a good scholar to translate from Romance into Latin » — the Reinallt
hère mentioned must be the same person who is better known as
Ronald. But we hâve no information as to who translated it into Welsh :
as we find it, it is in Mediaeval Welsh prose and the language is in
many respects philologically interesting , though seldom difficult ,
and D' Koschwitz shows that he correctly understands it as far as
he deals with it; but his mention, p. 4, oillyîhu in préférence to llethu
is unwarranted, the word in the text and the word required being
llethu, the meaning of which is much stronger than Pughe has led him
288 Bibliographie.
10 believe ; — Hdhu may be rendered to weigh down, oppress, over-
power, crush. But though D' K.oschvvitz appears to understand the
Welsh version, he cannot be congratulaled on the correctness of his prin-
led extracts, for they contain many inaccuracies due apparently in most
instances to the printer. Among the worst may be mentioned the follo-
wing : wyr for wybyr, p. 8; odiavc for odidavc and edrych for adrych, i.
e. adrycli, p. 9; ar byrder ïor ar vyrder and nessur for uessur p. lo; yevrart
for eirarîi. e. Ebrard [y is the Welsh préposition) p. 12; aphadwy tynnei
for apimdu y tynnei, i. e. a plia du y tynnei, p. 14; yny bvyf ior yny vvyf,
i, e. yn y vwyf, and aruodunt for arnadunt, p. 16. It is right to say that I
hâve not been able to collate the extracts with the original manuscript at
Jésus Collège; so I haveused a copy made by me some years ago for prof.
C. Hofmann of Munich, Nvho has it in print though not yet published as
far as 1 know : the copy has been coUated with the original since by
my friend Mr. Llywarch Reynolds of Merthyr Tydvil, and lastly I hâve
examined his corrections with the aid of the original manuscript. So I
am inclined to think that my copy as it now stands is tolerably correct.
John Rhys.'
Rhyl, Feb. 3, 1877.
The Aryan Orjgin of the Gaelic Race and Language, by the very
Rev. Ulick J. Bourke, M. R. I. A., etc., 2'^ éd. viii-512 p. petit
in-8°. London, Longmans, 1876. — Prix : 9 fr. 50.
Nous avons déjà eu occasion de signaler les efforts d'un des plus fer-
mes champions de la langue irlandaise en Irlande, M. l'abbé Ulick
J. Bourke, directeur du petit séminaire de Tuam (cf. t. II, p. 148). Le
peuple irlandais désapprend tous les jours sa vieille langue, et M. B.,
dans ce nouveau livre, nous révèle les plus tristes et les plus étranges
exemples du complet dédain de ce qui est le symbole le plus vivant de
la nationalité. En ce qui concerne la grande région occidentale tradition-
nellement appelée le Connaught et qui a été de tout temps le centre de
la langue et de la nationalité irlandaise, deux comtés seulement, ceux de
Mayo et de Galway ne sont pas entièrement envahis par la langue
anglaise; l'irlandais y est parlé par les neuf dixièmes de la population
rurale; mais là encore la classe moyenne ne le parle plus, quand elle le
parlait il y a trente ans. Les gens du peuple qui parlent irlandais entre
eux affectent de ne pas le comprendre quand ils sont interpellés par
quelqu'un qui n'est pas de leur condition, même quand c'est un prêtre
patriote comme M. B. : « Oh! 1 know how to speak English, your
Bibliographie. 289
Révérence; 1 am noi so ignorant as you seem to think me to be. » Telle
est la réponse que s'est attirée un jour M. B. (p. 73).
C'est pour combattre ces tendances et ce dédain de la langue irlandaise,
qui de la classe moyenne gagne le peuple, que M. B. a écrit ce livre sur
l'origine aryenne de la langue irlandaise. Comme on voit par le titre, il
n'y a là rien de nouveau pour les savants du continent : cet ouvrage est
destiné à inspirer aux Irlandais l'estime de leur langue et de leurs tra-
ditions nationales : il montre l'origine aryenne de l'irlandais, sa parenté
avec le sanscrit et les autres langues indo-européennes, son importance
philologique, la richesse et l'ancienneté de sa littérature, etc. Par la
chaleur communicative de son style, il est propre à réveiller le patriotisme
des tièdes, surtout dans le clergé catholique qui seul peut quelque chose
pour conserver la langue irlandaise. — Nous ne partageons pas l'opinion
de M. B. sur plusieurs points et notamment sur des questions où l'en-
thousiasme de l'écrivain irlandais se donne souvent libre carrière, notam-
ment le caractère indigène de l'entre-lacs et l'origine payenne des Tours
Rondes ; mais la place ne nous permet pas de discuter ici ces questions.
H. G.
Anciens évêchés de Bretagne, histoire et monuments, parJ. Geslin
DE Bourgogne et a. de Barthélémy. 1855-1864, 4 volumes in-8".
On annonce le prochain achèvement de cette savante publication qui
n'est pas assez connue des celtistes. Je sais trop mal l'histoire de Bre-
tagne pour discuter les doctrines historiques des auteurs, mais je suis
étonné de n'avoir jamais vu citer par les linguistes les nombreuses
chartes que cet ouvrage contient. Pour l'étude du breton armoricain
antérieur à sainte Nonne, on s'est jusqu'à présent contenté de D. Morice
et du Cartulaire de Redon. On ignore qu'il y a dans l'ouvrage de MM. G.
de B. et A. de B. environ mille chartes publiées d'après des originaux
du xii^ au xv'= siècle et généralement d'une façon beaucoup plus exacte
que ne l'avaient fait soit l'auteur de l'Histoire de Bretagne, soit le laborieux
éditeur du Cartulaire de Redon. Je signalerai surtout comme d'une impor-
tance fondamentale les 398 chartes de l'abbaye de Beauport, analysées
en petit nombre, publiées in extenso pour la plupart, d'après les originaux
des archives des Côtes-du-Nord. J'ai pu les collationner à la préfecture
de Saint-Brieuc lors de la mission en Bretagne que j'ai eue du ministre
de l'instruction publique en 1872, et j'ai trouvé très-peu de corrections
à inscrire sur les marges de mon exemplaire.
Entre autres faits intéressants je citerai kaier, forme du moderne ker
dans des chartes de 1202 et 1244 '^- ^V, p. 17, i i6i, l'adjectif /'«naz/ec
Rev. Celt. III 20
290 Bibliographie.
(aujourd'hui balanek) en 1 2 50 (p. 88), le surnom de « le kadre » (aujour-
d'hui kaer) «beau « en 1251 (p. 91), le substantif co/7 (aujourd'hui ito^f)
« bois n en 1245 et en 1247 (p. 120, 128). On disait déjà nevez en
1248, au lieu de novid, en gaulois novios « nouveau » fp. 129), coz
« vieux » en 1259 (p. 1 5 3), baelec « prêtre » en 1 160 (p. 147), coffec
« ventru » en 1263 (p. 165), marec « cavalier » en 1264 (p. 169).
Comme exemple des quelques fautes d'impression que j'ai remarquées
je signalerai, p. 114, dans une charte de 1242, Pol-bleiz « trou de
loup » qui a été imprimé Polhreiz avec un r au lieu à'I. Mais les auteurs
ont eu la sagesse de conserver le k barré de kanec, aujourd'hui kreac'h
u montée » 'p. 185). J'ai vu d'autres écrivains traduire ce k barré par
ker parce que tel est l'usage moderne ; comparez à kanec le kanovenn
(aujourd'hui ^r(20ue/î/z) « noix, « du Catholicon.
L'étude de documents comme ceux qu'ont publiés MM. G. de B. et
A. de B. peut faire faire de grands progrès à l'histoire du breton armoricain.
H. d'ARBOIS de JUBAINVILLE.
LucKE. Grammaire des dialectes celtiques dans ses rapports avec la
langue française, in-4% 21p., dans le Jahresbericht du Gymnase de Schleswig
pour Pâques 1876. — Ce travail malgré son titre ne concerne guère que le
breton de France et le gallois. L'auteur dit qu'il a été forcé de retrancher une
partie faute de place. En effet, après avoir parlé de la phonétique, de l'article,
du nom, du nom de nombre, du pronom et de l'adjectif, il s'arrête au moment
d'entamer le verbe. On doit louer M. L. d'avoir réussi à écrire dans un français
aussi pur, de donner à ses lecteurs des notions généralement aussi exactes avec
autant de brièveté et de clarté. Mais il y a peu de choses nouvelles dans ce
travail, sauf des doctrines bazardées qui tiennent à ce que l'auteur n'a pas de
son sujet une connaissance suffisamment approfondie. Par exemple : l'adjectif
breton ne s'accorde pas avec le nom auquel il se rapporte, le même phénomène
se produit en anglais. M. L. en conclut que la grammaire anglaise a subi une
influence celtique : il a négligé de s'enquérir si la suppression des désinences
casuelles appartenait dans les langues celtiques à la période celtique proprement
dite ou à la période néo-celtique. Une dissertation bien étudiée sur un point
de grammaire déterminé aurait été plus profitable à la science qu'une accumula-
tion d'observations superficielles.
H. d'Arboi? de Jub.\inville.
Nous avons en outre reçu les publications suivantes :
W.-H. Patterson. On some ancient sepulchral Slabs in the
Counties of Dcwn, Antrim and Donegal, 4 p. in-8° avec 2 pi. Dublin,
1876. Résumé d'une communication faite à l'Académie d'Irlande par M. P. Les
dalles funéraires dont elle traite sont remarquables par des croix gravées en
creux et diversement ornées.
Bibliographie. 291
P. Levot. Daoalas et son abbaye, 78 p. in-8% i pi. Brest, Lefour-
nier, 1876. Monographie détaillée d'une des importantes abbayes de l'ancienne
Bretagne.
Th. Kersl.\ke. a primaeval British Metropolis, -with some
notes on the ancient Topography of the South-"Western Penin-
sula of Britain, 108 p. in-8\ Bristol, Kerslake, 1877. Le manque de com-
pétence nous interdit d'apprécier ce travail, nous nous bornons à le recom-
mander aux savants qui s'occupent de la géographie de la Grande-Bretagne dans
les premiers temps de l'introduction du christianisme.
Congrès archéologique de France, xlij« session; séances générales
tenues à Chàlons-sur-Marne en 187^, par la Société française d'archéologie pour
la conservation et la description des monuments, in-8° de xlviij-502 p. Tours
et Paris, 1876. — Ce volume ne contient qu'un article rentrant dans notre
cadre; c'est (p. 86-1 16) le mémoire de M. Morel sur les fouilles du cimetière
gaulois de Somme-Bionne (Marne) (Gaulois sur son char et objets étrusques).
— Nous lisons à la p. 20 l'étrange note que voici : « M. Lebeuf, ancien habitant
du département, envoie d'Avranches une caisse d'objets antiques recueillis dans
la Marne: une brique trouvée au Mont-Aimé, portant l'inscription TAPRONIA,
U divers autres objets Gaulois avec des inscriptions en caractïres inconnus, etc. »
Que penser de cette assertion ? Si elle est exacte, les directeurs de la Société
française doivent à la science ces « inscriptions en caractères inconnus, n Ce
sont des inscriptions d'abord dédaignées qui nous transmettent les rares débris
du gaulois. 11 serait à désirer que M. Palustre, directeur de la Société française
d'archéologie, voulût bien étudier cette question.
Nous sommes forcés d'ajourner au prochain numéro le compte-rendu des
ouvrages suivants :
Les premiers habitants de l'Europe d'après les auteurs de l'antiquité et les recherches
les plus récentes de la linguistique, par M. d'Arbois de Jubainville, correspondant
de l'Institut, in-8° de x-5^0 p. Paris, Dumoulin. — Le nom de l'auteur suffit
du reste à recommander ce livre à nos lecteurs.
Bonifacius, der Apostel der Dcutschen und die Romanisirung von Mittelcuropa
von A. Werner, in-S" de 466 p. Leipzig, Weigel.
The Language and Litcrature of the Scottish Highlands, by J.-B. Blackie, in-8''
de xi-531 p. Edinburgh, Edmonston and Douglas.
Wald und Feldkulte, Zweiter Theil, von W. Mannhardt, in-S" de xL-359 p.
Berlin, Borntrsger. — Tome II de l'ouvrage précédemment annoncé p. 1 20.
Three Middle-Irish Homilies or the lives oj Saints Patrick^ Brigit and Columba.
Edited by Whitley Stokes, in-8° de xii-140 p. Calcutta.
Ueber Druidismus in Norikum, von Franz Ferk, in-S" de ^0 p. Graz, Leuschncr
und Lubensky.
Der Rhein und der Strom der Kultur in Kelten-und-Ramerzeit, von D' C. Mehiis,
in-8'' de 44 p. Berlin, Cari Habel.
Fouilles faites à Carnac (Morbihan) par James Miln, 2^3 p. in-4" avec planches
et gravures. Paris, Claye, 1877.
292 The congress of the liritish archdological Association.
THE CONGRESS OF THE BRITISH ARCH^EOLOGICAL ASSOCIATION
IN CORNWALL (1876J.
Last year the British Archasological Association held its congress in a région
especially interesting to Celtic students i. e. the Cornwall (Cornouaille) of
Engiand. For many âges after the landing of the Saxons the British Celts kept
their independence not merely in Wales, but in the extrême promontory of the
far West which the Romans called Dumnonium » but they designatedas^Kernou".
Although the warrior j^thelstan or Athelstan, king of the Saxons, did ulti-
mately (but long after the union ofall Engiand under king Egbert), conquer the
Cornish people (till then an independent nation under their native kings), yet
there was a kind of independence of Cornwall until William the Conqueror
overcame Condorus, the last of the Cornu-British princes, and gave the earldom
of Cornwall to Robert earl of Moreton. Still though, eight hundred years hâve
passed since the Norman Conquest, Cornwall is only partially and in certain
sensés a mère county of Engiand. During the middle âges it seems often to
hâve been recognised as a subject state distinct from Engiand, but annexed to
the crown like a lesser Wales or Ireland. Even as late as the reign of Richard
the Third i. e. the end of the XV century, deeds speak of '^Anglia et Cornubu "
as oftwo distinct and adjacent countries, andin the seventeenth century an old
geographer speaks of the River Tamar as the western border of Engiand,
"beyond which is Cornwall". During ail the Middle Ages it would seemthat the
prevailing speech of the county was not English, nor any dialect of Anglo
Saxon, but the "Old Cornish" a Celtic speech more nearly allied to Breton
than to Welsh, in fact the Breton sailors who came to the Cornish sea ports
could make themselves understood and vice versa. The language by degrees, after
the Reformation had introduced the English service books, died out, and Dolly
Pentreath was buried at S. Paul (S. Pol-de-Leon ?) near Penzance in 1778
where a granité tomb has been reared to her memory and that of the dead Cor-
nish language by Prince Lucien Bonaparte. The old Celtic tongue of Kernou is
not quite so dead as is commonly supposed. A very interesting paper was read
before the Philological Society of London in February 1876 on "Traditional
Relies of the Cornish Language in Mounts Bay" in 1875 where is shown how
not only the numerals, but eventwoor threesentences were remembered by some
of the old people. Speaking generally, although the Cornishmen now use
English as a vernacular, yet not merely is that language spoken with a foreign
i. e. a non-Teutonic accent, in otherwords syllabically, with the accent on the
ultimate or penultimate syllableof the sentence in a sort of musical cadence, but
also a considérable number of true Cornu-British Celtic words, possibly about
200, are still imbedded in common speech, which words not merely are not to
be found in an English dictionary, but actually do not spring from Anglo-
Saxon or Teutonic roots; they are bonâ fide Celtic words mixed up with English.
The people may still be considered, though a very mi.xed race, yet one in
which the Cornu-British, or Celtic élément prédominâtes. Especially is this true
of the mining districts and hilly table-lands of the interior. The population of the
Périodiques. 293
tûwns (though not perhaps to the extent it might be supposed in this "âge ot
raiiways"), is no doubt partially Anglo Saxon, while on the seaports and west
coast tradition points to a Danish (i. e. "the Red haired Danes"'), a Spanish
(aroundtheLand's End)and perhaps Jewish or Phenician intermixture. Cornwall
is full of legends of Jews settling there. Whether this be true or not it is
difficult to say, but the story must hâve had some origin. Possibly the Phœni-
cians may hâve been the people designated by the term "Jew" in the Middie
Ages, as a sort of generic term for Asiatic. A very curious but fancifui paper on
the subject of Jews in Cornwall was read by D' Margaliouth before the Con-
gress at Bodmin. A good deal has been written on this subject by Prof. Max
MùUer in his -'Chips of a German Workshop" vol. III.
The Congress opened under good auspices. The Duke of Cornwall i. e. the
Prince of Wales (for the Duchy of Cornwall belongs to the heir apparent of
England) was Patron, the Earl of Mount Edgecumbe was Président. The pro-
ceedings opened with a Déjeuner given by the Earl at his château of Cothele,
on the banks of the Tamar and followed at Bodmin by a very able and learned
address by the Président on Cornish Antiquities. The proceedings lasted 10 days.
Among the places visited were Tintagel (the legendary scène ofArthur's Round
Table), Camelford, Launceston andRestormel (the two great castlesof the Earis
of Cornwall), Lostwithiel, S. Neots Church (one of the best spécimens of a
mediaeval church in England, almost untouched by iconoclasm), Truro (the
real capital) Falmouth, Pendennis Castle (about which an entire volume has just
been printed), Penzance, Boscawen, Uncircle, the Land's End (where a paper
was read by Rev. W. S. Lach Szyrma), Buryan Church (the old " royal
peculiar"), the Cave dwellings at Trewoofe, Bolleit circles, Chun Castle, S.
Just (with its famous Plan-an-Guâre for miracle plays), Chapel Uny, S. Michaels
Mount (where papers were read on the gênerai and military history), the Chy-
sauster bee hive huts, the Mèn Scryfa, the Men-an-tol, the Lanyon Quoit, Madron
Church and Sancred, etc., etc. Several very valuable papers were read at
Bodmin and Penzance. On the whole this Congress of 1876 was considered as
one of the most important the British Archaeological Association has yet held.
PÉRIODIQUES
Revue de Bretagne et de Vendée, 4^ série, t. X, 5e livraison (nov. 1876).
Le volume imprimé de la Bibliothèque nationale, coté Y 6183, d'après lequel
M. de la Villemarqué a donné son édition du Grand Mystère de Jésus, contient
aussi trois autres poèmes bretons du xvio siècle. Encouragé par le favorable
accueil que la publication du Grand Mystère a reçue des celtistes, notamment de
M. Whitley Stokes qui lui a consacré dans le t. V des Beitr., p. 213 et suiv.,
21 pages de compte-rendu, et qui l'a souvent cité dans ses Mittelbretonnisch-
unregelmassigc Vcrba {ibid.^ p. 306), et de M. Ebel qui a fait dans son édition
de la Gr. C. un fréquent usage du Grand Mystère de Jésus, M. de la V. a com-
mencé dans la Re^iue de Bretagne et de Vendée la réimpression de trois poèmes
294 Périodiques.
qui restaient inaccessibles à la plupart des celtistes dans le rarissime et pro-
bablement unique volume Y 6183. Il vient de faire paraître la pièce intitulée :
Tremmvan an ytron gucrches Maria : Trépas de Madame la vierge Marie.
L'intérêt principal de ce document consiste en ce qu'il nous fait connaître
divers faits grammaticaux non signalés jusqu'ici. Ainsi la Gr. C^., p. 133, nous
apprend que dans le breton glat « pays, bien, seigneurie », \e g initial tient
lieu d'un v primitif, qui a été plus tard prononcé gu; comparez gulat{imperium),
dans le Juvcncus de Cambridge, ix« siècle, et ylatos dans là légende d'une
monnaie celtique bien connue. Il est intéressant de trouver dans le Trcmcnvan
le même mol écrit gloat = golat, avec une métathèse de \'o=^u qu'on rencontre
encore aujourd'hui dans gloan « laine », écrit gulan dans les gloses d'Oxford,
et qui suppose un primitif vlana ou vlanâ.
Nous pouvons signaler aussi comme curieux un passage où le prétérit
guère « je fis », aujourd'hui cure, est employé comme auxiliaire : Denunciaff pur
a guère, « il annonça » (strophe 46, cf. Gr. C^, p. 594; Bcitr., t. V, p. 354).
La tonne rocantckz (strophe 57) du breton moderne rouantelez « royaume »,
peut donner lieu à un rapprochement instructif avec le roantelaez du Grand Mys-
tère, p. 141 (7 (cf. Gr. C-, p. 847). La première syllabe de roeantelez a gardé
la diphthongue oe = ê qui se trouve écrit oi dans le roiant = rcgantos du cartu-
laire de Redon [Gr. C^, p. 99). La dernière syllabe de roantelaez a conservé la
diphthongue ae = act, d'où restitution de rêgantâlada- comme forme primitive
exigée par le breton moderne rouantelez {Gr. C'^, p. 241,805,818, 847). M. de
la V. a accompagné son texte d'une traduction. Ce travail, en l'absence de dic-
tionnaire complet du moyen breton, présentait de sérieuses difficultés. Quoique
généralement M. de la V. en ait triomphé, je ne suis pas sûr que le succès
ait toujours répondu à ses efforts. Ainsi : présidantes en nef louan
(var. louman) ha rouanez, traduit par « présidente, pilote et reine du ciel »
(strophe 3, v. 3-4), veut dire suivant moi « présidente alors et reine du ciel: »
louan ou mieux lon^an se trouve déjà avec le sens d'« alors » dans le Grand mys-
tère, p. 2 12, col. 2; et c'est un adverbe composé i" de lo « jour » identique à
l'irlandais laa, lae (Gr. C^, p. 45, 178); 2° du pronom démonstratif md/2 (Gr.
C2, p. 619, cf. Beitr., t. V, p. 224).
Dans la strophe 5, vers 3-4 : A mir hat Adam ouz cafvoez ; Nep a pet goar he
trugarcz, au lieu de « elle préserve de tous chagrins quiconque de la race
d'Adam implore humblement sa pitié », il faudrait ce me semble, « qui préserve
de chagrin la race d'Adam; quiconque prie, sait sa miséricorde. » A la strophe
28, V. 3-4 : hammiret oz pep quoscor a drouc morchet, traduit par : « Préservez-
moi de tout ce qui produit le sommeil de la mort », signifie suivant moi : « Et
préservez-moi de toute la famille du mauvais souci ». Les mots quoscor ou co^cor
« famille » plus anciennement « satellites » et morc'hed « souci » manquent
dans le dictionnaire de Le Gonidec. Mais ils se trouvent tous deux dans \tCatho-
licon et le premier a été étudié successivement par Lepelletier, Dictionnaire, col.
163, et par Ebel, Gr. C-, p. 1062. Le second, mentionné par Grégoire de
Rostrenen au mot « inquiétude », est employé dans ce sens dans Ar pevar
mab Emon, 1866, p. 74 :
Nécrologie. 295
Ne meus morc'hct, sir, eus a guement se,
Et p. 99:
Sir me a denyo sur^ nebon ne vangin quet ;
Eus va oboissanç n'ho pi ktt a vorc'het.
M. de la Villemarqué a ajouté morched dans son édition du dictionnaire breton-
français de LeGonidec, mais sans rendre exactement le sens de ce mot.
Ce sont tout cela des taches légères et nous attendons avec impatience l'achè-
vement de la publication si instructive de M. de la Villemarqué.
H. d'Aruois de Juhainville.
NÉCROLOGIE.
Depuis la publication de notre dernier numéro, nous avons perdu un de nos
meilleurs amis, et le pays de Galles un de ses meilleurs philologues, dans la per-
sonne de M. John Peter, né à Bala, le 10 avril 1833, et mort dans cette ville le
17 janvier 1877. M. Peter était ce que les Anglais appellent un self-made man,
c'est-à-dire qu'il avait dû se donner à lui-même, par le travail et le
zèle de son âge •viril, l'instruction qui avait manqué à sa jeunesse. Il avait poussé
ses études dans deux sens bien différents, vers une branche des sciences natu-
relles dans laquelle il excellait, la géologie, et vers la philologie. Le but de ses
études philologiques était l'examen scientifique de sa propre langue, trop long-
temps laissée en Galles aux élucubrations de l'école de Pughe et d'Iolo Mor-
ganwg; c'était aussi la vulgarisation des résultats de la philologie celtique telle
qu'elle est constituée par les travaux de Zeuss et de son école. Il était sans
contredit — après M. Rhys — le plus distingué des jeunes philologues du pays
de Galles.
M. Peter était ministre de la secte protestante des Indépendants et professeur
au séminaire ou collège que cette secte entretient à Bala. C'est en dehors de ses
devoirs professionnels qu'il s'occupait de philologie. Il a écrit d'assez nombreux
articles dans les revues et plus particulièrement dans les revues galloises de son
pays, dans le Bcirniad, dans le Traclhodydd, dans le Dysgedydd, et dans la revue
galloise récemment fondée à Londres, le Cymmrodor. Nos lecteurs se rappellent
l'article qu'il a donné au tome I de ce recueil sur la phonétique galloise. Dans les
articles écrits pour ses compatriotes, M. Peter se proposait surtout de les fami-
liariser avec les méthodes et les résultats de la grammaire'comparée des langues
celtiques. Nous savons qu'il méditait d'écrire une grammaire historique de la
langue galloise, une sorte de Brachet gallois, ce qui eût été une œuvre d'excel-
lente vulgarisation ; et l'article qu'il avait tout récemment donné au Cymmrodor
sur les particules galloises semble un fragment de l'œuvre projetée, mais nous ne
pensons pas qu'il ait pu l'achever. M. Peter est mort dans la force de l'âge
avant d'avoir eu le temps de donner sa mesure, et de remplir les promesses de
son talent. — La revue galloise Y Darlunydd a donné un très-ressemblant
portrait de M. Peter dans son numéro de mars 1877. — Ce n'est pas sans
296 Nécrologie.
tristesse que nous consacrons ces quelques lignes à sa mémoire, en pensant
aux longues journées que nous avons passées avec cet excellent homme dans la
charmante et hospitalière ville de Bala.
Nous devons aussi mentionner la mort de M. John Jûhnes, de Dolaucothy
(né en 1800, mort le 19 août 1876), quoique M. Johnes ait plutôt protégé que
pratiqué les lettres galloises. Le lâche assassinat dont ce Gallois éminent et patriote
a été victime a excité une vive émotion dans la principauté. L'Archaologia Cam-
brcnsis, en annonçant la mort de M. Johnes, nous apprend qu'il avait formée
Dolaucothy une collection d'antiquités romaines, découvertes sur ses terres et
dans les environs. H. G.
CRÉATION DE CHAIRES DE PHILOLOGIE CELTIQUE.
Bien que ce numéro paraisse sans chronique, nous ne pouvons pas le fermer
sans annoncer la création récente de deux enseignements de philologie celtique.
Au mois d'octobre 1876, M. Waddington, ministre de l'instruction publi-
que ^, a institué une conférence de langues et de littératures celtiques à l'école
pratique des Hautes-Études de Paris et il a bien voulu en charger le directeur
de cette Revue. L'honneur qu'il nous a fait en cette circonstance ne nous permet
pas d'apprécier cette mesure, et nous nous bornerons à lui en exprimer ici
publiquement notre sincère reconnaissance. Les études celtiques prenant leurs
racines des deux côtés de la Manche et rattachant les Iles Britanniques et la
Gaule dans une étude commune, nos lecteurs s'applaudiront avec nous que la
création de cette conférence soit l'œuvre d'un ministre qui, comme M. Wad-
dington, tout en étant excellent Français, est Anglais d'origine, et ancien élève
d'Eton et de Cambridge.
*
♦ ♦
Quelques mois plus tard, la chaire de philologie celtique qu'il était question
de créer à Oxford, était définitivement établie. C'est le Collège de Jésus (le collège
gallois d'Oxford) qui avait pris l'initiative de cette institution; c'est un savant
gallois, connu et apprécié depuis longtemps des lecteurs de cette revue, M. John
Rhys, qui a été nommé professeur de philologie celtique à l'Université d'Oxford.
M. Rhys va ainsi reprendre et continuer l'œuvre inaugurée, il y a un siècle et
demi, à Oxford même par son illustre compatriote Edward Lhuyd.
Ajoutons à ce propos qu'une revue illustrée du pays de Galles, Y Darlunydd,
dans son numéro de décembre 1876, a publié une biographie de M. Rhys, avec
une gravure reproduisant les traits aimables de notre savant ami. H. G.
I. Pour nos lecteurs étrangers il n'est peut-être pas inutile d'ajouter que M. Wad-
dington, récemment ministre de l'instruction publique, est le membre de l'Institut connu
par ses travaux d'archéologie et d'épigraphie grecques.
Le gérant : F. VIEWEG.
Imprimerie Gouverneur, G. Daupeley à Nogent-le-Rotrou.
LISTE
DES NOMS SUPPOSÉS GAULOIS
TIRÉS DES INSCRIPTIONS',
L'abréviation O désigne les carnets de voyage de l'auteur ; ces carnets
seront déposés au Musée de Saint-Germain.
FaGO (Deo). Autel par Erdesmius, fils d'Er-
descus. Pyrénées. C V, p. 40.
FEVINAE, fille de Bellatvlus. Gratz,
en Styrie. Gruter 763, p. 6. Sa mère,
ATEGNATA. Sa sœur, Banona. Son aïeul,
BlRRACO.
FLETTIVS Gennalonis. Zeelande. Bramb.
27-
FLORIO, père de Sennavcivs. Alsheim.
Orell. 6828. Brambach, 914.
FREIOVERVS, fils de Veransatvs, tongre
de la I" cohorte asturienne. Brambach
1231. C' X, p. 13.
FRONTO, nom romain au nominatif, mais
aussi probablement gaulois. Voyez
Frontu. Fronto est d'ailleurs fils du gau-
lois Donnus. Nimes. C' XIV, p. 18.
FRONTU, mot écrit en langue gauloise sur
le menhir du Vieux-Poitiers. C' Vil,
p. 15.
GABRILA, GABRILLA, nom de femme, à
Tholey. Brambach 752, et 346.
GaBRO, datif. Musée de Strasbourg.
Brambach 190J. C' XXI, p. 25.
CABROMaGVS, ville du Norique.
GAMMI filiae Sabinae, helvète. Orell.
68j8.
GangvsSO (nis), père deVELMEOA, femme
belge. C II, 29.
GANNICA, nom d'une affranchie, femme
de T. NiGRius. Mur de l'église fran-
çaise, à Morat. C" X, p. 44.
GARGARIVS, locus. Herzog. N" 3(8. St-
Jean-de-Garguiès (Bouches-du-Rhône).
CAVADIABVS (Matronis). Juliers. Orell.
2086.
GEDDI, surnom d'homme. (Les D sont
barrés). Palatinat, Bramb. 1780.
GEDOMO nom d'homme. Saintes. Mur.
MCMXCIl, 3.
GENAVA, Genève. G' X, p. 40.
GENETVS, père de Lella. Musée de Co-
logne. C' VIII, p. 17.
GENGETIVS, Vaison. Orell. 5761.
GENNALO (-nis), père de Flettivs. Zee-
lande. Bramb. 27.
GERMANISSA viscari. Bernay. Orell.
5693-
GESATENIS (Matronis) Juliers, Orell.
2086. Bramb. 303, 617.
GIAMILLIVS, nom d'un citoyen des Mat-
tiaci. Musée de Mayence. C' X, p. 13.
Bramb. 1537.
GIAMILLVS. Brambach, 754. C' XX, p. 37.
GIAMIVS(Q.). C XX, p. I.
GIMIONIS nom d'homme au génitif. Turin,
Murât. MDXXXVIII, 6. Le n" 641 de
Brambach porte le nom GIMO qu'il faut
peut-être lire GIMIO.
I . Voir ci-dessus p. i $3.
Rev. Celt. III
21
298
Liste des noms supposés gaulois.
GIMMIONIA, GIMMIONIVS. C XX, p. 34.
Bramb. 860.
CISACVS (Deus), ex-voto. Le Vieil-Evreux.
C 111, p. 27.
GISON, fils de Senuennis (gén.). Haut
Comminges. Musée de Toulouse. C V,
p. 48.
GIXON. Ex-voto du musée d'Avignon,
trouvé à Tresque. C Xlll, p. 8.
GLANICO (-rum resp.), Saint-Remy
(Bouches-du-Rhône). C" IV, p. 52.
GOBEDBI, in.<;cription d'Alise. C I, p.
GRANNICVS, esclave. C I, p. 24 et
XXI, p. I.
GRANNO MOGOVNI (Apollini), datifs.
Brambach 484 ; 566, I, 614.
GVTAMIVS n. p. d'homme. I. H. 796.
HAEDVI, Eduens. Avenches, Orell. 360.
HALAMARDVS (Mars), Ruremonde. Orell.
2002. Bramb. 2028, add.
HALOISSO, surnom, au datif, d'une divinité
inconnue.
HAMAVEHAE (Matrones). Musée de Co-
logne, trouvé près Juliers. Orell. 2087.
C VIII. p. 15.
HANNA. C V, p. 39.
HANARRVS, Dannoricis filius. Herzog,
281. C V, p. 46.
HANNAXVS, fils d'AxiONN. C V, p. 40.
HARIASA. Cologne. Orell. 2003.
HARONTARRIS, nom masculin au génitif.
St-Bertrand-de-Comminges. Gruter. DC.
HARSPVS, père de Dannonio. C V, 37.
HARSVS, père de Tarbelex. C V, p. 52.
HELVETII. C. X, p. 37, 44 v°, 46 V,
47. Bramb. 890, 1227, 1639, 1640,
1679.
HELVORIX, Metz, Gruter, XII, 5.
HEROSSIS, nom d'homme au génitif, père
de Sembecconisa. Mur. i JjS, 10.
HORCOLA, tombe du Musée de Bordeaux.
C V, p. 3>.
HVCDIO, nom d'homme au masculin. Au-
tel de Kehalennia trouvé en Zeelande,
maintenante Leyde. C VIIII, p. 3.
HVNICIVS, autel à Sunuxsalis, Musée de
Bonn, provenant d'Eschweiler. C VIII,
p. 4S ; Bramb. 633.
HVNNV. C V, p. 39.
lAISIVS. Trêves. Bramb. 789.
lAMIVS, I. H. 767.
IaMMA, Bramb. 1066.
IaMMARVS, nom d'homme. I. H. 2942.
IANTVMAR1, gén. masc. (Mascivs). Alpes
Noriques. Gruter, 807, 5.
lANVSSIVS, fils de Ianussius Gedus. Be-
sançon, Orell. 4468.
lARILLA. Vienne (Isère). Gruter, 746, 3.
IARMVGIVS Deus. S' Veit. Orell. 5072.
lASSA, lASSIA, lASSIVS, lASSVS, Bram-
bach, 712, 846. C XX, M ; XXI, 13.
lASVS. Orell. J430, Brambach 1770.
lAVSVS, Musée de Bâle. C X, p. 26.
lAVSVCVS, Musée de Nîmes. C XV, p. 9.
IBLIOMARVS, trévire décédé en Dacie.
Muratori MXXXI, 2.
IBDVTVS. Brambach 1762. A Spire, selon
Steiner.
ICA ? fille de CoNcoNNETiAcus. Musée de
Bordeaux. C XVI, p. 32.
ICAVNI (Dea;, datif. Auxerre. Orelli 187.
ICCAVOS, fils d'OppiANus. C 1, p. 28 v
ICCIVS, Nîmes. Mur. XDLXXVI, 8 et
DCCVIII, 2. Valréas. Musée d'Avignon.
IDBANIS GABIABVS, déesses mères, à
Bonsdorf, Bramb. 625 ; à Cologne,
orelli 2083 ; Bramb. 519, 557, 558.
IDENNICA. Nîmes. Mur. LUI, 5.
IEDVS.SIVS, Brambach, 840.
lEILOM, Paris, Orell. 1993. Musée de
Cluny.
lESSlLO (-nis), filius Vindoroici. Gruter,
745, II.
lEVRV, verbe gaulois équiv' au \itin fecit.
C I, p. 17 v; p. 28 v% 30 ; C III,
p. 23 ; C VII, p. ij.
ILIATVS, ARioMANi pater. Vienne (Isère).
Gruter, 670, 3.
ILIXO, ILIXONI (Deo), Beauvais, prove-
nant des Pyrénées, Orell. 5897; C. V,
29; VI, 42.
ILLIOMARVS. Musée d'Orléans. C V, p.
28. Avignon. C XVIII, 24. — Cf.
IBLIOMARUS.
ILVNCONIS, nom d'homme au génitif.
ILVNNOSVS. C V, p. 31.
IMICIVS, lAssi (fil.'). C XX, p. 26.
IN, préposition gauloise. C I, p. 17 v°.
INCORILLA. Trêves, Porte noire. Voyez
Brambach 834 : p.-ê. TIGORILLA.
INDERCA Musée de Bordeaux. C XVI,
p. 16.
INDERCILLVS, père d'iNDERCA, trouvée
au Musée de Bordeaux. C XVI ,
p. 16.
INDVLIO. Musée de Strasbourg. C XXI,
p. 1 1 ; Brambach, 1916.
INOSVMOTVS. Vienne, Gruter, 717, 7.
Carinthie. — Trêves, Orell. 201 j;
Brambach, 855.
INTARANVM, nom de lieu. C I, p. 30.
lOENALIS. C 3, p. 47.
lOIMARO, nom propre trouvé sur une
stèle funéraire chez les Suessions. C
VIII, p. 4 et I p. 47.
lOINCATA (NvNDisiA), surnom d'une
femme. Bibl. de Bâle. C X, p. 26 v°.
lOINC.ATIVS ATTO. Trêves, Brambach,
825.
lOVINCILLVS, Brescia. Mur. MCCCLIII,
6.
lOINCISSIVS ATTVS , Brambach, 760.
Musée de Bonn.
lOVITCORIX, fragment de stèle du Musée
Liste des noms supposés gaulois.
d'Avignon, provenant d'Apt. C Xlll,
p. 29.
IPPO, nom masc, petit-fils de Vindo-
ROicvs. Grutér. 745, 11.
IRDVCISSA, nom d'un boïen, 6857 à
ISARa, l'Oise, nomgéograph.C'lI,p. 27 V''.
ISCITTVS Deus. C V, p. 39.
ITMaRVS, Aug. lib. Rome. Gruter, DCXV,
IVAV, datif, divinité topique. C VII, p.
42.
IVBRON, à Malaucène près Vaison. C
.xvili, p. 18.
IVIINA, autel taurobolique du Musée de
Bordeaux. C XVI, p. i.
IVMBERBER, C V, p. 3$.
IVMMA, fils d'ExoBNiu, citoyen médioma-
trice, Br. 1 572.
IVNGaTO, datif, fils de Tocius. Ratis-
bonne. Gruter, 709, 9.
IVNNA, femme de Ivmma, médiomatrice.
Bramb. 1 572.
IVORIX, nom de femme, Musée de Bor-
deaux. C' XVI, p. 12.
IVTVCCVS, stèle fun. avec trois bustes,
deux hommes et une femme. Musée de
Langres, p. 41.
IVVAVO, ablatif. Ancien nom de Salzburg.
Salzburg. Orell. 496.
K.\SSITaA02, nom d'hommes en carac-
tères grecs, tiré d'une inscription gau-
loise, de Nîmes.
KANETVM, Bernay, vase d'argent. Orell.
S885.
KARNITVS, C XI, p. 7.
KAPTA, nom propre sur un chapiteau, à
Nîmes. C' XIV, p. 7.
KVITOS, O XI, p. 7.
LABURO. Laybach (Carniole). Orelli 2017.
LAÇA VO (Marti aug.), Nîmes. Orell. 2018
G' XIV, 26.
LACERILIS. I. H. 4625.
LACTOR. Gruter, 29, 13 et 14. LACTO-
RATENSIS civitas, ibid. 30, i. Lec-
toure.
LADICVS (Jovis), I. H. 2525.
LAGANA, surnom de Pennavsivs. Inscrip-
tion trouvée à Caradunum, Carden,
cercle de Coblentz. Bramb. 712.
LAHA (Dea). C' V, p. 30. — LAHE, divi-
nité topique vue par Millin, au Musée
de Toulouse. Ex-voto de M. Lucius Ge-
minus ; Orell. 2016.
LALLA, LALLVS, C' XX, p. 27; Bramb.
825, 8$7.
LAN VISSA et ses fils. C' XX, p. 2.
LARRASONI, datif. Orelli 5893. Herzog
78, 79-
LATOB., près de Haselbach. Orell. 5281.
LATOBIO, datif. Carinthie, Orelli 2019.
299
LAXTIA, fille de Matidonnus. Tombeau du
Musée de Langres, C' XII, p. 39.
LE(DD1)GNATA, C' XXI, p. 22, Bram-
bach, 1845.
LEHERENNO, Dfo Marti. Aquitaine.
Orelli, 2020, 5894, 5895. C' V, p. 30,
3', J4, 35, 37-
LEITVRRONIS (Solimarvs). Trouve à
Brignon (Gard). Herzog.
LEKATOS. C' XI, p. 7.
LELAV, Brambach. 1872.
LELLA, fille de Genetus ; autel de ma-
trones, au Musée de Cologne, C VIII,
p. 17. Brambach, 333, 634.
LELLAVVO, nom d'homme. Bramb. 646 ;
p. -être y a-t-il Lellavvs.
LENO Marti Deo. Bramb. 840.
LESVRIDANTARIS, homme. 1. H. 2900.
LEVCETIVS (Mars). Musée Toussaint à
Angers. — Mayence. Brambach, 925. —
Wiesbaden. Brambach, 929. 930, 1540.
— Cf. Levcetia.
LEVCI, peuple de la Gaule Belgique. C XX.
p. 19. Orell. 5239.
LEXElA, fille d'OMBEXON. C X, p. 50.
LIAMARVS, père de Samorix. C XV, p.
27-
LICAIVSvel LICAVS, Seri filius. Brambach
IJI9-
LICCAVS, pater Sasai. Bramb. 232.
LICIRRO ou LIGIRRO, nom d'un pagus
à l'ablatif. Nice. Mur. MLIIII, 3.
LICNOS coNTEXTOS, nom propre suivi
d'un surnom. C I, p. 30.
LIFFIO, batave, père de Dacinus. Bramb.
40.
LIGVRES, Nice. Orell. (107.
LILLVTVS (..I), messin. C XX, p. 15.
LIMOGIVS. Milan. Mur. MDCLXI, 4.
LINGONAS, ace. pi., Alesia. Oreil. 2028.
— LINGONVS, Bourbonne-les-Bains.
Orell. 5880. — COL:oniae) LING(onum)
L(iberti). C XII, p. 25. Langres,
Gruter 263, 2.
LINVSI, nom d'homme au génitif. Nîmes,
Mur. MDCCLXXVIII, i.
LISCIVS, nom patronymique dérivé proba-
blement de Liscus, gaulois, dans César
(de bello gallico, édit. Nipperdey, 265,
13, 20; 266, 2, 4). Brambach 82$.
LITAVICCVS, dédicace à Nemausus sur
le tailloir d'un chapiteau. Le mot est
incomplet, les quatre premières lettres
ayant disparu. Nîmes, C XIV, p. 12.
— Musée de Langres, C Xll, p. 30.
— Musée d'Epinal, C" XXI, 2.
LITAVIS, épithète de Mars. C 1, p. 43 v .
LITOYMAPEOC, collection de M. de L3-
goy à St-Remy. Ma copie.
LITTIONIS, génitif masc, super insul.
Benaci, Gruter 733, >.
LITVCCVS, père d'ERAio. Vaison. Gruter
1121, 4.
Liste des noms supposés gaulois.
500
LITVGENA (PosT.) Celeia. Gruter 70 j, i.
— ANAVONIS uxor. Narbonne. Gruter,
995, 5-
— LITVGENIVS, Luxemb. Gruter 732,7.
LITVMARA, mère de Senovir, fille de
LlTAVlCCUS. C XXI, p. 2.
LITVONA, Narbonne. Gruter, 811, 2,
LOBESSA. Voyez Lovessl's.
LOHITTONNK ablatif. Gruter 764, I. St-
Bertrand-de-Comminges.
LONVSVS, nom propre. Sens, inscr. p.
3J-
LOVATVS, 1. H. 681.
LOVBA, Gastinasi filia, ubienne Bramb.
275.
LOVCETIO Marti, et LeVCETIO Marti ;
lames de bronze trouvées* à Marien-
born près Mayence. Un autre LOVCE-
TIO (M.) trouvé à Walcot Britanniae,
avec Nemetona. Orell. 5898. — Cf. Lev-
CETIUS.
LOVESIVS, A. I. H. 2380, 2467.
LOVESSVS 2518. Muratori, MCMLXXXIII,
1. LOBESSA 79, 346, 581. 387.
LOVSONNA, LOVSONNENSES (Vicani)
Vidy. Orell. 324.
LVCASSONI, nom d'homme au datif.
Mur. MCCLVl, 4, Brescia.
LVCTERIVS, cadurque, grand prêtre à
Lyon. C 11, p. 19.
LVGOVES , sur le tailloir d'un chapiteau
de colonne corinthienne, en lettres creu-
ses de 12 cent., ayant reçu des carac-
tères en bronze, dont l'un subsiste, le
dernier. C X, p. 46 v", Musée d'A-
venches.
Ce même nom se retrouve en Es-
pagne, chez les Celtibères, à Osma,
l'ancienne Uxama, sur un autel élevé
aux Lugoves donné par un personnage
à peine dénommé au collège des tail-
leurs.
Il semble donc que les Lugoves étaient
des espèces de matronae, protectrices
des ouvriers tailleurs d'habits. (Hùbner,
2818.)
LVGVADICVS, 1. H. 2732.
LVGVDVNI, Lyon, 382, I, fréquent. —
LVGDVN'l, plus rare. — LVGDV-
NENSES, Gruter 649, 7. — LVGVDV-
NVM, nom primitif de Lyon. C XIV,
p. 16, 3, et C n" 22, 23, 25, 26
passim. C VIII, 29 \\
LVTONIS, nom d'homme au génitif. Mi-
lan. Mur. MDCLXI, 4.
LVTTACVS , nom propre. C XV , p.
12. Ni usée de Nîmes, stèle d'ex-voto.
LVTTIVS, civis Lugdunensis. Gruter 894,
2. Orell. 4447.
LVTTONIVS, Cologne. Bramb. 90?.
LVXOVIO. Luxeuil. Orell. 2024.
MaCCO, surnom joint à un nom demi-
effacé. Brambach 1 192.
MACEMARVS, Celeia. Gruter 702, 11.
MACENA, Macemari uxor. Gruter 702,
II. Cf. Magena.
MACIRIVS, messin. C XX, p. 2.
MADICENVS. Gumiel, entre Aronda et
Lerma. Mur. MCDLXXVIIII, 12. Cf.
Medvcenvs I. H. 162,
MADICONIS, nom d'homme au génitif.
Murât. MCCLVl, 4.
MAELO, I. H. 749.
MAGEMARVS. Baiae. Mur. DCCCXXXII,
4-
MAGENA, fille de MAcemarvs. Baies.
Mur. DCCCXXXII, 4. Cf. Macena.
MAGIACVS. père de Banvca. Orelli 4900.
MAGIDIVS BOISCVS. Narbonne. Gruter
983, 10.
MAGILIVS, I. H. 2907. C II, p. 4 v°,
p. 54 v% p. 56.
MAGILO CLOVTl, I. H. 809, 865, 2633,
305 1. V. Bodecivs.
MaGIORIX et Quintus, Secundi filii. C
XXI, p. 6, Natalis filio (... origi).
MAGIRRA etSVRIO, nom. Brescia. Orell.
4826.
MAGIRVS, père de Secundus et filsd'Avc-
TOMARvs. Celeia. Gruter 733, i.
MAGISSA, Brambach 1780.
MAGISSIVS Attianus et MAGISSIVS Hi-
hernus, custos armorum leg. XXII prim.
pro fide. C XXI, p. 12.
MAGIVS, -A, citoyens ^de Verceil. Cippe
funéraire du Musée d'Avignon trouvé
à Vaison. C XIII, p. 32. — Nîmes.
C XIV, p- 35, 31 ; C XV, p. 19.
Voir aussi Gruter. C I, p. 10. C VIII,
p. 5. I. H. 709, 922, 926.
MAGLIVS, père de Pâma. C XXIII, p. 11.
Orell. 5217.
MAGLO (Deo), à Dax.
MAGNIANVS, fils de Marisca. Musée de
Langres. C XII, p. 43, 44.
MAGVLIO, I. H. 2825.
MaGVLVS, près Vérone. Mur. MCDI , II.
Cf. Taximagulus (César, édit. Nipperdey),
360, 9.
MAGVNIA, Stèle fun. du Musée de Lan-
gres. C XII, p. 46.
MAGVSANVS (Hercules), autel trouvé à
Bois-le-Duc. Musée de Leyde. C IX, p.
5. Rein. 39. i. — Ecosse, par un
tongre. Orell. 5729. Brambach 51, 13O)
MAHLINEHAE (matronae), autel du Musée
de Cologne. C VIII, p. 17.
MALDVA, I. H. 2680.
MALSONIS, gén. masc. Gruter 763, 6.
MALVISaE, surnom de déesses {Diae).
Autel du Musée de Cologne. C VIII, p.
18. Orell. 2089.
MAMMAIVS. O 11, p. 5.
Liste des noms supposés gaulois.
MAMMISSO ? (-onis), surnom de femme.
Musée de Langres. C XII, p. 32.
MANGO, nominatif. Tremosine, près Bres-
cia. Muratori MCCXCV, 6.
MAPONVS Deus, Oreil. )900 ; Cumber-
land. — Histrio rocabaius. Bour-
bonne-les-Bains, dessins de Saint-Ger-
main.
MARFVS, père de Vassorix. Brambach
i8$8.
MARICATVSA. Tombe de femme. Musée
de Bordeaux. C XIX, p. 14.
MARIO (-ni), Gruter 73?, 5.
MARISCA ou MARISCVS. Tombe du Musée
de Langres. C XII, p. 44.
MAROSALIK.NSES. M3rsal. Orell. 5214.
MARVLIA MARVLLA. Stèle fun. d'Aug.
Rauracorum. C X, p. 29.
MARVLLVS, messin. C XX, p. 8.
MASCIVS, fils de Beccon. Orell. 4901.
MASMA(?), femme. C XVI, p. 38.
MASSAVA, nom de lieu. Inscription votive
trouvée à Mesves. Estampage.
MASSILIENSIVM (Resp.). Herzog. 610.
MaSSO (Helvius), decurio Viennensis. Her-
zog, 543-
MASVCIO (-onis), nom isolé. Musée de
Bâle. C' X, p. 26.
MASVO (onis), surnom d'une Odatia.
Musée de Mayence. C X, p. 47.
MATAVO (pagus). Herzog. 385.
MATERIONA Cattai filia. Orelli 6858.
MATICIVS. Tombe à Amsoldingen. C'
X, p. 46.
MATIDONNVS. Tombe du Musée de Lan-
gres. C XII, p. 39.
MATO. Bordeaux. C XIX, p. 2. — Mâcon,
ma copie.
MATRAE, déesses. Sur une arula du Mu-
sée de Nîmes. C' XIV, p. 14. Helvétie,
Alsace. Orell. 2080. — Besançon. Orell.
2091.
MATRONA, divinité topique de la Marne
qui avait un temple à Langres. An-
nuaire de la Haute-Marne de 1838, ma
copie. — Ce nom appartenait aussi au
mont Genévre ; Itin. de Bordeaux à
Jérusalem, 5 56, ou plutôt à la source de
la Durance dans le col où passait la
route d'Italie. — Voyez comme surnom
d'Otacilia, Bramb. 1836, et comme nom
d'une helvétienne, fille de Covatullus,
Bramb. 1859.
MATTAI CARaSI. Bramb. 1863.
MATTIACI. Cassel. Orell. 5243.
MATTIACORVM (civitas), monuments reli
gieux du Musée de Mayence, C' 10, p
12 et 13. Orelli 4983, 565 j- Bramb
897, ■31J. '3'6, 1330. '336.
MATTIVS, père d'AxTVRvs. Br. 1825 à
Spire. — Salinanvs, sur un autel à
Minerve, à Saint-Guiraud (Gers). G' V,
33-
301
MATTO; ce nom peut être latin. Brambach,
1207.
MATTONIVS, civis Tribocis. C' XXII, p. 2.
MATTVCIA, fille de Matuccius (sic). Nice.
Mur. MLIIII, 3.
MATVA. Tombe de Sulpicia Matua du
Musée de Bordeaux. O XVI, p. 4. —
Monum. à Claudia Matua, ibid. C XVI,
p. 25.
MATVCCIVS. Salerne. Mur. MMLXXIIII,
7. — Voyez Mattucia.
MATVGENIA, Soleure. Orelli 410. —
Langres, Annuaire de la Haute-Marne,
p. 342.
MATVGENVS, boien des Landes, Musée
de Bordeaux. C XIX, p. 10. — MATV-
GENA (ou -NVS). La.ngres, Gruter
925, 4-
MATVGIVS, près Uzès. Mur. MDCCVllII,
9. MATVGIVS, ib. MCCLXVI, 8.
MATVNA, I. H. 1209, 2746.
MA'fVTO boien des Landes, Musée de
Bordeaux, C XIX, p. 10.
MATVVS, père de Betvdaca. Musée de
Bordeaux. C XVI, p. 27.
MAVIATINEHAE, matron. Burgel, près
Cologne. Orell. 2088.
MECACVS, C III, p. 10.
MEDAMVS, I. H. 774, 2402, 2(20.
MEDDIGNATIVS, citoyen Mattiaque.
Musée de Mayence. C X, p, 13, Orell.
4983. Brambach 1356.
MEDDIGNATVS, C' XXI, p. I.
MEDDILA. Brambach, 1718.
MEDDILIVS Carantius, nom d'homme.
Brambach i $69.
MEDDVGNATVS. Près Soulosse, auj.
à Epinal, Mur. MLXXXII, 2. Ma copie.
MEDIGENVS, I. H. 162.
MEDIOLANNENSES, nom ethnique des
habitants d'Evreux (MEDIOLANVM)
avec redoublement emphatique fréquent
pour les inscriptions. On trouve ussibus
pour usibus dans cette inscription même.
Musée d'Evreux.
MEDIOLANVM, de la Gaule cisalpine. Sur
deux monuments funéraires du Musée
de Mayence. C X, p. 25.— Milan, Gru-
ter 42, II, 12.
MEDIOMATRIX. C' XXV, p. 4.
— TRICVS, Gruter 731, 12. Sens, n" 45
p. 44. Bramb. 1089, 1572.
MEDIOTAVTEHAE, surnom de Matres
Musée de Cologne, autel par un vétéran
de la première légion Min. C VIII, p. 14
MEDVGENVS, 1. H. 162.
MEDVNE [deal (ET VERCANE), Bramb
709.
MEGaSSI. Elevé par Geminus. C V, p. ^3
MEIDVNIVM (Castellum), l. H. 2520.
MHLDI, Gruter 371, 8.
MELETIA Bricostigis filia. In Chelburgo
olim Cherulata. Gruter 764, (.
^02
MELGAECVS, 1. H. 2426, 2435.
MELIVS TovTONis f. Arles. Gruter, S07,
II.
MELMANVS, l. H. 2805.
MELODATVS, Brambach 160}.
MELONIi (Carantvs Et). Musée de
Wiesbaden, Bramb. 1521. — MELO-
NIVS, nom d'homme et, en même
temps, nom de la famille fondatrice du
village dit des Melonii, famille prob.
gauloise. Bramb. 1321.
MELVS, messin, fils de Cintusmus. C
XX, p. I.
MEMINI, nom ethnique des habitants de
Carpentras. Sarcophages du Musée d'Avi-
gnon, venant de Orange, plus ancien-
nement de Carpentras. — MEMINO-
RVM, génitif. Carpentras. C XIII, p. 23.
MENIMANII, nom de femme au nomina-
tif. Voyez ATVSIRVS et C X, p. 6.
Bramb. 939.
MENSIACVS, civis. Moissac, auj. à Bor-
deaux, C XVI, p. 30.
MERCVSENA, Carinthie. Mur. MMXXXVI,
5. Cf. VlBlASENA.
MEROCILA, Metz, Gruter 811, 3.
MERODV, deae. Brambach 1902. Sur la
rive droite de la Moder, Miîhras, selon
Brambach.
MESSAVA, fille de DEiv.-kRi. Gruter, p.
566, 2.
MINNODVNVM, vicus (Moudon), Suisse.
Or. 339.
MIROBRIGENSES, I. H. 2366.
MOCCO, nominatif, père de Beccon. Orell.
4901. Gruter 838, 9.
MOECTIMARVS (Veratius). Herzog. 398.
MOGETILLA. Brixia. Gruter 1099, 6.
MOGlLLO(-onis). Stèle funéraire du Musée
de Nîmes, trouvée à Nîmes ou aux envi-
rons. C XV, 14.
MOGILLONIVS, nom d'un préfet de la
ri'^ cohorte des Raétes. Brambach 1427.
MOGONTIACVM. Orell. 4976. — MOG...
id. 4980. — MOGONTIACVM. Borne
milliaire du Musée de Mayence, trou-
vée près de Boppart. C X, p. 20 v°.
— Musée de Tongres. C II, p. 28.
Bramb. 11 30, 1281.
MOGONT!.CAD.(deus)MoGONs, Angleterre.
Orell. 2026.
MOGONTINIVS, nom d'homme paraissant
formé du nom latin de Mayence. Le
monument se trouvait à Blankenheim,
d'oii il 3 disparu, avec douze autres.
Brambach 1988.
MOGOVIVS, Nîmes. C XV, p. 20.
MOGOVNVS, Apollo Grannus. Bramb.
191 5. Musée de Strasb. C XXI, 17.
MOGSIVS, Bramb. 825.
MONSVS, fils de Tavrinvs. St-Bertrand-
de-Comminges. Orelli 588, 2.
MOPATES (matres). Autel trouvé sur le
Liste des noms supposés gaulois.
bord du Wahal, près Nimègue. Musée
de Nimègue. C IX, p. 30. — Gaule
Cisalpine. Orelli 2094.
MORIN'I. Près Nimègue. Orell. 5211.
MORITASGVS (Deus) trouvé à Alise. Rei-
nesius 176, I. Orell. 2028.
MORNVS, Carinthie. Mur. MMLXXVIIl,
î-
MORVINNICVS, Rome. Orell. 5219.
MOSSIANVS. Tombe du Musée de Lan-
gres. C XII, p. 42.
MOTOCVS. Bramb. 809.
MOTTIA, trouvé à Bergweiler. Bramb.
20(6.
MOTVCA (Novionia), Mayence. Bramb.
912.
MOTVCIVS (libertus) et MOTVCVS, trouvé
à Trêves. Br. 809.
Motucus, surnom du patron, a servi
pour former le nom patronymique à
l'affranchi.
MVCAPORA, Orelli, 6832. C X, p. 29.
MVCASIVS. Fragment trouvé sur la route
de Bonn à Coblenz ; ce nom est
celui du fils d'un soldat thrace. Br.
489.
MVCATRA, autel porté de Clèves à Bonn.
MVCATRALIS, Bramb. 1060, 1285, 1341.
MVCCaSENIE ou -NIA, femme du pays de
Mayence ou Strasbourg. C XXV, p. 20.
MVRRENSES (vicani). Musée de Stutt-
gart. Brambach 1595.
MVTaCVS, fils de ToROGiLLO. Tombe du
Musée de Langres. C XII, p. 32. —
MVTACA, ibid., p. 40. — L. Julius
MvTACvs, séquane, mort à Bordeaux.
C XIX, p. 8.
MVTILVS, fils de COMBVOOVVATVS. C IV,
p. 38.
NABEICVS, surnom de Mars. Au Musée
d'Avignon, provenant de Saint-Didier.
C XIII, p. 34.
NABIA (Dex), I. H. 2378.
NAHANTENN, fille de Pactvs. C V, p.
44.
NAMAVS. Herzog 249.
NAMAYCATIC,, ethnique de Nîmes. Ins-
cription du Musée d'Avignon provenant
de Vaison. C XIll, p. 24.
NAMNIS, Mannheim. Orelli 188. Bramb.
891.
NANTVATES. Inscription trouvée à Saint-
Maurice dans un mur de l'abbaye. C X,
p. 33. Orell. 2:9.
NARBO.nom de Narbonne. Nîmes. C XIV,
3. — Mayence, C X, p. i. — Aquae
Apoll. Orell. J2I0.
NARBOSTON. C V, p. 38.
NARIA 'dea), Sur la base d'une statuette
en bronze, trouvée à Mûri (Suisse).
Orell. n" 5903. Mommsen, 216. Musée
de Berne.
Liste des noms supposés gaulois.
NARIA NOVSANTIA.Cressier. Orell. joji.
Momms. i6^. O X, p. 49 v".
NEHALENNIA, nom d'une divinité topi-
que. Autel trouvé avec beaucoup d'au-
tres à Dombourg, dans l'île de Walcheren.
Musée de Leyde. C IX, p. 3 ; C
U, p. 32 V". Rein, 177, l ; 178, I;
179, 1 ; 180, I; 181, 1 ; 182, I ; 183,
i; 184, I. Bramb. 27-45; 48-50;
441, 442. Paris, — Orelli 2050. —
Bonn. Orelli 3912.
NATOPORVS, ZiAE reginae nepos. Rome.
Mur. 1039, 3.
NEM, NEMA. Brambach 1406, 1968.
NKMATEVVS, grand-père de Parridius.
Gap.
NEMAVSVS, deus, Nîmes. Orell. 2032,
5210. C XIV, 2, 3, 9, 5, 8, 12, 14,
32, 3J, 38, 40. C XVII, ij. Gruter,
323, j. — NEMAVSVS (maternius), nom
d'homme. Sa femme PRIMNIA, médio-
natrice. Brambach, 1089. — Cominvj
NEMAVSVS. Herz. 124.
NEMETAC. Arras. C II, p. 27 v\
NEMETOCENA. Ancilla publica, morte à
Bordeaux. C XVI, p. 21. — Fille de
Samocenvs, morte à Bordeaux. C XVI,
p. 25.
NEMETONA, avec Mars Loucetius. Walcot,
Cr. Bret., Orell. 5898. — Altripp.
Orelli 5904. Brambach 1790.
NEMHTON, nom neutre, se traduisant par
temple, /anum. C XIII, p. 24.
NEMETVM (civitas). Bramb. passim.
NERSIHENAE, matrones du Musée de
Cologne trouvées dans le pays de Juliers.
V. Vatviae. c VIII, p. 18.
NERTA, femme de Cantosenus. Musée de
Bordeaux. C' XVI, p. j.
NERTAGVS. La Souterraine. Gruter,
DCC, 3.
NERTOBRIGa, ville d'Espagne. Bramb.,
1 150, 1 1 5 1, 1 160. I. H. 973.
NERTOMARVS, nom propre d'un éduen.
C' I, p. 33, — Nom propre d'un boïen,
fils d'I^DvcissA. Or. 6857 3. — Nom
d'un membre (esclave) du collège des
fidèles de Mercure à Celeia : Crescens
Nertomarii patron. Orelli 2394.
NERTOMIR, Brambach, add. ad. 1376.
NERTONIVS, Rome. Mur. DCCCXXXVII,
4. Nom emprunté par les Latins aux
Gaulois de la Cisalpine. Surnom de
Nertomarivs, Brambach 29. Rein.
183, I.
NERVIVS, NERVIA. Autel aux Mères
Mopatis trouvé sur le bord du Wahal,
près Nimègue. Musée de cette ville.
C IX, p. 30. C VIII, p. 41. — Tombe
de la femme d'un nervien. Lyon, J968
NERVIO, Or. 5968. Bramb. 71, 418.
— Î27, 937, femme de nervien.
NETON (Deus), I. H. 3386.
NEVELIS, nom d'un vicus à l'abl. pluriel.
Nice. Mur. MLIIII, 3.
NEVTTO, Tacavsi f. C II, p. 26 v', ex-
voto à Celles, près Namur.
NIBEIVS, Tac. filius. Mannheim. Bramb.
1380.
NIDA, la Nied, rivière, affluent du Mein.
Bramb. 131 1 , 13 12. Or. 5242.
NITIOGENNA (TuUia). Autel à la victoire
d'Auguste, du musée de Lausanne. C X,
p. 31. Mur. XCl, 10.
NOREIA, norique. Orell. 2034, 135. Ho-
henstein en Carinthie. Orelli 3905.
NORICVM. Celeia. Orell. 5258, 59, 60.
NORICVS, Gruter 187, i. id. 367, 4, id.
411, 7.
NOVENSES. Runovich (Dalmatie). Orell.
5274, 72.
NOVIALCHVS, père deSAVTvs. Brambach
839.
NOVIOMAGVS, nom de lieu. C II, p. 27
V. Milliairede Tongres, face II. Gruter
DXXXII, 9.
NOVIONIA MoTVCA. Mayence. Bramb. 912.
NOVSANTIA (Dea Naria). Voir Naria. —
Autel trouvé en 1828, à Landeron près
Neuchâtel. Orell. w 5031. C X, p. 49
OCELVM, Aquae ApoU. Orell. 5210.
OCTA, nom de femme. Stèle fun. du Musée
de Langres, O XII, p. 42.
OCTOGANNae (-is), matrones du Musée
de Bonn, trouvées avec cinq autres au-
tels analogues, sur la seigneurie de
Gripswald. O VIII, p. 44. — OCTO-
GANNAE (-abus). C VIII, p. 4$.
ODECOMO (nis) f. Gruter 857, 8. Carin-
thie.
ODESSITANORVM Civitas. Varna. Orelli
5290. Islriae.
ODOVNA, nom de lieu. C I, p. 30.
ODOXO, Gruter 764, i. — St-Bertrand
de Comminges.
ODRVTA, C III, p. 13. V".
OGILOLVS, mari de Nemetocena. Bor-
deaux. C XVI, p. 2J.
OLAATVS, de Luxeuil. C 2, p. 3.
OLATO (-nis). Musée de Nîmes. C XIV,
p. 24.
OLEDO, Brambach 825.
OLILLVS (C. Gentius), magister du pagus
Condatensis à Lyon. C XXIII, p. 40 v".
OMBEXO (-nis). Aq. père de Lexcia. C V,
p. jo.
ONSVADVLIA Privata. Bcurg Sl-Andéol.
Mur. MCCCXLI.
OPPALONIS, nom d'homme au gén.
Gruter, 780, j.
OPPIANICNOS, nom patronymique gaulois.
C I, p. 28 v°.
ORECETVS, nom propre. 1. H. 3723.
ORGETIA, Autriche. Orelli 5266.
J04
ORGOANNO. datif. St-Bertrand-de-Com-
minges. Muratori, XCDII, 5.
OSSON, O V, p. il.
OTVANEVNVS, arc de Saintes. Mur.
MCMXCU, }.
OVATVS, I. H. 777.
OVIL (Coionia). Autriche. Orelli 5266.
OYILLONEOC, génitif de OYILLONEYC.
Inscription en langue gauloise du Musée
d'Avignon, provenant de Vaison. C'XIII,
p. 24.
OYPITTAKOC HAOYCONIOC, monument
funéraire. C iv, p. 32.
OVSONA, Me'tz. Gruter 922, 11.
0X1 A, nom de femme, fille de Messor.
■ C 2, p. 6.
PALMA (cura), sur une tombe de citoyen
ambien, tuteur de deux jeunes filles. G'
XIX, p. 4. Bordeaux.
PALMVS, Rome, Mur. 1288, 2.
PALMVS (Nasonis). Nîmes. Mur. 1404.
10.
PAMA, soror ViRDOMARi. Mur. 870, 3, et
Mafîei CXXI, 3. — A Lyon, la fille de
Priscianus. — C' XXIII, p. n, fille du
ségusiave Maclivs.
PANNO (M. Ulpius). Brambach 646.
PARAMEIVS. nom du fils de Serantoma.
Musée de Langres. C' XII, p. 22.
PARARICVS, frère d'une affranchie. Musée
de Langres, C' XII, p. 22.
PARDION. Milan. Gruîer 803, 9.
PARDVS. Bramb. 1068.
PARIDIA. Insc. de Gap. I. H. 3309. cf.
Parridia.
PARNO, datif. Bramb. 688.
PARISII, Auxerre. Gruter, 371, 8.
PARRA, Brambach, 1153.
PARRIDIVS (T.), Parrionis g., filius,
gentilicium. Inscr. existant à Gap, pro-
venant, dit-on, de Briançon. — T. PAR-
RIDIVS INGENVS, fils du précédent. —
PARRIDIA GRATA, sa fille.
PARRIO, père de Parridivs et fils d'Ex-
ciNGON. Inscr. de Gap.
PATTA, Brambach 745.
PEDO, I. H. 1001.
PELISTVS, I. H. 2405.
PENNaVSIVS LAGANA, mari de Sidonia
lASSA. Monument trouvé à Caradunum
(Carden, aux env. de Coblenz). Bramb.
712.
PENTILVS, 1. H. 263;.
PEPPO, homme nomin. Brambach, 1833.
PERCERNES. (Nymphae). Vaison, Orelli
J761.
PETOATICI, gén. Brambach 1S18.
PETRVCORII, nom de peuple. C' VII, p.
34. Orelli 5234- Brambach. 1230.
PETVRRO (-nis). C XXI, p. i.
PIANDOSSONN, père de andossvs. C' V,
P- 59-
Liste des noms supposés gaulois.
PICTAVVS, PICTAVOS. — C< XXV, p. 7
PICTAV, Bramb. 1345.
PIEPORVS, rex COISSTOBOCENSIS. Ro-
me, Mur. 1039, 3. Voyez Zia.
PINTAMVS, I. H. 2378.
PINTIO (Lupulinius). Bramb., add. 2047.
PIRACOBRVNA, Bramb. 760.
PIROBORI. Brambach 31J.
PISOCIA, I. H. 798.
PISTILLVS. Mayence. Orell. 2776.
PIXTaCVS. Stèle funér. du Musée de
Langres. C' XII, p. 41 •
POENINA (vallis). C'est ainsi qu'est tou-
jours orthographié, dans les inscr., le
nom de la vallée supérieure du Rhône.
POETOVIONENSES. Pannonia Sup. Orell.
2232, 3592, 5280, 6791.
POPPILLIVS, séquane, citoyen de Lyon.
C' XXV, p. 6. POPILIVS. G' XIV, p.
18.
PORRO (-nis), Mur. 1779, 13. V. Herzog
252.
PRVDECA, CiNCETis filia. C XX, p. 12.
PVGIVS, 1. H. 2380.
PVSVA, surnom. Brambach 296. Castel-
lum Bûrgel.
PYRENAEVS, Aquae ApoU. Orell. 5210.
QUIGO (-nis, -nius), surnom d'un citoyen
trévire, d'où est dérivé un nom patro-
nymique à l'usage des affranchis de la
même famille. C' I, p. 29 v°.
RAETINIO, Ethnique d'un cavalier du
nom gaulois d'ANOEs. Musée de
Mayence. C' X, p. ij v°. Orelli en fait
un nom de localité à l'ablatif. Bramb.
1228.
RAETVS, Bramb. 1521.
RAMA, Aq. Ap. Orell. 5210.
RAMEDON, nom commun peut-être tron-
qué. C' 111, p. 13.
RANTO, 1. H. 2825.
RASVCO (-nis). Zeelande. Orell. 2776.
Bramb. 48.
RATIN, mot gaulois, Vieux-Poitiei*. C VII,
p. 15.
RATVLLA, C' XXI, p. 22. Bramb. 184J.
Mêmes observations qu'à Gnata. V. ce
mot.
RAVMEDIA, Brixia. Gruter 1099, 6.
REBVRRVS, Severi filius. Orell. 5442-
fils de CoROTVRES, Brambach 1235.
RECTVGENVS, 1. H. 2403, 2907.
REDSATVS, Grut. 520.
REGA, Enicnu filia et Ennae, Iggi, en Car-
niole, Gruter 780, 5.
REl ApoUinares. Herzog 389.
REII, nom ethnique des hab. de Riez.
Bloc provenant d'Ernaginum (Saint-
Gabriel), maintenant au musée d'Avi-
gnon. C' XIII, p. 6. Nîmes. C' XIV,
p. 40. Gruter 780, 8.
Liste des noms supposés fiaulois.
RF.ITAGENVS (Julius). Brambach, 200?.
REMI, à Rome. Cruter, 178, 1.
REMVS, nom de peuple. C XXll, p. 28.
C m. p. 15 V. C XV, p. 27. Bramb.
164. Gruter $6, 12.
RESSICVS, petit-fils de Cintvssa. Gruter
764, 4-
RETOMA. Autel du Musée de Bonn, venant
de Clèves. O VI 11, p. 52. Brambach
155-
RHENVS. Le Rhin, fleuve. Brambach 647.
RHODANVS. Le Rhône d'après de nom-
breuses inscriptions de Lyon. Passim,
G' XXllI, etc.
RIDITAE. Salone. Orelli 502, $272.
RIGOMAGVS, nom de lieu. C II, p. 27
V. Orell. 5236.
RIGOVERIVGVS, Musée de Saintes. L.
Audiat p. 18, fac-similé.
ROHINGE, veteranus numeri Francorum.
Bramb, 19 j.
ROSMERTA, déesse associée à Mercure,
à Cologne. C' VIII, p. 11. — autel du
Musée de Mayence, C X, p. 24. C' XX,
p. 35.* — Paris, Trêves et Luxembourg.
Orelli 5907, 5908, S909. — Brambach
403, 681, 2: 750, 862, 3 ; 898.
ROVDIVM, nom de lieu. G' II, p. 27 v\
RVDIOBVS, divinité topique des environs
d'Orléans. C' V, 27.
RVMANEHABVS, matrones Rumenheim,
prèsJuliers. Orell. 2086. — RVMANE-
HAE (-abus), matrones du Musée de
Cologne trouvées à Juliers. C' VI il,
p. 18 w Bramb. — RVMANEHae
(-is). Bûrgel, cercle de Solingen. —
ROMENEHAE. Autel trouvé à Lommer-
sum, aujourd'hui perdu.
RVMNEHIS et MAVIATINEHIS (matronis),
probablement pour RVMANEHIS. Bûr-
gel, près Cologne. Orell. 2088.
RVSCINO. Aquae ApoU. Nom d'un lieu
voisin de Perpignan. Orell. 5210.
RVTENVS, ethnique. Bordeaux. C XIX,
p. 8.
SACCAVVS, père de Vassa. Gruter 74 s
1 1.
SaCRAPO coxt. Tombe avec buste
d'homme dans une niche. C XVI, 29.
SACRILLIVS. c XX, p. 28.
SACROBENA. Cippe funéraire à niche
du Musée de Langres, 2 personnages.
C XII, p. 35.
SACROVIRVS. Table funéraire du Musée
de Langres. C XII, p. 26.
SACRVNA. Brambach 770. C XX, p. 31;
XXV, p. 24.
SACSENA. Brambach 194. Utrecht.
SaCVRIA, MvTAci filia. Nom propre.
C I, p. 29.
SaCVRO, surnom d'un Sulpicius espa-
gnol. A Bordeaux. G' XVII, p. 2.
Rev. Celt. III
10^
SALASIVS, surnom de Jupiter. C" XV,
p. 22.
SALEDVNA. Rabastens (Gers). C'est la
femme de C. Octavius Faustus et la fille
d'Illaius.
SALICILLA. Luxeuil. C II, p. 4.
SALISIVS. Saint-Bertrand-de-Comminges.
Gruter 668, 2.
SALLVVIEI. Comté de Nice. Orell. 5107.
SALODVRVM vicus. Orell. 402. C X, 48.
SAMARABRIVA. Amiens. C II, p. 27 v".
Orell. 5236.
SAMAVS, Taeiei filius, et BANVCA, Ma-
ciAci filia, sa femme. Gallarate, p. 10.
Orell. 4900.
SAMICVS (Sex. Valerius), Lvtevi filius.
SAMILLA, mère de Divicvs. Luxeuil.
C II, p. 2 v).
SAMIS, nom de femme. Bramb. 1347.
SAMMIVS? Autel transporté de Clèves à
Bonn. C Vlll, p. 33.
SAMM, SAMMO, SAMMON. Bramb. 1816,
836, 1066.
SAMMVS, Birten. Brambach, 151.
SAMOGA... Monument funéraire du Musée
de Langres. C XI. p. 47.
SAMOGENVS, père de Nemetocenna. Bor-
deaux. C XVI, p. 25.
SAMONIGC^ï: L. sur la frise d'un monu-
ment à deux niches avec inscriptions.
Bordeaux, C XVI, p. 35.
SAMORIX (-igos), nom féminin sur une
cippe funéraire avec niche et trois per-
sonnages, du Musée de Langres. G' XII,
p. 41 ; C XV, p. 27 (homme).
SAMOTALVS, père de Citvsmvs. C XXI,
p. 3.
SANDRAVDIGAE, Deae. Leyde. Orelli
5910. C IX, p. 40. Brambach 132.
SANGENVS, 1. H. 2817.
SANVACVS, fils d'ARESTA. Bordeaux. C
XVI. p. 33.
SANVCVS, avec MvTACA, sur un monu-
ment funéraire du Musée de Langres.
C XII, p. 40.
SAPRICIA, surnom de femme. Bordeaux.
C XIX, p. 3.
SAPRICIVS. Inscr. de Vienne en Dauphiné.
SARASVS, table funéraire du Musée de
Langres. C XII, p. 26.
SARMIZEGETHVSA. Dacie Supérieure.
Orell. 5280.
SARRO (-nis). Nîmes. C XV, p. 20. Pré-
cédé du gentilicium INVENTl.
SASAIVS, LiccAi filius, miles coh. Breu-
corum VUI. Bramb. 232. Gruter (62, 2.
SATICOGENNA. Tombe du Musée de
Langres. G' XII. p. 35.
SATTARA. Neuwied. Orell. 988. Bramb.
692.
SATTO, nom d'homme, Verna. Voyez
Atusirus. G' X, p. 6, Musée de
Mayence. — Nom de femme, Musée de
22
îo6
Liste des noms supposés gaulois.
Langres. C'XIl, p. 27. Bramb. 28. Cart.
Orelli 5695. — Mayence. Bramb. 1324.
— C. Iulius SATTO, 721, 933. Moselius
SATTO.
SATTONIVS. C XX, p. 28. — Sattonius
Gratus. Heddernheim, Orelli 661 1. Br.
796, 1428 b., 1446, 1577, 84$-
SATVLLVS. Brambach 692. Orelli 988.
SA VARIA. Brambach 1091, 1143, 1146,
1288, 1752.
SAVINIS, femme. C XIV, 6.
SAVRO, nom d'esclave affranchi. Nîmes.
C XIV, p. 6.
SAVTVS, NcviALCHi filius. Votum de deux
édifices au dieu Mercure dont il était
sans doute le prêtre. Bramb. 839.
SCaPER, père de Crasaro. Musée de
Langres. C XII, p. 36.
SCaRDON. Scardona. Orelli 5268, 5269.
SCOTTIVS, COTiTii filius. C XXI. p. J.
SCOTTVS. Tombe du Musée de Langres,
C Xll, p. 291 — Plaque en bronze de
Besançon. C II, p. 5.
SDEBDAS CARETIS fil. domo tvro. Br.
230. Orelli 6861.
SECCALVS ? Sur une pierre tumulaire âe
Soleure. C X.
SECCO (-onis), Carniole. C XX, p. 28 ;
C XXI, p. 25 ; C XVIII, p. 7. Bramb,
n" 852, 796, 207! add. Gruter 869,
9-
SECORIGIESES (Vicani). Bramb. 306.
SEDAVO, père d'ANNAVs. Brambach 981.
C X, p. 15.
SEDVLVS, nom romain et gaulois en Cel-
tique, peut-être SEDVLLVS ou SEDV-
• LIVS. Cf. César, De bello gallico. C
XXV, p. 3 ; C XV, p. 28 et SEDVLIA.
SEDVNI (civitas Sedunorum), Sion. Orell.
248. MM. 8. Gruter 226, 6.
SEEVIAE. C II, p. 27 v\ Orelli 5236.
SEGEVS, nom propre. I. H. 2698.
SEGISAMO, ville. I. H. 2915.
SEGOBRIGA, I. H. 4220,
CETOMAPOC, inscription en langue gau-
loise du Musée d'Avignon, trouvée à
Vaison. C XIII, p. 24. — SEGOMA-
RVS, Brescia. Muratori CV, 7. Orelli
2123.
SEGOMONI DVNATl Deo Marti. Culoz.
Orell. 7416. — SEGOMO (-nisj. Lyon.
Orelli 13(6.
SEGONIVS. I. H. 2046.
SEGONTIVS. I. H. 2942, 2946.
SEGVSIAVA. Ethnique. C V, p. 38. —
SEGVSIAVORVM libéra civitas. C XXIV,
p. 6, 7, 8, 0, 10. — Forum SEGVSIA-
VORVM, Orelli J2i6. — SEGVSIAVVS.
Lyon. Orell. 5217.
SEGVSINVM (munie), Suse. C V, p. 9.
Orelli 1690.
SEGVSIO. Aqua2 ApoU., Orelli $210.
SEGVSTERO. Aqu3e Apoll., Orelli 5210.
SEGVSTON, Oppidum des environs de
Nîmes. Musée. C XIV, p. 10.
SEIANII SEBODDV REMI Seiania filia ,
nom d'un rémois. C III, p. 13. — Les D
de Seboddu sont barrés.
SEISSERVS, surnom d'un Seneconivs dont
la femmea pour nom unique BELATVLLA.
Brambach 1773.
SELMANICCO, nom de femme. Brambach
1769.
SEMBECCONISA HEROSSIS, f. St-Ber-
trand-de-Comminges. Muratori 1558,
10.
SEMBEDO. C V, p. $5. Gruter 112, 7.
Bagnères-de-Bigorre.
SEMBETENN, père d'AMOENA. C V, p. 48.
SEMBVS, père de Primigenivs. C' V,
p. 43. Orelli 5916. Autre dans le cata-
logue de Toulouse, p. 40.
SENANIE. Paris. Orelli 1993.
SENECONIVS Seisserus, mari de Bela-
TULLA. Limbach. Bramb. 1773. Un de ces
auteurs soupçonne Senecionius.
SENGIONISVS. Nîmes. C XIV, p. 8.
SENICCO (nominatif). St-Bertrand-de-
Comminges. Muratori MCDII, 5.
SENIDALV. Bordeaux. C XVI, p. 35.
SENIVS, C V, 39 ; C XIV, 16. Musée de
Nîmes.
SENIXSONIS (génitif). St-Bertrand-de-
Comminges. Mur. MCDII, 5.
SENNa Varedonivs. Bramb. 825.
SENNAVCiVS Florinus. Alsheim, Hesse.
Orelli 6828. Brambach 914.
SENNAVS. C XXI, p. 22. Bramb. 1845.
SENNIANVS. Tombe trouvée à Cologne.
Musée. C VIII, p. 30.
SENNO, pater milit. coh. r Fl. Gruter
563,8.
SENNVS, père de Svlla. Brambach 497.
Sacri filius.
SENOCONDVS Martinius. Musée de
Mayence. Brambach 1330.
SENODONNA. Tiré des murs romains de
Bordeaux; sur un monument dont deux
autres personnages portent des surnoms
gaulois. C XVI, p. 25 ; C VII, p. 16.
SENOGNATVS. Melun. Mur. MCCLXXXII,
5.
SENONES. Gruter 371, 8. — SENONVM
civitas. C II, p. 6 v".
SENONIVS Volusius. Autun. Gruter 1149,
14. Murât. MMXCVI, 12.
SENOPE. Bramb. 1732.
SENOTENSIS vicanus. Bramb. 1677.
SENOVlR(-i), nom isolé. Musée de Nîmes,
C XIV, p. 31. Épinal, C XXI, p. 2.
SENVRVS, surnom d'un citoyen des Has-
tiféres Mattiaques, du Musée de Mayence.
C X, p. 13; C XVIII, p. 33.
SEQVANA (dea). C 1, p. 25 V.
SEQVANORVM in civitate. Lyon. Gruter
J8, 5.
Liste des noms supposés gaulois
SEQVANVS, séquane, à Bordeaux. C Xl\,
p. 8. ûrell. 480^ — A Lyon. Gruter
1040, 8. — SECVANVS. Bramb. 1525.
SEQVONIVS. Brambach, 1848, n'a pas vu
le s initial détruit en partie, ce qui
lui fait lire Eql'oni pour Equonvs selon
lui. C XXI. 23.
SERANVS, père de Vernvs. C V, p. 35.
SERESVMAGIVS, nom propre. C V,
p. 27.
SERIOMAGLIVS, nom propre. C' V, p. 27.
SERVS, père de Licaivs, Pannon. Bramb.
15 19.
SETVBOKIOS. G' XI, p. 7. — SETVBO-
GIVS. Amiens. Mur. MCMLXXXVI, 7.
Orelli a lu à tort SETVBOGGIVS.
SEVTHE, nom d'homme. Ce nom a été
porté par un roi de Thrace. Orelli 5453.
SEVVO, potier. C> IV, p. 40.
SEXTANT., oppidum des environs de Nîmes.
C' XIV, p. 10.
SIDVA Julia. Brambach 477.
SIDVO, nom de lieu. O I, p. 30.
SILABINA, fils de BoRTOSsvs. Auch.
O XIX, p. 19.
SILEX, nom propre de femme. C' V,
p. 43. Grut. 764, 15. St-Bertrand-de-
Comminges.
SILVMIO Deo. Vindobona. Orell. 2046.
SIMILIO, homme, (nominatif,) ex classe
germanica. Orelli 6866.
SINQVATI Deo Silvano. Géromont. Orelli
7416 et 7417.
SIRICCO (-nis), Aq. C' V, p. 34.
SIRMIVM. Pannonie. Orelli 5280, etc.
SIRONA, autels à Bordeaux. G' III,
p. 205 ; G' XVI, p. 13. — En Wur-
temberg, C' XVII, p. 2. Orelli 2001,
2047. — A Spire, Orelli 5912.
SISEAN, nom propre. I. H. 1594.
SMERGa. Nom d'un personnage qui paraît
être un druide ; la lecture n'est pas bien
certaine. C' 1, p. 35.
SMERTVLITANVS, pater Argiotali, nam-
nète. Mannheim. Orelli 188. Brambach
891.
SOENVS, AssENioNis filius, excoh. i* Pan-
noniorum. Brambach, 743.
SOIGELASVS, stèle funéraire à niche, trois
pers., du Musée de Langres. G' XII,
p. 33-
SOLIGIA, vicus (Soulosse). Inscription trou-
vée à Soulosse et conservée à Bazoilles
(Vosges).
SOLIISVS. C' III, p. 10.
SOLIMARA. Bourges. Orell. 2050.
SOLIMARIACENSES (vicANi). Inscription
du pont de Soulosse (Vosges). G' XXI,
p. 1; Muratori MLXXXII, 2.
SOLIMARIVS. Trêves. Orelli 201 j ; Niew-
bach, Bramb. 155.
SOLIMARVS. Mayence. Rein. 42, VIII.
Bramb. 1380, Mannheim. Bramb. 1439,
307
Francfort. Bramb. 1778, Breitenbach.
G' XVI. Père de Gintvgenvs. Herzog.
264.
SOLIRIX (-igis). femme ou fille d'ExciN-
GiLLVs. Musée de Nîmes. G' XIV, p. 31.
SOLITA, sœur de Parridivs. inscr. de
Gap.
SOLLAVIA, f'-'. Nîmes. G' XIV, 29.
SORIOLICNIS, surnom d'Horcola, femme
de Filimatus. Bordeaux, G' XVI, p. 35.
SORNAVSl deo. St-Bertrand-de-Gom-
minges. Orelli 5913.
SOSIN, adjectif démonstratif gaulois. G" I,
p. 17 v°. — COCIN. G' XllI, 24.
SOSSIONN (...is). C' V, p. 38.
SPARVGVS,Triboque.Salona. Orell. 3408.
STATVMAE. Oppid. des environs de Nîmes.
G' XIV, p. 10. Musée de Nîmes.
SVADVGENVS, fils de Nertomarus. G' I,
p. 33-
SVAVblA Julia, fille de Gaius AttiusCarus.
Brambach, 688.
SVGCO, surnom d'un Catvricivs. C' XXVI,
p. 3 bis.
SVECCONIVS. Dédicateur d'un autel au
Génie public, ayant pour surnom Deme-
CENUS, que Mommsen écrit à tort Deme-
CENUS. Soleure, maison de ville. G' X,
p. 48 v°. Orelli 403.
SVESSIO (-ni). Ethnique des Suessions.
G' XXVI, p. 6. Orell. 3653. G' 11,
p. 28. Orell. 5236.
SVGNVTIA (Briva), vicus. Inscr. trouvée à
Monceaux-le-Comte (Nièvre).
SVLEIAE (Sulfiae ?) Dalle trouvée à Mal-
ley, 4 lieues 0. de Lausanne. G' X,
p. 32. Musée de Lausanne.
SVLEVIAE (-is, -iabus). A Rome, Orell.
2001, 2099. A Bonn, Orell. 2100.
Bramb. 673.
SVLlVlA. Nîmes. Orell. 2051.
SVLLA, Senni filia. Brambach 492.
SVMELI (..us, i). Inscr. en langue gau-
loise. G' XVIII, p. 18.
SVMELOGENNENSES. Brambach 1034.
SVMELO, 1633. Saltus SVEMELOCEN-
NENSIS, 1581, 1629.
SVNDVGCA. St-Bertrand-de-Gomminges.
Murât. MGDII, j.
SVNNA. 1. H. 410, 784, 78s.
SVNVXSALIS (Dea). Petit autel du Musée
de Bonn, venant d'Eschweiler. G' VIII,
p. 4J. Bramb. 633. Orelli 592J.
SVNVCI. Peuple de la Gaule Belgique.
Trouvé en Grande-Bretagne. Stamding-
ton. Orelli 5455. Hûbner Inscr. uj<,.
SVOIIGIINO (-us). Rodez. G' XIX,
p. 26. V. AlCOVINDVS.
SVRBVR. Brambach 1909. Gat. d'Épinal,
66.
SVRGO (-onis). Prénom. Tombe apportée
de Clèves à Bonn. G" VIII, ço. Bramb.
IJ9.
îo8
Liste des noms supposés gaulois.
SVRIO. Brescia. Orell. 4826.
SVSVLLA. Orell. jn^-
SVTVGIO (Deo).
TAEIEVS, père de Samavs. Orell. 4900.
TACANA (Bordeaux DAGANA). 1. H. 897,
9}8.
TAGAVSVS S. IVS, père de Nevtto. C
II, p. 26 v°.
TAGILVS (ou CI). Brambach 1468. Eq.
alae Flaviae.
TALAVVS. 1. H. 2442.
TALIOVNVS, fils d'ORiCLA. C XX, p. 5.
TALLIATES, peuple. Eifel. Bramb. 637,
6}8.
TALORI (génitif). I- H. 776.
TALVPPA. C XXI, p. 24. Bramb. 1823,
1851-
TAMEOBRIGVS. I. H. 2377.
TANCINVS, -A.-I. H. 681, 684, 753,
770, 798, 802, 905 (G), 942-
TANFANA (Dea). Rein. 175, i. Rive
droite du Rhin.
TANNEGADINIA, nom propre. I. H. 3796.
TANNEGALDVNIS, nom d'homme. I. H.
4040, V. 3794.
TANNEGISCERRIS, nom d'homme. 1. H.
Î794-
TANNOCIENVS, Stèle funéraire du Musée
de Langres. G' XII, p. 24.
TANOTALIKNOl. C' XI, p. 7.
TANOTaLOS. C' XI, p. 7.
TAPORVS, I. H. 881, 950, 1018.
TARANVCNO deo. Heilbronn, Orelli 2on,
20(6, 2057, Bramb. 1589, Orell. 2055.
Manh. Bramb. 1812.
Le n° 2057 d'Orelli a été trouvé à
Godraustein dans le Palatinat; mais la
provenance de son n" 2056 n'est pas
indiquée.
TARBELEX. C' V, p. 52.
TARBELSONIOS, nom propre gaulois.
Poitiers. C' VII, p. 15.
TARVOS Trigaranos. Paris. Orelli 1993.
TASGILLVS, patron d'un centurion de
fédérés. Bordeaux, C' XVI, p. 7. Br.
1772. — TASGILLA. Bramb. 84s.
TASGIVS. Nîmes. C' XV, p. 18. Peut-être
gaulois de la Cispadane. Voir les corp.
Gruter, Mur. etc.
TATAZA, nom de femme d'une famille
thrace.
TATICENVS ? nom propre, surnom d'un
T. Claudius. Musée de Cologne. C VIII,
p. 17.
TATO, ICARi f. Or. 327.
TATVCVS, autel à Diane. Musée de Co-
logne. C VIIII, p. 44 v\ Nationalité
douteuse.
TAVNVS. D'où Taunenses et civitas Tau-
nensium. Le mont Taunus est en Ger-
manie, mais près du Rhin, et l'on peut
très-bien y supposer un établissement
gaulois. Du reste le nom de Tvgnativs
qui s'y rencontre a toute l'apparence
d'un nom appartenant à la langue de ce
peuple. Orelli 4981 et 4982. Brambach
9$6, 1241, 1310, 1330, 1444, 1445,
1463, 1471.
TAVRVS, SossioNis filius. C' V, p. 38.
TEDDIATIV.S primvs L. Miihlenbach, Br.
849. C XX, p. 25.
TEf-)(-)ICNIVS. Avignon. C XIII, p. 27.
Paraît analogue aux MEDDIGNaTVS,
où le D barré tient la place du O grec.
TEDVSIA, oppidum des environs de Nîmes.
C XIV, p. 10. Musée de Nîmes.
TEKOS, inscription de Novarre. C XI,
p. 7.
TELAVSIVS, surnom de Mercure, incer-
tain. Brambach écrit BIAVS.. Trouvé à
vbbergen. Gueldre, C IX, p. 33. Musée
de Nimègue.
TERMESTINVS (Domo). Bramb. 894.
TESAOIOAN. C XI, p. 7.
TESCO (-onis), père d'un Cintugenus.
Bordeaux. C XVI, p. 7.
TETRAHENAE, m.atrones du Musée de
Bonn, venant de Bettenhoven. C VIII,
p. 39 v°. Elles sont associées aux Gaesa-
henae comme il suit : et Tetrahenis et
Gaesahonis.
TETRVS, fils d'VNAGivs, Boién de Bor-
deaux. C XIX, p. 10.
TETTO (-nis).
TETVMVS II SEXTI || DVGIAVA || SAMA-
DIS. Chez les Cénomans de la Haute-
Italie. Communication de M. Fabretti,
de Turin.
TEVTOMVS, père du soldat pannonien
Vettorivs. Orell. 54'8-
TIATVS, Dace, père de Zia, uxor Pie-
por: régis Coistobocensis. Muratori,
1039, ?•
TICINI. Bramb. 377, 11 55.
TIGOR. TIGORINVS (pagus). C' X, p.
44 v°. Orelli 566. Mur du château de
Villars, près de Morat.
TINGILONAIA. Nîmes. Gruter, 743, 8.
TIOGILVS. 1. H. 2698.
TITTIVS, affranchi. C XXIV, p. 7.
TITTO. beau-père de Parridivs, dont !e
nom gaulois a fait le nom patronymique
latin TITTONIVS. Inscr. de Gap.
TITTONIA, TiTTONis filia. TERTIA, femme
de Parridivs. Inscr. de Gap.
TOCCIA. Bramb. 716.
TOCISSA.' père d'un avgvstvs. C" XXI,
p. 13. — Brambach, add. 2072, écrit
comme moi TOCISSA, mais le C diffère
bien peu du G. Il y a assez de noms en
TOG tels que TOGIVS, TOGITIVS,
TOGIRIX, pour que je n'hésite pas à
croire que la forme Togissa en dérive.
TOENILIS, stèle funéraire du Musée de
Langres. C XII, p. 3$.
Liste des noms supposés gaulois.
TOGIACIA. Nîmes. C" XIV, p. 3 (.Voir
les références latines.
TOGIO, datif. Ratisbonne, Crut. 709, 9.
TOGIRIX, Metiati f. Or. 347; Metiae f.
Momm. 139.
TOGITIVS. SoLiMARi f. Mayence, Rein.
42, Vlll. Manheim, Bramb. 1580.
TOGIVS, stèle funéraire du Musée d'Avi-
gnon provenant des environs. G' XI II,
p. 8. — TOGIVS, soldat des exploratores
Divitienses. TOGIA. C' X, p. 23 v".
Orelli 6720.
TOGOTI (Deo), nom au datif. 1. H. 893.
Renesius 194, 191.
TOLOSA, Toulouse. G' X, p. 4 ; Bramb.
n' 1 196.
TOLTANDOSSVS (Hercules), fils de Sembvs.
C' V, p. 43. Herzog, 282, lit Tolosano
Andosso, difficilement admissible d'après
la figure.
TOMITANORUM Buleuta. Orelli 5280,
5287. Civitas Pontica. Kortendschy.
TONGIVS, 1. H. 749, 757.
TOOYTIOYC. Herzog 445- C' XIII, p.
24-
TOROGILLA, mère de Mvtacvs.
TOSSIVS, TOSSIA. Vérone. Orell. 1507.
TOTIA LALLA. mère de Varvsivs atto.
C' XX, p. 27.
TOVTA. Toulouse, provenant de Bagnères-
de-Luchon. Voyez Cassia, femme ségu-
siave. C' V, 38.
TOVTl (filius?) C' I, 18 ; C' XVIII, p. 32.
— TOVTVS, DiviciANTiLLi filius. Mur.
1779, lî-
TOVTILLVS. Nîmes. Murât. MCCLXXXI,
6.
TOVTIORIX, (-igis), surnom d'Apollon,
sur un autel du Musée de Mayence.
C' X, p. 20 v". Orelli 2059. Brambach
1529.
TOVTIOV. C' XI, p. 7.
TOVTIVS, TOVTIA. Stèle funéraire d'.\ug.
Rauracorum. C' X, p. 29. C' XXII,
p. 28, 22. Orelli 5060. Momms. 284.
Il lit TOVTIOnis filius, quoiqu'il n'y ait
pas de place suffisante. — TOVTIO, Divi-
ciANTiLi f. Herzog.
TOVTONA Cassia, femme gauloise née
d'un Romain et d'une Eduenne. C' XXIII,
p. 18.
TOVTONIS filius, Melius. Arles, Gruter
807, II.
TOVTONVS ou nius. I. H. 440.
TRAIBITHVS, père de Seuthe. Orelli
54J3-
TREVERAE matres. Clèves. Orelli 2092.
TREVERI. Gruter, 482, 5, à Gratz, Styrie.
C" XIX, p, 7, Domitiae civis Treverae.
C XIX, p. 9, Veldigi civi Treveri, à
Bordeaux.
TREVERORVM (C. Apronius Raptor, dé-
curie civitatis). C' XXVI, p. 7.
^09
TREVERVS, -A, tombe d'un cavalier, ci-
toyen de Trêves, à Cologne. C VIII,
p. 50. C VIII, p. 50, pour les matres
Treverae. — Tombe d'une femme de
Trêves, civis Trevera, à Bordeaux, C
XIX, p. 7. — Tombe d'un citoyen de
Trêves, C XIX, p. 9. — c. trev. à
Bordeaux. C XX, p. 31. — civi tre-
VERO. Brambach 307. — civi trevere,
datif féminin. Brambach 1245. — Br.
161. 187, 893, I J49.
TREVIRI, Trêves. Or. i8os.
TRIBOCI. Brumath. Orelli 5246, 1953,
19(4- — Lyon, Gruter 647, 5.
TRICASSINI. Auxerre, Gruter, 371,8. —
TRICASSINVS. C XXV, p. 2; Orelli
5965.
TRICASTINORVM civitas. C XXV, p. 17.
Gruter 371, 8.
TRIGARANOS. Paris, Orelli, 199).
TRITTIA. frets, et non pas Pierrefeu, en
Provence. Orelli 2060.
TRIVMO (-nis), nom d'homme? gén. Envi-
rons de Brescia. G*uter 566, 2.
TROVCETEIVS VEPVS. Landccy, près
Genève, Orelli 298.
TROVCILLVS. Nîmes, Murât. MCCLXXXI,
6.
TROVGILLVS. Brambach 1401. Lengfeld.
Hesse. Peut-être CILL et non GILL.
TRVMPILINI, peuple des Alpes. Débris du
monument de la Turbie. TRIVMPILINI
est une faute.
TVGNATIVS. Cf. Dugnatius ? Musée de
Mayence. Bramb. 13 10.
TVLLONIVS (deus). I. H. 2939.
TVNGRI. Brambach 1231.
TVOTICIVS. Melun, Mur. MCCLXXXII,
5-
TVRAIVS. I. H. 2633. Cf. Tureus.
TVREVS. I. H. 744, 74S
TVRO, nom d'homme au nominatif. I. H.
2(04. Bramb. 230 (domo tvro).
TVTA. Nîmes, Rein. 53, XIII.
TVTOGETVS, père d'ABDuciA. Sur un autel
à Sirona, du Musée de Bordeaux. C
XVI, p. 13.
VBIA, GASTiNASi filia. Bramb. 275. Nom
propre de femme.
VBIVS, natione. C XV, p. 26. Orell. 7420,
66.
VCCIVS. 1. H. J032.
VCETIA, Uzès, oppidum des environs de
Nîmes. C XIV, p. 10.
VCVETE, divinité gauloise. C I, p. 17 v°.
— VCVETIN (accusatif). C I, p. 17 v.
VGERNVM (Beaucaire). Musée de Nîmes,
base de colonnette. C XIV, p. lu. Aq.
Ap., Orell. (210.
VLMIO (-nis). Brambach 691.
VLEVO (-nis), surnom. Brambach 1702.
VLOHOX. C V, p. 59.
VNAGIVS, Boïen de Bordeaux. C XIX,
p. 10.
VHA (fons). L'original est à Lyon, mais
il vient de Nîmes, où l'on en conserve
un plâtre. C XXV, p. 21. Orell. 6081.
Herzog 254.
VRASSIS, datif pluriel. Nîmes, C XV, p.
7. Divinité gauloise, comme Vra fons.
VRIAXE (seu AVRIAXE), fille d'iLVNNO-
svs. C V, p. 31.
VRILIO (-nis), génitif, père de Bovdvs Va-
LERivs, mari de Silvana. Gruter 838, 6.
VRISSVLIVS Campanus. C XX, p. 22.
VRITTIA > C V, p. 20.
VRITTIOR, surnom d'une Ivlia de Bor-
deaux. C XVI, p. 36.
VROGKNIVS, -A. Lyon, Gruter 490, 9.
VROGENONKRTI, nom d'homme au gén.
Lyon, Gruter s 70, 6.
VROMAGVS. Brambach 19:3.
VSEITVS, 1. H. 785.
VSSVBlVS. Le Mas-d'Agenais, Orell. 5926.
VTVLIVS, fils de TvTA et de Velagenvs.
Nîmes, Rein. (3, XIII.
VXASSONi, nom propre d'homme au gén.
Lyon, Boiss. CX.
VXOVINVS, divinité topique, près Apt. O
IV, p. 34.
VXSAMENSIS? I. H. 2403.
VACALLINEAE, surnom de matres, au
Musée de Cologne. Autel par un vétéran
de la i'" légion Min. C' VIII, p. 30 v".
— VACALLlNEHIS (matronis). Wachlen-
dorf, Orelli 2086.
VADVRIX, de Besançon. Couteau en
bronze. C II, p. 40 v),
VAELO, oom d'h-omme au nomin. I. H.
2986.
VAGDAVERAE deae. Hemmen, Or. 5918.
Brambach 67. G' IX, p. 5 v°.
VAGODONNAEGO (Deo). I. H. 2636.
VAILICO. Gumiel (Espagne). Mur. 1479,
12. Hûbn. 2771. En rapport avec deux
noms certainement gaulois Madicenvs
et Acco.
VALETIO, nom d'homme au nominatif.
Brescia, Mur. LUI, 10.
VALLAMNElHIAE (-abus), matrones du
Musée de Cologne, trouvées sous Fet-
tenhenne. Ex-voto de femme. C VIII,
p. 17-
VAPPINCVM, Aquae Apoll., Orelli 5210.
VARAITIO. Brambach, 82s.
VAREDONIVS SENNA. Pierre où figurent
un certain nombre de noms gaulois plus
ou moins latinisés. Brambach 825.
VARICILLVS, messin. C'XX, p. i.
VARINVS, dérivé du Var (fleuve). Nice,
Mur. MLIIII, 5.
VARVSIVS ATTO, fils de Varvsivs Accep-
Tivs et de Totia Lalla. Nimègue, Br.
857.
Liste des noms supposés gaulois.
VASIENSES VOCONTII. Vaison, Gruter
MXC, 21.
VASIO, Vaison, ville des Voconces. Tom-
beau du Musée d'Avignon, apporté de
Vaison. C' XIII, p. 33. — VAS. VOC.
Orell. 5222, Herzog434. — VASIENSES,
Herzog 432, 3.
VASIONI (Marti et). Vaison, Orelli 5919
Gruter, DXVI, j.
VASIONVS. Lyon, Gruter 752, 4.
VASSA, Saccavi filia. Vienne, Gruter 745,
1 1.
VASSATVS. Brambach 1112 b, 1.
VASSO CALETI (Deo Mercurio). Bittburg.
Brambach 83 s.
VASSORIX. Niederberschdorf (Alsace).
Orelli 4967.
VATINEAE. Matrabus Vatineis. Autel du
Musée de Langres. C XII, p. 43.
VATRVTE, oppidum des environs de Nîmes.
C' XIV, p. 10.
VATTO Justius. Mommsen 141. Orelli
349-
VATVIABVS (Matro). Juliers, Orell. 2086.
V.vrviAE NERSHENAE, matrones du Mu-
sée de Cologne trouvées dans le pays
de Juliers. Brambach en fait deux noms
C VIII, p. 18.
VECCATVS, nom d'homme. Lac Majeur.
Gruter 838, 9. Orelli 4901.
VECCO. MoccoNis f. Lac Majeur. Gruter
838, '9-
VECISO ? tombe de Bordeaux. C XVI,
p. 12.
[VjECTIMARVS. Brambach 834.
VECTISSVS. Brambach 865.
VECTVS, I. H. 2956.
VEDIANTES, VEDIANTIABVS matronis,
près Nice. Orelli 2093, 5107.
VEGABIVS, ex Valentis principis. Gruter
XV, 2.
VEGISONIVS. Bramb. 1438.
VELAGENVS, père de Vervs, père d'VTv-
Livs. Nîmes, Rein. XIII, s 3- — Ex
coh. Raet. periit. Brambach 892.
VELAVNIS. 1. H. 1(89, 1590.
VELDIGIVS? s. VIL., citoyen trévire. C'
XIX, p. 9.
VELIOCASSES, civitas. Lyon, Orell. 6991.
VELLACO, nom d'homme au nominatif.
Nice, Mur. DCCCXXV, J.
VELLAVORVM (civit.) — VEL. Orell. 5220.
— LIBERA. Orell. J22I.
VELMADA, fille de Gavgasso. C II, p.
29 y.
VELORIVS SACRILLIVS. C XX, p. 28,
VENETOS, ethnique à l'accusatif. Bramb.
484.
VENINA. Gruter $20, i. Cannthie.
VENNA, fille de Nematevvs, mère de
Parridivs. Inscr. de Gap.
VENNECTlSpagus. Nizy-le-Comte (Aisne).
C VIII, p. s ; C I, p. 10.
Liste des noms supposés gaulois.
VEPVS Trovceteivs. Landecy, près Ge-
nève, Grell. 208.
VERANSATVS, père de Freiovervs. Tombe
d'un soldat tongre, du Musée de
Mayence, trouvé là. C X, p. 13. Br.
n" I2}i .
VERBEIA (dea). Veleia, York. Orelli
2061.
VERCANE (de) et MEDVNE. Bertrich,
au cercle de Cochem. Brambach 709.
VERC.\T1, nom de femme au datif? Die.
Mur. MCCCLIII, 5.
VERCE (datif). Melun, Mur. MCCLXXXII,
i-
VERCELLAE, ville de la Gaule transpa-
dane. Sur une stèle funéraire du Musée
de Mayence. C' X, p. 10. Brambach
1208, 1983.
VERCOBIVS svRvs. Vérone. Orell. 2728.
VERCOMBOGIVS. Gruter 758, 11.
Garnie.
VERDECVNVS? Tabulae militares. Gruter
574, 7-
VERDVCCVS ou Verdvcivs. Nice, Mur.
MCDV, s-
VERIVGODVMNVS. Autel à Apollon, dans
un mur de la Bibliothèque nationale.
Provenant d'Amiens. Orell. 2062.
VERNVS, Servni filius. C' V, p. 3$.
VERONA. Bramb. 233, 1186, 1191.
VERORE. alias VIRRORE, divinité topique.
Lugo in Gallaecia. Or. 2063.
VEROTIVS seu Verotvs. I. H. 2519.
VESGaSA, BiTTioNis fil. Gruter 733. 5.
VESVNIAHENAE, matrones du Musée de
Bonn, trouvées sur la place du marché
à Ziilpich. C' VIII, p. 45. Brambach
en cite cinq autres de Weitweis.
VETERANEAE (-is), matrones du Musée
de Bonn, venant d'Embker. — VETE-
RANEAE (-abus). — VETERANEHAE
(-habus, -his). C' VIII, p. 40, 40 v% 42
v°, 43 v% 51 v°.
VETTO, 1. H. 201, 529, 601, 823, 829,
1074, 107$, 3844.
VIANEGLVS, I. H. 2698.
VIANNA. Bramb. 1164. - VIANA, 1061,
I165, 1382. VIA. VIAN II75, 1202.
VIBIASENE, femme de Decmus, mère
d'AQUiTANA. C' XX, p. 9.
VICTISIRANA, femme d'EPOMVLVS. Gruter
700, 6. Ces noms, envoyés d'Angleterre
par Camden, sont fort suspects.
VICT1SSV3 OU Vectissvs, surnom d'Attu-
cius. V. Epona.
VIENENSIS civitas. Vienne, Gruter 631,
7-
VIENNA, Vienne en Dauphine. Or. 5256.
Bramb. 457, 1082, 1190, 1768.
VIHIRMAS f-atis;, autel à Hercule, trouvé
à Bois-le-Duc. Le fils, premier magis-
trat des Bataves, a nom Flaus, évidem-
ment latin pour Flavus. G' IX, p. 5.
VINDALVCO (-nis). Basle, Momms. 290.
VINDAVSCIA Euvanthis, dame gauloise
de Valence en Dauphine. C' XXIV,
p. 20.
VINDELICVS, Cattai fil. Orelli 68(8.
VINDILLA, femme de Giam, fille de Crie-
LON. Styrie. Gruter 537, j.
VINDILLIVS. Brambach 900.
VINDONA. Carinthie, Gruter 87, 7.
VINDONISS(enses). Suisse. Orell. 5026.
VINDOROICl, gén. masc. Vienne, Gruter
74J, II-
VINDVNA. Norique, Gruter 70 j, 6,
VINTIO, Deo Polluci. Seyssel, Orelli 2065.
AVG. VINC. Orelli 5922.
VINTIVS (Mars), VINTIENSES. Vence,
Orell. J227, 5228 ; Rein. CCXXII, i.
Copie de M. Bourguignat.
VIRDOMARVS THARTONTIS. La leçon
de Muratori paraît être défectueuse et
devoir être remplacée par celle de Maffei,
qui donne un fac-similé et parle des
erreurs existant sur les autres copies.
VIRIATVS, I. H. 684. Nom d'un célèbre
Lusitanien. On écrit aussi Viriathus.
VIRINN, oppidum des environs de Nîmes.
C XIV, p. 10.
VIRIONDAGI, nom d'homme au génitif ou
au datif. Carinthie, Mur. MMLXXVIII, 3.
VIRIVS, masc. en langue gauloise. C
XVIII, p. 6 et 18.
VIRODDI deae. (Les D sont barrés.) Trouvé
dans les murs du cimetière de Kaelberts-
hausen, maintenant au Musée de Carls-
ruhe.
VI ROMAND. Ethnique. Lyon, Orell. 6950.
VIKOMARVS. Près Joinville, Muratori
MDCCLXVI, I.
VIRONO (-nis). Carinthie, Muratori
MMLVUI, 3.
VIROTVTI APOLLINI. C VII, p. 44.
VIRVCATE (Publius). Vérone, Mafî. 147.
VIRVNVM, ville de la Norique. Rome,
Orell. 3504.
VISALVS, I. H. 626. Peut-être pour Vi-
SOLVS.
VISCARI (gén.), Bernay, Orell. 5693.
VISIONIVS Losus. Bramb. 1770.
VISVCIO Mercurio, près Spire. Orell.
5923. — Deo Merc. VISVCIO et sanctae
VISVCIE. Kougen (Wurtemberg). Orell.
5924. Bordeaux, Merc. — VISVCIO. C
XIX, p. II, Bramb. 1581, 1696, 1704.
VISVCIO. Orelli 2607. — Les trois
monuments rapportés par Orelli pro-
viennent des bords du Rhin et du Ncckar.
VISVRIO (-nis), père d'EovLLivs. C XXI,
p. 18. Bramb. 1838.
VISVRIX, nom de femme. Momms. 298.
Orell. 422, etc.
VITOVSVRIO, nom pr. C VI, p. 2j. —
VITOVSVRIOnis filia. C' XIII, 29. Béziers,
copie de M. de Saulcy. — Ioviccorigis
312
Liste des noms supposés gaulois.
filia. C XllI, p. 29, Avignon. — Ma-
GLVS, dieu topique à Dax. — Mati-
DONNVS, C XII, 39. — CAPILLVS
ILLIOMARI.
VITVDVRF.NSIS (mvrvs). Constance. Gr.
CLXVI, 7, 9. — VITVDVRVM vicus.
Momms. 239.
VOCONTIEIS ([Lijguribus). Gruter, Fastes,
p. 296.
VOCONTII, ethnique général des Gaulois,
de Die à Vaison. G' XIII, p. 33, Vasio
Vocontiorum ; p. 19, flamen Vocont...;
— p. 55, Vasienses Voc... — A Luc,aed.
Voc.,C' XII, p. 13 : C' XIV, p. 10, 34;
C' XX, p. 20 ; G' XXII, p. 1 S ; C' XXIV,
p. 22 ; G' XXVI, p. 3.
VOGONTIVS, Rome, Mur. DGGCLVIl, 4.
Nom emprunté par les Latins aux Gau-
lois des Alpes?
VOGLANNIONVM vicus, près Trêves.
G' XX, p. 22, 28. Orelli 5237. —
VOGLANNI, C' XX, p. 3}. Br. 796.
VOLCAE, ethnique général des Gaulois
méditerranéens. Pierre du Musée d'Avi-
gnon. G' XIII, p. 37 v,
VOLIREIVS. Gruter 842, 1. Carniole.
VOLTREX. Gruter 780, 5. Carniole. —
VOLTREX, Explaetoris f. Pcx. VOL-
TREX, lasonis F. P.; Iggi, Carniole.
Voltregis f. ex Voltrici.
VOLTVREGIS, gén. Iggi, Gruter 826, 2.
VORDENSES pagani. Apt, Orelli 197.
VORETO (...us). G" XVIII, p. 18.
VOSEGO deo. Bergzabern. Orelli 2072.
Bramb. 1784.
VOSIO (nominatif). Tremosine, près Bres-
cia. Murât. MGCXGV, 6.
VOSOLVIA, nom de lieu. G' II, p. 27 Vo.
Orell. (236.
VOSTRVS, fils d'Ausus. C III, p. 14.
XVBAN Deo. C' V, p. 42.
ZIA, TtATi filia, daca, uxor Piepori, régis
Coistobocensis. Rome, Muratori 1039, 3.
VASES
SIGILLÉS ET ÉPIGRAPHIQUES
DE FABRIQUE GALLO-ROMAINE'.
Parmi les nombreux vases désignés généralement par les archéologues
sous la dénomination peu exacte de poteries samiennes^, il se trouve une
série dont les exemplaires portent des légendes en relief. Ces légendes
n'ont aucun rapport avec la fabrication ; ce sont tantôt des vœux ou des
invocations, tantôt des ethniques. J'ai cru qu'il était utile de réunir ici
les renseignements que j'ai pu recueillir sur ces fragiles monuments.
Tout d'abord, je propose de supprimer, dans la nomenclature archéo-
logique, ce nom de vases samiens. La poterie de Samos n'avait aucun des
caractères qui distinguent celle dont nous nous occupons en ce moment;
les Romains, qui fabriquaient celle-ci, prétendaient rivaliser avec les
Samiens sans les copier; les inscriptions et les noms de potiers sont latins
et en caractères latins; le vernis rouge, avec sa teinte qui ne peut se
comparer qu'à la cire à cacheter, est particulier à cette poterie que le
commerce répandit dans le monde romain où elle fut imitée; cette imita-
tion produisit de nombreux échantillons, d'une fabrique plus grossière et
d'un art moins délicat, qui paraît s'être continuée pendant les trois pre-
miers siècles de l'ère chrétienne.
Le centre de la fabrication des vases rouges, sigillés et vernis, paraît
1. Cet article a paru récemment dans la Gazette Archéologique, publication importante
que son luxe typographique ne réserve malheureusement qu'à un nombre trop restreint
de lecteurs privilégiés. Les directeurs de ce magnifique recueil, MM. Fr. Lenormant et
le baron de Witte, nous ont permis, avec leur courtoisie habituelle, de le reproduire,
dans l'espoir que sa vulgarisation fera connaître des exemplaires nouveaux de ces vases.
2. Tout récemment, M. l'abbé Desnoyers a soutenu la même thèse dans les Mémoires
de la Société d'agriculture, sciences, belles-lettres et arts d'Orléans, t. XIX.
? 14 Vases sigillés et épigraphiques
avoir été dans l'Italie septentrionale, à Arezzo; Perse, Martial, Macrobe,
Pline, Isidore de Séville ' font allusion à la poterie rouge d'Arezzo. « Les
vases en terre cuite, dit ce dernier, furent d'abord inventés à Samos;
ensuite on découvrit le procédé pour y appliquer la couleur rouge. Ces
vases sont appelés arétins, du nom d'une ville d'Italie où on les fabri-
quait. » Des découvertes récentes ont permis de constater l'existence de
fabriques considérables de ces vases dans le Modénais^
Jusqu'à ce jour, on ne s'est pas assez occupé de réunir les sujets divers
représentés en relief sur les vases arétins el sur leurs imitations; destinés
à des usages variés, ils retracent, par leur ornementation, le courant des
idées de la vie ordinaire, les sujets les plus appréciés et les plus popu-
laires; ils fournissent mille détails curieux, et, parfois même, touchent
directement à la mythologie et à l'histoire. La Société des Antiquaires de
France, il y a quelques années, a fait connaître un très-curieux fragment
de vase sigillé, avec inscriptions, relatif à la défaite du roi dace Décébale,
trouvé au milieu des ruines romaines à Blain, dans le département de la
Loire-Inférieure 5 ,
Je ne sache pas qu'il ait été encore publié d'autres vases sigillés épi-
graphiques, que les deux exemplaires dont je vais parler avant d'arriver
à la description de ceux dont on va voir les dessins exacts.
L'un fait partie du Real Museo Borbonico 4, l'autre est au musée de Nîmes > .
L'ornementation du premier, dont la provenance n'est pas indiquée,
mais qui, par son beau travail, doit être de fabrique italienne, se com-
pose : i" d'une bordure d'oves; 2" d'une inscription formée de caractères
de grande dimension, séparés chacun par une feuille de vigne; 5° d'une
bande de feuillage dans laquelle on aperçoit deux lièvres, ou lapins,
broutant, et deux sangliers poursuivis par deux chiens. La seconde et la
troisième zone sont coupées par un buste de femme placé entre deux
caducées, de manière à indiquer le commencement de la légende, qui
est : BIBE AMICE DE MEO; cette inscription rappelle les vœux que
l'on retrouve plus tard, vers la fm du Haut-Empire, sur des vases de
couleur noire ou ardoisée : Sitio; Rcple; Da bibere; Amo te condite; Amas,
felixvita; Ut felix vivas; Merum da satis : Vinum tibi, dulcis; Vive, bibe
multis, etc.
1. Pers., Sat., Il, 6; Martial., I, 54; XIV, 98; Macrob., 11, 4; Plin., Hist. nat.,
XXXV, 4$ ; Isidor, Etymol., 1. XX, c. iv, j, 5 et 6.
2. Bull, de l'Inst. archéol. de Rome, nov. 1875 ; Alimer, t. IV, p. 55 et seq.
). Bull, de la Soc. des Antiq. de Fr., 1870, p.113 et 118.
4. T. VIII, pi. 29.
5. Marques de fabrique du musée de Nîmes publiées en fac-similé, p. 58 et pi. xv,
n" 177; G. Charvet, les Voies romaines chez les Vokes-Arècomiques, p. 9, note 2.
de fabncjue gallo-romaine. j 1 5
Le second vase, publié par M Aurès, et avant lui signalé par Artaud,
dans un travail inédit sur la céramique, qui est conservé à la bibliothèque
du Musée de Lyon, porte la légende : TAM BENE FICTILIBVS, entre
une bordure d'oves et un sujet de chasse. Les lettres sont séparées par
des feuillages et aucun signe ne marque le commencement de la légende.
On a proposé de voir ici une sorte d'exclamation signifiant que le vin est
aussi agréable à boire dans un vase de terre que dans une coupe de
matière plus précieuse. Il est tout naturel de rappeler à ce propos le vers
de Martial :
Aretina nimis ne spernas vasa nwnenws.
H.
A Montans (Tarn), localité où exista, à l'époque romaine, une fabrique
de poterie signalée par M. E.-A. Rossignol, parmi de nombreux débris,
on a recueilli deux fragments portant des inscriptions en caractères
presque cursifs et qui, analogues à celles dont nous nous occupons en
ce moment, paraissent être de la plus basse époque. Ces fragments
n'ont encore été ni reproduits ni déchiffrés ; les lettres ne sont pas sépa-
rées ' .
Sur l'une, M. Ant. Héron de Villefosse, mon confrère, propose de
lire : AVE NOVISSIMYS HERES VD
Sur l'autre, on ne déchiffre guère que les mots.... AENEA SOM-
NIA ou.... AENEAS OMNIA....
Quelques fragments d'inscriptions étaient déjà connus avant la décou-
verte importante dont je vais parler dans un instant :
1° R, sur un fragment de vase provenant d'Orange, conservé au Musée
de Saint-Germain.
2° INEA, sur un autre fragment, de provenance inconnue, publié par
M. Allmer^.
3° ON, au Musée de Nîmes.
4» N, id.i.
En 1871, grâce à M. l'abbé Cérès, conservateur du Musée de Rodez,
on fut prévenu qu'une fabrique considérable de poterie avait été reconnue
à Banassac (Lozère). Le musée de Saint-Germain put acquérir la plus
grande partie des objets qui avaient été exhumés jusque là; M. Cérès en
1. Des antiquités, et principalement de la poterie romaine, trouvées à Montans, près de
Gaillac {extr. du Bull. Monum., 1861), p. 6 et 7.
2. Allmer, Inscriptions antiques et du moyen âge de Vienne, atlas, pi. xxvi,n° 200.
5. Aurés, 0/). /au(i., pi. XV, n°' 178 et 179.
3 16 Vases sigillés et épigr aphiqnes
eut lui-même quelques échantillons. C'étaient des vases de toutes formes,
par centaines, des assiettes, des moules, des pièces ayant servi à la fabri-
cation; cet ensemble, important au point de vue de l'industrie antique,
dont il révélait quelques procédés, non moins important au point de vue
archéologique, avait peu de prix comme art '. La plupart des objets restés
chez le potier n'étaient évidemment que des échantillons de rebut; de
ceux qui, par suite de quelque défaut de cuisson ou de fabrication,
n'avaient pu être lancés dans le commerce. Néanmoins, un certain
nombre de vases étaient intacts, et les fragments très-nombreux. —
C'était, avec Montans, une fabrique gallo-romaine de plus à ajouter à
celles qui étaient déjà connues : Lezoux et Clermont-Ferrand (Puy-
de-Dôme), Vichy et Toulon (Allier); la statistique des ateliers de
céramique antique, et probablement aussi la localisation des noms de
potiers, pourra être tentée un jour. Cependant, il y a lieu de croire que
les fabricants gallo-romains, comme celui de Banassac, signaient rare-
ment leurs œuvres; ils étaient commerçants avant tout, plutôt qu'ar-
tistes. Ce n'était pas pour eux que Pline avait dit, à propos de l'industrie
céramique : « C'est ainsi que les peuples s'ennoblissent et s'enrichissent
« véritablement; ils en font commerce, et cette marchandise, toute fra-
« gile qu'elle est, se transporte par terre et par mer en divers pays,
« avec la marque de l'ouvrier et du lieu où elle a été faite, ce qui
« rend célèbre par toute la terre jusqu'aux ateliers et aux fourneaux des
« ouvriers. «
Dans cet amas céramique de Banassac, il y avait plusieurs vases sigil-
lés à inscriptions; avant de les décrire, je relaterai ici les fragments de
cette série, en marquant d'un astérisque ceux qui ont été acquis par le
Musée de Saint-Germain^.
*BONVS PVER. *VMI [id.).
BONA PVELL [Coll. Cérès.). BI [id.).
HIC [id.].
Cette inscription est disposée en VN \id.).
deux zones, l'une au-dessus ,de ON! (id.).
l'autre. *XILE.1L (ii.).
*AE
1. Les vases de Banassac ont été signalés par M. Mazard, dans son Étude descriptive
de la céramique du musée des antiquités nationales de Saint-Germain en Laye, p. 148 et
seq. Cette étude est le seul traité, un peu complet, qui ait paru sur la céramique en Gaule ;
tiré à un petit nombre d'exemplaires, on trouve difficilement ce petit livre dont il serait à
désirer qu'il parût une nouvelle édition mise au courant des découvertes et des travaux
postérieurs à sa première publication.
2. Ibid., p. 106.
de fabrique gallo-romaine. 3 1 7
•CATV. 'RAT
*R1. 'EDE
INES (Co//. ar«.). MTF
MCE 'OM
* MA * VAN
kKE{Coll.Cérh.). *^^V
Un vase entier, du Musée de Saint-Germain, porte simplement le nom
de AVRELIVS, probablement celui de son propriétaire.
Un autre laisse lire VENI AD ME AMICA; cette invocation peut
s'adresser à la bouteille, lagena, dont le contenu va être versé dans le
poculum. C'est encore le reste d'un souhait de buveur, ou aux buveurs,
que je propose de voir sur le fragment suivant, et que je rapproche de
l'inscription d'une lagène conservée au Musée Carnavalet : OSPITA
REPLE LAGENA CERVESA'. Peut-être l'inscription complète était
CERVESARHS FELICITER.
Nous arrivons maintenant aux vases sigillés qui portent des ethniques;
ceux-ci sont au nombre de quatre, et j'espère que l'on arrivera peu à
peu à augmenter cette série intéressante.
Voici d'abord les Cabales, GABALIBVS FELICIT... ; justement le
nom du peuple chez lequel le potier de Banassac exerçait son industrie.
Il est bon de remarquer que César écrivait Gabali, tandis que Strabon
et Pline donnent la forme Cabales, d'où vient grammaticalement Gaba-
libus. Le vase qui nous occupe, fabriqué dans le pays même et destiné à
y être vendu, nous indique donc la véritable forme de l'ethnique des
anciens habitants du Gévaudan.
Viennent ensuite les Rèmes, REMIS FELICITER. Deux coupes portent
cette inscription; l'une m'appartient, l'autre fait partie de la collection
de M. le comte Éd. de Barthélémy. Elles ne diffèrent que par un détail :
sur l'une des deux, une figure humaine, grossièrement exécutée, indique
le commencement de la légende. (Voir la gravure, à la page suivante.)
Un autre fragment est tout ce qui reste d'un poculum destiné à l'usage
des Lingons : on lit très-distinctement LINGONIS {felici)TER.
Une coupe trouvée à Genève en 1862, sur le plateau des tranchées,
où le remaniement complet du terrain a mis au jour tout un quartier de
l'antique Genava, porte la légende SEQVANIS FELICIT... Ce vase,
conservé aujourd'hui au Musée de Genève, doit être rapproché d'un frag-
ment du musée d'Annecy, sur lequel on ne lit plus que S FE..CIT2.
1. /îfvue arcA.,1868, t. XVIII, p. 226.
2. Je dois la connaissance de l'estampage de ce vase à M. Revon, conservateur du
musée d'Annecy.
?i8
Vases sigillés et épigraphicjues
Il me semble difficile de ne pas attribuer ces deux pocula à la fabrique
de Banassac, alors que, sur des tessons recueillis dans cette dernière
localité, on en distingue deux, avec les lettres VAN et QV qui font néces-
sairement partie de l'ethnique SEQVANIS.
Jusqu'à ce jour, on n'a signalé d'ethniques, suivis du mol féliciter, que
de fabrique gallo-romaine. ^ 1 9
SUT des graffiti recueillis à Pompéi, à Herculanum et à Stables; on lit
PVTIIOLANIS FELICITER, — SALINESIBVS FELICITER, dans un
lupanar, NOLANIS FIILICITIIR'. Une inscription d'York porte
GENIO LOCI FELICITERA
Cette dernière inscription peut être rapprochée d'un fragment de po-
terie, dont il existe deux exemplaires, et sur lequel il ne reste plus que
le dernier mot. Tout dernièrement, mon savant ami, M. le baron de
Witte, a établi que cette légende accompagnait la représentation de
Plancus et du Génie de la ville de Lugdnnum'i.
A propos d'ethniques inscrits sur les vases, on ne peut pas passer
sous silence la petite urne du musée du Louvre, qui porte GENIO TVR-
NACESIV; elle provient de l'ancienne collection Durand. Cette urne,
en terre cuite, très-fme, est revêtue d'une belle couleur rouge; la panse
est décorée d'une guirlande de lierre en relief; la légende est tracée en
creux, à la pointe, sur le col 4.
La forme du vase de Tournay, la manière dont est gravée la légende,
n'ont aucun rapport avec les coupes dont nous nous occupons; nous ne
le citons ici que parce qu'il porte un ethnique.
Avant de terminer cette étude et de proposer mes conclusions sur les
vases sigillés épigraphiques, il n'est peut-être pas inutile de réunir quel-
ques notes sur l'emploi du mot féliciter.
Ce mot était une acclamation employée souvent dans les festins, ana-
logue aux vivats modernes; on s'en servait en l'honneur des dieux, des
empereurs, comme nous le voyons dans le banquet de Trinalcion : « Con-
« surreximus altius et Augusto, patri patriae, féliciter diximuss »; dans
Suétone : « Acclamari etiam in amphitheatro,epulari,die libenter audiit ;
« Domino et Dominae féliciter <^ «; dans, les graffiti: CAESARIS
AVGVSTI FELICIT; — RVSTIVM VERVM A.V.A.S.P.P.AVGVSTO
FELICITER. AEDILES SIC DECET;— IVDICIIS AVGVSTI AV-
GVSTAE FELICITER NOBIS SALVIS FELICES SVMVS PERPE
VO; — AVGVSTO FELICITER:. On s'en servait aussi pour les parti-
1. Corpus inscr. latin., t. IV, n" 218}, 161 1,1512-
2. Orelli, n° 1701.
}. Comptes-rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, iSyj,
p. 65. — Frœhner, les Musées de France, p. $9, pi. xv, n° 2. Un second exemplaire de ce
fragment existe au Musée de Lyon.
4. Bull, de l'Acad. roy. des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, t. XIX,
2" partie, p. 395, art. de M. Adr. de Longpérier; Rev. de la num. belge, 2° série, t. IV,
p. 155 et 162, art. de M. le baron de Witte; Bull, des comm. royales d'art et d'archéol.
de Belgique, 16' année, n" 3 et 4, p. 156. Je ne pense pas que l'authenticité de ce vase
puisse être soupçonnée malgré les arguments mis en avant par quelques savants.
5. PttTon., Satiricon, c.(>o. — 6. Sueton., Domitian.,c. 13.
7. Corpus inscript, latin., n" 820 a, 427, 1074, 2460.
J20 Vases sigillés et épigraphiques de fabrique gallo-romaine.
culiers : D. LVCRETIO FELICITER; — NVMMIANO FELICITER;
— DVOBVS FABIS FELICITER;— REGVLO FELICITER; —
M.ANTISCIVS MESSIO FELICITER ', etc. A propos d'un fragment
de vase, publié dans la Gazette archéologique, 1877 (pl-'2, p. 70> ^- •'•
Roulez a établi que, dans les jeux du cirque, le mot féliciter était syno-
nyme de vincas ou nica. Il rappelle judicieusement ce vers de Phèdre
{Fab.W,i, 3):
Ut mos est vulgi passim et cerîatim ruunt, féliciter^ succlamant.
Les Grecs avaient une acclamation semblable, l■'^^■:^\a.ç\ nous la
retrouvons reproduite par des lettres en relief, ...GZHCAIC KAACOC.
sur un vase en verre publié dans les Jahrhûcher des Vereins von Altcrthums-
freunden im Rheinlande, 1844, pi. xi. Un vase analogue, pi. xii, porte
en latin : Bibe muliis annis; il arrivait parfois que les Grecs lui substi-
tuaient le vocable latin :
CATPICU
OYAAGNTI
OrOYCTOJ
NHP OHAIKIT-
Un fragment de vase trouvé à Orange, publié par M. Frœhner, repré-
sente une poule entourée de ses trois poussins; elle porte un épi au bec
et l'un de ses petits sur Son dos; au-dessus, on voit un rameau et la
légende MIHI ET M(m) FELICITER^
La présence sur les vases sigillés de cette acclamation banale, équi-
valent du VT FELIX VIVAS des temps postérieurs, ne me semble pas
devoir donner lieu à des conjectures inutiles; le potier de Banassac avait
pour but, très-probablement, de fabriquer des vases qui devaient être
achetés de préférence dans les civitates dont ils portaient les noms. Les
potiers italiens avaient inventé les légendes bachiques, comme nous le
voyons sur le poculum du Musée Bourbon; les potiers gallo-romains
cherchèrent la vogue en satisfaisant l'amour-propre de toutes ces cités,
qui avaient succédé aux peuples indépendants de la Gaule, et aimaient à
se souvenir de leur autonomie. Je ne pense pas que cette fabrication se
soit continuée longtemps après le premier tiers du troisième siècle, date
que je donne à ceux de nos vases qui sont les moins artistiques.
Anatole de Barthélémy.
1. Ibid., 299}*, 917, 1087, 1098, 1 loi.
2. Frœhner, op. laud., p. 66, pi. xv, n' 4.
LES FINALES IRLANDAISES
D'APRÈS M. WINDISCH.
M. E. Windisch. à qui nous devions déjà de si excellents travaux, a
publié dernièrement dans les Beitr£ge zur Geschiçhîe der deutsclien Sprache
un mémoire d'une haute importance pour l'histoire de l'irlandais. On
sait que les manuscrits irlandais les plus anciens datent du viii^ et du
ix^ siècle. La langue de ces documents appartient dans l'histoire du
langage à la même période chronologique que le texte vieux-français
des célèbres Serments de Strasbourg, 842. Dans ce texte vieux-fran-
çais les mots amur, sacrament, etc., ont perdu les syllabes finales du
latin amore, sacramentum. Dans les textes irlandais du viiF et du ix'' siècle
les mots de la langue qu'on est convenu d'appeler vieil irlandais ont
généralement subi la même mutilation, et il y a une restitution à faire
pour trouver la forme usitée dans la période antérieure, dans la période
qu'avec M. Windisch nous appellerons préhistorique, qui se termine au
vi'= ou au vii« siècle de notre ère, qui est contemporaine de l'époque de
César, des grands écrivains de Rome, des inscriptions romaines et des
débris de la langue gauloise conservés par ces écrivains et ces inscrip-
tions. Le mot préhistorique appliqué à cette période n'est pas rigoureu-
sement exact, car des inscriptions irlandaises du vi'' siècle environ,
appartenant chronologiquement à la période dite préhistorique, sub-
sistent encore aujourd'hui ; et ces inscriptions, malheureusement peu
nombreuses, nous offrent les formes caractéristiques de la période dite
préhistorique : elles sont avec le vieil irlandais, c'est-à-dire avec l'ir-
landais des manuscrits du viiie et du ix^ siècle, dans le rapport qu'on
signale entre le latin classique et le français du ix^ siècle. L'expression
de préhistorique est cependant justifiée par la rareté des inscriptions
irlandaises du vi'^ siècle : la plupart des formes de l'époque préhisto-
Rev. Celt. III 23
?22 Les finales irlandaises.
rique irlandaise sont établies par le raisonnement et non justifiées par
des exemples.
Voici les principes à l'aide desquels M. Windisch a entrepris la recons-
titution d'un certain nombre de formes de l'irlandais préhistorique.
I.
Les polysyllabes conservent leur dernière syllabe, quand cette syllabe
se terminait i" par une consonne double, 2" par r, 5, / ou d précédés
d'une voyelle longue.
II.
Les polysyllabes ont perdu leur dernière syllabe, quand cette syllabe
ne remplissait pas les conditions énoncées dans la règle précédente.
Ainsi la dernière syllabe a cessé d'exister dans tout polysyllabe précé-
demment terminé 1" par une voyelle brève ou longue ou par une diph-
thongue. 2" par une voyelle brève suivie d'^ ou de t, 3° par une voyelle
brève ou longue suivie d'une nasale. Mais avant de disparaître, la syllabe
condamnée a souvent exercé une action qui lui survit. Elle â pu exercer
cette action en arrière ; elle a pu l'exercer en avant. Elle l'a exercée en
arrière en modifiant la valeur de la syllabe précédente, ce qui a toujours
lieu quand la syllabe condamnée contenait un i. Elle a exercé cette
action en avant de deux manières :
Premièrement, quand le mot dépouillé de sa syllabe finale se termi-
nait originairement par une voyelle, cette voyelle a produit l'aspira-
lion de la consonne initiale du mot suivant dans un certain nombre de
constructions grammaticales. Secondement, quand le mot dépouillé de
sa syllabe finale au viii« siècle se terminait originairement par une nasale,
la nasale a souvent subsisté en se détachant du mot auquel elle appar-
tenait précédemment et en devenant la première lettre du mot suivant ;
ce phénomène singulier se produit en construction lorsque le mot sui-
vant est une voyelle ou une moyenne.
Telles sont les règles sur lesquelles s'appuie M. Windisch pour con-
clure des formes du vieil irlandais à celles de l'irlandais préhistorique.
Nous n'entrerons pas dans le détail des raisonnements auxquels donne
lieu l'application de ces règles aux divers cas particuliers : nous nous
contenterons de donner les résultats. Ayant pu profiter des travaux de
MM. Ebel ' et Stokes ^ sur le même sujet, possédant en grammaire com-
parée des connaissances fort étendues, le jeune professeur allemand est
1. Beitraege, 1, 165. Gr. C-, p. 172 et passim.
2. Beitraege, passim.
Les finales irlandaises. ? 2 ?
arrivé à des résultats plus sûrs et plus nombreux que ses savants devan-
ciers, et tout en regrettant peut-être qu'il n'ait pas cherché, dans les
lois de l'accent, telles que la versification nous les peut faire saisir, un
supplément de démonstration qui reste encore à produire, nous sommes
heureux de donner ici sous forme de paradigmes un résumé de son
mémoire.
DÉCLINAISON DES NOMS ET DES ADJECTIFS.
Thèmes masculins en
a.
Nom.
vieil irlandais.
Singulier.
ech, cheval,
fer, homme,
Irlandais préhistorique.
equas.
viras.
tarb, taureau,
tarvas ' .
gén. f/c/z, du cheval,
instrumentah/j biucc, un peu,
^ur, par l'homme,
equi^, equisi, equese,
biccu. [aquasja.
viru, vira
dat.
fiur, à l'homme.
viru., virô, virai, virai.
ace.
eoch, au cheval,
fer n-aile, autre homme,
equo, equôi, equâi
viran alian.
voc.
fir, homme,
vire, viri.
maicc, micc, fils !
de, dieu.
maqui.
dêve.
ablatif
cetu, cela, d'abord,
cintâd.
Nom.
Pluriel.
eich, les chevaux.
equi.
fir, les hommes,
viri.
gén.
dat.
ech n-aile, des autres chevaux,
feraib, aux hommes,
equan, equam, aquam.
virabis.
ace.
yïru, les hommes.
Duel.
virus, virans.
Nom. ace.
dà ech, deux chevaux,
Noms féminins en â
echa, aquâ.
Nom.
Singulier.
èr, heure,
ôra.
taaîh, peuple,
tôta, toutâ.
1. Gaulois tarvos.
2. On sait que le génitif maqui de maquos, fils, se trouve dans les inscriptions de
l'époque dite préhistorique.
524 Les finales irlandaises
vieil irlandais.
lâni, main,
rû/z, secret,
fedb, veuve,
ârd, haute,
gén. tuaithe, du peuple,
lamae, de la main,
dat. tuait h, au peuple,
laim, à la main,
uair, parce que,
instrumentahVzc/ ôr sa^ à cette heure,
in tan^ quand,
ace. tuaith n-aili, autre peuple,
lâim, main,
abl. ôre, uâre, parce que (de ôr, heure) ,
Pluriel.
Irlandais préhistorique
[p]lâma
rùna.
vidva.
ardva.
tôtês, toutes, toutjas, tau-
[p]lâmâjas [tâjâs
tôti, toutêi, tauîâi.
[p]lâmi.
ôri.
ôra, ôrâ.
tana, tanà.
tôtin^ toutên.
Ipllâmin, [p]lâmên.
ôrajas, ôrâjâs.
Nom. tuatha, les peuples,
mnâ^ les femmes,
gén. tuath, des peuples,
na m-ban, des femmes,
dat. tuathaih, aux peuples,
ace. tuatha, les peuples,
mnâ, les femmes,
Duel.
Nom. ace. dî choiss, deux pieds,
tôtâs, toutâs.
bnâs, benâs.
tôtan, toutam.
benan.
tôtâbis^ toutâbis.
tôtâs^ toutâs.
bnâs^ benâs.
cossi, cossei.
Noms neutres en a.
Singulier.
Nom. ace. dliged n-ail, autre loi.
dligetan.
biath, nourriture.
bivatan.
nemed, chapelle,
nemetan.
attrab, possession.
ad-treban.
instrumental «iur/, par la force,
nertu, nertâ.
Pluriel.
Nom, ace. i" grân, grains,
grâna, grânâ.
nert, vertus, forces, •
nert a.
2" dligeda, lois,
dligetâs.
imneda, tribulations,
imnetâs.
Les finales irlandaises.
^2S
Thèmes masculins et neutres en ia.
Nom.
voc.
abl.
Nom.
Nom.
Nom.
Nom.
vieil irlandais.
aile, autre,
duine, homme,
duini, 6 homme,
èindid, une fois,
aili, les autres,
Singulier.
Pluriel.
Irlandais préhistorique.
alias.
dunias.
dunii.
ôintetis, âinatiatas '.
a/a.
gude, prière,
gudi, les prières,
Thèmes féminins en iâ.
Singulier.
Pluriel.
gadiâ.
gadîs
Thèmes masculins en i.
Singulier.
faith, poète, vàîis.
cosmail, semblable, con- samalis.
gén. fâtho, du poète, vâtajas.
inst. -locatif faith, par le poète, chez le poète, vâti.
Pluriel.
Nom. fâthi, les poètes, vâteis, vâtejes, vâtajas.
gén. fâthe, des poètes, vâtean, vatejân.
ace. fâthi, les poètes, vâtîs.
Thèmes féminins en i.
Singulier.
Nom. flaith, domination,
cruim, ver,
buith., être,
sûil, œil,
comhairt, naissance,
gén. flatho, flatha, de la domination,
vlatis
cromis.
butis'.
sùlis 5.
com-bartis.
vlataos, vlataas., vlatajas.
1. Adverbe. Comparez le sanskrit sarvatas, partout, et le latin primitus, d'abord.
2. Le même mot que le grec yjTt;.
3. Le même mot que le latin sol, breton heol, gothique sauil. Cette synonymie est le
résultat de l'idée mythologique qui a donné naissance au mythe du cydope. Le soleil
est un oeil qui voit tout : 0; ravr' è'fOf«â. Voilà aussi pourquoi, dans la mythologie
germanique, Vuotan, le dieu suprême, n'a qu'un oeil, uno semper contentas ocello,
Grimm, Deutsche Mythologie, p. 133.
526
Les finales irlandaises.
vieil irlandais.
inst. -locatif sû/7, dans l'œil, par l'œil,
ace. sùil n-aili, autre œil,
Pluriel.
Nom. sûli, les yeux,
gén. sùle, des yeux,
dat. sùlib, aux yeux,
ace. sùli, les yeux.
Duel.
Nom. ace. di suil, deux yeux,
Thèmes neutres en i,
Singulier.
Nom. ace. muir, mer,
Irlandais préhistorique.
SÛU.
salin.
sùleis, sùlejes, sûlajas.
sûlean, sàlejân.
sùlibis.
sûlîs.
sûli, sàlî.
mon.
guin., blessure,
goni.
hùaid, victoire.
bôdi.
gén.
mora, de la mer,
morajas.
inst.-loeatil
• muir, par la mer, dans la mer.
mori.
ablatif
samlid, ainsi,
Pluriel.
samalitis, samalitas '.
Nom. ace.
mora, les mers.
moraja.
îîre, les terres,
tîreja.
Thèmes masculins en
u.
Singulier.
Nom.
mug, esclave,
mogus, magus.
follus, sollus, ouvert,
svalnastus.
accus, voisin,
ancastus.
cosmilins, ressemblance,
con-samaliastus.
imb-râdud, pensée.
ambi-râdiatus.
fid, arbre.
vidus.
bit h, monde.
bit us.
molad, louange.
molatus.
gén.
betho, betha. du monde,
bitaos, bitavas.
instrumental />iu?/j, dans le monde.
biîvâ.
ace.
in m-bith m-bras, le grand monde,
Pluriel.
. bit un.
Nom.
mogai, les esclaves,
mogavis, magaves.
I. Adverbe, dérivé du même thème que le latin similis avec le même suffixe que le
latin primitus.
gén.
ace.
Nom. ace.
Nom. ace.
Les finales irlandaises . ^ 2 7
vieil irlandais. irlandais préhistorique.
moge, des esclaves, mogean, magevan
mugu, les esclaves. mogûs, maguns.
Duel,
^ci d/ûrcini, deux relations, atii, ...atù.
sut h, fœtus.
doras, porte.
Thèmes neutres en u.
Singulier.
Nom. ace. rechte, les lois.
sothe, les fœtus.
Pluriel.
Nom.
gén.
dat.
ace.
Nom.
gén.
dat.
ace.
Nom. ace.
athir, père.
siur, sœur,
athar, du père,
mâthar, de la mère,
athir, au père,
athir, le père,
athir, les pères,
brâthar, des frères,
athraih, aux pères,
brâthrib, aux frères,
aithrea, les pères,
dî sîair, deux sœurs.
Noms de parenté.
Singulier.
Pluriel.
Duel.
sutu.
dvarastu.
recteva, rectevà.
suteva.
[p]atêr.
sesur, svesôr.
[p]ateras.
rj}âteras.
[p]ateri.
[p]aterin.
[p]ateris.
brâteran.
[p]aterabis.
brâteribis.
[p]aterâs.
sesare.
Thèmes en -ant (anciens participes présents).
Singulier.
Nom. brâge, gorge, loche, éclair, brâgents ', laukents^.
gén. brâget, brâgat, de la gorge. brâgentas.
ace. brâgit, la gorge. brâgentin.
1 . Ce mot paraît identique au latin gurges, dont le gu initial est devenu h en irlandais
dont \'r a changé de place, phénomène dont les langues celtiques offrent d'autres exemples,
et dont enfin le suffixe a la forme faible at au lieu de la forme forte ant.
2. Latin lucens.
328
Les finales irlandaises.
vieil irlandais
Pluriel.
teit, chaudes,
Irlandais préhistorique
Nom.
te[p]entis.
carait, amis,
Garantis.
dat.
braigtib, aux gorges,
Duel.
bràgentibis.
Nom. ace.
di tiprait, deux fontaines,
Thèmes gutturaux.
iipranie.
Nom.
Singulier.
ail, pierre,
ruire, seigneur.
aileks.
rureks.
aire, primat.
arieks.
rî, roi,
rix.
gén.
cathrach, de la ville.
cataracas.
rurech, du seigneur.
rurecas.
Thèmes en at (jorme faible de ant) .
Singulier.
Nom.
tenga, langue,
tengâs, tengats ' .
slige, chemin.
sligês, sligets.
fin, file, poète,
velês, velets.
comdiu, maître, dieu,
com-mediâs, com-mediats
cing, guerrier,
cingês, cingets.
gén.
coimded, de dieu.
com-mediatas^.
dat.
filid, au poète.
veleti.
ace.
sligid, le chemin.
Pluriel.
sUgetin.
Nom.
filid, les poètes.
veletis.
sligid, les chemins,
sligetis.
gén.
filed, des poètes.
veletan.
dat.
filedaib, aux poètes,
veletabis.
ace.
fileda, les poètes,
veletâs.
sligeda, les chemins.
sligetâs.
Duel.
Nom. ace. dâsligid{duasvias), deux chemins, sUgete.
1. Comparez le gaulois Atrebas, -aiis, pour ad-trebas, qui nous offre également la
forme faible du participe présent; sa racine est ici treb, habiter, posséder.
2. La racine est la même que celle du grec ixé^ovtoç, et probablement que celle du
premier terme de l'osquc med-dix, celui qui dit le jugement.
Les finales irlandaises.
J29
Thème neutre en -et {variante de at).
Nom. ace.
vieil irlandais.
Singulier.
traig, pied,
Thèmes en tât.
Irlandais préhistorique,
tragit.
Nom.
Singulier.
beothu,
bivatâs, bivatâts.
gén.
bethad.,
Thèmes en n.
bivatâtas.
Nom.
Singulier.
broo, meule,
brâvâ, gràvâ.
cû, chien,
cù, cvâ.
triath, mer.
trita, tritâ.
Alba, Ecosse,
Albans.
gén.
broon, de la meule,
bràvanas.
trethan, de la mer.
tritanas.
Alban., de l'Ecosse,
Albanas.
Nom.
Pluriel.
coin, chiens,
conis.
gén.
con, des chiens,
Thèmes en ann.
conan.
Nom.
gén.
Singulier.
goba, le forgeron,
gobann, du forgeron,
Thèmes en iann.
gobas,
gobannas.
Nom.
Singulier.
Eriu, l'Irlande,
Eriâ.
gén.
Erenn, de l'Irlande,
Erinnas.
Thèmes neutres en man.
Singulier.
Nom. ace. ainm n-abstil, nom d'apôtre, anmin (J) anmen [?).
ainm diles, nom propre, anme.
dat. cuirm, à la bière, cormi.
ainmaimm, au nom, anmammi, anman-nu.
?}0 Les finales irlandaises.
vieil irlandais. irlandais préhistorique.
Pluriel.
Nom. ace. anman, anmonn, les noms, anmana.
bèmen, bêinenn, les coups, bêmena.
drommann, les dos, drommanna, drosmana.
gén. anmann, des noms, anmanan.
Nom.
gén.
dat.
voc.
Thèmes masculins ou féminin en man
Singulier.
\°briîhem, juge (masc),
flaithem, seigneur,
airem (nom propre),
2"talam terre, (fém.),
?" menme., l'esprit,
menma,
memnan, de l'esprit,
menmain, à l'esprit,
dùlim , créateur ,
britema, britemâ.
vlatima., vlatimâ.
arema, ariamâ.
talma, talmâ.
menmâs, menmâns.
menmans.
menmanas.
menmani.
dùlemin {?\.
Thèmes en ti[a]n, tiân (2).
Singulier.
Nom.
er- mitiu, respect ',
-mitiô, mitiâ.
at-bel-tu, mort,
-bel-tiô.
gén.
er- miîen, du respect.
-mentinas"^.
ace.
air-mitin, le respect.
Thèmes neutres en as
Singulier.
-mentinin.
Nom.
ace.
tech, maison,
tegas.
leth, côté,
letas.
mach^ mag, plaine.
magas 5 .
nem, ciel.
nemas^.
gén.
tige, de la maison,
tigeas, tegesas
locatil
tig, à la maison.
Pluriel.
tigi, îegesi.
Nom.
ace.
tige, les maisons.
tegesa .
gén.
tige, des maisons,
tegesàn.
1 . mitiu est dissyllabe.
2. Le suffixe est tiàn par â long au nominatif, tin (pour tian par a bref) aux autres
cas. Le latin ne connaît que tiân par d long.
5 . Cf. sk. mahî « terre ».
4. D'une racine sanscrite nam « s'incliner, vénérer »
Les finales irlandaises. H'
vieil irlandais. irlandais préhistorique.
Comparatif.
Nom. /u/g/u', plus petit, lagiôs.
NOMS DE NOMBRE.
Nom.
ace.
masc. dâ, deux,
fém. dî, deux,
neutre dâ, deux.
2.
dvâ.
dvî, dvei.
dvâ.
dat.
deib, dib, à deux,
dvebin.
Nom.
masc. trî,
fém. teoir,
neutre irî.
h
tris, treis, trajas.
tesoris, tisaras.
trî.
gén.
masc. /n/2, des trois.
tri j an.
fém. teoran-ungae .
, de trois onces,
tesoran.
Nom.
gén.
masc. cethir,
fém. cetheoir,
neutre ce//i/r,
masc.
fém. cetheora,
4-
cetaris, catvaras.
cetesoris, catasaras.
cetari, catvari.
cetesoran.
côic.
5
7-
articles,
ceci, quence.
secht n-aisle, sept
sectan.
8.
oc/!< n-aisle, huit articles.
octan.
9-
«0/ m-/7fl/, neuf vaches.
novin.
10.
deich m-bai, dix vaches,
decin.
20.
yîc/îe, pi. fichu,
vices, vicents, pi. vicentis.
PRONOMS PERSONNELS.
Pluriel.
m",
nous
■)
nis.
si,
vous
)
svis.
I. Deux syllabes. On trouve au.ssi la forme contractée lagu.
îî
2
La
finales irlandaises.
VERBE.
'^ CONJUGAISON.
Indicatif présent absolu.
Vieil irlandais.
Irlandais préhistorique.
Singulier.
I
berimm, je porte.
berami-ma.
2
beri, tu portes,
beresi.
3
/'^n'^, il porte,
bereîi.
ibid, il boit,
[p]ibeti.
is, il est.
esti.
fait, feil, fil, il est,
velti.
Pluriel.
3
fcérdiif, /?eri7, ils portent,
beranti.
tiagait^ ils vont.
têganti, steiganti.
r*-' CONJUGAISON.
Indicatif présent conjoint.
Singulier.
1
as-biur, je dis.
birii, bero, bharâ.
for-chun, j'ordonne.
cann., cano.
con-riug, je lie,
rigu, regô.
2
ai-è/V, tu dis,
beris.
3
ar-/o- im, il reçoit,
émit.
at-bail, il périt.
balit.
/e/7, il est,
velit.
Pluriel.
1
do-beram, nous portons,
beramas.
3
(J5- ter^/, ils disent,
berant.
2^ CONJUGAISON.
Indicatif présent absolu.
Singulier.
2 cari, tu aimes, caraisi, carajasi.
? caraid, carid. il aime, caraati, carajati.
Pluriel.
3 carait, ils aiment, carajanti.
vieil irlandais.
i no charu, j'aime,
2 cari, tu aimes,
3 no cliara, il aime,
! caram, nous aimons,
2 carith, vous aimez,
L« ^nfl/« irlandaises.
2'' CONJUGAISON.
Indicatif présent conjoint.
Irlandais préhistorique.
Singulier.
carau, carajô.
carai, carajis.
caraat, carajaî.
Pluriel.
carajamas.
carajate.
îîî
1 râidiu, je parle,
1 con-darc, j'ai regardé,
2 con-darc, tu as regardé,
3 con-dairc, il a regardé,
i as- ru- burt, j'ai dit,
j /?irf, elle enfanta,
1 ro charus, j'ai aimé.
3' CONJUGAISON.
Indicatif présent.
râdiô.
Parfait redoublé.
Singulier.
dedarca.
dedarcas.
dedarci, dedarce.
Prétérit en t.
Singulier.
bertu, bertô.
bertiî.
Prétérit en s.
Singulier.
carasu, caraso.
Futur en s.
Singulier.
1 erus, je me lèverai,
at-chous, j'exposerai,
tias., j'irai,
2 têsi, tu iras,
3 /é/5, il ira,
2 /or ?ê5i(i, vous secourrez,
Pluriel.
eressu, erexo.
cossu., coud-sô.
têssu, steixô.
têssesi, steixesi.
têss-it., steixit.
têsseti, steixete.
j4 L«
^nfl/e5 irlandaises.
I
vieil irlandais.
for-chanub, j'enseignerai,
predchibid, il prêchera,
Futur en b.
Irlandais préhistorique
Singulier.
canabu, canabô.
predicabati.
Impératif.
2
2
bir, porte,
emphatique clainte,
berad, qu'il porte.
Singulier.
beri, bere.
clunited, .,..tâd.
beratu.
Pluriel.
2
5
kr/ii, portez,
ibid, buvez,
/?graf, qu'ils portent,
1
bereti, berete.
[p]ibeti.
bera m u.
>•* CONJUGAISON.
Subjonctif présent absolu.
Singulier.
3
fel, qu'il soit,
r
velat.
* CONJUGAISON.
Subjonctif présent conjoint.
I
2
aer-bar, que je dise,
ar- bera, que tu dises^
Singulier.
berâ.
berâs.
3
air-ema, qu'il reçoive,
at-bela, qu'il périsse.
emât.
bêlât.
l" CONJUGAISON.
Subjonctif.
Singulier.
3 môidea, qu'il se glorifie. môdiât.
Futur redoublé conjoint ' .
Singulier.
1 ^5- nn'u, je donnerai, ...iô.
2 fo- n- didmae-siu, tu souffriras, dedamasi,
3 as-riri, il donnera, riri-it.
1 . Le futur redoublé appartient, quant à la flexion, au mode subjonctif.
Les finales irlandaises. ] } 5
Futur redoublé conjoint.
vieil irlandais. Irlandais préhistorique.
Singulier.
1 ccl, je cacherai, cela, ceclâ.
as-bêr, je dirai, bêrâ, bebrâ.
2 ni bêra-so, tu ne supporteras pas, bcrâs, bebrâs.
3 for-cechna, il ordonnera, cecanât.
Pluriel.
^ ni riaî, qu'ils ne donnent pas, ririant
PRÉPOSITIONS.
imb, imm, autour de, ambi.
aith, de rechef. ati.
ind, anda{?).
a, ass, de, ax.
0, ua, de, ava.
eter, entre, enter.
co, vers, co., cot.
ar, devant pour, [p]ara.
urid, précédemment, [p]aruti.
H. d'Arbois de Jubainville.
FORMULES INITIALES ET FINALES
DES CONTEURS
EN BASSE-BRETAGNE.
Chaque conteur possède ordinairement une formule ou deux pour
commencer et finir ses récits. Ces formules lui sont parfois particulières
et de son invention, et souvent elles sont communes à tous les conteurs
d'une même région.
Il m'a semblé curieux de réunir et de rapprocher celles que j'ai trou-
vées le plus fréquemment dans mes recherches sur les contes et récits
populaires des Bretons- Armoricains, ou qui m'ont semblé les plus inté-
ressantes, à un point de vue quelconque.
Commençons par les formules initiales.
Marguerite Philippe, de Pluzunet, ma conteuse ordinaire, celle à qui
je dois un nombre si considérable de gwerzlou, de soniou et de récits de
toute sorte, débutait ordinairement comme ceci :
Eur wez a oa, eur wez a vô, Une fois, il y avait, une fois il y
[aura,
Komansamant ann holl gaoto. (C'est) le commencement de tous
[les contes.
Ou bien encore :
Na eus mar na marteze, Il n'y a ni si, ni peut-être,
Hen eus tri droad ann trebe. Le trépied a (toujours) trois pieds.
Une autre formule qui lui était aussi familière est la suivante :
Na eus mar na question II n'y a ni si, ni question (ni mais),
Ez oa dogan ar Champion. Le Campion était cocu.
Ha piou a zo kaoz, Et qui en est cause,
Nemet ar Gampiones koz ? Si ce n'est la vieille Campionne .<*
[(sa femme).
Formules initiales et finales des conteurs en Basse-Bretagne. i ^7
Ces formules, du reste, n'étaient pas particulières à Marguerite Phi-
lippe, et je les ai retrouvées dans la bouche de presque tous les conteurs
et conteuses de Plouaret et des communes environnantes. Barbe Tassel,
une de mes bonnes conteuses encore, les connaissait aussi et les em-
ployait parfois. Mais, ordinairement, elle entrait tout de suite en matière
par ces mots : — « Il y avait une fois un roi et une reine etc. » — ou
plus directement encore : — « Celui-ci (son héros) était le fils d'un
pauvre pêcheur, etc. «
Vincent Coat, de Morlaix, dit tout simplement :
Mar karet e kredfet, Si vous voulez vous croirez,
Pe it da velet. ou allez voir.
L'aveugle Garandel débutait ordinairement comme suit :
Setu aman eur gaoz ha na eus en-lii gaou
Nemet eur gir pe daou.
Voici un conte où il n'y a de mensonge
Qu'un mot ou deux.
Ou plus simplement encore :
N^eùs mar abed penaoz gwez-all et oa^ etc....
Il n'y a pas de doute qu'autrefois il y avait, etc..
Ou bien encore :
Réd eo ma wefeac'h II faut que vous sachiez
Penaoz eur veach, Comment une fois
El oa etc Il y avait, etc
A Braspartz, au milieu des montagnes de la Cornouaille, Guillaume Le
Goff disait :
N^eùs mâr a-bed penaoz gwez-all,
Nep 'n doa daoulagad n'oa ket dall :
Nep n'hen eus nemet eul lagad,
A zo born., me hen goar er vad,
Hag rink mont diou wez gant an fient,
Wit gwelet ann daou du, hep fent...
Ce qui veut dire :
Il n'y a pas de doute qu'autrefois
Celui qui avait deux yeux n'était pas aveugle :
Celui qui n'a qu'un œil,
Est borgne, apparemment,
Et doit faire deux fois la route,
Pour en voir les deux côtés, sans plaisanterie....
Rev. Celt. lll 24
^^8 Formules initiales et finales
Voici maintenant quelques formules finales.
Les plus communes sont :
Betek aman am eus gallelho c'heuill; met na ouzon pelloc^h petra int deut
da veza.
Jusqu'à présent, j'ai pu les suivre (les héros du récit), mais, à partir
de ce moment, je ne sais ce qu'ils sont devenus.
Ou bien encore :
A-baoue n'am eus ket klevet komz anezhe.
A partir de ce moment, je n'ai plus entendu parler d'eux.
Barbe Tassel et Catho Doz, de Plouaret, terminaient ordinairement
leurs contes de cette manière.
Barbe Tassel disait encore :
Me n'ouzon awiel^ Je ne connais ni évangile,
Na rismadel, Ni faribole,
Nag ann lient d'ho kuzadenn, Ni le chemin de votre cachette,
Ha kement-ze ro d'inn poan benn. Et cela me donne mal à la tête.
Roït d'inn ann alc'houeo, Donnez-moi vos clefs.
Gant amzer me ouvezo. Et avec le temps je saurai.
Grik ! Silence !
Marv é Mariik! La petite Marie est morte!
Une finale assez commune est encore la suivante :
Neuze a o'é ear pred ar c'ha'éra : me oa bet komerret da diblua ier ha
gluziri, hag am boe ive eun tam hag eur banne, hag eun îol-troad em reor
peliini am distolas aman evit konta ze d'eoc'h.
Alors il y eut un grand festin. On m'employa à plumer la volaille et
les perdrix, on me donna aussi un morceau et une goutte, puis un coup
de pied au derrière, qui me jeta jusqu'ici, pour vous conter mon conte.
Ou bien :
Tad kun mammiou goz ma mamm goz a oa eno o treï ar bèr, hag evel-se
eo deut ha miret ar vrud a gement-ze holl en mesk ma zud, hag e c'hallet
kredi na eùz ket eur gir gaou en holl kement am eus lararet d'eoc'h.
Le trisaïeul de la bisaïeule de ma grand'mère était là tourne-broche ;
et c'est ainsi que la renommée de tout cela est venue et s'est perpétuée
dans notre famille, et vous pouvez être certains qu'il n'y a pas un seul
mot de mensonge dans tout ce que je viens de vous conter.
On sait que les contes populaires, quelque merveilleux qu'ils soient, se
terminent presque toujours par le mariage du prince et de la princesse,
du héros et de l'héroïne, et, à cette occasion, il y a des fêtes, des jeux
et des festins surtout, dans la description desquels se complaisent d'ordi-
des conteurs en Basse-Bretagne. jj9
naire les conteurs. Pauvres diables, qui, le plus souvent, ont dîné de
patates frites avec des pommes de terre, comme ils le disent, avec une rési-
gnation et un accent mélancolique fort touchants, et qui, en imagination
du moins, se promènent dans des palais de marbre et d'or, au milieu
des enchantements d'un luxe tout oriental, et prennent part à des festins
interminables dont le menu, énuméré par eux, est d'une naïveté aussi
touchante que grotesque, et m'a ému plus d'une fois.
Ecoutez d'abord l'inépuisable et na'ive Marguerite Philippe, qui croyait
à la réalité de la plupart des fables qu'elle me débitait, d'un air convaincu
et pleine de respect pour ces vieilles traditions d'un autre temps, qu'elle
aimait et conservait avec un culte véritable, la pauvre fille !
« Eno a-vad a o'é neuze prezou ka'ér ha c'hoari, epad pemzek
« deiz penn da benn, evit ar paour evel evit ar pinvidik.
« Nafaote na mange-pain, na mange-caro,
« Na crampo'és teo, na crampoïs tano,
« Na iod poaz, na iod da boazad :
« Unan en dro gant eur gloge,
« 0 c'houlen : Ha iod a vank aze?
« Betek eur porc'hel a oa eno,
« Poaz eur penn anezhan, eun ail beo,
« Kontell ha fourchettes en he reor :
« Troc'hiî pep-hini lec'h ma karo!
« Me oa eno gant ma bec fresk,
K Am boa naoun hag a grogas prest.
« Eur c'heginer a oa eno
« Gant he voutou bec sant Malo,
« Roas eun toi d'inn em diadre,
« Hag am stlezas war Menez-Bre.
« Ma teuis aman ac'hane,
« Evit konta d'eoc'h kement-ze. «
Ce qui signifie :
« C'est là qu'il y eut alors de bellçs fêtes, pendant quinze
« jours, et de beaux festins, auxquels furent conviés les
« pauvres comme les riches.
« Il n'y manquait ni massepains ni macarons,
« Ni crêpes épaisses, ni crêpes minces,
»( Ni bouillie cuite, ni bouillie non cuite;
tt Un homme faisait le tour (des tables) avec une cuillère à pot,
« Demandant : Faut-il de la bouillie par là ?
a II y avait là jusqu'à un cochon.
J40 Formules initiales et finales
« Cuit par un bout, tout vif de l'autre,
« Avec couteau et fourchette dans son derrière :
a Coupe chacun où il lui plaira !
« Moi j'étais aussi par là, avec mon bec frais,
u Et, comme j'avais faim, j'attaquai vite.
« Un cuisinier qui se trouvait là,
« Avec ses sabots à pointes de Saint-Malo,
« M'en porta un grand coup dans le derrière,
« Et me lança sur la montagne de Bré.
a De là, je vins jusqu'ici
« Pour vous conter tout ceci. »
Je terminerai cette énumération, qui est loin d'être complète, par la
formule de Guillaume Garandel, le fils de l'homérique vieillard aveugle
dont j'ai déjà parlé. Elle est, en majeure partie, de l'invention de son
père, de qui il la tenait, et il la place ordinairement à la fin des récits où
il se donne libre carrière. Car nos conteurs populaires, le plus souvent,
ont deux manières : la première, sobre, brève et allant droit au but.
C'est la meilleure, surtout pour les collecteurs de contes et autres tradi-
tions orales. Dans leur seconde manière, au contraire, ils donnent l'essor
à leur imagination, à la folle du logis, comme disait Montaigne, se livrent
à de nombreuses digressions, mettent en scène des personnes connues,
quelquefois leurs auditeurs mêmes, et prennent pour débiter leurs his-
toires et leurs fables le double du temps que demanderait une narration
simple et suivie. C'est là la méthode la plus goûtée généralement par les
auditeurs de nos veillées champêtres.
Je donne, à présent, la parole à Garandel.
Eno a-vada oe friko neuze!
Na faote : — Na iod, na patates, — na kaol, na panes. Gedon kignet,
bet eut ar bir^ o redek dre ar ruïou. Pepr ha holen 'n ho diou-skouarn, mou-
tard 'n tout ho reor, tammou paper war ho lost, skrivet war-n-hê ! — Tapit
ann hini a c'hallo îapouî ! — Kontellou ha fourchettezou en kroaz war ho
c'hêinn, d'ann hini a c'hallo troc' ha da droc'ha.
Me oa eno ive en eun tu bennak, a welas unan o tremen, hag a redas war
he 1ère' h. Mes ma boutou-koad a oa ganen, hag e kouezas war ma fri. —
Nom de Die! a lâris, buhanna loened eo ar gedon rostet-man! Na inn ken
war ho 1ère' h. Hec'h an d'ar pales, da welet ha me a gavo eun drabennac ha
na redo ket.
Fa antr'éis er geginn : — C'hui, Guilherm Garandel, a zo aze? a lavaras
dinn eur gegineres. — la sur, kegineres koant. — Vil-daill et oa, koulz-
des conteurs en Basse-Bretagne. 341
goude. — Deut aman da dréi ar bir, eun dra-bennac ho pezo ive, en bêrr.
Sec'hed a deuas d'inn étal ann tàn. — Ar c'heginer braz a eas er-maes
eun tammik. Ha me kerkcnt da eva gwinn gant ur skudell. Ma em gavis
mczw-dalL étal ann tân: Ha me da lavaret neuze, a vouez uc'liel: — Petra,
eun den evd-d-on-me a dlefe bezan er geginn, 0 trei ar bir? Euz taol, euz
kostez ar brinses, eo eman ma flaz.... Ha me 0 tanfo'éltri ar bir gant ann
diaoul. — Ar c'heginer braz a antreas eeiïnwar ann toi, hag lien 0 tont hag
0 rei eun tol-troad dinn em diadre, hag am zistaolas beteg aman da gontan
d'eoc'h ann histor.
Ce qui veut dire :
... C'est là qu'il y eut du fricot, alors!
Il n'y manquait : ni bouillie, ni patates, ni choux, ni panais. On voyait
des lièvres écorchés et rôtis courir par les rues, avec du poivre et du sel
dans les oreilles, de la moutarde dans le derrière, à la queue, des mor-
ceaux de papier sur lesquels était écrit : attrape qui pourra! — Ils avaient
sur le dos des couteaux et des fourchettes en croix, libre à chacun de
couper le morceau de son choix, s'il le pouvait. J'étais par là aussi,
quelque part. Je vis passer près de moi un de ces lièvres, et je courus
après lui. Mais j'avais mes sabots, et je tombai sur le nez. Nom de Dieu!
m'écriai-je, comme ces lièvres rôtis sont des bêtes qui courent vite! Je
ne veux plus courir après. Je vais au palais, pour voir si j'y trouverai
quelque chose qui ne coure pas.
Quand j'entrai dans la cuisine : — C'est donc vous, Guillaume Garan-
del.'' me dit la cuisinière. — Oui, sûrement, belle cuisinière, — répon-
dis-je (elle était pourtant bien laide). — Venez ici, tourner la broche,
vous aurez aussi quelque chose, tantôt. La soif me prit, auprès du feu.
Le maître cuisinier sortit un moment. Je me mis aussitôt à boire du vin
avec une écuelle. Me voilà ivre-mort, auprès du feu, et de dire, à haute
voix : Comment! un homme comme moi, est-ce ici qu'il devrait être, à
tourner la broche? Ma place est à table, à côté de la princesse! Et
j'envoyai la broche au diable. — Le maître cuisinier rentra juste sur
le coup; il se précipita sur moi et, d'un coup de pied dans le derrière,
il me lança jusqu'ici, pour vous raconter cette histoire.
F.-M. LuzEL.
TWO IRISH TALES.
The two following stories areboth takenfrom the manuscript Egerton
1782 of the British Muséum. The subject which they both treat is love
sickness and its guerison. The first is intitled 'Aislinge Oengusso', the
vision of Oengus, and is one of the ten remscéla or introductory taies to
the Tâin bô Cuailgne. The whole list of them is given in the bock of
Leinster as foUows :
i) de gabâil intsi'd.
2) de chophur na da muccida.
3) de aislingi in mac Oie.
4) de tâin hà Regamain.
5) de echtra Nerai.
6) de chompert Chonchobair.
7) de Thochmurc [ ] '.
8) de chompert Chonchulain.
9) de thâin bé Flidais.
10) de thochmurc Emiri.
Our story is the third in this séries : Oengus mac in Oc, the celebra-
ted Tuatha dé Danann chief of Brugh na Boinne, sees in dream a beauti-
ful lady without being able 10 recognize her or to speak to her; a severe
illness ensues until after a year the lady is found out with the help of
the fairy chief Bodb of Sid fer Femoin. It is Caer ib Ormeith the daugh-
ter of Ethal Anbual from Sid Uamain in the territory of Ailill 7 Medb. At
first her father is unwilling to give his daughter to Oengus saying that
she has the power to be in the shape of a bird every second year. Howe-
ver Oengus succeeds to win her and in conséquence he makes friendship
with Ailill and Medb, and follows them to the Tâin hô Cuailgne.
The place where Caer ib Ormeith is found by Bodb is called Loch
Bell Draccon occruitt Cliach. On this Cliach we find a curious notice
I. Left blank.
Two Iris h Taies. 54?
in the Leabhar Breac p. 242 cf. O'Curry Lectures on the mss. Materials
p. 426 f. The description of the birds given hère is quite analogue to
that in our story and it seems that the words oc cruitt Cliach are merely
a référence to this passage.
The second story is to be found Egerton 1782 fol. 106, 116;, 118
and is intitled Scéla Ailill 7 Etaine ; it forms originally the introduction
to the celebrated Bruden Daderga. We first hear how Eochaid Aiream
or, as he is also called, Eochaid Fedlech, wins his wife Etain and how
afterwards his brother Ailell Anglonnach falls in love with her so that
'death is near unto him'. Eochaid leaves Etain with his brother at Tethba
Fremain 'to bury him and to erect a pillarstone upon his grave'. Upon
a question from Etain Ailell tells her the reason of his illness and she is
willing to yield to him, but then the fairy chief Midir of Bri Leith in-
terfères, and Ailill is cured and the honour of Etain saved.
An extract of this story is found in the Leabhar na hUidhri p. 129
intitled, Tochmarc Etaine, the courtship of Etain, and the whole in a
somewhat altered form in the ms. H 2, 16 of Trinity Collège Dublin
(cf. O'Curry Manners and Customs III, 190), of which there is a frag-
ment in Egerton 92 of the British Muséum wrongly classed in the cata-
logue as Tochmarc BecFola. The first acquaintance that Etain madewith
Midir in the land of her father at Inber Cichmuine is also related in the
Leabhar na hUidhri p. 129 col. I (cf. O'Curry Manners and Customs
III, 162) in a story intitled de gahail in tsida which forms the first of the
introductory taies to the Tdin hô Cuailgne (see above) ; and the third
belonging to the same séries is that in which he plays chess about her with
her husband Eochaid and in which the druid Dallan wins her back ; this
îs found Leabhar na hUidhri p. 1 30 (cf. O'Curry Manners and Customs
II, 192 ff.) and in an abridged form Egerton 1782 fol. 1 18 ^. At the
end of this story we hear that Eochaid and Etain had one daughter who
was called after the name of her mother ; she was married to Eterscel
and mother to Conaire M6r the hero of the Bruden Daderga.
In the ms. H ?, 18 of Trinity Collège Dublin at p. 605 there is a taie
intitled Tochmarc Etaine which comprehends thèse three stories in a
somewhat différent version with copious glosses. This is most probably
to be regarded as number 7 of the above list. This seems to establish a
connexion betwen the Tain bo Cuailgne and the Bruden Daderga but as
there is no complète copy of neither of thèse taies in the British Muséum
I hâve not been able to discover where it is to be found.
Ed. MULLER.
344 ^wo l''^slt Taies.
AISLINGE OENGUSSO.
[B]ui Oengus ' hindaidchi naile ^ inachoîlud confacca ni hinningin chuici
arcrannsiuil do. Issl is ailldem rombui ind hEve. Luid Oengus do gabail
allaimiu diatabairt chuicci ina imdâ. Corxnfacco ni foscenn 5 ûad opunn ni
coufidir cia aralaid hùad. Bui ann coharauaruch'^ nipoo slan laiss amenmu.
Dogcni galah ndo indelb atconnuirc cina accalluib. Niconluid biud inaûeo-
lui. Bui ann do agaà. don aitherruch. Confacco timpan inalaim iss bin-
nium bui. Sinnid ceul do contuil fnss. Biid ann coharobaruch. Nichoro-
prainn don arauarach. S/iadan lain do 7 si oca aithidig s fon seol sin. Con-
docorustar hi sera. Niconnebuirt fr'ianech. Focerd'^ iarum"] nifiter nech cid
rotmbui. Doeccmalldar lege liErinn. Ni confctaîarsin cid rombui hissen-
natln. Etha^ co Fergne liaig Conn. Dotetside chuicce. Athgneadh inaghaà')
hinduine ingalur nombid fair ocus atgnied dindied noîheche dintich allin
nombid conngalur '° ann. Atgladustar for leith aïe mbeoga do imtecto ol
Fergne sercc tecmuis rotcaruis ' ' , Adruimidiur mo galur form or Oengus,
adrochart im drochcraide . ocus ni rolamuir nech aepert frianech. Is fir deid
or Oengus domfainicc ingin alluinn incroîhusa issailldem ind hErea con-
necuscc derrscaithe. Timpain inallaim conidsennud dam cach naidd. Ni ba
ol Fergne roîogad duitt cairdius /rie. 7 fuiter uaid eus in mBouinn cod-
madair cotuchuid dotaccalluim. Tiagar'^ chuicce. Tic iaruman Boann. Bui
ogjrepad^'i infiursi ol Fergne donjainicc galax nainches. Atfiadat ascéla
don Bouinn. Bid oc frecor ceill '4 diamathair ol Fergne donanicc galur
nainches 7 timcillter huait hErea huli duss indetar huait ingin incrothaso
atconnarc do mac. Bid hocsuidiu cocenn mMiadna. Ni confrith ni cosmuildi.
Isiarsin congairther Fergne doib aitherruch. N iconîr ith cobair issinniso ol
1. In the taie intitled Tochmarc Etaine of ihe Book of Leinster (cf. the Introd.) Aen-
gus mac in Occ is said to be the son of the wife of Ealcmar cf. Irish Manuscript séries
I p. 46 f.
2. Cf. Stokes : Three Irish Homilies p. 8.
3. Comp. the forms with infixed pronouns in the Pref. to Stokes' Three Middie- Irish
Homilies p. ix.
4. This sign (ù) is employed throughout this story and in différent other places of the
same manuscript for bh.
5. Cf. Stokes, Three Irish Homilies p. 106.
6. Leabhar na huidhri p. 129 : Focerd kikll hisercc de fodaig narotubaide fria enech.
7. Fél. Prol. 46, Stokes three Irish Glossaries p. 125.
8. Beitr. VII, 27.
9. Z 657, Beitr. fur vergl. Sprachfors., VIII, 45.
10. Beitr. VlU, 514.
1 1 . Litt. : An accidentai love has loved thee.
12. Tiagar 'itur' Beitr. VII, 59.
tj. Frepadh i. leigeas O'Cl.
14. Frecor ceill 'cultus' Z 91 7.
Two Irish Taies. 345
Bounn. Aspert Fergne fuiter eus in Dagdo tuideclit do accallaim amaicc.
Tiagar ^us in Dagdo. Ticc side aitherruch. Cid dianomcongrad. Do airte
do micc ar in Bounn. Is ferr duit achobair. Isliach ' adolu himugu^. Ata
asircc . rocliar sera tecmuis i 7 niroachuir achobuir. Cia torbo mo accallaim
or in Dagdd nimo mo eol\is anda thaisi*. Mo ecin or Fergne isstu ri side
nErinn 7 tiagar uaib co Bodb ri sidi Muman 7 is deilm a co/us la liErinn
huili. Etha cosuidiu. Feruid side failli friu. Fochenn doib ol Bodb amuinn-
tev in Dagdo. Ised dorochlmar. Scé\ai lib ar Bodb. Tkt linniu. Oengus
mac in Dagdai hisiurcc di Wiadan. Cid tas'i or Bodb. Atconnuirc ingin
inacotlad. Ni confetamur ind hEreo cia hairm ata indingin rochar j atcon-
nuirc. Timarnath duit on Dagdo concomthastar '^ huaid fond hErinn ingen
incTOthusai 7 indécuisc. Conniastar al Bodb 7 ethar 1 dal /nWiadan iùumb
cofeisciur fisscé\^. Dolluid cinn mè/iadna cotech mBoidb co Sid Fer Femoin.
Toimchiullu hEreo liule cofuair indingen ac Loch bel draccon occruitt
Cliach. Tiagair uadib dochum in Dagdo. Fertair failte fr'm. Scéla lib or in
Dagdo. Scéla maithe fofnth indingin in cruthso arrubartait. Timarnad
duit 0 Bodb. Toet 9 ass Oengus linni adochum ius indaithnge indingen
condoacathar . Bretha Oengus hicarpat combui oc sid ar Feimin. Fled
mor laissin ri aracinn. Ferdo failte frius. Batar tri lao 7 teora haidci acin-
fled. Tair ass tra ar Bodb dus indaithgne indingin. Condofaccathar ciddognae
niscuimcimsi atabuirt acht inatciethar nammaa. Tolotav iarum combatar
ocloch. Confacaîar na tri coeco ingin maccdoi. Confacatar iningen neturra.
Nithacmuictis na hingino dise coticce agualo. Slabxath aircàde eiir cach dao
in^n. Muince aircciàe im abraigit fodeissin ocus slaprad diôr orlaisci. Isann
isbert Bodb indaithgein iningen uccut. Aithgen ecin ol Oengus. Fol. 71 a.
Nimthaso cumacc deit ol Bodb bus moam. Ni ba son ol Oengus eim uair isi
do connarc ni conicab abred hifectso. Cuich indingenso a Buid or Oengus.
Fetar ecin ar Bodb. Caerib Ormeith ingen Ethail Ambuail as sid Uamain acrkh
Con«acht. Docomlat 'o ass iarum Oengus 7 amuinter dochum hicrkhi. Teit
Bodb laiss conarlustar^^ in Dagdo 7 in Bounn oc Brug Micc ind Oicc. Atfia-
dad ascéia doib 7 atcuadadar^^ doib ama\ bui etir cruth 7 ecuscc ama\ atconn-
1. Liach i. ni as doiligh no as olc le duine O'Cl.
2. Cf. corodallaus im mudu 'that 1 put it astray' Tain bo Fraich éd. O'Beirne Crowe
p. 144.
3. Lit. he loves an accidentai love.
4. Lit. Than thou.
5. Tas i. comnaidhe 'dwelling' O'Cl.
6. Beitr. VIII, 444.
7. Beitr. VII, 25.
8. Stokes, Irish Homilies, p. 12s
9. Stokes, Three Irish Hom. p. 64.
10. Cf. Tain bo Fraich éd. O'Beirne Crowe p. 138.
11. Cf. aridralastar Fiacc's hymn 4 Beitr. VII, 25.
12. Zeitschr. fur vergl. Sprachforschg. 23, 206.
)46 Two Iris h Taies.
catary atcuadatar ahainm 7 ainm ahatha'irj asenathan. Nisegdo ' dunn or
in Dagdo nacumcem dosocht. Anni bnd maitli duit a Dagdo or Bodb eirg
dochum nAiitWa 7 Medbo ar issleo bith in acoiccid hiningen. Tel in Dagdo
combui hitirib Connacht. Tri .xx. carpzX allion. Fertha failte trïu lassindrïg
ocus inriguin. Battar VII main lana hiccfîedugad iarsin imclwrmuib doib.
Ciduniubrase ^ ol inri. Ata ingen latso hitferuinn or Dagdo ocus rnscar
momacsoi ocus doriged galar do. Dodechuso ? cuguib dus intartaid don
mac. Cuich ol Ailell. Ingiun Ethuil Anbuail. Ni linne acumacc ar AileWocus
Medb dia coemsamuis 4 dobevtha'^ do In. Ani formaiîh congarar ri hint
sidiu chucuib or Dagdo. Teid rechtairiii AileWa chuice. Timarnad duit 0
AileW 7 A^^db dola diaonaccallam. Ni ragsa orse ni tibur mo ingiun do
mac in Dagdo. Fosaguv co hAilill innisin. Ni heîar fair aîuidechl. Rofitler
inni da congarar. A^: ba ar Ailell do ragasom 7 dobtvtar cené\a alaeg laiss.
Iarsin coteirich teglach Ailello 7 rnuinter in Dagdo dochum insidiu. Indrit^
insid nuili. Dusmberaî tn xx cennas ocus in rig combui hicruachnuib hin-
dergabaW. Is iarum ismbert Ailell /ri Etlial nAnbuail. Tabar do ingiun do
mac in Dagdo. Ni cuimcim or se is mo acumachta indu. Ced cumacht mor
fil leu ar Aile\l. Nin. bith in deilb euin cach la Hiadna. In bliadan aill in
deilb duiniu. Cissi Wiadan ùis in deilb euin or AileW. Ni limsa ambrath
olaahatlmr. Dochenn dit ot AikW manicisne. Ni ba sia chuice damso or se.
Atbersa orse islerigtirsin rongabsid occai. Intsamfuin si is nessam biaid in
deilb eôin. Og loch bel draccon 7 focichsither saineuin le ann 7 biaid tn L
ait ngeisi impi 7 ata aurgnum limso doib. Ni ba limso iarum ar in Dagdo
ore fofetar ahaicniud dusfucso. Dogniter iarum cairdius leir i. Ailell 7
Ethal 7 in Dagdo 7 saerthar Ethal ass. Cclad in Dagdo doib. Tig in
Dagdo diatig 7 atfet ascelo diamacc. Eirc monsamfuin is nesum
coloch bel ^racon codogairiu cugat don loch. Teit mac Oug combui ag
Loch be\ iracon confaco m coiced^ enfinn forsinloch conaslabvaduib airc-
cide, cocuirca\s\h7 oirdib immo cennuip. Bui Oengus in deilb ddenechtu
forbru inloch ui. Congauir indingen chuici. Tair domaccalluib a Chaer.
Cia domgair or Caer. Cotagair Oengus ragaid dianomfôemuid artheniuch
cotis indlad mofnîhisi. Fotisir orse. Taeta chuici. Foceirdsium di laim
fuirri. Cotlat indeilb die geisiu cotimciullsat indlad fotri. Nabed nabumeth
nenig dosum. Tocomlat ass an deilb da eun finn combator oc in Brug micc
1. Beitr. VII, 2}.
2. 1 think this to be derived froni the racine ra in imram 'travel'. Cf. Zeitschr. fur
verg. Sprachf. 23, 212.
3. Zeitschr. fur vergl. Sprachf. 23, 240.
4. Beitr. Vil, 52.
5. Beitr. Vil, 53.
6. Z. 87 7. Revue celt. I, 159 note ; II, 388.
7. Currais i. folt. slabhrad. airgld go gcurcaisibh 1. go bfoltaibh. O'CI.
Two Irish Taies. 347
inn Oicc ocus cachnatar ' coiccetul ciuil coucorustar inaduiniu hisuan tri
la 7 m haidci. Anuiss laiss inningen iarsin. Is desin robui cairdius in
micc Oig ocus AiliW 7 Medbo. Is desin dochuaid Oengnss xxx cet eu liAilill
7 Medh do Thain nambo a Cuailgne. Conid de aislingiu Oengusso micc in
Dagàz ainm insceuilsin iss Tain bo Cuailgne.
Finis.
THE DREAM OF OENGUS.
Oengus was sleeping one night when he saw something [like] a mai-
den near him at the top of his bed. She was the most beautiful in Erinn.
Oengus went to seize her hands to take her with him in his bed ; when
he saw the one which he had welcomed suddenly away from him that
he did not know who had taken it from him. There he was until the
morning ; his mind was not easy. It brought an illness on him, the figure
which he had seen without speaking to her. Food did not enter his
mouth. There he was again for a night ; when he saw a cymbal in her
hand the sweetest existing. She played a song to him that he fell asleep.
There he was until the morning. He did not breakfast in the morning.
A whole year [elapsed] to him and she [went on] to visit him in his bed
se that he fell in love. He did not tell it to anybody. He fell ill àfter-
wards and nobody knew what was with him. The physicians of Erinn
assembled. They did not know what there was after ail. One went to
Fergne the physician of Conn. He came to him. He knew from the face
of the man the illness that was in him and he knew from his saying that
he would go in the house of his , that he had an illness of the
brain. Fergne called him apart [and said] 'little is thy expérience an acci-
dentai love has fallen on thee'. My illness has judged me said Oengus.
I loved in heartlessness. And nobody dared to say it to the other. It is
true said Oengus I met a beautiful maiden of the most splendid form that
is in Erinn with a distinguished appearance ; [she had] a cymbal in her
hand on which she used to play to me every night. Is it not so, said
Fergne, love to her seized thee and now it shall be sent from thee to
Boann thy mother that she may come to speak to thee. They went to her.
Afterwards Boann came. I was a curing this man, said Fergne, whom
has seized an uncertain illness. This new was told to Boann. He wiil
be under the care of his mother, he whom has seized a doubtful illness
and whole Erinn shall be investigated by thee whether there may be
I. Cachain i. dorigne O'CI.
548 Two Irish Taies.
found a maiden of that form which thy son saw. So it was [donc] to
the end of the year. Nothing !ike was found, Then Fergne was called
for again. We hâve not found any help in this matter said Boann. Fergne
said : send to the Dagda that he may corne to speak to his son. They
went to the Dagda. He came again. What hâve 1 been called for ? To
advise thy son said Boann. Thy help is better for him. It is a pity for
him to die. He is in illness. He is fallen in an accidentai love and there
is no help for him. What use is it to him to speak tome, said the Dagda,
my knowledge is not higher than thine. Upon my word, said Fergne,
thou art the fairy king of Erinn and from thee [the way] goes to Bodb
the fairy king of Munster and his knowledge is celebrated through
whole Erinn. They went to him. He bade them welcome. Welcome to
you, said Bodb, 0 suite of the Dagda. This is why we came. Hâve you
a message, said Bodb ? We hâve : Oengus the son of the Dagda is in
love for two years. What for said Bodb [l]. He saw a maiden in dream.
We dont know in Erinn the place where habits the maiden which he
loved and which he saw. An order to thee from the Dagda that thou
shalt seek through Erinn the maiden of this form and appearance. It will
be sought^ said Bodb, and it will last a year for me until I know it with
certainty. He went at the end of the year to the house of Bodb at Sid fer
Femoin. I hâve investigated ail Erinn, [said Bodb] ,, until 1 found the maiden
at Loch bel Draccon at the harp of Cliach. They went from there to the
Dagda. He bade welcome to them. Hâve you a message said the Dagda.?
We hâve a good message, the maiden bas been found in the form which
you said. An order to thee from Bodb. Oengus is to come with usto him
in order to know whether he recognizes the maiden which he saw. Oengus
was brought in a chariot so that he was at Sid fer Feimin. A great feast
with the king for his sake. Welcome was biddento him. They werethree
days and three nights at the feast. Come out now, said Bodb, in order
to know whether thou recognizest the maiden. Until I hâve seen what
she is doing I can not tell it but only when I will hâve seen it. They
went afterwards till they were at the sea, when they saw 1 50 young
maidens and they saw the maiden among them. The maidens did not
reach her to the shoulder. A silvery chain between every two maidens.
A silvery necklace about their neck itself and a chain of burnished gold.
Then Bodb said : Doest thou recognize the maiden ? I recognize her of
course, said Oengus. This is not thy greatest power, said Bodb (.''). Not
so, said Oengus, for her which 1 saw 1 shall not be able to take with me(?)
this time. Who is this maiden 0 Bodb said Oengus. I know it of course
said Bodb : Caer ib Ormaith daughter of Ethal Anbual from Sid Uaman
Two Iris h Taies. ^49
in the province of Connacht. After that Oengus went with his suite to
his territory. Bodb went with him to visit the Dagda and Boann at Brug
mie ind Oicc. They told them their message and related how she w^as by
her form and her appearance as they had seen her and had heard the
name of her father and her grandfather. It is no use to us, said the
Dagda, we can not The best thing for thee to do 0 Dagda,
said Bodb, goto Ailell and Medb, for with them in their territory is the
maiden. The Dagda went until he was in the land of Connacht. Sixty
chariots his number. The king and the queen welcoraed him. Afterwards
they were a whole week at feasting around the beer{!'). Whathasmade
you journey, said the king ? There is a maiden in thy land said the
Dagda and my son is in love with her and an illness has seized him. I
came to you to know whether you give her to my son. Which one said
Ailell .'' The daughter of Ethal Anbual. We hâve no power over her,
said Ailill and Medb, that we could give her to him. The best thing, said
the Dagda, let the king be called hère unto you. Thestuartof Ailell went
to him. An order to thee from Ailell and Medbto go to speak to them. I
will not go, said he, I will not give my daughter to the son of the Dagda.
This was told to Ailell. His coming is not to be obtained from him. He
knows the reason for which he is called. Not so, said Ailell, I will go and
my soldiers shall be taken unto him. Then the household of Ailell and the
army of the Dagda arose towardsthe fairies. They destroy the whole sid.
They bring sixty .... to the king so that he was in the caves ofanxiety.
Then Ailell said to Ethal Anbual : Give thy daughter to the son of the
Dagda. I cannot, said he, greater is the power that is in them. What greal
power is in them, said Ailell ? Not difficult, to be in the shape of a bird
every day of a year ; the other year in human shape. Which year will she
be in the shape of a bird ? said Ailell. The judgment over it is not with
me said her father. Thy head from thee, said Ailell, if thou doest not
explain it. She will not be longer with me, said he. I will tell [you], said
he, itis wiser what you propose to her. She will be in the shape of a bird
the next summer at Loch bel Draccon and beautiful birds will be seen with
her and there will be 1 50 swans about her and I hâve a feastwith them.
It will not be for me, said the Dagda, for I know their nature in which
I brought them. Afterwards there was made true friendship between
Ailell, Ethal and the Dagda and Ethal was set free. The Dagda was hid-
den by them (?). The Dagda went to his house and told his news to his
son. Go in the next summer to Loch bel Draccon and call her to thee
to the Loch. Mac Og went to Loch bel Draccon when he saw the 150
white birds at the loch with their silvery chains and golden caps around
MO
Two Irish Taies.
their heads. Oengus was in human shape at the border of the loch. He
called the maiden to him. Corne to speak to me o Chaer. Who calls me
said Caer. Oengus calls thee, come and yield to me upon thy honour
that thou mayest go with me into the bath again. I will come, she said.
She came to him. Heput his two hands on her. They slept in the shape
of two swans until they surrounded the bath-place three times. There was
not and there will not be a loss of honour to him. They went from there
in the shape of two white birds until they were at the Brug of the mie
ind Oicc and they made a concert so that the people fell asleep for three
days and three nights. The maiden remained with them afterwards.
Therefrom there was friendship between the micc Oig and Ailell and
Medb and in conséquence Oengus went with three hundred to Ailell and
Medb for the Tain bo Cuailgne. This story is called the vision of Oengus
son of the Dagda and the Tain bo Cuailgne.
SCÉLA AILILL 7 ET AINE.
Bai ri amra aireagdai inairdrige for liErinn .i. Eochuig Aiream mac Finn
mie Finntain mie Rogein Rùadh mie Essamnae mie Blatkechtae mie Beothech-
tae mie Labradae Luirec mie Enna Aighnich mie Oengusa Tuirbieh Tem-
ruch mie Echaid Ailtlethuin mie Aililla Caisfiaclakh ' mie Connla Chaim
mie 1res (?) mie Melghe Molhthaigh mie Cobthaieh Chdil Brig mie /ugaide
Moir mie Echa\à Buadaich. Airgiallsaî tra coic côiged hErinn do Eoehaid
Airima. Rogiall Concobar mac Nessa do riehôigith hUlath 7 Messgedhrai ri
Laighin 7 Curui mac Dàire ri chôiced Mumain 7 Ailill 7 Medb diarbo sealba
coieeith Comachî. Robatar dano da primdun hie Ech [dach] i. dun Fre-
mainne him Midiu 7 dun Fremainne hi Tethuai 7 bahe adun hi Tethûai. ba
dili lais dia danuib. Inehet bliathain larngabail righe d Eoehaid. Rohirfuag^
[0 Eoehaid for firu] hErinn feis Tcmruch do [denam]. Cotistais fir hErinn
7 cofessta ambesu lais. At hErinn doenaithuisc
[nithecluim]dais dfess na [Tem]rueh eid eian gairit nobeîh ri hErinn ein
mnài adingbala aei. Arniraibi fer maith diferuib Erinn gin mndi adingbala
an 7 ni raibi ri gin riguin ar niteîgeth fer cin mnai do Temrag dia feis 7
1 On thèse kings we find a notice in the Leabhar Gabhala ms. Rawlinson 512 o^ the
Bodieian Library fol 8ç a : Batar dann Cobthach tra cet mbliadna irrigi cohaimsir
Oengusa TujVbich Temruch mie Echaid Altiethan mie Ailella Caisfiadach. And 8j t. But
tra cess for clannaib Augaine Mor mie Eoehaid Becc 0 aimsir Enna Aignich mic Aen-
gusa Tuirmich Temrac/i cohaimsir Eoehaid 7 Eoehaid Mveman da brathair 1. da mac
Finn etc.
2. Perfect redupl. of faigim in passive sensé.
Two Irisli Taies. ^51
nithegith ben cinfer. hannsin rachuimstar Eochaid echlachu 7 aobloire '
ocus atfidrraluig sligith ocus aîhechta coigcrichi uad fo hErinn. [Ro] hsir-
sit iarsin hErinn hule diarraid mna adinguala do etir cruth 7 deilb ocus
ecuscc ocus cbineul. Robùi dan ni ali acci be tibreth mnai dogres
dianusiuccad nech ali reniiu^ Docliuaîar iartain aechlucha j atarraliiigh
sliged 7 atechta coicriche uad 7 rosirsiî hErenn ule iter thés 7 tudid cofua-
raîar ocinbir Chichmainc mndi adingbala do À. Etaoin ingen Etair ri Eoch-
raidhi. Doriachtatur dan aîhechta arammus Eochaàa ocus tucsatar tuaruscal
nahingene do etir chruth 7 deilb 7 e'cuscc. Isannsin don dochuaid Eochaid
doiaphuirtt nahingme ocus ised rogab dar oenuch mBregleth 5. Con facca
inningin for ur [in] tophuir ocus cir chuirreil airgit connecor di oraici hic-
folcuth [al] luing aircit 7 cetri heoin oir fovri ocus gleoirgenma bec[a] do
charrmocul hifhorfhle [scuib] naluinge sin. Brat caslechîa corcarghlan immpi
folai chain conndualuiph aircit 7 milech oir issin brutt ossa bruinniu. Léine
lephurchulpatach impi issi cotât slemun dohsita uainidi foderg innlith oir 7
tuaghmilu ingantachu diôr 7 argatjov abruinnib issindieniîhi. combaforreiU
donafcruib tdidlech indôir frissin grcin issintsitu uàinidiu. Da triliss or
buidi foracind 7 fighe chethurdhùaluch for ccchtarnai ocus mell oir /or rinn
cech dûail. Isannsin ifnorro robui inningen octatmech afuilt diafolccuth 7 adi
lâim triaderc sedluch alénith immach 7 ba gilighiur snechîo nôen oidchi cechtur
adi Idim 7 ba deirgighter sian slebi cechtur adaghrùad. Deidghin coir coniard
inacinn isse niamdo nemonnta. Ba glaissigter /ri bughai s cechtar adasula.
Peoil derg tanuighe acci. Baîar fovardu moethgelu adha gualuinn. Righti
boga blaithghelai. Meru seta sithgelui. Ingni ailli iuchanda. Ba ghiligter
snechto uli (?) ùan tuinniu atoeb seng seta sldhumaW. Batar bldiîhe slemoin-
gelu na sliasîai. Batar cruinnueco caladhgelu a dha glun. Batar inndell-
dirghe adha colptai. Traighthi tana toinnghelu. Batar côri iardilliu adhi
sùil. Da malaigh daeldae ^ dubgormma immaruscuib.
Is hi sin tra ingen isscoi i 7 is cdinn atconncatar sûili ddini riam 7 ba
doigh ko comad asidib di. îsdon ingensin adrubrath. Cruth cach co hEtain.
Coem cach co hEtain. Gabais irnorro saint anri impi focétoir j rold fer
dmmmuinter rcme dia hastud foxachind 7 rosoich inri iartain dochum na
1 . Obloir i. fuirseoir O'Dav.
2. This passage it rendered thus in the abridged form of the Leabhar na huidhi : Al
asb«rt ni biud in afarrud acht ben nudfessarf nech do feraib hZrtnn r'ium.
3. On the etymology of Bri Leith cf. O'Curry, Manners and Customs III, 355.
4. Cf. Reil 'dearly' Cormac 8 s. v. brinda.
5. Bugha i. bo mue mar ata luibh gorm no glass ris asamailter suile bios gorm no
glas. O'Cl.
6. Cf. batar duibithir druim dail 'They (the eyes) were blacker than the back of
a chafer' Bruden Da Derga cit. Journal of the Irish Archeolog. Assoc. Third ser., I, 300.
A similar description is given in Mac Comglinne's dream Leabhar Breac p. 219 and in
Atlantis III, 414.
3 52 Two Irish Taies.
hingeni 7 imcomaircith scela di. Can deit iarum a ingen ar Eochiid 7 can
dollot. Nin olsi Etain ingin righ Eochraidhe asidib atamcomnaicc^. Jnam-
biasa uair cobligc leî ol Eochaid. Issed doruachtamar for tfaesam' sunn ol
in mgen. Atùsasunn ém ri xx mWiadan orogenar issind tsid 7 fir in tsithu
etïr righu 7 coemfiru ocomchuingid 7 ni hetus huaim fess ri fer dib fobitliin
rocharas tusai 7 fucus seirc 7 inmaine duit orham lenab 7 orbam tùalaing
lapharthain A. arthairscélaib 7 arthdinius 7 ni tacca riam remï seo 7 ato-
thgén focétoir ar do thuairuscaV j iss tu doruachtamar iaram arsissi.
Ni ba dochuiriuth drochcarat detsi on anisein ol Eochaid 7 rotbiasu-
fdilte ocus lecfiter cech ben orut 7 iss ocut îaenur biatsa cén bus miad lut.
Mo thinnscra côir damh arin ingen 7 moriar iarmusin. Rotbiasu anisin
ol Eùchuid. Dobretha iarum larsin vu cumala di inatinnscra 7 dofuc les
iarsin co Tem.rach 7 roferath firchdin failli friasi annsin. Tri derbratn
immovTO robatar tu mie Find A. Eochaid Airim 7 Eochaid 7 Ailill
Anglonnach no Oenglondac\\ iarsin ni bâ hôen glunn 5 dô sercc di mnai
abrathar. Isannsin immorro tangatar fir hErinn docum na fessi Temrach
ocus batar ann coigdighis ria samfuin ocus coictighis iarsamium. Caraiss
fra Ailill Anglonnach Etain ingen Etair hicfeiss Temrach intansin. Fôbair^
ira Ailill hicsirfechad nahingin céin ropas hiccfes Temrach s. Isannsin
aîbert ben AileWa A. ingen Luchtai Ldimdirg acrich Laigen. Maith trae
Ailél arsi cidféchavsiu issindleth clan uait dâigh issairdhem sçrcci sirhsil-
liud. Cairighid AileW fair fcin innisin 7 nirfec iningin iarsin. Isannsin
immorro rosgailsid fir hErenn iartochaithem na fleidiu Temruch. Is annsin
rolinustar idu eôid ocus imformmuit° Ailill 7 rolécustar sldetan îromm-
galar chuici ocus ruccath iarsin codùn Frémuin hi Tethûa. Tarusair im-
morro dOilill annsin cocenn mWiadna hisirg ocus hisirsnim 7 nirattaim
donech aghalar. Isannsin dochûaid Eochaid dfiss abrathar 7 tucc aldm
dorauchtbruinne 7 tug Ailill a ossnam ass. Indeo bar Eochaid ni ba dirsaunn
ingalursin am uar Eochaxd 7 cinnusatai indusu acach deit. Dar mo trethir
arse nochunusai. Acht is messa achach ar cach lô ocus ar gach naidhchi.
Cred ticc rith ar Eochuid. Dar mo brethir fir ar se nochumjetar. Doberthar
chucomso ar Eochaid nech rodfinnfu doghalur.
Isannsin tuccath Fachtna liaigh Eochada chucco 7 tue aldim dar uchî-
bruinne AileWo 7 tucc AileW a ossnuth ass iaram. Indeo ar Fachtna ni ba
dirsann ingnim ocus rofetarsa dogalur ocus ni fuil fortacht nechtar dani A.
1. Z, 882, Zeitschr. fur vergl. Sprachw,, XXIII, 212.
2. Revue celt. III, 9 f.
3. Glonn i. guin O'Dav. Gl., but this has no sensé hère.
4. Fôbair i. do thionnsgain. Fôbair tra ag féughaim na hingine i. do thionsgain. O'Cl.
5. Thus in the Leabhar na huidhri : Fodaig dognith abairt diasirsellad .
6. Cf. formmat Three Irish Homilies p. 118. Irish Glosses 600.
Two Irish Taies. ^ 5 ^
rodgab idu eoit no sercc dorâîuis 7 nirodcobraîh ass cose. Ba mebni tra la
hAiltW inni 7 niroataim donliaigli aghalur 7 luid ûad iarîain inliaig. Dala
immoTTO Eochaàa luid sidiu foracliûalrt righiu fo liErinn j forfacuib Etain
issin dan ocus atbert /ria maitli a ingen ar se dentar an ledit letsae fri
hAik\[ cein bus beo ocus mad marb ar se class aferl fodbuigh lat 7 togabar
acoirthe ocus aliagan ocus scribtar aanmuimm oghaimm. Dochuaid /arum
inri iarsin forachuairt rig fo liErind 7 rofacbuth Ailill annsin andun Fré-
mainn hi Tethùa fri bas 7 /ri haigedh fri ré nabliadnasin. Laa noen and
dochuaid Etain issintech irabe AileW ihgalur ocus robui icca accallaim. Cid
thicc rit ocus is mor dogalur ocus diajessmais indni notfôirfed foghébta
linn 7 issamlâïd roraid 7 rocanustar ingen L' mbicc 7 rusfreccair Ailell :
Cid dotdrruigh a ghille — is fota do serglighe.
Is fossaddo cheim glan gle — cia beith dfeabus na sine.
Fuil limm adbur na cnete — nimthsasa ceol mo chruite
nimtol ann ni do gan blicht — ised dombeir inanrichtt :
Abair rim cid dai ajir — air isim ingen ercnaid
inniss dam gach dal retleass — connderntar liin doleigeas.
Ni talla ormm aradrut ^ — a ingen is caem dochrutt.
Daîgh neich andiaigh asula — ni dat maithe banrùna.
Cid at olca rùna ban — mad sercc isclan bus cuman
oghebthar ingnim doLiim — ni hcd dleghar aatmail.
Bennac\)X ort a inghiun Finn — ni dam tualhge laubra rim
ni dam buidhech domcheill féin — ata mo cride domaimrér ' .
Truag anisin ailen indrig — Eochada Fedlûech iarfir
remchorp is remchenn is tind — ised berair an Erinn.
Diambeth arsluaghaib ban mbàn — nech no beith iccotocrâd
tuicfad sunn dxamad maith lat — dogenta limm atochmarc.
7 a ingen ar se robud urusa deit micsa dodénam domghalar 7 iss dôich
noticfaithea inn acht chena arse issercc bo bàidiu /ri Wiadna mohsevcc is
cuma fothuinn is rigi nirt dar forrain is cethar ruinn talman is dichend nime
is brissiud brâgat is comlunn fri scath is combathad /ri hnsce is rith /ri
nemh is gascced foler is grad domacalla mogradsae ocus mosercc ocus
minmaine donti datucus. Annsin tra rdthaighis indingen fair ingalor imbui
7 ba saeth léissi innisin 7 i. Conid ann ispert /ngen la nôen :
Eirig a Qilill amra — cora cach duit rochalma.
daigh fogébu sunn rofes — dogentar liumm doleigheas.
1. I think thèse are the fifty noble maidens that were educated together with Etain
according to Leabhar na huidhri p. 129 O'Curry Manners etc. III, 162.
2. Cf. Revue celt. II, 392.
). Atlantis II, 122.
Rev. Celt. III 2 ^
5 54 ^"'0 ^'''^'' Tj/fi.
Danatoluth ritchéll riglicc — dodatlàim immombragit
tossach suirghi caem adath — ben is fer icompocath.
Manib lor lat afir maiîh — a mac indng arigjlaith
doberimm do slan aglom grinn — otha moglun conimmluin.
Cet mbo is cet unga dor — cet nech srianach ratinol
cet détach gacli dadha bricc — tuccatli immotliir fochrig.
Cet cach mil ohoin ille — ropa mor inimirghe
damsa fodéni cobecht — dorât Eochuigh anôenjecht.
Ticeth tra iningen cach dia dfolccath dô 7 do thinme achota 7 rolessaig
indingen commôr ar ba truagh le amudugâd tnana fochann. Laa naen ann
fra itberi iningen f ri AiltW : Tair arsi immaruch immuchuilai immddilsi*
cossinîcch fil /ri dàn immuicli inechtair ocus conriccfu /ri tdlges anns'w
ocus fntaccobar. Bui immorro Ailill ccn chotluth inoidchisin cotanicc maten
iarnamârach. Intan immorro ba mithidh dô dul inadàil issann deilUgh acho-
f/ad fair commbai cotrath erghi nachotlath. Luid Etain iarsin inaddil nir
bo cian inirnaidiu ^ di conaccai infer ningalair à\a dochum co cossmailes
AiliW 7 se scithech mertnech. Atnaigh iningen aichne fair conarbé Ailill.
Fecais annsin inirnaiàe AileWa. Ticc iarum iningen asaddil. Isannsin d\xs-
cis Ailell j baferr leiss éc andâ bethu. Fobair ictorsi moir y iccsnimclie.
Tic tra indingen dia accallaim. Isannsin aspert frie inatarla dô. Tairsiuarsi
cosininadh cetna immaroch 7 rop inann 7 incét Id ocus ticced injer gach lai
diasaiged. Tic tra inla dégenach inaddil 7 dorala infer celna di. Ni fr'itsa
olsi rodalusa itir cid tu dan iccimdail acht inti risrodhâlusae sunn ni ar
bdes nach ar bdegad rodalusae friss acht iss diaicc dongalur himbui dam-
sercc. Ba coru deit tiachtain immddilsiu arse ar intan robsa Etaein Eocli-
raide ingen Ailillu ropud messi docét /«uintir. Cid on ol si cia hainmsiu
ittr cid rotiarfaighed. Nin. Mider Breg leitli mo ainmsiu ol se. Cid rots-
car sa fr'imsa marobamar amlaith sin ol Etain. Nin or Mider fithnaissia
Fùamnaighc s ocus brechîae Bressail Etarlaim rodussgar. Aspert Mider fri
liEtain : inraga Hum ol se . ni tô ol si nochacrenob rignErinn fortsa nachar
fer naile nafcstar c/ann no cinél dô. Is misiu ém ol Mider dorât for mcn-
main AileWa dosercc. Is me don rothairmiscc im Ailell dul itdail 7 itconni
7 nar léc dô thenech domilliud. Tanic iarsin iningen diatigh ocus dochûaid
daccallaim Ailello 7 bennachais do. Is maith tra dorala duinesin diblinuib
1. Ir. Glosses 262.
2. Cf. ni irnaidiub Coinchulainn Beitr. Vil, 34.
3. Fûaimnech was Midir's wife, which was killed by Oengus mac in Occ (v. supra
p. 000) at the house of Bresal Etarlam according to the Leabhar na huidhri p. 129 :
Immusoi inmic n Occ forsliciit Fuamain contarruid for oenucli Bodbgnai oc tig Bresail
Etirlaim indruaid. Fosnopar in mac Oc 7 benaid a cend di 7 dobert lais a cendsin cor-
rubi for bru in Broga.
Two Irish Taies. ] 5 5
ar AileW. Isam sldnsa fodechtsa domgalur 7 issatsldnsa dotenech 7 bersiu
bennachtain itloch arnar diarndcib ar Etain is maiîh lim am/aid sin. Isann-
sin /ra iainic Eochaid diacliuairt rig 7 rofiarfaig abrathaiv focéwir. Rohin-
nisith ascélu do othus coderith 7 ba buidhech inridiamnai aranderna domaith
fria hAilell 7 isjoUîh linn inscéulsin ar Eocimd. Scéla immono Eochada
innister sunn 7 Etaine. ,
THE HISTORY OF AILELL AND ETAIN.
There was a noble and celebrated king reigning over Ireland Eochuig
Aiream son of Finn son of Finntan son of Rogen Ruadh son of Essa-
man son of Blathecht son of Beothecht son of Labrad Lorcc son of Enna
Aighnech son of Oengus Tuirbech of Temar son of Echad Ailtlethan son
of Ailell Casfiaclach son of Connla Cam son of Ires son of Melgh Molb-
thach son of Cobthach Câl Brigson of Lugad Mor son of Echad Buadach.
Five provinces of Erinn served Eochad Aiream : Concobar Mac Nessa
served him, the king of the province of Ulster and Messgedhrai the
king of Leinster and Curoi son of Dâire king of Munster and Ailell and
Medb in whose possession was the province of Connaught. There were
two principal towns, in the land of Eochaid, to wit Dùn Fremainne in
Mide and Dûn Fremainne in Tethba, and this was bis town in Tethba.
It was dear to him before [ail] towns. It was the first year after Eochaid
had become chief-king of Erinn. It was requested from Eochaid by the
men of Erinn to celebrate the feast of Temur. When the men of Erinn
came and that there vras known their custom.The
men of Erinn ^declared] in a common answer that they would not join
for the feast of Temur as long as the king of Erinn would be without a
wife proper for him. For there was not one good man of the men of
Erinn without a proper wife and there was no king without a queen, for
no man without a wife used to go to Temrach to the feast and no wife
without a man. Then Eochaid sent his horsemen and his jugglers and
his of the way and his frontier messengers from him through
Erinn. They searched ail Erinn in order to find a wife proper for
him as to her form and shape and appearance and kindred. There was
another thing with him that they should not bring a wife whom another
man has possessed before. Afterwards his horsemen and his jugglers and
his of the way and his frontier- messengers went away from
him and searched through ail Erinn south and north until they found
at Inber Cichmuine a wife proper for him, to wit Etain the daughter of
]^6 Two Irish Taies.
Etar king of Eochraide. Then his emissaries went back to meet
Eochaid and brought him the description of the maiden as to her form
and shape and appearance. Then Eochaid went to see the maiden and
he came through the green of Bri-Leith. There he saw a maiden at the
border of a well and a comb resplendent of silver ornamented with
gold on her [and she was] washing herself from a basin of silver and
four birds of gold on it and little gems ofcarbuncle [on the border] of the
basin. A curled cloak of clear purple round her, a beautiful covering
with silvery brooches and a golden pin in the cloak over her breasts. A
long shirt with a collar around her smooth of green silk with
a border of red gold and clasps of gold and silver at her breasts in the
shirt that it threw a reflex upon the men the splendour of the gold in
the sun and of the green silk. Two tresses of yellow gold on her head
and a weaving of four locks on both sides and a bead of gold at the top
of each tress. Then the maiden was disentangling her hair in order to
wash it and both her hands through the hole of the bosom of her shirt
outside and whiter than the snow of one night were both her hands and
redder than fox-glove both her cheeks. A mouth beautiful and regular in
her head, [with teeth] bright like pearls. Greyer than hyacinth both
her eyes. Red and thin lips with her. High and soft-white her shoulders.
Her cubits tender, soft-white. Her fmgers long, slender-white. Beautiful,
pale-red naiis. Whiter than the snow and than the froth of the
wave her long, beautiful, fairy-like side. Her thighs were tender,
smooth-white. Her knees were round, hard-white. The calves of her
legs were straight and fast. Her feet thin, white-skinned. Handsome
and fat were her heels. Two brows like chafers black-blue around her
eyes.
This was the maiden the most handsome and fair that human eyes
ever saw and it seemed to him that she must be from the fairies. He
said to the maiden : Every shape is with Etain, every comeliness is
with Etain. Désire for her seized the king at once and he sent the men
of his suite before him to wait for him and afterwards the king addres-
sed himself to the maiden and asked news of her. Who art thou, said he,
0 maiden, and from whence comest thou .? Not difficult said Etain I am
the daughter of the king of Eochraide from the fairies. Shall we sleep to-
gether said Eochaid .? This is what we are come for, to save thee, said
the maiden. There are twenty years [gone by] since I was born in the siJ.
and the men of the sid, kings as well as heroes, hâve been courting me
and there was not obtained from me lying with a man because I cherished
thee and I got love and esteem for thee since I was a child and since I
Two Iris h Taies. 557
was able to bear to wit on account of thy stories and of thy beauty and I
never saw thee before that and [however] I recognized thee after thy
description and for thee I came, said she.
I will net bring thee a bad love on account of this, said Eochaid, and
thou wilt find welcome and every woman shall be left behind thee and
with thee alone I will be as long as my honour is with thee. Is my
doNvry ready for me, said the maiden and my reward after this ? Thou
wilt hâve it, said Eochaid. There were brought seven bondmaids to her
for her dowry and he took her with him to Temur and the men brought
her welcome. There were three brothers, the three sons of Find, to wit
Eochaid Airim and Eochaid and Ailell Anglonnach or Oenglondach
because he had not one of love to the wife of his brother.
Afterward the men of Erinn came to the feast of Temur and they were
there a fortnight before Samfuin and a fortnight after Samfuin. Ailell
Anglonnach fell in love with Etain the daughter of Etar at the feast of
Temur. He began to look at the maiden as long as she was at the feast
of Temur. Then said the wife of Ailell to wit the daughter of Luchta
Laimderg from the frontier of Laigen : Well then 0 Ailell, said she, why
lookst thou to the side so long, it seems [to me] that the long-looking is
a token of love. Ailell reproved himself and did not look at the maiden
again. Then the men of Erinn separated from each other after having
eaten the feast of Temur. Then there was filled the swelling of jealousy
and of envy to Ailill and the marrow oozed out a severe disease and he
was brought afterwards to Dùn Fremain in Tethba. Ailill remained there
to the end of the year in love and in longing and he did not confess his
illness to anybody. Then came Eochaid to visit his brother and he put his
hand on his (Ailill's) breast and Ailill uttered a groan. Enough, said
Eochaid, this illness is not severe and how is thy to-day.
Upon my word, said he, I do not know (?), but my is worse
every day and every night. What has come upon thee, said Eochaid?
Upon my word said he, I do not know. There will be brought somebody
to me, said Eochaid, who will know thy illness.
Then Fachtna the physician of Eochaid was brought to him and he
put his hand on his breast and Ailill uttered a groan. Enough, said
Fachtna, the case is not severe and I know thy illness and I do not
know any help, to wit he has got the swelling of jealousy, or of love
that fell on him and it has not been brought outtill now. It was a shame
for Ailell and he did not confess his illness to the physician and the phy-
sician went again from him. As for Eochaid he went to his royal
court in Erinn and left Etain in the fortress and told her : Well 0 mai-
558 Tii'o Irish Taies.
den, said he, let thy bed be made near to Ailell as long as he is alive
and when he is dead let his grave be dug on the field (?) and let a
tombstone and a pillar be erected and his name to be written in an
ogam. Then the king went to his royal court in Erinn and left Ailell there
in Dûn Fremainn hi Tethba for death and for extinction for the space of
a year. One day Etain went in the house where Ailell was in sickness
and spoke to him : What has happened to thee and great is thy disease
and if we knew the thing that could relieve thee we would get it and
80 she spoke and sang the daughter of fifty little and Ailell answered :
What has happened to thee 0 youth — long is thy sickness.
Motionless is thy pure and clean step (?) — what has become the
beauty of thy songs ?
There is a reason for my wounds — I hâve no song in my harp.
— That has brought me in this shape.
Tell me what afflicts thee, 0 man — I am a generous maiden.
Tell me every respite on thy behalf — that I may take to cure thee.
It does not fit me bidding thee — 0 maiden, beautiful is thy shape.
It seems to every one according to thy eyes — that woman's secrets
are not good.
Why should woman's secrets be bad — when a long love is equally
[bad].
Since the thing has been taken in hand — there is no want of a con-
fession.
Blessing on thee 0 daughter of Finn — I ara not able to speak.
I am not master ^?) of my own sensé — my heart is in discordance '.
Sad is this 0 wife of the king — Eochaid Fedlech truly.
My body and my mind is sick — this is told in Êrinn (?).
If it were on account of the troops of fair women — that any one
were in grief.
I would come hère if it pleased thee — I would undertake thy court-
ship,
And 0 maiden, said he, it would be easy for thee to cure me from
my illness and it is probable that thou wouldst cure me, onlyitisa love
that is deeper every year, my love is equal to a thistle (?), it is a want
of strength through violence, it is the four parts of the earth, it is end-
less like the sky 1?), it is breaking the neck, it is a battle against a
shade, it is drowning in water, it is a course to heaven, it is bravery
under sea, it is a love to an écho my love and my affection and ray
esteem to every one whom it took. Then the maiden reflected upon the
illness that was in him and it was sad to her. So she said one day :
Two Irisli Taies. JJ9
Arise 0 noble Ailell —
— I will undertake to cure thee.
If this is thy will in thy clever mind — quickly around my neck (?i
The commencement of wooing beautiful its colour — A woman and
a man in love.
If it is not enough for ihee o brave man — o son of a king, o mighiy
ruler.
I bring thy full his since my kindred is in prosperity.
A hundred oxen and hundred ounces of gold — A hundred of every
bridling he assembled.
A hundred of clothes of every speckled colour — has been brought in
my land as reward.
A hundred of every animal from then till now. Great will be the émi-
gration.
For me with quickness surely — Eochaid gave it at once.
Then the maiden came every day to wash him and to give him his
food and she improved him greatly for it was a pity to her that he
should die on her account. One day then the maiden said to Ailell : Come,
said she. to morrow in my closet to meet me in the house which is at
the dùn outside and there I will yield to thy request and to thy désire.
Ailell was without sleep that night until the morning came. But when it
was time to meet her then the sleep fell on him so that he was asleep
until the time of getting up. Etain went then at the meeting place and
was not long waiting when she saw a healthy man [coming] near her
similar to Ailell and he was tired and weary. The maiden recognized
him that he was not Ailell. Then she looked forward to Ailell. After-
wards the maiden went from the meeting-place again. Then Ailell awoke
and death was better for him than life. He was ill from great sorrow
and grief. Then the maiden came to speak to him. He related her what
had happened to him. Come, said she, atthe same place to-morrow and
it was the same as the first day and the man came everyday to visit her.
Then came the last day of the meeting and she met the same man. Not
with thee hâve 1 stipulated atali, said she, why comestthoutomeet me?
but that one 1 stipulated with I did it not from lust nor by accident but
to save him from an illness in which he fell through love of me. Thou
didst well to come to meet me, said she, because if I were Etain of
Eochraide the daughter of Ailell I would be of the first family. What
then, said she, what is thy name at ail, by which thou art called .'' Not
difficult, Mider of Bri leith is my name, said he. What has separated
thee from me if we were in this position said Etain. Not difficult, said
j6o Two Iris h Taies.
Mider, the wit of Fuaimnech and the incantations of Bresal Etarlaim
hâve separated us. Mider said to Etain : Wilt thou corne with me ? Not
so, said she, nor willl give up [litt. selll the i<ing of Erinn for thee nor
for any one whose name and kindred I do not knovv. I myself, said
Midir, hâve put it in Ailells head to love thee. 1 hâve prevented Ailill
from going to meet thee and 1 did not let him spoil thy honour. Then
the maiden went to her house and went to speak to Ailell and blessed him.
This man came luckily for us both said Ailell. I am healed at once
from my illness and thou hast thy honour saved, and bring thou him a
blessing for us both, said Etain, it is right to me in this way.
Then Eochaid came to his royal court and inquired after his brother at
once. He told him his news from the beginning to the end and the king
was thankful to his wife for the good she had done to Ailill and and it
is wonderful for us this story said Eochaid. It is called the story of
Eochaid and Etain.
L'ACHAT DE LA FEMME
DANS LA LOI IRLANDAISE.
Reipublicae interest mulieres dotes salvas habere, propter cjuas nubere pos-
sint '. « L'intérêt public exige que les dots restent intactes, car sans dot
la femme [veuve ou divorcée] ne pourrait trouver de mari ». Voilà ce
qu'écrivait à Rome, vers la fin du second siècle de notre ère ou le com-
mencement du troisième, le célèbre jurisconsulte Paul. Alors à Rome,
comme aujourd'hui en France, la femme qui appartenait aux classes
élevées de la société ne pouvait ordinairement trouver un mari qu'à la
condition de le payer. A l'origine de l'histoire nous trouvons établi dans
toutes les branches de la race indo-européenne le système opposé ; ce
n'est pas la femme qui achète le mari, c'est le mari qui achète la femme 2.
Dans le droit romain primitif, cet achat s'appelait coemptio^, et la
Loemptio survécut longtemps, comme simple formalité, à l'introduction
de la dot qui, avant de recevoir le nom de dot, a porté celui de pecunia^,
et qui paraît, sous ce nom, remonter aux temps les plus anciens de la
république romaine.
L'achat des femmes est un des principes du droit germanique : cons-
taté d'une manière générale par Tacite à la fin du premier siècle de notre
ère ', il se retrouve quelques siècles plus tard dans les lois, les histoires
et les diplômes qui nous font connaître l'état social des différents peuples
germaniques après la chute de l'empire romain ''. C'était alors en argent
monnayé que le mari payait sa femme. Ce détail n'a rien d'antique et,
quand on voit par exemple Clovis acheter Clotilde un sou et un denier
1. Digeste, livre XXIII, t. III, 1. 2.
2. Grimtn, Deutsche Rechts-alterthûmer, 2* édition, p. 421.
}. Gaius, Institutes, I. I, § 114 ; Servius, ad £neidem, IV, 103.
4. Varron, De lingua latina, V, 175 ; VI, 70.
5. Germania, c. 18.
6. Laboulaye, Recherches sur la condition civile et politique des femmes, p. 1 1? et ss.;
Laferrière, Histoire du droit civil de Rome et du droit français, t. III, p. 1 j6; Pardessus,
Loi salique, p. 668.
}62 L'achat de la femme
« suivant l'usage des Francs », on reconnaît la réglementation moderne
d'un usage qui paraît remonter aux origines mêmes de l'humanité. Mais
il n'est pas question d'argent monnayé dans le texte de Tacite que nous
avons cité, et, parmi les objets que, suivant ce texte, chez les Germains
de l'an loo après J.-C, le futur époux livrait aux parents de sa femme
comme prix d'achat, les bêtes à cornes figurent en premier lieu : c'est
l'usage grec de l'époque homérique : les plus jolies filles sont celles dont
le mariage apporte à leurs parents le plus de vaches, TrxcOivsi iKoiz'.-
ootat '. Cette formule grecque appartient à la période de la civilisation
où le bétail tient lieu de monnaie. La loi irlandaise appartient à la même
période, ce qui ne veut pas dire que le Scnchus môr soit chronologique-
ment contemporain d'Homère , cela signifie seulement que lorsque les
principes du droit irlandais ont été fixés, les Irlandais se trouvaient au
même degré de civilisation que les Grecs de l'époque homérique. L'Ir-
lande a deux unités monétaires : la bête à cornes, sct^, et la femme
esclave, cumal 5. La première, sêt, de si « lier », doit son nom au même
ensemble d'idées que \e hùn pecunia = pecu-inia, de pecu a bétail»,
dérivé de pak « lier » 4 : à cette ressemblance avec le Latin primitif,
l'Irlandais en joint une autre : il achète sa femme.
Le terme consacré par l'usage pour désigner cet achat est coibche. On
trouve ce terme traduit dans le Glossaire de Cormac ^ Il veut dire d'une
manière générale « achat », cendach, ou, pour employer une orthographe
plus moderne, ceannachd. Les traducteurs du Senchus môr et du livre
d'Aicil ont fait un contre-sens en le rendant par marriage gift, wedding
gifî, « cadeau de noces ». Le prix de vente de la femme appartient à
son père quand elle se marie pour la première fois : cet coibche cacha
ingine dia aihair uaithese dosom, c'est-à-dire : i^le prix de] la première
vente de chaque fille [appartient] à son père, d'elle-même à lui-même.
Suivant les traducteurs, les deux derniers mots uaithese dosom « d'elle-
même à lui-même » voudraient dire que la femme recevrait d'abord le
prix et le donnerait ensuite à son père ; j'ignore si ce commentaire est
bien fondé grammaticalement, mais ce détail a peu d'importance. Quand
1. Iliade, XVIII, 593 ; Hymne à Aphrodite, vers 119.
2. Whitley Stokes, Sanas Cormaic, p. 13 : cf. Ancient laws and institutes of Ireland,
t. I, p. 4J; t. 111, p. 124, note. Coibche paraît être une forme contraaée pour con-
fache ~ con-vakia- ou con-vagia-, Gr. C- p. 42, 55, 871. Peut-être le second terme
a-t-il la même racine que fachel (gages), Sanas Cormaic, p. 78.
3. Sanas Cormaic, p. 29, 30, 42 : cf. Ancient laws and institutes of Ireland, t. 1, p. 46;
t. m, p. 98, note. Le cumal valait trois sêt. Voir un texte sur ce point dans 0' Curry,
On manners and customs, t. III, p. jo.
4. Fick, Vergleichendes Wœrterbuch, }- édition, t. I, p. 134, 658 ; p. 228, 699.
(. Whitley Stokes, Sanas Cormaic, p. 48.
dans la loi irlandaise. jô?
la femme se mariait une seconde fois, le père ne recevait que les deux
tiers du prix ; au troisième mariage de sa fille, il n'avait plus droit qu'à
la moitié ; à chaque nouveau mariage, la quotité à laquelle il pouvait
prétendre diminuait : enfin son droit s'éteignait au vingt-et-unième ma-
riage. A défaut de père, le frère, chef de famille, avait droit à moitié de
ce qu'aurait reçu le père ' .
Ce qui caractérisait le mariage irlandais et ce qui distinguait la femme
irlandaise de la femme romaine ou germanique primitive, c'était le droit
qu'elle conservait sur la fortune apportée par elle. La femme romaine,
par la coemptio, tombait in manu mariti, elle cessait d'être propriétaire;
la femme» germaine n'héritait pas, le privilège de masculinité l'excluait
de la succession paternelle. La loi irlandaise nous présente un tout autre
système. La condition de la femme mariée dépend de la fortune qu'elle
apporte. La coutume suppose d'abord égalité de fortune de part et
d'autre, comtincur : en ce cas il y a un certain nombre de contrats que
le mari ne peut faire sans le consentement de la femme, et, s'il y a
divorce, la femme reprend son apport avec une portion des acquêts
déterminée par la loi -. Une autre hypothèse est celle d'une femme qui
ne possède rien et qui vit sur le bien de son mari ; les droits de cette
femme sont fort réduits 5. Une troisième hypothèse est celle où, le mari
n'ayant rien, tout le bien appartient à la femme ; c'est alors la femme
qui a l'autorité, et le mari est dît fer fognama, « homme de service » 4.
Fo-gnam, thème vo-gnamu-, veut dire littéralement « action subordon-
née » ; comparez con-gnam «coopération » s. Il peut sembler, au premier
abord, y avoir contradiction entre cette servitude du mari vivant sur le
bien de sa femme et le droit que, par la vente de la femme, le mari a
acquis sur elle. Mais cette contradiction n'est qu'apparente. Le droit
que le mari a acquis sur la femme par l'achat [coibche] concerne seule-
ment le corps de la femme et les enfants à naître de la femme pendant
le mariage '=. Mais la femme, propriétaire de biens, ne peut conférer à
son mari plus de droit qu'elle n'en a elle-même sur ces biens, et le
principe fondamental du droit irlandais est que le propriétaire réel est la
1. Ancient laws and institutes of Ireland, t. II, p. 346-547. Le mot qui dans l'ancienne
législation de l'Irlande désigne les présents de noces est tinol = do-in-ol, Gr.C.'^, p.
884; cf. Beitr., VIII, 7.
2. Ancient laws and institutes of Ireland, t. II, p. 356 et ss. Le passage relatif au
divorce est à la page 363. Dans le composé com-tincur, tincur =: do-in-cur, composé de
cur « mettre », et paraît signifier 0 apport ». Com-tincur, « apport des deux conjoints »,
s'oppose à fer-tincur, « apport de l'homme », et à ban-tincur, « apport de la femme. »
3. Ibid., p. 381.
4. Ibid., p. 390; cf. p. 3(7-
5. Grammatica celtica, 2' édition, p. 771, 874.
6. Ancient laws and institutes of Ireland, t. III, p. 310.
564 L'achat de la femme dans la loi irlandaise.
tribu ou la famille". L'individu qui détient un immeuble ne peut le
vendre ou, à plus forte raison, le donner valablement à une personne
étrangère à la tribu ou à la famille, même à un fils adoptif >. Les dispo-
sitions envers les églises, si favorisées au moyen-âge, sont soumises à
des restrictions rigoureuses : un tarif détermine, d'après le rang de
chacun, l'importance des dons mobiliers qu'il peut leur faire J. Ainsi, le
droit que la vente matrimoniale, coibche^ fait acquérir au mari, a pour objet
la personne de la femme; ce droit n'atteint pas la fortune de la femme.
La traduction que nous donnons du mot coibche, d'après le Glossaire de
Cormac, est donc parfaitement d'accord et avec ce que nous savons du
droit primitif de la race indo-européenne et avec le droit spécial à l'Ir-
lande, où l'institution de la tribu, rendue par son exagération incompa-
tible avec l'idée romaine et moderne de l'État, a livré la race celtique à
la conquête anglo-saxonne, comme, plus anciennement en Gaule, elle
avait livré la race celtique à la conquête romaine 4.
H. d'Arbois de Jubainville.
1. Ancient laws and institutes of Ireland, t. Il, p. 280-283.
2. Ibid., t. III, p. 42.
}. Ancient laws and institutes of Ireland, t II, 282.
4. Chaque tribu, fine, formait une sorte de république avec chef électif (t. III, p. 278).
L'insuffisance de la conception de l'État chez la race celtique résulte surtout de ce que
l'on ne voit nulle part l'État intervenir pour la répression des crimes. C'est ce que les
éditeurs des Ancient laws and institutes of Ireland ont très-bien établi dans leur intro-
duction au tome III, p. Ixxix et suivantes.
RASHIN COATI E
A SCOTCH TALE.
There was a king and a Queen, as mony ânes been, few hâve we
seen, and as few may we see. The Queen, she deeit, and left a bonny
little lassie ; and she had naething to gie to the wee lassie but a little
Red calfy, and she telt the lassie whatever she wanted, the calfy would
gie her. The king married again, an ill natured wife, wi' three ugly
dochters o' her ain. They did na like the little lassie because she was
bonny ; they took awa a' her braw claes that her ain mither had geen
her, and put a rashin coatie on her, and gar't her sit in the kitchennenk_,
and a' body ca'd her Rashin Coatie. She did na get ony thing to eatbut
what the rest left, but she did na care, for she went to her red calfy,
and it gave her every thing she asked for. She got good méat from the
calfy, but her ill natured step mother gart the calfy be killed, because
it was good to Rashin Coatie. She was very sorry for the calfy, and sat
down and grat. The dead calfy said to her
(f Tak me up, bane by bane
And pit me aneth yon grey stane.
And whatever you want, corne and seek it frae me. and I will give
you it. » Yuletide came, and a' the rest put on their braw claes, and
was gaen awa to the kirk. Rashin Coatie said, « oh I wad like to gang
to the kirk ton, » but the others said, «what would you do at the kirk,
you nasty thing? You must bide at home and make the dinner. » When
they were gone to the kirk, Rashin Coatie did na ken how to make the
dinner, but she went out to the grey stone, and she told the calfy that
she could not make the dinner, and she wanted to win to the kirk. The
calfy gave her braw claes, and bad her gang into the house, and say
Every peat gar ither burn,
Every spit gar ither turn,
Every pot gar ither play
Till I come frae the kirk this good Yule day.
^66 Rashin Coati e.
Rashin Coatie put on the braw claes ihat the calfy gave her, and went
awa to the kirk, and she was the grandest and the brawest lady there.
There was a young prince in the kirk and he fell in love with her. She
cam awa before the blessing, and she was hame before the rest, and had
off her braw claes^ and had on her rashin coatie, and the calfie had
covered the table, and the dinner was ready, and every thing in good
order whenthe rest cam hame. The three sisters said to Rashin Coatie,
« oh lassie, if you had only seen the braw bonnie lady that was in kirk
to day, that the young prince fell in love with. » She said, « oh I wish
you would let me gang with you to the kirk tomorrow ; » for they
used to gang three days after ither to the kirk. They said, « what should
the like o' you do at the kirk, — nasty thing, — the kitchen neuk is
good enough for you ». The next day they went away and left her, but
she went back to her calfy, and he bade her repeat the same words
as before, and he gave her brawer claes, and she went back to the kirk,
and a' the world was looking at her, and wondering where sic a grand
lady came froni ; and as for the young prince he fell more in love
with her than ever, and bade some body watch where she went back
to. But she was back afore any body saw her, and had ofî her braw
claes and on her rashin coatie, and the calfy had the table covered, and
every thing ready for the dinner.
The next day the calfy dressed her in brawer claes than ever, and
she went back to the kirk. The young prince was there, and he put a
guard at the door to keep her, but she jumped ower their heads and
lost one of her beautiful satin slippers. She got home before the rest,
and had on the rashin coatie, and the calfy had ail things ready. The
young prince put eut a proclamation that he would marry whoever the
satin slipper would fit. Ail the ladies of the land went to try on the
slipper, and with the rest the three sisters, but none would it fit, for
they had ugly broad feet. The hen wife took in her daughter, and eut
her heels, and her toes, and the slipper was forced on her, and the
prince must marry her, for he had to keep his promise. As he rode along,
with her behind him, to be married, there was a bird began to sing and
ever it sang,
Minched fit, and pinched fit
Beside the king she rides.
But braw fit, and bonny fit
In the kitchen neuk she hides.
The prince said, a what is that the bird sings .'' » but the hen wife
said, « nasty lying thing! never mind what it says, « but she bird sang
Rashin Coatie. J67
ever the same words. The prince said, « oh , there must be some one
that the slipper has not been tried on «, but they said, « there is none
but a poor dirty thing that sits in the kitchen neuck, and wears « a rashin
coatie. » But the prince was determined to try it on Rashin Coatie,
but she ran awa' to the grey stone, where the red calf dressed her yet
brawer than ever, and she went to the prince, and the slipper jumped
out of his pocket, and on to her foot, and the prince married her, and
they lived happy ail their days.
(Told by Miss Margaret Craig, of Darliston, Elgin. — Dialect of Morayshire.)
A. Lang.
OBSERVATIONS SUR LE CONTE PRÉCÉDENT.
Nous avons ici, comme voit le lecteur, une variante du conte connu
et répandu de Cendrillon et de sa pantoufle perdue.
En Ecosse déjà nous trouvons quatre versions de ce conte :
i" Dans Chambers, Popular Rhymes of Scoîland, new édition, London
and Edinburgh, 1870, p. 66, une version du comté de Fife (traduite
par M. Loys Brueyre, Contes populaires de la Grande-Bretagne, p. 59) :
Rashie-Coat était fille de roi et l'on voulait lui faire épouser un homme
qui ne lui plaisait pas. Sur le conseil de la hen-wife^ , elle demande avant
le mariage un vêtement d'or battu, puis, quand elle a celui-ci, un vête-
ment fait des plumes de tous les oiseaux, et enfm un vêtement de
roseaux et une paire de pantoufles. Ainsi munie, elle quitte la maison
paternelle, va au loin et arrive au château d'un roi où elle entre en
service comme fille de cuisine. Un dimanche, comme tout le monde est
à l'église et qu'elle seule est restée pour veiller à la cuisine, une fée vient
la voir, l'engage à mettre sa robe d'or et à se rendre à l'église. La fée,
pendant ce temps, s'occupe de la cuisine et dit :
Ae peat gar anither peat burn,
Ae spit gar anither spit turn,
Ae pat gar anither pat play,
Let Rashie-Coat gang to the kirk the day.
A l'église, le fils du roi s'énamoure de Rashie-Coat qui, avant la fin
du service, quitte brusquement l'église. Le dimanche suivant, elle va à
l'église avec son costume fait de plumes d'oiseaux, et le troisième avec
son vêtement de roseaux. La dernière fois elle perd une pantoufle à son
I. Hen-wife, en français « basse-courière. »
568 Rashin Coatie.
départ précipité de l'église. Le fils du roi fait savoir qu'il épousera la
jeune fille qui chaussera cette pantoufle. Aucune des dames de la cour
n'y réussit, mais la vieille hen-wife mutile le pied de sa fille de sorte
qu'elle puisse chausser la pantoufle. Comme le fils du roi la met derrière
elle sur son cheval et l'enlève, un oiseau chante dans le bois :
Nippit fit and clippit fit
Ahint the king's son rides ;
But bonnyfit and pretty fit
Ahint the caudron hides.
Le fils du roi revient sur ses pas et trouve Rashie-Coat.
Le début seul de ce conte diffère du nôtre : le reste concorde presque
entièrement ; le nom de l'héroïne est le même, et les vers de la seconde
partie du conte ne diffèrent pas sensiblement '.
2" Chambers communique encore ip. 681 une version mutilée de ce
conte qui provient d'un autre endroit du pays. Dans cette version, un
roi possédait une jolie pantoufle de verre et voulait épouser seulement
celle qui chausserait cette pantoufle. Un ambassadeur parcourait le pays
pour chercher une telle jeune fille. Enfin il arrive à une maison où il y a
deux filles. L'ainée se mutile le pied de façon à ce qu'il puisse entrer
dans le soulier ; mais comme le roi l'enlève sur son cheval, un petit
oiseau chante :
Nippit fit and clippit fit
Ahint the king rides.
Bat pretty fit and little fit
Ahint the caldron hides.
Le roi revient sur ses pas, et c'est la sœur cadette qui chausse la pan-
toufle.
3" Un conte publié par Campbell, Popular Taies ofthe West Highlands,
n° 43, et dont voici le résumé :
Une reine maltraite sa belle-fille et lui fait garder les moutons, sans
lui rien donner à manger : mais un bélier gris lui apporte de la nourri-
ture. La reine envoie une fille de sa hen-wife au pâturage pour observer
sa belle-fille. La belle-fille dit à la fillette de mettre sa tête sur ses
genoux pour qu'elle lui arrange sa chevelure. La fillette s'endort; mais,
laissant ouvert un œil qu'elle a sur le derrière de la tête, elle voit le
bélier apporter à manger à la belle-fille et elle rapporte le fait à la reine.
I. chambers remarque (p. 48) que dans la Complaynt of Scotland, publiée en i $48,
il est fait mention, entre autres contes, de Pure Tynt Rashiecoat ; et Campbell, dans
ses observations sur son conte 1 4 , renvoie au conte de Rashen Coatie dans la collection
manuscrite des contes de Pierre Buchan.
Rashin Coatie. ^69
On tue le bélier sur l'ordre de la reine. Celui-ci avait dit auparavant à la
belle-fille de voler sa peau et ses os et de les rouler ensemble, et qu'ainsi
il ressusciterait. Mais elle oublie les sabots de l'animal, et le bélier
ressuscite, mais boiteu.x. Ce qui suit dans ce conte est confus et enche-
vêtré. Une chose est claire, c'est que la fille du roi va trois fois à
l'église et qu'à la troisième fois elle perd par précipitation une de ses
pantoufles dorées. Un prince, qui s'est amouraché de la fille du roi, veut
épouser la jeune fille qui chaussera cette pantoufle. La marâtre mutile
les doigts de pied de sa propre fille pour que la pantoufle puisse lui aller.
Mais le jour de la noce, comme tout le monde était réuni, un oiseau se
pose sur la fenêtre et crie trois fois : « Le sang est dans le soulier, et
le petit pied est dans un coin derrière le feu ! » C'est ainsi qu'on trouve
la belle-fille de la reine.
Le bélier gris de ce texte correspond au veau de notre récit de
Rashin-Coatie. Le fait que le bélier ressuscite quand on réunit ses os,
mais renaît boiteux parce qu'on a oublié de certains os, est emprunté à
une tradition très-répandue ■ , mais qui n'est pas ici à sa place.
4'' Un autre conte de la collection Campbell, le n° 14, est aussi une
version du conte de Cendrilion. Dans ce conte, un roi veut épouser sa
propre fille, parce que les vêtements de sa femme défunte ne vont qu'à
celle-ci. La fille, sur le conseil de sa nourrice, demande à son père
plusieurs vêtements magnifiques et des pantoufles, l'une d'or et l'autre
d'argent, puis elle s'enfuit. Elle devient fille de cuisine dans un château.
Sans qu'on s'en aperçoive^ elle va trois dimanches de suite à l'éghse
avec ses vêtements de prix et ses pantoufles. Le fils du roi devient amou-
reux d'elle. Le troisième dimanche, elle perd par précipitation une de
ses pantoufles, et le fils du roi déclare qu'il épousera seulement la jeune
fille qui chaussera la pantoufle. Beaucoup essayent et se mutilent les
pieds à cet effet, mais en vain. Un petit oiseau répète, à mesure que
chacune essaie la pantoufle :
Big, big, cha 'n ann duit a thig, ach do 'n te bhig a tha fo làimh a'
chocaire! c'est-à-dire : '( Wee wee, it comes not on thee, but on the wee
one under the hand of the cook. »
On porte enfin la pantoufle à la cuisine où se trouve la fille du roi, et
« aussitôt que la pantoufle fut sur le sol, elle sauta au pied de la fille
du roi » ^.
1. Voir J. W. Wolf, Beitr<£ge zur deutschen Mythologie, t. I, p. 88; W. Mannhardt,
Germanische Mythen, p. 57; I. V. Zingerle, Sagen aus Tirai, 11-15; Chr. Schneller,
Mterchen und Sagen aus Wtelschtirol, p. 20 ; Revue celtique, t. I, p. 239 ; P. Kennedy,
The Fireside Stories of Ireland, p. 128 ; S. Baring-Gould, Household Stories, n" 5.
2. Ce trait se rencontre dans le Pentamerone de Basile, I, 6 : Dès que la pantoufle
Rev. Celt. III 26
370 Rasbïn Coatie.
Dans cette version, comme dans celle de Fife et beaucoup d'autres
en dehors de l'Kcosse, le conte de Cendrillon est mêlé à un autre qui,
par beaucoup de points, ressemble à celui de Peau d'Ane. Si, dans la
version de Fife, la fille du roi doit épouser non pas son père, mais un
homme qui lui déplaît, je suppose fort que Chambers a modifié son conte
pour ne pas choquer ses lecteurs.
Mais assez parler des versions écossaises de ce conte. En dehors de
l'Ecosse, je connais les versions suivantes :
Frères Grimm, Kinder-und-Hausmxrchen, n° 21, et les variantes dans
les notes du tome III ; J. G. Bùsching, Wœchentliche Nachrichten, t. i,
p. 137, et t. II, p. 185 ; L. Bechstein, Deutsches Miirchenbuch, Leipzig,
1845, p. 232 ('Aschenbrœdel') ; E. Meier, Volksmarchen aus Schwaben,
n° 4; I. V. Zingerle, Kinder- und Hausm£rchen aus Tirol, 2^ éd., n" 23;
A. Lootens, Oude kindervertelsels in den brugschen tongval, p. 55; P. Chr,
Asbjœrnsen et J. Moe, Norske Folkeeventyr, n° 19; G. 0. Hyltén-Ca-
vallius et G. Stephens, Svenska Folk-Sagor och /Efvenîyr , n° 21 ;
K. Maurer, IsUndische Volkssagen, p. 281; J. Arnason, Islenzkar Thjôdh-
sœgur og Aefintyri, t. II, p. 306 (traduit dans la traduction anglaise de
G. E. J. Powell et E. Magnusson, t. II, p. 235), et p. 312; A. Waldau,
Bœhinisches Mdrchenbuch, p. 638; K. W. Woycicki, Polnische Volkssagen
u. Msrchen, ùbersetzt von F. H. Lewestam, p. 123; A. J. Glinski,
Bajarz polski^ t. ÎIl, p. 135; A. De Gubernatis, Zoological Myîhology,
t. I, p. 196, et II, p. 304 (conte russe de la collection Afanasjev,
t. VI, n° 30); Wuk Stephanowitsch Karadschitsch , Volksmxrchen
der Serben, n° 32; Das Ausland, Jahrgang 1832, n" 58, p. 230
(conte grec) ; J. G. von Hahn, Griechische u. albanesische M£rchen,
n" 2; A. Sakellarios, Ta IvjTrp-.ay.a, t. III, p. 145 (conte cypriote traduit
par F. Liebrecht dans le Jahrbuch fiir romanische u. engUsche Literatur^
t. XI, p. 354) ; Ch. Perrault, Cendrillon ou la petite pantoufle de verre ;
J. Turiault, Etude sur le langage créole de la Martinique, p. 219; Madame
D'Aulnoy, Finette Cendron^ ; D. Bernoni, Fiabe e Novelle popolari vene-
ziane, n° 8 ; D. Comparetti, Novelline popolari italiane, t. I, n° 23;
V. Imbriani, La Novellaja fiorentina, n^ 11; R. H. Busk, The Folk-lore of
Rome, p. 26 et 3 1 ; G. Basile, // Pentamerone, Jornata I, Trattenemiento
6 ; G. Pitre, Fiabe, Novelle e Racconti popolari siciliani, no 41; M. Milâ y
est près du pied de Lucrèce, le soulier y est entraîné « comme lo fierro corre a la
calamita ».
I. Un conte hongrois de la collection Erdélyi, traduit par G. Stier dans ses Ungarische
Sagen und Mcerchen, n' 5, correspond si exactement à celui de la comtesse d'Auinoy que
certainement il en provient d'une façon directe.
Rashin Coatie. H'
Fontanals, Observaciones sobre la poesiapopular, p. i8i (conte catalan tra-
duit par F. Wolf, Proben portugiesischer u. catalanisclier Vollîsromanzen,
p. 4?) ; F. Maspons y Labrôs, Lo Rondallayre, n» 20 ; W. Webster,
Basque Legends, p, 166.
Au petit veau de notre conte écossais correspondent une vache dans
les contes serbe et romain, un taureau dans le conte norvégien et un
petit bélier dans le conte sicilien.
Dans le conte serbe, la vache est la mère de Cendrillon ' qui a été
ainsi transformée. Le père s'est remarié ; la belle-mère donne à sa belle-
fille les troupeaux à garder et lui remet une quantité de lin qu'elle doit
avoir filé le soir. Tout à coup, au pâturage, la vache se met à parler et
dit à sa fille qu'elle va mâcher le lin et le lui rendre en fil qui lui sortira
par l'oreille. Quand la belle-mère apprend cela par sa propre fille qu'elle
a envoyée secrètement au pâturage, elle demande à son mari de tuer la
vache : celui-ci refuse d'abord, puis enfin consent. Avant d'être égorgée,
ja vache dit à sa fille qu'elle ne doit pas manger de sa chair, mais
réunir ses os et les enterrer sous une pierre derrière la maison ; puis
quand elle aura besoin de secours, elle viendra à cette tombe et elle y
trouvera de l'aide.
Dans le conte romain (Busk, p. ?i), la vache que garde la belle-fille
remplit pour elle tous les travaux imposés par la marâtre et dit chaque
fois à la jeune fille :
Butta sopr' aile corna a me,
E vatene far l'erba per me.
Fendant que la jeune fille s'éloigne, la vache se métamorphose en
femme et accomplit le travail en peu de temps. La marâtre découvre le
fait et ordonne de tuer la vache : mais, auparavant, la vache dit à la
jeune fille qu'elle trouvera sous son cœur, elle tuée, une boule d'or ; elle
l'enlèvera et lui dira en cas de besoin :
Pallo dorato! Pallo doraîo!
Vestimi d'ara e dammi l'innamorato!
Dans le conte norvégien, c'est un grand taureau bleu. Lorsque la
fille du roi n'a rien à manger de sa marâtre, il lui dit que dans son oreille
gauche il y a une serviette, qu'en la retirant et en l'étendant, elle aura
ce qu'elle voudra à boire et à manger. La marâtre veut faire tuer le
taureau, mais taureau et jeune fille s'enfuient ensemble. Ils arrivent au
. château d'un roi. Là le taureau dit à la jeune fille de le tuer, de l'écor-
I . Comme on voit par la traduction anglaise de ce conte donnée par M"" Mijatovics,
Serbian Folk-lore, p. $9, le nom serbe Papalluga correspond au français Cendrillon.
372 Rasliin Coatie.
cher et de garder sa peau en un certain endroit. Quand, plus tard, elle
aura besoin de lui, elle n'aura qu'à frapper en cet endroit avec un bâton.
Dans une variante norvégienne ^n° 3), la jeune fille trouve à boire dans
une oreille du taureau et à manger dans l'autre. Cela étant découvert
par la belle-mère de la même façon que dans le conte gaélique n° 43, on
abat le taureau, mais sans que personne le sache, hors la jeune fille. De
ses os sort une maison, et dans cette maison se trouvent trois vêtements
merveilleux avec lesquels la jeune fille va trois fois de suite à l'église, etc.
Dans le conte sicilien, la jeune fille a reçu de son père un petit bélier
qui lui dit : Mets ton travail sur mes cornes, et je le ferai pour toi !
Avant qu'on le tue par ordre de la marâtre, il dit à la jeune fille qu'elle
ne doit pas manger de sa chair, mais réunir et enterrer ses os. De ses
os sortent douze laquais qui mènent la jeune fille, habillée d'or, à la fête
du fils du roi, etc. '.
Les paroles rimées du petit oiseau dans les contes écossais sont très-
semblables à celles du conte suédois :
Huggen hàl och klippen ta !
I ugnen àr den som gull-skon gâr pâ !
c'est-à-dire « Talons rognés et doigts coupés ! Dans le poêle est celle à
qui va le soulier d'or ! » Les variantes suédoises fournissent aussi des
variantes de ces vers.
Dans le conte norvégien un petit oiseau chante :
Et Sîykke aj Hd
Og et Sîykke af Taa ;
Kari Trssîakkens sko
ErfuldafBlod!
c'est-à-dire « Un morceau de talon et un morceau de doigt! Le soulier
de Kari Trasstak est plein de sang! »
Dans une variante norvégienne les vers sont ceux-ci :
Huggen Hsl og skaaren Taa !
1 Gruen sidder den^ som Skoen rummer paa!
a Talons rognés et doigts coupés ! Au foyer est assise celle à qui va le
soulier. «
Dans le conte islandais des oiseaux chantent : « Talon rogné est dans
le navire, son soulier est plein de sang : à la maison est assise Mjadveig,
fille de Mani, une bien meilleure fiancée. Retourne, fils du roi! »
I . Dans beaucoup d'autres contes, en dehors du cycle de Cendrillon et de la pantoufle
perdue, figurent des vaches, des taureaux et des moutons qui filent pour une jeune
fille maltraitée par sa marâtre, ou l'aident de toute autre façon, et que pour cela on met
à mort. Voir mes observations dans Gonzenbach, Sicilianische Marchm, n" 32, et celles
de M. Cosquin, Contes populaires lorrains, n° 25.
Rashin Coatie. 375
Dans le conte de Grimm deux colombes chantent :
Rucke di guck, rucke di guck^
Blut ist ini Schuck ;
Der Schuck ist zu klein.
Die redite Braut siîzt noch daheim.
« Rouckedigouck, rouckedigouck ; sang est dans le soulier; le soulier
est trop petit ; la vraie fiancée est encore à la maison. »
Les vers des autres versions allemandes sont analogues.
Dans le conte russe deux colombes chantent : « Du sang à son pied !
du sang à son pied ! » Dans le conte serbe le coq de la maison chante :
« Kikeriki ! la jeune fille est cachée sous l'auge là-bas ! )> Dans le conte
tchèque c'est un chien qui aboie : « Haff! haff! haff ! Notre maître amène
une femme sans talon ! « et plus tard a une femme sans doigts de pied ! »
Dans deux contes allemands (Grimm, t. III, p. 36), c'est aussi un chien
qui découvre la fausse fiancée en aboyant : « Wou, wou, wou! soulier
plein de sang! » ou « Haou, haou, haou, haou, haou! mon maître n'a
pas la vraie femme ! »
M. Luzel a publié, en février 1872, dans le feuilleton de l'Électeur du
Finistère, un conte breton, le Chat noir, dont le début contient les élé-
ments du conte de Cendrillon. Une marâtre fait tuer la vache qui aimait
et protégeait sa belle-fiUe Yvonne. Quand on l'ouvrit, on trouva auprès
de son cœur deux petits souliers d'or^ faits avec un art merveilleux. La
marâtre s'en saisit en disant : « Ce sera pour ma fille le jour de ses
noces. » Un riche prince veut épouser la belle Yvonne; mais le jour de
la noce la marâtre essaie de faire passer sa propre fille Louise pour
Yvonne. Louise est emmenée comme mariée, et pour qu'elle puisse
chausser les petits souliers d'or, on lui mutile les pieds. Comme le prince
monte en voiture avec elle pour aller à l'église, le petit chien Fidèle, qui
accompagnait Yvonne sur la grande lande quand elle y menait paître sa
vache, se mit à japper de la sorte: Hep-hi! hep-lii! Iiep-hi! c'est-à-dire
« sans elle! sans elle! sans elle! » Et quand le carrosse sortit de la cour,
il courut après, en disant dans son langage :
C'est la laide, aux traits renfrognés,
Aux talons, aux orteils rognés;
Hélas! hélas! et la jolie
Dans sa prison pleure et s'ennuie!
Reinhold Kœhler.
[M. Lang nous fait remarquer que dans Callaway's Nursery Taies of
the Zulu, L 121, les oiseaux avertissent le prince qu'il chevauche avec
374 Nichty Nought, Nothing.
la fausse fiancée. Les oiseaux disent : « Ukakal<a, le fils du roi est parti
avec une bête! » Il dit alors : « Haou! mes hommes, avez-vous jamais
ouï des oiseaux parler ? » On lui répond : « Oh ! seigneur, c'est la mode
des oiseaux dans le pays des Épines, ils parlent. » — M. Lang compare
aussi un chant néo-hellénique dans la collection de Fauriel, où les
oiseaux avertissent une jeune fille qu'elle chevauche avec un corps
mort. Le corps mort dit : « Ce ne sont que des oiseaux ; laisse-les jacasser. »
— H. G.]
NICHT, NOUGHT, NOTHING
There once lived a king and a queen. They were long married and
had no bairns, but at last the queen had a bairn, when the king was
away in far countries. The queen would not christen the bairn till the
king came back, and she said « we will just call him Nicht, Nought,
Nothing until his father comes home, » but it was long before he came
home, and the boy had grown a nice little laddie. At length the king was
on his way back, but he had a big river to cross, and there was aspate,
and he could not get over the water, but a Giant came up to him and
said, « if you will give me Nicht, Nought, Nothing, I will carry you over
the water on my back. The king never had heardthat his son was called
Nicht, Nought, Nothing, and so he promised him. When the king got
home again, he was very happy to see his wife again, and his young
son. She told him that she had not given the child any name but Nicht,
Nought, Nothing, until he should come home again himself. The poor
king was in a terrible case ; he said, « What hâve I done ? I promised
to give the Giant who carried me over the river on his back, Nicht,
Nought, Nothing ». The king and the queen were sad and sorry, but
they said, « when the Giant comes we will give him the hen-wife's
bairn, he will never know the différence «. The nextday the Giant came
to claim the king's promise, and he sent for the hen-wife's bairn, and
the Giant went away with the bairn on his back. He travelled till he
came to a big stone, and there he sat down to rest. He said
« Hidge, Hodge, onmy back, what time of day is it.^ «
The poor little bairn said, « It is the time that my mother, the hen-
wife, takes up the eggs for the queen"s breakfast. »
Nicliî, Noui},ht, Nothitiii,. 575
The Giant was very ungry, and dashed the bairn on the stone and
killed it.
The same adventure is repeated with the gardener's son.
Then the Giant went back. to the king's house, and said he would
destroy them ail if they did not give him Nicht Nought Nothing, this
time. They had to do it. and when he came to the big stone, the Giant
said « What time of day is it » ? Nicht Nought Nothing said, « it is the
time that my father the king will be sitting dovvn to supper. » The Giant
said « I\e got the richt ane noo )>, and took Nicht, Nought, Nothing to
his own house and brought him up tiil he was a man.
The Giant had a bonny dochter and she and the lad grew very fond
of each other. The Giant said one day to Nicht, Nought, Nothing « I 've
work for you tomorrow. There is a stable seven miles long, and seven
miles broad, and it has not been cleaned for seven years, and you must
clean it tomorrow, or I will bave you for my supper. »
The Giant's dochter went out next morning with the lad's breakfast,
and found him in a terrible state, for aye, as he cleaned out a bit, il
aye fell in again. The Giant's dochter said she would help him, and she
cried a' the beasts of the field, and a' the fowls 0' the air, and in a
minute they a' came, and carried awa' every thing that was in the stable
and made a' clean before the Giant came home. He said « shame for the
wit that helped you, but I hâve a worse job for you tomorrow. » Then
he told Nicht, Nought, Nothing that there was a loch, seven miles long,
and seven miles deep, and seven miles broad, and he must drain it the
next day or else he would hâve him for his supper. Nicht Nought Nothing
began early next morning and tried to lave the water with his pail, but
the loch was never getting any less, and he did no ken what to do. bur
the Giant's daughter called on ail the fish in the sea to come and drink
the water, and very soon they drank it dry. When the Giant saw the
work done he was in a rage, and said « I 've a worse job for you
tomorrow, there is a tree seven miles high, and no branch on it, till
you get to the top. and there is a nest, and you must bring down the
eggs without breaking one, or else i will hâve you for my supper. » At
first the Giant's daughter did not know how to help Nicht, Nought No-
thing, but she eut off first her fmgers and then her toes, and made steps
of them, and he domb the tree, and got ail the eggs safe till he came to
the bottom, and then one was broken. The Giant's daughter advised
him to run away, and she would follow him. So he travelled till he came
J76 Nicht, Nought, Nothing.
to a king's palace, and the king and queen look him in and were very
kind to him. The Giant's daughter left her faiher's house, and he pur-
suedher and was drowned. Then she came to the king's palace where
Nicht Nought Nothing was. And she went up into a tree to watch for
him. The gardener's daughter, going to draw waterinthe well; saw the
shadow of the lady in the water, and thought it was herself, and said,
« If l 'm so bonny, ifrmso brave, do yousendme to draw water?» The
gardener's wife went out, and she said the same thing. Then the garde-
ner went himself, and brought the lady from the tree, and led her in.
And he told her that a stranger was to marry the king's daughter, and
shewed her the man, and it was Nicht Nought Nothing asleep in a
chair. And she saw him, and cried to him, « waken, waken, and speak
to me, » but he would not waken, and syne she cried
« I cleaned the stable, I laved the loch, and I clamb the tree.
And ail for the love of thee,
And thou wilt not waken and speak to me. »
The king and the queen heard this, and came to the bonny young
lady, and she said
« 1 canna yet Nicht Nought Nothing to speak to me for ail that I
can do. »
Then were they greatly astonished, when she spoke of Nicht Nought
Nothing, and asked where he was, and she said « He that sils there in
the chair. » Then they ran to him and kissed him and called him their
own dear son, and he wakened, and told them ail that the Giant's daugh-
ter had done for him, and of ail her kindness. Then they took her in their
arms and kissed her, and said she should now be their daughter, for
their son should marry her.
And they lived happy ail their days.
Told by Miss Margaret Craig of Darliston, Elgin (diaiect of Morayshire).
A. Lang.
OBSERVATIONS SUR LE CONTE PRÉCÉDENT.
Comparez les contes suivants :
Campbell, Popular Taies of the West Highlands, n" 2 (huit variantes) ;
W. Carleton, Traits and Stories of the Irish Peasantry^ <;" éd., t. l,
25 [The îhree Tasks) ;
P. Kennedy, The Fireside Stories of Ireland, p. 56 ;
Nicht, Nought, Notlnng. ^77
et en outre les contes que j'ai réunis dans Orient nnd Occident, t. II,
p. 105-1 14, et dans mes commentaires sur le n° 14 des Ehstnische Msr-
chen de Kreutzwald, et sur le n" 14 des Sicilianische M^rclien de
Gonzenbach.
A cette liste j'ajoute aujourd'hui :
Ralston, Russian Folk-Taies^ p. 120; Miklosich, Mdrchen der Zigeuner
n° 1 5 ; Busk, The Folk-Loreof Rome, p. 5 ; Pitre, Fiabe Siciliane, n" 1 5 ,
W. Webster, Basque Legends, p. 120; Luzel, Le Filleul de la Sainte
Vierge, Brest, 1870.
Dans nombre de contes parallèles, il arrive que le père promet, sans
le savoir, son enfant à un être hostile (ainsi dans les versions gaéli-
ques et dans celles de Kennedy et de Luzel) ; mais notre conte présente
cette particularité qu'il ne croit pas avoir rien promis au géant_, et qu'en
fait il lui a promis son fils qui s'appelle Nicht-Nought-Nothing.
Dans les contes gaéliques et dans le conte de Kennedy, on trouve
aussi les tentatives de faire passer d'autres enfants pour le prince.
On rencontre seulement dans les parallèles gaéliques, irlandais et
Scandinaves le fait de nettoyer la grande étable, et seulement dans les
parallèles gaélique et irlandais l'ascension de l'arbre à l'aide des doigts
coupés de la jeune fille.
La seconde partie de notre conte depuis la fuite du prince jusqu'à la
fm est corrompue. Il manque d'abord des détails sur la façon dont s'en-
fuirent le prince et la fille du géant. Puis suivant l'analogie de la plupart
des contes parallèles, quand le prince retourne chez ses parents, la fille
du géant devrait lui défendre d'embrasser qui que ce soit ou de se laisser
embrasser, et par l'oubli de cette recommandation, le prince devrait
oublier la fille du géant. Cela manque dans notre version. Le prince
arrive chez ses parents sans les connaître et sans être connu d'eux, et
l'on ne nous dit pas comm.ent il devient si rapidement le fiancé de la
fille du roi, c.-à-d. de sa sœur. D'après l'analogie des autres contes, la
fille du géant devrait éveiller le souvenir du prince d'une façon particu-
lière, à l'aide d'un coq et d'une poule ou de deux colombes, juste au
moment où l'on va célébrer les noces du prince. Si au contraire, dans
notre conte, elle le rencontre endormi dans le jardin et essaye en vain
de le réveiller, c'est un trait emprunté à d'autres contes '.
1 . Voici le trait dont il s'agit. L'héroïne du conte trouve le mari qu'elle a perdu
marié ou au moins fiancé à une autre ; elle achète de la nouvelle épouse ou de la fiancée
la permission de passer trois nuits dans la chambre à coucher de son mari. Les deux
premières nuits, c'est en vain qu'elle essaie de le réveiller, car sa nouvelle femme (ou
sa fiancée) lui a fait prendre un narcotique. Voir là -dessus mes observations dans Bladé,
Contis populaires recueillis en Agenais, p. 145.
?78 Niclit, Nought, Noihing.
Aux paroles par lesquelles la fille du géant dans notre conte cherche à
éveiller le prince (/ cleaned the stable, etc.) on peut comparer les vers
suivants dans le conte The Black Bull of Norroway dans Chambers, Popu-
lar Rhymes of Scotland, p. 98 :
Seven lang years I served for thee^
The glassy hill I clamb for thee,
The bluidy shirt I wrang for thee.
And wilt thon not wauken and turn to me ?
et cette variante p. loi, ibid.
Far hae I sought ye, near am I brought to ye ;
Dear Duke 0' Norroway^ will ye no turn and speak to me?
et aussi dans le conte irlandais The Brown Bear of Norway, dans Ken-
nedy, Legendary Fictions of the Irish Celîs, p. 57 :
Four long years I was married to thee,
Three sweet babes I bore to thee^
Brown Bear of Nonvay, won 't y ou turn to me?
Encore une observation sur l'épisode où ia fille du géant se tient sur
un arbre, et où son ombre se réfléchissant dans l'eau fait illusion à la
fille et à la femme du jardinier qui croient voir leur propre ombre et se
trouvent belles. On peut comparer Campbell, p. 34 et 56, et le conte
suédois dans Hyltén-Cavallius et Stephens, n» XIV, B. Ce trait se
rencontre aussi dans le conte si répandu des trois citrons ou des trois
oranges, par exemple dans le Pentamerone V, 9, et dans Gonzenbach,
n'^ U-
Reinhold Kœhler.
CONTES POPULAIRES
DES BRETONS-ARMORICAINS'.
L'HOMME JUSTE.
Il était une fois un pauvre homme dont la femme venait d'accoucher
d'un fils.
Il voulait que son enfant eût pour parrain un homme juste, et il se
mit en route pour le chercher.
Comme il cheminait, son bâton à la main, il rencontra un homme qui
lui était inconnu, mais qui avait bien bonne mine. Et cet homme lui
demanda :
— Où allez-vous ainsi, mon brave homme .''
— Chercher un parrain à mon fils nouveau-né.
— Si vous voulez, je serai le parrain de votre fils ?
— Oui, mais je veux un homme juste.
— Eh ! bien, vous ne pouviez mieux tomber.
— Qui donc êtes-vous, alors ?
— Le bon Dieu. 'Littéralement le Seigneur Dieu.)
— Vous juste, mon Dieu !... Non! non! Partout j'entends se plaindre
de vous, sur la terre.
— Oui ? Et pourquoi donc ?
— Pourquoi .''... Oh ! pour bien des motifs... Les uns, parce que vous
les envoyez dans ce monde mal tournés de toutes les façons, bossus,
boiteux, sourds, muets, maladifs, — pendant que d'autres sont bien
faits de tous leurs membres, vigoureux et pleins de santé, et qui ne sont
pourtant pas meilleurs que les premiers ; — d'autres, et d'honnêtes gens,
I. Voir Rev. Celt., t. Il, p. 289.
jSo Contes populaires des Bretons-Armoricains .
comme j'en connais beaucoup, parce que, ils ont beau travailler et se
donner du mal comme des brutes, ils sont toujours pauvres et besoi-
gneux, pendant que l'on voit leurs voisins, des fainéants, des propres à
rien Non, je vous le dis, vous ne serez pas le parrain de mon fils...
Adieu !
Et le père poursuivit sa route.
Un peu plus loin, il rencontra un grand vieillard à la barbe longue et
grise.
— Où allez-vous ainsi, mon brave homme ? lui demanda celui-là
aussi.
— Chercher un parrain pour mon fils nouveau-né, répondit-il.
— Si vous voulez, je serai son parrain ?
— Oui, mais il faut vous dire, auparavant, que je veux avoir un
homme juste pour parrain à mon fils.
— Un homme juste ? Je suis, alors, celui qu'il vous faut.
— Qui donc êtes-vous ?
— Saint Pierre.
— Le portier du Paradis, l'homme aux clefs ?
— Oui.
— Eh ! bien, alors, vous aussi, vous n'êtes pas celui qu'il me faut.
— Comment, est-ce que vous voudriez dire que je ne suis pas juste ?
Et pourquoi donc, s'il vous plaît ? demanda saint Pierre, avec un peu
d'humeur.
— Pourquoi ? Oh ! je vous le dirai bien : parce que, pour des pecca-
dilles, pour des riens pour ainsi dire, vous refusez, dit-on, votre porte à
d'honnêtes gens, des gens de peine comme moi qui, après avoir bien
travaillé toute la semaine, boivent peut-être une chopine de cidre ou une
goutte d'eau-de-vie de trop le dimanche après vêpres... Et puis voulez-
vous que je vous dise encore ?... Vous êtes le premier des apôtres, le
chef de l'Eglise... N'est-ce pas vrai ?
— Oui, et après ?
— Eh ! bien, dans votre église aussi, il n'y a rien que pour de l'ar-
gent, et là comme ailleurs, le riche passe toujours avant le pauvre
Non, vous ne serez pas, vous aussi, le parrain de mon fils... Adieu !
Et il poursuivit encore sa route.
Un peu plus loin, il rencontra un autre personnage qui n'avait pas
bonne mine du tout : il portait une faux sur son épaule, comme un fau-
cheur qui se rend à l'ouvrage.
— Où allez-vous, mon brave homme ? lui demanda aussi celui-ci.
— Chercher un parrain à mon enfant nouveau-né.
Contes populaires des Bretons- Armoricains. }8i
— Si vous voulez, je serai son parrain ?
— Oui, mais il faut vous dire auparavant que je veux un homme juste
pour parrain à mon fils.
— Un homme juste ! Je suis votre affaire, alors, car vous ne trouve-
rez jamais un plus juste que moi.
— ils me disent tous cela! mais qui êtes-vous donc ?
— Le Trépas'.
— Oh ! oui, alors ! Oui, vous êtes juste, vous, car vous n'avez pitié
de personne, et vous faites bien votre besogne. Riche et pauvre, noble et
vilain, roi et soldat, jeunes et vieux, forts et faibles... vous les fauchez
tous, chacun à son tour, quand son heure est venue, sans écouter
leurs lamentations, leurs menaces ou leurs prières ; sans faire attention
à leur argent et à leur or. Oui, vous êtes réellement juste, vous, et vous
serez le parrain de mon fils. Venez avec moi.
Et le pauvre homme retourna alors à sa chaumière, accompagné de
celui qu'il avait choisi pour parrain à son fils.
Le Trépas tint l'enfant sur les fonts baptismaux, et il y eut ensuite
chez le père un petit festin, où l'on but du cidre et Pon mangea du pain
blanc, ce qui n'y arrivait pas souvent.
Avant de partir, le parrain dit à son compère :
— Vous êtes d'honnêtes gens, ta femme et toi, mais vous êtes bien
pauvres. Puisque tu m'as choisi pour être le parrain de ton fils, je veux
te révéler un secret qui te fera gagner beaucoup d'argent. Toi, mon
compère, tu seras à présent médecin, et voici comment tu te comporte-
ras. Quand tu seras appelé auprès d'un malade, si tu m'aperçois debout
au chevet du lit, tu pourras dire à coup sûr que le malade guérira, et
lui donner en guise de remède tout ce que tu voudras, de l'eau claire si
tu veux, il s'en tirera toujours. Mais, si tu m'aperçois au pied du lit, il
n'y aura rien à faire, le malade mourra infailliblement.
Voilà donc notre homme devenu médecin, et de se conformer aux
recommandations de son compère le Trépas. Il disait toujours, et sans
jamais se tromper, si son malade en réchapperait ou non. Comme il
disait toujours la vériré, et que ses remèdes ne lui coûtaient pas cher,
■ vu qu'il ne donnait que de l'eau claire à ses malades, il devint riche en
peu de temps.
Quand le Trépas passait devant sa maison, il entrait pour voir son
filleul et causer avec son compère.
I . En breton, la Mort personnifiée [ann Ankou) est du masculin, et c'est pour cela que
le pauvre homme la désire pour parrain, et non pour marraine, à son fils. C'est aussi
pour la même raison que j'ai traduit par le Trépas, au lieu de la Mort.
j82 Contes populaires des Bretons-Armoricains.
L'enfant venait à merveille, et le médecin, de son côté, vieillissait et
s'affaiblissait tous les jours.
Un jour, le Trépas dit aussi à son compère : — Moi je viens te voir,
à chaque fois que je passe par ici, et toi tu n'es encore jamais venu chez
moi ; il faut que tu viennes aussi me rendre visite, pour que je te régale
à mon tour et te fasse voir ma maison.
— Je n'irai te voir que trop tôt, répondit le médecin, car je sais bien
qu'une fois qu'on est chez toi, on n'en revient pas comme on veut.
— Sois tranquille à ce sujet, car je ne te retiendrai pas avant que ton
tour soit venu ; tu sais bien que je suis l'homme juste par excellence.
Le médecin accompagna donc un jour son compère le Trépas chez lui.
Ils allèrent au loin, au loin, à travers les montagnes et les plaines, les
grands bois, les fleuves, les rivières, et des pays parfaitement inconnus
au médecin.
Le Trépas s'arrêta enfin devant un vieux château ceint de hautes mu-
railles, au milieu d'une forêt, et dit : — C'est ici.
Ils entrèrent dans le château. Le maître de l'endroit régala son com-
père d'un bon repas, et, quand ils se levèrent de table, il le conduisit
dans une immense salle où il y avait des millions de cierges de toute
dimension, de longs, de moyens, de courts ; et leurs lumières variaient
également : les unes étaient fortes et brillantes, d'autres étaient plus
simples, et d'autres étaient ternes, fumeuses et près de s'éteindre. Il
resta un moment à les contempler, sans pouvoir parler, tant il était étonné
et ébloui par ce spectacle.
— Que signifient tous ces cierges, compère ? demanda-t-il, quand la
parole lui revint.
— Ce sont les lumières de la vie, compère, lui répondit le Trépas.
— Les cierges de la vie ? Comment cela donc ?
— Tous ceux qui vivent présentement sur la terre ont là chacun son
cierge auquel est attachée sa vie.
— En vérité .'' Il y en a de longs, de moyens, de courts et de
toutes les dimensions ; de brillants et de beaux, de ternes et fumeux, et
d'autres près de s'éteindre Pourquoi cela ?
— Oui, c'est comme les vies des hommes sur la terre ; les uns vien-
nent de naître, et ont longtemps à vivre, d'autres sont remplis de force
et de jeunesse, et d'autres sont faibles, ternes et près de s'éteindre.
— En voici un, par exemple, qui est bien long.
— C'est celui d'un enfant qui vient de naître.
— Et cet autre, comme il est brillant et que la lumière en est belle !
— C'est celui d'un homme dans la force de l'âge.
Contes populaires des Bretons- Armoricains . 38?
— En voilà un, là-bas, qui va s'éteindre.
— C'est celui d'un homme qui va mourir.
— Et le mien ? Où est-il ? Je voudrais bien le voir aussi.
— Le voilà, près de vous.
— Celui-là ! Oh ! mon Dieu ! il est presqu'entièrement brûlé ! Il
va s'éteindre !...
— Oui, vous n'avez plus que trois jours à vivre.
— Que dites-vous ?... Je n'ai plus que trois jours à vivre ? Mais,
puisque vous êtes le maître ici, ne pourriez-vous pas faire durer mon
ciergç un peu de temps encore ? Si vous y ajoutiez, par exemple, un peu
de cet autre qui est là .?
— Celui-là, c'est celui de votre fils, mon filleul, et si je faisais ce que
vous dites, je ne serais plus juste.
— C'est vrai, — répondit le vieux médecin, — et il courba la tête en
poussant un soupir.
Puis il s'en retourna chez lui et fit appeler le recteur de sa paroisse,
et, trois jours après, il mourut, comme le lui avait prédit son compère le
Trépas.
Conté par Yves-Marie-Etienne Corvez, de Plourin (Finistère), le 16 du mois
d'août 1876. — Recueilli et traduit en français par F. M. Luzei.
La légende de VHommc Juste n'est pas particulière à la Bretagne. Comme
presque tous les vieux récits populaires, on la trouve dans différentes régions,
chez différents peuples, plus ou moins complète, plus ou moins altérée. Grâce à
des renseignements fournis par M. Emmanuel Cosquin, un des savants les plus
compétents en la matière, je puis faire les rapprochements suivants :
Elle se trouve dans Grimm {Kinder und Hausmarchen(n'' 44), sous le titre de:
La Mort et son filleul^ conte hessois. Commencement semblable à celui de la
version bretonne. Le pauvre homme refuse successivement comme parrain le
bon Dieu et le Diable, et accepte enfin la Mort. Celle-ci fait de son filleul un
grand médecin. Elle lui indique une certaine plante qui guérira certainement
ses malades, quand il la verra (elle, la Mort) au chevet du lit. Si, au contraire,
elle se tient au pied du lit, il n'y aura rien à faire, le malade ne pourra être
sauvé. — Le filleul, improvisé médecin, devient riche et célèbre. Appelé près
du roi, malade, il voit la Mort au pied du lit. Alors, il retourne le lit, de ma-
nière à ce que la Mort se trouve au chevet. La Mort, quoique très-mécontente,
lui pardonne, pour cette fois ; mais ayant recommencé le tour pour la princesse,
malade aussi, elle le conduit dans une sorte de caverne où il voit une multitude
de lumières, etc..
Le reste, comme dans le conte breton.
384 Contes populaires des Bretons-Armoricains .
Comparez deux autres contes allemands de la collection S. W. WolfF, p. 39^,
et de la collection Prœhle, n" 13.
Guillaume Grimm, dans ses remarques, cite une farce allemande de Jacques
Ayres (dans son Opus theatricum, publié après sa mort, en 1605), qui ressemble
beaucoup au conte hessois ; mais l'épisode des lumières y manque. Il mentionne
aussi, comme analogue, un petit poëme de Hans Sachs, de 1553.
Dans une collection de contes hongrois (GaaI-Stier, n"^ 4), même introduction.
Le pauvre homme ne veut pas de Jésus pour parrain, « parce qu'il n'aime que
« les bons ». — L'épisode des lumières s'y rencontre. Le pauvre homme, et
non son filleul, devient médecin, comme dans le conte breton. Cette partie, qui
semble altérée, est inférieure à la partie correspondante du conte hessois.
Dans un conte sicilien, recueilli par M""^ Gonzenbach (n" 19), introduction
différente. Quelque temps après que la Mort a été marraine (ici, ce n'est pas
comme en allemand et en breton, où la Mort étant du masculin, elle est « par-
rain »), elle vient chercher le pauvre homme et l'emmène dans un sombre
caveau où brûlent une multitude de lampes, etc.. Dans ce conte, comme dans
le conte breton, ce n'est pas non plus le filleul qui devient médecin.
L'épisode des lumières se trouve également dans un conte italien de Vénétie
publié par MM. Widter et Wolff, dans le Jahrbuch Jùr romanischc und englische
Literatur.
Gueulette, dans ses Mille et un quarts d'heure^ Contes tartarts, ou plutôt pré-
tendus tels, a aussi, dans le quart LXXIII", sous le titre à' Aventures d'un
Bûcheron et de la Mort, un pauvre homme (un bûcheron) qui prend la Mort pour
parrain d'un enfant nouvellement né et qu'il voulait exposer aux bêtes féroces.
Le parrain lui fait connaître les vertus médicinales de certaines herbes qui
guérissent nombre de maladies ; et, de plus, afin que ses arrêts de vie ou de
mort soient infaillibles, il lui dit que quand il le verrait au pied du lit de ses
malades, ceux-ci guériraient, mais que rien au monde ne pourrait les empêcher
de mourir quand il le verrait au chevet du lit. Le bûcheron, devenu médecin,
trompe aussi son compère la Mort, en retournant le lit, quand le malade est
désigné pour mourir, et il sauve ainsi les jours du grand Iskender, c'est-à-dire
d'Alexandre le Grand.
L'épisode des lumières manque.
11 a été publié dans ï'Almanach provençal de 1876, page 60 et suivantes, sous
la signature de Lou Cascarelet, une version provençale du même conte très-
rapprochée de la version bretonne, sauf pourtant l'épisode des lumières, qui y
manque.
Enfin, dans une autre version bretonne que j'ai recueillie, le pauvre homme,
devenu médecin, guérit tant de monde que la Mort se plaint à lui de ce qu'il
n'arrive plus personne du pays dans son royaume. Le médecin profite même
du secret qu'il doit à la Mort pour essayer de ne pas mourir. Mais la Mort le
rattrape par un moyen singulier que voici :
u Devenu très-riche et retiré des affaires, comme il se promenait un jour
dans ses champs, il aperçut un charretier embourbé qui faisait d'inutiles efforts
Contes populaires des Bretons- Armoricains. 385
pour dégager sa charrette enfoncée jusqu'au moyeu dans une fondrière. Il alla
lui porter secours et reconnut dans le charretier son compère la Mort, qui lui
dit que sa charrette était remplie des vieux habits en lambeaux qu'il avait usés
à le chercher. — Eh! bien, lui répondit le médecin, uses-en autant encore,
puis nous verrons. Tu m'as appris le secret pour t'échapper, en retournant le
lit quand je te vois au chevet, et je ne serai pas si sot que de me laisser
prendre.
« Et comme un des maigres chevaux de la Mort avait la foire et salissait la
route : — Empêche donc tes chevaux de salir ainsi mes routes, lui dit le
médecin.
< — Empêche-les toi-même, si tu le peux, lui répondit la Mort.
« Alors le médecin prit un caillou rond sur la route, l'introduisit dans le c.
du cheval et l'y enfonça en frappant dessus avec un autre caillou.
« Mais le cheval fit un pet violent et chassa le caillou qui alla frapper le
médecin au front et avec tant de force qu'il en mourut sur place. »
L'épisode des lumières manque aussi à cette version.
F. M. LUZEL.
Rn. Celt. III
27
UNE
REPRESENTATION DE SAINTE TRYPHINE
Nous avons assisté à la représentation du mystère breton de sainte
Tryphine, qui a eu lieu à Pluzunet, dans le canton de Plouaret, arron-
dissement de Lannion, les 22 et 23 avril 1878, et nous croyons intéres-
sant d'en entretenir un peu les lecteurs de la Revue Celtique.
Un mystère breton du xvi'' siècle, dans la vieille langue nationale des
Bretons-Armoricains; une action dramatique tirée de notre ancienne his-
toire légendaire, originale et émouvante, naïve, rude et un peu barbare
parfois, représentée en plein air, avec le soleil pour lustre, simplement
et sans prétentions, par des paysans illettrés, qui parfois ne savent lire
et n'entendent que le breton, — devant un auditoire nombreux et facile
à impressionner de laboureurs et d'artisans, accourus comme à une fête,
des villages et des bourgs voisins; — voilà, certainement, un spectacle
aussi intéressant que rare, de nos jours, et auquel nous nous sommes
bien gardé de manquer.
Pluzunet tiendra une place des plus honorables dans l'histoire du
théâtre breton, si toutefois cette histoire est jamais écrite. Les livres et
nos archives sont à peu près muets sur ce sujet, et ce n'est guère que
dans les prologues et les épilogues de nos antiques et crasseux manus-
crits, morceaux de circonstance renouvelés ou pour le moins modifiés,
sur certains points, pour chaque représentation, qu'il est possible aujour-
d'hui de découvrir quelques renseignements précieux et de rares, très-
Une représentation de Sainte Tryphine. 587
rares noms d'auteurs. Ces manuscrits se retrouvent encore parfois sous
le toit des laboureurs et des artisans, dans l'ancien évêché de Tréguier
principalement, car le Léon et la Cornouaille sont relativement d'une
grande pauvreté, sous ce rapport.
Des recherches patientes et longues sur ce sujet nous ont mis en pos-
session d'une soixantaine de ces manuscrits, conservés comme de pré-
cieuses reliques dans les familles, de père en fils, et à la présence des-
quels on attachait des grâces et des faveurs mystérieuses et jusqu'au
bonheur de la maison. Aussi ne s'en désaisissait-on pas facilement, et il
nous a fallu parfois beaucoup de diplomatie, un peu d'argent et surtout
la parfaite connaissance de la langue et des relations et des traditions de
famille nombreuses et anciennes dans le pays, pour nous procurer défini-
tivement quelques pièces rarissimes, comme par exemple : La création
du monde, vainement recherchée par E. Souvestre et beaucoup d'autres,
saint Garan, saint Gwennolé, la Prise de Jérusalem par Titus, mentionnée
par Dom Le Pelletier dans son dictionnaire, et dont nous ne connaissons
pas l'existence dans un autre manuscrit.
Nous avons déposé toute notre collection à la Bibliothèque Nationale,
à Paris, sauf quelques manuscrits retrouvés depuis, et qui iront aussi
rejoindre les autres, — et c'est là que devra s'adresser désormais qui-
conque voudra écrire sur l'ancien théâtre breton, d'après des documents
authentiques et originaux.
Nous n'ignorons pas qu'à Morlaix aussi il a existé et existe encore
beaucoup de manuscrits de pièces dites communément Tragédies bre-
tonnes^ et qui faisaient partie du répertoire du théâtre, moderne du reste,
pour la plupart, — de cette ville. Mais ces pièces ont peu ou point de
valeur réelle, et ne sont généralement que des traductions ou plutôt de
mauvaises imitations de romans et de drames français, très-défectueuses
et très-vulgaires comme langue, et pour tout le reste. Voici quelques-uns
des titres de ces œuvres indigestes et malvenues, sous tous les rapports :
Inès de Castro, — La tour de Nesle, — Marie Tudor, — Marie Stuart, —
Marguerite d'York, — Thérèse de Volmar, — Jean de Paris, — les Bri-
gands de l'Estramadure, etc. . . Que sais-je encore ? Toute la vieille défroque
romantique. Ce n'est pas là du théâtre breton, et tout ce fatras n'a abso-
lument aucune valeur. Nous en avons pourtant acquis une vingtaine de
manuscrits, comme contraste et point de comparaison avec les pièces de
l'ancien et vrai théâtre breton connues dans nos campagnes du pays de
Tréguier.
Pluzunet, avons-nous dit, doit figurer honorablement dans l'histoire
du théâtre breton. Il y a existé une troupe dramatique très-ancienne-
588 Une représentation de Sainte Trypinne.
ment, et nous avons connu deux vieux acteurs, morts aujourd'hui, et qui
étaient dépositaires de la tradition et possesseurs d'un précieux trésor
de manuscrits rares et intéressants, qu'ils ont fini par nous céder, ou
plutôt leurs fils, après leur mort. L'un, Claude Le Bihan, cultivateur,
demeurant au village du Danot, ne rêvait que de théâtre breton, de belles
représentations populaires et d'antiques manuscrits, qu'il allait chercher
au loin, partout où on lui en signalait l'existence, pour les copier patiem-
ment et longuement, durant les veillées d'hiver et les moments de loisir
qu'il pouvait dérober à ses occupations de tous les jours. Le dimanche,
quand il s'en revenait vers le soir du bourg, après avoir bu quelques
chopines de cidre en la société de quelques vieux amis, on l'entendait
déclamer les monologues ou prologues des Quatre Fils Aymon, de
Saint Guillaume, de Sainte Tryphine, et parfois, un ami qui cheminait au
loin dans une autre direction, lui donnait la réplique. Il passait dans le
pays pour un peu sorcier, à cause de son petit savoir, qui tranchait
avec l'ignorance commune autour de lui; il composait avec des herbes
[louzou] des onguents et des remèdes pour toutes les maladies, tant des
animaux que des hommes, et même l'on se disait mystérieusement à
l'oreille qu'il avait chez lui un Agrippa et qu'il évoquait les morts et le
diable, quand il lui plaisait.
L'autre acteur de renom de Pluzunet était Jean Le Ménager, fournier
au bourg, et possesseur, comme son ami Claude Le Bihan, des bonnes
traditions et de nombreux et rares manuscrits.
Nous devons à ces deux hommes intelligents, et qui avaient le respect
et le culte du passé, de précieux renseignements sur les traditions et les
coutumes de notre ancien théâtre, et aussi des manuscrits très-intéres-
sants et devenus presque introuvables aujourd'hui, entre autres : La
Création du Monde, — Moïse, — La Destruction de Jérusalem par Titus,
et un bon manuscrit de Sainte Tryphine et le roi Arthur, celui d'après
lequel nous avons donné l'édition qui en a été imprimée à Quimperlé,
chez Th. Clairet, en 1865.
C'est encore sur un très-rare et curieux manuscrit du Mystère de saint
Jean-Baptiste, provenant de Pluzunet, que nous lisons ce qui suit, et où
l'on voit que notre théâtre eut aussi ses jours d'épreuve et de persécu-
tion :
« Tout, ici-bas, trouve sa fin, tout, excepté la grâce de Dieu : notre
« tragédie aussi touche enfin à son terme. — En l'année 1763, nous
« avons donné une représentation de la vie de saint Jean-Baptiste,
(f copiée sur le cahier écrit à Pluzunet, par un jeune homme du pays.
« Nous eussions bien désiré pouvoir continuer d'en donner des repré-
Une représentation de Sainte Tryphine. 389
« sentations ; mais, hélas ! un ordre de Monseigneur l'évêque de Saint-
« Brieuc défend les représentations de tragédies bretonnes, dans toute
« l'étendue de son diocèse. Il y est dit que représenter des vies de saints
« est un cas réservé : et cependant, interrogez l'histoire, feuilletez les
« livres saints les plus anciens du pays, vous n'y trouverez nulle part
« que ce soit même un péché véniel que de réciter des vies de saints.
« Non, mon Dieu, je ne puis croire que ce soit un péché exécrable;
« mais je crois, au contraire, que c'est une action méritoire et agréable
« à Votre Majesté divine, et que ces représentations contribuent souvent
« à la conversion des pauvres pécheurs. ;»
Dix ans avant la plainte touchante de ce pauvre acteur breton, le
Parlement de Bretagne lui-même avait rendu, le 24 septembre 1755,
cinq jours avant la Saint-Michel, époque où une grande représentation
devait avoir lieu à Tréguier, un arrêt faisant défense à tous artisans, labou-
reurs, etc.. de représenter des tragédies ou comédies bretonnes.
Nous croyons qu'aujourd'hui MM. les procureurs de la République et
même Nosseigneurs les Évêques seraient plus tolérants, et nous voudrions
voir imiter les acteurs de Pluzunet, qui n'ont été nullement inquiétés ni
par le parquet de Lannion, ni par l'évêque actuel de Saint-Brieuc, ami
et protecteur éclairé, du reste, des lettres bretonnes, — ni par le curé
de Pluzunet.
II.
La grande question pour la représentation de Pluzunet, celle qui pri-
mait toutes les autres, était de savoir si le temps serait beau ou non; car
le succès d'une représentation en plein air, on le conçoit facilement, est
toujours plus ou moins à la merci de la pluie et du beau temps. Or, on
n'était pas sans inquiétude à ce sujet. Le dimanche soir et toute la nuit,
il avait plu en abondance et l'on pouvait craindre que, l'état du ciel ne
s'améliorant pas, la représentation du lendemain ne fût sérieusement
compromise et qu'on ne pût dire avec le poëte latin :
Nocîe pluit totâ, redeunt spectacula manè.
Le lundi matin, le ciel était encore inquiétant, et le soleil avait bien de
la peine à se dégager des nuages mouvants qui le poursuivaient et le voi-
laient à tout moment. Mais à midi le ciel s'était rasséréné, et le soleil
était vainqueur.
A une heure, le roi Arthur, la couronne d'or dentelée en tête, l'épée
au côté, et sur les épaules un large manteau blanc parsemé d'étoiles et
390 Une représentation de Sainte Tryphine.
de fleurs de lys d'or, s'avança sur le bord de la scène, accompagné de
son épouse Tryphine, et, s'annonçant lui-même, à la façon des héros
d'Eschyle et de Sophocle, il déclama d'une voix haute et claire, et selon
la mélopée traditionnelle, le monologue qui ouvre la pièce, et où il énu-
mère toutes les villes de la Petite-Bretagne qui lui obéissent :
« Je suis le roi Arthur, le seigneur souverain, et la Basse- Bretagne
« tout entière est sous mes ordres : oui, je suis bien le roi des Bretons,
« le vrai maître et seigneur des princes et des nobles, etc.. »
L'analyse détaillée de la pièce nous entraînerait trop loin ; nous ren-
voyons le lecteur au texte original du mystère que nous avons publié en
i86^, avec une traduction française en regard, chez M. Clairet, libraire
à Quimperlé. Mais nous croyons devoir insister sur la disposition du
théâtre, le jeu des acteurs, leur débit, les anciennes coutumes tradition-
nelles et quelques autres particularités dignes d'intérêt.
Quant au théâtre en lui-même, rien de plus simple et de plus primi-
tif. Construit au fond d'une aire à battre close de murs et de granges, il
était formé d'une estrade d'un peu plus d'un mètre de hauteur, compo-
sée de planches de sapin assez mal reliées entre elles et reposant hori-
zontalement sur des barriques et des chevalets, sur une longueur d'en-
viron quinze pas et huit de profondeur. Aux deux extrémités^ deux portes
toujours ouvertes, pour l'entrée et la sortie des acteurs. Trois rangs de
bancs placés au fond de la scène et à l'une des extrémités [k gauche),
représentaient les premières places, qui coûtaient 25 cent. La foule des
spectateurs se tenait en bas, debout sur le sol de l'aire jonché de paille
fraîche. C'était là le parterre, où l'on payait seulement 10 cent, par per-
sonne. Deux grosses toiles tendues verticalement au fond contribuaient
à former derrière une longue coulisse où se tenaient les acteurs, en atten-
dant le moment d'entrer en scène. Au milieu de cette coulisse, à l'en-
droit où se rejoignaient les deux toiles, se tenait assis le souffleur qui, en
écartant légèrement le rideau, à un endroit non cousu du point de suture,
pouvait observer ce qui se passait sur l'estrade, venir en aide aux acteurs
dont la mémoire se trouvait en défaut, indiquer les entrées et les sorties
et diriger ainsi toute la représentation. Le rôle du souffleur, comme on
le voit^ est des plus importants. La scène était à ciel ouvert, et aucun
rideau ne séparait l'avant-scène du public du parterre. Toute cette cons-
truction des plus élémentaires s'adossait à une vaste grange à piliers de
pierre, ouverte sur l'aire, et cette pièce, masquée par l'estrade et les toiles
du fond, servait de vestiaire et de foyer, où l'on repassait les rôles. L'on
y fumait aussi et l'on se rafraîchissait, mais modérément, avec du cidre
seulement, et pendant les deux jours qu'a duré la représentation, nous
Une représentation de Sainte Tryphine. ^91
devons reconnaître que les acteurs de Pluzunet se sont montrés très-dis-
crets sur le chapitre des rafraîchissements.
Dans beaucoup de mystères bretons, l'action se déroule sous les yeux
des spectateurs tout d'une venue et sans divisions par actes et par scènes.
Dans plusieurs aussi, et Sainte Tryphine est de ce nombre, outre la divi-
sion par journées, on observe aussi celles par actes et par scènes. C'est,
sans doute, par imitation de l'ancien théâtre français. Ces mots acte et
scène, dont ils ne comprenaient pas la signification exacte, paraissent
avoir, de tout temps, intrigué et fort embarrassé nos acteurs ruraux,
quand ils les rencontraient dans leurs vieux manuscrits. Parfois, ils n'en
tiennent aucun compte, et passent outre. Mais le plus souvent, ils les
interprètent à leur guise, et d'une façon fort singulière. Une ancienne
tradition, suivie encore à Pluzunet, veut que, chaque fois que le mot
scène se rencontre sur le manuscrit, le souffleur crie à haute voix : scène!
et aussitôt tous les acteurs envahissent la scène, pêle-mêle, se prennent
par la main, au hasard, et exécutent une ronde joyeuse, au son de la
musique, composée ordinairement d'une clarinette ou deux avec un tam-
bour de basque, — ou bien encore d'un biniou, d'une bombarde et d'un
tambour de basque. Ce n'est pas ce qui amuse le moins le public, dans
ces représentations populaires, à cause de l'entrain endiablé que l'on y
apporte d'ordinaire, et aussi du contraste et des oppositions bizarres des
personnages qui se trouvent parfois associés et se donnent la main. Ainsi,
rois et manants, anges et démons, la reine Tryphine et son porcher,
Dieu le père et le diable ou la sainte Vierge, se prennent la main, au
hasard, comme ils se trouvent l'un à côté de l'autre, et sans intention
maligne, gambadent et se trémoussent, pendant cinq minutes, excitant
l'hilarité générale.
Parfois, la scène, ainsi comprise, rend aussi des services réels. Par
exemple, un acteur manque-t-il son entrée, parce qu'il est momentané-
ment ab.sent, ou qu'il n'est pas prêt; ou bien, la mémoire fait-elle défaut
à un autre, qui menace de se troubler et de perdre la tête, devant le
public? Le souffleur crie : Scène! — et aussitôt le branle-bas recom-
mence de plus belle, tout le mal est réparé, et le public, qui est indul-
gent et de bonne composition, rit et se trouve désarmé.
Quant aux prologues et aux épilogues, — car chaque acte est toujours
précédé d'un prologue, destiné à résumer et à expliquer la partie de l'ac-
tion générale qu'il représente, et chaque journée se termine par un épi-
logue, où l'on remercie les spectateurs de leur attention sympathique, en
les invitant à revenir le lendemain, si l'on est à la fin de la première
journée; — les prologues et les épilogues se récitent comme suit, selon
592 Une représentation de Sainte Tryphine.
les rites convenus : — Un acteur s'avance au bord de la scène, escorté
de deux de ses camarades, qui tiennent chacun une épée nue au port
d'arme. Ils saluent le public, et le prologue i l'acteur chargé de la récita-
tion prend ce nom), — déclame son morceau, sur le ton de mélopée
traditionnel, en commençant par l'extrémité gauche de la scène, où il
débite les quatre premiers vers; après quoi, il salue, en se découvrant;
ses deux acolytes saluent aussi avec leurs épées, puis ils se portent
tous les trois au centre de l'avant-scène, devant le trou du souffleur,
dans les théâtres de ville, et le prologue y récite quatre autres vers; après
quoi ils saluent encore, vont se placer à l'extrémité droite, où le prologue
récite encore quatre vers, toujours suivis de saluts. Le même manège
continue de droite à gauche, puis encore de gauche à droite, jusqu'à
épuisement du monologue.
Nous lisons à ce sujet dans Emile Souvestre :
« Un usage bizarre, et dont nous ignorons le motif et l'origine, vou-
« lait que l'acteur qui récitait le prologue fit, de quatre vers en quatre
« vers, une évolution autour du théâtre, suivi de tous ses compagnons.
« C'est ce qu'on appelait la Marche. Pendant ce temps, « rébecs et bi-
« nious doivent sonner, « comme en avertit la note d'un vieux manus-
« crit que j'ai sous les yeux. «
Quant aux costumes, nous n'en dirons pas grand'chose. Ils laissaient
tous beaucoup à désirer, et c'était peut-être la partie la plus défectueuse
de la représentation. Le roi Arthur, comme nous l'avons déjà dit, por-
tait une couronne dentelée de carton doré, un large manteau blanc par-
semé d'étoiles et de fleurs de lys d'or flottait sur ses épaules et un sabre
de cavalerie lui pendait au côté. La reine Tryphine était coiffée à la ma-
nière des paysannes de Lamballe, et portait une robe noire et un châle
de noce d'artisane, descendant jusqu'à terre. Le roi aveugle Abacarus
avait en tête, comme le roi Arthur, une couronne dentelée de carton
doré ; un pantalon blanc, une chemisette blanche, avec quelques paillettes
d'or par ci par là, complétaient son costume. Le diable Astaroth, avec
sa peau de mouton à laine noire et frisée, un bonnet à cornes sur
la tête, de nombreux grelots à la ceinture et une longue barbe de filasse
de chanvre, gambadant et sautant, faisait beaucoup rire. Kervoura avait,
au grand complet, l'uniforme d'un sapeur-pompier de la ville de Paris,
avec le casque de cuivre aux armes de la capitale, la tunique serrée à la
ceinture, un pantalon blanc collant, les grandes bottes et un sabre de
gendarmerie. Comme il était d'ailleurs assez bel homme, qu'il parlait
haut et clair et mettait beaucoup de vivacité dans son jeu, il produisait
de l'effet. Pour le reste, tous les uniformes de matelots et de soldats de
Une représentation de Sainte Tryphine. J95
différentes armes qui se trouvaient dans la commune avaient été mis à
contribution.
On voudra encore savoir, sans doute, si les spectateurs étaient nom-
breux, si la recette a été bonne, enfin si la représentation a réussi?
Oui, les spectateurs étaient nombreux, et l'on peut en juger par le
chiffre de la recette. Le premier jour, le lundi 22, où le temps a été
constamment favorable, la recette s'est élevée à 95 francs. — Or, en
tenant compte que le prix des places n'était que de 1 0 centimes au par-
terre et de 25 c. sur le théâtre, où il n'y avait pas plus de cinquante
personnes, — on peut voir à peu près le nombre des spectateurs qu'il a
fallu pour donner cette somme.
Le second jour, l'on s'attendait à une recette d'environ i ^0 fr.; mais,
malheureusement, la pluie vint qui déjoua les prévisions et les espé-
rances, et on ne fit qu'environ 60 fr. — Nous ne pûmes nous empêcher
d'admirer, ce jour-là, la patience et l'opiniâtreté des spectateurs qu'une
pluie battante, qui survint vers trois heures, et dura environ un quart
d'heure, ne put faire fuir et lâcher pied. Les acteurs eux-mêmes ne mon-
trèrent pas moins d'intrépidité, et, sans déserter la scène un seul mo-
ment, ils continuèrent de jouer, avec des parapluies à la main.
Il est de tradition qu'à la fin de la seconde journée, une partie de la
recette soit consacrée à couvrir les frais d'un joyeux repas, auquel pren-
nent part tous les acteurs. Durant la représentation, on a été très-sobre,
et le nombre de chopines de cidre auquel chacun avait droit avait été
arrêté d'un commun accord, et nul n'y contrevint. Mais le soir, quand
tout est fini, toute contrainte cesse, et chacun boit à discrétion ou à peu
près. Aussi il faut voir alors quelle joie éclate de tous côtés, quelle cor-
dialité et quel bruit de conversations qui se croisent. On se félicite réci-
proquement de la manière dont on s'est tiré de telle ou telle scène dif-
ficile, et l'on déclame les passages qui ont produit le plus d'effet sur
l'auditoire. Mais point de désordres, ni de querelles, ni de scènes fâcheuses
d'aucun genre, et quand la cloche du couvre-feu donne le signal de la
retraite, chacun rentre au logis, déclamant à haute voix, sur les routes
et dans les champs, des fragments de son rôle.
L'argent qui reste est partagé également entre tous les acteurs, et il
n'y a pas là de premiers, de seconds ou de troisièmes rôles, ni de parts
du lion emportant la majeure partie de la recette.
Souvent aussi on distribue aux pauvres de la commune ce qui reste,
après tous les frais couverts. C'est ce qui a eu lieu, en 1876 ou 77, à
Pluzunet même, pour une autre représentation du même mystère.
Quant au succès de la journée, nous pouvons dire qu'il a été sinon
J94 Une représentation de Sainte Tryphine.
complet et irréprochable de tout point, — du moins très-satisfaisant pour
là presqu'unanimité des spectateurs. Pour ce qui nous regarde particu-
lièrement, nous avons trouvé qu'elle laissait à désirer, sur plus d'un point;
sous le rapport des costumes, par exemple, de la mise en scène, du mo-
bilier et aussi du jeu et du débit de quelques acteurs qui prononçaient
du nez et parfois d'une manière peu intelligible. Nous étions encore
choqué de voir des hommes traverser la scène, la pipe à la bouche, pour
porter des pièces d'habillement ou d'autres accessoires aux acteurs qui
se trouvaient dans le vestiaire ou les coulisses, — ou encore des petits
enfants s'échapper des bras de leurs mères, sur la scène, une tartine de
pain beurré à la main, pour s'aller jeter dans les jambes de leur père qui
déclamait gravement son rôle de prince, de roi ou d'évêque. Quelques
spectateurs en riaient bien un peu, mais sans y trouver grand'chose à
redire.
La représentation donnée en 1867, à Saint-Brieuc, avait été plus
satisfaisante dans son ensemble. Mais aussi la troupe de Pluzunet a perdu
depuis plusieurs de ses meilleurs acteurs, le vieux Goëlo, par exemple,
qui était excellent dans le rôle de l'évêque et aussi dans celui de la sor-
cière, car il les remplissait tous les deux, tour à tour; — et Huon, qui
jouait à merveille le rôle du traître Kervoura; — et, enfin, Le Fennec,
un roi Arthur plein de majesté et de dignité.
La troupe de Pluzunet, qui est pleine de bonne volonté et renferme
de bons éléments, se perfectionnera facilement, avec quelques conseils,
de l'exercice et de l'étude. Elle mettra plus de goût et de couleur locale,
si c'est possible, dans les costumes, et surtout étudiera davantage le débit
et la prononciation, si défectueuse chez quelques-uns. D'autres ont très-
peu de chose à faire pour être excellents. Ils pourront ainsi arriver, sans
tarder, à présenter un ensemble plus satisfaisant, de manière à aller don-
ner des représentations dans les cantons voisins et même dans les villes.
Nous leur promettons un grand succès, s'ils parviennent, comme nous
l'espérons, à réaliser les améliorations que nous leur indiquons. Ce serait
en effet une nouveauté et un spectacle digne du plus grand intérêt qu'un
vieux mystère breton, dramatique et émouvant comme l'est Sainte Try-
phine, joué suivant l'ancienne tradition par de bons acteurs ruraux, com-
plètement illettrés, et ne connaissant pour la plupart que leur idiome
national, le bas-breton.
F. -M. LuzEL.
MOTS BRETONS
DANS LES CHARTES DE L'ABBAYE DE BEAUPORT
(côtes-du-nord).
Les documents qui ont servi de base au présent travail sont conservés
aux archives départementales des Côtes-du-Nord à Saint-Brieuc. Ils ont
été publiés par MM. Geslin de Bourgogne et A. de Barthélémy dans le
t. IV^ de leurs Anciens évêchés de Bretaone, p. 8-i 3, 4^-250. Lors de la
mission que le ministère de l'Instruction publique m'a donnée pour étu-
dier la Bretagne et sa langue, j'ai collationné avec les originaux le texte
imprimé : je l'ai trouvé habituellement fort exact, mais j'ai cependant
porté sur les marges de mon exemplaire quelques corrections, et c'est la
leçon rectifiée qui sera employée ici.
Les tables du Cartulaire de Redon nous donnent les noms bretons sous
une forme ancienne que l'on trouve aussi dans le cartulaire de Landévé-
nec. Les noms propres contenus dans les chartes de Beauport nous
transportent à une période plus récente et cependant antérieure aux plus
anciens textes bretons connus, à la Vie de sainte Nonne et au Catholicon
de Lagadeuc. Ils nous fournissent pour l'histoire de la langue bretonne,
à une époque de transition, des renseignements plus sûrs que les preuves
de dom Morice dont les lectures sont toujours sujettes à caution.
Des observations nombreuses que notre recueil pourra suggérer aux
érudits, nous nous bornons à en signaler une.
Le nom de Fragan^ antérieurement Fracan, qui se trouve dans la pré-
sente liste, est identique à celui du père de saint Guénolé. Fracan,
cousin de Catoun, roi de la Grande-Bretagne, quitta sa patrie pour venir
s'établir en un canton inhabité de l'Armorique, avec Guéthénoc et
Jacques, ses fils aînés, et Alba, sa femme, qui lui donna bientôt un troi-
396 Mots bretons dans les chartes
sième fils, Guinguahe, dit aujourd'hui saint Guénolé'. Le nom breton
de Fracan parait identique à l'irlandais Fraocan, nom d'un druide du
vie siècle 2 et d'un personnage mythologique?. La présence d'un nom
irlandais en Grande-Bretagne à l'époque de l'émigration en Armorique
n'a rien d'étonnant. Nennius, ^i '4, donne pour Scots les fils de Liethali
« qui occupèrent le pays des Dimetae, où est la cité de Menavia, lapro-
« vince de Guiher et Cetgueli qu'ils possédèrent jusqu'au temps où ils
« furent chassés de toute la Bretagne par Cunedda et ses fils. » Nennius
revient encore sur ce fait au § 624. M. Whitley Stokes a signalé à l'at-
tention des savants un important texte irlandais s qui confirme l'assertion
de l'historien breton. Quelques-uns des Irlandais établis en Grande-Bre-
tagne sur les côtes qui regardent l'Irlande, se laissèrent entraîner en Gaule
par le courant de l'émigration bretonne. De là le nom de Fracan dans les
cartulaires de Landévénec et de Redon ; de là surtout, dans le Cartulaire
de Redon, le nom de Fili identique au nom commun irlandais file, le nom
de Finitan, en irlandais Finntan*^, le nom de Finius, en irlandais Finne",
dérivé de Finn; le nom de Fredorius qui paraît présenter avec le sens
d'agent une formation identique à celle du nom abstrait vieil irlandais
« frithaire, action de veiller, » aujourd'hui friothaire^. Fredorius vou-
« drait dire celui qui veille. »
Le plus fréquent peut-être de ces noms irlandais, dans le Cartulaire de
Redon, est Finit, dérivé de Finn, Finit dont Finitan est lui-même un di-
minutif. On trouve Finit avec une désinence latine dans les inscriptions
romaines du Norique9. Y aurait-il eu dans ce pays, sous l'empire, quel-
ques émigrés irlandais ou pietés, ou chez quelques personnes une
tendance à prononcer /le v initial comme le faisaient les Pietés, comme
le font les Irlandais ?
A, forme abrégée de l'article dans Kar-a-Buron, 1271, p. 192, et
Kar-a-Burun^ 1239, p. 107; 1241, p. 1 1 1 ; 1242, p. 112. Voyez Am,
E, En.
1. Cartulaire de Landévénec, manuscrit de la bibliothèque de Quimper, f" 11-14; cf.
Morice, pieuves, t. I, col. 176.
2. Annals of the four Masters, édition O'Donovan, t. I, p. 194-195.
}. ibidem, p. 48.
4. Cf. Skene, The four ancient books of Waks, t. I, p. 47, 80.
5. Three irish glossaries, p. xlviii, 29-30; Sanas Cormaic, p. iii; cf. O'Donovan,
Annals of the four Masters, I, 125.
6. Sanas Cormaic, p. iio; cf. O'Curry, On Manners, III, $9-61.
7. O'Curry, On Manners, II, 587.
8. Sanas Cormaic, p. 77.
9. Corpus, 111, 4973, 4975, 5024, 5080, J143, J147, 5172. 5196, 5248, $265, $3<^<',
S344, 5361, 5347, 5392, ni2; cf- Brambach, 1883, el plus bas A ufredus.
de l'abbaye de Beauport. 597
Aanor, nom de femme, 1240, p. 1 10; 1265, p. 167 ; 1267, p. 178,
est une variante d'Azenoria, 1266, p. 175 ; et il désigne la même per-
sonne. Voyez, aussi Adenor, Adenoria^ Aenor, Azenor.
Abat, nom d'homme, 1267, p. 179.
Ade {clausuin) 1279, p. 185.
Adeguisen dans Kar-Adeguisen, 1263, p. 165.
Adem, surnom de Conanus, 1266, p. 171 ; de Hanio, 1269, p. i8j ;
cf. Azem.
Adenor, nom de femme, 1260, p. 1 57 ; 1273, p. 196 ; 1278, p. 20 j,
se trouve déjà au xr siècle dans une charte de Benoît, évêque de Nantes,
Cartulaire de Redon, p. 250, est identique à Adenoria, Azenor, Azenoria,
Aanor, Aenor.
Adenoria, nom de femme, 125 1, p. 193 ; voyez le précédent.
Adgan, nom d'homme, 1 2 5 1 , p. 1 3 3 , se trouve sous les formes Adgan
et Adgant dans des chartes du ixe siècle reproduites par le Cartulaire de
Redon, p. 10, 194, 220, etc.
Adgat dans Ploe-Adgat, 11 98, p. 12; Plo-Adgaî, 1241, p. 110;
1255, p. I42;i258,p. 151; voyez Agat.
Adguen, nom d'homme, 1245, p. 121.
Adyou, nom de femme, 1278, p. 203 ; voyez Aziou.
Aelon dans Gorm-Aelon, 1220, p. 77 ; 1263, p. 166 ; paraît dérivé
d'ael, en gallois « sourcil ». Voyez Ailan.
Aenor, nom de femme, 1245, p. \\8; voyez Aanor, Adenor, Adenoria,
Azenor, Azenor ia.
Agat àam Plo-Agat, 1207, p. 63 ; 1232, p. 93 ; 1237, p. 104;
1241, p. m ; 125s, p. 143 ; 1258, p. 151 ; 1261, p. 159; 1264,
p. 169; 1269, p. 184; Ploi-Agat 1267, p. 65 ; voyez Adgat.
Agoubaici \Eudo', 1202, p. 51.
/l/îfl dans P/o-/l/;^, 1202, p. 48 ; 1206, p. 60; 1207, p. 64; 1230,
p. 87; 123 1, p. 90 ; 1232, p. 92; 1233, p. 96; 1235, p. 99; 1237,
p. ICI, 102; 1245, p. 118; 1253, p. 140; 1255, p. 143; 1257,
p. 147 ; 1261 , p. 163 ; 1263, P- ^^^1 '^7 j 1264, p. 168, 170 ; 1267,
p. 177, 178 ; 1271, p. 193 ; 1287, p. 209 ; 1288, p. 210, 211 ; 1 307,
p. 219. Voyez Azha, Aza.
i4z7o/2 dans Gorm-ailon, 1220, p. 77, paraît dérivé d'ael, en gallois
a sourcil ». Voyez Aelon, Alanus, Alon.
Alanasbacq, surnom de Willelmus, 1242, p. 112. Cf. Lanabasc. Peut-
être doit-on lire Alan-Habasc, « haleine douce ».
Alanus*, 1 184-1 189, p. 12; 1 189 (vidimusde 12 19), p. 9; 1202, p. 48,
$0, 57; 1203, p. 59; 1206, p. $9; 1208, p. 66; 1220, p. 74, 75 ; 1233,
398 Mots bretons dans les chartes
P- 9$7 97; '2M. P- 98; '2^5. P- 100; 1237, p. 101 ; 1238, p. 106;
1239, p. 107, 108; 1243, p. 114; 124$, p. 119, 120, 121; 1247,
p. 124, 125, 128; 125I, p. 134; 1252, p. 134, 136, 137; I2J3,
p. 137, 139; I2S4, P- 140. 14'; 12$ 5, p. 142; 1256, p. 145 ; 1257,
p. 147, 149; 1260, p. 154, 156, 158, 159; 1263, p. 166, 167; 1266,
P- nh '7$ j '267, p. 178, 179 ; 1268, p. 180, 181 ; 1269, p. 184,
185 ; 1270, p. 187, 189; 1271, p. 190, 193 ; 1277, p- 201, 202 ;
1278, p. 203 ; 1284, p. 206; 1294, p. 212 ; 1298, p. 21 5. Ce nom
est fréquent dans le Cartulaire de Redon dès le ix° siècle.
Alanus^ dans Gorm-alanus, 121 1, p. 78, paraît une variante à'Alon.
Alfredus^ nom d'homme, 1 189 (vidimus de 12 19), p. 9. Voyez Au-
fredus.
Aimer [Portas], 1245, P- '21.
Alon dans Gorm-Alon, 1263, p. 166, paraît une variante d'Ailon.
Voyez Alanus.
Alsi dans Kaer-Alsi, 1224, p. 81.
Alvagor, nom de lieu, 1264, p. 167. Voyez le suivant.
Alvaugor, nom de lieu, 1222, p. 78; 1224, p. 80; 1231, p. 89;
1234, p. 98. Yoy e?. Avalgor.
Alveus, nom d'homme, 1202, p, 51; 121 5 p. 71 ; se trouve dans
le Cartulaire de Redon dès le ix^ siècle.
Am, forme de l'article dans .Ker-am-Buron, 1266, p. 173. Voyez
A, En.
Andolet (villa), 1268, p. 177. Voyez Han-gant.
Ar, près de, dans Ar-morium.
Arel, nom d'homme, 1222, p. 78. C'est peut-être le même que Erel-
lus dans Bot-Erelli, ix« siècle, Cart. de Redon, p. 170.
Arellou, nom d'homme, 1257, p. 103, paraît dérivé du précédent.
Argant, dans Kair-Guen-Argant, 1252, p. 136.
Armorium, près de la mer, terme géographique, 1271, p. 188, 191.
Arziou, nom d'homme, 12 17, p. 71.
Arziou (terra), 1260, p. 159.
Audrain [castrum], 1202, p. 50; 1222, p. 79. Voyez le suivant.
Audren dans Run-Audren, 1202, p. 48 ; 1266, p. 171. Voyez le pré-
cédent et les suivants.
Audreni [castrum] 1 184-1 189, p. 8 ; 1206 (vidimus de 1225), p. 62;
1207, p. 64; 1255, p. 142 ; 1259, p. 1 52 ; 1261, p. 162; 1269, 182,
184. Voyez les deux précédents et les deux suivants,
Audroeni [castrum], 125 1, p. 134. Voyez les trois précédents et le
suivant.
de l'abbaye de Beauport. ^99
Audroin {castrum), 12^, p. 99. Voyez les précédents. La forme la
plus ancienne de ce nom de personne dans le CartuUire de Redon, est
Alt-Roen. Le premier terme paraît identique au latin altus et au breton
armoricain .40/ (dans Lagadeuc Aut) « rive ». Le second, dont la forme
la plus complète dans le Carîulaire de Redon est Roiant = Rêganto-s, ne
diffère en rien du breton armoricain moderne roué « roi », écrit encore
roen dans la Vie de sainte Nonne. Le breton Audrain, Audren signifierait
peut-être « Haut Roi «.
Auffredus, nom d'homme, 1260, p. 1 57. Voyez les deux suivants.
Aufredi [villa). 1253, p. 137. Voyez les suivants.
Aufredus, nom d'homme, 1207, p. 63; 1230, p. 88, 89; 1233,
p. ici; 1245, p. 123; 1260, p. I $9. Voyez ^//rg^u5. La forme la plus
complète de ce nom dans le Cartulaire de Redon est Alt-Frid p. 17, 29.
C'est une charte du ix"' siècle qui nous la fournit. Le premier terme
est identique au premier terme d'Audroin : le sens du second [Frid,
plus anciennement Frit) nous est inconnu, bien qu'il se trouve dans des
noms propres composés gallois, et qu'on le reconnaisse dans le composé
Roa-Fritus d'une inscription antique de Ratisbonne [Grammatica celtica,
2*" édition, p. 163!.
Aurillous, nom d'homme, 1271, p. 192, 193.
Autous [villa), 1232, p. 93.
.4 va/gor, nom de lieu, 1244, p. 116; 1253, p. 138; 1264, p. 169.
Voyez Alvagor et les deux suivants.
Avaogor, nom de lieu, 1253, p. 1 37. Voyez Avalgor et Avaugor.
yîv^ugor, nom de lieu, 1233, p. 98; i 243, p. 1 14; 1244, p. 115;
1247, p. 124; 1254, p. 141 ; 1256, p. 146; 1257, p. 147; 1263,
p. 205. Voyez Avalgor.
Aia dans Plo-Aza, 1259, p. 152, 153; 1262, p. 165 ; 1267, p. 178,
179, 180; 1271, p. 187, 191; dans Ploe-Aza, 1453, P- 220. Voyez
Aha, Azha.
Azem, nom d'homme, p. 1271, p. 192. Cf. Adem.
Azenor, nom de femme, 1259, p. 153. Voyez Aanor, Adenor, Aenor.
Azenoria, nom de femme, 1266, p. 175. Voyez Adenoria, Azenor,
Aenor.
Azha dans Plo-Azha, 1264, p. 168. Voyez Aha, Aza.
Aziou, nom de femme, 1247, p. 128. Voyez Adyou.
Azou, nom de femme, 1266, p. 171 ; 1271, p. 189. Voyez Hazou.
Baalou dans Kar-Baalou, 1233, p. 98.
Baelec dans Quaer-en-Baelec, «village du prêtre», 1260, p. 157,
aujourd'hui belec et en gallois balawg.
400 Mots bretons dans les chartes
Bagas, nom de lieu, 1209, p. 67.
Balance, dans Ploe-Balanec, 1267, p. 179; i27i,p. 194; dans P/o-
Balanec, 1268, p. 180; dans Ple-Balanec, 1274, p. 199. C'est une
forme relativement moderne de Banazlec.
Balin, surnom d'Euro, 1233, P- 94-
Banazlec dans Ploi-Banazlec, 1230, p. 88. Voyez Banalec, qui a perdu
le z de la seconde syllabe ; et Balance, où il y a une métathèse, et qui a
perdu le z conservé par le nom d'arbuste halazncn (genêt) dans le Ca-
thoUcon. On dit banadl en gallois, plus anciennement banadil, et en cor-
nique ancien banathel, Grammatica celtiea, 2^ édition, p. 820. Banazlec
veut dire « lieu planté de genêt «.
Banalee dans Plou-Banalcc, 1232, p. 93 ; Ploe-Banalee, 1257, p. 149;
Plo-Banalee, 1239, p. 109; 1240, p. 109; 1242, p. 113; 1250, p. 132;
1255, p. 142. Voyez Banazlec et Fanalcch; comparez Benalec dans Bot-
Benalech, 1224-122 5, Cart. de Redon, p. 350.
Banaleeh dans Plo-Banalech, 125 1, p. 134. Voyez Banazlec.
Barze [\é\, nom d'homme, 1284, p, 206. On trouve le nom de femme
Barza dans une charte du xii'' siècle, 1 1 1 3-1 1 39, Cart.de Redon, p. 325.
Comparez le gaulois latinisé Bardus.
Barvoit [le), nom d'homme, 1272, p. 196, paraît àémédebarv,
« barbe «.
Bec (le), surnom d'Ynisan, 1260, p. 157.
Begar, ahhaye, 1202, p. 50, 57; 1224, p. 82 ; 1247, p. 128; 1264,
p. 168.
Begin [villa], 1260, p. 158; 1269, p. 182.
Belli [villa que dicitur), 1266, p. 176.
Ben, dans le nom de lieu Gwyr-Ben, 1220, p. 73, tient lieu du pri-
mitif pen « bout ». Voyez ce mot.
Bencius, nom d'homme, 1247, p. 128,
Berre{k], surnom d'Herveus, 1257, p. 148; — de Guillelmus, 1257,
p. 149; — de Eudo 1263, p. 164 ; — de Jean, 1267, P- '80. Ce mot
est identique à l'adjectif krr « court ». Voyez le suivant.
Serre [villa), 1271, p. 187. Voyez le précédent.
Bertou, surnom de Guillelmus, 1271, p. 191 ; — de Lucas, 1271,
p. 192 ; nom d'homme, 1284, p. 206. Voy. le suivant.
Bertou [terra], 1287, p. 209, Voy. le précédent.
Série [cruces dé), 1259, p. 153.
Bigniguez [insula), 1214, p. 70. Voyez Biniguet, Binnigneth.
Bihan dans Plo-Bihan, 1202, p. 57, est un adjectif signifiant « petit»
et paraît le même que le suivant.
de rabbaye de Beauporî. 401
Bihen, surnom de Caillou, 1247, p. 126. Voyez le précédent.
Billio {fons , 1253, p. 1 38.
Billon [bascus], 1260, p. 158; 1269, p. 182, 184.
Biniguet (insula de), 1202, p. 48. Voyez Bigniguez et les suivants.
Biniguez [insula dè\, 12 14, p. 70.
Binniguetli [insula de], 1202, p. 45. Voyez Bigniguez et le précédent.
Binniguct paraît le participe passé du verbe binnisien « bénir », mais
Bigniguez ne se comprend pas.
Birsic, nom de lieu, 1271 , p. 194, apparaît comme nom d'homme au
XI* siècle dans le Cart. de Redon, p. 281,, 282.
Bisic, nom de lieu, 121 5, p. 71.
Bizic dans Qnar-Bizic, 1257, p. 149.
Bleiz dans Poil- Bleiz, «trou de loup», 1242, p. 114. Une forme
plus ancienne Bleid, dans Bleid-Bara, Cart. de Redon, p. 18$. Une
forme plus ancienne encore, Bled, est conservée par le dérivé Bledic
même siècle, ibidem, p. 2, 74, 1 36.
Blen-luet [rilla], 1256, p. 143. Comparez le nom d'homme Blen-
Uwet que nous fournissent des chartes du ix'' siècle conservées par le
Cart. de Redon, p. 50, 77-78, 88. Le second terme liwet était déjà
contracté en /ue/ en 1108, Cart. de Redon, p. 333. Le premier terme
Bien est écrit Blin dans Blin-livet en iioi, Cart. de Redon, p. 322. —
Blenhuet est appelé ailleurs Breluet.
Blenou, surnom d'Eudo, 1238, p. 106; — d'Alanus, 1245, p. 119.
Blenou [Herbertus de), 1220, p. 76.
Bocahou, contracté pour Bot-gadou, nom de lieu, 1220, p. 77.
Bocer [\e), nom d'homme, 1284, p. 206.
Bodediec, nom de lieu, 1258, p. 51. Le même que le suivant; paraît
un composé dont le premier terme serait bot.
Bodedieuc, nom de lieu, 1269, p. 184, le même que le précédent.
Bolbal [teneura], 1288, p. 211.
Bolemer [collis], 12 12, p. 68.
Bollemer \mons), 1294, p. 211.
Boloi (Oliverius de), 1202, p. 57.
Boloi (Nobilis de), 1202, p. 58.
Boquen (Le , nom d'homme, 1284, p. 206.
Boquien, abbaye, 1247, p. 128.
Borgone [villa], 1266, p. 113. Voyez Borguein.
Borguen (le), nom d'homme (?), 1220, p. 75.
Borguein [villa], 1266, p. 173. Voyez Borgone.
Borriveit (le), nom d'homme (?), 124$, p. 121.
Rev. Celt. III 28
402 Mots bretons dans les chartes
Boterus, nom d'homme, 1 189, p. 9 (vidimus de 1219).
Bot, «propriété», dans Bocahou, 11 20, p. 77; Boichatou, 1207,
p. 64; Botebolenc, 1245, p. 119; Boterel, 1300, p. 217; Botgadou,
I 198, p. 12.
Bot-cliatou, nom de lieu, 1207, p. 64. Voyez Bocahou, Botgadou.
Bot-ebolenc, nom de Weu, 1245, p. 119.
Bot-erel, surnom de Johannes et d'OUverlus,i 300, p. 217, est un nom
de lieu dans une charte du ix'^ siècle, Cart. de Redon, p. 170.
Bot-gadou, nom de lieu, 1 198, p. 12. Voyez Bocahou, Botchatou.
Brahec [portus], '45 3 ^ P- 220.
Bras, « grand » dans Peliou-Bras, 1231^ p. 90.
Brehant [villa), 1202, p. 48.
Brelemon [villa), 1453, p. 220.
Breluet [villa], 1255, p. 143; 1259, p. 152, Voyez Blenhuet.
Brem dans Kaer-Brem, 1274, P- '99-
Bres dans Kar-Bres, 1242, p. 113.
Bresel « guerre », surnom de Guillelmus, 1271, p. 191, 192 ; 1273,
p. 1 99, se trouve au ix^ siècle dans plusieurs composés et dérivés con-
servés par le Cart. de Redon. Voy. Brisel.
Breselec « guerrier», surnom d'Eudo, 1279, P- 204, paraît sous la
forme Breseloc dans une charte du ix^ siècle conservée par le Cart. de
Redon, p. 38.
Bresiou dans Quaer-Breziou, 1256, p. 145.
fîré? (le), surnom de Gaufridus, 1237, p. 105. Comparez Brit dans
plusieurs composés du ix'' siècle conservés par le Cart. de Redon, comme
Al-Brit, Wen-Brit, etc.
Briach dans Minihi-Briach, 1224, p. 81.
fîn'a/, nom de paroisse, 1244, V- ''6, 117; 1259, p. 153. Voyez
Brihaî.
SnV«c/u^, nom d'homme, 1217, p. 71; 1237, p. 104; 1243, p. 114;
1261, p. 162, 163; 1284, p. 206. C'est une forme latinisée de Brient
dans deux chartes du ix" siècle conservées par le Cart. de Redon, p. 14,
213. La forme la plus ancienne serait Brigantis, thème du pluriel Bri-
gantes, Briganî, d'où est dérivé Briganîia [Grammatica celtica, 2* édition,
p, 798, 845 K Brigant peut être dérivé d'un adjectif gaulois brigos au mas-
culin, briga au féminin, qui signifiait « élevé » et qui était au féminin
employé substantivement dans le sens de « colline », « hauteur» [Gram-
matica celtica, 2^ édition, p. 86). C'est peut-être aussi un nom mytholo-
gique, celui de la déesse Brigit.
Brihat., nom de paroisse, 1252, p. 142. Voyez Briaî.,Brihiat.
de rabbaye de Beauport. 405
fîn/iwf, nom de paroisse, 1214, p. 70 ; 1219, p. 72; 1141, p. 110;
1248, p. 129.
Brisel, <i guerre », surnom de Guillelmus, 1292, p. 211. Voyez
Bresel.
Brinn [clausum dictum] ^ 126?, p. 165.
Brochemer, surnom de Guillelmus, 12^0, p. 88.
Brunaz dans Ker-Brunaz, 1240, p. 109. Voyez le suivant.
Brunaz [villa], 1253, p. 144. Voyez le précédent.
Buron [villa], 1 184-1 189, p. 8. Le même que les suivants.
Buron, dans Kaier-en-Buron^ 1202, p. 47; Quar-cn- Buron, 1263,
p. 167; Ker-am-Buron, 1266, p. 173; Kar-a-Buron, 1271, p. 192.
Voyez le précédent et les suivants.
Burum dans Car-a-Burum, 1202, p. 45. Voyez les précédents et les
suivants.
Burun dans Kar-a-Burun, 1239, p. 107; 1271, p. 192. Voyez les
précédents. C'est sous cette forme que ce nom apparaît dans le Lai du
frêne où Marie de France raconte les aventures d'un seigneur breton
appelé Burun (t. I, p. i $6).
Buziou [villa], 1264, p. 169, 170.
Cad, dans Cad-oualain, 1233, p. 9^'^ Cad-oret, 1298, p. 216, Cad-
vezen^ 1269, p. 184; Cad-uguel, 1237, p. 103; est identique au thème
gaulois, catu veut dire « bataille », est encore écrit cat dans les chartes
du ix^ siècle conservées par le Cart. de Redon. Voyez kad.
Cadiou, surnom à'Eudo, 1255, p. 142; — nom d'homme, 1284,
p. 206.
Cad-oret, surnom de Johannes, 1298, p. 216 ; apparaît déjà sous cette
forme dans charte de 1 124-1 125, Cart. de Redon, p. 351, est écrit Caî-
woret dans les chartes du ix^ siècle conservées par ce cartulaire ; et
paraît signifier « premier dans le combat ».
Cad-oualain, surnom à'Enisanus, 1233, p. 98; est écr\t Cat-wallon
dans le Cart. de Redon et paraît signifier « puissant dans le combat ».
Cad-uguel, surnom d'Eùenne, 1237, p. 103.
Cad-vezen [villa], 1269, p. 184. Ce nom est identique à un nom
d'homme pour lequel le Cart. de Redon donne trois orthographes : dans
des chartes du ix^ siècle Cat-weien, p. 17, 20, 54, 65, 81, 97, etc.,
Cat-wethen, p. 6, 15, 204, 105, dans une charte du xi'' siècle, Cat-gue-
then, p. 231. Le second terme semble identique au breton armoricain
guezn, aujourd'hui gwen, fort, souple, difficile à rompre ; en gallois
gwydn. Si l'on admet cette traduction qui, du reste, n'est pas sans
404 Mots bretons dans les chartes
quelque difficulté, le composé signifierait « souple , vigoureux guer-
rier ».
Caer « village », dans Caer-marhoken, 1264, P- ^^- Voyez Car, Kaer,
Kaier, Kair, Quaer. La forme caer se trouve dans une charte du ix*^ siècle
conservée par le Cart. de Redon, p. 55. Les variantes chacr, kaer, qui
ne diffèrent que par l'orthographe, se rencontrent dans des chartes de
la même époque, ibid., p. 55, 59.
Caer-marhoken, nom de lieu, 1264, p. 168.
Cfl/i?/, nom de lieu, 1271, p. 193.
Cahanergere, nom de lieu, 1246, p. 123.
Cahou, dans Bo-cahou, 1220, p, 77, est identique à Gadou, dans
Botgadou, 1 198, p. 12 ; et à Chatou dans Bot-chatou, 1207, p. 64.
Calenus, surnom de Stephanus, 1307, p. 219.
Cam, nom d'homme, 1257, p. 149. C'est un adjectif, qui signifie en
général « courbé », et qui, appliqué à un homme, veut dire «boiteux ».
Un composé dont cet adjectif est le second terme est Bis-cam « doigt
crochu », nom d'homme dans une charte du ix* siècle conservée par le
Cart. de Redon. Voyez les deux suivants, Cham et gam.
Cam (le), nom d'homme, 1284, p. 206. Voyez le précédent et le sui-
vant.
Cam dans Mais-cam^ « champ du boiteux », 1245, p. 121. Voyez les
deux précédents.
Camiou, nom d'homme, 1 198, p. 12, paraît dérivé de Cam.
Camoel, nom d'homme, 1271, p. 188.
Car pour Caer « village », dans les composés Car-ehoan, 1 2 5 2, p. 135;
Car-laux, 1252, p, 136; Car-moer., 1252, p. 136; Car-rez, 1252,
p. 135. Voyez Quar et Kar.
Cariou, surnom de Guillelmus, 1229, p. 87.
Car-ehoarn (villa de], 1 2 5 2 , p. 135.
Carie, surnom de Conanns, 1247, p. 117.
Car-/aux, nom de lieu, 1252, p. 136.
Car-moer, nom de lieu, 1252, p. 136.
Car-rez {terra de), 1 2 $2, p. 135.
Casec, aujourd'hui kazek, « jument » dans Pol-casec, « fosse, étang de
la jument », 1 160, p. i $7.
Cenon, nom d'homme, 1266, p. 177.
Cham (le), nom d'homme, 1260, 159; — surnom d^Alanus, 1269,
p. 183; paraît une variante orthographique de cam, « boiteux »; se
trouve comme nom d'homme dans deux chartes du xi'' siècle, conservées
parle Cart. de Redon, p. 248, 275 ; et dans une charte du ix^ siècle,
de l'abbaye de Beauport. 405
ibid., nous voyons une saline que vocatur Cliam, probablement «la saline
du Boiteux », à moins que ce ne soit « la saline courbée ».
Chatou dans Bot-chatou, 1207, p. 64. Voyez Cahou, Gadou.
Chequou, nom d'homme, 1260, p. 1 57.
C///tir(fu5, nom d'homme, I27i,p. 192.
Cledier [vilU', paroisse de Ploezec, 1271, p. 186. Ce nom paraît
identique à clezier, en armoricain moderne kleuzier, « fossoyeur ».
Clereziat {Henricus de), 1266, p. 171.
Clezier, dsLTis Kaer-en-Clezier^ 1271, p. 188, 189, paraît identique à
cledier et signifier « fossoyeur ».
Clusiat {Henricus de), 1 2 5 5 , p. 142.
Co pour coet, coit, « bois », dans Co-malouan, 1202, p. 47; Co-mo-
leam, 1202, p. 57 ; co-moloen, 1 184-1 189, p. 9. Voyez coet, coit, cot,
cou.
Coedus, dans Har-coedus, 1257, p. 101, est une forme incomplète de
scoed, « bouclier ».
Coesel [molendinum] , 1202, p. 51.
Coet, « bois», dans Coet-Leran, 1268, p. 182 ; Coet-Lerien, 126^,
p. 167. Cette variante de coit se trouve déjà dans des chartes du ix» s.
conservées par le Cart. de Redon : Lis-coet, p. 6 ; Coet-Haeloc, p. 88 ;
Coet-Boi, p. 145. Voyez coit, cot, quoet.
Coet-Leran, nom de lieu, 1268, p. 182. Voyez le suivant et Coit-
Leriau.
Coet-Lerien, nom de lieu, 1263, p. 167. Voyez le précédent et Coit-
Lerian.
Coffec, « ventru», surnom d'Herscodus, 1263, p. 165.
Cofon, surnom d'Urvoediis, 1267, p. 178. Voyez Co/)/ion. Ces noms
paraissent dérivés, comme le précédent, de cof, « ventre ».
Cohignac, paroisse, 1220, p. 75 ; 1240, p. 109. Voyez les suivants
et Couhignac.
Cohinac, 1237, p. 103; 1243, p. 114. Voy. le précédent et les sui-
vants.
Cohinnac, ii^j, p. 125. Voyez les précédents et le suivant.
Coignac, 1254, p. 141 ; 1264, p. 170.
Co//, « bois », dans Co//-£rcc, 1245, p. 119, 120; 1246, p. 126;
1272, p. 196; Coit-Lerian et Coit-Lerien, 1245, p. 120; Coit-Main,
1254, p. 147; Coit-Maloan, 1247, P- ^28; Coit-Marrigou, 125 1,
p. 133 ; Coit-Saliou, 1247, p, 127. Cette variante de coe/ se trouve dans
une charte du ix*" siècle conservée par le Cart. de Redon, où on voit le
nom de lieu Coit-Louk, p. 87. Voyez coet, cot^ quoet, goit.
406 Mots bretons dans les chartes
Coit-Erec [insula de], i24<), p. 119, 120; 1247, p. 1 26 ; Coit-Erec
[de], surnom d'homme, 1272, p. 196.
Coit-Lerian, nom de lieu, 1245, p. 120. Voyez Coet-Leran et le sui-
vant.
Coit-Lerien, nom de \k\i, 1245, p. 120. Voyez le précédent et Coef-
Lerien.
Coit-Main, « bois de la pierre, » 1257, p. 147.
Coit-Maloan, abbaye, 1247, p. 128. Voyez Co-Malouan.
Coit-Marrigon, nom de lieu, 1251, p. 133.
Coit-Saliou, nom de lieu, 1247, p. 127. Voyez Quoet-Saliou.
Coituez, 1243, p. 115.
Colaieu [villa], 1241, p. 111,
Coliou, nom d'homme, 1222, p. 78; 1246, p. 125.
Collio, surnom de Jacutus, 1237, p. 104.
Colbet (terra), 1258, p. 149; — [villa], 1266, p. 176; 1287, p. 209.
Voyez le suivant.
Colloit, lieu dit, 1251, p. 90. Voyez le précédent.
Co-Malouan, abbaye, 1202, p. 47. Voyez Coit-Maloan, Cot-Maloan
et les suivants.
Co-Moleam, abbaye, 1202, p. 57 ; voyez le précédent.
Co-Moloen, abbaye, 1 184-1 189, p. 9. Voyez les deux précédents.
Conani (l'illa), 1233, p. 98.
Conanus, nom d'homme, 1 189 (v/A'mui de 1229), p. 9; 1202, p. 45,
49, 51 ; 1203, p. 59; 1214, p. 70; 1220, p. 73, 74; 1232, p. 92 ;
1233, p. 96; 1243, p. 11$ ; 1247, p. 127; 1250, p. 132 ; 12 $3,
p. 139; 1254, p. 140; 1260, p. i$6; 1263, p. 166; 1266, p. 171,
172, 174; 1269, p. 18$ ; 1271, p. 187 ; 1294 p. 212. Conanse trouve
dans plusieurs chartes du ix'= siècle conservées par le Cart. de Redon et
parait dérivé du thème cuno « haut » signalé dans quelques mots
gaulois.
Conet, surnom de Gaufridus, 1288, p. 21 1 ; paraît signifier u élevé ».
Comparez le gallois coned.
Cophon, surnom de Gaufridus, 1 307, p. 219. Voyez Cofon.
Core, « nain », surnom d'Oliverius, 1257, p. 149. Voyez Corre.
Corellou, dans Run-en-Corellou, « colline des danses «, 1271, p. 193.
Corentin, nom d'homme dans Quemper-Corentin, 1247, p. 128. Ce
nom est écrit Courentin dans des litanies conservées par un ms. de Saint-
Martial de Limoges du xi*^ siècle, Bibl. nat., lat, 1 1 54.
Corre (le), « le nain », surnom de Gaufridus, 1245, p. 120; —de
Guillelmus, 1284, P- 206. Voyez Core et Gor.
de l'abbaye de Beauport. /^y
Corne (Doetum de), 125 j, p. 1 38. Voyez les suivants.
Correciaqna de), 1245,9. ^-Oi '264, p. 168. Voyez le précédent
et les suivants.
Corroc (aqua de\, 1202, p. 48. Voyez les précédents et le suivant.
CoTTOc {castrum de), 1282, p. 47. Voyez les précédents.
Cosîiou [orius], 1264, p. 168; 1266, p. 176; 1267^ p. 178.
Cot, dans Cot-Maloan, 1 198, p. 12. Coet, Caii, Quoeî, Cou.
Cot-Maloan, ahhaye, 1198, p. 12. Voyez Co-Malouan, Coiî-Maloan,
Cou-Malean.
Cou pour Coit, Coet dans Cou-Malean, 1245, p. 1 18.
Couffou [iurris]. 1453, p. 220.
Couhiniac, paroisse, 1220, p. 75. Voyez Cohignac.
Cou, dans Cou-Malean, « bois ». Voyez Coet, Coit, Cot.
Cou-Malean, abbaye_, 1245, p. 118. Voyez Co-Malean.
Coystou ou Coyston, surnom de Menguidus, 1294, p. 212.
Coz, vieux, dans Coz-Quaer, 1259, p. 155. Voyez Koz.
Coz-Quaer, vieux village, 1259, p. 153. Voyez Koz-Kaer.
Crée [le), surnom de Guillelmus, 1259, p. 153.
Cref (le), « fort », surnom de Gauzun, 1247, p. 126.
Crenen, nom de femme, i2-i,p. 188.
Crimaut [collis<, 1212, p. 68 ; — [mons], 1294, p. 211.
Crois « croix » dans Kaer-Crois, 1 124, p. 81..
Croum lie), « courbé », 1271, p. 191.
Croz dans Kaer-Croz, 1239, p. 108.
Cruckaen {perreria de], 1271, p. 186. Voyez le suivant.
Crukaen {lapidicina de), 1278, p. 202. Comparez Crugel, «monceau».
L'un et l'autre paraissent dérivés de Crue [acervus], Cartulaire de Redon,
p. 198.
Cuf, dans Guen-cuf, 1271, p. 188 ; aujour'd'hui kun, « doux, bon,
aimable ».
Daiou [tenementum) , 1202, p. 51.
Danet ^molendinum), 1222, p. 78. Milin-danet, « moulin brûlé ».
Voyez Tanet.
Davi, surnom d'Eudo, 1284, p. 286.
Def [le], 1287, p. 209, « gendre, beau-fils » ; dan en vannetais mo-
derne; dof en vieux comique ; deuff dans le Caîholicon de Lagadeuc ;
surnom d'Eudo.
Deher (le), nom d'homme, 1284, p. 206.
Dm'^nw, nom d'homme, 1232, p. 92; 1257, p. 148; 1276, p. 199;
1277, p. 201 ; 1279, p. 204. Ce nom, qui se trouve au ix" siècle sans
4o8 Mots bretons dans les chartes
flexion casuelle, c'est-à-dire sous la forme Derian dans une charte con-
servée parle Cart. de Redon, p. 2, peut être le même que le suivant.
Derien, 1205, p. 59, paraît identique à Dergen qui se trouve dans une
charte du ix" siècle conservée par le Cart. de Redon p. 46 et serait une
forme néo-celtique d'un composé gaulois qui pourrait se restituer ainsi :
Dervo-genos, « fils du chêne » \Grammatka celtica, 2^ édit., p. 1 36, 1 57,
140). Voyez Derianas et le suivant.
Deryen, 1 305, p. 218. Voyez le précédent.
Dialgarz (pratum) , 1 2 5 1 , p. 133.
Die [aqua dicta], à Plouezec, 1273, p. 202.
Dic dans Port-Dic, 1266, p. 60. Cette étymologie peut être contestée
et Pordic venir de Port-Ic. Voyez Yc.
Die {terra que vocatur], 1271, p. 186.
Diguezat, « tardif f>, nom d'homme, aujourd'hui divezat, 125 3, p. 1 58.
Dimanac, nom d'homme, 1189 [vidimus de 1219K p. 9; 1257,
p. 147 ; surnom de Gaufridus, 1202, p. $7.
Diviet, nom d'homme, 1268^ p. 182.
Dinan, nom de ville, 1247, p. 128.
Divez, « fin », dans Leis-Divez, « cour de la fin », 1245, p. 119.
Doetum, « cours d'eau » [doetum de Correc)^ 1253, p. 138. Voyez
Carrée, Corroc.
Dohal (villa), 1228, p. 86.
Dollou, surnom d'Eudo, 1255, p. 140; 1254, p. 141.
Domiou (terra), 1278, p. 203.
Dran, dans Ple-Dran, 1307, p. 219.
Du (le), « noir «, surnom d'Eudo, 1239, p. 108.
Duant, surnom d'Eudo, 1269, p. 184.
Duel {villa], 1253, p. 140; 1266, p. 173.
Duilas, surnom de Rivallonus, 1266, p. 171.
E employé pour l'article en dans les composés. Voyez Ehoarn, Emen ;
comparez a.
Ebolenc dans Bot-Ebolenc, 1245, p. 119.
Ehoarn, dans Car-Ehoarn, 1252, p. 135; et Kaer-Ehoarn; 1271,
p. 190. Voyez Yhoarn. Ve initial est peut-être un débris de l'article :
E-hoarn pour En-Hoarn voudrait dire « Le Fer » et serait un nom
d'homme. Hoiarn, « Fer » se trouve comme nom d'homme dans le
Cart. de Redon.
Emen, dans Quar-Emen, 1263, p. 167. Ve initial est peut-être un
débris de l'article : E-men pour En-maen voudrait dire « La Pierre » et
de l'abbaye de Beauport. 409
sérail un nom d'homme. Maen, pierre, se trouve comme nom d'homme
dans le Car t. de Redon.
En, article, dans Kaicr-en-Buron^ 1202, p. 47 ; Kar-en-Goiz, 1239,
p. 109 ; Quaer-en-Baelec, 1260, p. 1 57 ; Quenkis-en-Roch, 1 261 , p. 163 ;
Qnar-en-BuTon, 1263, p. 167; Quar-en-Marec, 1264, p. i6c); Kar-en-
A/^rcc, variante du même nom, ibid. ; Kaer-en-Clezier, i27i,p. 188,
\Sc); Run-en-Corellou, 1271, p. 193; Kaer-en-Sac, 127^, p. 199; En-
Pelvet, nom de lieu, 1287, p. 209.
Enn, article, dans Kermaria-enn-Estic, « Notre-Dame-du-Rossignol »,
nom d'un village en 1453, P- 220.
En-Pehet, nom de lieu, 1287, p. 209.
Enec, dans Trev-Enec, 1240, p. 110. Voyez Enoc.
Enech, dans Trev-Enech^ 1224, p. 81 ; 1225, p. 83, est une variante
orthographique du précédent. Voyez Enoc.
Enes, a île », dans Guerg-Enes, 1202, p. 48. Voyez Ynis.
Enoc, dans Trev-Enoc, 1231, p. 91 ; 1277, p. 202, est employé
comme nom d'homme dans trois chartes du Cart. de Redon. Voyez
Enec, Enech.
Enisan, -nom d'homme, 1233, p. 97. Voyez les suivants et Inisan.,
dérivés d'inis., « île ».
Enisanus, 1253, p. 98, 1239, p, 107 ; 1242, p. 113. Voyez le pré-
cédent et le suivant.
Enisen, nom d'homme, 1231, p, 90 ; 1264, p. 169. Voyez les précé-
dents.
Erel, dans Bot-Erel, 1300, p. 217,
Erec, dans Coit-Erec, 1245, p. 119, 120; 1247, p. 126; 1272,
p. 194.
Escoblel, surnom de Rivallonus., 1253, p. 140.
Escomarc, dans Garz-Escomarc, 1259, p. 152. Escomar, qui a perdu
le c final, figure comme nom d'homme dans une charte du xi^ siècle
conservée par le Cart. de Redon, p. 316. Escomarc est peut-être employé
pour scoid-marc, « épaule de cheval », avec un e prosthétique qu'on
trouve au xu" siècle dans le mot ester, aujourd'hui ster, « rivière »,
Cart. de Redon, p. 293. Cf. Dicî. top. du Morbihan, p. 286, col. 2.
Esquenor, nom d'homme, 12 51, p. 134; surnom à'Alanus, 1269,
p. 184, paraît identique au breton moderne heskenner., « scieur », en
vannetais Herquennour.
Esquiniolec, nom de lieu, 1266, p. 177.
Estic, « rossignol », dans Kcr-Maria-en-Esîic, 1266, p. 177.
Eudo , -onis ^ nom d'homme. 1202, p. 48, 50, 51, 1203, p. 59;
410 Mots bretons dans les chartes
1206, p. 60; 1214, p. 70; 1215, p. 71 ; 1220, p. 77; 1221, p. 78;
1224, p. 81, 82; 1229, p. 89; 1230, p. 89; 1231, p. 90, 91 ; 1233,
p. 94, 98; 123$, p. 99; 1237, p. 103 ; 1238, p. 106; 1239, p. 108,
109; 1241, p. iio; 124$, p. 118; 1246, p. 123; 1247, p. 126;
12 51, p. 133 ; 12$ 3, p. 138 ; 1259, p. 141 ; 125 5, p. 142 ; 1256,
p. 143, 146; i2$7, p. 149; 1259, p. 156; 1260, p. 157; 1261,
p. i$9; 1263, p. 164, 165, 167 ; 1264, p. 169; 1266, p. 172, 176,
177, 1268, p. 180; 1269, p. 148; 1270, p. 185; 1271, p. 190;
1273, p. 198; 1279, p. 204; 1288, p. 210; 1301, p. 2ij;Eudon,
dans le Cart. de Redon. Ce mot serait, paraît-il, composé de deux
termes : ï° eu = avi, «actif, diligent»; 2" don qui pourrait être le
gaWoh davon, doniau, « don, vertu, grâce », et le vieil irlandais c/i/2,
« don, adresse, habileté » (Grammatica celtica, 2eédition, p. 16, 82, 93).
Eveni [portus]^ 1260, p. 156. Voyez Evenus.
Eveno, nom d'homme, 1 2 5 1 , p. 133; parait une variante du suivant.
Evenou, nom d'homme, 1233, p. 96. Voyez le précédent et Evenous.
Ils paraissent tous deux dérivés d'Even[us].
Evenous, nom d'homme, 1233, p. 97. Voyez Evenou.
Evenus, nom d'homme, 1260, p. 158; 1264, p. 169; 1266, p. 174,
175 ; 1269, p. 183 ; Ewen, Ewon, Ewenus, dans le Cart. deRedon^ paraît
signifier « actif, diligent ». Gramm. celt., 2" édition, p. 82.
Ezec, dans Plo-Ezec, 1220, p. 73; 1261, p. 162; 1271, p. 188,
192, 193, 194; 1278, p. 202, 203. Voyez Ezoc, Hozoc., Hozec, Ozec.
Ce nom propre d'homme parait identique à l'adjectif gallois, heddog,
« tranquille, calme », dérivé à'hawdd., « aisé, facile ».
Ezoc.^ dans Plo-Ezoc^ 1274, p. 199. Voyez Ezec.
F^/ver, nom d'homme, i29i,p. 191.
Farau, dans Kenec-Farau., 1269, p. 185.
Fichou, nom d'homme, 1231, p. 90; 1284, p. 206; surnom de Rnel-
lanus., 1277, p. 202.
Flo (le), nom d'homme, 1237, p. 103 ; surnom de Donwallonus dans
une charte du commencement du xii% conservée par le Cart. de Redon,
p. 3 3 3 ; est écrit floch et traduit par « écuyer » dans le Catholicon de
Lagadeuc ; a perdu ici la gutturale spirante conservée par le dérivé
Flo hic.
Flochir, nom d'homme, 1263, p. 165.
Flohenan [Le], nom d'homme, 1237, p. 103, parait un dérivé de
Flo[h].
Flohic (le), « petit écuyer », 1232, p. 93, diminutif de Flo[h].
For, dans Kaer-For, 1237, p. 104.
de l'abbaye de Beauport. 411
Foulmachon, surnom de Guillelmus, 1264, p. 170.
Fragiin, dsins Plou-Fragan, 1250, p. 87. Ce nom d'homme se trouve
sous la forme plus ancienne Fracan dans une charte du w^ siècle conser-
vée par le Carî. de Redon, p. 6. C'est un diminutif de Frac [Grammaîica
celtica, 2^ édition, p. 297).
FravaU dans Kaer-Fraval, \2'](), p. 204, paraît identique à Framval,
nom d'homme qui se trouve dans plusieurs chartes du ix'^ siècle conser-
vées par le Cart. de Redon. Fram-val serait composé de deux termes :
jram peut être le même que gallois /rcîu, « torrent», val adjectif qui a la
même racine que le latin valere et que l'armoricain gallouî^ « pouvoir ».
Fredoule [villa], 1277, p. 202.
Gac (le), « Le Bègue », surnom de Tcngui, 1235, P- 'O'-
Gach (le), surnom de Teingui, 1235, p. 98. Le même que le précé-
dent.
Gadou^ dans Bot-gadou, 1 198, p. 12. Voyez Cahou, Chatou.
Gai (le), « Le Français », nom d'homme, 1223, p. 79; 1224, p. 80;
1234, p. 99; 1238, p. 106; 124$, p. 117; 1251, p. 133; 1256,
p. 143; 1260, p. 158; — surnom de Galterus, 1263, p. 167; de
Guillelmus, 1259, p. 1 52 ; de Rolandus ou Rollandus, 1255, p. 143 ;
1259, p. 152; de Willelmus, 1266, p. 177.
Galaes, surnom de Willelmus, 1220, p. 77.
Galver [le], « celui qui appelle», 1279, p. 204.
Gam, dans Gargam, 1288, p. 210. Voyez Cam.
Gamp, dans Gin-Gamp, 1202, p. $ i ; Guem-gampus, 1298, p. 215 ;
Guen-gampus, 1198, p. 12; 1306, p. 216; Guin-gamp, 1224, p. 80;
1234, p. 99; Guin-gampus, 1224, p. 81 ; 1247, p. 128 ; Guyn-gampus,
1277, p. 201 ; paraît identique au latin campus.
Gan, dans Trev- Gan, 1229, p. 87 ; est peut-être le même que le sui-
vant.
Gant, pour cant, « blanc », dans Han-ganî, 1267, p. 177 ; peut-être
aussi dans Adganî.
Gar, « jambe », dans Gar-gam, 1288, p. 210.
Gar-gam, « bancal », surnom d'Eudo, 1288, p. 210.
Garset, surnom d'Eudo, 1229, p. 87.
C(2rz, « haie », dans Dial-Garz, 1251, p. 133; et Garz-Escomarc,
1259, p. 152.
Gasîel, dans Tre-gastel, 1267, p. 178; paraît identique au latin cas-
tell um.
Gaudou, nom d'homme, 1230, p. 87; 123 1, p. 90. Comparez le
breton armoricain gaoden, gaodreer, terme de mépris.
412 Mots bretons dans les chartes
Gauzun, nom d'homme, 1 247, p. 1 26. Comparez le breton armoricain
moderne gaozan, « mite ».
Gaznou, dans Ploi-Gaznou, 1257, p. 148; parait identique au gallois
cadnaw, v renard )>.
G^^ou, nom d'homme, 1252, p. 135; 1267, P- 179, Voyez y^gou,
Jegou. Tous ces noms paraissent une variante de Jacob.
Geineff, surnom de Conanus, 1220, p. 73.
Gemesc, dans Kaer-Gemesc, «village du mélange «, 1271, p. 193.
Voyez Kemesc.
Geziquael, forme moàerxïe de Jedïchael, dans Quaer-Geziquael, 1256,
p. 145. Jedic-hael, dans une charte du x'' siècle conservée par le Cart.
de P.edon, p. 184. Voyez Giziquael.
Gibas, surnom de Ruaient, 1202, p. 50.
Gidus, dms M en-gidus, 1253, p. 137. Voyez Guidas.
Gin, dans Guin-gamp, 1202, p. 50. Voyez Gain.
Gingamp, 1202, p. 50. Voyez Guingamp.
Giziquael, dans Quar-Giziquael, 1257, p. 147, Voyez Geziquael.
Glast [villa], 1243, p. 1 14; ce mot figure comme nom d'homme dans
une charte du x^ siècle conservée par le Cart. de Redon, p. 309.
G/au, nom d'homme, 1245, p. '^o; 1253, p. 137; 1265, p. 170;
xiii*^ siècle, sans date, p. 220; — surnom d'Hamo, 1265, p. 171 ; —
[villa], 1 2 58, p. 1 5 1 ; parait identique au gallois Glcw, « brave, vaillant »,
qui se trouve aussi en comique ; voyez G/e, Gleu. Il me parait peu vrai-
semblable qu'on doive reconnaître dans ce nom l'armoricain glau, glao,
« pluie ».
Gle, dd.r\s Gle-Marec, 1189 [vidimus de 1229I, p. 9; i24j,p. 119,
120; Gle-Marocus., 1220, p. 73, 1252, p. 135, 136; 1254, p. 140;
1267, p. 179; 1268, p. 180, î8i ; 1284, p. 206: parait identique à
Glau, Gleu.
Glee [villa], 1228, p. 86.
Glehedic [villa]., 1259, p. 152.
Glc-Marec, « brave cavalier », 1189 {vidimus de 1219I, p. 9; 1245,
p. 119, 1 20 ; est une forme plus moderne de Gle-Marhoc ou Gle-Marhuc,
seules formes usitées dans le Cart. de Redon.
Gle-Marocus, forme archaïque latinisée de Glc-Marec, 1220, p. 73 ;
1252, p. 1 34, 1 36; 1254, p. 140 ; 1267, p. 179 ; 1268, p. 180, 181;
1284, p. 206. Voyez Gleu-Marocus.
Gleu, « brave, vaillant », nom d'homme. 1271, p. 188, 193 ; xiir s.
p. 220; — dans Gleu-Marocus, 125 1, p. 133; Quaer-Glcu, 1267,
p. 179 ; Run-Gleu, 1268, p. 182 ; variante de Glau. Voyez Gle.
de l'abbaye de Beauport. 41 j
Gleu-Marocns, i<^ brave cavalier», 1251, p. 153. Cette variante de
Cle-Marcc et de Gle-Maroc a conservé la lettre finale du premier terme
que le même composé a déjà perdue dans le Cart. de Redon.
Godelin, paroisse, 1202, p. 51; 1203, p. 59; 1221, p. 77; 1222,
p. 79; 1224, p. 81, 82 ; 1276, p. 199 ; 1277, p. 201. Voyez Godelina,
Godeline, Godelin.
Godelina., paroisse, 1232, p. 93 ; 1238, p. 104; 1239, p. 108; 1256,
p. 145 ; 1261, p. 162, 163 ; voyez Godelin, Godeline.
Go^e//ne, 1207, p. 64; 1217, p. 71 ; 1220,76,77; 1222, p. 79;
1224, p. 80, 82.
Godenonus, nom d'homme (saint Goueno), 1 300, p. 217.
Goclou [pays de), 126 1, p. 163 ; 1 305, p. 218. Voyez Goilou.
Goelovia (pays de), 1266, p. 175. Voyez Goilou, Golovia.
Goeon, surnom de Gnido, 1257, p. 147 ; 1258, p. 1^1.
Go/^le), « Le Febvre », « le forgeron », 1237, p. 103.
Gohelmar {jornellum terre qui vocaîur) .
Goies, nom d'homme, 1245, p. 118.
Goilo (pays de), 1206, p. 60. Voyez Goilou, Goylo.
Goillou (pays de), 1252, p. 135, 136. Voyez Goilou.
Co/7ou (pays de), 1 184-1 189, p. 8 ; 1202, p. 49, 50, 1203, p. J9,
1206, p. $9, 60, 61 ; 1207, p. 63 ; 121 ^, p. 71 ; 1237, p. 102 ;
1239, p. 107, 109; 1241, p. II 1 ; 1242, p. 112 ; 1244, p. 116; 1245,
p. 117, 119, 120, 121 ; 1246, p. 123 ; 1247, p. 12$, 127 ; 1254,
p. 140; 1268, p. 182. Voyez Goelou, Goelovia, Goilo, Goillou, Goloia,
Golovia, Golovya, Goloya, Goylo, Guoilou.
Goit, pour coiî, « bois », dans Quaer-Goit, 1246, p. 145, et Qiz^r-
Goit., 1257, p. 147, « village du Bois ».
Goiz, (.( ruisseau », dans Kar-en-Goiz, 1239, 109.
Goloia (paysdei, 1202 (vj^^/mu^ de l'année 1275), p 48; 1229, p. 87;
123$, p. ICI ; 1 241, p. m; 1247, p. 129; 1251, p. 132 ; 1252,
p. 134; 1253, p. 137; i2$6, p. 144; 12^9, p. 152, 153 ; 1260,
p. 1 57, 158; 1261, p. 162 ; 1263, p. 164, 167; 1264, p. 168, 169 ,
1266, p. 172, 174, 176; 1267, p. 178, 179; 1268, p. 180, 181;
1269, p. 183, 185; 1271, p. 186, 188, 189, 191, 192, 193, 194;
1273, P- 197; '274, p. 199; 1278, p. 202, 203; 1280, p. 204;
1288, p. 210. Voyez Goilou, Golouia, Goloya, Guoloia.
Golouia on Golo\ia [pays de), 1244, p. 116; 1257, p. 48 ; 1259,
p. 152, 153; 1264, p. 169; 1266, p. 173, 176; 1267, p. 179, 180;
1271, p. 186, 187, 192, 1287, p. 209 ; 1294, p. 212 ; 1295, p. 213.
Voyez Goilou, Goloia.
414 Mots bretons dans les chartes
Golouya, ou Golovya (pays de), 128^, p. 20s.
Co/o}ïi (pays de), 1263, p. 165; 1268, p. 180; 1271, p. 188, 189,
191 ; 1277, p. 201, 202 ; 1279, p. 204 ; 1280, p. 204; i 284, p. 205;
1288, p. 21 1 ; 1296, p. 214.
Gomar, dans Tre-gomar, 1252, p. 140.
Gommoer, dans Tre-Gommoer, 1235, p. 100.
Gommor, dans Tre-gommor, 1233, p. 95.
Cor, particule augmentative, dans Cor-M^e/on, 1220, p. 77 ; 1263,
p. 166 ; Gor-Mailon^ 1220, p. 77; Gor-Malanus, 1221, p. 78 ; Cor-
Malon, 1 263, p. 166.
Cor, dans K^er-Gor, 1260, p. i $4, et /Cer-Gor, 1273, p. 166, paraît
identique à cor, « nain ;>, écrit plus haut core et corre, et employé
comme nom d'homme.
Gorec île), « lent », nom d'homme, 1237, p. 105. Voyez Gorrec.
Gorien, nom d'homme, 1263, p. 166; le même que Wor-gen, qui
figure dans des chartes du ix** siècle conservées par le Cart. de Redon,
p. 32, 131, et que Wor-ien, ibid.^ p. 196.
Gortou [terra]^ 1272, p. 198 ; — surnom de Rualenus, 1232, p. 91,
est identique au gallois gorith, « fantôme ».
Gorla, dans Lan-Gorla, 12 56, p. 143.
Gorm, «brun », dans Gorm-aelon^ 1228, p. 77; Gorm-alanus, 1221,
p. 78; Gormailon, 1220, p. 77.
Gorm-aelon, « aux sourcils bruns », nom d'homme, 1220, p. 77 ;
1263, p. 166, Worm-haelon, et Wurm-haellon, Wurm-haelon dans des
chartes du ix" siècle conservées par le Cart. de Redon. Le premier terme
paraît identique au gallois gwrm, « brun foncé », le second paraît
dérivé du gallois ael « sourcil » . L'h initial du second terme dans le
Cart. de Redon provient d'un rapprochement étymologique erroné avec
l'adjectif /!^f/, « généreux ».
Gorm-ailon, nom d'homme, 1220, p. 77. Voyez les précédents et les
suivants. Ce nom est écrit Gnrm-aikn dans des chartes du x'' siècle con-
servées par le Cart. de Redon, p. 224.
Gorm-alanus, nom d'homme, 1 121, p. 78. Voyez les précédents et le
suivant.
Gorm-alon, nom d'homme, 1263; p. 166. Voyez les précédents.
Gorman, nom d'homme, 123 1, p. 90.
Gorrec, « lent », nom d'homme, 125 3, p. 1 37 ; 1271 , p. 192.
Goryou [villa], 1277, p. 201. Voyez Goriou.
Gouriou, nom d'homme, xiiT' siècle, p. 220.
Gourech [villa], 1233, p. 97.
de l'abbaye de Beauport. 4 1 5
Gouyat, aujourd'hui Gn'iad, «toile «, surnom d'Alanus, 1275, P- '96-
Gouzier, dans Kar-Gouzier, 1232, p. 93.
Gozegec, surnom deGaufridus, 1258, p. 149.
Govenan [terra], 1245, p. 121, paraît un dérivé de gof, « forgeron ».
Goyld (pays de), 1266, p. 125. Voyez Goilo.
Goziocli ou Goziohc, dans Kaer-Goz/oc/j ou Kaer-Goziohc, 1242, p. 112,
113.
Grec (le), surnom de Gaufridus^ 1 164, p. 168, Cemotsignifie «grec»
dans le Catholicon ; en breton de Léon grek, « femme », est une forme
contractée de gruec qui se trouve seul dans le Catholicon. Mais comme
cette forme contractée se rencontre concurremment avec la forme non
contractée dans le Grand Mystère de Jésus (p. 14, col. 2 ; cf. p. 21 $) et
dans le Vocabulaire cornicjue, on peut croire que le surnom grec signifie
ici « femme » ; l'article aura été mis au masculin parce que l'article
breton dont il est la traduction n'a pas de genre.
Grisien, dans Kaer-Grisien, 1287, p. 209, est probablement un nom
propre d'homme commençant par K ; ce ne peut être le substantif Gri-
sien, « racine », qui, au xiii'' siècle, devait s'écrire avec un ii ou un z au
lieu de 1'^ moderne et qui est écrit avec un z : Gruizyen dans le Catho-
licon.
Grock., dans Kar-Grock, 1242, p. 1 1 3 , est peut-être le breton moderne
kroh, krog, en français croc, qui se trouve dans le Catholicon.
Groezengrap [fons), 1287, p. 209.
Guall, dans Tutt-guall, 1305, p. 218, est écrit Wal dans le même
composé, Tud-wal ou Tut-wal au ix*" siècle, suivant l'orthographe suivie
par les chartes de cette date que le Cart. de Redon nous a conservées.
Ce mot paraît signifier puissant.
Guallen, dans Kad-Gallen, 1273, p. 186, écrit Cat-wallon dans les
chartes dujx*' siècle que le Cart. de Redon nous a conservées. Ce mot
est dérivé de Gual = vell et paraît identique au gaulois Vellaunos.
Guallou, surnom d^Herveus, 1233, p. 96 ; paraît dérivé de Guall.
Guarai, dans Ran-Guarai, paraît une variante de c'hoari, « jeu «, en
vieux gaWo'is guaroi 'voyez Grammatica celtica, 2'^ édition, p. 124).
Guario, nom d'homme, 1227, p. 104.
Guazec, dans Tre-guasec, 1266, p. 175, 176.
Gueguen, nom d'homme, 123 1, p. 89, paraît identique à Wecon,
Wicon, Guegonei Guigon qui se trouvent dans des chartes du ix« siècle
conservées par le Cart. de Redon. Voyez Guegonus, Guigan.
Guegonus, nom d'homme^ 1238, p. 10$. Voyez Gueguen, Guigan.
Guehenec, nom d'homme, 1 184-1 189, p. 8. Voyez le suivant.
4i6 Mots bretons dans les chartes
Guehenocus, nom d'homme, 1245, p. 121 ; 1269, p. 183. Cette forme
se trouve dans les chartes les plus récentes du Cart. de Redon. Les plus
anciennes sont Guethenocus, Wethenoc, Wetenoc. Voyez Cad-vezen, Cue-
henec, Guihencc, Vezen.
Guelgovaez, nom d'un pré, 1258, p. 52.
Guem, dans Guem-gampus, 1298, p. 215, est une variante orthogra-
phique de G lien.
Guem-gampus^i nom de ville, 1298, p. 21 ^. Voyez G uen-gamp us, 1298,
p. 21$.
Guemou, dans Run-Guemou, 1278, p. 203.
Guen, « blanc », dans Guen-argant, 1252, p. 136; Guen-cuf, 1271,
p. iSB> ; Guen-gampus, 1198, p. 12; 1306, p. 229; Maen-Guen, 1260,
p. 156; 1268, p. 180; Guen (le), surnom de Colinus, 1269, P- '^4j
d'Eudo, i 301, p. 217. Voyez Guin.
Guen-argant, « blanc comme de l'argent », ou simplement « argent
blanc » ; nom d'homme dans Kair-Guenargant, 1252, p. 1 36.
Guen-cuf, nom de femme ; paraît signifier « beauté aimable » en don-
nant au mot gwen, « blanc », le sens dérivé de « beauté » qu'il a en
gallois. Comparez le comique Win-cuf, Revue celtique, t. I, p. 45.
Guen-gampus, «champ blanc», nom de ville, 1198, p. 12; 1306,
p. 229. Voyez Guin-gamp.
Guennou, nom d'homme, 1267, p. 179. Voyez Guenou.
Guenoit, dans Plo-guenoit, 1230, p. 88.
Guenou, nom d'homme, 1232, p. 92; 1268, p. 180.
Guerg, dans Guerg-Enes, 1202, p. 48. Voyez Guirv.
Guerg-Encs, nom d'ile, 1202, p. 48. Voyez Guirv-Inis.
Gueznol, nom d'étoffe, 1245, p. 118,
Gui, dans Main-Gui, 1222, p. 78; 1247, p. 128; Men-Gui, 1245,
p. 120; Tain-Gui, 1220, p. 75; Tangui, 1264, p. 170; Tein-Gui, 1233,
p. 98; Ten-Gui, 1220, p. 75 ; 1235, p. 101 ; 1237, p. 103 ; 1239,
p. 108; paraît signifier « chien ». En effet, les noms propres composés
dont il s'agit sont des formes altérées de Maen-chi, Maen-ki, Tan-chi,
conservés par le Cart. de Redon.
Guian, dans Ple-Guian, 125$, p. 142 ; Ple-Guian, 1224, p. 81 ; 1225,
p. 83.
Guido, dans Guido-Marcus, 123$, p. 100; 1271, p. 186; 1278,
p. 203 ; 1298, p. 21 5 ; Guuio-Mtîrcu5, 1237, p. 104; 1263, p. 167;
paraît signifier « connaisseur ». Comparez le gallois Guyddon, « philo-
sophe ».
Guido-Marcus, nom d'homme, 1235, p. 100; 1271, p. 101; 1268,
de f abbaye de Beauporî. 417
p. 103; 1298, p. 215; paraît signifier «connaisseur en chevaux».
Voyez Guido-Marus.
Guido-Marus, 1237, p. 104, 1263, p. 1 67 ; est identique au précé-
dent, sauf l'apocope du c.
Guidas, dans Men-Guidus, 1244, p. 115; 1246, p. 123; 1247, p. 129;
1266, p. 178 ; 1271, p. 193; 1294, p. 212 ; et dans Tanguidus, 1284,
p. 206 ; est identique à Gui. Voyez Guiîus.
Guiel, dans Ploe-Guiel, 12^3, p. 140.
Guieneuc, nom d'homme, 1202, p. 51.
Guigan, nom d'homme, 1222, p. 78, paraît dérivé du nom collectif
gallois Gwyg, « ce qui est flasque », et serait un sobriquet servant à dési-
gner un homme mou. Voyez Gueguen, Guegonus et le suivant.
Guiguen, nom d'homme, 1241, p. 1 1 1. Voyez Guiguen.
Guihenec, surnom de Stephanus, 1247, p. 129. Voyez Guehenec, Gue-
henocus.
Guilec, surnom de Glemarocus, 1267, p. 179.
Cu/7/ou, nom d'homme, 1220, p. 73; 1237, p. 103; 1245, p. 118;
1247, p. 128; 1253, p. 1 38; surnom dM/^rtui, 1284, p. 206.
Gain, dans Guin-gamp, 1224, p. 80; 1234, p. ç)(^;Guin-gampus^ 1224,
p. 81 ; 1247, p. 128 ; paraît signifier « blanc ». Voyez guen, guyn.
Guin-gamp^ nom de \iï\e^ 1224, p. 80; 1234, p. 99. Voyez Guen-
gampus et le suivant.
Guin-Gampas^ nom de ville, 1224, p. 81 ; 1247, p. 128. Voyez
Guen-gampus, et Guin-gampy Guyn-Gampus.
Cii/rv, dans Gairv-Inis, 1 184-1 189, p. 81. Voyez Guerg.
Guirv-Inis, nom d'île, 1 184-1189, p. 8. Voyez Guerg-Enes.
Guitus, dans Men-Guitus, 1260, p. 159. Voyez Guidus, Gui.
Guodelin^ nom de paroisse, 1228, p. 86; 1253, p. 139. Voyez Go-
delin.
Guoi/ou, nom de pays, 1 124, p. 82 ; 1252; p. 13$; 1254, p. 140.
Voyez Goilou.
Guoloia, nom de pays, 125 5, p. 142 ; 1257, p. 147 ; 1261, p. 162;
1264, p. 170 ; 1257, p. 146. Voyez Goloia.
Guyn, dans Guyn-gampus.i ^'^■lli p. 211. Voyez Guyn.
Guyn-gampus, nom de ville, 1277, p. 201. Voy. Guyn-gampus.
Guyr, « droit, redevance », dans Guyr-Ben, 1220, p. 73.
Guyr-Ben, « bout de la redevance », nom de lieu, 1220, p. 73.
Hadho, nom d'homme, 1237, p. 104.
Haelou, dans Kaer-Haelou, 1278, p. 202, paraît dérivé d^ Hael comme
le suivant.
Rev. Cdt. III 29
41 8 Mots bretons dans les chartes de l'abbaye de Beauporî.
Hailech (v/7/a), 1224, p. 81; 1225, p. 83, paraît dénwé à'Hael, «géné-
reux », et parait comme nom d'homme sous la forme Haelec dans le
Cart. de Redon.
Hailou, dans Kaer-Hailou, 1233, p. 97, et Bar-HailoUj 1246, p. 123;
paraît dérivé d'Hael, « généreux » .
Halegoet, nom de lieu, 1253, p. 138; 1263, p. 165 ; 1266, p. 174 ;
est peut-être composé de Hael^ nom d'homme, et de coeî, « bois ».
Hamelou, nom d'homme, xiii" siècle, p. 120.
Han, pour Hint, « chemin », dans Han-gant, 1267, p. 177.
Hangant, dans Kaer-Hangant, 1267, p. 177; est identique à Hin-cant
dans les chartes les plus anciennes du Cart. de Redon ^ à Hingant qui
apparaît en 909, p. 225. Hin-cant et Hin-gant sont des noms d'hommes.
Le second est encore usité. Ils paraissent avoir été originairement des
noms de lieu et signifier « chemin blanc ». Voyez An-gant.
Har, dans Har-coedus, 1257, p. loi; Har-lam, 1198, p. \2\Har-
scoldus, 1266, 176; Har-scoet, 1453, p. 220; Har-scoidus, 1253, p. 140;
est une forme incomplète à'hoiarn, aujourd'hui liouarn, « fer ».
Har-coedus, « bouclier de fer », surnom de Gauf ridas, 123 5, p. 101 ;
Hoiarn-scet et Hoiarn-scoet, dans des chartes du ix= siècle conservées par
le Cart.de Redon, p. 56, 81. Voyez Har-scoedus.
Hardiou, nom d'homme, 1283, p. $9.
Har-lam, « main de fer », nom d'homme, 1 198, p. 12.
Harmeli [molendinum] , 1288, p. 210, est peut-être une forme con-
tractée d'Hoiarn-Melin, « moulin de fer » .
Harnoc, « ferreux », dans Ph-Harnoc, 1233, p. 95.
Har-scoedus, nom d'homme, 1266, p. 177. Voyez Har-coedus et les
suivants.
Har-scoet, surnom de Guillot, 1453, p. 220. Voyez Har-coedus.
Harscoidi, surnom de Gaufridas, 12^3, p. 140 ; génilU d' Har-scoidus.
Voyez Har-coedus.
Hay [collis de], 1278, p. 203.
Hazou, nom de femme, 1 27 1 , p. 1 90. Voyez Azou.
Hedel, dans Plo-Hedel, 1294, p. 212.
Hedrou [villa], 1263, p. 167 ;paraît un dérivé deHe^r, plus tard hezr,
hardi,
Heget, surnom de Galterus, 1261, p. 193.
Heguo, nom d'homme, 1237, p. 104.
H. d'ARBOIS de JUBAINVILLE.
[A suivre.)
EXTRAITS
DES
DICTONS DU SAGE CADOC,
[Ces dictons, n'ont certainement pas l'antiquité qu'on leur attribue, et ils
nous sont parvenus dans une langue toute moderne. Il serait intéressant de
savoir dans quels manuscrits et sous quelle forme il nous ont été transmis : ce
serait la première condition pour établir l'histoire. Il faudrait aussi chercher
les maximes analogues dans la littérature du moyen âge. Si nous donnons ci-
après la traduction d'une partie de ces dictons que M. W. G. Jones a bien
voulu donner à la Revue Celtique^ c'est qu'il nous a paru utile de faire connaître
aux historiens de la littérature des aphorismes ces maximes de la sagesse gal-
loise, dont il n'avait été encore traduit que de rares fragments et dans des
revues souvent peu accessibles. Mais nous nous empressons d'ajouter que la
question de leur âge et de leur origine reste entière. — H. G.]
Les extraits ci-après ont été tirés des Dictons du sage Cadoc, appelé
autrement saint Cadoc, ancien auteur gallois, et ces Dictons ont été
publiés en 1801 dans la Afj'/jrw/? Archaiology of Wales. Un des rédac-
teurs de cette œuvre, M. Edward Williams, bien connu parmi les Gal-
lois sous son nom de plume lolo Morganwg, a copié les Dictons dans un
manuscrit qu'il avait trouvé en 1799 en possession de James Thomas,
de Maerdy Newydd, comté de Glamorgan (sud du pays de Galles). Le
manuscrit était écrit entre 1670 et 168$ par Thomas Ab leuan, anti-
quaire très-laborieux, de Trebryn dans le même comté. Voici une tra-
duction de ce que Ab leuan dit dans sa préface :
« Au lecteur bénévole gallois,
« Voici le livre du sage Cadoc, appelé aussi saint Catoc, livre qui a
« longtemps été renommé en notre pays à cause de la sagesse qu'il
« contient. Tu y trouveras des maximes sages, bien honorées par les
« anciens poètes, et par tous les autres anciens auteurs; et c'est pour-
« quoi on a donné à l'auteur le nom de sage Cadoc.
420 Extraits des Dictons du sage Cadoc.
« Voici son histoire selon les livres généalogiques. Saint Cadoc, abbé
« de Llancarfan, fils de Gwynlliw, seigneur de Gwynllwg, fils de Gly-
« wis, fils de Tegid, fils de Cadell Deyrnllwg. Gwynllwg était une des
a baronnies de l'ancien Glamorgan, et s'étendait du fleuve Taf au
« fleuve Wysg. Cadoc fut l'aîné, mais il refusa la baronnie, préférant
« être savant et religieux. Pendant cette époque il y avait une grande
« erreur religieuse dans notre île, à cause des opinions hérétiques d'un
« de nos propres compatriotes, appelé en latin Pelagius, et en gallois
« Morgan. Par conséquent quelques-uns de ceux qui ne s'égaraient pas
« envoyèrent chercher à l'étranger un homme pieux et sage, saint Gar-
« mon. Il vint dans notre pays_, et y prêcha l'évangile en sa pureté ; et
« il bâtit de bonnes écoles çà et là, afin d'y enseigner à autrui les doc-
« trines nécessaires pour faire prêcher la vérité ensuite. Les plus renom-
ce mées de ces écoles furent celles de Caerlleon-sur-Wysg, de Llancarfan,
« et de Llanilltud Fawr. Le premier maître que Garmon plaça à l'école
« de Llancarfan fut saint Dyfrig. On dit qu'il demeura à Carnllwyd, où il y
« a aujourd'hui une fontaine appelée Fontaine de Dyfrig. Ensuite Dyfrig
« fut sacré évêque de Llandaf, et alors saint Garmon établit Cadoc
a comme abbé de Llancarfan. On donna à l'abbaye le nom de Llan-
(( feithin, qui est maintenant le nom de l'endroit. On dit que Cadoc y
« vécut jusqu'à ce qu'il fût âgé de cent vingt ans, renommé à cause de
« ses connaissances, sa sagesse, et sa piété. C'est dans son abbaye que
« beaucoup d'hommes les plus savants de cette époque reçurent leur
« éducation. Dyfrig, évêque de Llandaf, estimait tant Cadoc qu'il le fit
« son camarade pendant ses voyages, et toujours son conseiller et son
« auxiliaire ; c'était pourquoi Dyfrig demeura à Carnllwyd. Cadoc
« était un des meilleurs poètes de son époque, et si célèbre à cause de
« sa sagesse que ses conseils, ses maxim.es, ses proverbes, et ses dictons
« devinrent très-populaires en tout le pays, de sorte que l'on lui attribua
« chaque épigramme, proverbe, bon mot, et dicton dans la langue gal-
« loise, jusqu'à ce que la renommée de Cadoc absorbât celle de chacun ;
« c'est pourquoi nous ne sommes pas maintenant toujours certains que
«c Cadoc est l'auteur de quelques unes des choses insérées dans ce livre
« sous son nom. Outre ce que j'ai trouvé dans l'ancien manuscrit' de
« Cadoc, cette œuvre contient tout ce que j'ai vu dispersé sous son nom
« en d'autres anciens manuscrits. Ceux-ci récitent beaucoup de choses
« concernant saint Cadoc ; par exemple que le roi Arthur le créa un de
« ses vingt-quatre chevaliers ; voici ce que l'on a dit sur ce sujet :
I. En gallois, llyfr, qui signifie manuscrit, ou cahier, ou livre.
Extraits des Dictons du sage Cadoc. 42 1
« Trois justes chevaliers de la cour d'Arthur, lesquels furent ses prin-
« cipaux juges; le premier, saint Cadoc, fils de Gwynlliw, soldat, sei-
« gneur de Gwynllwg en Glamorgan ; le second, Blas, comte de Llych-
« lyn ; et le troisième, Padrogyl Baladrddellt, comte de Cornouaille....
« Cadoc fut aussi un des conseillers d'Arthur ; on a dit à ce sujet
« comme suit :
« Trois sages du grand conseil d'Arthur; le premier, saint Cadoc,
« abbé de Llancarfan et fils de Gwynlliw, soldat; le second, Arawn, fils
« de Cynfarch ; le troisième, Cynon, fils de Cludno Eiddin....
« Et le même ancien manuscrit parle comme suit :
« Trois sages poètes de la cour d'Arthur ; saint Cadoc, fils de Gwyn-
« lliw, soldat; Taliesin, chef des poètes; et le vieux Llywarch,filsd'Eli-
« dir Lydanwyn....
a Je pourrais dire beaucoup plus que cela des anciens manuscrits con-
« cernant Cadoc, mais je ne veux dire que ce que je crois être vrai,
« car comme Cadoc dit lui-même, chaque étonnement n'est pas vrai,
« mais chaque vérité est étonnante Ne me juge pas sévèrement si tu
« trouves ci-après quelque chose qui ne te contente pas
Thomas ab Ieuan.
« Tre Bryn, le jour de l'an, 1 685 . »
Croyant que ces dictons méritent une publicité plus étendue, et comme
ils n'ont encore été traduits ni en français ni en anglais, nous offrons au
lecteur la traduction des extraits ci-après.
W. G. Jones.
DICTONS DU SAGE CADOC, AUTREMENT SAINT CADOC,
ANCIEN AUTEUR GALLOIS.
I. — APHORISMES.
Celui qui veut un conseil, qu'il le demande au plus sage.
Celui qui peut louer, qu'il loue le meilleur.
Celui qui désire la richesse, qu'il la demande au plus riche.
Celui qui désire la santé, qu'il la demande au meilleur médecin.
Celui qui cherche une faveur, qu'il la demande au plus généreux.
Celui qui cherche la protection, qu'il la demande au plus fort.
Celui qui cherche la miséricorde, qu'il la demande au plus miséricor-
dieux.
Celui qui salue, qu'il salue Dieu avant tout principalement.
422 Extraits des Dictons du sage Cadoc.
II. — BONS CONSEILS.
Le voyage ne sera pas plus long pour assister à la messe.
Le revenu ne sera pas amoindri pour donner de l'aumône.
L'âme ne sera pas plus rassasiée si l'on remplit à l'excès la panse.
Le Créateur ne haït pas l'insensé plus que l'homme éloquent.
Personne ne sait quelle sera sa mort.
On ne doit pas louer l'aumône donnée à regret.
La possession de toute la terre ne contente pas l'avare.
Il n'y a d'homme [vraiment] bas que l'orgueilleux, fût-il aussi haut
que le soleil.
Il n'y a d'homme aimable que celui qui est doux et poli.
Il n'y a de savant que celui qui a lu beaucoup.
Il n'y a de [vrai] bonheur que la paix.
Il n'y a de [vrai] festin que la gaîté.
Tous les orateurs ne sont pas sages, tous les hommes sans éloquence
ne sont pas fous.
Tous ceux qui portent le deuil ne sont pas tristes, tous ceux qui sont
gais ne sont pas consolés.
La mort ne considère pas qui a le front le plus beau.
Dieu n'aime pas celui qui nourrit l'envie.
Le Christ n'aime pas celui qui n'a pas pitié des nécessiteux.
Celui qui n'a pas dompté ses passions n'est pas bon à aller au ciel.
Il n'est pas sage d'exciter le désir de ce qu'on ne peut pas obtenir.
On ne doit pas plaisanter avec ce que le danger accompagne.
On montre une grande sottise en croyant ce qui est autre que la
réalité.
On n'est pas sage en vendant le ciel pour emprunter la terre.
III. — APHORISMES.
En accomplissant ta promesse tu sauves ta face.
En conservant ta mémoire tu gardes la sagesse.
En tenant ta main fermée tu garderas tes biens.
En maintenant la paix tu conserves ta réputation.
En employant bien tes heures tu conserves tes talents.
En gardant ta conscience tu gardes chaque équité.
IV. — VRAIES PAROLES.
Dieu le père ne se fâche pas à cause d'une demande pour la justice.
Extraits des Dictons du sage Cadoc. 423
Le Créateur n'est pas plus pauvre quoiqu'il dispense toujours ses
dons.
Personne n'ira au ciel ni à cause de sa généalogie ni de son courage.
On n'est pas plus près du bonheur à cause d'une grande pompe.
Le ciel n'est pas plus étroit à cause du grand nombre qui y va.
Celui qui ne conserve pas le peu n'atteindra jamais l'abondance.
On ne peut avoir le doux sans connaître l'amer.
On n'apprécie la santé que près de la maladie.
Ce n'est pas dans la lenteur [du langage] que se trouve surtout la
douceur.
Ce n'est pas la langue la plus rapide qui montre la plus grande sagesse.
Ce n'est pas dans le rire que se trouve la plus grande légèreté.
On n'obtient pas un royaume par de vaines idées.
Ce n'est pas dans la plus grande pauvreté que se trouve la plus grande
disette.
On ne pourra facilement s'excuser sur la montagne de la lumière,
lorsqu'on verra la conscience en toute sa nudité devant Dieu, notre
Créateur, et les armées du ciel, lorsque le Christ jugera dans la lumière
de la justice.
VL — CONSEILS.
Ne te fie pas à celui qui t'a menacé.
Ne crois pas celui qui t'a flatté.
Ne cherche pas de bon accueil sous la colère.
Ne cherche pas d'alliance avec les méchants.
Ne cherche pas de joie sans le sourire.
Ne cherche pas de badinage avec un vieillard malade.
Ne cherche pas de profit de la paresse.
Ne cherche pas de prudence en de grandes vanités.
Ne cherche pas de profit dans l'aumône.
Ne cherche pas de réussite dans la négligence.
Ne cherche pas de paix dans la désobéissance.
Ne cherche de justice que de la concorde.
Ne cherche pas de remercîment pour un refus.
Ne cherche dans un vaisseau vide que ce qu'il contient.
Ne cherche pas de respect pour de mauvaises mœurs.
Ne cherche pas de sécurité dans l'injustice.
Ne cherche pas d'amour en retour de l'orgueil.
Ne cherche pas de dignité dans le libertinage vulgaire.
Ne plaisante pas avec tes ennemis.
424 Extraits des Dictons du sage Cadoc.
Ne cherche pas de louange d'une longue contestation.
Ne cherche pas de bonne fin d'une longue oppression.
Ne cherche pas de prospérité où il n'y a pas d'effort.
Ne lutte pas avec celui qui te surpasse beaucoup.
Ne cherche pas de vérité d'un homme qui vient de loin.
Ne charge pas d'un long message un homme dur et désagréable.
Ne cherche pas dans le danger un compagnon craintif.
Ne cherche la joie à ton âme que dans la justice.
Ne cherche jamais ce qui ne plaît pas à Dieu.
VII. — AUTRES CONSEILS.
si tu veux être sage ne parle que peu, affectueusement, lentement et
prudemment.
Ne va qu'au conseil où l'on t'a invité ; n'y commence à parler qu'a-
près avoir pris le temps d'écouter ; parle sérieusement, et ne dis de
vilaine parole dans aucun cas.
Ne dis que les mots propres aux circonstances, et qui ont égard à la
paix, à la bienveillance, et à la justice ; ne parle que pour augmenter le
savoir et chaque principe de bon gouvernement ; et essaie toujours de
plaire à Dieu premièrement, et aux hommes ensuite.
Suis ce conseil avec réflexion, et l'on te donnera le premier rang
parmi les sages.
X. — VÉRITÉS.
Il n'y a pas de vraie parole sans louange à Dieu le Père.
Il n'y a pas de parole menteuse sans tiomperie et fraude.
Il n'y a pas de bonne action sans récompense.
Il n'y a pas de mauvaise action sans châtiment.
Il n'y a pas de fierté sans abaissement.
Il n'y a pas d'humilité sans élévation.
Il n'y a pas de pompe sans fm honteuse.
Il n'y a pas d'homme courtois sans respect.
Il n'y a pas d'homme juste sans joie éternelle.
Il n'y a pas d'homme injuste sans punition.
Il n'y a pas d'homme fidèle sans sécurité.
Il n'y a pas d'homme coupable sans tristesse.
Il n'y a pas d'homme généreux sans joie de la conscience.
Il n'y a pas d'avare sans fardeau d'inquiétude.
Il n'y a pas d'industrie sans couronne.
Extraits des Dictons du sage Cadoc. 42 5
Il n'y a pas de paresse sans mille afflictions.
Il n'y a pas d'homme heureux sans la grâce de Dieu.
Il n'y a pas de méchanceté sans malheur.
Il n'y a pas d'obéissance sans excellence.
Il n'y a pas d'ostentation sans grands dommages.
Il n'y a pas de vérité sans victoire.
Il n'y a pas de mensonge sans honte et sans tristesse.
Il n'y a pas de justice sans équité autour d'elle.
Il n'y a pas d'injustice sans autre injustice qui la suit.
Il n'y a pas de prudence sans excellence.
Il n'y a pas de sottise sans détérioration.
Il n'y a que le saint qui aura le ciel à la fm comme sa récompense
pour chaque bonne action de sa vie.
XI. — DES CHOSES HAÏES DE CADOC.
Les choses haïes de Cadoc, les voici clairement exprimées :
l'homme qui n'aime pas la patrie qui le nourrit ; un soldat vaincu qui ne
cherche pas la paix ; un juge sans miséricorde ; un poète silencieux ; un
chef de clan imprévoyant ; un avocat inintelligent ; un peuple sans loi,
qui dévaste et dépouille ; l'encouragement des vices et le découragement
de la science ; l'opposition et la contestation entre compatriotes; un juge
avare ; un poète qui combat ; une place de marché sans arbres ; une
nation sans religion ; un ambassadeur infidèle; un avare insatiable ; une
maison sans habitant ; une terre sans cultivateur ; des champs sans grains ;
un cortège sans ordre ; soutenir l'oppression ; empêcher la vérité ; le
mépris des pères et des mères ; une contestation entre parents ; un pays
sans fonctionnaires ; une école d'un accès difficile; une méthode sans
clarté ; un chemin incertain; une famille sans vertu ; les disputes obliques;
les embûches et les trahisons ; la fraude sur le trône ; un discours sans
réflexion ; une allusion obscure ; un homme sans métier ; une milice sans
liberté; une attaque sans préméditation; un être sans principes; un faux
témoin dans un procès ; un jugement sans bienveillance ; mépriser les
sages ; honorer les avares ; des récits vains et confus ; un savoir sans
génie ; un avocat inélégant ; le mépris de l'innocent ; un pays sans pré-
cepteurs ; l'habitude de l'ivresse ; l'homme sans conscience.
XV. — DES FORCES.
La force du renard est dans sa ruse ; celle du chien dans ses dents ;
426 Extraits des Dictons du sage Cadoc.
celle du renne dans son bois ; celle du bélier dans sa tête; celle du ser-
pent dans sa queue; celle du poisson dans ses branchies; celle de l'aigle
dans son bec ; celle de l'ours dans ses bras ; celle du taureau dans sa
poitrine ; celle du cochon dans son aîné ; celle du cheval dans son sabot ;
celle du pigeon ramier dans ses ailes; celle de la chatte dans ses griffes ;
celle du singe dans sa patte ; celle du corbeau dans sa narine ; celle de
la mouche dans sa vitesse ; celle de l'avare dans son artifice ; celle de la
carcasse dans son odeur puante ; celle d'une femme dans sa langue.
XVI. — AUTRES FORCES.
La force du gourmand est dans sa dent ; celle de l'artiste musicien
dans son doigt ; celle de l'ivrogne dans son absorption ; celle de l'homme
ignoble dans sa vantardise ; celle de l'insensé dans son rire ; celle du
menteur dans son effronterie ; celle de l'Anglais dans sa ruse ; celle de
l'Irlandais dans sa menterie ; celle de l'étranger dans son obéissance ;
celle du Gallois dans sa prudence.
XIX, — AUTRES FORCES.
La force du lâche est dans son pied ; celle du brave dans son courage ;
celle du vieillard dans son conseil ; celle du faible dans son obéissance ;
celle du fort dans sa miséricorde.
XXIII. — MAXIMES.
Il n'y a de sage que celui qui voit sa folie.
Il n'y a de capable de connaître que celui qui se connaît lui-même.
Il n'y a de fort que celui qui se vainc lui-même.
Il n'y a de savant que celui qui voit son erreur.
Il n'y a d'habile que celui qui comprend son inhabileté.
Il n'y a de vigilant que celui qui veille sur lui-même.
Il n'y a de prudent que celui qui évite ce que recherche son désir.
Il n'y a d'aveugle que celui qui ne voit pas ses propres fautes.
Il n'y a d'intelligent que celui qui comprend ses propres défauts.
Il n'y a de fort que celui qui triomphe de ses infirmités.
XXX. — AUTRES MAXIMES.
Il n'y a de bon que ce qui est divin.
Extraits des Dictons du sac,c Cadoc. 427
Il n'y a de divin que ce qui est religieux.
Il n'y a de religieux que ce qui est de la foi.
Il n'y a digne de foi que la vérité.
Il n'y a de vérité que ce qui est évident.
Il n'y a d'évidence que la lumière.
Il n'y a de lumière que Dieu.
C'est pourquoi il n'y a de bien, ni de piété, ni de religion, ni de foi,
ni de vérité, ni d'évidence que la lumière : il n'y a de lumière que voir
Dieu.
XXXVII. — MAXIMES.
Il n'y a de mauvais que celui qui s'imagine être bon.
Il n'y a d'insensé que celui qui s'imagine être habile.
Il n'y a de petit que celui qui s'imagine être grand.
Il n'y a de sot que celui qui s'imagine être sage.
Il n'y a d'ignorant que celui qui s'imagine savoir tout.
Il n'y a de menteur que celui qui se vante.
Il n'y a de voleur que celui qui se vole de tout ce qui est à lui, c'est-
à-dire l'avare.
Il n'y a d'oppression que la calomnie.
Il n'y a de blessure que celle du cœur.
Il n'y a de prison que la conscience coupable.
Il n'y a rien de pénible que le châtiment pour une mauvaise action.
Il n'y a de privation que la privation d'intelligence.
Il n'y a de bon que ce qui est bon pour autrui.
Il n'y a de bon que celui qui essaie de s'améliorer.
Il n'y a de science que celle de faire le bien.
Il n'y a de sage que celui qui instruit l'ignorant.
Il n'y a de digne du titre d'homme que celui qui a de bonnes qualités.
LVII. — AUTRES MAXIMES.
Il n'y a pas d'homme sans nation.
Il n'y a pas de nation sans pays.
Il n'y a pas de pays sans gouvernement.
Il n'y a pas de gouvernement sans lois.
Il n'y a pas de loi sans justice.
Il n'y a pas de justice sans privilèges égaux.
Il n'y a pas de privilèges égaux sans accord.
Il n'y a pas d'accord sans communauté de réflexion.
428 Extraits des Dictons du sage Cadoc.
Il n'y a pas de communauté de réflexion sans communauté de cons-
cience.
Il n'y a de communauté de conscience sans savoir commun.
Il n'y a de savoir commun sans affection commune.
Il n'y a d'affection commune sans communauté de paix.
Il n'y a pas de paix commune sans piété commune.
Il n'y a de piété commune sans Dieu. C'est pourquoi il n'y a pas
d'homme sans Dieu.
LXIX. — AUTRES MAXIMES.
Il n'y a pas de dépouilles comme celles qu'emporte le vent.
Il n'y a pas de violence comme celle du feu.
Il n'y a pas de dévastation comme celle de l'eau.
Il n'y a rien de léger comme l'air.
Il n'y a rien de lourd comme la terre.
Il n'y a rien de dur comme la pierre.
Il n'y a rien de vite comme l'éclair.
Il n'y a rien de menaçant comme le tonnerre.
Il n'y a rien qui engloutit plus que la mer.
Il n'y a rien qui empêche plus qu'une forêt.
Il n'y a rien de difficile [à franchir] comme la montagne.
Il n'y a pas d'obstacle comme le marais.
Il n'y a pas d'embarras comme le fleuve.
Il n'y a rien plus fort que la glace solide.
Il n'y a pas d'entraves comme la neige.
Il n'y a pas de chaleur comme celle du soleil.
Il n'y a pas de froid comme celui de la lune.
Il n'y a rien plus nombreux que les étoiles.
Il n'y a rien de plus ennuyeux que la pluie.
Il n'y a rien de plus charmant que le beau temps.
Il n'y a rien qui embrouille plus que le brouillard.
Il n'y a rien qui vainc plus que l'hiver.
Il n'y a rien qui facilite plus que l'été.
Il n'y a rien qui donne plus d'espérance que le printemps.
Il n'y a rien qui donne plus de joie que la moisson.
Il n'y a rien plus inconstant que les saisons.
Il n'y a rien qui dompte plus que le temps.
LXX. — AUTRES MAXIMES.
Il n'y a pas de vie sans richesse.
Extraits des Dictons du sage Cadoc. 429
n'y a pas de richesse sans terre.
n'y a pas de richesse sans la santé.
n'y a pas de maladie comme la pauvreté,
n'y a pas de pauvreté pire que la mauvaise santé.
n'y a pas de mauvaise santé comme le péché.
LXXXVII. — SEPT QUESTIONS FAITES PAR CADOC A SEPT SAGES DE
SON ÉCOLE A LLANFEITHIN ET LEURS RÉPONSES.
Question. Quelle est la plus grande bonté dans l'homme ?
Réponse. La justice. Tailhaiarn, poète, Pa dit.
Question. Quelle est pour l'homme la suprême sagesse ?
Réponse. Pouvoir nuire à autrui et ne lui nuire pas. Saint Teilo l'a dit.
Question. Quelle méchanceté est la pire pour l'homme ?
Réponse. L'impudicité. Arawn.^ fils de Cynfarch, la dit.
Question. Qui est le plus pauvre .''
Réponse. Celui qui n'ose pas prendre ce qui est à lui. Taliesin, chef des
poètes, l'a dit.
Question. Qui est le plus riche .?
Réponse. Celui qui ne veut avoir aucun des biens d'autrui. Gildas des
arbres d'or l'a dit.
Question. Quel exploit d'homme est le plus beau ?
Réponse. La sincérité. Cynan, fils de Clydno Eiddin., l'a dit.
Question. Quelle folie d'homme est la plus grande ?
Réponse. Souhaiter du mal à autrui lorsqu'on ne peut pas lui nuire.
Ystyffan, poète de Teilo, l'a dit.
LXXXIX. — CONSEILS.
Celui qui désire le respect, qu'il soit fort.
Celui qui désire plaire à Dieu, qu'il juge justement.
Celui qui désire la santé, qu'il soit joyeux.
Celui qui désire que l'on l'écoute, qu'il soit éloquent.
Celui qui désire que l'on l'aime, qu'il soit obéissant.
Celui qui désire la prospérité, qu'il découvre ce qui y fait obstacle.
Celui qui désire la tranquillité, qu'il soit ami de la paix.
Celui qui désire diriger, qu'il soit ami de la science.
Celui qui désire être content, qu'il exerce sa patience.
Celui qui désire la louange, qu'il aille au tombeau.
4Î0 Extraits des Dictons du sage Cadoc.
XCIII. — LE CERCLE DU MONDE ET DE LA VIE.
La pauvreté cause des efforts.
Les efforts causent le succès.
Le succès cause la richesse.
La richesse cause l'orgueil.
L'orgueil cause des querelles.
Les querelles causent la guerre.
La guerre cause la pauvreté.
La pauvreté cause la paix.
La paix de la pauvreté cause des efforts.
Les efforts se tournent dans le même cercle qu'auparavant.
XCV. — LES MEILLEURES CHOSES.
La meilleure nourriture, c'est du pain.
Le meilleur comestible avec du pain, c'est du sel.
Le meilleur breuvage, c'est du vin.
Le meilleur lait, c'est du lait frais.
La meilleure boisson, c'est de l'eau.
La meilleure démarche, c'est de visiter un prisonnier.
Le meilleur libéral, c'est un prêtre libéral.
Le meilleur voyage, c'est la visite à un lieu de dévotion.
Le meilleur jeûne, c'est d'éviter la délicatesse [dans les mets].
La meilleure libéralité, c'est de faire l'aumône.
La meilleure aumône, c'est de donner l'hospitalité.
Le meilleur préparatif, c'est l'argent comptant.
Le meilleur camarade, c'est le penny.
Le meilleur jugement, c'est la justice.
Le meilleur procès, c'est un accord.
Le meilleur accord, c'est la justice.
La meilleure occupation, c'est de faire du bien.
Le meilleur art, c'est de comprendre la vérité.
Le meilleur combat, c'est de combattre les mauvaises passions.
La meilleure paix, c'est celle de la conscience.
La meilleure protection, c'est celle de Dieu.
XCIX. — LES MEILLEURES CHOSES.
Le meilleur animal domestique, — le mouton.
Extraits des Dictons du sage Cadoc. 43 1
Les meilleurs moutons, — les moutons sans cornes.
Les meilleures vaches, — les vaches tachetées.
Le meilleur cheval, — le plus docile.
Le meilleur cochon, — le plus gras.
Les meilleures chèvres, — les blanches.
Le meilleur homme, — le plus sage.
La meilleure femme, — la plus simple.
Le meilleur fils, — le plus gros.
La meilleure fille, — la plus mince.
Le meilleur chien, — le premier.
Le meilleur drap, — le plus rouge.
Le meilleur linge, — le plus fm.
Le meilleur froment, — le plus chauve.
La meilleure avoine, — la plus grosse.
La meilleure orge, — la plus courte.
Les meilleurs héritiers, — des arbres plantés.
Le meilleur changement, — celui des produits d'un terrain.
La meilleure arme, — un couteau.
La meilleure couverture, — un manteau.
Le meilleur de chaque sorte, — le meilleur.
Le meilleur des maux, — le moindre.
ex. — SEPT PERSONNES QUI MÈNENT LE MONDE A SA PERTE.
L'homme sans mémoire.
La femme sans honte.
Le jeune homme sans savoir.
Le prêtre sans piété.
Le fonctionnaire sans conscience.
Le seigneur sans justice.
Le roi sans miséricorde.
CXL — IDÉES.
Dans chaque homme il y a une âme.
Dans chaque âme il y a de l'intelligence.
Dans chaque intelligence il y a des pensées.
Dans chaque pensée il y a du bien ou du mal.
Dans chaque mal il y a la mort.
Dans chaque bien il y a la vie.
Dans chaque vie il y a Dieu.
4 5 2 Extraits des Dictons du sage Cadoc.
CXVIII. — VOICI LES CONSEILS QUE CADOC DONNA A SON ÉLÈVE,
TALIESIN, CHEF DES POÈTES, AVEC SA BÉNÉDICTION.
Avant de parler, considère :
Premièrement ce que tu dis,
Secondement pourquoi tu le dis,
Troisièmement à qui tu le dis,
Quatrièmement de qui tu le dis,
Cinquièmement ce qui résultera de ce que tu dis,
Sixièmement quel bien proviendra de ce que tu dis,
Septièmement qui écoute ce que tu dis.
Mets tes paroles sur le bout de ton doigt avant de les dire, et tourne-
les de ces sept manières avant de les exprimer, et alors aucun mal ne
viendra jamais de tes paroles.
CXIX. — VOICI LES QUALITÉS QU'ON DOIT CHOISIR, EXPRIMÉES PAR CADOC
A SON PÈRE GWYNLLIW, SOLDAT, FILS DE GLYWIS, FILS DE TEGID, FILS
DE CADELL DEYRNLLWG.
Chaque homme doit désirer avoir :
Sa maison imperméable à la pluie,
Sa terre bien arrondie,
Sa glèbe molle.
Son lit doux,
Sa femme chaste,
Sa nourriture saine.
Sa boisson légère et fortifiante,
Son feu clair.
Ses vêtements chauds.
Son voisinage paisible.
Son serviteur diligent,
Sa servante propre.
Son fils sincère,
Sa fille décente,
Son parent fidèle.
Son ami sans fraude,
Son cheval soumis,
Son lévrier vite.
Son épervier avide,
Extraits des Dictons du sage Cadoc. 43 3
Ses bœufs forts,
Ses vaches de couleur,
Ses brebis d'une belle sorte,
Ses cochons longs,
Sa famille douée de bonnes qualités,
Sa demeure en bon ordre,
Son poète savant,
Son harpiste vertueux,
Son moulin près,
Son église loin,
Son seigneur fort,
Son roi juste,
Son père spirituel, sage,
Et son Dieu miséricordieux.
CXXI. — LES QUATRE VICES DU PREMIER RANG.
Le premier, c'est la colère ; le second, c'est la convoitise ; le troi-
sième, c'est la paresse ; le quatrième, c'est la crainte. Et où l'on trouve
l'un ou l'autre de ces vices, c'est là qu'on trouve aussi chaque autre
mal ; car c'est d'eux que tous les autres maux prennent racine.
CXXII. — CONSEILS CONDITIONNELS.
Si tu veux sentir, sens ton cœur et ta conscience.
Si tu veux attendre, attends les bienveillants.
Si tu veux entendre, entends la plainte du pauvre et du nécessiteux.
Si tu veux aimer, aime la sagesse.
Si tu veux exhaler une odeur, que ce soit celle de l'innocence.
Si tu veux chercher, cherche le savoir.
Si tu veux atteindre, essaie d'atteindre l'intelligence.
Si tu veux imaginer, essaie d'imaginer ce qui est prudent.
Si tu veux agir, fais ton devoir.
Si tu veux haïr, hais le mal de toute sorte.
Si tu veux connaître, connais-toi toi-même.
Si tu veux savoir, sache les commandements du Créateur.
Si tu veux réfléchir, réfléchis sur ta fin.
Si tu veux craindre, crains tes passions.
Si tu veux parler, dis ce qui est vrai.
Si tu veux juger, juge selon ta conscience.
Rev. Cclt. m jo
4M Extraits des Dictons du sage Cadoc.
Si tu veux commencer, commence à améliorer ta conduite.
Si tu veux ['exposer, expose-toi pour la justice.
Si tu veux aimer, aime la paix.
Si tu veux te réjouir, réjouis-toi en souffrant pour la vérité.
Si tu veux t'attrister, attriste-toi à cause de ton péché.
Si tu veux implorer, implore les bienfaits de Dieu.
Si tu veux te récréer, récrée-toi en pieuses pratiques.
Si tu veux remercier pour ce que tu possèdes, remercie principale-
ment Dieu.
Si tu veux te confier, confie-toi à ton Dieu.
CXXIV. — SUPPOSITIONS.
1. Si chaque insensé portait une couronne, nous serions tous rois.
2. Si chaque niais portait une cloche autour de son cou, on ne trou-
verait jamais dans l'église que des prêtres et des sonneurs.
3. Si chaque nigaud mourait, on n'ensevelirait personne faute d'un
vivant pour creuser une tombe.
4. Si chaque insensé portait des cornes, on recevrait bien de l'argent
pour montrer qui n'en a pas.
5. Si chacun avait sa honte écrite sur son front, les matières pre-
mières de masques seraient bien chères.
6. Si chaque femme était aussi leste sur les pieds que sur la langue,
elle saisirait assez d'éclairs pour allumer le feu du matin.
7. Si chaque langue ne disait que la vérité et ce qui est sage, il y
aurait un nombre étonnant de muets.
8. Si le babillard voyait la folie de son bruit, il garderait sa langue
pour refroidir sa bouillie.
9. Si le bouffon voyait la vanité de sa manière d'agir, il l'abandonne-
rait par honte.
10. Si l'avare sentait la mauvaise senteur de son propre cœur, il
mourrait à cause de l'odeur puante.
I î. Si le fainéant pouvait voir le mal qui l'attend, il s'arracherait à sa
paresse de peur et de honte.
12. Si l'affection voyait sa faiblesse, elle mourrait de peur.
1 3 . Si l'orgueilleux voyait son cœur, il perdrait tous les sens de
crainte.
14. Si chacun voyait le cœur d'autrui, il serait le poteau indicateur
pour tout le monde de fuir les diables.
1 5 . Si l'envie voyait sa noirceur, elle se pendrait pour ne pas sentir
sa honte devant Dieu et les hommes.
Extraits des Dictons du sage Cadoc. 435
16. Si la prudence voyait son imprudence, elle cacherait sa face de
honte.
17. Si l'ivrognerie voyait combien elle est exécrable, elle se cacherait
sous un fumier.
18. Si le mensonge voyait combien il est coupable, il se détruirait
lui-même de rage.
19. Si la tromperie goûtait sa laideur, elle vomirait ses entrailles.
20. Si la convoitise voyait sa difformité, elle connaîtrait familièrement
le visage d'un diable.
21. Si le précepteur voyait le résultat de son travail, il verrait sou-
vent que le tout se termine par son propre savoir.
22. Si la ruse voyait combien elle est répugnante, elle ruserait pour
se fuir elle-même.
23. Si la colère voyait sa fureur, elle se fâcherait contre elle-même.
24. Si la vengeance voyait son caractère diaboHque, elle se rendrait
chez le diable au lieu de se venger.
25. Si l'avare voyait l'aspect de sa conscience, il s'écrierait : « Mal-
heur à moi ! j'ai vu un diable du fond de l'enfer. »
26. Si l'hypocrisie voyait sa saleté, elle deviendrait folle de terreur.
27. Si l'adultère voyait sa souillure, il haïrait la terre sur laquelle il
pose le pied.
28. Si le guerrier voyait sa cruauté, il craindrait que chaque rayon
du soleil ne le perçât comme d'une épée.
29. Si l'ignorance voyait sa laideur, elle porterait envieà la grenouille
à cause de sa beauté.
30. Si l'effronterie voyait sa folie, elle tressaillirait de fureur d'être
plus insensée que tout le reste.
3 1 . Si l'impiété voyait sa fin, elle mourrait de crainte.
CXXVII. — DES UNS ET DES CENTS.
1 . Un homme soupçonneux peut égaler cent meurtriers.
2. Un médecin peut égaler cent bouchers.
3. Un trompeur peut égaler cent pillages.
4. Un traître peut égaler cent ennemis.
5. Un mets gras peut égaler cent mets empoisonnés.
6. Une heure à l'orgie peut égaler cent heures à la faim.
7. Une paresse peut égaler cent dévastations.
8. Une négligence peut égaler cent destructions.
9. Un calomniateur peut égaler cent conspirations.
4^6 Extraits des Dictons du sage Cadoc.
10. Un gaspillage peut égaler cent incendies.
1 1. Une flatterie peut égaler cent calomnies.
12. Une dépense inutile peut égaler cent vols.
1 3. Un mécontentement peut égaler cent disettes.
14. Un trop-plein peut égaler cent pauvretés.
1 5. Un mensonge peut égaler cent assauts.
16. Une hypocrisie peut égaler cent mensonges.
17. Un faux témoin peut égaler cent diables.
18. Un avare peut égaler cent voleurs.
19. Une langue de femme peut égaler cent éclairs.
20. Une fille sale peut égaler cent truies.
21. Une prude peut égaler cent femmes de mauvaise vie.
22. Un prêtre peut égaler cent trompeurs,
2]. Une ruse peut égaler cent parjures.
24. Un avocat peut égaler cent voleurs de nuit.
25. Un discours flatteur peut égaler cent actes de méchanceté.
26. Un méchant peut égaler cent désunions.
27. Une désunion peut égaler cent oppressions.
28. Une oppression peut égaler cent maladies.
29. Une maladie peut égaler cent faims.
30. Une désuétude peut égaler cent maladies.
3 1 . Un mauvais seigneur peut égaler cent désuétudes.
32. Une mauvaise loi peut égaler cent mauvais seigneurs.
CXXIX. — VOICI DOUZE QUESTIONS QUE CADOC POSA A SES DISCIPLES,
1 . Qui est-ce qui est sage ?
Réponse. Celui qui ne se fâche pas lorsqu'on le blâme, et ne s'enor-
gueillit pas lorsqu'on le loue.
2. Qui est-ce qui est habile ?
Réponse. Celui qui réfléchit bien avant de dire sa pensée.
3 . Qui est-ce qui est fort ?
Réponse. Celui qui peut cacher sa pauvreté.
5. Qui est-ce qui est abject .''
Réponse. Celui qui ne peut s'abstenir de publier ses propres secrets.
6. Qui est-ce qui reçoit un bon accueil parmi le peuple .''
Réponse. Celui qui peut subvenir à ses propres besoins.
7. Qui est-ce qui est joyeux ï
Réponse. Celui dont la conscience ne le tourmente pas de remords.
8. Qui est-ce qui est libre ?
Extraits des Dictons du sage Cadoc. 437
Réponse. Le possesseur d'un métier et d'un art qui peuvent le faire
vivre dans quelque lieu du monde qu'il se trouve.
9. Qui est-ce qui a de bonnes mœurs ?
Réponse. Celui qui peut souffrir la société d'un homme irrité et de
mauvais ton.
10. Qui est-ce qui est bon ?
Réponse. Celui qui se punit pour le profit d'autrui.
1 1 . Qui est-ce qui est heureux ?
Réponse. Celui qui hait naturellement le mal et aime naturellement le
bien.
12. Qui est-ce qui est pieux ?
Réponse. Celui qui croit en Dieu, qui l'aime, et qui voit que ce qu'il y
a de meilleur c'est ce qu'il veut et ce qu'il fait.
Ainsi se terminent les questions concernant la sagesse,
CXXX. — CONSEILS RELATIFS A LA SANTÉ ET A LA VIE,
Celui qui veut vivre longtemps,
1° Qu'il s'amuse jusqu'à vingt ans, qu'il travaille jusqu'à quarante ans,
et qu'il se repose jusqu'à sa mort ;
2" Qu'il se lève avec l'alouette, qu'il chante avec l'alouette, et qu'il se
couche avec l'alouette ;
3" Qu'il mange lorsqu'il a faim, qu'il boive lorsqu'il a soif, et qu'il se
repose lorsqu'il se sent fatigué ;
4° Qu'il évite des aliments trop délicats, des boissons trop fortes, et
le travail trop lourd et trop gênant ;
5° Qu'il évite trop d'aliments, trop de boissons, et trop de travaux;
6" Qu'il évite les débats, qu'il aime la paix, qu'il ne se donne pas
beaucoup d'embarras ;
7" Qu'il soit joyeux_, libéral et juste;
8" Qu'il n'ait qu'une femme, qu'il soit fort dans sa croyance, et pur
dans sa conscience ;
9" Qu'il soit méditatif pendant la matinée, laborieux à midi, et en
société pendant la soirée ;
10° Qu'il ait des réflexions agréables, des récréations innocentes, et
un air pur ;
1 1° Que ses vêtements ne soient pas vieux, que ses couvertures soient
propres et douces, et sa pensée propre pour l'autre monde ;
12" Que son vêtement soit léger, sa nourriture légère, et son cœur
léger ;
438 Extraits des Dictons du sage Cadoc.
I ]° Que ses pensées soient affectueuses, son génie vif, et ses amis
nombreux ;
14° Qu'il garde la loi de sa patrie, le devoir de son emploi, et les
commandements de son Dieu ;
1 5° S'il agissait ainsi, il serait sain dans son corps, tranquille dans son
esprit, et net dans sa conscience ;
16" Il aurait beaucoup de jours, une fm heureuse, et l'amour de son
Dieu.
CXXXIV. — VOICI LES CONSEILS QUE CADOC DONNA A ARAWN, FILS DE
CYNFARCH, ROI DU NORD DU PAYS DE GALLES, LORSQU'IL QUITTA SON
ABBAYE.
Tourne l'oreille sourde à chaque mauvais discours.
Tourne le dos à chaque mauvaise action.
Tourne l'œil fermé vers chaque laideur.
Tourne la vue et le cœur vers chaque beauté.
Tourne la main ouverte vers chaque pauvreté.
Tourne ta pensée vers chaque libéralité.
Tourne ta réflexion vers les conseils des sages.
Tourne ton affection vers les choses divines.
Tourne ta résolution vers chaque bien.
Tourne tout ton talent vers ce qui te fera exceller.
Tourne ton intelligence vers ce qui te fera te connaître toi-même.
Tourne ton savoir vers la nature.
Tourne toutes tes bonnes qualités vers ce qui te fera être heureux.
Tourne ton cœur et ta force vers ce qui plaît à Dieu, Créateur.
CLXXV. — TALIESIN ET CADOC.
« Je veux te connaître mieux ; dis-moi quel genre d'homme es-tu ; »
dit Taliesin à Cadoc, et Cadoc lui répondit : « Tu dois le savoir mieux
que moi, parce que tu entends derrière mon dos dire de moi ce qui n'est
jamais parvenu à mes oreilles ; c'est le pays qui peut juger le mieux, car
ni moi, ni personne autre ne peut savoir toute la vérité sur ce qui le
concerne. »
CLXXVII. — TRIADES.
I . Trois travaux mondains dont l'honneur surpasse celui de tous les
autres, cultiver bien le patrimoine, plaider bien le procès, et donner aux
enfants une éducation libérale.
Extraits des Dictons du sage Cadoc. 4J9
2. Il n'y a que l'heureux ou le sage qui peuvent se garder de ces trois
choses : l'impudicité, l'ivrognerie, et la vanité.
5. Trois hommes auxquels il est juste de donner à manger : le voya-
geur, le religieux et l'ouvrier.
4. Trois ennemis les plus grands de Phomme : le feu, l'eau et le sei-
gneur.
5. Trois joies de l'heureux : l'abstinence, la paix et la fermeté.
6. Trois joies des méchants : la gourmandise, le combat et l'incons-
tance.
7. Trois bénédictions préservent l'homme de la faim et du dénûment:
celle de son père spirituel, celle de son seigneur légitime, et celle d'un
poète érudit.
8. Trois bénédictions surpassent toutes les autres : celle du père et de
la mère, celle du malade et du blessé, et celle de l'homme affligé.
9. Trois choses avancent l'homme : une femme chaste et industrieuse,
un maître industrieux et adroit, et la solidité du caractère.
10. Trois choses abaissent l'homme : la terre infertile, une mauvaise
femme, et un mauvais propriétaire foncier.
1 1 . Trois guerres au milieu de la paix : une mauvaise femme, une
terre infertile, et un mauvais seigneur.
12. On a trois moyens pour gagner la nourriture : la chasse, la cul-
ture de la terre et le commerce,
15. Trois principautés de l'heureux : celle d'être bien servi, celle
d'une bonne nature, et celle de bien garder les secrets; ces choses ne
sont le partage que de l'homme religieux ou bien élevé.
14. Trois choses dévorent le monde : le roi, l'océan et la cité.
15. Trois choses atteignent l'homme à l'improviste : le sommeil, la
vieillesse, et le péché.
16. Trois choses douces en ce monde : posséder, prospérer et pécher.
17. Trois puissances du monde : le seigneur, le héros, et celui qui ne
possède rien.
18. Trois choses dont on ne peut se passer, bien qu'elles causent
beaucoup de mal : le feu, l'eau et le roi.
19. Trois martyres qui ne tuent personne : la libéralité du pauvre, la
chasteté d'un jeune homme, et le soutien suffisant sans richesse.
20. Trois choses qu'il est difficile d'aimer : un lévrier lent, un poète
lourd, et une femme laide.
2 1 . Trois êtres envers lesquels on doit être miséricordieux : l'étran-
ger, la veuve et l'orphelin.
22. Trois choses pour lesquelles on doit rendre grâce à cause de la
440 Extraits des Dictons du sage Cadoc.
facilité qu'il y a à s'acquitter : l'invitation, le cadeau et l'avertisse-
ment.
2 3 . Trois choses font persévérer l'homme longtemps dans la méchan-
ceté : la malice, la mauvaise nature et la gourmandise.
24. Trois choses soutiennent le bonheur d'homme : les bonnes quali-
tés, la bienveillance, et la longanimité.
2$. Trois choses facilitent le voyage : la prière, le dîner et le bon
camarade.
26. Trois obstacles du voyage : de grands cris, le mauvais temps et
le combat.
27. Trois choses causent le bonheur de leur possesseur : le pouvoir
de se soutenir, des disputations raisonnables, et le pouvoir d'endurer
fortement.
28. Trois belles choses de Phomme : le savoir, les bonnes qualités et
la douceur.
29. Trois choses haïssables dans l'homme : l'ignorance, les mauvaises
qualités et la haine.
30. Trois choses essentielles du savoir : un cœur pour penser, une
langue pour exprimer, et une mémoire comme une cavité pour garder.
3 1 . Trois oiseaux du même nid : celui qui bride sa langue, un poète
distingué, et la confession divine.
32. Trois choses accomplissent leur parole fidèlement : la mort, la
vengeance de Dieu, et la pénitence.
33. Trois choses qui ne souffrent pas qu'on se moque d'elles : la
santé, la prospérité et l'âge.
34. On ne gagne pas de sainteté oij se trouvent ces trois choses : l'or-
gie, l'orgueil et la convoitise.
35. Trois signes de la sainteté : l'amour parfait, l'obéissance digne
d'homme, et le silence aimable.
36. Trois signes du voleur : la langue interrogative, l'œil scrutateur,
et le visage craintif.
37. Trois choses marquent l'homme honnête : les lèvres silencieuses,
les yeux calmes, et le visage sans peur.
38. Trois choses essentielles pour faire tout : le savoir, la force et la
volonté.
39. Trois choses suivent l'heureux : l'amour, la paix et la joie.
40. Trois choses suivent les méchants : la haine, la résistance et la
tristesse.
41. Trois choses haïes de Dieu et des hommes : l'apparence féroce,
la langue trompeuse et l'habileté dans le mal.
Extraits des Dictons du sage Cadoc. 441
4^. Trois choses qu'on ne doit pas faire à la hâte : la guerre, le grand
festin et le procès.
44. Trois signes du sage : l'amour de son logis, ses efforts et sa
patience.
45. Trois choses dont on ne devrait pas se mêler : un chien étranger,
une inondation subite et l'homme qui se considère sage.
46. Il y a trois beautés de la campagne : la grange, la forge et l'école.
47. Trois choses dont la possession vaut mieux que la privation, quel-
que mauvaises qu'elles soient : un prêtre, un roi et une femme.
48. Trois malheurs du cultivateur : le serviteur paresseux, la semence
dégénérée, et la terre trop exposée.
49. Trois choses désagréables : la maison sans femme, le garde-
manger sans aliments, et le corps sans santé.
50. Trois qualités de l'homme plaisent à Dieu : la justice, la miséri-
corde et l'obéissance.
CXCI. — LES DITS DE LA CORNEILLE :
1 Une corneille, cherchant sa nourriture,
Chanta ce dicton dans une vallée :
La science n'est science qu'à celui qui la suit.
2 Une corneille chanta ainsi sur un chêne,
Planté près de l'union de deux fleuves :
L'intelligence surpasse la force.
3 Une corneille chanta ainsi sur une colline,
Pendant une heure tranquille :
Le bon Dieu suffit à l'homme heureux.
4 Une corneille chanta ainsi du haut d'un rameau de chêne,
Oij tous les oiseaux l'entendaient :
On ne sonne pas la cloche aux sourds.
5 Une corneille chanta ainsi à l'aube du jour,
A ceux qui l'interrogeaient sur sa repentance :
Le sage ne s'occupe pas de ce qui ne lui importe pas.
6 Une corneille chanta ainsi sur un rivage,
A ceux qui ne savaient pas tirer parti de leur situation :
Il n'y a de possession que le savoir.
7 Une corneille chanta ainsi dans une solitude.
Et on entendait de loin son discours :
Le courageux dompte toute circonstance.
8 Une corneille chanta ainsi dans un bocage.
442 Extraits des Dictons du sage Cadoc.
Où des orgueilleux se disputaient :
A la mort tous les hommes se trouvent égaux.
9 Une corneille chanta ainsi de la branche d'un arbre,
S'adressant à tous les oiseaux des bois :
Le sage se voue à son Créateur.
10 Une corneille chanta ainsi dans une retraite,
Où elle trouva des gens qui faisaient une orgie :
Il n'y a pas de danger plus grand que la mauvaise compagnie.
1 1 Une corneille chanta ainsi de la branche d'un frêne,
A des oiseaux avares :
Pauvre est celui qui n'a jamais assez.
1 2 Une corneille chanta ainsi dans un désert,
A sa camarade de voyage :
Le bonheur c'est le contentement, sans avoir rien à espérer de plus.
1 3 Une corneille chanta ainsi sagement
A des gens qui ne marchaient pas avec intelligence :
Un festin n'est pas festin aux dépens de la part d'autrui,
14 Une corneille chanta ainsi à son petit,
Pour qu'ils vécussent ensemble :
Chaque être aime son semblable.
1 5 Une corneille chanta ainsi avec sagesse
A des gens qu'elle trouva être insensibles à la persuasion :
Tenir la chandelle à l'aveugle, c'est chose très-inutile.
Traduit du Gallois par W. G. Jones.
MÉLANGES.
A PARALLEL.
(Lebar Brecc, p. 63 b.)
Garit iarsin cotanic araile fer sochen^oil codubthach dochuinchid ain-
gine. batol dodhubth^c/^ 7 diam^îcaib inni'sin. rosopust^îr tra hrigit.
Alhen hvdthair diabralhrib friasi .i. beccan aainmsium. isespach insûil
câeim fil atchindsa cenabeith foradart hi/ail /ir. Ro/it/r m^c nahingine
olhrigiî nibeoda dùnni masahi dosheir pûdar forinn. Dorât hrigit indsin
amer fôasùil conastaW asacind combôï foragruad. 7 atb^rt acso duit dosùil
nalaind abeccain. Moidis ira asuilside foché/oir. Otchonnairc àubthach 7
abrcithirsi sin. gellsat nachepertha fr/a dul cofer dogres dorât iarsin ader-
naind fnarosc combahôgslan iochétoïr. nirboslan ira sûil béccain côabâs.
Translation.
Shortly àfter that came a certain man of good kin unto Dubthach to
bid his daughter (to wife). Dubthach and his sons were willing, but
Brigit refused. A brother of her brethren named Beccân said unto her :
"Idle is the fair eye that is in thy head not to be on a bolster near a
husband." ''The Son of the Virgin knoweth,'' says Brigit, ''it is not
lively for us if it brings harm upon us." Then Brigit put her fmger
under her eye, and drew it out of her head till it was iying on her
cheek ; and she said : ''Lo, hère for thee is thy delightful eye,
O Beccân !" Then his eye burst forthwith. When Dubthach and her
brethren beheld that, they promised that she should never be told to go
unto a husband. Then she put her palm to her eye and it was quite
whole at once. But Beccân's eye was not whole till his death.
444 Un conte populaire dans l'Evangile.
(From the Katlui-sarit-sûgara translatée! by C. H. Tawney.;
There lived in old times a certain Prince who was disgusted with the
world, and he, though young and handsome, adopted the life of a wan-
dering hermit. Once upon a time that beggar entered the house ofa
certain merchant and was beheld by his young wife, with his eyes long
as the leaf of a lotus.
She with heart captivated by the beauty of his eyes said to him.
"How came such a handsome man as you to undertake such a vow as
this? Happy is the woman who is gazed upon with this eye of yours!"
When the begging hermit was thus addressed by the lady, he tore
out one eye, and holding in his hand said "Mother, behold this eye such
as it is : take the loathsome mass of flesh and blood if it pleases you.
And the other is like it : say what there is attractive in thèse?"
Simla : April, 1877.
W. S.
UN CONTE POPULAIRE DANS L'ÉVANGILE.
L^histoire, ou mieux la parabole, que nous donne M. Stokes dans
la note précédente, est plus ancienne que les textes irlandais et indou
où l'on vient de la lire. En effet, on en trouve déjà la trace dans l'Évan-
gile (Mathieu, V, 28-29) :
Ego autem dico vobis, quia omnis qui viderit mulierem ad concupis-
cendum eam, jam mœchatus est eam in corde suo.
Quod si oculus îuus dexter scandalizat f^, erue mm etprojice ab te; expe-
dit enim libi ut pereat unum membrorum tuorum, quara totum corpus
tuum mittatur in gehennam.
Ces paroles de Jésus sont, ce nous semble, une allusion à la parabole
en question. Celle-ci était donc déjà populaire en Judée, il y a dix-huit
siècles; était-ce un écho des récits bouddhiques?
M. Gaston Paris nous signale un épisode analogue dans Baudouin de
Sebourg, poème français du xiv^ siècle. Poliban, pour se punir d'avoir
regardé une dame « de ses yeux doucement «, s'arrache l'œil qui avait
commis le péché. {Hist. litt. de la France, t. XXV, p. 577.)
M. Paulin Paris, auteur de la notice de VHist. litt.^ voit là une imita-
tion du livre de Marco Polo où l'histoire est racontée d'un vertueux
Owcn de Galles. 445
cordonnier. Voici le passage d'après la vieille traduction française de
Marco Polo : « Moult menoit honeste vie et chaste : il junoit et ne fai-
soit nul péchié. Chascun jour aloit oïr messe, et donnoit chascun jour à
Dieu de son gaaing. Si n'avoiî que un ueil et l'occasion en fu ceste : il
avint que un jour vint une famé a lui pour faire lui uns sollers, et li
monstra son pié por prendre la mesure. Et ele avoit moult bêle jambe
et moult beau pié. Si s'escandaliza trestout. Et il pluseurs fois avoit oï
dire en la sainte Evangile que se l'ueil escandalisoit la conscience, este-
voit traitre-le hors de la teste maintenant, avant que peschier. Et ensi
fist-il, et quand la feme fu partie, si prist Palene de quoi il cousoit et
s'en donna parmi l'ueil, si que il le creva. Or veez se il estoit saint
homme et juste et de bonne vie. » Cité dans VHisî. lin. de la France,
t. XXV, p. 570.
H. G.
Paris, Mars 1878.
OWEN DE GALLES.
Owen de Galles, écuyer, prétendait descendre des anciens souverains
du pays de Galles, et son compatriote Jean (Laroque et M. Paulin Paris
ont lu Jacques] Wynn, dit le Poursuivant d'amours, se rallia au parti fran-
çais dans le courant de 1369' [Gr. Chron.^ VI, po; Arch. Naî., LL 197,
n° 41. Le 24 octobre 1365, « Johan Win, escuier », alors au service
d'Edouard III, avait été chargé par ce prince, ainsi que Nichol de Tam-
worth, chevalier, de faire évacuer les forteresses des comtés de Bour-
gogne, de Nevers et de Rethel occupées par les Compagnies anglaises
(Rymer, III, 777). Dans un mandement du 13 février 1379 (n. st.) où
cet écuyer gallois, devenu l'écuyer d'écurie du roi de France, est retenu
pour 95 hommes d'armes, on donne aussi à Wynn, « dit Poursigant »,
le prénom de Jean (Delisle, Mandements de Charles Y, p. 739, 896). Le
I. Jean Win ou Wynn était alors capitaine pour Jean de Gand du château de Beaufort
en Champagne, devenu par un mariage au siècle précédent la propriété des Lancastre.
Ce Beaufort, qui a pris au dix-septième siècle le nom de Montmorency (Aube, arr.
Arcis-sur-Aube, cant. Chavanges), a donné son nom à l'une des plus illustres maisons
ducales de l'Angleterre, à la maison de Beaufort, issue de Henri, duc de Somerset, le
second fils légitimé de Jean de Gand, duc de Lancastre, et de Catherine Swinford. C'est
par erreur que le Peerage, à l'article Beaufort, rapporte l'origine de cette grande famille
au Beaufort de l'Anjou ou Beaufort en Vallée, berceau des Roger qui devinrent au qua-
torzième siècle vicomtes de Turenne et montèrent sur le trône pontifical avec Clément VI
et Grégoire XI.
44^ Owen de Galles.
Poursuivant d'amours était encore au service de Charles VI le 19 février
138J (Arch. Nat., JJ 122, n» 128).
Dans le courant du mois de décembre 1 369, Charles V chargea Owen de
faire une descente dans le pays de Galles; une flotte considérable fut
armée à Harfleur, et plus de cent mille francs furent dépensés en prépa-
ratifs; mais les Gallois, après être restés en mer dix ou douze jours,
regagnèrent les côtes de France sans avoir rien fait [Grandes Chroniques,
VI, 320 a 322). Philippe d'Alençon, archevêque de Rouen, avait prêté
2000 francs pour cette expédition et, le 16 janvier 1 370 (n. st.), le roi
donna l'ordre de lui rembourser les trois quarts de cette somme [Mandem.
de Charles V, p. 317). Pour recruter les équipages de cette flotte impro-
visée, on fit flèche de tout bois, et en novembre 1 369 un malfaiteur eut
sa grâce « parmi ce toutes voies qu'il promettroit que avecques la première
armée des gens d'armes que nous ferons passer en Engleîerre il iroit souffisam-
ment appareiUiez. « Arch. Nat., JJ 100, n° 307. — Telle fut la popula-
rité, la « grant mencion de l'armée qui se fist en la mer par Yvain de
Galles », qu'il y eut jusqu'à un orfèvre de Paris, Andriet le Maître, <' qui
fist chevance de deux chevaux, quant Yvain de Galles se mist en la mer,
et s'en ala avec icelui Yvain. « JJ, 100, n" 633 ; JJ 102, n" 1 3 1.
Dans un acte, daté de Paris le 10 mai 1 372, où il se reconnaît rede-
vable de 300,000 francs d^or envers le roi de France, Owen de Galles
reproche aux rois d'Angleterre, « meus de mauvais courage et de convoitise
damnée «, d'avoir « occis ou fait occire aucuns de ses prédécesseurs, roys
de Gales, et iceux mis hors et déboutés du dit royaume « JJN, f 55,
n° 27. — A la fin de ce même mois de mai 1 372, Owen de Galles, mis
à la tête d'une flotte de quatorze barges dont il partageait le commande-
ment avec Morelet de Montmor, opéra une descente dans l'île de Guer-
nesey, où il battit les Anglais ; et cependant, comme le raconte un con-
temporain [Chron. des quatre premiers Valois, p. 230 et 2 3 il, « sachiez
que jeunes femmes et les baisselettes (diminutif de basse, jeune fille, ser-
vante, dans le patois du Dessin) des dictes ysles avoient, en ce printemps
de lors, fait chapeaulx de flours et de violettes et les avoient donnés
aux jeûnez hommes, et leur disoient que cil se dévoient bien deffendre
qui les avoient à amies. t>
Le 23 juin suivant, Owen de Galles aida la flotte espagnole, com-
mandée par le Génois Ambroise Boccanegra, à battre le comte de
Pembroke en vue de la Rochelle [Chron. des Valois, 232 à 234) ; et,
le 23 août, il partagea avec Jacques et Morelet de Montmor la gloire
de la défaite et de la prise du célèbre Jean de Grailly, captai de
Buch [Arch. Nat., J 475, n" 100'). Un chroniqueur nous a rapporté
Owen de Galles. 447
l'apostrophe injurieuse, digne en tout point des héros d'Homère, qu'un
homme d'armes anglais adressa, au milieu du tumulte de la mêlée, à
Owen de Galles : « Où es-tu allé, faux traître Owen de Galles, faux
renié (renégat) ? Aujourd'hui sera vengé le roi d'Angleterre et de France
de toi ! )) — « Voyez-moi ça ! » se contenta de répondre l'écuyer gallois
et, ce disant, il asséna à son adversaire un tel coup de hache qu'il l'abat-
tit par terre à ses pieds [Chron. des Valois, 2^9). Le 9 juin 1373,
Charles V retint Owen à son service avec cent hommes d'armes (Delisle,
Mandements de Charles V, n° 965, p. 502) et le nomma capitaine de
Soubise, l'une des places les plus importantes de la Saintonge, dont il
s'était emparé [Arcli. Naî., KK 251, f* 127). Un écuyer gallois, nommé
Jean Lamb, tua par trahison Owen de Galles, pendant le siège de Mor-
tagne-sur-Gironde, au commencement de 1 378.
Pendant le règne de Charles VI, deux écuyers gallois, amenés sans
doute en France par Owen de Galles ou par Jean Wynn, l'un dit Petit
Grifon, l'autre nommé David Abaza, s'établirent et se marièrent en
Touraine [Arch. Nat., JJ 122, n° 85; JJ 123, n° 74); et lorsqu'en 1404
Owen Glendower, après avoir levé l'étendard de l'insurrection contre
Henri IV, conclut avec le roi de France un traité d'alliance ratifié et
scellé par tous les barons de la principauté de Galles [Arch. Nat.,L 655,
n° 14), il ne manqua pas de se réclamer des services rendus naguère à
Charles V par son cousin Owen de Galles : « Ad id audaciam prsestitit,
dit le religieux de Saint-Denis, quod famosus quondam armiger Yvo de
Gallia, eu/ /ure consanguinitatis successerat, in servitio régis Franciae nuper
defuncti occubuerat ». Tout le monde sait que les Owen, de la branche
des Tudor, ceignirent la couronne d'Angleterre avec Henri VII, petit-
fils d'Owen Tudor et de Catherine de France, veuve de Henri V. Par
cette double origine, Henri VII rappelait en quelque sorte l'alliance sécu-
laire des deux maisons de France et de Galles, quoiqu'il se rattachât par
sa mère aux Somerset, branche légitimée de la maison de Lancastre.
Siméon Luge.
LE SONGE DE MARIE
PRIÈRE POPULAIRE GALLOISE.
Nous avons donné dans Mélusine plusieurs prières populaires fran-
çaises 'col. 69, 188, 308, 390,404) et une allemande (col. 391) et nous
aurions voulu pouvoir donner plus de spécimens de cette variété pieuse,
et souvent très-poétique, de la littérature populaire. En feuilletant récem-
448 Le Songe de Marie.
ment la collection de VArchaologia Cambrensis, nous y avons trouvé
(3« sér., t. XI, p. 597) une prière populaire galloise, la seule peut-être
qui ait été recueillie, et nous croyons utile de la reproduire ici.
Elle était communiquée à VArch. Cambr. par M. John Pughe qui
l'avait recueillie de vieilles gens. C'est, comme on le voit, une prière
catholique d'esprit, qui avait survécu à la Réforme, mais qui a sans
doute aujourd'hui disparu, avec nombre d'usages et de pieuses pratiques
du passé, devant le fanatisme que le Dissent a imprimé au pays de
Galles.
BREUDDWYD MAIR.
Mam wen Mair^ wyt îi yn huno ?
— Ydwyf, fy anwyl Fab, yr wyf yn breuddwydio.
— Mam wen, beth a weli yn dy freuddwyd?
— Gwelef yîh ymlid^ ath ddilin, ath ddal atli roi ar y groes ;
A hoelio dy draed ath ddwylo.
Cwr du dall, wedi'r fait ei dwylloy
A plîig ei ffon, dy biga di dan dy fron ddethaa,
Ath holl waed bendigedig yn colli.
0 drosfynydd, ac oerfynydd,
Gwelwn Mair, ai phen ar obenydd,
Yn îirio lie rlmng pob enaid ac uffern.
Tir uffern byth nas cerddo
Y sawl ai medro, ac ai dywedo
Dair gwaith cyn huno :
Byth wnaiff breuddwyd drwg niwed iddo.
LE SONGE DE MARIE.
Sainte mère Marie, dors-tu ?
— Je dors, mon fils chéri, je songe.
— Sainte mère, que vois-tu dans ton songe ?
— Je te vois poursuivi, traqué, pris et mis sur la croix,
[Et] un homme noir, aveugle, trompé par le Dém.on
Avec la pointe de sa lance te percer sous le sein.
Et tout ton sang béni se répandre.
Par delà la montagne, la froide montagne,
Voyons Marie, la tête sur un oreiller (.?)
Creuser un espace entre chaque âme et l'enfer.
Quel(jues Noms de Saints bretons. 449
Au pays de l'Enfer jamais il n'ira
Quiconque la saura, et la dira [cette prière]
Trois fois avant de s'endormir,
Jamais un mauvais rêve ne lui fera de mal.
H. G.
QUELQUES NOMS DE SAINTS BRETONS
DANS UN TEXTE DU XI*" SIÈCLE.
Je dois à l'obligeance de M. L. Delisle, administrateur général de la
Bibliothèque nationale, la connaissance du texte suivant qui se trouve
aux f°* 9 v° et 10 ro du manuscrit latin 1154. Ce manuscrit date du
xi^ siècle et provient de l'abbaye de Saint-Martial de Limoges. Il est
par conséquent de la même date que les parties les plus anciennes du
Cartulaire de Redon et peut donner lieu à d'intéressants rapprochements
avec ce Cartulaire :
Guiniau est dans le Cartulaire Winiau
Meguinnus — Mewinus
Judicalus — Judicael
Gurthiernus — Gurtiernus
Ce dernier mot, Gurthiernus pour Vertigernos, nous donne un exemple
de la chute du g dans l'intérieur des mots suivant la règle, Gr. C.^,
P- 137-
D'autres noms contenus dans notre document ne se trouvent pas dans
le Cartulaire de Redon. Tel est Suliau = *Soliavos (?).
Voici ce texte qui est un fragment de litanies :
S. Paterne, orLa pro nobis]
S.
Matith, or.
S. Patrici, or.
S.
Catroc, or.
S. Samsoni, or.
S.
Caoc, or.
S. Suliau, or.
S.
Brioc, or.
S. Meleor, or.
S.
Ronan, or.
S. Guiniau, orj
S.
Tutgual, or.
S. Racat, or.
S.
Jubudoc, or.
S. Pinnuh, or.
S.
Paulninan, or.
S. Machlove, or.
S.
Hoiarnbiu, or.
S. Meguinne, or.
S.
Guodnou, or.
S. Judicale, or.
s.
Guingualui, or
S. Gurthierne, or.
S.
Courentin, or.
Rev. Celt. 111
?l
450 L^ arc-en-ciel.
S. Juti, or. S. Gurgualr, or.
S. Dirchil, or. S. Maccent, or.
S. Petran, or. S. Leubri, or.
S. Gildas, or. S. Rethgualt, or.
S. Salmon, or. S. Armine, or.
S. Loviau, or. S. Lisure, or.
S. Bili, or. S.Gueganton, or.
S. Flocan, or.
H. D'A. DE J.
L'ARC-EN-CIEL.
Il existe dans le peuple, en Basse-Bretagne, plusieurs traditions inté-
ressantes relatives à l'arc-en-ciel. M. Ernault en a déjà fait connaître
une, dans Mélusine, colonne 502. En voici une autre.
Une croyance populaire fort répandue dans le département des Côtes-
du-Nord, et surtout dans l'arrondissement de Lannion, veut que l'arc-
en-ciel soit un grand serpent qui vient se désaltérer sur la terre, lorsque
l'eau lui manque là-haut. Quand nos paysans l'aperçoivent dessinant son
arc immense sur le ciel, ils disent ordinairement : « Voyez! il boit à tel
étang, à tel ruisseau ou à telle rivière. « Je me rappelle fort bien encore,
dans mon enfance, plein de confiance en la parole des personnes qui
nous parlaient ainsi, je me rappelle avoir mainte fois couru à travers
champs et prés pour le surprendre buvant à l'étang de Guernachanhaye,
à celui du Pont-Meur, ou à la rivière du Léguer. Mais, lorsque, accom-
pagné de mes frères et d'autres camarades de mon âge, j'arrivais, tout
essoufflé, à l'étang ou à la rivière désignée, notre désappointement était
grand de nous apercevoir qu'il était toujours plus loin, à un autre étang
ou à une autre rivière, ou que nous arrivions trop tard. Cependant nous
ne perdions pas l'espoir d'arriver quelque jour en temps et en lieu oppor-
tun. Quelques personnes qui, plus heureuses que nous, prétendaient
l'avoir surpris et vu de près pompant l'eau de nos étangs et de nos
cours d'eau, affirmaient qu'il avait une énorme tête de serpent, avec des
yeux flamboyants ; d'autres assuraient avoir vu une tête de taureau ou
de bœuf.
L'arc-en-ciel s'appelle en breton goarec ar glao, c'est-à-dire : Varc de
la pluie. Mais, par une altération du langage très-fréquente dans le
peuple, on dit communément aujourd'hui, dans tout l'arondissement de
La Lune. 45 1
Lannion, et dans celui de Guingamp aussi : Kloarec ar glao, clerc de la
pluie. La substitution de kloarec à goarec a été opérée et rendue facile
par la consonnance ou la ressemblance phonétique de ces deux mots et
surtout par l'archaïsme relatif de goarec qui, dans certaines régions, com-
mence à tomber en désuétude et est à peine compris. « On sait, —
dit avec raison M. Bréal, — quelle influence l'étymologie populaire peut
exercer sur la forme d'un mythe : un nom qu'on ne comprend plus est
décomposé et expliqué par un conte. «
Je suis convaincu qu'il existe dans nos campagnes bretonnes quelque
conte populaire sur le kloarec ar glao ou clerc de la pluie : je ne l'ai pas
encore découvert, mais le dicton : Hir ha moan evel cloarec ar glao, c'est-
à-dire : Long et mince comme le clerc de la pluie, est connu de tout le
monde, en Basse-Bretagne.
F. M. LuzEL.
LA LUNE.
Parmi les nombreuses traditions et superstitions relatives à la lune
qui existent dans nos campagnes bretonnes, en voici trois qui me revien-
nent à la mémoire.
Par les belles nuits d'été ou d'hiver, quand la lune, claire et sans
nuages, paraît au haut du ciel, on distingue facilement sur son disque
certains dessins et figures bizarres où l'imagination de nos paysans croit
reconnaître la forme d'un homme ployé sous le faix d'une lourde charge
d'ajoncs. C'est ce qu'ils appellent al la'cr lann, — c'est-à-dire — le voleur
d'ajoncs.
Cela suppose un conte, et le voici :
Un soir d'hiver, par un beau clair de lune, un seigneur, en revenant
un peu plus tard que d'habitude de la chasse, rencontra un sien voisin,
assez mal famé, qui portait sur son dos plusieurs fagots d'ajonc sec. Il
l'aborda et lui dit : — Tu as pris cet ajonc dans ma lande. — Faites
excuse, monseigneur, répondit le paysan, cet ajonc ne vous appartient pas.
— Jure-le donc, par la lune que voilà. Et il lui montrait du doigt la
lune, au haut du ciel.
— Que la lune m'engloutisse, si j'ai pris cet ajonc sur vos terres !
Et comme il mentait et qu'il avait volé l'ajonc sur les terres du sei-
gneur, la lune l'engloutit; et il y est depuis, condamné à porter éternel-
lement son faix d'ajonc et à servir de leçon aux enfants, à qui leurs pères
montrent al la'er lann, en leur contant son histoire, pour leur inspirer le
452 La Lune.
respect de la propriété d'autrui, par la crainte d'un châtiment semblable.
On croit encore dans nos campagnes qu'une jeune fille ou une jeune
femme qui sort le soir de sa maison pour uriner, ne doit jamais se tour-
ner vers la lune pour satisfaire à ce besoin naturel, surtout si la lune est
cornue, c'est-à-dire dans ses premiers quartiers, ou sur le décours. En
commettant cette imprudence, on s'exposerait à être loaret ou lunée,
c'est-à-dire à concevoir par la vertu de la lune. On cite des exemples de
jeunes filles ou de femmes à qui ce malheur est arrivé, qui ont mis au
monde des enfants fils de la lune et que, pour cette raison, on appelle
loarer, c'est-à-dire lunatiques.
Je ferai remarquer, à ce propos, que les personnes portant le nom de
Loarer sont communes en Bretagne ; mais je ne sais si l'on doit rapporter
l'origine de leur nom à cette superstition, qui a toujours cours dans nos
campagnes, et tout dernièrement encore une femme en parlait devant
moi, d'un air très-convaincu.
Dans un de mes contes bretons, intitulé La destinée^, un moine, passant
un soir près d'une maison, à la campagne, entend les cris d'une femme
dans le travail de l'enfantement. Il entre précipitamment dans la maison
en s'écriant : — Pour l'amour de Dieu, ma pauvre femme, faites tous
vos efforts pour retarder le moment de la venue au monde de votre
enfant, car la lune est en train de se pendre !
Voici la superstition à laquelle ce moine fait allusion. L'enfant qui naît
au moment où la lune est en train de se noyer ou de se pendre, doit se
noyer ou se pendre fatalement. Or, dans le peuple de nos campagnes,
on dit communément que la lune se noie, quand elle parait ballottée au
milieu de nuages mouvants qui ressemblent plus ou moins aux vagues
de la mer ; et elle se pend, lorsqu'elle paraît suspendue par sa corne
supérieure à un nuage qui offre quelque ressemblance avec un arbre ou
une potence.
Je rappellerai encore à ce propos le proverbe suivant, que j'emprunte
à l'excellent recueil de proverbes et dictons bretons que vient de publier
mon ami L. Sauvé, sous le titre de : Lavarou Koz Breiz-lzel, et dont la
Revue Celtique a eu la primeur :
Kamm, luch^ born,
Zo ganet indan ar c'horn.
Boiteux, louche, borgne,
Sont nés sous la corne.
C'est-à-dire, très-probablement, sous la lune cornue, ou le croissant de
la lune.
F. -M. LuzEL.
I. Voir Milusine, col. 523.
The Killecn Cormac Stone again. 455
THE KILLEEN CORMAC STONE AGAIN.
L'École des Hautes Études, pour fêter le dixième anniversaire de sa fondation,
a publié un volume de Mélanges offerts comme Fcslgabc à son fondateur,
M. Duruy. Nous avons donné à ce volume une Notice sur les inscriptions lutines
de l'Irlande {p. 121-155 avec sept planches).
La plus curieuse de ces inscriptions est celle qui se trouve sur la pierre de
Killeen Cormac. Cette pierre, découverte par M. l'abbé J. F. S. Shearman,
porte une inscription oghamique et une inscription en caractères romains qui a
été lue par les uns IVVENE DRVVIDES, c'est-à-dire « [la pierre] du jeune
Druide »; par les autres IVVERE DRVVIDES, c'est-à-dire « les quatre vrais
Druides » (litt. « quatre vraiment Druides », {juctuor vere Druides).
Nous nous sommes prononcé pour la lecture IVVENE DRVVIDES surtout
parce que la barbarie de ce latin {iuvene Druuides pour iuvcnis Druidis) s'accor-
dait avec les formes ordinaires des inscriptions contemporaines de la Grande-
Bretagne, et parce que cette barbarie même était une garantie d'authenticité
pour une inscription que le nom des Druides rendait bien suspecte.
A cette occasion M. l'abbé J. F. Shearman nous a fait l'honneur de nous
écrire pour défendre la lecture IV vere Druides. Son principal argument est la
mention dans de vieilles chroniques d'un Druide et de ses trois fils qui auraient
été enterrés en cet endroit. Le lecteur appréciera cet argument, et tiendra
compte des détails très intéressants que fait connaître notre obligeant corres-
pondant.
Pour nous, nous avouerons que s'il fallait adopter cette lecture, nous met-
trions en doute l'authenticité de l'inscription latine. IV VERE DRVVIDES
« four really Druids » nous paraît trop précieîjx et trop joli pour être vraiment
du latin épigraphique. Les inscriptions de cette époque ne visent pas à l'esprit,
et les inscriptions chrétiennes encore moins; or, de l'avis de M. l'abbé J. F.
Shearman, cette inscription serait l'œuvre d'un ecclésiastique. Remarquons
aussi qu'il faudrait lire DRWIDES plutôt que DRVVIDES. Ce w nous paraît
très suspect, et pourrait bien venir d'un lapfcide qui connaissait l'anglais ou le
gallois moderne.
Remarquons encore, comme une autre raison de défiance, que seule des ins-
criptions latines d'Irlande elle est en caractères vraiment épigraphiques : toutes
les autres sont en caractères de l'alphabet cursif. Celle même de Cahir Conree
(n» 2 de notre notice) est un mélange du caractère épigraphique et du caractère
cursif et se rattache plutôt à ce dernier caractère. Et M. l'abbé Shearman place
la date de l'inscription de Killeen Cormac vers 550! A cette époque les carac-
tères réguliers dont se compose cette inscription étaient-ils encore employés?
En résumé, à examiner cette inscription de plus près, elle nous inspire aujour-
d'hui les doutes les plus sérieux sur son authenticité. Nous laissons aux savants
d'Irlande le soin de chercher par qui et à quelle époque elle aurait pu être
fabriquée.
454 ^''^ Killeen Cormac Stone again.
Comme élément d'information, nous reproduisons ci-contre la planche I de
notre notice où ce monument est représenté, et, comme l'inscription oghamique,
très peu profonde, se voit mal sur la planche, nous la donnons ci-dessous (p.
457) à part : dans ce dessin la ligne droite figure l'arête de la pierre sur laquelle
se déroule l'inscription.
Quatuor vtrt Drwides est étrange comme latin. Mais l'étrangeté disparaît si
l'on pense que l'auteur de l'inscription a voulu rendre par là une expression qui
est de l'anglais tout à fait correct : Four vcry Druids.... Cela même nous explique
pourquoi le faussaire a dit vere et non veri. Quoique l'anglais ifr}' soit également
adjectif et adverbe, néanmoins l'instinct de la langue le considère plutôt comme
adverbe : de là vcre.
En un mot, cette prétendue inscription est du mauvais latin calqué sur un
idiotisme anglais. Nous regrettons d'avoir incliné à la croire authentique dans la
notice citée plus haut, et nous saisissons cette occasion de faire notre mca culpa.
Au surplus, nous ne prétendons pas imposer notre opinion au lecteur; il
jugera par lui-même.
H. G.
To the Editor of the Revue Celtique.
My dear Sir,
I hâve read with very great interest your notice of « Latin inscrip-
tions in Ireland )>. As I was the first person to bring under the notice
of Antiquaries and Philologists the Druid Stone at Killeen Cormac, with
its almost unique bilitteral inscription, I begthrough the médium of your
Journal to append some additional information on this most interesting
monument. My reason for doing so is that since the publication of the
a Christian Inscriptions of Ireland « by Miss Stokes, I hâve not lost
sight of my discovery and hâve got together a great deal of interesting
détails connected with that vénérable monument and the ancient cemetry
wherein it is preserved.
That it is a genuine relie of past âges, and of the great antiquity
claimed for it, has never been called into question by the late D"" George
Pétrie, D'' Stokes, or Sir Samuel Ferguson and others fully compé-
tent to judge of its true character, at the time of its discovery, when
there was no collatéral évidence to support its prétentions to the anti-
quity claimed for it, their judgements rested soley on the intrinsic évi-
dence of the monument itself, with its vénérable surroundings at Killeen
Cormac.
The Ogham inscription taken from the Christian Inscriptions is quite
correct as are also the Roman letters with this one exception viz. the letter
represented as N in ivvene as given by miss Stokes, who adopted the
description given in my first notice of this monument. My idea then was
The Killeen Cormac Stone again. 455
that iwene may hâve been an attempt to express what I thought might
read (D)uftan. (D)uffan or (Dluftac, for at that time I had an ideathat
this inscribed stone was the sépulcral monument of Dubhtach mac Ua
Lugair, which 1 subsequently discovered it to be, but on other grounds.
The letter then read as N, on a more careful examination proved to be
the letter R, the loop or round part of which is lost by the decay or lami-
nation of the surface at that précise spot. The upright line is quite plain
and discernible ; the oblique transverse or tail is equally visible and well
marked, thus the first group of letters is IVVERE which D'" Graves the
bishop of Limerick read from the rubbing: IVVERE DRVVIDES the
Four True Druids. This reading was then adopted by Doctor now Sir
S. Ferguson. The Ogham inscription reading « Duftano Safei sapattos»,
comfirmed my views that Dubhtach mac Ua Lugair was one of the
Four true Druids ; he was antecedently well known to me from the réfé-
rences to him in the various Lives of S. Patrick, and from his poems
published by Eugène O'Curry in his « Lectures on the mss. materials for
Irish History «.
Your notice does not refer to Dubhtach or connect him with this
ancient monument, his history is of the greatest interest. According
to the account in the Tripartite and other Lives of S. Patrick our
national Apostle, Dubhtach mac Ua Lugair or Lugil, was Head Druid
or Poet to Leaghaire mac Niall king of Ireland AD 428-463. At the
interview of S. Patrick with that king at Tara, Dubhtach aloneofall
the other druids stood up on the approach of the Apostle to pay him due
respect though it was otherwise previously arranged that no one should
do so. Dubhtach then became a Christian and continued the fast friend
of the Apostle. After the death of king Leaghaire in 463, Dubhtach
became the head poet to Crimthann mac Enna Cinnselagh king
of Leinster till his death AD 484. Being deprived of his paternal
lands in the Hy Lugair territory in the south of the présent County
of Kildare, he received as the reward of his poems on the exploits of
his patron Formael-na-bFiann, where two centuries before Fin mac
Cumhal resided ; he was Captain of the Fianna or Irish Standing army
then raised to repel an expected Roman invasion. This place is now
known as Little Limerick in the County of Wexford.
The original name of Dubhtachs patrimonial lands the Cinel or Hy
Lugair survived till the 1 2th Century. In a list of the churches of the
diocèse of Glendalough confirmed in AD 1 175 to S. Lawrence O'Toole
is found « Cillenulugair » situated in the deanery of O'Murthi in the
south of Kildare; its proper form would be Cill fme Ua Lugair i.e. the
456 The Killeen Cormac Stone again.
church of the tribe of the Hy Lugair, another form for Cill fine Cor-
maic, which is derived from a king of Leinster named Cormac who
became a monk AD $ 5 $ and died AD 567. According to the local legend
he was buried at Killeen Cormac. Cil fmé pronounced Cilleen the/being
elided represents the church of the « Tribes ». The Hy Cormaic the Hy
Gaibhla ancient tribes in Mid Leinster, of much power and importance
before the rise of the great families descended of Cathair Mor king of
Leinster and of Ireland for three years before he fell by Conn ced Cathach
AD 177. Cill Fine or Ecclesia Finte was one of the three churches erec-
ted by Palladius in 431 an account of which is given in the Tripartite
Life of S. Patrick. They are fully identified and described in part IV of
Loca Patriciana in the « Journal of the Royal Historical Association of
Ireland ».
When I had made thèse discoveries in référence to Dubhtach and the
old cemetry of Killeen Cormac where he rests, I most unexpectedly aligh-
ted on a passage in the Lebor Brecc which confirmed my previous
investigations and impressions. In the naemsencus or saint history written
about the 9th century by Engus the Celedé preserved in that vénérable
ms. and also in Mac Firbis volume of genealog'es, page75 1 . In that part
which treats of the ancient cemetries of Ireland and the saints who
were buried in them I found the foUowing paragraph :
« Moninde, 7 Lonan 7 Molaisi tri Meic Dubthaig trf h Lugair 7
ingen Conig 7 Mochoema m= h Lugair ho dinlaîha ceneoil Lugair 7 Cruim-
ther noem co muinîir Paîraig aroen re Dubthaigh irfh Lugair... Conlaedh 7
sechî eps 7 secht sagt 7 secht hingena hogai anionnlaîha cineoil Lugair. »
Thus translated « Moninde and Lonan and Molaisi, the three sons
of Dubhtach mac Ua Lugair, and the maiden Coningean and Mo-
choema mac Ua Lugair are [buried] in the marshes (or hill of the mar-
shes) of the Cinel Lugair, and the holy priest of the family of Patrick
are there (buried) with Dubhtach mac Ua Lugair. Conlaedh and the seven
bishops, and the seven presbyters, and the seven young maidens are
(buried) in the marshes' of the tribe of Lugair. » This curious and interes-
ting extract is to my mind a sufficient guarantee for the antiquity claimed
for Killeen Cormac, and the vénérable monumental remains preserved
there. This extract preserved among the litterary remains of Engus
the Celede must hâve been first written after the decease of Bishop
I. Anionnlatha means a marsh, or rather an escar or sandhill in a marsh as Killeen
actually is; dion = dun = Dunum a strong place; latha M'^ W. M. Hennessy equates
with lutum = mud. The land about Killeen was very marshy until the river Greece which
flows through it was deepened to let ofF the water. Mac Firbis uses aroen = una cum.
The Lebor Brecc has immaile = in eodem loco.
The Killeen Cornac Stone again. 4j7
Conleath May ^rd AD. 520, and before the time that his remains were
enshrined at Kildare in S. Brigets church they were taken from his grave
at Killeen Cormac AD 799, at which year the « Annals of Ulster »
record. « Positio reliquarum Conlaid h-i-scrin oir 7 airgit. » « The
placing of the relies of Conlaid in a shrine of gold and silver. »
In the chapter a'ready referred to in Loca Pairiciana, I hâve traced the
history of the sons of Dubhtach, the subject of the Killeen Inscription.
I hâve also essayed to identify Moninde or Monennius with Nennius the
writer of the « Historia Britonum », and with Ninnine Eices, or the
Poet who is the writer of a Hymn in the « Liber Hymnorum ». Monine
travelled in search of ancient Irish books to Wales and Armorica : he
returned after many wanderings to Ireland, and built a church and mo-
nastery at Cluain Conairc Cloncurry C° Kildare, where he died about the
middle of the sixth century about which period also, died his brothers
Lonan and Molaisi who were also ecclesiastics and probably bishops.
Dubhtach their father died at the close of the $th century or very
early in the 6th to which period the Ogham inscription is attributable.
The Roman letters were inscribed after the decease of his three sons
a half century later circa AD $ 50 doubtless by the hands of some pious
disciple of Ninnius, who was either a foreign ecclesiastic or a native
imbued with Roman or Latin culture.
The other personages named in the above passage are ail fully identi-
fied in the papers published in Loca Patriciana, in the Journal of the
R.H.A.I. vol. II 4th séries 1873. They hâve been carried on to the
1 3th 9nd concluding chapter in vol. IV same séries 1878. I intend to
publish them in a separate volume of over 500 pages with about 30 genea-
logical tables illustrating the text.
I must now apologize for having taken up so much valuable space in
the « Revue celtique ». My only object, is to afford your numerous and
learned readers a true and authentic account of one of the most véné-
rable monuments of our national History and Religion.
John Francis Shearman, C. C.
Howth near Dublin, Ireland, october 24th 1878.
Inscription oghamiqut de Killeen Cormac (Irlande).
BIBLIOGRAPHIE
Les premiers habitants de l'Europe, d'après les auteurs de l'anti-
quité et les recherches les plus récentes de la linguistique, par H.
d'Arbois de Jubainville, correspondant de l'Institut. x-3$o p. in-8.
Paris, Dumoulin^ iS??- Prix, 7 fr.
Ce livre est consacré à l'histoire, aux migrations et à l'ethnographie
des peuples qui ont précédé les Celtes en Europe. C'est une introduction
à l'histoire de la race celtique. M. d'A. de J. s'occupe successivement
de chacun de ces peuples : Ibères, Pélasges, Etrusques, Egyptiens,
Phéniciens, Scythes, Thraces, Illyriens, Sicules, Liguses idits vulgaire-
ment Ligures), Hellènes et Italiotes.
C'est l'ouvrage le plus important qui ait paru depuis longtemps sur
cette obscure histoire, non seulement en France, mais aussi en Alle-
magne, et il doit cette importance à la fois à l'originalité des recherches
et à la pénétration ingénieuse de l'auteur. M. d'A. de J. n'a fait ni un
livre de seconde main, ni une compilation : il s'est adressé directement
aux sources, étudiant les écrivains classiques dans leurs œuvres , et non
dans des citations de seconde main , et ajoutant souvent des textes
ignorés ou négligés à ceux qu'on cite traditionnellement de génération
en génération. Egalement familier avec la linguistique et l'histoire^, doué
de la plus fme perspicacité pour saisir les rapports les plus vagues
et les plus obscurcis par le temps, M. d'A. de J. apporte sur de
nombreux points des opinions nouvelles et qui paraissent solidement
fondées. C'est ainsi qu'il a rendu vraisemblable la nationalité indo-
européenne des Ligures, et qu'il a confirmé l'opinion de savants alle-
mands d'après lesquels les Scythes seraient de la même race, et de la
branche iranienne de cette race. M. d'A. de J. est de ceux dont la cri-
tique renouvelle le sujet qu'ils traitent, et dont les livres, malgré leurs
défauts, font époque et autorité.
Malgré leurs défauts^ avons-nous dit : nous sera-t-il permis de les
Bibliographie. 459
indiquer ici, dans cette Revue dont M. d'A. de I. est le plus ferme appui
et dont ses articles sont l'honneur? Notre ami M. d'A. de J. ne se
méprendra pas sur nos intentions ; il sait en quelle estime nous tenons
son érudition et son talent ; c'est dans l'intérêt de la science que nous
lui présenterons quelques observations sur sa méthode, en disant de
notre critique :
... fungar vice cotis, acuîiim
reddere qu£ ferrum valet, expers ipsa secandi.
Le principal défaut que nous nous permettrons de reprocher à M. d'A.
de J., c'est la recherche et l'abus de l'étymologie. Il suffit qu'une hypo-
thèse ingénieuse se présente à son esprit pour qu'il lui donne créance.
H y a dix ans, il nous expliquait par le basque le nom des affluents
champenois de la Seine : aujourd'hui, avec la même ardeur et la même
sincérité, il nous explique par des racines indo-européennes les noms des
peuples les plus anciens de l'Europe. Cela est si séduisant et si aisé de
choisir dans le répertoire des racines et des suffixes indo-européens,
comme dans un trousseau de clefs qui ouvrent toutes les portes, quand
il s'agit de mots dont on ne sait absolument rien, ni à quelle époque ils
ont paru, ni dans quelles circonstances ils ont pris naissance, ni surtout
à quelle langue ils appartiennent ! Voici, par exemple, les Italiens :
M. d'A. de J. nous apprend que leur nom vient de la racine I « aller »,
au moyen d'un suffixe talo, et qu'il paraît vouloir dire « celui qui a la
capacité d'aller », « le voyageur ». « C'est, remarque ingénieusement
M. d'A. de J., un nom très-bien choisi pour désigner le groupe d'hommes
qui a fait la première invasion indo-européenne de la péninsule. » Pour-
quoi donc .'' Est-ce que la seconde invasion de la péninsule n'a pas été
faite également à pied par des gens qui avaient « la capacité d'aller »,
par a des voyageurs » 1 Par le même procédé les Sicules sont « ceux
qui faucillent », les Rhoxolans, peuple scythe, sont « les brillants ».
Pour les Ligures, M. d'A. de J. nous laisse indécis entre le sens propre
et le sens figuré : « Ligas est un nom indo-européen, et veut dire au
sens propre « celui qui va vite », au sens figuré « celui qui réussit». La
corrélation de ces deux sens, propre et figuré, ne nous semble pas
nécessaire ; il y a nombre d'entreprises dans lesquelles on peut ne pas
réussir, justement parce que l'on va vite. — Nous accepterions ces
étymologies préhistoriques, si M. d'A. de J. nous les donnait pour ce
qu'elles sont en réalité, pour des yeux d'esprit; mais nullement: M. d'A.
de J. est dupe de sa propre imagination,, et il lui arrive de tirer des
conséquences de cette sorte d'étymologies. En cela il commet deux
460 Bibliographie.
erreurs : la première, de présenter comme un fait une étymologie qui
n'offre aucune garantie et pour laquelle il n'y a pas de contre-épreuve
possible; la seconde, de croire que cette étymologie, fût-elle vraie,
prouve quelque chose sur la nationalité du peuple qui en est la victime.
Il faudrait en effet prouver qu'il s'agit là du nom que ce peuple se don-
nait à lui-même, non pas d'un des noms que lui donnaient ses voisins'.
Le même manque de mesure se retrouve dans le chapitre des origines
indo-européennes. M. d'A. de J. y passe en revue les mots communs
aux différentes langues indo-européennes, et à l'aide de ces mots il trace
le tableau de la civilisation indo-européenne, antérieure à la séparation
des différentes branches de cette famille. C'est fort bien; mais, écrivant
pour un public qui n'est pas un public de linguistes, M. d'A. de J. aurait
dû soigneusement distinguer entre la concordance établie par l'identité
des mots, qui est un J ait, et l'étymologie de ces mots préhistoriques qui
est une opinion. De plus, M. d'A. de J. demande seulement à une éty-
mologie d'être conforme à la phonétique ; à nos yeux, cela ne suffit pas,
il faut qu'une étymologie soit aussi conforme au sens commun, A ce
point de vue, que penser de ceci : « Fils, sunu, c'est « celui qui en-
gendre « ; fille, dhughtar, c'est « celle qui allaite » ; le fils et la fille sont
pour le père et la mère, les fondateurs de familles futures « ? S'imagine-
t-on les premiers Aryens appelant leur fils le générateur, et leur fille la
nourrice! Il semble bien, d'après une note,*que M. d'A. de J. a pris
cela dans Fick ; mais ne devait-il pas laisser ces fantaisies à leur auteur
allemand ? Nous admettons jusqu'à un certain point que les linguistes se
permettent des hypothèses peu vraisemblables dans des livres écrits
pour les initiés : entre confrères on se passe ses élucubrations réci-
proques ; mais quand on écrit pour un public étranger, comme c'est
ici le cas de M. d'A. de J., on doit redoubler de prudence, on doit ne
donner que des faits, et si on leur ajoute des hypothèses, prévenir que
celles-ci sont des hypothèses. Autrement on fournit au public une occa-
sion de se gausser de la linguistique et des linguistes.
Pourquoi M. d'A. de J. ne s'inspire-t-il pas des sages conseils que
I. il nous semble aussi que pour ces époques préhistoriques on ne peut faire fond sur
des rapprochements de noms homophones. Ainsi M. d'A. de J. veut identifier le Sicanos
« ce fleuve ibérique sur les bords duquel Thucydide et Philiste mettent le plus vieil éta-
blissement des Sicanes » avec la Seine « appelée Sequana par les Gaulois qui auraient
donné une forme celtique, c'est-à-dire indo-européenne, à un nom primitivement ibérien. »
H serait aisé de refaire l'ethnographie du monde avec des rapprochements de ce genre,
qui ne sont en somm.e que des calembours. Notons à propos de cet exemple que M. d'A.
de J. se met un peu en contradiction avec lui-même, car il a donné ailleurs {Revue
Archéologique, nouv. série, t. XV, p. 153) une étymologie celtique (trés-contestable du
reste) du nom de la Seine qu'il décomposait en Sec-uan-a et qu'il expliquait comme
signifiant « la rivière sèche ».
Bibliographie. 46 1
donnait M. Bréal dans son récent travail sur les racines indo-européennes ?
M. Bréal parle de la langue-mère indo-européenne : « Elle sortirait
tout à fait des conditions ordinaires si tous les mots qui la composent
étaient également transparents. C'est ce que paraissent avoir oublié
quelquefois nos modernes linguistes, qui, non contents de poser la forme
indo-européenne, veulent aussi en donner chaque fois l'étymologie.
S'agit-il, par exemple, du mot avis, brebis ? Ce substantif a existé dans
la langue-mère, puisque nous le rencontrons en sanscrit sous la forme
ari-s, en grec de, latin ovis, lithuanien avis, irlandais oi. Mais s'il n'est
nullement téméraire d'affirmer l'existence du mot dans un temps antérieur
à la séparation de nos idiomes, la recherche de l'étymologie nous trans-
porterait dans une période beaucoup plus reculée et sur un terrain moins
solide : l'indo-européen, qui nommait avis la brebis, pensait probable-
ment, en la nommant, à une brebis, et à nulle autre chose. Si nous
voulons connaître la racine renfermée dans ce substantif, nous franchis-
sons une nouvelle série de siècles et nous faisons de l'étymologie ante-
indo-européenne '... » C'est surtout dans le camp des celtistes qu'il faut
montrer de la prudence et de la mesure ; car il ne manquait pas et il ne
manque pas encore de gens pour expliquer tout, mots et noms de tout
temps et de tout pays, avec leurs racines bretonnes ou gaéliques. On
peut commettre la même erreur, en employant les racines indo-euro-
péennes, quand on a également des explications pour toute chose. Pre-
nons garde, écrivait un jour Siegfried, prenons garde de faire comme
nos anciens, mais sans l'excuse de leur ignorance ; prenons garde de
massacrer les mots et les formes — avec cette différence que nos cou-
teaux coupent mieux ^.
Nous pensons que M. d'A de J. n'aurait pas dû s'en tenir exclusive-
ment « aux auteurs de l'antiquité et aux recherches les plus récentes de
la linguistique ». Nous savons bien qu'il nous en prévient dans son titre,
mais avait-il le droit de le faire ? Nous admettons qu'un historien se
confine dans les sources écrites lorsqu'il s'agit d'époques vraiment histo-
riques ; mais quand il est question d'époques obscures qui sont anté-
rieures à l'histoire certaine et documentée, sur lesquelles on n'a que des
renseignements fragmentaires et obscurs, peut-on s'entourer de trop de
précautions, réunir trop de faits et consulter trop de sources ? Or l'ar-
chéologie, en faisant connaître le côté matériel d'une civilisation éteinte,
1. Bréal : Mélanges de mythologie et de linguistique, p. 379.
2. Take care that we are not acting like the older men, but without their excuse of
ignorance, butchering words ?nd forms, — only wiih sharper knives. — Cité par
M. Whitley Stokes dans sa préface aux Miscellanea Celtica de Siegfried.
462 Bibliographie.
ne fournit-elle pas des faits dont l'historien peut utilement tenir compte ?
On peut discuter sur la valeur de ces faits, sur la provenance et l'ori-
gine d'armes, d'objets artistiques, etc., comme on discute sur le témoi-
gnage d'un historien ; mais ces faits n'en sont pas moins, eux aussi, des
témoignages. Il y a pour l'historien des époques préhistoriques deux
ordres de documents : les documents écrits et les documents matériels.
Les combiner est justement l'œuvre de l'historien ; mais en ignorer sys-
tématiquement l'une ou l'autre moitié, c'est mutiler l'histoire. Est-ce
que, par exemple, l'histoire des Etrusques, auxquels M. d'A. de J. con-
sacre un chapitre, ne pouvait pas être éclairée à l'aide des données que
fournit l'archéologie ?
Ici encore nous invoquerons le témoignage d'un savant dont M. d'A.
de J. ne contestera pas la compétence et l'autorité, celui de M. Anatole
de Barthélémy : « Dans ces difficiles problèmes historiques, pour arriver
à la vérité, il faut, en effet, se servir de témoignages écrits et de témoi-
gnages matériels. En n'employant que les premiers exclusivement, on
s'expose à errer : pour peu que l'on ait étudié l'histoire et ses sources,
on est surpris, quelle que soit l'époque dont on s'occupe, de constater
combien les récits légendaires s'imposent vite et facilement. De même que
dans nos chroniqueurs les plus sérieux du moyen âge, des fragments de
chansons de geste et de romans de la Table-Ronde viennent se glisser
au milieu des faits historiques avec lesquels ils se confondent; de même
dans les auteurs grecs et latins, on peut trouver des légendes antiques
acceptées comme des traditions de faits constatés. — Quant aux témoi-
gnages matériels, contemporains des faits à élucider, on commence seu-
lement à les connaître un peu depuis une vingtaine d'années. Jadis les
archéologues négligeaient complètement ces poteries, ces armes, ces
bijoux, piteusement rejetés des collections comme des objets barbares.
Avouons que maintenant encore, pour certains érudits appartenant aux
compagnies savantes de l'ordre le plus élevé, l'archéologie occidentale
des temps antérieurs au premier siècle de notre ère est toujours enve-
loppée d'un brouillard qu'ils ne semblent pas pressés de sonder de peur
de compromettre leur prestige scientifique '. «
Dans son préambule tout au moins, M. d'A. de J. ne devait pas se
dérober à la tâche d'interroger les témoignages autres que ceux des
auteurs anciens et de la linguistique. C'est quand il parle des habitants
des cavernes et de l'Atlantide. M. d'A. de J. décrit les habitants des
cavernes uniquement d'après Eschyle, Homère, Lucrèce , etc. ; mais
1. Anatole de Barthélémy, Les temps antiques de la Gaule, voir plus loin, p. 467.
Bibliographie. 463
d'après les restes de leur civilisation, nullement. Il pose en outre en fait
que les habitants des cavernes étaient, par cela même, étrangers à la
race indo-européenne. Voilà qui nous semble bien arbitraire. Est-ce
qu'il n'y a pas des groupes de population qui vivaient encore dans de
véritables cavernes en France même, presque jusqu'à notre époque?
Et l'Atlantide? Si une question peut-être éclairée par le concours des
sciences naturelles et notamment de la géologie, c'est bien celle-là ; et
en effet ces sciences admettent comme vraisemblable l'existence d'un
continent dont les Canaries seraient un débris, mais leur témoignage a
moins d'importance pour M. d'A. de J. que le discours de Silène à l'an-
tique roi Midas, dont il ne perd pas un mot. Ici les témoignages tirés
(c des auteurs de l'antiquité et des recherches les plus récentes de la lin-
guistique )) sont l'accessoire, et les arguments tirés des sources naturelles
le principal. M. d'A. de J. traite des premiers et ne dit rien des seconds.
Nous le demandons au lecteur : ignorer systématiquement tout un ordre
de sources, est-ce conforme à la méthode historique ?
Encore une critique pour finir. L'ouvrage de M. d'A. de J. se lit avec
peine itelle est du moins notre impression personnelle) ; il faut toute
la puissance de l'attention pour suivre l'enchaînement des idées de l'au-
teur. Il faut presque par endroits étudier pour son propre compte la
question dont il traite. Si la clarté et le lucidus ordo sont dus par un
auteur à ceux qui le lisent, c'est bien quand il s'agit d'un sujet obscur
et délicat par lui-même comme est l'histoire des premiers habitants de
l'Europe.
Nos critiques, on le voit, portent sur des points secondaires, et nous
pensons que ni M. d'A. de J. ni le lecteur ne s'y méprendront. Ces
détails, nous le répétons, ne nous empêchent pas de regarder l'ouvrage
de M. d'A. de J. comme une œuvre des plus remarquables et comme un
des efforts les plus vigoureux qui aient été tentés pour soulever le voile
dont se couvre l'origine de l'histoire.
H. G.
Nord- und Mittel-Europa in den Schriften den Alten, bis zum
Auftreten der Cimbern und Teutonen von Oskar Brenner. Mu-
nich, Christian Kaiser. In-8, 116 pages, 1877. Prix, 3 fr. 25.
Cette brochure est une thèse de doctorat présentée à la faculté de philo-
sophie de l'Université de Munich. M. Brenner a suivi l'ordre chronologique
des auteurs, et, commençant par Hécatée pour finir parPolybe,il résume
les notions que chacun d'eux nous fournit sur l'Europe centrale et sur
464 Bibliographie.
l'Europe du nord. Il connaît convenablement les sources, les éditions et
les dissertations dont chaque auteur a été l'objet. Naturellement il puise
beaucoup dans le savant ouvrage de M. K. Mùllenhof, Deutsche Alter-
thumskunde, tome ^■^ On peut même considérer la thèse de M. Brenner
comme une sorte de répertoire critique où les matériaux réunis par
M. MuUenhof sont simplement classés dans un ordre différent. Je dis
répertoire cn//^ue : je ne veux pas dire que M. Brenner ait toujours
raison de critiquer le célèbre professeur de Berlin. Il n'est pas de force.
Ainsi, à la page 96 de son savant ouvrage, M. Mùllenhof dit que les
éditeurs d'Hécatée ont tort d'attribuer à ce géographe grec les mots :
Napcwv £;j.z;ç'.ov y.al zcA'.ç -/.ôAT'.y.-r;, « Narbonne, ville et marché cel-
tique )), et que cette notion géographique, attribuée à Hécatéepar Clau-
sen et Charles MùUer « sur la foi d'Etienne de Bysance, » est donnée par
Etienne de Byzance comme empruntée non à Hécatée, mais à Strabon.
Là-dessus M. Brenner déclare qu'il n'est pas convaincu. Il n'est pas
convaincu ! Il n'avait qu'à ouvrir, à côté d'une édition d'Etienne de
Byzance, une édition d'Hécatée; il aurait vu que là où les éditeurs de ce
dernier géographe ont imprimé, soi-disant d'après Etienne de Byzance :
Napêwv, £[x7:cpiov /.al r^iXiq y.eKii'/.r^, 'Exa-caToç Eùpw::-^, Etienne de
Byzance, au lieu de 'Ey.aTaTcç Eopto—^, avait écrit 1-çiîw) 'zz-ip-.o).
La brochure de M. Brenner, comme le livre de M. Mùllenhof, con-
tient de nombreuses indications sur les origines celtiques : mais M. Bren-
ner paraît peu au courant de ce sujet spécial. Ainsi il considère comme
fort douteux que suivant Ephore, la Celtique, Kz\-':/:'r„ se soit étendue
jusqu'auprès de Cadix au temps de cet auteur, c'est-à-dire vers 350,
comme le raconte Strabon, 1. IV, c. 4, §, 6, édition Didot, p. 165.
Cependant, au temps de Strabon, les Celtiques possédaient encore les
villes de Conistorgis et de Fax Augusîa dans l'Espagne méridionale, non
loin des Turdétans (Strabon, 1. III, c. 2, § 2 et 13, édition Didot,
p. 1 17, 125). Evidemment les victoires des Carthaginois sur les Celtes
d'Espagne, la conquête de l'Espagne sur les Celtes par Hamilcar Barca
et Hasdrubal de 258 à 221 avant J.-C, n'a pas dû avoir pour effet
d'augmenter l'étendue des contrées occupées par la race celtique en
Espagne. Il n'y a donc pas Heu de s'étonner qu'Ephore, au iv^ siècle,
attribue à la Celtique une grande partie de l'Espagne.
M. Brenner a fait un travail estimable qui mérite des encouragements ;
sa méthode est bonne ; à l'avenir, en étudiant son sujet plus à fond, il
se mettra à même de nous fournir des mémoires qui offriront moins de
prise à la critique.
H. D'A. DE J.
Bibliographie. 465
Les monuments mégalithiques de tous pays, leur âge et leur desti-
nation, avec une carte et 2^0 gravures, par James Fergusson.
Ouvrage traduit de l'anglais par l'abbé Hamard, prêtre de l'Oratoire
de Rennes. Paris, Haton, 1877, in-8 de 560 pages avec i carte et
250 gravures. — Prix : 10 fr.
L'ouvrage de M. James Fergusson, paru en anglais en 1875, marque
une époque dans l'histoire de Parchéologie, et, n'était qu'il combat les
idées à peu près reçues aujourd'hui en cette matière, il aurait eu plus de
retentissement. M. F. pense, en effet, que les monuments des Iles Bri-
tanniques et de France, autrefois dits druidiques ou celtiques, aujour-
d'hui appelés mégalithiques d'un mot qui ne préjuge rien, sont l'œuvre
des Celtes et se placent aux environs de l'époque romaine : que quel-
ques-uns même, comme Avebury et Stonehenge, appartiennent à
l'époque post-romaine, c'est-à-dire à Pépoque qui a suivi le départ des
troupes romaines de la Grande-Bretagne abandonnée à elle-même.
Disons bien vite que si M. F. regarde ces monuments comme celtiques,
il ne les considère pas comme druidiques, c.-à-d. comme ayant une des-
tination religieuse : il ne les regarde que comme des monuments funé-
raires.
Mais ce qui faisait la principale valeur de l'ouvrage de M. F., c'est
qu'il décrivait les monuments analogues connus jusqu'ici dans le reste
du monde, qu'il réunissait des documents de toute sorte le plus souvent
peu accessibles, et qu'il faisait connaître les monuments eux-mêmes par
des plans et par des gravures. Les dolmens de l'Espagne et du Portugal,
les constructions singulières des îles de la Méditerranée, les milliers de
dolmens de l'Algérie, ceux de l'Asie occidentale, ceux de l'Inde, les
menhirs qu'on élève encore aujourd'hui dans les monts Khassia (Hindous-
tan) se trouvaient pour la première fois réunis et confrontés avec ceux
de nos pays. Ce catalogue était déjà par lui-même un enseignement : il
montrait que ces monuments ne peuvent pas être l'œuvre d'un seul
peuple, qu'ils sont la forme primitive de l'architecture funéraire des
anciens peuples et que « l'architecture mégalithique est un style au
même titre que l'architecture gothique, grecque, égyptienne, bouddhiste
ou autre ». Ce classement montrait aussi que ces monuments sont pres-
que tous des monuments funéraires.
Les études d'archéologie préhistorique se perdent trop souvent dans
le menu ou dans le vague ; M. F. les ramène à la fois aux questions
générales et à la précision. M. l'abbé Hamard a rendu un véritable ser-
vice à notre littérature érudite en faisant passer cet ouvrage dans notre
Rev. cdt. /// 3 2
466 Bibliographie.
langue. Il l'a fait précéder d'une préface où il résume la question au
point de vue de l'auteur anglais qui est aussi le sien. Il n'a pas de peine
à montrer que les dolmens et les menhirs avaient une destination funé-
raire, et il remarque spirituellement qu'y voir des autels sur lesquels le
sang coulait par certaines rigoles, comme on l'a prétendu, c'est <( vouloir
transformer l'ancienne Armorique en un immense théâtre de carnage ».
Passant à l'origine et à l'âge des dolmens, il revendique ceux de notre
pays pour les Celtes : il paraît en effet établi qu'au commencement de
l'ère chrétienne les Celtes élevaient encore au moins des menhirs.
Dans des questions encore aussi obscures, la contradiction est la vie
de la science. Nos archéologues sont souvent tentés de s'enfoncer « dans
la nuit des âges ». M. Fergusson tombe dans l'excès contraire, mais il
n'en provoque pas moins une réaction utile. En dehors de toute question
de théorie et d'explication, son livre a le mérite d'être le seul travail
d'ensemble qui existe sur la matière et d'être le point de départ indis-
pensable dans l'étude de ces intéressantes questions.
H. G.
L'âge de pierre dans les souvenirs et superstitions populaires,
par M. Emile Cartailhac. 104 p. gr, in-8 avec 62 grav. et 2 pi.
Paris, Reinwald, 1877. Prix, $ fr.
Il est peu d'antiquités qui soient plus anciennes que la tradition popu-
laire. Quelques préhistoriens s'en sont aperçus en rencontrant diverses
superstitions relatives à des objets de l'âge de la pierre ; le géologue
italien M. E. de Rossi (frère de l'archéologue) et quelques autres savants
s'étaient déjà occupés de cette survivance de l'âge de pierre dans les
croyances populaires et des rares mentions des écrivains anciens sur
l'emploi du silex. Après eux, M, Cartailhac, directeur de l'utile revue
préhistorique Matériaux pour la connaissance de l'homme, reprend le sujet.
Les faits que M. C. a recueillis ne sont pas nouveaux pour les per-
sonnes qui s'occupent de tradition populaire, mais ils le seront sans
doute pour les archéologues qui s'occupent d'antiquités préhistoriques.
Ce recueil leur ouvrira un horizon nouveau, et il leur montrera les
anneaux par lesquels notre temps, tout civilisé qu'il soit, se rattache aux
plus anciennes époques de l'humanité.
Ce volume est particulièrement consacré aux pierres de foudre (nom
populaire des haches en pierrel, aux traits des fées (pointes de flèche en
silex), aux haches et aux pointes de silex employées comme amulettes et
comme bijoux, et au rôle du silex dans les cérémonies religieuses et dans
les rites funéraires.
Bibliographie. âfi-]
M. C. n'a traiié, on le voit, qu'une partie du vaste sujet embrassé par
son titre. Ainsi il ne parle ni des traditions relatives aux monuments
mégalithiques, ni des pierres de malédiction, ni des canns ou amas de
pierres, etc. Il ne fait que mentionner le côté mythologique de la ques-
tion. Si la hache en pierre a été regardée comme une pierre, de tonnerre,
c'est que le tonnerre était regardé comme une arme, comme un trait. Ces
humbles traditions se rattachent ainsi aux plus anciennes mythologies.
Le dernier chapitre traite de la question ardue et discutée du passage
de l'âge de pierre àTâge de bronze. L'opinion de M. C. est que l'âge
de pierre est réellement préhistorique, et que les instruments de pierre
ne s'étaient conservés que dans quelques cas isolés, sous l'influence con-
servatrice d'idées religieuses. Nous avouons que son argumentation ne
nous a pas convaincu.
L'ouvrage de M. C. est composé et écrit d'une façon un peu molle,
et n'est guère autre chose qu'une suite de notes mises bout à bout; mais
c'est en même temps un recueil utile de faits (généralement accompagné
de la mention des sources), et les archéologues, pour qui bien souvent
ces questions sont encore nouvelles, y trouveront plaisir et profit.
Ajoutons que ce volume contient un très-grand nombre de gravures,
représentant les objets archéologiques ou mythologiques dont il est
question. H. G.
Les temps antiques de la Gaule, par M. Anatole de Barthélémy.
43 p. in-8. Paris, 1877. Extrait de la Revue des Questions historiques ;
tiré à $0 exempl.
Nous ne saurions trop recommander cet opuscule aux personnes qui
cherchent un résumé clair et bien informé des discussions auxquelles les
origines de la Gaule ont donné lieu dans les derniers temps et qui veu-
lent connaître les principaux résultats de ces discussions. On peut appré-
cier la méthode sage et compréhensible de l'auteur par la citation que
nous faisions plus haut de son préambule (p. 462), Ses principales
conclusions sont les suivantes : Rome ne fut pas prise par des émigrés
descendus de ce qui fut plus tard la Gaule ; la division arbitraire de
l'archéologie en âge de la pierre, âge du bronze, âge du fer, ne doit pas
être conservée en ce qui concerne la Gaule ; il y eut véritablement un
âge de la pierre et un âge des métaux ; c'est au milieu du iV^ siècle
avant notre ère qu'une monnaie indigène fait son apparition en Gaule.
La parfaite clarté de l'exposition de M. A. de B. rend d'autant plus
intéressante la lecture de ces trop courtes pages.
H. G.
468 Bibliographie.
Les origines linguistiques de l'Aquitaine, par A. Luchaire. Pau,
1877, xi-72 p. in-8.
Ce volume est une rédaction française, corrigée et refondue, de la
thèse latine que M. L. a présentée en 1877 à la Faculté des Lettres de
Paris, De lingua Aquitanica. L'auteur a pour but de démontrer « que la
langue des Aquitains était, comme l'idiome ibérien de l'Espagne, de la
même famille que celle des Basques actuels ; que son domaine s'étendait
à peu près, du temps de César et de Strabon. sur la même région que
celle où l'on parle aujourd'hui le dialecte gascon, c'est-à-dire sur la pro-
vince ecclésiastique d'Auch ; que cet ancien idiome, supplanté par le latin
populaire, a laissé des traces dans les noms propres que les anciens ont
cités, dans le vocabulaire et la constitution phonétique du gascon, et dans
les noms de lieu de la région pyrénéenne ». M, L. va même plus loin
et il admet que « l'euskara ou basque) d'aujourd'hui n'est autre chose,
au moins dans la partie française du pays basque, que la langue aquita-
nique elle-même, conservée dans un coin de la chaîne des Pyrénées ».
M. L., on le voit, s'est attaqué là à un des problèmes les plus diffi-
ciles de l'ethnographie de l'Europe occidentale ; le plus difficile, parce
que la langue basque, sur laquelle on s'appuie, n'a pas de monuments
anciens. La compétence nous manque trop pour que nous nous permet-
tions d'apprécier l'ouvrage de M. L. : nous ne pouvons que louer la
clarté de son exposition et l'esprit méthodique et critique qu'on respire
dans ses recherches.
Mais il y a une réserve que nous ne pouvons nous empêcher de for-
muler, tout ignorant que nous soyons de la philologie basque. M. L.
explique directement par des mots du basque actuel des noms anciens
tels que les noms de lieu de l'Aquitaine antique. — Cela nous rappelle
les explications que l'on donnait autrefois des noms de lieu de la Gaule
par des mots bretons ; et l'interprétation des noms en -durum par le bre-
ton douT « eau « paraissait aussi convaincante que l'interprétation d'///-
berripar Iriberri, « ville neuve ». Mais le celtique a heureusement ce que
n'a pas le basque, une série de monuments datés où l'on peut suivre les
transformations et les déformations graduelles de la langue. On a vu
alors que ce rapprochement était fallacieux et que le breton doiir corres-
pond à un gaulois dubrum. Dans une publication antérieure [Du mot
basque Iri, Pau, 1875), ^^- ^- disait presque avec dédain ip. 10) que les
noms de lieu des pays celtiques « sont bien plus gravement altérés et
beaucoup moins aisés à reconnaître ». Mais cela justement est une ga-
rantie. Personne en effet ne contestera, au moins pour les langues indo-
Bibliographie. 469
européennes, que l'homophonie, à de longs siècles de distance, bien
loin d'être une preuve étymologique, est une raison de défiance.
En est-il autrement du basque ? Cette langue, par une propriété anti-
septique qui lui serait particulière, aurait-elle résisté à la corruption
propre à toutes les langues? Nous n'en savons rien, et il est difficile de
le savoir quand les documents font défaut pour l'histoire de la langue,
mais nous avons le droit de demander qu'on nous le rende probable,
avant de nous expliquer par le basque actuel une chose aussi délicate et
aussi obscure que des noms de lieu de l'antiquité.
Remarquons aussi que si ce système d'interprétation vaut pour les
noms de lieu, il doit valoir aussi pour les légendes des monnaies celti-
bériennes et pour les inscriptions inexpliquées et probablement celtibé-
riennes de l'Espagne dont M. L. ne parle pas.
M. L. dit dans sa préface en mentionnant les inscriptions gauloises
que « leur interprétation n'est pas de beaucoup plus avancée que celles
des monnaies celtibériennes ». M. L. est mal renseigné à cet égard.
Retournant sa phrase, nous dirons que si l'interprétation des légendes
des monnaies celtibériennes — et des inscriptions celtibériennes — était
aussi avancée que celle des inscriptions gauloises, on verrait un peu plus
clair dans la question ibérienne.
L'ouvrage de M. L. s'ajoute à la série des sérieux travaux inaugurée
par Guillaume de Humboldt sur cette question, mais il ne clôt pas l'ère
de la discussion.
H. G.
Géographie historique et administrative de la Gaule romaine,
par Ernest Desjardins. T. II, la Conquête. Paris, Hachette, 1878,
in-8, 748 pages et 39 planches. Prix, 20 fr.
Le directeur de la Revue celtique, en me chargeant de rendre compte
de cet ouvrage, m'a mis dans un grand embarras. Si je fais l'éloge d'un
livre où je suis cité si souvent avec une bienveillance que beaucoup de
lecteurs trouvent exagérée, mon impartialité leur semblera au moins
contestable. Si j'en entreprends la critique, je paraîtrai bien ingrat, sans
compter la difficulté que présentera pour moi la critique d'un livre dont
l'auteur soutient la plupart du temps sur les points qui me paraissent
fondamentaux les mêmes doctrines que moi, ne se distinguant en ses
matières que par la supériorité de son talent d'exposition et l'immense
variété de son érudition historique.
Cet ouvrage est divisé en cinq chapitres. Le premier, intitulé le pays
470 Bibliographie.
gaulois ou la patrie romaine, expose d'une manière générale les causes
et les procédés de la conquête romaine en Gaule. Le Gaulois, dit
M. Desjardins, n'avait pas l'idée de la patrie. Il est certain, en effet, que
les Gaulois n'avaient pas la notion d'une unité nationale embrassant
toutes les populations celtiques de la Gaule : la pensée de la Gaule for-
mant un état dans le sens romain du mot, était alors étrangère aux
conceptions politiques de la race celtique. Ainsi, à une date bien posté-
rieure, les Irlandais ne comprenaient pas encore ce que c'est que l'état.
Telle fut la cause qui rendit infructueuse la résistance des armées gau-
loises aux armées romaines; l'habileté administrative du vainqueur fit
le reste. Et M. Desjardins expose en homme compétent comment les
Romains administrèrent la Gaule vaincue et comment les qualités spé-
ciales à cette administration assurèrent la durée de la conquête. L'épi-
graphie, dont M. Desjardins a fait une étude approfondie, complète et
rectifie sur une foule de points les notions que les historiens et les textes
juridiques nous fournissent sur l'organisation administrative de la répu-
blique et de l'empire romain.
Le chapitre II a pour objet la situation politique et ethnographique de
la région sud-est de la Gaule au moment où les Romains en ont com-
mencé la conquête au dernier quart du second siècle avant J. C. M. Des-
jardins nous montre avec clarté et précision dans cette région de la
Gaule les Ibères, les Ligures, les Umbranici, les Phéniciens, les Grecs,
les Gaulois arrivant successivement et prenant place les uns à côté des
autres ou les uns au-dessus des autres. Le savant auteur est, je crois, le
premier qui ait su mettre en relief les Umbranici, leur parenté probable
avec les Ligures et avec les Umbranates d'Italie. Ambron était un des
noms de la race ligure, Umbranici et Umbranates sont vraisemblablement
des dérivés d'Ambron. Mais je crois que M. Desjardins s'avance trop
en supposant une parenté particulièrement intime entre les Ombriens et
les Ligures. Les Ombriens sont un rameau de la race latine, leur langue
est un patois du latin ; or, nous ne trouvons nulle part la preuve que le
ligure fût aussi un patois du latin. Je suis d'accord avec M. Desjardins,
quand il dit que dans la nation des Salluvi — et non Salluvii ' — il y
avait un élément celtique mélangé à un élément ligure, mais l'élément
dominant était, suivant moi, l'élément celtique et non, comme il paraît le
croire, l'élément ligure. Le nom des Salluvi ou Saluvi (les Grecs n'écri-
vent ce nom qu'avec une / : Z£k\)z;) est dérivé du thème gaulois Salo-
I. Corpus incriptionum latinarum, t. 1, p, 460: Salluveisque. La leçon Salluvieisque est
le résultat d'une mauvaise lecture.
Bibliographie. 471
qu'on trouve dans les noms du viens helvétique Salo-durum^ du vicus
norique Saloca et du peuple des Salassi ' : il en est formé à l'aide d'un
suffixe que le nom du Danube Danuvius nous offre amplifié. Le nom du
roi des Salluvi, Teato-malius, est gaulois. Sur le premier terme îeuto-
voir la Grammatica celtica, 2" édition, p. 34; le second terme est dérivé
du thème malo- qu'on trouve comme second terme dans le composé
Vinco-malus [Corpus, V, 606) et dont dérivent les noms propres Malaius
et Maleius {Corpus, III, 5419, 5498^- Je persiste, malgré les savants
arguments de MM. Desjardins, Deloche et Quicherat, à considérer
comme inadmissible la doctrine de Tite-Live sur la date de l'in-
vasion celtique en Italie. Cette invasion était inconciliable avec le
maintien de la domination des Etrusques dans la Transpadane ,
puisque les Etrusques , dit Tite-Live , V , 23, îrans Padum omnia
loca., excepta Veneîorum angulo qui sinuin circuincolunî maris, usque ad Alpes
tenuere. Or la domination des Etrusques dans cette région est, nous dit
Polybe l. II, c. 17, §, I ; cf. c. 14, § 7) contemporaine de la domina-
tion des Etrusques dans la plaine dont Capoue et Noie étaient alors les
villes principales, c'est-à-dire en Campanie. Quand a fini la domi-
nation étrusque dans la Campanie ? Elle a fini dans le dernier quart
du V siècle avant J. C, lors de la conquête de cette province par les
Samnites. De cette conquête, mentionnée par Strabon ^, le fait le plus
saillant fut la prise de Capoue par Jes Samnites en l'an 424 avant notre
ère. Tite-Live (IV, 37) nous raconte comment les Etrusques ayant
accueilli les vainqueurs dans cette ville furent massacrés une nuit à la
suite d'un festin. Telle est approximativement Pépoque où, suivant
Polybe, il faut placer l'invasion gauloise en Italie. La légende qui fait
préférer à Tite-Live une date antérieure de près de deux siècles, l'al-
liance imaginaire des Gaulois avec les Phocéens au moment de la fonda-
tion de Marseille, a la même valeur historique que l'alliance conclue
quelques jours ou quelques mois auparavant par les mêmes Phocéens
avec le peuple romain : Temporibus Tarquinii régis ex Asia Phocensium
juventus, ostio Tiberis invecta, amiciîiam cum Romanis junxit (Justin, XLIII,
3). Ces deux légendes ont été inventées quand les Gaulois et les Romains
en guerre dans la Transalpine recherchaient concurremment l'alliance
de Marseille.
Le chapitre III, plutôt historique que géographique, raconte la con-
quête et l'organisation de la province romaine.
1. Sur la nationalité des Salassi, voir Mommsen, Corpus inscriptionum latinarum, t. V,
p. 750.
2. Strabon, livre I, c. 4, § }, édition Didot, p. 202, lignes 20-25.
472 Bibliographie.
Le chapitre IV, un des plus importants de l'ouvrage, est consacré à
la description de la Gaule chevelue au moment de l'arrivée de Jules
César. La partie purement géographique de ce chapitre me semble d'une
grande valeur : elle est résumée dans une carte où sont indiqués les
soixante peuples qui ont formé les soixante civitates d'Auguste. M. Des-
jardins y a joint de nombreux détails sur les institutions, les mœurs, la
langue, les arts des Gaulois.
Le chapitre V raconte les guerres de Jules César en Gaule. Le sujet
est plus connu ; mais, là comme ailleurs, l'intérêt que l'auteur a su
répandre assure le succès du livre.
H. D'A. deJ.
Géographie de la Gaule au VP siècle, par Auguste Longnon.
Paris, Hachette, 1878. ix-631 pages et 6 planches. — Prix : 1 5 fr.
Cet ouvrage est d'une importance fondamentale pour l'histoire de
l'époque mérovingienne. Il ne devra pas être négligé par les savants que
les études celtiques intéressent. Il nous apprend la situation mai déter-
minée jusqu'ici d'un grand nombre de localités, dont le nom atteste
l'origine celtique, telles sont : Brennacum, « propriété de Brennos ,
aujourd'hui Berny-Rivière (Aisne) , confondu jusqu'à présent avec
Braine ; Ciso-magus, aujourd'hui Ciran-la-Latte (Indre-et-Loire), con-
fondu avec Chisseaux, même département; Vindunitta, aujourd'hui
Besné (Loire-Inférieure), dont Jacobs n'a pas su reconnaître l'identité.
C'est Grégoire de Tours qui nous a conservé, avec le nom du mons
Belenatensis, un des principaux monuments du culte du dieu Bdenos en
Gaule. Nos lecteurs connaissent les dissertations dont le vasso Galatae
du même auteur a été l'objet. Les celtistes ont donc beaucoup à prendre
dans les œuvres du saint évêque dont M. Longnon doit être considéré
comme le principal commentateur.
Mais la grande difficulté que présente l'emploi du texte de Grégoire
de Tours au point de vue des études celtiques résulte de la basse
époque où cet auteur a écrit. Grégoire de Tours emploie : 1° 0 pour u
long accentué :
Autisio-dorum pour Autessio-dàrum,
Icio-dorum — Iccio-dùrum^
Nempto-dorum — Nemeto-dàrum,
Ocîo-domm — Octo-dûrum,
Torno-dorum — Turno-dûrum,
Ebre-donum — Eburo-dûnum ;
2" 0 pour II atone :
Ardoennensis
Carnoies
Tornacus
Heloscnsis
Torno-dorum
î" u pour 0 atone :
Tulbiacum
4° e pour / :
Burdegala
Lexovii
Agennenses
5° i pour g :
Sigasium
Aulesi-dorum
6° fl pour e :
Atrabates
Camaracenses
Januba
Bibliographie.
pour
473
pour
pour
pour
pour
Arduennensis,
Carniites^
Turnacus,
Elusensis,
Tiirno-durum ;
Tolbiacum ;
Burdigala,
Lixovii,
Aginnenses ;
Segusio,
Autessio-dumm ;
Airebates,
Cameracenses,
Genava.
La forme Nempto-dorum pour Nemeto-durum établit que dans ce mot
le second e du terme nemeto- avait cessé de se prononcer ; dans Ebre-
donum pour Eburo-dunum les voyelles atones sont encore plus maltrai-
tées. Evidemment beaucoup d'autres voyelles atones que le savant
évêque reproduisait dans ses écrits par respect pour la tradition, n'étaient
plus prononcées de son temps.
Le consonantisme est chez lui aussi altéré que le vocalisme. Il emploie :
1° le ^ pour le c dans :
pour
Ande-gavus
Petro-goricus
Vapigensis
Agaunum
Egolisma
2° le c pour le g dans
Bituricum
3° le b pour le v dans
Januba
Tarabennenses
4" le V pour le b dans
Cavillonensis
Noviliacus
pour
pour
pour
Ande-cavus,
Petro-coricus,
Vapincensis,
Acaunum^f
Iculisrna ;
Biturigum ;
Genava,
Tarvennenses ;
Cabillonensis,
Nobiliacus.
474 Bibliographie.
Il supprime : i^ le v médial dans Luxoensis pour Lixoviensis, 2° le g
médial dans Montalo-maiis, variante de Mantalo-magus. D'autre part,
dam Regiensis pour Rciensis, il intercale un g euphonique dont la basse
latinité nous offre beaucoup d'exemples analogues ; il se suit de là
qu'entre des formes comme Geina et Gegina^ -oialum et -ogialum [Ma-
roialum elNajogialum], on se demande quelle est celle qui représente la
prononciation ancienne et quelle est celle qui appartient à la basse
latinité.
La difficulté que j'expose apparaîtrait beaucoup plus clairement si les
éditeurs modernes, au lieu de reproduire indéfiniment le texte de D.
Ruinart, nous donnaient le texte des manuscrits les plus anciens où la
langue latine est partout traitée comme le sont les termes géographiques
dans les quelques exemples que je viens de réunir. Ruinart est un tra-
ducteur et non un éditeur : il donne de l'œuvre du saint évêque l'idée
la plus fausse au point de vue de la langue, sans compter que sa traduc-
tion n'est pas partout exempte de contre-sens.
H. D'A. DE J.
Ueber Druidismus in Noricum, mit Rùcksicht auf die Stellung der
Geschichtsforschung zur Keltenfrage, von Franz Ferk iProgramm
der K. K. Lehrerbildungsanstalt in Graz). Graz, Leuscher, 1877,
50 p. in-8 avec deux planches. Prix : 2 mk.
Le titre de cette brochure est séduisant, mais le contenu déçoit le
lecteur. L'auteur est jeune (heureux défaut du reste) ; on s'en aperçoit à
son enthousiasme pour les choses celtiques, à son ardeur pour les hypo-
thèses, et à une abondance d'idées qui tourne à la confusion. Après un
long préambule sur les Celtes, les Druides et les monuments dits celtiques,
l'auteur arrive au « Druidisme en Norique ». Voici en quoi il consiste :
on a découvert en 1851, près de la petite ville de Judenburg, un objet
en bronze représentant un char avec chevaux et personnages. En face de
Judenburg se trouve une montagne, le Falkenberg, sur lequel M. F. a
découvert le 50 mai 1874 les traces d"un cercle druidique, et il lui a
semblé que la disposition du char de bronze correspondait à la disposi-
tion du cercle druidique dont il avait retrouvé les ruines. Stonehenge
et les temples du Soleil venant à la rescousse, voilà le culte druidique
retrouvé en Norique. On voit quel rôle l'hypothèse joue dans la théorie
de M. Ferk.
Nous ne voudrions pas que cette critique de son premier essai
détournât le jeune auteur des études celtiques. Son opuscule dénote des
lectures fort étendues et un zèle fort louable. Qu'il laisse à ses idées le
Bibliographie. 475
temps de mûrir ; qu'il se défie des hypothèses brillantes, qu'il ne rêve
pas trop des Druides, qu'il prenne la Grammatica ccltica pour bréviaire
et la celtologie aura au fond de la Styrie un adhérent de plus. Macte
animo !
H. G.
Der Rhein nnd der Strom der Cultur in Keltenund Roemer zeît,
von D' C. Mehlis. Berlin, G. Habel, 1876, in-8, 43 pages et une
carte.
Ce mémoire fait partie d'une collection de traités destinés à vulgariser
la science [Gemeinverstaendlichc wissenschaftliche Vortraege] . A en juger par
celui-ci, la science qu'il est question de vulgariser est quelque peu arrié-
rée. L'auteur a puisé ses informations sur la science celtique dans les
écrits d'Holtzmann, de Mone, etc. La Grammatica celtica de Zeuss ne lui
paraît pas connue. Suivant lui, le thème cehique rigo-, dans les compo-
sés Rigo-dulum, Rigo-magus, vient du français « rigole » et fournit la
preuve que dans les localités dont il s'agit, les Geltes avaient creusé des
a rigoles «. Il est donc évident, dit-il, que les Geltes s'occupaient acti-
vement de dessécher les marais de la vallée du Rhin et de faire couler
l'eau du vieux fleuve dans des canaux de dérivation. L'auteur admet
aussi avec M. Hehn, das Salz, que le terme halle, hall, dans les noms de
lieu allemands, est d'origine celtique, que dans ce terme 1'/; initial tient
lieu d'un s plus ancien, que par conséquent /ifl//f, hall, signifie « saline ».
Gette doctrine n'a pas de base, puisque le changement d'^ en // est, à
très peu d'exceptions près, un phénomène néo-celtique^ spécial au
rameau breton et postérieur à la chute de l'empire romain : nous
n'avons aucune preuve que ce phénomène phonétique s'accomplît chez
les Geltes de Germanie à la date où la conquête germanique substitua
une langue nouvelle à la langue des vaincus. Il n'est donc pas prouvé
que les Geltes aient créé des salines dans la vallée du Rhin.
L'éditeur de cette brochure se réserve le droit d'autoriser les traduc-
tions. Nous ne conseillerons à personne d'aller lui demander cette auto-
risation. La science fantaisiste est assez abondante en France pour que
nous n'ayons pas besoin d'aller en emprunter à nos voisins.
H. D'A. DE J.
476 Bibliographie.
Die Roemischen Denksteine des Grossherzoglichen Antiqua-
riums in Mannheim von prof. Ferdinand Haug (Programm der
Gymnasiums Mannheim. Constanz, druck von Fr. Stadler, 1877.
71 p. in-4.
La vallée du Rhin est riche en monuments de l'époque gallo-romaine,
et le recueil des inscriptions rhénanes de Brambach en a montré l'intérêt
même au point de vue spécial des études celtiques. La Société |alle-
mande) des antiquaires du Rhin est un foyer actif de travau.x archéolo-
giques et les villes du Rhin voient l'une après l'autre publier le catalogue
de leurs antiquités, dressé avec compétence et critique. Après le cata-
logue du musée de Mayence de M. Becker (cf. p. 117^, voici celui du
musée de Mannheim de M. Haug. A l'exemple de M. Becker, M. H. ne
parle pas seulement des monuments portant des inscriptions, mais aussi
des monuments figurés. La plupart des inscriptions de Mannheim se
trouvent déjà dans le Corpus de M. Brambach ; mais, pour plusieurs,
M. H. apporte une lecture plus complète ou plus correcte. La collec-
tion de Mannheim compte un assez grand nombre de monuments érigés
aux déesses mères et à Mercure.
Ces monuments, étudiés de près par des personnes soigneuses et com-
pétentes, fournissent souvent des détails négligés d'abord. Ainsi du monu-
ment d'Obrigheim ^n" 1724 de Brambach, et que M. Ch. Robert n'avait
pu faire figurer à sa place dans la série de Mercure et Rosmerta ou
Maïa [Epigraphie de la Moselle, p. 78, n.), et où la parèdre de Mercure,
dit M. H., est évidemment un personnage féminin, tenant de la main
droite une bourse, et sur le bras gauche un objet moins aisé à distin-
guer. Nous saisissons cette occasion de signaler aux antiquaires un beau
bas-relief en grès rouge, appartenant à la même série de Mercure et
Rosmerta ou Maïa (mais anépigraphe) conservé à la mairie de Nieder-
bronn (Bas-Rhin). •
La brochure de M. H. est accompagnée de tables qui rendent les
recherches faciles et fructueuses : mais on regrette l'absence de fac-
similés ou de dessins représentant les principaux monuments.
H. G.
History of Ireland, vol. I. The heroic period, By Standish O'Grady.
London, 1878.
Nous avons lu avec beaucoup d'intérêt ce livre qui promet de traiter
la mythologie irlandaise d'un point de vue tout nouveau. L'auteur nous
Bibliographie. 477
expose dans l'introduction ses principes contraires à ceux de Keating et
d'O'Curry. Il se propose de traiter la mythologie irlandaise autant que
possible comme une structure artificielle, de nous donner les caractères
dans leurs éléments essentiels sans rendre compte de toutes les nuances
qui se trouvent dans l'une ou l'autre des compositions bardiques. Il suit
par conséquent une autorité qui dans la plupart des cas n'est pas diffi-
cile à trouver pour quiconque connaît un peu la littérature irlandaise et
ne mentionne pas même les autres recensions qui existent. De cette
manière il est parvenu à nous offrir dans un volume de 250 pages un
extrait assez complet de cette mythologie si vaste et si étendue, qui
pourrait remplir, comme il dit lui-même^ cent volumes de la même gran-
deur.
L'ouvrage est presque entièrement composé de traductions — sauf les
premiers chapitres, qui contiennent la période pré-littéraire et qui ne
nous paraissent pas être à la hauteur du reste — tirées pour la plupart
du Leabhar na liUidhri, du Book of Leinster, etc., que l'auteur a étudiés
très-soigneusement. Nous croyons qu'il aurait bien fait, pour l'usage du
grand public, d'ajouter dans une note, qui n'aurait pas pris beaucoup de
place, l'endroit d'où la traduction est prise. L'histoire du chapitre XXI
par exemple, intitulée 'the Fairybride', est prise du Book of Leinster et
se trouve d'une manière un peu différente dans le Leabhar na hUidhri.
Aussi aurait-il bien fait de séparer plus distinctement les différents
cercles de mythes, surtout les deux qui se groupent autour de Finn d'un
côté et de Cuculainn de l'autre et qui ne sont jamais confondus dans les
manuscrits. Les chapitres XI et XII traitent de Finn, de son fils Oisin,
et de Cailte et Diarmait, et sont pris, si je ne me trompe, de l'Agalamh
na Seanorach. Ensuite vient l'invasion des Milésiens. Tout le reste du
livre, à commencer du chapitre XX, est tiré des grandes épopées irlan-
daises Tain bo Cuailgne et Bruden Daderga avec leurs contes d'introduc-
tion. Le contenu du chap. XV se trouve, sous une forme un peu chan-
gée, dans le Glossaire de Cormac s. v. Emain. Les chapitres XXI et
XXIII sont tirés du Bruden Daderga, et en contiennent le commence-
ment (Tochmarc Etainei et la fin (Death of Conaire), mais entre deux il
y a un chapitre sur le 'Palace of Ailell Mor', qui n'a rien du tout à faire
ici. Le chap. XXIV traite de l'enfance de Cuculainn et le reste depuis le
chap. XXVII jusqu'à la fin du livre contient tous les exploits de ce héros
avec la seule exception du Tochmarc Emere que l'auteur ne paraît pas
avoir connu. Entre deux il y a les chap. XXV et XXVI qui traitent des
sujets différents sur le sort des enfants d'Usnech du Leabhar na hHuidhri
et une histoire assez peu intéressante intitulée 'The nuts of knov^^ledge'.
478 Bibliographie.
Il paraît que ce mauvais arrangement a aussi causé des répétitions comme
celle des pages 6^ et 76 où la même histoire de « Teale wife of Lewy »
se trouve répétée presque avec les mêmes mots.
Une autre erreur que l'auteur a commise selon nous est la manière
dont il écrit les noms propres. Il dit à la fm de son introduction qu'il se
propose de les écrire comme un lecteur ordinaire parviendrait le plus
facilement à les prononcer,- mais comment prononcer la triphthongue
eai dans Leairey ? Il aurait fallu mettre ou bien l'ancienne forme Loe-
guire, qui se trouve dans les manuscrits, ou la moderne Leary. Une
faute un peu plus grave, mais qui paraît aussi provenir de la mauvaise
orthographe, est la traduction de Meadcuarta p. 90 par 'the chamber
where the mead circles'. Ce mot est toujours écrit midcuarta dans les
manuscrits et n'a rien à faire avec mead qui, d'ailleurs, autant que je
sache, n'existe pas dans l'ancien irlandais.
E. MULLER,
Notes on Irish Architecture by Edv/in, Third Earl of Dunraven,
edited by Margaret Stokes. Vol. II, xi-20^ p. in-fol. (plus 36 p. non
numérotées! avec 60 photographies et des gravures intercalées dans
le texte. London, George Bell and Sons, 1877. Prix 84 sh. (105 fr.).
Miss Stokes vient d'achever la publication posthume du grand ouvrage
de lord Dunraven, qui est sien également par son travail de refonte et
ses additions. Le tome I traitait des forts payens construits sans ciment
et des premiers oratoires chrétiens (voir plus haut p. 105) ; le second
nous conduit à travers les monuments de l'architecture chrétienne de
l'Irlande indépendante.
Ce volume se compose pour la plus grande partie de descriptions par-
ticulières d'une centaine de monuments. Ces descriptions, accompagnées
de magnifiques photographies, de dessins et de plans, ne se bornent pas
aux détails archéologiques, elles comprennent également les extraits de
chroniques et autres renseignements se référant aux monuments et à
l'histoire locale. La succession de ces photographies et de ces dessins
est elle-même une histoire en image où l'on peut suivre des yeux la
transformation des styles. Les monuments que ne date pas la mention
d'une chronique se datent ainsi eux-mêmes, pour ainsi dire, par la com-
paraison. Le volume se termine par un essai de M''^ Stokes sur le carac-
tère et l'histoire de l'architecture irlandaise, par des tables chronologiques
et par une carte '.
I . Cet essai a été publié à part sous ce titre : Stokes (Margaret) : Early Christian
Bibliographie. 479
Les célèbres tours rondes forment le sujet le plus important de ce
volume et dix-huit de ces curieux monuments nous sont représentés par
les photographies. On a beaucoup écrit en Irlande sur les tours rondes,
mais avec plus de fantaisie que de critique. Pétrie, le premier, en a
abordé l'étude dans un esprit scientifique : après lui, lord Dunraven et
miss Stokes les ont fait entrer dans le domaine de l'histoire. Au com-
mencement de ce siècle, il en existait encore 118. On n'en compte plus
aujourd'hui que 76, les unes assez bien conservées, les autres plus ou
moins endommagées ou même en ruines. Mlle Stokes établit l'époque de
leur construction par la comparaison de leur maçonnerie avec celle
d'époques datées, par l'emploi du fer dans leurs seuils, par leur carac-
tère défensif, par les mentions qu'en font les annales, par leur analogie
avec certaines tours de Ravenne, de France, de Suisse et des Orcades
qui appartiennent au même type. Par l'étude de tous ces faits, elle est
amenée à penser que ces tours ont été construites pour la première fois
à la fm du ix^ siècle. Leur hauteur varie de 70 et 80 pieds à 120, et
leur diamètre à la base de 14 a 16 pieds ; les murs en sont épais de 3 à
4 pieds ; elles s'effilent au sommet et se terminent par un cône en
pierre. Elles sont toutes bâties avec du ciment, et cela seul dément les pré-
tentions à l'antiquité des anciens archéologues de l'Irlande ; leur entrée
est à 8 à 1 3 pieds du sol. Elles sont partagées en cinq ou six étages,
ordinairement avec des planchers de bois et de petites lucarnes ; les
lucarnes du sommet sont généralement disposées aux quatre coins de
l'horizon : elles n'ont pas d'escaliers et les étages communiquent par des
échelles. Elles sont généralement placées à quelques mètres à l'ouest
d'une église, et la porte est toujours de ce côté. Mlle Stokes les répartit
entre quatre périodes, d'après leur maçonnerie qui est le meilleur crité-
rium à cet égard. Ces tours servaient à la fois de clocher et de lieu de
refuge dans les rapides excursions des Normands. On ne pouvait certes
pas y soutenir un siège, mais on pouvait y trouver un asile pour quel-
ques heures, y mettre en sûreté les ornements d'église et attendre que
les habitants du voisinage vinssent à la rescousse. Ces refuges étaient
d'autant plus utiles que pendant les ix^ et x'' siècles les annales irlan-
daises ne parlent que des incursions des Normands, pillant et brûlant les
églises, et massacrant les habitants.
Les anciennes églises de l'Irlande (antérieures à la conquête anglo-
normande^ sont aussi l'objet d'une étude instructive de Mlle Stokes. En
laissant de côté les anciens oratoires (qui représentent peut-être les plus
Architecture in Ireland. lUustrated with woodcuts. Imp. 8° pp. 168, 21 s. chez le même
éditeur.
480 Bibliographie.
anciennes formes d'églises, avant que les basiliques aient été christiani-
sées), ces églises appartiennent, malgré certaines différences, au style
roman. Le style roman, apporté sans doute du continent par les moines
irlandais qui y avaient voyagé, reçut en Irlande des modifications de
caractère local dont la principale fut l'emploi par les Irlandais du système
de la plate-bande [entablature] . Il est curieux qu'on rencontre ce style
en Irlande un siècle avant de le rencontrer en Angleterre. Ce style
irlando-roman est particulier à l'Irlande indépendante : la conquête
anglo-normande lui apporta cette variété du style roman connu sous le
nom particulier de style anglo-normand,
Mlle Stokes a été modeste à l'excès en donnant à ce bel ouvrage le
titre modeste de Notes. C'est une histoire complète de l'ancienne archi-
tecture irlandaise, où, grâce à un luxe inusité de photographies, les
monuments viennent pour ainsi dire témoigner eux-mêmes ; c'est surtout
une histoire faite avec méthode et critique, et il suffit seulement de com-
parer un instant cet ouvrage avec ceux du début du siècle pour consta-
ter les immenses progrès de la science irlandaise. Nous souhaitons que
ce bel ouvrage se répande sur le continent aussi bien que dans les lies
Britanniques ; il y fera connaître bien des faits et bien des monuments
que les archéologues ont intérêt à connaître et que l'Irlande a fidèlement
conservés à travers les siècles.
H. G.
Les voyages merveilleux de saint Brandan à la recherche du
Paradis terrestre. Légende en vers du XW^ siècle, publiée d'après le
manuscrit du Musée britannique, avec introduction par Francisque
Michel. Paris, Claudin, 1878, petit in-8 de xxv-96 pages. — Prix :
6fr.
Il y a quelques années un romaniste allemand, M. Hermann Suchier,
a publié dans les Romanische Studicn (y cahier) le poème français du
Voyage de saint Brandan conservé dans un ms. du British Muséum de
Londres. Il en a donné une édition paléographique, accompagnée des
variantes d'un fragment qui se trouve à Oxford, avec une étude sur la
légende de saint Brandan dans la littérature du moyen âge. M. G. Paris,
en annonçant et en louant la publication de M. Suchier dans la Remania
de 1875 't. IV, p. 499^ fit connaître son intention de publier à son
tour ce poème, mais il lui manquait encore la copie de l'exemplaire
conservé dans le mss. de la collection Ashburnham.
De son côté M. Francisque Michel avait copié ce texte français de
Londres « il y a bien longtemps en vue d'une publication dont il avait
Bibliographie. 481
été détourné par d'autres soins, ou, à mieux dire, par d'autres devoirs».
Aussi comprend-on qu'il lui ait été pénible de se voir devancé et lui
pardonne-t-on de porter sur le savant allemand un jugement qui n'est
pas mérité : « Un savant philologue allemand, M. Hermann Suchier, a
publié en entier, pour la première fois, le poëme du manuscrit cotto-
nien : mais comment l'a-t-il reproduit ? A l'allemande, c'est-à-dire diplo-
maiico more, sans ponctuation ni aucun des autres signes sans lesquels
un ouvrage en langue vulgaire du xii" siècle est à peu près inintelligible,
si ce n'est pour quelques adeptes dont le nombre ne dépasse point celui
des doigts de la main. Si nous avions à justifier cette reprise d'un poëme
déjà mis complètement en lumière, nous ajouterions qu'il est presque
noyé dans un recueil allemand peu répandu chez nous, bien qu'il ren-
ferme d'assez bonnes choses. »
M. M. a donc imprimé sa copie, et quand les feuilles en ont été tirées,,
il les a emportées à Londres pour les collationner avec le ms. Il a ainsi
eu la matière de plusieurs pages de corrections par lesquelles se termine
son volume et qui suggèrent au lecteur l'idée que M. M. eût plus sage-
ment agi en collationnant sa copie avant l'impression.
La compétence nous manque pour apprécier la façon dont M. M. a
publié ce poëme : il s'est borné à publier le texte de Londres, sans s'oc-
cuper des variantes d'autres manuscrits, et « à le présenter tel qu'il est,
sans aucune tentative pour l'éclaircir, si ce n'est par une ponctuation
sévère, une accentuation des plus sobres, et une analyse destinée à rem-
placer un glossaire-index. »
Ce texte est en effet, même avec la ponctuation de l'éditeur, d'une
intelligence assez difficile pour arrêter le lecteur qui n'est pas romaniste,
mais qui s'intéresse à la légende de saint Brandan. Aussi ce lecteur s'en
tiendra comme nous à cette analyse détaillée qui résume heureusement
le poëme.
Cette publication ne rend pas inutile, pour les savants du moins, celle
de M. Suchier; mais elle popularisera l'histoire légendaire de saint Bran-
dan parmi les amis de la vieille littérature française, d'autant plus que
ce volume est imprimé avec luxe, sur beau papier, et tiré à petit nombre
pour les bibliophiles. H. G.
Three Middle-Irish Homlies on the Lives of Saints Patrick,
Brigit and Columba, edited by Whitley Stokes. xii-140 p. in-8.
Calcutta, 1877 ^ 100 copies privately printed).
M. St. se distrait de ses travaux de grammaire comparée par des
éditions de textes, et chacun des dialectes celtiques a son tour. Aujour-
Rev. Cdt. III 3 3
482 Bibliographie.
d'hui ce sont des sermons en moyen-irlandais dont les héros sont les
trois grands saints traditionnels de l'Irlande, Patrice, Brigitte etColumba.
Ces trois sermons sont conservés dans le Leber Brecc, ms. du xv« siècle.
Quoiqu'écrits en moyen-irlandais, ces textes contiennent des formes plus
anciennes qui proviennent certainement de documents plus anciens mis
en œuvre par leurs auteurs; M, St. a relevé ces formes dans sa préface
p. ix-xi. M. St. a fait suivre le texte irlandais d'une traduction anglaise.
Ces sermons ne se font remarquer ni par la composition, ni surtout
par le fond, et ils donnent une bien pauvre idée et de ceux qui les ont
faits et de ceux pour qui ils ont été faits. M. St. observe avec justesse
qu'ils montrent « la crédulité incroyable des Irlandais du moyen âge » ;
on ne saurait en effet concevoir une thaumaturgie plus grossière et plus
enfantine. Le saint dont on célèbre la mémoire accomplit à tout instant
des miracles dans les circonstances les plus ordinaires de la vie et pour
les motifs les plus insignifiants ; on dirait un prestidigitateur qui veut
augmenter l'admiration de ses auditeurs en opérant « de plus en plus
fort ». Au surplus, quiconque a étudié l'ancienne Irlande sait que dans
bien des cas sa conversion a été plus apparente que réelle et que son
christianisme est longtemps resté payen.
Certains des prodiges racontés dans ces vies sont incontestablement
nés du désir de glorifier davantage le saint héros du sermon, en mon-
trant son pouvoir sur les éléments et les hommes. D'autres sont vraisem-
blablement l'adaptation de légendes plus anciennes (tel est le cas de
l'histoire merveilleuse de sainte Brigitte) ou la localisation de traditions
communes à divers pays (telle est l'histoire des yeux arrachés, extraite
de la vie de sainte Brigitte, et qu'on a vue plus haut avec quelques rap-
prochements, p. 445).
Suivant l'excellent usage qu'il suit dans ses éditions de textes, M. St.
a signalé dans sa préface tout ce qu'il y a d'intéressant dans son texte,
réuni les mots rares dans un glossaire et donné des tables de nominum
et de locorum.
H. G.
Congal, a poem in five books, by Samuel Ferguson. 2^4 p. pet. in-4.
Dublin and London, 1872.
Sir Samuel Ferguson, et non plus M. Samuel F. (il a été élevé cette
année au rang de baronnet), n'est pas seulement antiquaire, historien et
juriste, il est aussi poète et un des membres de cette pléiade de poètes
nationaux qu'a vus briller l'Irlande anglaise de notre siècle. Sir Samuel F.
Bibliographie. 485
s'est attaché tout spécialement à donner une forme poétique anglaise aux
légendes et aux poèmes de l'Irlande celtique, et à faire pour son pays,
en le disant, ce que Mac Pherson a fait pour l'Ecosse sans le dire. Lèvent
de la mode a tourné, et malgré leur mérite et leur sincérité, les poèmes
anglo-celtiques de Sir Samuel n'atteindront pas à la gloire des pastiches
de Mac Pherson.
La tentative n'en est pas moins louable : elle est d'autant plus hono-
rable qu'en traitant ainsi dans ses vers les anciennes légendes de l'Ir-
lande, l'auteur renonce d'avance au public anglais qu'ennuient toutes
ces histoires des Milésiens et des Tuatha De Danann et qu'il ne peut
espérer être apprécié que du public anglo-irlandais. Ce dernier public
est-il assez nombreux et assez éclairé pour encourager une poésie spécia-
lement anglo-irlandaise, c.-à-d. nationale sous une forme anglaise ? C'est
ce que souhaite notre poète et ce que nous désirons avec lui.
La première œuvre de Sir Samuel F. dans ce sens a été ses Lays of
îhe Western Gael (London, Bell and Daldy, 1865, in- 12), recueil de can-
tilènes et de ballades, que M. de la Villemarqué a présenté au public
français dans un aimable article du Correspondant (2$ janvier 1866). Son
poëme The Cromlech on Howth (London, Day and Son,in-4, sans date), si
magnifiquement illustré par M""-' Stokes, n'a pas été, croyons-nous, mis
dans le commerce, et n'est connu que de quelques amis au nombre des-
quels nous sommes heureux d'avoir été comptés.
Après les courts poëmes arrive une épopée, Congal. L'intrigue et les
faits principaux en sont empruntés au roman irlandais Cath Muighe Rath
« bataille de Moyra », publié en 1842 par O'Donovan. Mais le poète ne
s'est pas astreint à une imitation servile ; il a développé les caractères,
ajouté des incidents nouveaux, et il s'est proposé de faire de son épopée
un tableau de l'Irlande payenne. — Il ne nous appartient pas d'apprécier
la valeur littéraire d'un poëme écrit dans une langue qui n'est pas la
nôtre, et nous nous bornons modestement à le signaler comme une ten-
tative heureuse d'évoquer et de ressusciter les pâles ombres de la vieille
poésie celtique.
Aux érudits, nous recommandons les notes historiques et archéolo-
giques dont Sir Samuel Ferguson a fait suivre son poëme et qui contien-
nent plus d'un fait curieux.
H. G.
484 Bibliographie.
The language and Literature of the Scottish Highiands, by
John Stuart Blackie, Professer of Greek in the University of Edin-
burgh. Edinburgh, Edmonston and Douglas, 1876, xi-331 p. in- 12.
— Prix : 7 fr. 50.
L'objet de ce livre est d'inspirer au public anglais et anglo-écossais
(des Basses-Terres d'Ecosse, Lowlands] de l'intérêt et de la sympathie
pour le peuple, la langue et la littérature des Hautes-Terres d'Ecosse
(Highlands . Cette cause ne pouvait trouver un meilleur avocat que
M. Blackie, à la fois érudit, poète, homme au cœur ardent, et, qui plus
est, converti. M. B., en effet, est un Écossais des Basses-Terres, pro-
fesseur de grec à l'Université d'Edimbourg, qui s'était mis à l'étude du
gaélique par curiosité pendant ses villégiatures dans les Highlands, mais
qui, peu après, enthousiasmé des beautés de la langue et des mérites du
peuple qui la parle, est devenu plus Gael que les Gaels eux-mêmes.
C'est lui qui, pour combler une lacune dans l'enseignement des univer-
sités écossaises, a voulu faire établir une chaire celtique à Edimbourg et
a mis en train une souscription nationale qui en fit les frais. Il fallait
10,000 livres (250,000 fr.^ ; on les a recueillies, et la chaire va être
fondée : l'honneur de cette création reviendra à l'initiative et à l'activité
de M. B.
Le public anglais ne connaît guère de l'Ecosse celtique que son cos-
tume, les traditions de sa vie de clan et les souvenirs de Culloden :
M. B. veut lui en faire connaître davantage. Résumons rapidement son
livre :
Chap. i"''. La langue. — M. B. raconte le cours de ses études et de
ses lectures gaéliques, plaide pour l'enseignement du gaélique dans les
écoles de la partie celtique du pays, engage les propriétaires à étudier
cette langue pour ne pas être étrangers à leurs tenanciers qui souvent
sont leur clansmen. Pour faire voir que ce n'est pas une langue de sau-
vages, M. B. montre ses rapports avec les autres langues indo-euro-
péennes, principalement avec le grec, le latin et les langues germaniques.
Ces pages sont écrites pour les gens du monde, et on aurait mauvaise
grâce à signaler quelques erreurs philologiques que l'étude de Zeuss
aurait épargnées à M. B.'; il faut au contraire savoir gré à M. B. de
I. Une philologie plus sévère aurait même permis à M. B. de donner l'explication
rationnelle de nombreux faits du langage : si dain est le génitif de dan (p. 44), c'est que
ce génitif de flexion interne est pour une ancienne forme 'dani contractée en un mono-
syllabe par la force de l'accent. — De même le t qui précède les noms commençant par
une voyelle, an-t-itisge, « l'eau, » n'est pas euphonique (p. 49) ; il appartient à l'article
qui était anciennement int.
Bibliographie. 48 5
combattre les rapprochements avec l'hébreu et les systèmes d'étymo-
logie fantaisistes qu'il appelle courageusement « du Charenton tout pur»
{This is mère Bedlanù.
Ch. II. Époque pré-chrétienne et moyen âge. — « L'époque pré-chré-
tienne » n'est là que pour mémoire, et aussi « le moyen âge «. L'Ecosse
n'avait alors d'autre littérature que celle de l'Irlande dont M. B. ne
parle pas. Il commence avec les chants du ms. du doyen de Lismore,
qui ne peuvent être reportés dans le moyen âge que par une licence
poétique, puisque le collecteur de ces chants est mort en 1 5 5 1 . Mais
M. B. y voit, et non à tort, les derniers spécimens de la littérature bar-
dique de l'Ecosse à'avant la Réforme. M. B. donne la traduction envers
anglais de plusieurs pièces de ce recueil : il convient pourtant lui-même
(p. 77) qu'il y a là peu de vraie poésie, que ces chants ne méritent pas
une place bien élevée quand on les compare aux ballades populaires de
l'Ecosse anglaise, de l'Allemagne, de la Serbie ou de la Grèce moderne,
et que leurs auteurs étaient moins de vrais poètes que des bardes de
profession, attachés à de grandes familles et qui chantaient plus par pro-
fession que par inspiration.
Ch. m. Depuis la Réforme jusqu'à Macpherson. — C'est la revue des
poètes plus ou moins originaux qui ont flori dans les Highlands depuis
la fin du xvje siècle jusqu'à la fin du xviii". Les figures les plus remar-
quables de cette galerie sont Marie Macleod, Alexandre Mac Donald
(le Kœrner de la rébellion de 1745), Duncan Mac Intyre et Rob Donn.
M. B. traduit (en versi les pièces les plus caractéristiques de chaque
poète. La plus originale est le Chant des Renards., invocation à la fois
plaisante et pathétique contre un ennemi commun, envahisseur des
Highlands — le mouton. L'émigration écossaise (dans le Nouveau-
Monde) , qui a commencé à la fin du dernier siècle, a pour cause
l'expulsion des tenanciers et la transformation des terres en pâturage
pour l'élève du bétail : c'est ce que M. B. appelle quelque part « rem-
placer des hommes qui ne rapportaient pas, par des bestiaux qui rap-
portent ».
Ch. IV. Macpherson et la question ossianique. — Ceci était la tâche la
plus délicate de M. B., parler d'Ossian sans offenser la critique historique
et sans offenser les Highlanders dont il s'est fait l'avocat. Pour beau-
coup d'Highlanders, l'Ossian de Macpherson et la Bible sont deux livres
également sacrés, l'un sacré par le patriotisme, l'autre par la religion,
mais tous deux également. C'est un respect traditionnel, une admiration
convenue, car on ne lit plus l'Ossian de Macpherson, M. B. en fait
l'aveu, pas plus qu'en Allemagne on ne lit la Messiade de Klopstock.
486 Bibliographie.
Bien peu de personnes, dit M. B., s'intéressent aujourd'hui à la ques-
tion ossianique ; quelques Highlanders enthousiastes et quelques érudits
qui aiment les problèmes de l'histoire littéraire.
M. B. résume l'histoire des publications de Macpherson et de la con-
troverse qu'elles ont soulevée; il le fait le plus rapidement et le plus dis-
crètement possible. Sa conclusion est que Macpherson a composé son
Ossian avec des morceaux authentiques, les soudant, les arrangeant, les
embellissant même, le tout de la meilleure foi du monde, et pour la plus
grande gloire de son oeuvre. M. B. compare Macpherson à un sculpteur
(il vaudrait mieux dire un archéologue) qui, trouvant dans des fouilles
des débris de chefs-d'œuvre antiques, ferait une statue unique de ces
fragments, les forçant, à coups de ciseau et de marteau, à s'adapter les
uns aux autres. Les longs poëmes de Fin!;al et de Temora semblent
même à M. B. sortis d'une inspiration tout individuelle, et M. B. les
regarde comme l'œuvre sinon de Macpherson, du moins de quelque
Highlander lettré. Il serait intéressant de chercher et de retrouver dans
l'œuvre de Macpherson les fragments authentiques qu'il y a insérés,
de même que (pour suivre la comparaison de M. B.) les archéologues
cherchent aujourd'hui à faire l'histoire des tètes et des bras rapportés avec
lesquels les artistes de la Renaissance ont fabriqué des statues antiques ;
mais M. B. ne s'est pas donné cette tâche. — M. B. exprime sa pensée
en termes dont le patriotisme des Highlanders ne peut être blessé :
« Quelle que soit l'authenticité de VOssian de Macpherson, dit-il, cette
question d'origine ne touche pas au mérite poétique qu'on peut, chacun
suivant son goût, reconnaître à l'œuvre. Elle n'en est pas moins une
œuvre de l'inspiration cehique, puisque, à tout prendre, Macpherson
était un Celte. »
Ch. v. La littérature gaélique dans ses dernières phases; poésie et prose.
— Ce dernier chapitre est l'histoire d'une décadence. M. B. cite
quelques noms de poètes : les plus remarquables de leurs œuvres sont
inspirées par l'amour, ce sujet toujours jeune, ou par l'émigration, cette
grande tristesse des Highlands dans notre siècle. Voilà pour la poésie.
Quant à la prose, elle n'est représentée que par quelques rares ouvrages
parmi lesquels le Caraid nan Gaidheal « l'ami des Gaels )>, du D' Nor-
man Macleod, est le plus remarquable, et quelques recueils périodiques
courageusement tentés et bientôt abandonnés. Comme spécimen de prose
gaélique, M. B. traduit le Navire Émigrant du D"^ Norman Macleod,
un modèle de narration pathétique. La littérature homélitique des High-
lands est rarement confiée à l'impression : « Si grande, dit M. B., que
soit la puissance de prédication des ministres des Hautes-Terres, peu
Bibliographie. 487
de sermons ont été imprimés. » Nous ne pensons pas que personne
s'en plaigne.
Celte décadence de la poésie tient à plusieurs causes. D'abord, la reli-
gion. Le farouche esprit du protestantisme, qui a détruit toute poésie et
toute tradition en Galles, accomplit également son œuvre en Ecosse.
L'orgue a été proscrit de l'église et le chant profane dénoncé comme
impie. En 1871, lorsqu'un grand seigneur écossais, le marquis de Lomé,
épousa une fille de la reine Victoria, une poétesse des Highlands,
M'"'' Marie Makellar, composa un épithalame ,que M. B. a traduit),
mais ce ne fut pas, dit M. B., sans crainte d'être accusée d'impiété, une
poésie séculière étant regardée comme œuvre anti-religieuse par les pro-
testants dévots de l'Ecosse. L'autre cause est l'émigration, provoquée
par ces évictions en masse connues sous le nom de dearances qui ont
chassé en Amérique et en Australie une partie de la population des
Hautes-Terres. La vie de clan a cessé d'exister : les chefs de clan, pour
la plupart, sont élevés en Angleterre, ou y passent leur vie ; moralement,
ils sont devenus étrangers à leur pays natal. L'émigration fait perdre à
l'Angleterre une pépinière de braves soldats, les meilleurs peut-être de
son armée, et M. B., à ce propos, cite des vers qui pourraient malheu-
reusement s'appliquer à d'autres pays que l'Angleterre :
/// fares the land, to endless ills a prey,
When wealth accumulâtes and men decay.
« Malheur au pays, voué à des maux sans fin,
Où la richesse augmente et où les hommes diminuent! »
On a reproché à M. B. son excès d'enthousiasme; on l'a blâmé, du
haut de la science économique, d'avoir pris le parti du peuple et des
émigrants contre les propriétaires et l'émigration ; mais n'est-ce pas
reprocher à l'avocat d'une belle cause sa générosité et son ardeur? Le
livre de M. Blackie ne peut que gagner de nouveaux amis à la petite
nation celtique des Hautes-Terres d'Ecosse en la faisant connaître de
plus près'. H. G.
Transactions of the Gaelic Society of Inverness. Vol. V, 1875-6,
Inverness, 1876. Vol. VII (1877-8). 2 vol. in-8.
La Société gaélique d'Inverness continue à maintenir l'esprit celtique
en Ecosse voir plus haut p. 1 1 ij, et sous une forme aussi aimable que
I . Le lecteur qui veut connaître la littérature celtique d'Ecosse joindra avec profit au
livre de M. Blackie un petit volume qui n'est plus nouveau, mais qui a gardé toute sa
valeur : Celtic Gleanings, or notices of the History and Literature of the Scottish Gael, by
Rev. Th. Mac Lauchlan ; Edinburgh, 1857.
488 Bibliographie.
patriotique, car chaque volume nous apporte, à côté d'articles littéraires,
le compte-rendu de réunions générales de la Société où l'on banquette,
l'on danse et l'on chante. Le principal héros de ces fêtes était M. Blac-
kie, dont l'énergique initiative et la zélée propagande vont amener la
création d'une chaire celtique à Edimbourg.
Le tome VII (pour 1877-78, xv-296 p.) atteste et par son contenu et
par son plus grand nombre de pages le développement de la Société et
le succès grandissant de la cause celtique en Ecosse. Nous y constatons
un fait important. Sur les instances des patriotes des Highlands et des
sociétés celtiques écossaises, l'autorité scolaire permet que dans la partie
celtique de l'Ecosse le gaélique soit enseigné dans les écoles partout où
les School Boards (conseils d'école locaux) le décideront. Voilà une
langue celtique qui, grâce à cette mesure, va peut-être s'élever au rang
de langue tout à fait nationale comme le gallois.
Nous apprenons aussi par ce volume que les sociétés cehiques écos-
saises, d'Ecosse et hors d'Ecosse, vont se réunir en fédération pour
défendre avec plus de force la cause nationale. Nous voudrions que les
autres pays celtiques eussent le patriotisme et la ténacité des Ecossais.
Parmi les principaux articles de ce volume nous avons remarqué des
mélanges littéraires et historiques de M. William Mackenzie, un article
sur les noms gaéliques de plantes, une notice sur le costume des High-
lands de M. J. G. Mackay, un poème gaélique envoyé d'Australie par
un poète highlânder émigré, et une revue de la littérature cehique par
M. Th. Mac Lauchlan qui s'exprime sur notre recueil en termes beaucoup
trop flatteurs : « La publication de la Revue celtique à Paris est un phé-
nomène dans le firmament des études celtiques » (p. 21 1).
Le tome VI de la Société gaélique d'Inverness ne nous est pas par-
venu.
An Echo of the olden Time from the North of Scotland, by the
Rev. Walter Gregor, M. A. viii-167 p. in- 12, Edinburg and Glas-
gow, Menzies.
Ce petit volume est une réimpression d'articles publiés dans des jour-
naux écossais. L'auteur y raconte sans prétention ce qu'il a vu autour
de lui comme mœurs, usages et superstitions. Il décrit successivement la
ferme, les soirées qu'on y passe dans la cuisine à entendre des histoires
ou la lecture du journal qui commence à remplacer certains jours les
histoires d'autrefois ; il décrit l'école et les cérémonies religieuses, il fait
le portrait du maître d'école et du ministre.
Bibliographie. 489
En ce qui touche les traditions, M. G. décrit tout spécialement celles
qui se rattachent à la construction et à l'habitation de la ferme, à la
naissance, au baptême, au mariage, à la mort et aux funérailles. Malgré
toute sa sévérité, le presbytérianisme n'a pu abolir ces usages et détruire
ces croyances, et M, G. les raconte avec un amour patriotique (voir p.
ex. p. 89) qui ajoute un charme de plus à un récit aimable et sans pré-
tention.
Un index facilite les recherches et un glossaire aide le lecteur non
Ecossais à comprendre les mots de dialecte qui ont forcément place dans
un semblable recueil.
Depuis, M. G. a publié dans VAherdeen Journal une suite d'articles,
où il traite des superstitions relatives aux animaux, à la pêche, aux
fontaines, aux cimetières, aux fêtes de Noël et du jour de l'an. C'est
comme une seconde série de son ouvrage, qu'il publiera sans doute un
jour en volume, H. G.
Monographie de la cathédrale de Quimper (xiii^'-xv^ siècle) avec
un plan, par R.-F. Le Men. In-8. Quimper, 1877.
M. Le Men a donné, de la cathédrale de Quimper, une description
archéologique et historique qui ne laisse pas de prise à la critique ; l'antique
monument est étudié jusque dans ses moindres détails ; des documents
de la plus haute importance pour l'histoire des arts en Bretagne y sont
publiés pour la première fois. Tous ceux qui s'occupent du moyen âge
auront un grand profit à prendre connaissance de ce volume. Il traite
d'un sujet trop étranger au cadre de la Revue celtique pour que nous
ayons à en faire un compte-rendu détaillé ; il est un point, cependant,
que nous ne devons pas laisser passer, parce qu'il se rattache aux anciens
souvenirs religieux de la province.
Dans le n" 9 de Mélusine (p. 202 et seq.) M. F. -M. Luzel signalait
à quatre kilomètres du bourg de Plouaret une chapelle construite sur
une crypte formée par un dolmen ; c'est la chapelle des Sept-Saints.
Leurs noms inscrits sur les socles de leurs statues et consacrés par un
gwerz, très-populaire dans le pays, indiquent qu'il s'agit des sept Dormant
d'Ephèse qui auraient été martyrisés sous Trajan-Dèce et qu'il ne faut
pas confondre avec les sept fils de sainte Félicité. Ceux-ci, d'après
Levot (Hist. de Brest, t. I, p. 219, 225), étaient honorés en cette ville
dans une chapelle placée sous le vocable des Sept-Saints, vocable que
l'on trouve encore dans la commune du Vieux-Marché, à Coëtmalouën,
à Erquy, à Plédran, à Yffmiac, à Maroué et à Bulat. D'après une
490 Bibliographie.
légende qui courait à Landevennec, les Sept-Saints de Brest étaient les
enfants d'un forgeron, sauvés miraculeusement des flots de la mer, où
leur père les aurait jetés au moment de leur naissance.
La cathédrale de Quimper avait une chapelle dédiée à saint Corentin
qui était l'une des stations du voïage des Sept Saints, pèlerinage antique
qui consistait à se rendre successivement dans chacune des sept cathé-
drales de la Bretagne pour y honorer les fondateurs de chacune d'elles :
saint Paul, saint Corentin, saint Tugdual, saint Patern, saint Samson,
saint Brieuc et saint Malo. A Ja fm du xiv^ siècle, au xV et au xv!*", par
suite des guerres, la ferveur des pèlerins des Sept-Saints se ralentit ; le
pieux voyage tomba en désuétude alors que, pendant de longues années,
il fut impossible d'accomplir avec sécurité les sept stations. Puis vint le
temps où les antiques prélats armoricains furent un peu abandonnés et
les hommages qu'on leur rendait détournés vers des saints plus célèbres
dont les noms étaient d'importation étrangère. Lorsque l'on recons-
truisit en 1705 et 1714 la chapelle des Sept-Saints de Plouaret, on ne
pensa plus qu'aux Sept-Dormans d'Ephèse ; ailleurs on donna la préfé-
rence aux sept fils de sainte Félicité ; ailleurs encore l'imagination forma
une légende locale. — Ainsi va l'inconstance humaine, même en matière
religieuse.
Et cependant le culte des sept évêques bretons datait de loin, et pen-
dant plusieurs siècles il avait conduit des milliers de pèlerins sur les
vieilles voies romaines d'Armorique qui reliaient les anciennes cités. Un
manuscrit du xii" siècle donne à la suite des actes de saint Ronan la
note suivante : « Nomina vu sanctorum Britanniae : Sanctissimi Briocus,
Sanson^ Machutus, Paternus, Courentinus, Paulus, Tudualus ». Les
églises des Sept-Saints sont mentionnées dans le testament de Guillaume
Le Borgne en 1225 [D. Mor. i, 828) ; dans le testament de Geoffroi de
La Soraie en 12^6 [Ane. Evêchés de Bref. III, 127) ; dans le testament
de Rolland de Dinanen 1304 {Id. VI, 212). Dans le procès de canonisa-
tion de saint Yves, nous voyons figurer deux témoins : l'un, Hamon de
Toul-Efflam, qui avait fait le pèlerinage des Sept Saints de Bretagne;
l'autre, Margilie, de Lanmeur, qui « peregrina ibat ad basilicas septem
sanctorum Britanniae visitandas ».
L'un des témoignages les plus récents du pèlerinage qui nous occupe
en ce moment se trouve dans le testament de Nicolas Coetanlem, ce
riche armateur qui construisit et arma à Morlaix La Cordelicre. Dans ses
dernières volontés, en 1 518, il disait : « Aux Sept Saintz de Bretaigne,
scavoir : à M. Saint Pierres de Nantes, à M. Sainct Paul, à M. Sainct
Tudgoal, à M. Sainct Guillaume à Saint-Brieuc, à M. Sainct Sampson, à
Bibliographie. 491
M. Sainct Brieuc, à M. Sainct-Malo, à chacun d'eulx ung escu porté, et
faire le tour ainsi que l'on est acoustumé, par le testateur ou quelque
aultre, ou nom dud. testateur et en ses despens. »
On voit qu'à cette époque le nombre des Sept Saints persistait, mais
il y en avait deux de changés ; saint Guillaume et saint Pierre rempla-
çaient saint Corentin et saint Patern. On n'allait plus à Quimper ni à
Vannes.
A. DE B.
De Turgence d'une exploration philologique en Bretagne, ou la
langue bretonne devant la science, par Emile Ernault, professeur à
l'école Saint-Charles. 18 p. in-8. Saint-Brieuc, 1877.
Un Breton soumis aux lois de la grammaire comparée, c'est un spec-
tacle aujourd'hui encore trop rare pour que les amis de la Bretagne et
des études celtiques ne s'en réjouissent pas sincèrement. M. Ernault a
tout le feu des anciens celtisants ; le sang des La Tour-d'Auvergne, des
Le Brigant coule dans ses veines ; il a eu de plus qu'eux la bonne for-
tune de s'inspirer des vrais principes philologiques et le bon sens de les
mettre à profit. Je n'irai pas jusqu'à dire que l'impétuosité celtique ne l'a
pas quelquefois entraîné trop loin. Il y a, à mon sens, dans sa brochure
plusieurs choses tout au moins inutiles à la cause qu'il défend. A quoi
bon parler du Barzas-Breiz, pour montrer qu'une exploration philolo-
gique en Bretagne serait utile, même au point de vue historique ^ La
question est tranchée par les Bretons eux-mêmes. Pas un Breton bre-
tonnant de sang-froid n'hésitera à déclarer que les chants anciens sont
de pures inventions, que cette langue est une langue factice, et que,
parmi les chants les plus récents, il y en a bien peu, peut-être pas un,
qui ait été recueilli tel quel. L'article posthume de M. Lejean, article
fort remarquable, me semble très près de la vérité. Si M. Lejean a dit
le contraire dans sa jeunesse, c'est que pour lui, comme pour tout bre-
tonnant jeune et ardent, le Barzas-Breiz a été, à une certaine époque,
une sorte de Bible, d'Iliade : on avait besoin de croire à son authenti-
cité : le doute aurait été un sacrilège. — M. Ernault aurait peut-être
aussi été bien inspiré en n'invoquant pas comme argument la supériorité
du breton sur le français au point de vue philologique. Si, au point de
vue indo-européen, le latin peut suppléer le français, il n'en est pas
moins vrai qu'il n'y a pas de spectacle plus curieux et plus important
au point de vue philologique que l'évolution du latin en français et dans
les différentes langues néo-latines.
492 Bibliographie.
Puisque je suis en veine de critiques, je serais tenté de faire une véri-
table querelle à M. Ernault d'avoir laissé paraître au milieu de tant de
choses justes cette vieille erreur si répandue dans les séminaires et parmi
les prêtres bretons : que les quatre dialectes armoricains correspondent
en partie aux quatre dialectes grecs. Une dernière critique : M. Ernault
n'a peut-être pas classé avec assez de méthode les faits de phonétique et
de grammaire qui nécessiteraient une exploration philologique en Bre-
tagne. On sent que les arguments ne lui manquent pas et qu'il possède
son sujet : c'est l'abondance même des faits qui l'a gêné. Je me hâte
d'ajouter que ce sont là des taches légères et que la thèse de M. Ernault
n'en reste pas moins parfaitement prouvée au point de vue de la phoné-
tique, de la grammaire et du vocabulaire.
Au point de vue phonétique, il est certain qu'un assez grand nombre
de sons n'ont pas été relevés en breton. M. Ernault signale le son rh à
Plounevez-Quintin (CornouaillesL Je ne puis en rien dire, M. Ernault
n'ayant pas donné d'exemples. Il y aurait plus d'une étude curieuse à
faire sur les aspirées et la façon dont on les prononce, surtout d'un dia-
lecte à l'autre.
M. Ernault a mille fois raison de signaler l'importance capitale de
l'étude des différents dialectes et de leurs subdivisions. Je lui reproche-
rais même de n'avoir pas insisté davantage. Pour prendre un exemple,
comment le philologue étranger arrivera-t-il à comprendre l'identité de
formes comme en dévézo (Léon] et en o jbas-vannetaisi, signifiant toutes
les deux « il aura » ï II faut d'abord qu'il connaisse les formes intermé-
diaires en devo., en do ; pour comprendre ces formes, il devra savoir
qu'à Vannes généralement le v entre deux voyelles tombe ou se trans-
forme en w [ue] , qu'en bas-vannetais on assimile dans la forme en do le
d à Vn précédent, etc. Cette étude est loin d'être faite pour la Bretagne;
elle ne l'est pas davantage pour le pays de Galles : de là un grand
nombre d'erreurs dans les travaux des celtisants les plus remarquables.
J'en signalerai une, au hasard, dans la brochure de M. Stokes sur les
verbes irréguliers bretons. M. Stokes voit un présent secondaire
dans la forme cm boa., emoa et un passé dans em boe, emoae. Ce
sont simplement des formes dialectales d'un même temps. La forme en
a est usitée de préférence en Léon, en e de préférence en Vannes. H y
a même en Vannes une autre forme em boui. Ces erreurs viennent de ce
que la comparaison des voyelles n'a pas été faite pour les dialectes. Le
dialecte de Vannes, en général assez mal connu, offre plusieurs subdivi-
sions importantes. D'après M. Ernault, le dialecte de Batz et celui de
Sarzeau sont à peu près aussi éloignés l'un que l'autre du vannetais
Bibliographie. 493
écrit. C'est peut-être un peu exagéré. On pourrait supposer de Batz à
Croix une sorte de dialecte des îles : c'est l'opinion de M. Bureau, si
mes souvenirs sont exacts. Il est incontestable qu'on trouve à Croix des
formes différentes du dialecte de Vannes et identiques à celles du dialecte
de Batz. Il y a encore dans le Morbihan un sous-dialecte fort différent
du langage écrit : c'est le dialecte que l'on parle sur les rives du Scorff
vers le nord-ouest du Morbihan et dans quelques communes des Côtes-
du-Nord.
Ce dialecte s'étend à peu près du Scorff à l'Ellé et se présente avec
ses caractères les plus saillants aux sources du Scorff (canton de Cué-
mené-sur-Scorff).
Une remarque en passant : M. Ernaulî trouve que le langage vulgaire
a peu senti l'avantage d'une sage répartition de ses immenses ressources
phoniques : c'est là, au contraire, un côté fort original des langues cel-
tiques. Le breton a gaspillé son vocabulaire, mais non ses sons. C'est
ainsi qu'il a suppléé à la perte de certains suffixes par le jeu des consonnes
initiales, par exemple pour le féminin. M. Ernault trouve des exceptions
à ce gaspillage des sons, par exemple à Sarzeau : on prononce Kaer
pour la ville, Kir pour la maison. Eh bien, ailleurs, on s^en tire autre-
ment, mais tout aussi bien. D'abord Kir n'est pas particulier à Sarzeau.
Ensuite on ne peut confondre les deux mots, là même où on prononce
ger pour maison ; pour dire aller à la maison, on dira : monet d'ar ou
d'er ger ; aller en ville se dira : monet e ker.
Un point curieux et qui mérite d'être élucidé, c'est le jeu de la semi-
voyelle u. U égale v et w. De plus il a pour équivalent en ranneîais un
son particulier que j'appellerais ii consonne. Exemple : glav (pluie), glaw,
glaô (une syllabe] devient en vannetais gla-ue (une syllabe). Les Vanne-
tais représentent souvent ce son ii consonne dans leurs livres par hue.
Exemple : mar hue (une syllabel.
Si nous passons au vocabulaire, la thèse de M. Ernault devient tout
aussi facile à défendre. Le vocabulaire breton est fort riche et on est
loin de l'avoir reproduit en entier. Mais ce qui, à mon sens, rend une
exploration philologique indispensable, c'est que les auteurs de diction-
naires bretons ne se sont pas contentés de réunir des mots existants,
mais en ont créé un bon nombre. M. Ernault n'a pas invoqué cet argu-
ment : c'est peut-être le plus décisif. J'ai surtout en vue les dictionnaires
français-bretons. J'ai le plus grand respect pour M. Troude qui a rendu
aux études bretonnes de grands services, mais je dois à la vérité de
déclarer qu'il a suivi souvent les errements de Le Gonidec. Beaucoup de
mots sont de pure invention. Je n'examine pas s'ils sont créés d'après
494 Bibliographie.
les lois de l'analogie : ils sont forgés. Je citerai peur-badus « éternel »,
la plupart des composés en as : as-deraoui, recommencer, etc., et bien
d'autres composés. Les celtistes étrangers pourraient croire que M. Troude
a complété Le Gonidec pour les formes vannetaises. J'ouvre son diction-
naire : dans les deux premières pages je relève au moins seize mots qui
ont en Vannes des formes différentes et que j'y cherche en vain. De plus
ce qui est bien plus grave, il y a des formes absolument imaginaires, par
ex. askouec'h « rechute «, que personne assurément en Vannes ne connaît.
Ce défaut du dictionnaire de Troude ne peut guère frapper ceux qui n'ont
pas appris le breton de naissance et qui se sont servis pour le comprendre
de la grammaire et du dictionnaire. J'applaudis donc ici encore plus que
jamais à l'idée de M. Ernault : il faut compléter et surtout épurer le dic-
tionnaire. Au point de vue du français, en retirerons-nous quelque
avantage ? Ce n'est pas impossible.
La syntaxe bretonne est encore plus mal connue que ses formes. Les
deux choses se tiennent et je suis convaincu que l'analyse phonétique
retirerait de l'étude de la syntaxe de grands avantages et y trouverait de
précieuses indications.
Le reste de la brochure de M. Ernault sur les chances de durée du
breton soulève plus d'une question délicate. M. Ernault est un converti,
un néophyte, un Breton-Français plus Breton, hélas, que les bretonnants
eux-mêmes. Je voudrais pour ma part pouvoir partager ses espérances,
mais je n'ose. Raison de plus pour se hâter : que tous les Bretons s'unis-
sent; si la vieille langue doit disparaître, qu'elle vive au moins dans nos
livres. Les poètes ont rempli leur rôle ; le miel de poésie qui embaume,
suivant l'expression de Brizeux, est réuni : que la science apporte elle
aussi son tribut.
Il y a un point que M. Ernault n'a pas touché et qui peut avoir son
intérêt. Je suis persuadé qu'une mission philologique en Bretagne aurait
des résultats intéressants au point de vue historique^ si elle était appuyée
de recherches analogues dans le pays de Galles.
LOTH.
Causeries bretonnes, ou Remarques sur la formation de la langue
celto-bretonne, par Eug. Le Bos. Paris, 1877, gr. in-S, 40 p.
Sous prétexte de causeries bretonnes, l'auteur nous parle un peu de
tout, excepté de \a formation de la langue celto-bretonne. C'est fort heu-
reux, d'ailleurs, car une préface au ton lyrique nous donne la mesure
des énormités philologiques dont il est capable.
Bibliographie. 495
Dans les intervalles que laissent libres ses digressions semées de plai-
santeries plus ou moins déplacées, il traite principalement de la versifica-
tion bretonne. Mais à part quelques fantaisies de son crû, il ne fait
guère qu'amplifier la prosodie bretonne du Breuriez-Breiz. Il aurait dû
signaler, par exemple, le vers de 17 syllabes, 9 + 8, risqué par lann
ar Minous.
La réforme orthographique qu'il propose et adopte pour eu et ou est
peu pratique et surtout peu urgente. Quant à la seconde livraison annon-
cée, elle sera réellement utile à la science si l'auteur, au lieu de défendre
le P. Grégoire contre Le Brigant (.'') comme il nous en menace (p. 39)
pour la belle raison qu'il ne veut point nous faire « dormir debout », se
donne la peine de remplir sérieusement la promesse faite par lui en pas-
sant, p. II, et oubliée immédiatement, hélas ! « Il sera, aussi souvent
que possible et toutes les fois que l'occasion s'en présentera, fait choix à
dessein d'expressions et de mots véritablement bretons, en usage dans
les environs de Saint-Pol-de-Léon, et dont il n'est fait aucune mention
dans les ouvrages de M. Le Gonidec ni de M. Troude. On se tromperait
grandement si l'on croyait qu'un mot n'est pas breton parce qu'il ne se
trouve pas dans leurs dictionnaires. »
Emile Ernault.
Fomlles faites à Carnac (Morbihan). — Les Bossenno et le
Mont Saint-Michel, recherches archéologiques par James Miln.
253p. in-4 avec 44 planches, i 2 plans et des gravures intercalées.
Paris, Didier et Claye, 1877. Prix : 50 francs.
Les archéologues d'Outre-Manche ont plus d'une fois été attirés dans
notre Bretagne armoricaine par l'étude de ses monuments mégalithiques.
Après Sir Samuel Ferguson et M. Lukis, voici un savant écossais,
M. James Miln, qui a entrepris à ses frais des fouilles importantes à
Carnac et qui nous raconte dans notre langue ses travaux et ses décou-
vertes.
Au nord-est de Carnac se trouvent plusieurs buttes, connues dans le
pays sous le nom de Bossenno ou Bossenneu, c.-à-d. « petites buttes (ou
bosses) ». Quelques personnes donnaient à ces buttes le nom si volon-
tiers prodigué de Camp de César., sans doute à cause des débris de tuiles
romaines que l'on y avait trouvés quelquefois à la surface du sol. La
tradition du pays y mettait un couvent de Moines rouges ou Templiers qui
aurait été incendié par les gens du pays. Les fouilles pratiquées par
M. M. ont mis à découvert les ruines d'une villa gallo-romaine. —
496 Bibliographie.
M. M. a également fait des fouilles au pied du grand tumulus connu sous
le nom de Mont Saint-Michel et il y a trouvé des vestiges d'habitation
et un assez grand nombre d'objets en pierre, mêlés à des fragments de
poterie de toute époque.
Mais l'œuvre principale de M. M, est la découverte et la description
delà villa gallo-romaine de Bosseno. Il ne s'est pas contenté de décrire
sa trouvaille par la plume ; il a reproduit dans une série de magnifiques
gravures et chromolithographies les objets en silex et en bronze, les
vases, les fresques, etc., qu'il a recueillis dans ses fouilles. Il n'en est
pas un, croyons-nous, qu'il n'ait décrit et dessiné : car tout est fait
d'après ses propres dessins.
Ces fouilles et la pubHcation de ce magnifique volume-album repré-
sentent une dépense considérable ; aussi M. M. mérite-t-il d'être loué à
la fois comme archéologue et comme Mécène.
H. G.
Proverbes et Dictons de la Basse-Bretagne, recueillis et traduits
par L.-F. Sauvé, 168 p. in-8. Paris, Champion, 1878.
M. Sauvé a réuni en un volume, tiré à très-petit nombre, les pro-
verbes bretons qui ont été publiés ici même. Il n'a ajouté à son recueil
qu'une préface et quelques notes. — Nous croyons utile à ce propos de
relever les fautes d'impression qui se sont glissées dans le breton des
proverbes, tels que nous les avons donnés ici. Les chiffres se réfèrent
aux n°s des proverbes :
N" 2 ^, au lieu de eur traïtour,
6j, — anezhi,
67, — tri beg,
124, — av/al'ch,
158, — he si,
139, — eur si,
149 (note), — mungna,
201, — torchenn,
242, — re druz,
453, — a. bred,
460, — tri,
469, — ouch,
646, — triheol,
679, — chouel,
702, — chouel,
lisez eun traïtour. j
— anezhan-/
— tri veg. j
— awalc'h."
— he zi. '
— eur zi. «
— muingna.'
— dorchenn.^
— re zruz.
— abred."^
— teir. /
— ouc'h. '^
— tri heol.
— c'houel.
— c'houel.
Bibliographie.
7?6,
826,
842,
—
e teui,
vanhas,
hen hem,
— e teuio.
— vankas.
— hen em.
908,
id.,
—
drei,
bevar,
— zeiz.
— beder.
id..
id.,
—
tri,
dri.
— deir.
— deir.
id.,
932,
9n.
—
zaou,
keuta,
Pa'r oc'h,
— ziou.
— kenta.
— Pa'z oc'h.
945 (note),
946,
—
ar gar zant,
Panezeun,
— ag ar zant.
— Panezenn.
956,
966,
976,
—
apjenn,
a sespount,
klass,
— ajenn.
— a respount.
— kass.
497
Mélusine, recueil de mythologie, littérature populaire, traditions et usages.
Publié par MM. H.' Gaidoz et E. Rolland. Un vol. in-4" avec gra-
vures et airs de musique. Paris, Viaut, 42, rue Saint-André-des-Arts.
Prix: 20 fr.
Qui de nous ne s'est fait à ses heures le naïf aveu de Lafontaine .' Qui
ne s'est dit parfois :
si Peau d'Ane m'était conté
J'y prendrais un plaisir extrême ?
Qui ne se rappelle avec un charme inexpliqué tel récit de mère-grand,
telle chanson de nourrice, telle ritournelle de fillette, tel dicton enfantin
dont les années ont émoussé le souvenir dans notre mémoire sans en
effacer tout à fait l'intérêt mystérieux, l'accent dont l'étrange pénétration
déroute l'analyse, et la saveur singulière qu'on serait impuissant à définir,
parce que l'expression propre à la caractériser fait défaut dans la langue ?
Depuis longtemps l'attrait caché qui s'attache aux contes, aux chansons,
aux dictons, aux formules, aux légendes et aux superstitions qui meublent
l'imagination populaire, a frappé certains esprits chez lesquels l'éducation
littéraire n'avait pas étouffé le sentiment des naïves beautés que recèlent
les traditions des illettrés. Le recueil de Perrault doit son origine à cette
attention émue d'un homme cultivé pour les fragments épars de la litté-
rature du peuple des campagnes.
Plus récemment, et surtout chez nos voisins d'Allemagne, d'Angle-
terre et d'Italie, une idée scientifique a pris naissance à côté de l'instinct
Rev.Celt.lll 54
498 Bibliographie.
poétique qui se complaisait au récit des légendes racontées sous le chaume,
dans les veillées d'hiver, aux chants mélancoliques des bergers dans la
solitude des guérets, ou aux notes joyeuses des rondeaux du dimanche
dansés par les toutes jeunes filles sur la pelouse des communaux et autour
des églantiers en fleurs. On s'est demandé pourquoi tous ces contes,
toutes ces chansons, tous ces dictons, tous ces proverbes, toutes ces
devinettes, tous ces usages traditionnels et superstitieux avaient, non-
seulement d'une province à l'autre, mais d'une nation à une autre séparée
de celle-là par de vastes contrées intermédiaires, des caractères à peu
près parfaits d'identité. Le Petit-Poucet, pour ne citer qu'un exemple,
se retrouve, à de légères variantes près, dans la littérature populaire de
l'Europe entière, depuis la Russie et la Norvège jusqu'en Espagne et en
Italie. De là un problème historique et philosophique qui se rattache inti-
mement aux origines des races et au développement de l'esprit humain,
— de ce qu'on pourrait appeler les idées anté et extra- littéraires, qui a
excité l'attention et stimulé le zèle d'un grand nombre de savants dans
toute l'Europe, et spécialement dans les contrées que nous avons indi-
quées plus haut. De là aussi la publication d'ouvrages dont les travaux
des frères Grimm sur les traditions, les contes, les légendes et la mytho-
logie populaire du peuple allemand, offrent un des spécimens les plus
intéressants et les mieux conçus.
Le recueil périodique, dont le titre figure en tête de cet article, était
destiné dans la pensée de ses fondateurs à faire pour la France ce que
les frères Grimm et leurs continuateurs ont mené à bien de l'autre côté
du Rhin. MM. Gaidoz et Rolland, connus, le premier, comme directeur
de la Revue celtique, professeur à l'École des sciences politiques et à
l'Ecole des hautes études, et le second par la publication d'un recueil de
devinettes très-patiemment réunies et très-soigneusement éditées, ainsi
que par l'entreprise d'un ouvrage de longue haleine sur la Faune popu-
laire de la France, s'étaient chargés de cette tâche en dilettantes et en
savants. Sensibles aux naïfs agréments de la tradition populaire, ils vou-
laient en sauver les restes que submerge de plus en plus le flot montant
de l'éducation artificielle et littéraire ; mais ils voulaient aussi contribuer
pour leur part à la solution des questions importantes que soulèvent la
diffusion et la ressemblance des traditions orales des différents peuples.
Mélusine était l'instrument avec lequel ils comptaient poursuivre ce double
but.
Au risque d'être indiscret, nous ajouterons que leur conception de ce
qu'à défaut d'un terme propre on est obligé d'appeler, avec fort peu de
justesse (puisqu'il ne s'agit pas de choses littéraires et contenues dans
Bibliographie. 499
les livres^ la littérature populaire, avait revêtu dans l'esprit des fonda-
teurs de Mélusinc un aspect bien fait pour accroître leur ardeur et imprimer
à l'œuvre dont ils avaient pris la direction une haute portée philosophique.
Pour eux, le dépôt traditionnel dont la mémoire des illettrés est la biblio-
thèque, — contes, proverbes, chansons, superstitions, coutumes, musique,
art plastique même, — est le prototype de la littérature, de la religion,
de la philosophie, du droit, de l'art musical et de l'esthétique figurative,
en un mot, de la civilisation tout entière que nous avons devant les yeux.
Ceci sort de cela ; ceci n'a qu'une originalité empruntée à cela, emprunt
que dissimule le vernis et surtout les combinaisons des lettrés et des
artistes. Rien d'artistique ni de littéraire qui ne se réduise à l'analyse en
des matériaux qu'on retrouve dans la littérature flottante et dans l'art
rudimentaire du paysan. En d'autres termes, la littérature et l'art primitif
du peuple sont à la littérature et à l'art des hommes pourvus d'une édu-
cation savante, ou de seconde formation, ce que la nature sauvage est à
la nature cultivée. Aussi bien, toute civilisation n'est que culture, comme
l'atteste le mot allemand qui désigne à la fois l'une et l'autre. Nos con-
ceptions ne sont donc, eu égard à celles du peuple, qu'affaire de sélec-
tion, d'entraînement, de croisement et de greffe. Nous obtenons ainsi
une efflorescence plus riche, plus brillante et plus variée, mais la nature
sauvage — l'art et la littérature agrestes — sont la source et le principe
— principium et fons — d'où découle tout le développement de la civi-
lisation et auxquels nous sommes toujours obligés de revenir pour rajeunir
les variétés qui dégénèrent, et rendre leur vigueur et leur saveur aux
sucs appauvris par des artifices trop réitérés et des combinaisons trop
savantes. Ainsi s'expliquerait l'arôme sui gêner is de contes que nous réci-
taient nos grand'mères, et des chants dont on berçait nos sommeils enfan-
tins. Le genêt qui dore les landes incultes, la centaurée qui fleurit dans
les crevasses des rochers, la scabieuse qui élève sa tête bleue dans les
friches abandonnées, n'ont-elles pas aussi d'âpres agréments, des par-
fums concentrés que ne font oublier ni les effluves capiteuses de la rose,
ni les nuances magnifiques des tulipes et des dahlias ^
Mais tout ceci était, au moins provisoirement, la part de la folle du
logis, — rêveries un peu confuses qu'on caresse sans savoir même si on
les amènera jamais à une forme arrêtée. Avant de songer à produire des
théories et à conclure, les fondateurs de Mélusine amassaient des maté-
riaux, les matériaux si intéressants, si nombreux et si divers qui rem-
plissent le volume que nous annonçons et qui se compose des numéros
parus dans le courant d'une année, 1877- 1878. Ces matériaux, cela va
de soi, leur ont été procurés, en bonne partie, par les collaborateurs de
500 Bibliographie.
province auxquels ils ont fait appel et qui ont répondu en assez grand
nombre à l'invitation que leur avaient adressée MM. Gaidoz et Rolland.
La publication de Mélusine a été suspendue après le tirage du numéro
qui termine le volume annoncé. Les études et les recherches auxquelles
ses auteurs avaient pris à tâche de donner l'impulsion sont encore trop
peu goûtées et comprises en France pour exciter l'intérêt d'un nombre
suffisant d'abonnés et de lecteurs. Seulement l'instinct s'en développe à
vue d'œil, et Mélusine a contribué pour sa grande part à le faire naître
Bibliographie. 501
et à grouper les personnes qui sentent le prix de ces travaux. Ces pre-
miers efforts ne seront pas perdus. Il y a toujours un certain temps d'arrêt
entre la semaille et la levée du grain. La semence répandue par les
auteurs de Mélusine est en travail de germination. Encore quelque temps,
et les fruits dont ce recueil a préparé l'éclosion verront le jour et fourni-
ront l'espérance d'une moisson abondante que, nous y comptons bien,
MM. Rolland et Gaidoz et leurs zélés collaborateurs se retrouveront
prêts à récolter.
P. Regnauld.
P. S. — Au point de vue strictement celtique, ajoutons que Mélusine
contient beaucoup de choses bretonnes, contes, chansons, proverbes,
énigmes, etc., communiqués par MM. Luzel, Ernault, Léon Bureau, etc.,
et souvent avec le texte breton lui-même. Comme spécimen des gravures,
nous en reproduisons ici une qui représente un costume breton de rele-
vailles et qui accompagne un article de M. Léon Bureau.
H. G.
Ethnographische Parallelen und Vergleiche, von Richard Andrée,
viii-505 p. in-8, 6 pi. et 21 gravures. Stuttgart, Julius Maier, 1878.
Prix : 7 fr. 50.
Sous le titre modeste de « Parallèles et comparaisons ethnogra-
phiques », M. A. publie un recueil d'Essais qui sont une très-impor-
tante contribution à l'étude des traditions, croyances et usages popu-
laires. Les principaux ont trait : aux jours fastes et néfastes, aux oiseaux
de présage, à la construction des maisons, aux boucs émissaires, au
mauvais œil, aux arbres à chiffons, aux loups-garoux, aux vampires,
aux constellations, au culte des crânes, aux pétroglyphes, etc. M. A. a
réuni un nombre considérable d'exemples des mêmes usages et croyances
dans les différentes parties du monde, et l'intérêt est de voir successive-
ment la même superstition, par exemple celle duloup-garou, en Europe,
en Afrique, en Asie, en Amérique. Elevée à ce degré, l'étude des tra-
ditions populaires devient une science; elle est la véritable psychologie,
en montrant l'impression première de l'homme en face de la nature. En
effet; lorsqu'une même croyance se rencontre chez des peuples de race
diverse aux différentes extrémités de la terre, on ne peut parier d'imita-
tion ou d'emprunt : l'identité vient de ce que l'homme voit la nature avec
les mêmes yeux et avec la même âme.
Les faits cités par M. A. prêtent à de nombreux rapprochements avec
les usages et superstitions des peuples celtiques, et ne fût-ce qu'à ce titre,
502 Bibliographie.
nous recommandons vivement ce livre aux celtologues. La lecture seule
leur suggérera ces comparaisons. M. A. introduit rarement les traditions
des pays celtiques et même celles de l'Angleterre et de la France ; les
documents lui ont sans doute manqué. Ainsi on est étonné de ne lui
voir citer ni les Notes and Queries pour l'Angleterre, ni Mélusine pour la
France, ni notre recueil pour les pays celtiques. Mais des études de ce
genre ne sauraient jamais être complètes, et on rend déjà un très-grand
service à la science lorsqu'on apporte, comme fait M. Andrée dans ce
volume, un nombre considérable de faits de toutes les parties du monde,
choisis avec critique, et classés avec méthode.
H. G.
Wald und Feldkulte, von Wilhelm Mannhardt ; Zweiter Theil ,
Antike Wald und Feldkulte, xLviii-359 p. in-8. Berlin, Borntraeger,
1877. Prix : 1 3 fr. $0.
M, M. continue le cours de ses profondes études sur les cultes des
champs et des bois (cf. plus haut, p. 120). Son premier volume était
consacré à l'Allemagne; celui-ci étudie les cultes analogues de l'antiquité
classique, Dryades, Centaures, Faunes, Silvains, Satyres, etc., et les
fêtes correspondant à nos fêtes populaires de mai et du solstice d'été.
Il éclaire toutes ces croyances d'un jour tout nouveau par le point de
vue auquel il se place, qui est Pimportance de la basse mythologie dans
la vie des peuples, et par l'originalité de sa méthode qui consiste à voir
dans ces croyances et ces pratiques à demi entrevues à travers les auteurs
anciens les croyances et les pratiques conservées jusqu'à nos jours par
les peuples de l'Europe. Les Dryades, les Nymphes, les Néréides, les
Centaures, les Satyres, les Pans, les Silènes, les Faunes des anciens
sont identiques aux Elfes, aux Kobolds et aux génies de toute sorte des
traditions populaires de l'Allemagne, avec cette différence que nous ne
connaissons ces croyances de l'antiquité que par fragments, et que
nombre de faits de transition nous manquent.
M. M. a exposé ses vues sur la mythologie et sa méthode dans la
longue préface de ce second volume qui est une véritable déclaration de
principes. C'est aussi une critique des systèmes mythologiques exclusifs
qui veulent tout expliquer ou par une maladie de langage, ou par tel ou
tel phénomène atmosphérique. Cette préface mérite d'être lue par toutes
les personnes qui s'intéressent au développement des études mytholo-
giques. Elle commence par des détails personnels qui ne sont pas sans
charme. M. M. y raconte comment, dès son enfance même, ses lectures
Bibliographie. 503
avaient jeté son imagination juvénile dans le monde de la vieille mytho-
logie allemande et comment, arrivé à l'âge d'homme, il donna toute sa
vie à l'étude de cette m}thologie qui avait charmé son enfance et sa jeu-
nesse. On serait presque tenté de croire que M. M. est un véritable
Wechselbalg et qu'il est de la race des gnomes et des kobolds.
Nous recommandons surtout les pages où M. M. proteste contre l'abus
que l'on fait aujourd'hui des Védas et contre les prétentions de l'école
sanskritiste qui veulent faire de la vieille liturgie de l'Inde le principe et
la source de toute étude mythologique. « Je ne dois pas cacher, dit M.
M,, qu'à mon avis la mythologie comparée indo-européenne n'a pas
encore porté les fruits qu'on attendait d'elle avec trop d'espoir. Le
résultat certain, se borne à quelques noms de divinités (comme Dyaus =
Zeus = Tius ; Parjanaya = Perkunas ; Bhaga = Bog ; Varuna =
Uranos, etc.) et pour le reste à quelques analogies, mais qui ne prouvent
pas nécessairement une parenté d'origine historique. Justement les rappro-
chements qui paraissent les plus vraisemblables au premier abord, comme
par exemple Sâramêya et Hermeias, Saranyus et Demeter-Erynnis, Ken-
tauros et Gandharva, etc., et un grand nombre des parallèles introduits
dans le livre célèbre de M. Kuhn Die Herabkunft des Feuers, ne tiennent
pas, à mon avis, devant une critique minutieuse ; et je crains que l'his-
toire de la science doive un jour les caractériser comme de brillants jeux
de l'esprit plus que comme des faits établis. Cette seule circonstance
même qu'il n'y a pas là la force toujours agissante qui est au fond des
découvertes linguistiques de Bopp et de Grimm doit rendre méfiant à
l'égard de leur vraisemblance et rendre prudent, même dans l'apprécia-
tion d'identité aussi probable que celle du combat des Dêvas et de
Vritra ou Ahi (avec les légendes de la destruction d'un dragon qui garde
des trésors et enlève des femmes) avec l'histoire de Cacus tué par Her-
cule Recaranus. Sans doute, à côté de la langue il doit y avoir eu dans
la patrie aryenne un fonds commun de conceptions religieuses, et
les Védas nous en fournissent les formes les plus anciennes qui nous en
aient été conservées ; mais que des constructions mythologiques plus
vastes et plus développées soient descendues de là dans les mythologies
européennes, c'est encore une question. Si nous ne sommes pas plus
avancés, ce n'est pas la faute du principe, mais de la méthode que l'on
a employée, et le défaut principal de cette méthode est le manque de
sens historique... » M. M. continue sa critique et entre dans le détail
de quelques-uns des rapprochements faits par l'école védisante. Il cri-
tique aussi la théorie de la métaphore, mise à la mode par M. Max-
MùUer et son école. Sa conclusion est celle-ci : « A tout prendre je
504 Bibliographie.
regarde la plus grande partie des résultats obtenus jusqu'à ce jour dans
le domaine de la mythologie indo-européenne comme manques, préma-
turés ou incomplets. «
M. M. a renouvelé l'étude de la mythologie en lui faisant toucher
terre, en tenant compte des trésors innombrables de la tradition popu-
laire. De là l'originalité et l'importance de son grand travail. Les études
mythologiques gagneraient beaucoup en France à ce que l'ouvrage de
M. M. fût traduit et commenté dans notre langue.
H. G.
A Short History of Penzance, S. Michael's Mount, S. Ives, and the
Land's End District, by Rev.W. S. Lach-Szyrma, M. A. 196 p. pet.
in-8 avec 3 cartes et une photographie. Truro, Lake, 1878.
Cet élégant volume est un résumé de l'histoire de l'extrémité de la
péninsule de Cornouaille, depuis les origines jusqu'à l'époque actuelle.
L'auteur a mis à contribution les principaux historiens de son pays et il
popularise dans un style facile le résultat de ses recherches. L'intérêt de
ce volume, pour la plus grande partie, est forcément local : nous signa-
lerons pourtant comme d'un intérêt plus général les chapitres consacrés
à la langue et au théâtre de Cornouaille et au Mont Saint-Michel de
Cornouaille. — On sait en effet que la Cornouaille a, comme notre Nor-
mandie, un rocher consacré à saint Michel qui, suivant la marée, est
île ou presqu'île. On n'a pas encore remarqué, ce nous semble, et M. L.
S. n'en dit rien non plus, que l'Irlande a tout près de sa côte occiden-
tale un rocher également consacré à saint Michel et d'un aspect tout
aussi pittoresque.
On regrette que M. L. S. n'ait pas jugé à propos de faire entrer dans
le cadre de son livre les antiquités de la région.
H. G.
Bonifacius, des Apostel des Deutschen und die Romanisierung von
Mittel-Europa, eine Kirchengeschichtliche Studie, von August Wer-
NER. Leipzig, Weigel, vi-466 p. pet. in-8. Prix : 10 fr. 7$.
Ce livre a été loué comme ouvrage d'histoire par la critique. Il
sort un peu de notre cadre. Nous ne pouvons en signaler que le cha-
pitre consacré à l'ancienne Eglise de la Grande-Bretagne. M. W. a
suivi surtout Ebrard, en en corrigeant les exagérations. Il ne prétend pas,
comme Ebrard, présenter l'ancienne Eglise bretonne comme une Eglise
Bibliographie. 505
protestante, mais nous croyons pourtant que M. W. lui donne encore
une couleur trop « évangélique » (M. W. est protestant). A l'exemple
d'Ebrard, il donne à cette église primitive des chrétiens de la Grande-
Bretagne le nom d'Eglise culdéenne, nom qui ne nous paraît pas heu-
reux. Nous constatons encore une fois avec regret combien les beaux
travaux du D' Todd et du D"" Reeves sur l'ancienne église celtique sont
peu connus des savants du continent. M. W. aurait certainement gagné
à prendre les travaux irlandais pour point de départ au lieu de s'en tenir
à l'ouvrage systématique de son compatriote Ebrard. On est choqué de
trouver le nom d'iona écrit régulièrement lowa par M. W. C'est en tout
cas loua qu'il eût fallu écrire, si M. W. ne voulait pas des formes ordi-
naires Hy ou lona. Laissons lowa à l'Amérique !
H. G.
Dictionnaire des Antiquités chrétiennes, contenant le résumé de
tout ce qu'il est essentiel de connaître sur les origines chrétiennes
jusqu'au moyen âge exclusivement : I. Etudes des mœurs et coutumes
des premiers chrétiens. II. Etude des monuments figurés. III. Vête-
ments et meubles, par M. l'abbé Martigny, chanoine de Belley. Nouv.
édit., revue, modifiée, considér. augm. et enrichie de 675 grav. dans
le texte. Gr. in-8 à 2 col. xxv-830 p. Paris, Hachette, 1877, 20 fr.
La première édition du Dictionnaire de M. l'abbé Martigny date de
1864, et depuis son apparition, cet ouvrage a rendu de grands services
comme répertoire de tout ce qui touche aux antiquités chrétiennes. La
nouvelle édition a profité des recherches ultérieures de l'auteur et de
tous les travaux publiés depuis lors, notamment de ceux de M. de Rossi.
Les articles ont été remaniés, complétés par des articles nouveaux, et
les gravures ont été multipliées ^Ia présente édition en contient 675 au
lieu de 2701.
Le Dict. de M. M. est surtout précieux pour tout ce qui touche les
monuments figuré^ et la symbolique. L'histoire de l'Eglise est étudiée
moins profondément, et des critiques compétents ont reproché à certains
articles, comme ceux sur la Patrobgie et les Martyrologes., de ne plus
être au courant de la science. Il est difficile qu'il en soit autrement quand
un homme entreprend seul une tâche à laquelle une société de savants
suffirait à peine. Par les documents et les points de comparaison qu'il
fournit, cet ouvrage est un utile auxiliaire pour l'étude des antiquités
chrétiennes de l'Irlande. Par contre, nous regrettons que M. M. n'ait
pas fait entrer l'Irlande dans le cercle de ses études : elle a conservé
fidèlement nombre de formes et d'usages antiques qui peuvent à leur
$o6 Bibliographie.
tour éclairer l'histoire ecclésiastique de l'occident. Ses églises primitives,
ses chorepiscopi^ les évangéliaires, les reliquaires et les cloches de ses
saints, la tonsure d'oreille à oreille de ses prêtres, etc. n'auraient pas été
déplacés, ce nous semble, dans son dictionnaire général des antiquités
chrétiennes. C'est une réserve qu'il était de notre devoir de faire, sans
méconnaître la valeur et surtout l'utilité de l'œuvre du savant chanoine
de Belley.
Aux personnes qui croient encore à l'origine celtique des entre-lacs
de l'Irlande, nous signalerons les mosaïques figurées p. 48$ et 486.
H. G.
Congrès archéologique de France, XLIII' session (Arles), 1876;
Paris, Derache, 1877 ; L-951 p. in-8 avec gravures et planches.
Ce volume, comme les précédents, contient beaucoup de choses ; il en con-
tient même davantage, étant bien plus gros. Nous n'y trouvons pourtant que
deu.x articles rentrant dans le cadre de nos études et de nature à intéresser nos
lecteurs :
r Celui de M. Aurès sur les deu.x stèles gauloises de Saint-Remy fp. 523-
528) : ce sont les stèles portantles inscriptions BIMMOC AITOYMAPEOC
etOVPITAKOC HAOVC KONIOC : M- A. ne s'en occupe ici qu'au
point de vue métrologique.
Et 2", celui de M. Mougins de Roquefort sur quelques poteries sigillées de
Fréjus et d'Antibes : on y observe notamment les marques GENNATUS ; —
TRADIC ; — et L. P. AAR.
Traces of the ancient Kingdom of Damnonia outside Corn-wall,
in remains of the Celtic Hagiology, by Thomas Kerslake (reprinted
from the Journal of the British Archaeological Association).
Recherches sur les noms de saints celtiques conservés dans des noms de
lieux ou des vocables d'églises.
Manuel de la Confrérie de sainte Brigide, vierge et patronne
d'Irlande, pour la conservation des mères et des enfants, par
M. FoRTiER, curé de Rians, diocèse de Bourges (Cher). Rians, 1877, 16 p.
in-24. Prix : 25 cent. Au profit de l'association.
La dévotion à sainte Brigide dans cette localité semble provenir d'un vœu
fait à la sainte irlandaise pour obtenir la fin d'une épidémie qui décimait les
petits enfants. Elle existait déjà à la fin du XVII* siècle. Quant à la confrérie
de sainte Brigide, elle a été établie en 1859 par M. Fortier, curé actuel de
Rians.
On Eisteddvodau ; their Antiquity and History, by John Jeremiah.
London, 1876, 8 p. in-8.
Rappelle les assertions des historiens gallois sur l'ancienneté des Eisteddfodau
et reproduit l'autorisation donnée par la reine Elisabeth pour tenir un Eistedd-
fod à Caerwys (Flintshire) en 1 568.
NÉCROLOGIE,
— M. Eugène Morin, ancien professeur à la Faculté des lettres de Rennes,
né à Antibes en 1814, mort à Rennes en juillet 1876. M. Morin avait occupé
pendant plus de vingt ans la chaire d'histoire à la Faculté de Rennes et s'était
intéressé à la langue et à l'histoire de la province où il s'était établi. Voici la
liste de ses principales publications dans cet ordre d'études : Les Britanni, Essai
d'Ethnographie, in-8°, Rennes, 1862; — L' Armoriqut au V'^ siècle, in-8% Rennes,
1867 ; — Esquisse comparative des Dialectes Nco-Celtiques ; i'"" partie : Dialectes
Britanniques, in-8% 1868.
Il avait aussi publié un Essai sur l'An de vérifier les dates des calendriers julien
et grégorien. Rennes, 1850,
— M. G. G. Geldaut, mort à Croydon le 15 juillet 1877, à l'âge de 58 ans,
s'occupait de philologie générale et plus spécialement de gaélique. Il avait publié
une conférence sur l'utilité de la philologie celtique et un volume de traductions
en vers de poésies gaéliques d'Ecosse.
— Le D' John Stuart, né à Foyne, comté d'Aberdeen, mort à Edimbourg
le 19 juillet 1877. M. St. était conservateur du Register House d'Edimbourg
et secrétaire de la Société archéologique de cette ville. En 1839 il avait été un
des principau.x fondateurs du Spalding Club et c'est pour ce club qu'il a
publié son grand ouvrage The Sculptiired Stones of Scotland (2 vol. in-fol., 1856
et 1867). Il a également publié un grand nombre d'ouvrages sur le moyen âge
de l'Ecosse, chartes et histoires locales. C'est au D' St. qu'on doit l'édition
posthume des essais archéologiques de Sir James G. Simpson dont il a été ques-
tion plus haut (272). Un de ses derniers travaux a été une curieuse notice sur
la crosse de saint Fillan qui a paru après sa mort dans les Proceedings de la
Société des antiquaires d'Ecosse.
— M. Geslin de Bourgogne, né à Saint-Brieuc le 3 septembre 1818, mort
le 12 octobre 1877, sorti de l'armée en 1838 avec le grade de lieutenant d'état-
major, s'occupa activement des œuvres charitables et patriotiques de son dépar-
tement. Auteur d'un nombre considérable de mémoires et d'études d'histoire et
d'archéologie, M. Geslin de Bourgogne, la veille de sa mort, travaillait aux
épreuves définitives des deux derniers volumes d'un ouvrage considérable, les
Anciens évéchés de Bretagne. Voici les titres de ses principaux ouvrages : Anciens
tvêchês de Bretagne. Histoire et monuments. Diocèse de Saint-Brieuc, 1. 1 à IV, avec
atlas in-fol. (1855-1864, gr. in-8, Saint-Brieuc, Guyon frères ; Paris, Dumou-
lin), avec la collaboration de M. A. de Barthélémy ; l'ouvrage formera 6 volumes ;
— Etudes sur la Révolution en Bretagne, principalement dans les Câtes-du-Nord
(1858, gr. in-8), Saint-Brieuc, également avec M. A. de Barthélémy.
5o8 Nécrologie.
— M. Thomas Wright, éminent archéologue, philologue et historien anglais,
correspondant de notre Académie des inscriptions et belles-lettres, né près de
Ludiow en avril 1810, mort à Londres en décembre 1877. Ses ouvrages forme-
raient toute une bibliothèque : au point de vue spécial de nos études, nous
signalerons seulement les suivants: St. Patrick' s Purgatory, 1844; — The
Cclt, the Roman and thc Saxon, excellent résumé de l'archéologie de la Grande-
Bretagne, la 5" éd. de cet ouvrage a paru en 1875 (London, Trùbner) ; — Thc
History of Ireland., Londres, in-4% sans date ; — et un grand nombre d'articles
relatifs aux antiquités et à l'histoire littéraire du pays de Galles, publiés dans
YArchaologia Cambrensis. Sa critique pénétrante a éclairé plus d'un point de
l'histoire de la littérature galloise et on lui pardonnera aisément quelques écla-
tants paradoxes' où le mena le dédain des opinions toutes faites. M. W. avait
été un des fondateurs de la British Archaeological Association et de ia Camden
Society.
— Le D"" William Stokes, né à Dublin en juin 1804, mort à Carrig Breac,
Howth, près Dublin, en janvier 1878. M. W. St. est le père de notre éminent
collaborateur, M. Whitley Stokes, et de l'archéologue Mlle Marguerite Stokes.
Le D' St. était un des premiers médecins des lies Britanniques et sa réputation
s'étendait bien au-delà des limites de son pays. Certains de ses ouvrages de
médecine ont été traduits en français. En 1868 il avait publié une vie de son
ami Pétrie, The Life and Labours in Art and Archaiology oj George Pétrie, qui
n'est pas seulement l'histoire des travaux de son savant ami, mais en même temps
l'histoire de l'archéologie irlandaise dans ce siècle. Le D"" St. s'intéressait vive-
ment aux progrès de l'archéologie et de la philologie irlandaise, et c'est sous
sa présidence que l'Académie d'Irlande prit la détermination de publier un
recueil authentique des inscriptions oghamiques de l'Irlande. Les mérites de
l'homme s'ajoutaient chez le D"" St. à ceux du savant et du praticien ; et la
bonté de son caractère et le charme de ses relations restent parmi les plus pro-
fonds, comme les plus chers, de nos souvenirs d'Irlande.
— M. Levot, conservateur de la bibliothèque de la marine, à Brest, mort
dans cette ville le 3 février 1878. Il y était né le 14 décembre 1801. Archéologue
et biographe spécial de célébrités maritimes, M. Levot était l'un des fondateurs
de la Société académique de Brest qu'il présidait ; l'Académie des inscriptions
et belles-lettres l'avait récompensé d'une mention honorable en 1864, pour une
histoire de sa ville natale. M. Levot était aussi correspondant du ministère de
l'instruction publique. Nous signalons ceux de ses ouvrages qui se rapportent à
la Bretagne celtique : Biographie bretonne (1852-57, Vannes, 2 vol. in-8) ; —
Notice sur Landévennec et son abbaye. État ancien et moderne (in-8, 1858); —
Notice sur la vie, les services et les travaux de M. le chex'alier de Frcminville (in-8,
1867) ; — Abbaye de Saint-Malhieu-de-Fineterre (in-8, 1874) ; — Daoulas et son
I. Par exemple sa théorie sur l'origine des Gallois qu'il faisait venir d'Armorique, et
sa thèse que les Romains auraient conquis et occupé l'Irlande.
Nécrologie. 509
abbaye (in-8, 187$). Il avait donné à notre recueil un article sur l'œuvre de
dom Lobineau (t. I, p. 436 et suiv.).
— M. DE LA Savssaye, né à Blois le 1" mars 1801, mort à Troussay (Loir-
et-Cher), le 25 février 1878, s'adonna de bonne heure à l'archéologie, et
débuta par un mémoire manuscrit sur VHistoire de la Sologne blaisoise, qui lui
valut, en 1856, une médaille au concours des antiquités nationales. Fondateur,
en 1836, de la Revue mimismaliquc française qu'il dirigea avec M. E. Cartier
jusqu'en 1848, il donna dans ce recueil de nombreux articles sur la numisma-
tique gauloise et du moyen âge. On peut affirmer que cet excellent recueil,
auquel travaillèrent tous les numismatistes français et beaucoup d'étrangers, a
rendu à l'archéologie les plus grands services. Ses travaux lui ouvrirent les
portes de l'Institut en 1845 ; dès l'année 1838, il était correspondant de l'Aca-
démie des inscriptions et belles-lettres. En 1855, il fut nommé recteur de
l'académie de Poitiers et plus tard recteur de l'académie de Lyon. Il a publié
entre autres ouvrages : La Numismatique de la Gaule Narbonnaise {\S^2 ^ in-8) ; —
Mémoires sur les antiquités de la Sologne (1845, in-4) ; et un certain nombre
d'articles dans les publications archéologiques.
— M. Jacques Maissiat, né à Nantua le 25 mars 1805, mort dans sa ville
natale en mars 1878. Il a publié des Recherches historiques sur les guerres des
Gaulois contre les Romains : tome I, Annibal en Gaule; t. II et suivants, Jules-
César en Gaule (1866-1878, 4 volumes in-8).
— M. Sigismond Ropartz, avocat au barreau de Rennes, mort le 18 avril
1878. Membre de la plupart des sociétés savantes de Bretagne, il était derniè-
rement président de la Société archéologique d'îlle-et-Vilaine. Il fut un des membres
les plus actifs de l'ancienne Association bretonne^ et il contribua beaucoup à sa
résurrection en 1873 : il était, depuis cette époque, président de la section his-
torique et archéologique de l'association. Il a publié les ouvrages suivants :
Guingamp et le pèlerinage de Notre-Dame-de-Bon-Secours {Sâ'mi-Bneuc, Prudhomme,
18^0, in-i8) ; — Annales briochines, par M. l'abbé Ruffelet, nouvelle édition
précédée d'une notice par M. S. Ropartz (Saint-Brieuc, Prudhomme, 1851,
in-8 et in-12) ; — Histoire de saint Yves, patron des gens de /uii;« (Saint-Brieuc,
Prudhomme, 185^, in-8) : cet ouvrage a valu à l'auteur un bref du Souverain-
Pontife Pie IX ; — Portraits bretons des XVll' et XVIII" siècles, d'après des
documents inédits (Saint-Brieuc, 1857, in-i2l ; — Récits bretons (Saint-Brieuc,
1858, in-12) ; — Guingamp, études pour servir à l'histoire du tiers-état en Bre-
tagne (Saint-Brieuc, 1859, 2 vol. in-8, deuxième édition complètement refondue
avec carte, blasons et sceaux, ibid., 1875, 2 vol. in-8) ; — Notice sur la ville
de Ploërmel (br. ;n-8) ; — Pierre Morell, bourgeois de Guingamp et évcque de Tré-
guier au XIV« siècle (br. in-8) ; — Paraboles évangéliqiies , traduites littéralement
en vers français (in-8) ; — Scènes de la vie rurale en Bretagne, avec i 2 dessins de
H. Lalaissé (album in-fo!., Charpentier) ; — Compte-rendu de l'exposition artis-
tique et archéologique ouverte à l'hôtel de ville de Rennes, en septembre 1872 (Rennes,
1872, in-8) ; — Poèmes de Marbode, évêque de Rennes au XI' siècle, traduits
5 1 o Chronique.
en vers français (Rennes, 1873, in-8) ; — La Vie, les miracles d les iminenlcs
vertus de saint Bricuc et de saint Guillaume, èvcques de Saint-Brieuc ^ par L. G. de
la Devison, avec notices par M. Ropartz (Saint-Brieuc, Prudhomme, 1875,
2 vol. in- 18) ; — L'Exil du Parlement de Bretagne à Vannes^ à la fin du XVll' s.
(Rennes, 1875, in-8) ; La Famille Descartes en Bretagne (1506-1692) (Rennes,
1875, in-8) ; — La Journée des barricades et la ligue à Rennes (mars et avril
1 589), d'après les documents contemporains inédits (Rennes, Plihon, 1877,
in-8). — Depuis vingt ans, M. Ropartz était un collaborateur assidu de la
Revue de Bretagne et de Vendée.
H. G.
CHRONIQUE
Les auteurs des dictionnaires vannetais d'après M. l'abbé Luco. — M. Le Men
et le musée ethnographique de Quimper. — Le premier centenaire de la langue
comique. — M. Ascoli et les gloses irlandaises de Milan. — La Bibliographie
générale de la Gaule de M. Ruelle.
M. l'abbé Luco, dans une communication à la Société polymathique du Mor-
bihan, a fait connaître le véritable auteur du Dictionnaire vannetais connu sous
le nom de L'Armerye. Cet ouvrage, que le frontispice dit imprimé à Leyde par
la Compagnie en 1744, aurait été imprimé à Vannes, à l'imprimerie Galles, s'il
faut en croire la note d'un contemporain écrite sur un exemplaire trouvé entre
les mains de M. Luco. D'après M. l'abbé Luco, ce dictionnaire aurait pour
auteur, non un certain abbé Armerye ou L'Armerye, personnage imaginaire,
mais l'abbé Claude-Vincent Cillart, né à Sarzeau en 1686, successivement
recteur d'Arradon, de Noyal-Pontivy et de Grand-Champ, et mort en 1749.
M. l'abbé Luco a également refait la biographie de Pierre de Châlons, recteur
de Sarzeau, né en 1641, mort en 1718, et auteur d'un rarissime dictionnaire
breton-français du dialecte de Vannes, imprimé après sa mort, à Vannes, chez
Jacques de Heuqueville, en 1723.
— Nous apprenons avec plaisir que M. Le Men organise, dans le musée archéo-
logique de Q_uimper dont il est le directeur, une collection de costumes bretons.
C'est une excellente idée, aussi bien au point de vue scientifique qu'au point de
vue artistique. II y aen Bretagne nombre de costumes originaux et gracieux: les
coiffures de femmes, notamment, sont très variées dans le Finistère. Cette initia-
tive fait grand honneur au zèle de M. Le Men ; nous désirons qu'il puisse
former une collection complète des costumes traditionnels des paysans du Finis-
Chronique. 5 1 1
tère, et nous voudrions voir créer de semblables musées ethnographiques dans
les autres départements bretons.
Cela presse d'autant plus que ces costumes, pourtant si pittoresques, dispa-
raissent tous les jours devant l'influence de Paris et la contagion du costume
des villes, bien vulgaire celui-là ! A cet égard, nous trouvons un fait bien carac-
téristique cité dans le dernier Bulletin de la Société archéologique du Finistère:
En 1876, dans la tournée de révision du département du Finistère, dix-huit
maires s'étaient présentés au conseil avec le costume breton complet ; il ne s'en
est présenté que six dans la tournée de 1878.
— L'ouvrage de M. Le Men sur la cathédrale de Quimper dont il a été
question plus haut, a obtenu de l'Institut la troisième mention au concours des
Antiquités nationales pour 1878.
— Le 27 décembre 1877, on a célébré à Saint-Paul, près de Penzance, dans
la Cornouaille anglaise, le premier centenaire de la mort de la langue comique.
En fait, c'était le centième anniversaire de la mort de la vieille Dolly Pentreath
qui passe pour avoir la dernière parlé comique. Ce centenaire avait été orga-
nisé par M. Lach-Szyrma dont on a vu plus haut (p. 239) un article sur
quelques mots comiques qui ont survécu jusqu'à nos jours dans la langue du
peuple et plus particulièrement des pêcheurs. Ce centenaire a été une sorte de
petit congrès littéraire et philologique qui a très bien réussi et qui a àù être
fort intéressant, si l'on en juge par les comptes-rendus des journaux locaux.
— M. Ascoli a commencé la publication du ms. irlandais de Milan dont les
gloses présentent les formes grammaticales les plus anciennes de la langue irlan-
daise. M. Ascoli n'a pas voulu nous laisser le plaisir d'avoir son ouvrage com-
plet du premier coup : il le publie par de petits fascicules.
Il vient de publier la première livraison du t. I qui est la reproduction du
texte latin et de ses gloses. Le t. II contiendra un commentaire des gloses et
des exercices de grammaire et de lexicologie, La Revue celtique rendra compte
de cet ouvrage quand il sera plus avancé; mais nous pouvons dire d'avance que
pour les études irlandaises il sera presque aussi utile que la Crammatica celtica :
Voici le titre de la livraison parue :
// codice Irlandese deW Ambrosiana, edito e illustrato da G. I. Ascoli. Volume
primo : Il testo et le chiose. Puntata prima con due tavole fotolitografiche,
Roma, Loescher, 1878, xvi-112 p. in-8 avec 2 planches. Prix, 8 fr. Cette
brochure forme en même temps la première livraison du t. V de VArchivio glot-
tologicc italiano dirigé par M. Ascoli.
— La Bibliographie générale de la Gaule de M. Ruelle dont nous avons déjà
parlé (voir p. 147) est sur le point de paraître. Le premier fascicule est
imprimé et sera distribué avant le 31 décembre 1878. L'ouvrage sera complet
en 4 fascicules. Prix de la souscription : 20 fr. On souscrit chez l'auteur, i,
rue de Lille, à Paris. Après l'achèvement de la publication, le prix en sera
porté à 30 francs. A l'heure oij nous écrivons, M. Ruelle a réuni plus de 400
souscripteurs. H. G.
ERRATA DU PRÉSENT VOLUME.
P. 3 3,1. 38, before 'blith' insert 'Welsh'
P. 38, 1. 19, before kus insert 'root'
P. 85, 1. 19, for dia ro-scna read ro-'scna dia
P. 86, I. 16, for lïngua read lingua
— \. 21, for quibusdum read quibusdam
— I. 35, for llawendyd read llawcnydd
P. 89,1. 8, /or 'ad' rw^/ 'and'
P. 90, I. 5, for tiassacca in read liassa cain
P. 92, penultimate line /or Sullivans's read Sullivan's
P. 95, i. 23, /or 'agressive' read 'aggressive'
P. 96, 1. 34, for saigid read salgid
P. 97, 1. 1, for mit- read ri'm-
P- 99) '• 'Sj/'"' 'in' /"^^'^ 'is'
— 1. 37, tor ';7aa' read '•pensum'
P. 100, 1. 9, for *and' rtiji/ 'an'
— ■ 1. ^2, for 'return' read 'turn'
P. 176, line 24, after « farcwell » //?5crf He goes thence along the road of
Midiuachair, along Mag Mogna
P. 184, iines 18, 19, /or «He to whom he oweth debts demands tliem of him »
read « He to whom thou owest debts demands them of thee (lit. of
him) ». The change in such a sentence from the second to the third
person singular (fair) h common in Cornish. See Kuhn's Beitraege,
V. 454
P. 174, line \6,for « the god by whom » read « God what »
P. 177, Iines 9, 10, \\, for 'drew', 'gave', 'ate', 'put' read 'draws', 'gives',
'eats', 'puts'
P. 184, line 26, for oemlâm, read oenlàm
P. 185, last line but two, before 'fifty' insert 'thrice'
P. 190, line 12, /or 'servum' read 'servam'
P. 275, line 12 y for 'tarmchrutto' read 'tarmchrutta'
P. 276, line 2, before 'Finding' insert 'the'
line 3 5, /or 'is in oirrher' read 'isin oirrther'
line 36, before 'whence' insert 'in the east'
P. 278, line 14, ajter 'penny', insert 'in Jérusalem, (thus)'
OWEN DE GALLES.
L'article de M. S. Luce (p. 44 j) était composé et tiré lorsque nous avons retrouvé
dans un excellent recueil gallois auquel il ne manque qu'une table générale (Arch<£ologia
Cambrensis, y série, t. VI, p. 62), une note sur Owen de Galles et Jean Wynn, sous ce
titre : Welsh Gentlemen seri'ing in France, temp. Edward IV. On y trouvera des rensei-
gnements sur les sceaux de ces deux personnages, conservés dans la section héraldique
des Archives Nationales, à Paris. H. G.
Le gérant : F. VIEWEG.
Imprimerie Gouverneur, G. Daupeley à Nogent-le-Rotrou.
Universityoi Toronto
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LOWE-MARTIN GO. LiMlTBD
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